Nombres

Chapitre 22

Moab aussi s’oppose en vain (chap. 22). Israël campe maintenant dans les plaines de Moab, n’ayant que le Jourdain entre lui et le pays de son repos. Mais où est son droit d’y entrer? Si l’ennemi ne peut s’opposer à lui par la force, il essaiera de le faire par un autre moyen, en plaçant sous la malédiction le peuple qui l’avait, en effet, bien méritée.

Balac envoie des messagers à Balaam. La grande question, dans cette scène si touchante, est celle-ci: Satan peut-il réussir dans ses desseins, en maudissant le peuple de Dieu, de manière à l’empêcher d’entrer dans le pays de promesse?1 Il ne s’agit pas simplement de la rédemption au commencement du voyage d’Israël, et de la joie qui en est le résultat, mais, à la fin du voyage, lorsque toute l’infidélité du peuple a été manifestée, son infidélité, même après que le Seigneur l’a amené à Lui, Satan pourra-t-il réussir alors? Non.

1 Il est du plus haut intérêt de voir le caractère spécial de cette prophétie.

C’est Dieu qui, de sa propre volonté, intervient contre l’ennemi pour prendre le parti de son peuple, et cela même à son insu, ou sans qu’il le lui demande. Cette prophétie n’est pas, comme elles le sont presque toutes, un appel à la conscience du peuple, accompagné de promesses calculées pour soutenir la foi du résidu, au milieu des contredisants. Le peuple n’en sait rien; il murmure peut-être encore dans ses tentes (si belles aux yeux du prophète qui voit la vision du Tout Puissant), au sujet des voies de Dieu à son égard. C’est Dieu, déclarant ses propres pensées et confondant la malice de Satan, l’ennemi auquel il a affaire. C’est pourquoi cette prophétie est si complète: elle nous présente en esprit toute notre part (littéralement la part d’Israël, comme cela est évident dans la quatrième prophétie): la séparation, la justification, la beauté aux yeux de Dieu (tout ce qui répond à la présence de l’Esprit de Dieu), et la couronne de gloire par la venue de l’étoile de Jacob, de Christ lui-même dans sa gloire.

Lorsque Moïse, dans ces mêmes plaines de Moab, a lieu de dire, en mentionnant leur conduite envers Dieu: «Vous avez été un peuple pervers et rebelle depuis le jour que je vous ai connus» (et, en effet, ils avaient été excessivement revêches, un peuple de col on ne peut plus roide: ne le savons-nous pas?) Dieu dit, par la bouche de Balaam, témoin involontaire de la vérité: «Il n’a pas aperçu d’iniquité en Jacob, ni n’a vu d’injustice en Israël». Quel témoignage! Quelle grâce merveilleuse! Quelle perfection dans les voies de Dieu! Dieu voit clairement; il ne se trompe pas; il dit la vérité selon la perfection de son intelligence infinie; et c’est parce qu’elle est infinie, qu’il ne peut voir d’iniquité dans le peuple racheté. Comment en verrait-il dans ceux qui sont lavés dans le sang de l’Agneau? Dieu non plus ne le veut pas.

Dans ses voies envers son peuple, il verra tout, prendra connaissance de tout; mais lorsqu’il s’agit de l’accusateur, c’est une question de justice. Dieu ne voit que ceci, c’est que, selon les conseils de sa grâce, il a donné une rançon, que les péchés de son peuple ont été expiés. Il ne pouvait en justice voir ces péchés. La bouche de l’accusateur est donc obligée de confesser qu’il n’y en a pas, et qu’il n’y a pas de puissance de l’ennemi contre Jacob.

Ce qui est particulièrement heureux et consolant dans le sujet qui nous est présenté ici, c’est de voir que Dieu agit et juge d’après ses propres pensées. Du commencement à la fin, il a eu des pensées à notre sujet. Il a fait ce qui était nécessaire pour concilier toutes ses voies, dans leur accomplissement, avec les exigences de la justice éternelle; mais il a ces pensées à notre égard et agit envers nous en conséquence. La foi saisit ces pensées de Dieu, les accepte, se fonde sur elles. De là découlent la joie et la paix; tandis que la présence de Dieu (au milieu d’un peuple qu’il agrée et auquel il a donné une nouvelle nature), assure d’une manière pratique la sainteté dont Il ne peut se dispenser, ou bien juge, pour la gloire de son nom tout ce qui s’en écarte. Mais ici c’est Dieu agissant, jugeant, en dépit de tout, selon ses propres pensées.

Balaam était un triste personnage. Il est forcé de voir de loin la bénédiction de Dieu sur son peuple, mais, quand il est près et dirigé par son cœur naturel et sa propre volonté, il ne voit que le chemin de l’erreur dans lequel il veut l’entraîner, pour lui faire perdre cette bénédiction, si cela était possible, et il s’appuie sur ce raisonnement, que le Dieu juste ne peut bénir un peuple pécheur. On ne peut s’imaginer une plus grande iniquité.

Nous dirons quelques mots sur son caractère typique. Mais poursuivons l’histoire. Balac envoie chercher Balaam. Celui-ci désire interroger l’Éternel, soit par crainte instinctive, soit pour attacher, aux yeux des autres, l’importance du nom de l’Éternel à ce qu’il fait.

Effectivement, Dieu intervient et même le prévient; c’est lui qui vient à Balaam, qui prend la chose en main, et a l’ascendant sur l’esprit inique de Balaam, malgré lui; car Balaam n’a aucune intelligence de la pensée de Dieu. Dieu avait dit: «Tu n’iras pas avec eux, car ce peuple est béni». Quelle est sa réponse? «L’Éternel refuse de me laisser aller». Il aurait bien voulu aller; son cœur était tourné vers la récompense de Balac; mais il craint devant Dieu. La bénédiction du peuple n’entre pas dans sa pensée; il est complètement étranger à la générosité de la grâce, indifférent à la pensée que Dieu ait béni son peuple et à la joie de voir le peuple béni.

Aussi, lorsque la tentation se renouvelle, il dit bien qu’il ne peut pas transgresser le commandement de l’Éternel son Dieu; il fait le pieux, et en réalité il n’était pas entièrement dépourvu de sincérité, car Dieu le tenait de près, tout en permettant ces choses. Mais, en même temps, Balaam engage les envoyés de Balac à rester pour voir ce que l’Éternel aurait de plus à lui dire. Qu’avait-il besoin d’en savoir davantage au sujet de l’invitation à maudire ce peuple que Dieu lui avait dit être béni? Il n’entre nullement dans les pensées du cœur de Dieu; il n’a pas une sympathie pour Lui; il est gouverné par la crainte des conséquences. Autrement, il aurait été si heureux de la bénédiction du peuple, qu’il aurait eu horreur de maudire ce que Dieu avait béni. Dieu, pourtant, veut se servir de lui pour rendre un témoignage éclatant en faveur de son peuple, tout en condamnant les voies perverses du prophète, car elles étaient en effet perverses. Il lui fait voir sa perversité et sa folie qui le rend plus stupide que l’ânesse qui le portait; mais en même temps il lui fait continuer son chemin.