Tite

Chapitre 1er

Ici, dans son épître à Tite, l’apôtre dit expressément qu’il avait laissé Tite en Crète pour mettre en bon ordre les choses qui restaient encore à régler, et pour établir des anciens dans chaque ville. Bien que des dangers plus ou moins semblables à ceux que nous trouvons mentionnés dans l’épître à Timothée se présentent aussi à sa pensée, l’apôtre aborde son sujet immédiatement et avec une tranquillité qui montre que son esprit n’était pas préoccupé de ces dangers de la même manière, et que l’Esprit pouvait l’occuper plus entièrement de la marche ordinaire de l’Assemblée; de sorte que l’épître à Tite est beaucoup plus simple dans son caractère. La marche qui convient aux chrétiens à l’égard du maintien de l’ordre dans leurs relations les uns avec les autres et les grands principes sur lesquels cette marche est fondée, tel est le sujet du livre. L’état de l’Assemblée se présente peu à notre vue. Les vérités qui découlent plus entièrement de la révélation chrétienne et la caractérisent, occupent plus de place dans cette épître que dans celles à Timothée. D’un autre côté, les prophéties à l’égard de l’avenir de la chrétienté, et le développement de la chute de celle-ci déjà en voie de s’accomplir, ne sont pas répétées ici. Tout en constatant d’une manière remarquable certaines vérités du christianisme, le ton de l’épître est plus calme, plus ordinaire.

Toutes les trois, elles parlent plus particulièrement de la promesse de la vie. Au reste, cette promesse distingue le christianisme et la révélation de Dieu (comme Père) en Christ, d’avec le judaïsme.

Mais ici, dès les premiers mots, les grands principes du christianisme sont mis en avant. La foi des élus, la vérité qui est selon la piété, la promesse de la vie éternelle avant les temps des siècles et la manifestation de la parole de Dieu par la prédication, forment le sujet de l’introduction de l’épître. Comme dans les épîtres à Timothée, le titre de «Sauveur» est ajouté à celui de Dieu (ainsi qu’à celui de Christ).

Cette introduction n’est pas sans importance. Ce qu’elle renferme est présenté par l’apôtre à Tite, comme caractérisant son apostolat, et comme le sujet spécial de son ministère. Ce ministère n’était pas un développement du judaïsme, mais la révélation d’une vie et d’une promesse de vie qui subsistait (savoir dans le Christ, objet des conseils divins) avant les temps des siècles; aussi la foi se trouvait-elle, non dans la confession des Juifs, mais dans les élus, amenés à la connaissance de la vérité par la grâce. La vraie foi chrétienne était la foi des élus: vérité importante et qui caractérise la foi dans le monde. D’autres peuvent bien adopter cette foi comme système, mais la foi est, en soi, «la foi des élus».

Au milieu des Juifs, il n’en était pas ainsi: la confession publique de leur doctrine et la confiance dans les promesses de Dieu appartenaient à tout homme, Israélite de naissance. D’autres que les élus peuvent prétendre à la foi chrétienne, mais elle est «la foi des élus»: elle est, de sa nature, telle que la nature humaine ne l’embrasse point, ne la conçoit pas; elle est une pierre d’achoppement pour cette nature; elle décèle une relation avec Dieu qui, pour la nature, est inconcevable et en même temps présomptueuse et insupportable. Pour l’élu, cette relation est la joie de son âme, la lumière de son intelligence et l’appui de son cœur. La foi le place avec Dieu dans une relation qui est tout ce que le cœur de l’élu peut désirer, mais qui dépend entièrement de ce que Dieu est; et c’est là ce que le croyant veut. C’est une relation personnelle avec Dieu Lui-même; c’est pourquoi c’est la foi des élus de Dieu. Par conséquent, elle est pour tous les gentils, aussi bien que pour les Juifs.

Cette foi des élus de Dieu a un caractère intime, en relation avec Dieu Lui-même: elle repose sur Lui, elle connaît le secret de son conseil éternel, de cet amour qui a fait des élus l’objet des conseils divins. Mais un autre caractère se rattache à cette foi, savoir, la confession devant les hommes. Il y a la vérité révélée, par laquelle Dieu se fait connaître et réclame la soumission de l’esprit de l’homme et l’hommage du cœur de l’homme. Cette vérité place l’âme dans une relation vraie avec Dieu; elle est la vérité selon la piété.

La confession de la vérité est donc un caractère important du christianisme et du chrétien. Il y a dans le cœur la foi des élus, la foi personnelle en Dieu et dans le secret de son amour, et puis la confession de la vérité.

Or ce qui faisait l’espérance de cette foi, ce n’étaient pas les biens de la terre, une postérité nombreuse, la bénédiction terrestre d’un peuple reconnu de Dieu comme sien; c’était la vie éternelle, promise de Dieu en Christ avant les temps des siècles, une vie en dehors du monde, du gouvernement divin du monde et du développement du caractère de l’Éternel dans ce gouvernement.

C’était la vie éternelle. Cette vie est en rapport avec la nature et avec le caractère de Dieu Lui-même; c’est une vie qui, ayant sa source en Lui, venant de Lui, était la pensée de sa grâce et avait été déclarée telle en Christ, avant qu’il y eût un monde, dans lequel le premier homme fut introduit sous une responsabilité1, et qui formât la sphère du déploiement du gouvernement de Dieu sur ce qui Lui était assujetti, chose bien différente de la communion d’une vie par laquelle on participe à sa nature et qui est le reflet de cette nature. C’est là l’espérance de l’Évangile (car nous ne parlons pas ici de l’Assemblée), le secret trésor de la foi des élus, ce dont la vérité révélée nous assure.

1 L’histoire du premier homme, c’est son manquement à cette responsabilité jusqu’à Christ, le second homme, et la croix sur laquelle Christ a porté pour nous les conséquences de ce manquement et nous a obtenu auprès de Lui la vie éternelle, dans toute la gloire de cette vie.

L’expression: «promise avant les temps des siècles» est une expression remarquable et importante: on est admis aux pensées de Dieu avant que cette scène changeante et mélangée ait existé — cette scène, témoin de la faiblesse et du péché de la créature, de la patience et des voies de Dieu en grâce et en gouvernement. La vie éternelle se rapporte à la nature immuable de Dieu, à des conseils qui restent fermes comme sa nature, à ses promesses dans lesquelles il ne saurait nous tromper, auxquelles il ne saurait manquer. Notre part dans la vie existait avant la fondation du monde, non seulement dans la personne du Fils, mais dans les promesses faites au Fils comme notre part en Lui. Cette vie, et la part que nous devions y avoir, était le sujet de ces communications du Père au Fils, dont nous étions les objets, le Fils en étant le dépositaire1: merveilleuse connaissance qui nous a été donnée des communications célestes dont le Fils était l’objet, afin que nous comprenions la part que nous avons dans les pensées de Dieu dont nous étions l’objet en Christ avant tous les siècles!

1 Comparez Proverbes 8:30, 31; Luc 2:14 et Psaume 40:7-9, «tu m’as creusé des oreilles», c’est-à-dire «formé un corps», la place d’obéissance, ou d’un esclave (Phil. 2), ainsi traduit par les Septante et accepté comme correct dans l’épître aux Hébreux.

Par ce passage nous comprenons aussi plus clairement ce que c’est que la Parole. La Parole est la communication, dans le temps, des pensées éternelles de Dieu Lui-même en Christ. Elle trouve l’homme sous la puissance du péché, révèle la paix et la délivrance, et montre comment il peut avoir part aux fruits des pensées de Dieu; mais ces pensées mêmes ne sont autre chose que le dessein, le propos éternel de sa grâce en Christ, de nous donner la vie éternelle en Christ, une vie qui existait par devers Dieu avant les temps des siècles. La Parole est prêchée, manifestée, c’est-à-dire la révélation des pensées de Dieu en Christ. Or ces pensées nous donnent la vie éternelle en Christ, et la promesse en a été faite avant les siècles. Les élus, en croyant, savent cela et possèdent la vie elle-même; ils ont le témoignage en eux-mêmes: mais la Parole est la révélation publique sur laquelle la foi est fondée et qui a une autorité universelle sur les consciences des hommes, qu’ils la reçoivent, ou qu’ils ne la reçoivent pas. Exactement comme dans 2 Timothée 1:9, 10, elle est présentée comme étant le salut, mais ayant été alors manifestée.

On remarquera que, ici, «la foi» est la foi personnelle dans une vérité connue, la foi que peuvent seuls avoir les élus qui possèdent la vérité comme Dieu l’enseigne. L’expression de «la foi» est employée aussi dans la Parole pour le christianisme comme système, en contraste avec le judaïsme; ici, «la foi» est le secret de Dieu en contraste avec une loi promulguée à un peuple extérieur. Cette promesse qui datait dès avant les siècles révélés, et qui était souveraine dans son application, était particulièrement confiée à l’apôtre Paul pour qu’il l’annonçât par la prédication (vers. 3).

L’évangile confié à Pierre est davantage la proclamation de l’accomplissement des promesses faites aux pères, lesquelles Paul reconnaît aussi, avec les faits évangéliques qui confirmaient ces promesses et les développaient par la puissance de Dieu manifestée dans la résurrection de Jésus, témoin de la puissance de cette vie.

Jean nous présente davantage la vie dans la personne de Christ, et ensuite communiquée à nous, une vie dont il nous montre les traits caractéristiques.

On trouvera qu’il n’y a pas chez l’apôtre la même intimité de confiance à l’égard de Tite qu’à l’égard de Timothée: Paul n’ouvre pas son cœur à Tite de la même manière. Tite est un bien-aimé et fidèle serviteur de Dieu, l’enfant aussi de l’apôtre, dans la foi; mais Paul ne lui ouvre pas son cœur de la même manière; il ne lui communique pas ses plaintes, son inquiétude, il n’épanche pas son cœur dans le sien, comme il le fait avec Timothée. Dire à une personne tout ce qu’on voit de brisant, d’inquiétant dans l’œuvre à laquelle on travaille, voilà la preuve de la confiance; on a de la confiance à l’égard de l’œuvre, mais l’on parle aussi de l’œuvre à l’égard de soi, à l’égard de tous; on se laisse aller sans réserve et en toute liberté à parler de soi, de ce qu’on sent, de tout. C’est ce que l’apôtre fait avec Timothée, et ce dont le Saint Esprit a voulu nous donner le tableau. La doctrine préoccupait l’apôtre par-dessus tout, dans ses communications à Timothée. C’était par là que l’Ennemi travaillait et s’efforçait de ruiner l’Assemblée. Les surveillants ne viennent dans la pensée de Paul que comme chose accessoire quand il parle à Timothée; ici, ils sont en première ligne. L’apôtre avait laissé Tite en Crète pour mettre en bon ordre les choses qui restaient à régler, et pour établir des anciens dans chaque ville suivant qu’il le lui avait déjà ordonné. Il ne s’agit pas ici du désir que quelqu’un pourrait avoir de devenir surveillant; il ne s’agit pas non plus de décrire le caractère qui convenait à cette charge; mais il s’agit d’établir des surveillants, tâche pour l’accomplissement de laquelle Tite était muni d’autorité de la part de l’apôtre. Les qualités nécessaires lui sont communiquées afin qu’il puisse décider, selon la sagesse apostolique; de sorte que, d’un côté, il était revêtu d’autorité par l’apôtre pour les établir, et que, d’un autre, il était instruit de sa part à l’égard des qualités requises. L’autorité et la sagesse apostoliques concouraient ensemble pour rendre Tite capable d’accomplir cette œuvre importante et sérieuse.

On voit aussi que ce délégué apostolique était autorisé à mettre en ordre ce qui était nécessaire pour le bien-être des assemblées en Crète; ces assemblées, fondées déjà, manquaient encore de direction sur bien des détails de leur marche; et les soins apostoliques étaient nécessaires pour leur donner des directions, ainsi que pour l’établissement de fonctionnaires dans les assemblées. L’apôtre avait confié cette tâche à la fidélité approuvée de Tite, muni par parole et, ici, par écrit, de l’autorité de l’apôtre lui-même, de sorte que rejeter Tite, c’est rejeter l’apôtre et, par conséquent, le Seigneur qui l’avait envoyé. C’est une chose sérieuse que l’autorité dans l’assemblée de Dieu, une chose qui vient de Dieu Lui-même. Elle peut s’exercer comme influence par le don de Dieu, par des fonctionnaires, lorsque Dieu les établit par des instruments qu’il a choisis et envoyés dans ce but.

Il est inutile d’entrer ici dans le détail des qualités qui sont nécessaires pour remplir convenablement la charge de surveillant; elles sont au fond les mêmes que celles mentionnées dans l’épître à Timothée. Ce sont des qualités, non pas des dons — des qualités extérieures, morales, et de circonstance, qui démontrent l’aptitude de l’individu à la charge de surveiller les autres. On peut s’étonner peut-être que l’absence de fautes grossières trouve une place dans la liste de ces qualités; mais les assemblées étaient plus simples qu’on ne le pense; les personnes qui les composaient étaient sorties récemment des habitudes les plus fâcheuses. Une conduite précédente qui commandait le respect des autres était, par conséquent, nécessaire pour donner du poids à l’exercice des soins de surveillance. Ceux qui étaient revêtus de cette charge devaient aussi pouvoir réfuter les contredisants: car ils en rencontreraient, et en particulier parmi les Juifs, qui étaient toujours et partout actifs pour s’opposer à la vérité, et subtils pour pervertir les esprits.

Le caractère des Crétois occasionnait d’autres difficultés et exigeait l’exercice d’une autorité péremptoire; le judaïsme se mêlait chez eux avec l’effet du caractère national. Il fallait être ferme et agir avec autorité pour que les Crétois chrétiens demeurassent sains en la foi.

Au reste il s’agissait encore d’ordonnances et de traditions, ces interdits dans l’Assemblée de Dieu, qui le provoquent à la jalousie et s’opposent à sa grâce en exaltant l’homme. Ceci, disait-on, n’est pas pur, et cela est défendu par une ordonnance: mais Dieu veut le cœur. Toutes choses sont pures pour ceux qui sont purs; celui qui a le cœur souillé n’a pas besoin de sortir de lui-même pour trouver ce qui est impur, mais il est commode pour lui de le faire afin de pouvoir oublier son impureté. Les pensées et la conscience sont déjà corrompues. On parle de la connaissance de Dieu, on le renie dans ses œuvres; on est inutile et, à l’égard de toute œuvre vraiment bonne, réprouvé.