Jérémie

Chapitres 45 à 52

Le chapitre 45 contient la prophétie qui concerne Baruc, et dont nous avons déjà parlé.

Le chapitre 46 et les suivants renferment des prophéties contre les gentils, situés dans le voisinage de la Judée, et contre Babylone elle-même. Dans les prophéties qui concernent les nations, on trouvera les caractères suivants: le jugement ne se rapporte pas aux derniers jours, comme dans Ésaïe, mais conformément à l’esprit général du livre, il a pour objet la destruction des diverses nations, afin que la domination d’un seul empire soit établie. C’est ainsi que, pour la Judée, le jugement est exécuté dès à présent.

Mais il y a une différence à l’égard du rétablissement des nations aux derniers jours. À cette époque, l’Égypte, Élam, Moab, Ammon, sont rétablis; Édom, Damas, la Philistie, Hatsor, ne le sont pas. La raison de cette différence se présente sans difficulté: l’Égypte et Élam ne font pas partie du pays d’Israël; Dieu, dans sa bonté, aura compassion de ces pays; ils seront habités et bénis sous son gouvernement. Lors de l’entrée du peuple en Canaan, Ammon et Moab ont dû être épargnés: ce n’étaient point des Cananéens maudits, et, quelque triste que fût leur origine, ils étaient parents de la race d’Israël; le pays leur avait été conservé, quoique jusqu’à la dixième génération, ils ne pussent être admis dans la congrégation du peuple de Dieu (Deut. 23:3). Lorsque Dieu mettra fin à la domination confiée à Nebucadretsar et à l’empire des gentils, ces nations rentreront dans les terres qui leur ont été accordées. Mais, quoique Édom ait été épargné, et qu’il dût même être admis au milieu d’Israël à la troisième génération, comme sa haine contre Israël a été sans bornes, il sera totalement détruit dans le jugement de ces jours-là (comp. Abdias, en général, et le verset 18 en particulier). Son pays fera partie d’Israël, et il en faisait partie en effet, quoique lui-même ait été épargné au commencement, comme frère d’Israël; mais hélas! il a abusé de cette grâce, de sorte que le jugement sera plus terrible sur lui que sur les autres. Damas, Hatsor et la Philistie faisaient partie de la terre d’Israël proprement dite. Ces nations disparaissent comme nations distinctes, quant à leur territoire. À la fin du jugement de l’Égypte, Dieu envoie à Israël des paroles d’encouragement. Israël s’était appuyé sur le Pharaon, lorsque Nebucadretsar avait attaqué Jérusalem. La puissance égyptienne paraissait la seule capable de balancer celle de Babylone. Mais Dieu avait ordonné la chute de l’Égypte, qui aurait volontiers pris la première place tandis qu’elle était réservée à Babylone. Le pays d’où Israël a été tiré (c’est-à-dire le monde envisagé comme homme, dans son caractère naturel d’indépendance, et organisant dans sa propre force) aimerait prévaloir sur la corruption idolâtre et les principes babyloniens; mais ceux-ci doivent avoir leur force jusqu’au temps ordonné de Dieu, et où Dieu les jugera. Or Israël s’étant appuyé sur l’Égypte, a dû en apparence partager sa perte. Mais Dieu veillait sur lui; il reviendra de sa captivité et demeurera en paix. Dieu jugera les nations, il châtiera Israël avec mesure. Son peuple ne sera pas condamné avec le monde. Les voies de Dieu en gouvernement sont bien dignes d’attention dans ce cas-ci. L’abus de la grâce amène les plus terribles jugements. Il en a été ainsi avec Édom.

Il reste encore Babylone. Or, dans Jérémie, tous les jugements sont envisagés en rapport avec la mise de côté des nations indépendantes et l’établissement de l’empire unitaire des gentils, sujet capital de cette prophétie. Par conséquent le prophète s’occupe spécialement du sort de l’empire comme établi de Dieu, de son vivant. Le sujet de sa prophétie, c’est Babylone et la terre des Chaldéens; c’est le jugement de cet empire, jugement destiné à tirer vengeance de l’oppression d’Israël par Nebucadretsar qui avait cassé ses os, chapitre 50:17. Cependant la délivrance d’Israël, lors de la destruction de Babylone, est présentée comme un gage et un avant-goût de sa délivrance complète et finale, chapitre 50:4, 5, 19, 20, 34 (voyez aussi ch. 51:19, 21), car la destruction de Babylone est le jugement de ce que Dieu avait établi lui-même comme empire gentil. C’est pourquoi, même historiquement, son jugement a été accompagné de la délivrance d’Israël et de la destruction de l’idolâtrie par un homme suscité pour accomplir la justice de Dieu, ce qui n’a nullement été le cas des autres empires, quoique sans doute aussi leur existence fût due à la providence de Dieu. Mais, pour leur cas, ce n’était pas l’établissement de l’empire par Dieu lui-même, qui le confie à l’homme sous sa responsabilité. L’homme placé dans cette position a complètement manqué: il a tyrannisé le peuple de Dieu, établi une idolâtrie obligatoire, et corrompu le monde par son moyen. Envisagé comme en possession de l’empire du monde qui lui avait été confié, il a été jugé et Babylone est tombée. Il est important de bien saisir cette vérité à l’égard de ce premier empire. En principe, la délivrance d’Israël en est la conséquence, quelles qu’aient été ensuite les voies de Dieu (voyez aussi le caractère de ce jugement, ch. 50:28, 33, 34). Le chapitre suivant nous fournit aussi des principes importants qui, se rattachant à cette prise de Babylone, proclament la fidélité immanquable de Dieu envers Israël, chapitre 51:5, malgré ses péchés. C’était la vengeance de l’Éternel pour les temps qu’il signalait et dont la connaissance était laissée au discernement spirituel, capable de faire l’application de la prophétie, dont les éléments sont assez clairement fournis par ces deux chapitres, notamment les assauts que les nations livreront à la ville et qui doivent être, pour ceux qui auront des oreilles, le signal de la quitter. Il y a plus, la chute de Babylone était un jugement prononcé sur l’idolâtrie. La portion de Jacob, l’Éternel, pouvait châtier son peuple, mais il n’était pas comme les vanités des gentils. Après l’avoir châtié, il ferait ressortir sa justice en contraste avec les gentils qui l’opprimaient, et enfin se servirait de son peuple comme d’un instrument de guerre. Depuis le verset 25, on voit que c’est de la Babylone de ces temps-là qu’il est question: une preuve toute particulière nous en est fournie à partir du verset 29, par les circonstances historiques qui y sont mentionnées.

 

Le dernier chapitre ne fait point partie du prophète proprement dit. On y trouve les faits relatifs à la destruction de Jérusalem et du temple. D’après ce qui précède, ce qui est dit de Babylone sera facilement compris.