Philippiens

Chapitre 1er

Les diverses circonstances que nous venons de rappeler mettent l’apôtre dans un rapport d’intimité particulière avec cette assemblée de Philippes, et elles sont devenues l’occasion de cette épître, que Paul et Timothée (qui avait accompagné l’apôtre dans ses travaux en Macédoine, en vrai fils de Paul dans la foi et dans l’œuvre) adressent aux fidèles et à ceux qui avaient les charges dans cette assemblée particulière. Ce n’est pas ici une épître qui plane à la hauteur des conseils de Dieu, comme le fait celle aux Éphésiens, ni qui règle tout l’ordre qui convient aux chrétiens où qu’ils soient, comme le font les deux épîtres aux Corinthiens; ce n’est pas non plus une épître qui pose les fondements des rapports de toute âme quelconque avec Dieu, comme celle aux Romains. La lettre que Paul et Timothée adressent aux Philippiens n’était pas destinée, comme d’autres que notre apôtre a écrites, à mettre les chrétiens en garde contre les erreurs qui se glissaient au milieu d’eux; elle se place sur le terrain de l’intimité précieuse, de l’affection ordinaire des chrétiens entre eux, mais de cette affection comme l’éprouvait le cœur d’un Paul animé et dirigé par le Saint Esprit. C’est pourquoi aussi nous trouvons mentionnées les charges ordinaires qui existaient dans l’intérieur d’une assemblée, les surveillants et les serviteurs, charges d’autant plus importantes à rappeler que les soins immédiats de l’apôtre étaient devenus impossibles. L’absence de ces soins fait ici la base des instructions de l’apôtre, ce qui donne une importance particulière à cette épître.

L’affection des Philippiens, qui avait trouvé son expression dans l’envoi de secours à l’apôtre, rappelait à celui-ci l’esprit que les chrétiens de Philippes avaient montré dans tous les temps: ils s’étaient associés de cœur aux travaux et aux peines de l’Évangile. Or cette pensée conduit l’apôtre plus haut, à ce qui domine le courant d’idées de l’épître: pensée des plus précieuses pour nous! Qui est-ce qui avait opéré dans les Philippiens cet esprit d’amour et de dévouement aux intérêts de l’Évangile? C’était bien le Dieu de la bonne nouvelle et de l’amour; et cela donnait une entière garantie que Celui qui avait commencé la bonne œuvre, l’accomplirait jusqu’à la journée de Christ. Douce pensée, maintenant que nous n’avons plus l’apôtre, que nous n’avons plus les surveillants et les serviteurs, comme les Philippiens les avaient dans ce temps-là. Dieu ne peut nous être ôté; la vraie et vivante source de toute bénédiction nous reste, immuable et élevée au-dessus des faiblesses et des fautes mêmes qui privent les chrétiens de toute ressource intermédiaire! L’apôtre avait vu Dieu agissant dans les Philippiens: les fruits disaient quelle était la source de la bénédiction; dès lors, il comptait sur la perpétuité de la bénédiction dont ils devaient jouir. Mais il faut de la foi pour tirer ces conséquences. L’amour chrétien est clairvoyant et plein de confiance à l’égard de ses objets, parce que Dieu Lui-même et l’énergie de sa grâce sont dans cet amour.

Pour en revenir au principe qui inspire de la confiance à l’apôtre, il est le même pour l’Assemblée de Dieu: elle peut bien perdre beaucoup quant aux moyens extérieurs et quant à ces manifestations de la présence de Dieu qui tiennent à la responsabilité de l’homme, mais ce qui est essentiel dans la grâce de Dieu ne peut être perdu: la foi peut toujours compter sur cela. Ce sont les fruits de la grâce au milieu des saints qui inspirent cette confiance à l’apôtre, ainsi qu’en Héb. 6:9, 10; et 1 Thess. 1:3, 4. Il comptait bien, en 1 Cor. 1:8, et dans les Galates, sur la fidélité de Christ, malgré beaucoup de choses pénibles. La fidélité du Seigneur l’encourageait à l’égard des chrétiens, dont autrement l’état donnait lieu à de grandes angoisses. Ici, assurément, au milieu de circonstances certainement bien plus heureuses, la marche même des chrétiens conduit l’apôtre à la source de sa confiance à leur égard. Il se souvient avec affection et avec tendresse de quelle manière ils s’étaient comportés envers lui en tout temps, et ce souvenir se transforme en souhait que le Dieu qui avait opéré ces choses, produisît, pour leur propre bénédiction, les fruits parfaits et abondants de cet amour. Il leur ouvre aussi son cœur tout entier. Les Philippiens prenaient part à l’œuvre de la grâce de Dieu en lui, par la même grâce qui agissait en eux à son égard, en produisant une affection qui s’identifiait avec lui et son œuvre; aussi le cœur de l’apôtre se tournait vers eux en leur rendant avec effusion l’affection qu’ils lui avaient témoignée et en montrant combien le désir de son cœur se portait vers eux. Dieu qui était la source de ces sentiments et à qui Paul présentait tout ce qui se passait dans son cœur, ce même Dieu qui agissait dans les Philippiens, était témoin entre eux (maintenant que Paul ne pouvait pas donner, par son travail au milieu d’eux, d’autre preuve de son affection) combien il les désirait tous. Il sentait leur amour, mais il désirait de plus que non seulement cet amour fût cordial et actif, mais qu’il fût dirigé aussi par la sagesse et par l’intelligence données de Dieu, par un discernement du bien et du mal selon Dieu, fruit de la puissance de son Esprit, de sorte qu’en agissant en amour, ils marchassent aussi selon cette sagesse, et comprissent ce qui, dans ce monde de ténèbres, était vraiment selon les perfections et selon la lumière divines, afin qu’ils fussent sans reproche jusqu’à la journée de Christ. Combien ceci est différent de la froideur avec laquelle bien des chrétiens se contentent d’éviter des péchés positifs! Le désir sincère d’atteindre à toutes les excellences et à toute la ressemblance de Christ que la lumière divine peut nous faire apercevoir est ce qui caractérise la vie de Christ en nous.

Déjà les fruits montraient que Dieu était avec eux: et il accomplira l’œuvre jusqu’au bout. Mais Paul désirait que les Philippiens marchassent tout le long du chemin selon la lumière donnée de Dieu, de sorte que lorsqu’ils seraient au terme de la route, il n’y eût rien qu’on pût leur reprocher, mais qu’au contraire, débarrassés de tout ce qui pourrait les détourner du droit chemin ou les affaiblir, ils abondassent dans les fruits de la justice qui sont par Jésus Christ à la gloire et à la louange de Dieu. Beau tableau pratique de l’état normal du chrétien dans sa marche journalière, dans son chemin vers le but; car, souvenons-nous-en, dans l’épître aux Philippiens, nous sommes toujours sur le chemin, vers notre repos céleste, dans lequel la rédemption nous a placés.

Telle est l’introduction de cette épître. Après les souhaits de son cœur que l’apôtre, comptant sur leur affection, fait pour les saints de Philippes, il parle de ses liens, auxquels ils avaient pensé, mais il en parle en rapport avec Christ et l’Évangile qu’il avait à cœur par-dessus tout. Mais avant de quitter l’introduction et de passer au sujet même de l’épître, je désire faire remarquer les pensées qui donnent lieu aux sentiments exprimés ici.

Il y a trois grands éléments qui impriment leur caractère sur cette épître.

En premier lieu, elle parle du pèlerinage du chrétien dans le désert, et elle considère le salut comme un résultat à obtenir à la fin du trajet. La rédemption accomplie par Christ est bien posée comme base de ce pèlerinage, ainsi qu’elle l’a été pour Israël à son entrée dans le désert; mais le sujet propre de l’épître, c’est notre présentation devant Dieu ressuscités et glorifiés, lorsque nous avons remporté la victoire sur toutes les difficultés: — et c’est ce qui est ici appelé le salut.

En second lieu, la position de l’assemblée est caractérisée par l’absence de l’apôtre, de sorte que l’assemblée a dû soutenir elle-même le combat: elle devait vaincre, au lieu de jouir de la victoire que remportait l’apôtre sur la puissance de l’Ennemi quand il était avec eux et pouvait se faire faible avec chaque faible.

Enfin, en troisième lieu, la vérité importante dont nous avons déjà parlé est mise en évidence, savoir que, dans ces circonstances, l’assemblée était rejetée immédiatement sur Dieu, ressource inépuisable de grâce et de force pour elle, dont elle devait profiter directement par la foi, ressource qui ne pouvait jamais lui faire défaut1.

1 Nous trouverons ici tout le cours d’une vie qui était l’expression de la puissance de l’Esprit de Dieu manifestée dans cette vie. C’est pourquoi le péché, c’est-à-dire la chair qui produit le mal en nous, n’est nullement mentionné dans cette épître. Nous y voyons les manifestations et les traits de la vie de Christ; car si nous vivons par l’Esprit, nous devrions marcher par l’Esprit. Nous trouvons la grâce déployée dans la vie chrétienne (chap. 2), l’énergie de la vie chrétienne (chap. 3) et sa supériorité sur toutes les circonstances (chap. 4). Dans le premier chapitre, l’apôtre, comme c’était naturel, ouvre davantage son cœur quant à ses circonstances présentes et ses sentiments du moment. L’exhortation commence au chapitre 3. Toutefois, même au chapitre 1er, nous trouvons l’apôtre entièrement au-dessus des circonstances par la puissance de la vie spirituelle.

Mais reprenons la considération du texte par le verset 12 qui commence proprement l’épître, à la suite de l’introduction. Paul était prisonnier à Rome. L’Ennemi paraissait avoir remporté une grande victoire en restreignant ainsi l’activité de l’apôtre; mais par la puissance de Dieu qui ordonne tout et qui agissait en Paul, les ruses même de l’Adversaire tournaient à l’avancement de l’Évangile. Premièrement, l’emprisonnement de l’apôtre faisait connaître l’Évangile là où autrement on n’en eût pas entendu parler, dans les hautes régions à Rome; et beaucoup d’autres frères, rassurés quant à sa position1, s’enhardissaient pour annoncer l’Évangile sans crainte. Mais cette même absence de l’apôtre se faisait sentir d’une autre manière: plusieurs de ceux qui, lorsqu’ils se trouvaient en présence de sa puissance et de ses dons, étaient nécessairement des personnes insignifiantes et sans force, pouvaient se donner quelque importance lorsque dans les voies de Dieu, insondables mais parfaites, ce puissant instrument de sa grâce était mis de côté; ils pouvaient espérer de briller et d’attirer l’attention quand les rayons de cette lumière resplendissante étaient interceptés par les murs d’une prison. Jaloux, mais cachés lorsqu’il était présent, ces hommes profitaient de son absence pour se mettre en activité: faux frères ou chrétiens jaloux, ils profitaient de l’absence de l’apôtre pour tâcher de nuire à son autorité dans l’assemblée et à son bonheur. Ils ne faisaient qu’ajouter à cette autorité et à ce bonheur: Dieu était avec son serviteur, et le désir pur de la proclamation de la bonne nouvelle de Christ, dont il sentait profondément toute la valeur et qu’il désirait avant tout, quel que fût le moyen employé, tenait chez lui la place de la recherche de soi-même qui animait ces tristes prédicateurs de la vérité.

1 Dans la première édition j’avais pris ceci comme étant l’effet de l’emprisonnement de l’apôtre en stimulant la foi de ceux qui avaient été inactifs lorsque lui était actif. Tel serait le sens de la version anglaise («encouragés par mes liens»), et c’est là un vrai principe. Mais il semble que la force des mots soit: «ayant pris plutôt confiance quant à mes liens». Ils couraient le danger d’avoir honte de lui, comme s’il était un malfaiteur.

Déjà ici l’apôtre, dans ce qui le regarde individuellement, trouve sa ressource dans l’opération de Dieu, indépendamment de l’ordre spirituel de sa maison, à l’égard des moyens qu’il emploie. L’état normal de l’Assemblée c’est que l’Esprit de Dieu agit dans les membres du corps, et dans chaque membre à sa place, pour la manifestation de l’unité du corps et de l’énergie de ses membres, exercée mutuellement pour l’avantage l’un de l’autre. Christ, ayant vaincu Satan, remplit de son propre Esprit ceux qu’il a délivrés de la puissance de cet ennemi, afin qu’ils montrent à la fois la puissance de Dieu et la réalité de leur délivrance de la puissance de l’Ennemi, et cela dans une marche qui, étant l’expression des pensées et de l’énergie de Dieu Lui-même, ne laisse plus aucune place pour les pensées et l’énergie de l’Adversaire. Les chrétiens forment l’armée et le témoignage de Dieu contre l’Ennemi dans ce monde. Mais alors, chaque membre, depuis l’apôtre jusqu’au plus faible chrétien, agit efficacement, chacun à sa place: dans un tel corps, la puissance de Satan ne trouve aucun lieu; le dehors répond au-dedans et à l’œuvre de Christ. Celui qui est en eux est plus grand que celui qui est dans le monde. Mais pour cela, il faut partout de la puissance et l’œil net. Il est un autre état de choses, dans lequel, quoique tout ne soit pas en activité, à sa place, selon la mesure du don de Christ, l’énergie réparatrice de l’Esprit, dans un instrument tel que l’apôtre, défend l’Assemblée, ou la remet dans son état normal, quand elle a partiellement failli. L’épître aux Éphésiens d’un côté, et celles aux Corinthiens et aux Galates de l’autre, nous présentent ces deux phases de l’histoire de l’Assemblée.

L’épître aux Philippiens traite, mais par la plume d’un apôtre divinement inspiré, d’un état de choses où cette dernière ressource venait à manquer. L’apôtre ne pouvait pas travailler de la même manière qu’auparavant, mais il pouvait nous donner le coup d’œil de l’Esprit sur l’état de l’Assemblée, lorsque, selon la sagesse de Dieu, celle-ci était privée de ces énergies normales: elle ne pouvait l’être de Dieu. Sans doute, l’Assemblée ne s’était pas alors éloignée de son état normal comme elle l’a fait maintenant; mais le mal germait déjà. Tous cherchent leurs propres intérêts, dit l’apôtre, non pas ceux de Jésus Christ; et Dieu a permis qu’il en fût ainsi du vivant des apôtres, afin que nous eussions la révélation de ses pensées à l’égard d’un état semblable et que nous fussions dirigés vers les véritables ressources de sa grâce dans ces circonstances.

L’apôtre devait d’abord faire lui-même l’expérience de cette vérité. Les liens qui l’unissaient à l’Assemblée et à l’œuvre de l’Évangile étaient les plus forts qui existent sur la terre, mais il fallait qu’il remît l’Assemblée et l’Évangile au Dieu à qui ils appartiennent. Effort pénible, mais qui rend l’obéissance, la confiance, la netteté de l’œil et le renoncement à soi, parfaits dans le cœur, c’est-à-dire parfaits selon la mesure de l’opération de la foi. Toutefois la douleur causée par cet effort trahit l’incapacité de l’homme à maintenir l’œuvre de Dieu à sa hauteur propre. Mais si tout ceci arrive, c’est afin que Dieu ait toute la gloire de l’œuvre; et il devait en être ainsi, afin que ce qu’est la créature fût, sous tous les rapports, manifesté selon la vérité. Il est extrêmement précieux de voir comment ici et en 2 Timothée, là où il y a de la foi, le déclin de la vie individuelle et de l’énergie dans l’Assemblée a pour effet de faire se développer plus pleinement que partout ailleurs, d’un côté, la grâce dans la personne du fidèle et, de l’autre, l’énergie dans le ministère. Il en est réellement toujours ainsi. C’est aux jours des Pharaon, des Saül et des Achab que l’on trouve les Moïse, les David et les Élie.

L’apôtre ne pouvait rien faire: il devait voir prêcher l’Évangile sans lui. Quelques-uns le prêchaient par un esprit d’envie et de débat, d’autres par amour. Ceux-ci, encouragés quant aux liens de l’apôtre, voulaient le soulager en continuant son œuvre. Quoi qu’il en fût, Christ était prêché, et les motifs qui encourageaient les prédicateurs se perdaient pour l’apôtre dans la contemplation de cet immense fait qu’un Sauveur, le Libérateur envoyé de Dieu, était annoncé au monde. Christ, et même les âmes, étaient plus précieux pour Paul que l’œuvre, dans la mesure où elle était son œuvre; Dieu travaillait dans l’œuvre; et ainsi ce serait pour le triomphe de Paul qui s’unissait aux desseins de Dieu1. L’apôtre comprenait le grand combat qui se livrait entre Christ (dans ses membres) et l’Ennemi: et si ce dernier semblait avoir remporté une victoire en jetant Paul en prison, Dieu se servait de cette circonstance même pour avancer l’œuvre de Christ par l’Évangile, et pour remporter ainsi en réalité de nouvelles victoires sur Satan, victoires auxquelles Paul était associé, parce qu’il était établi pour la défense de cet Évangile. Ainsi, tout ceci tournait à salut pour Paul, confirmé qu’il était dans sa foi par ces voies d’un Dieu fidèle, qui dirigeait encore davantage sur Lui les yeux de son fidèle serviteur. Soutenu par les prières des autres et le secours de l’Esprit de Jésus Christ, au lieu d’être abattu et terrifié par l’Ennemi, Paul se glorifiait toujours davantage dans la sûre victoire de Christ qui était la sienne. Aussi exprime-t-il la confiance inébranlable qu’en rien il ne sera confus, mais qu’il lui sera donné d’user de toute hardiesse et que Christ sera glorifié en lui, soit par sa vie, soit par sa mort: et la mort était devant ses yeux. Appelé à comparaître devant César, sa vie pouvait lui être ôtée par le jugement de l’empereur; humainement parlant, son sort était tout à fait incertain: plusieurs passages de notre épître font allusion à ce fait: chap. 1:22, 30; 2:7; 3:10. Mais, vivant ou mourant, Paul avait maintenant ses regards dirigés plus sur Christ que sur l’œuvre elle-même, quelque grande place que cette œuvre pût avoir dans la pensée d’une vie qui s’exprimait dans un seul mot: «Christ!» Vivre était, pour lui — non pas l’œuvre en elle-même, ni seulement le fait que les fidèles tinssent ferme dans l’Évangile, bien que ceci ne pût être séparé d’avec la pensée de Christ, parce qu’ils étaient membres de son corps — pour lui, vivre était «Christ»; mourir était un gain, car, en mourant, il serait avec Christ.

1 Il y a en ceci un profond bonheur pour la foi. Mais il faut alors que le serviteur ait fait de l’œuvre sa vie même. «Pour moi, vivre c’est Christ». Dans ce cas, si l’œuvre prospère, il prospère; si Christ est glorifié, il est content en lui-même, même si le Seigneur l’a mis de côté.

Tel était l’effet purifiant des voies de Dieu, qui avaient fait passer l’apôtre par le creuset, terrible pour lui, d’être séparé depuis des années, peut-être depuis quatre ans, de son œuvre pour le Seigneur. Le Seigneur lui-même avait remplacé l’œuvre — pour autant du moins qu’elle se rattachait à Paul personnellement — et l’œuvre était confiée au Seigneur Lui-même. Le fait qu’il était si absorbé par l’œuvre peut avoir contribué à ce qui conduisit à son emprisonnement; car c’est la pensée de Christ seule qui maintient l’âme en équilibre et met chaque chose à sa vraie place. Dieu a fait que, par cet emprisonnement, Christ est devenu tout pour l’apôtre, non que l’œuvre eût perdu son intérêt pour lui, mais Christ a seul la première place, et Paul voit tout et l’œuvre même, en Lui.

Quelle consolation pour nous, lorsque nous sentons peut-être que notre faiblesse a été manifestée et que nous n’avons pas su profiter de la puissance de Dieu dans notre service; quelle consolation, dis-je, se trouve pour nous dans la certitude que Celui qui seul a le droit d’être glorifié ne fait jamais défaut!

Pour Paul, Christ était son tout. C’était donc un gain évident pour lui de mourir, car ainsi il serait avec Christ. Toutefois il valait la peine de vivre (car c’est là la force du commencement du verset 21), puisque vivre c’était Christ et le service de Christ: et il ne savait que choisir. En mourant, l’apôtre gagnait Christ pour lui-même, ce qui était de beaucoup meilleur. En vivant, il servait Christ; il avait davantage quant à l’œuvre, puisque vivre c’était Christ, et la mort y mettrait un terme. Ainsi il était pressé des deux côtés; mais il avait appris à s’oublier lui-même en Christ, et il voyait Christ parfaitement occupé de l’Assemblée et selon la parfaite sagesse. C’est ce qui décidait pour lui la question; car ainsi instruit de Dieu, et ne sachant que choisir, Paul disparaît à ses propres yeux, et le besoin seul de l’Assemblée, selon la pensée de Christ, reste devant lui. Il était avantageux pour l’Assemblée, pour une seule assemblée même, qu’il restât; ainsi il resterait. Et voyez quelle paix donne au serviteur de Dieu ce regard vers Christ qui a détruit l’égoïsme à l’égard de l’œuvre. Christ, après tout, a toute-puissance dans le ciel et sur la terre, et il dispose de tout, selon sa volonté: ainsi, sa volonté étant connue (et sa volonté est amour pour l’Assemblée) je peux dire, elle sera faite! Paul décide sur son propre sort, sans s’inquiéter des dispositions de l’empereur et des circonstances du temps. Christ aime l’Assemblée, c’est un bien pour l’Assemblée que Paul reste: Paul restera donc! Jusqu’à quel point Christ est tout ici! Quelle lumière, quel repos qu’un œil net, qu’un cœur expérimenté dans l’amour du Seigneur! Combien il est précieux de voir que le moi a en conséquence entièrement disparu, et que l’amour de Christ pour l’Assemblée est ainsi le fondement sur lequel tout repose selon le conseil divin.

Or si Christ est tel pour Paul et pour l’Assemblée, il veut que l’Assemblée soit ce qu’elle doit être pour Christ, et partant pour le cœur de Paul, pour qui Christ est tout. C’est donc vers l’Assemblée que se tourne son cœur. La joie des Philippiens sera abondante par le retour de l’apôtre au milieu d’eux; seulement, son vœu pour eux, c’est que leur conduite, qu’il vienne ou qu’il ne vienne pas, soit digne de l’Évangile de Christ. Deux choses préoccupaient l’apôtre, soit qu’il vît les chrétiens de Philippes, soit qu’il apprît de leurs nouvelles, savoir la constance et la fermeté dans l’unité de cœur et d’esprit entre eux, et l’absence de crainte à l’égard de l’Ennemi dans le combat qu’ils devaient lui livrer avec la force que cette unité leur donnait. C’est là le témoignage de la présence et de l’opération de l’Esprit dans l’Assemblée quand l’apôtre n’est pas là. Il tient les chrétiens unis ensemble par sa présence: ils n’ont qu’un cœur et qu’un objet; ils agissent en commun par l’Esprit; et puisque Dieu est là, la crainte que le méchant esprit et leurs ennemis pouvaient leur inspirer (et c’est là ce qu’il tâche toujours de faire; comparer 1 Pierre 5:8), disparaît; ils marchent selon l’Esprit d’amour, de puissance et de conseil. Leur état devient ainsi un témoignage évident du salut, d’une entière et finale délivrance, puisque dans leur combat avec l’Ennemi ils ne ressentent aucune crainte, la présence de Dieu leur inspirant d’autres pensées. Quant à leurs adversaires, la découverte de l’impuissance de tous leurs efforts leur fait sentir que leurs ressources sont insuffisantes. Bien qu’ils eussent la puissance du monde et de son prince tout entière, ils avaient rencontré une puissance supérieure à la leur — savoir celle de Dieu — et c’est de cette puissance qu’ils étaient les adversaires. Triste conviction pour ceux-ci; profonde joie pour ceux-là! Non seulement la délivrance et le salut final des enfants de Dieu étaient ainsi assurés, mais étaient démontrés être le salut et la délivrance de la part de Dieu lui-même. Ainsi le fait que l’Assemblée était dans le combat et l’apôtre absent (lui-même étant aux prises avec toute la force de l’Ennemi) était un don de grâce. Joyeuse pensée! Il était donné aux saints de souffrir pour Christ aussi bien que de croire en Lui. Ils avaient une précieuse part de plus avec Christ et même pour Christ; et la communion des saints avec son fidèle serviteur, dans les souffrances pour Lui, les unissait plus intimement en Lui.

Remarquons ici que jusqu’à présent nous avons le témoignage de l’Esprit rendu à une vie qui est supérieure à la chair, et nullement une vie de la chair. L’apôtre n’avait été confus en rien, et il avait toute confiance qu’il ne le serait jamais, mais que Christ serait, comme il l’avait toujours été auparavant, magnifié dans son corps, soit par la vie, soit par la mort. Il ne sait pas s’il doit choisir la vie ou la mort, car dans l’une et dans l’autre il y a une si grande bénédiction; vivre c’est Christ; mourir un gain, bien qu’alors le travail prenne fin; telle est sa confiance en l’amour de Christ pour l’Assemblée, qu’il décide de son cas devant Néron d’après ce que cet amour veut opérer. L’envie et l’esprit de contention contre lui, qui en conduisent d’autres à prêcher Christ, ne feront que produire de victorieux résultats pour lui-même: il est content si Christ est prêché. Cette supériorité à la chair, cette vie si entièrement au-dessus de la chair ne signifie pas que la chair ne soit plus là, ni qu’elle ait changé de nature. Paul avait, comme nous l’apprenons ailleurs, une écharde pour la chair, un ange de Satan pour le souffleter. Mais c’est un glorieux témoignage à la puissance et à l’œuvre agissante de l’Esprit de Dieu.