Lévitique

John Nelson Darby

Introduction

Le livre du Lévitique nous enseigne comment on s’approche de Dieu, envisagé comme demeurant dans le sanctuaire, soit quant aux moyens par lesquels on peut s’approcher, soit quant à l’état dans lequel on doit être pour le faire.

Ce livre s’occupe donc essentiellement des sacrifices et en même temps, particulièrement aussi, de la sacrificature, c’est-à-dire des moyens établis de Dieu pour que ceux qui sont en dehors du sanctuaire puissent s’approcher de Lui, ainsi que du discernement des choses qui ne conviennent pas à ceux qui sont en relation avec Dieu par ces moyens. La fonction de discerner les souillures, à l’occasion, formait une des attributions de la sacrificature. On trouve aussi, dans le Lévitique, les diverses convocations du peuple aux fêtes de l’Éternel, lesquelles représentaient les circonstances spéciales dans lesquelles Israël assemblé s’approchait de Lui, et enfin les conséquences funestes de la violation des principes établis de Dieu comme condition de ses relations avec son peuple.

Les communications de Dieu avec son peuple, mentionnées dans ce livre, nous sont présentées comme attachées à sa présence dans son tabernacle, base de toutes les relations dont nous venons de parler. Ce n’est plus le législateur qui donne d’en haut, sur le mont Sinaï, des règles constitutives pour établir un état de choses: Dieu se place au milieu des siens 1, et déclare à quelles conditions il les fera jouir de leurs relations avec lui.

1 La présence de Dieu au milieu de son peuple est le trait distinctif des relations établies ici. Par conséquent, la plupart des instructions données dans le Lévitique supposent que ceux auxquels elles s’appliquent, sont déjà avec Dieu dans les termes d’un peuple reconnu pour être à Lui. Mais, d’un autre côté, comme le peuple n’était pas réellement admis lui-même dans la présence de Dieu, et qu’ainsi le tabernacle représentait la position dans laquelle Dieu se plaçait pour qu’on s’approchât de lui, il en est résulté que plusieurs des instructions contenues dans ce livre, fournissent à ceux du dehors les moyens de s’approcher de Dieu, quoiqu’ils n’aient point eu avec lui de relations antérieures. Ceci est très important à remarquer, car c’est la base du raisonnement de l’apôtre, en Rom. 3, pour l’admission des Gentils et même d’un pécheur quelconque. Il n’en demeure pas moins vrai que la plupart des directions s’appliquent à ceux qui sont déjà en relation avec le trône. Au reste, en dépit d’eux-mêmes, tous les hommes ont à faire avec Lui, même ceux qui ne s’approchent pas, et en particulier maintenant où, comme témoignage de grâce, le sang est sur le propitiatoire, et où la révélation et le témoignage de la gloire sans voile, résultat de la grâce et de la rédemption, ont relui. Dieu, qui veut être en relation avec ses créatures, présente dans ce livre les conditions à l’aide desquelles celles-ci peuvent être mises en rapport avec le trône qu’il a établi. Cela implique le détail des relations qu’il soutient avec son peuple.

Il importe de remarquer que, pour ce qui concerne l’admission dans la présence de Dieu, la position du chrétien est tout autre que celle du Juif. Pour le Juif (Héb. 9), le chemin du lieu saint n’était pas encore manifesté: personne (pas même les sacrificateurs) ne pouvait entrer dans la présence de Dieu au dedans du voile, et les sacrifices étaient une remémoration des péchés (Héb. 10:3). Maintenant, l’œuvre de Christ étant accomplie, le voile est déchiré. Les chrétiens ne forment pas un peuple, en relation jusqu’à un certain point avec Dieu, mais restant toujours en dehors de sa présence, s’approchant de l’autel, ou tout au plus de l’autel des parfums; ce qui a lieu maintenant, c’est la pleine grâce présentée au monde; Puis, en vertu de la rédemption accomplie, tout croyant, juste devant Dieu, ayant pleine liberté d’entrer dans le lieu très saint. Ainsi, le sujet qui nous occupe n’est pas la manière dont on s’approche, mais les figures des choses en vertu desquelles on peut s’approcher pour avoir communion avec Dieu.

Mais, quels que soient la proximité et les privilèges de la position sacerdotale, c’est toujours le sacrifice de Christ qui en établit la possibilité et qui en forme la base.

Ce livre commence donc par les sacrifices qui représentaient cet unique et parfait sacrifice. Comme présentation de l’œuvre de Christ, dans ses caractères variés et ses diverses applications pour nous, ces sacrifices ont un intérêt que rien ne peut surpasser. Nous les étudierons donc avec quelque détail.

Les types que l’Écriture nous présente ont divers caractères: tantôt ils sont la figure de quelque grand principe des voies de Dieu, comme Sara et Agar, figures des deux alliances; tantôt ils nous montrent le Seigneur Jésus lui-même, à différents points de vue, comme sacrifice, sacrificateur, etc.; parfois ils préfigurent certains actes de Dieu dans ses voies envers les hommes, sous d’autres dispensations, ou bien encore quelques grands actes à venir de son gouvernement.

Quoiqu’on ne puisse établir aucune règle stricte sur ces points, nous pouvons dire cependant, en général, que la Genèse nous fournit les principaux exemples de la première série de ces types; le Lévitique, ceux de la seconde (quoique l’Exode en contienne quelques-uns de fort remarquables), et les Nombres ceux de la troisième: ceux de la dernière classe sont plus dispersés.

L’emploi des types dans la Parole de Dieu, est un trait qu’il importe de ne pas négliger dans cette précieuse Révélation. Il nous apporte une grâce particulière. Ce qui est le plus élevé dans nos relations avec Dieu, surpasse presque, dans sa réalité, la mesure de nos capacités et la portée de notre vision. Il ne pouvait, en effet, en être autrement, puisque ces choses, si j’ose m’exprimer ainsi, sont adaptées aux capacités de Dieu, à l’égard duquel la réalité a son existence, et devant lequel elle doit être effective, si elle doit nous être profitable. Tous les objets profonds et infinis de notre foi, — infinis dans leur valeur devant Dieu ou dans la démonstration des principes d’après lesquels il agit envers nous, — se rapprochent et deviennent palpables pour nous, par le moyen des types. Le détail de toutes les grâces et des perfections qui existent dans la réalité ou dans l’antitype, est amené tout près de nos yeux, par le moyen du type, avec l’exactitude d’appréciation de l’œil de Dieu lui-même, mais en une manière adaptée à notre vue, à notre capacité, afin d’élever nos pensées au niveau de ce qui occupe Dieu. Christ, vu dans toute sa gloire, selon la pensée de Dieu, est celui qui nous est présenté de cette manière; mais nous en avons ainsi tous les traits et les détails, et cela de la part de Celui-là même qui en composait la grande réalité. Son nom en soit béni!

Passons à l’application de ces notions aux sacrifices du commencement du Lévitique. L’établissement du tabernacle contient deux points tout à fait distincts; d’abord le déploiement des plans de Dieu en grâce 1, et le lieu d’accès auprès de lui; puis les moyens de pourvoir aux besoins créés par le péché, besoins qui donnaient occasion à l’exercice présent de cette grâce. Toute la structure du tabernacle était selon le modèle donné à Moïse sur la montagne. C’était un modèle des choses célestes, comprenant les communications entre le ciel et la terre; ce modèle montrait l’ordre de choses qui trouve son accomplissement dans le meilleur tabernacle, lequel n’est pas fait de mains. L’économie du tabernacle toutefois ne commença réellement qu’après le péché du veau d’or, lorsque la colère de Dieu contre le péché avait déjà éclaté et que sa grâce descendait du trône du sanctuaire, instituant des offrandes qui répondaient à la transgression et y satisfaisaient, et cela au moment où les résultats de la transgression empêchaient l’entrée des sacrificateurs, en tout temps, dans le sanctuaire, mais où la grâce fournissait tout ce qui répondait aux besoins d’un peuple pécheur.

1 Mon impression est que le tabernacle est l’expression de l’état des choses pendant le millénium, sauf en ce qui concerne la royauté, avec laquelle le temple est en rapport. Le trône de Dieu est dans le lieu très saint. Je ne vois pas qu’alors le voile sera déchiré pour les habitants de la terre, quoique tout soit fondé sur le sacrifice de Christ; mais le souverain sacrificateur entrera en tout temps dans le lieu saint, et, alors, revêtu de ses vêtements de beauté et de gloire. Les pains de proposition et le chandelier à sept branches représentent ainsi Israël en rapport avec Christ, comme manifestant le gouvernement, et la lumière dans le monde, mais dans la place de la sacrificature devant Dieu. Pour nous le voile est déchiré, et nous entrons avec une pleine liberté dans le lieu très saint.

C’est pourquoi aussi le tabernacle est mentionné pour la première fois à l’occasion du péché du veau d’or, alors que la colère de Moïse s’enflamma contre l’impiété et la démence qui avaient rejeté Dieu avant même que le peuple eût reçu les détails et les ordonnances de la loi donnée sur la montagne. Ce fut alors que Moïse prit «une tente», et que, la dressant hors du camp, il la nomma: «la tente d’assignation», quoique, en réalité, celle-ci n’existât pas encore; et tous ceux qui cherchaient l’Éternel sortaient vers la tente d’assignation, qui était hors du camp. C’était le lieu où Dieu se rencontrait avec ceux d’entre le peuple qui le cherchaient. Dans la loi, il n’était pas question de rechercher Dieu. La loi était la communication de la volonté de Dieu au peuple déjà rassemblé, au milieu duquel Dieu se manifestait selon certaines exigences de sa sainteté. Mais lorsque le mal fut entré, et que le peuple, comme corps, eut apostasié, et rompu l’alliance, le lieu de rassemblement, où il fallait aller chercher Dieu, fut établi, et cela avant que fût dressé le véritable tabernacle dont le modèle avait été montré à Moïse sur la montagne: mais la première tente était, en principe, l’expression frappante de la chose. L’ordre du tabernacle tel qu’il fut institué dans l’origine, n’a jamais reçu son exécution; de même que la loi, dans son caractère originel, ne l’a jamais été. Nadab et Abihu offrirent, le premier jour, un feu étranger, et l’entrée dans le lieu très saint fut défendue à Aaron; sauf au grand jour des expiations, et d’une manière différente. Le tabernacle lui-même fut dressé selon le modèle que Dieu avait donné; mais l’entrée du sanctuaire intérieur était fermée. Ce qui avait lieu correspondait à l’état de péché du peuple, afin de pourvoir d’une manière provisionnelle à ce qu’exigeait le péché; seulement l’œuvre, comme nous la possédons maintenant, n’était pas une œuvre accomplie.

Cette rencontre de l’Éternel avec le peuple ou avec le Médiateur, avait un double caractère, — un caractère apostolique, et un caractère sacerdotal. D’un côté Dieu se trouvait là pour communiquer sa volonté; de l’autre, il y était pour recevoir le peuple dans son culte, dans ses manquements ou ses besoins. De même Christ est l’apôtre et le souverain sacrificateur de notre confession, expressions qui se rapportent au sujet dont nous nous occupons. La présence de l’Éternel dans le tabernacle pour communiquer sa volonté (sujet avec lequel nous n’avons à faire ici qu’en tant qu’il est un exemple de ce qui nous occupe), est mentionné dans les chapitres 25 et 29 de l’Exode. Au chapitre 25, après la description de la structure de l’arche et de ses dépendances, dans le lieu très saint, il est dit: «Et tu mettras le propitiatoire sur l’arche, par-dessus, et tu mettras dans l’arche le témoignage que je te donnerai. Et je me rencontrerai là avec toi, et je parlerai avec toi de dessus le propitiatoire, d’entre les deux chérubins qui seront sur l’arche du témoignage, et te dirai tout ce que je te commanderai pour les fils d’Israël». Ceci était adressé au médiateur, seul avec l’Éternel dans le secret. Au chapitre 29, nous lisons: «Ce sera l’holocauste continuel en vos générations, à l’entrée de la tente d’assignation, devant l’Éternel, où je me rencontrerai avec vous pour y parler avec toi. Et je me rencontrerai là avec les fils d’Israël».

C’est sur ce terrain que commence le Lévitique.