Nombres

Chapitre 11

Nous sommes maintenant (chap. 11) appelés à porter nos regards dans une autre direction pour considérer la conduite du peuple dans le désert; et qu’est-ce, hélas! sinon une histoire d’infidélité et de rébellion? Ajoutons néanmoins que c’est aussi l’histoire du support et de la grâce de Dieu. C’est un tableau infiniment humiliant et instructif. Nous repasserons brièvement les différentes formes d’incrédulité qui nous sont présentées ici.

La première chose que nous rencontrons après la tendre manifestation de l’amour de Dieu, ce sont les murmures des fils d’Israël. Ils se plaignent de la fatigue, quand Dieu leur cherche un lieu de repos. Dieu les châtie. Humiliés, ils crient à Moïse, et, sur son intercession, le châtiment est ôté, mais leur cœur reste éloigné de l’Éternel; séduits par le ramassis de peuple qui les accompagne et pour qui Canaan n’était pas le pays de la promesse, ils sont dégoûtés de la manne. Que de fois Christ, pain de vie, ne suffit pas à l’âme éloignée de la communion avec Dieu! Le cœur cherche ailleurs sa nourriture; il a besoin d’autre chose; il se souvient de ce dont la chair avait coutume de jouir dans le monde, oubliant en même temps l’esclavage dans lequel il était retenu. Il ne connaît plus la puissance de cette parole: «Celui qui vient à moi n’aura jamais faim». Dieu leur accorde l’objet de leurs désirs; au lieu d’être honteux, quand ils voient que Dieu est également capable de satisfaire leurs désirs dans le désert, ils amassent précipitamment les cailles, et la colère de l’Éternel s’embrase contre ce méchant peuple.

Moïse, fatigué d’eux comme d’un fardeau trop lourd, se plaint à son tour de sa position glorieuse. Dieu allège le poids de sa charge, mais non pas sans le réprimander, et il lui adjoint soixante-dix personnes pour l’aider à la porter. L’Esprit de Dieu agit chez deux d’entre eux et repose sur eux, lors même qu’ils ne sont pas sortis pour le recevoir vers la tente où se tient Moïse; ils prophétisent dans le camp. Josué, jaloux de la gloire de son maître, lui demande de les en empêcher. Mais si Moïse, incapable1 de porter le poids de sa gloire, a dû la partager avec d’autres, et jusqu’à un certain point en perdre une partie, il laisse voir du moins dans cette circonstance la profondeur de la grâce contenue dans son cœur. Il ne porte pas envie à ceux qui prophétisent dans le camp. «Ah!» dit-il, «que plutôt tout le peuple de l’Éternel fût prophète!»

1 Remarquez ici la différence d’avec la foi du bienheureux apôtre, en comparant notre chap. 11:12 avec Gal. 4:19 et 2 Cor. 11:28. Il est possible que cette faute de Moïse, se plaignant de succomber sous le poids du peuple et donnant l’occasion de prophétiser dans le camp, ait aussi occasionné la rébellion de Marie et d’Aaron contre lui. Quoi qu’il en soit, Dieu maintient l’autorité de son serviteur, qui, pour lui-même, garde son caractère de douceur invariable, laissant à Dieu le soin de tout ce qui le concernait personnellement.

C’est une chose très belle que l’esprit dont était animé ce serviteur de Dieu. Finalement, quels que soient Ses arrangements, Dieu est souverain dans les dispensations de son Esprit.