Jérémie

Chapitres 27 et 28

Les chapitres 27 et 28 vont ensemble; ce qui en fait le sujet principal, c’est la soumission au chef des gentils que Dieu exigeait des Juifs. Mais, avant d’insister sur ce point, je ferai remarquer les soins que Dieu prend de son peuple, en l’avertissant à chaque nouveau pas qu’il fait vers le jugement. On se souvient que Sédécias s’est attiré ce jugement en se révoltant contre le roi de Babylone. Au commencement de son règne, l’Éternel envoie sa parole par Jérémie pour avertir tous les rois du voisinage et Sédécias lui-même, qu’ils avaient à se soumettre; que s’ils se soumettaient, ils demeureraient en paix dans leurs pays, que, dans le cas contraire, ils seraient chassés et périraient.

Remarquons maintenant quelle place, comme créateur de la terre, de l’homme et des bêtes, Dieu donne au roi de Babylone. Dieu a livré pour un certain temps à Nebucadnetsar les nations et toutes les bêtes des champs. Il veut établir cette puissance centrale et universelle: la nation qui ne s’y soumettrait pas, se constituerait en opposition contre Dieu même, et serait écrasée (comp. Dan. 2:38, où les oiseaux des cieux sont ajoutés à sa domination). Tout ce qui était sur la terre était soumis à ce roi de la terre, ce chef impérial pris d’entre les gentils. C’était un gouvernement voulu de Dieu, qui avait abandonné Jérusalem, et ne la protégerait plus, à moins qu’elle ne se soumît à ce gouvernement. Il paraît que les rois des pays voisins tramaient quelque complot avec Sédécias pour secouer le joug du roi de Babylone; c’est à l’occasion de l’envoi de leurs ambassadeurs que la prophétie a été donnée, Dieu manifestant sa volonté que tous se soumissent à ce joug, car c’était Lui-même qui l’imposait.

Ce fait que Dieu a confié la puissance dans ce monde, à un homme, est très remarquable. Pour ce qui concerne le dépositaire de la royauté en Israël, il a été mis à l’épreuve au sujet de l’obéissance à Dieu, et il n’a pas su jouir du bonheur qui y était attaché. Maintenant Dieu abandonne ce gouvernement direct du monde (tout en restant souverain en haut), et, rejetant Israël qu’il avait choisi d’entre les nations, lesquelles il avait groupées autour de lui et du trône qu’il avait placé au milieu de lui, il assujettit le monde à un chef; ainsi, confiant la puissance à l’homme, il le soumet à une nouvelle épreuve, à savoir, s’il saurait reconnaître Dieu qui l’avait rendu maître de faire sa volonté dans ce monde, et qui lui-même favorisait sa puissance en obligeant tous les hommes à s’y ranger, et aussi s’il saurait rendre heureux les hommes qui lui étaient soumis.

Je n’entre pas ici dans les détails de l’histoire de cette épreuve de l’homme; ils appartiennent à l’étude de Daniel. Nous savons que l’homme a manqué, que, inintelligent et présomptueux, il a ravagé le monde et opprimé le peuple de Dieu, foulé son sanctuaire et préparé pour lui-même un jugement d’autant plus terrible, que Satan le poussera à y résister et l’aidera dans sa rébellion. Nebucadnetsar seul répond en tout point au tableau qui précède. C’est la tête d’or. Dieu lui avait directement confié le gouvernement du monde. Cyrus occupe personnellement une place spéciale et plus honorable sous certains rapports; mais l’empire des Perses n’a fait que remplacer celui qui existait déjà; les sources et le caractère de la puissance vont toujours se détériorant, à mesure qu’on s’éloigne de Dieu et de son don.

Les faux prophètes comme les faux docteurs s’opposent à la vérité, précisément là où Dieu met son peuple à l’épreuve. Ils peuvent se servir de toutes les autres parties de la vérité pour tromper, et paraître avoir plus de foi en elles. Il est clair qu’ils n’ont jamais le secret de l’Éternel. Mais quelles que soient les apparences, ils n’arrêtent ni ne détournent Dieu du chemin dans lequel il veut marcher. Cependant la position du vrai prophète est pénible; il peut pour le moment sembler être réduit au silence; car le mensonge populaire possède le cœur du peuple. Jérémie a dû s’en aller. Toutefois, pendant le combat entre la vérité et l’erreur, Dieu intervient souvent par d’éclatants témoignages. La mission du prophète dans le gouvernement du monde et par rapport à la marche du peuple, est toujours le témoignage d’un jugement qui va fondre sur l’infidélité.