Nombres

Chapitre 20

Marie la prophétesse meurt; Israël vieillit, pour ainsi dire, dans le désert; et la voix qui chantait des chants de triomphe quand le peuple montait du sein de la mer Rouge, est muette dans le tombeau. En outre l’eau manquait. Le trajet se prolongeait, les ressources étaient loin d’augmenter; au contraire, ce qu’il y avait eu de joie et de témoignage était près de disparaître. Le peuple s’attroupe contre Moïse et contre Aaron. Dieu l’adresse à la ressource qu’il avait établie pour empêcher les murmures. Si nous avons assisté précédemment au spectacle de sa sainteté, nous voyons maintenant ses ressources et sa bénédiction.

«Prends la verge», dit Dieu (il n’en connaît point d’autres maintenant), «et parle au rocher, et il donnera ses eaux». Il n’y a rien à faire qu’à montrer le signe de grâce (de la sacrificature intervenant de la part de Dieu selon la grâce dont il a revêtu Son autorité), et à dire le mot, et tout ce dont le peuple a besoin sera obtenu immédiatement. Ce n’était pas précisément la grâce qui avait accompagné le peuple depuis la mer Rouge jusqu’à Sinaï; ce n’était pas non plus l’autorité qui punissait le péché; mais c’était la grâce sacerdotale, prenant connaissance du péché et des besoins pour restaurer le peuple des souillures du premier et obtenir tout ce qui répondait aux autres.

Mais Moïse, tout en prenant, selon le commandement de Dieu, la verge qui avait fleuri, aigri par la rébellion du peuple, pense à son autorité et à leur révolte; il n’a pas l’intelligence des conseils de la grâce et parle avec imprudence: «Vous ferons-nous sortir de l’eau de ce rocher?» Précédemment il avait dit: «Que sommes-nous, que vous murmuriez contre nous?» (Ex. 16:7). La révolte du peuple et le mépris de sa propre autorité ont plus de prise sur l’esprit de Moïse que l’intelligence de la grâce de Dieu; «il frappe le rocher de sa verge». C’est ce qu’il avait dû faire la première fois. Christ, le rocher, a dû être frappé, pour que l’eau sortit de lui en faveur de son peuple; mais il ne peut y avoir une répétition de cet acte. Maintenant, sous la sacrificature, nous n’avons qu’à parler selon la puissance vivante de cette sacrificature que Dieu a établie, et il y a réponse en grâce à tous nos besoins. On gâterait, pour ainsi dire, les fruits et les fleurs de cette verge d’Aaron en frappant avec elle et telle n’est pas la pensée qui y est présentée.

Moïse n’a pas sanctifié le nom de Dieu; il n’a pas attaché au caractère que Dieu avait pris l’importance qui lui était due: il n’a pas respecté Dieu dans la position qu’Il avait daigné prendre; mais Dieu se sanctifie d’autant plus qu’il agit ici en grâce et désaltère le peuple malgré tout. Moïse s’est glorifié lui-même, et devant Dieu il a été abaissé. Il n’a pas su abandonner la position où il avait été placé, pour avoir communion avec les pensées de la grâce surabondante, souveraine et bonne de son Dieu, dépassant en compassion la justice et l’autorité sous lesquelles il avait placé son peuple. Toutefois Dieu n’abandonne pas son pauvre serviteur. Que nous sommes insignifiants en comparaison de sa grâce!

La grâce de la sacrificature seule peut amener au bout de la traversée du désert un peuple tel que nous sommes.

Mais la traversée du désert touche à sa fin. Il s’agit maintenant des ennemis qui s’opposent à ce qu’elle se termine et à ce que le peuple entre dans le pays désiré, dans ce pays de la promesse vers lequel il a tendu si longtemps. Édom, plein de jalousie, ne veut pas laisser raccourcir le chemin. Israël se détourne de lui. Il est des personnes qui s’opposent à nous, desquelles il convient de se détourner, à cause de quelque relation extérieure qui existe entre elles et nous, bien qu’elles soient animées d’une haine implacable; il faut savoir comment les discerner. Dieu les jugera quand son temps sera venu; notre main ne doit pas être sur elles. Quant aux ennemis de Dieu, il faut qu’ils soient nos ennemis; là où la puissance de l’ennemi est évidente, nous sommes appelés à combattre les combats de Dieu. Mais nous rencontrons en chemin ceux qui ont pour origine les sources de la promesse, quoiqu’ils soient selon la chair et caractérisés par la chair. Nous les laissons à Dieu; ce n’est pas à nous, mais à lui, qu’il appartient d’en juger. L’occasion pour entrer en lutte n’est pas apparente; elle ne serait pas légitime pour le peuple.