Jérémie

John Nelson Darby

Introduction

Le livre du prophète Jérémie a un caractère différent de celui d’Ésaïe. On n’y trouve pas le même développement que présente celui-ci sur les conseils de Dieu à l’égard de cette terre. Il y a bien, il est vrai, des jugements relatifs aux nations; mais la majeure partie se compose de paroles adressées directement à la conscience du peuple au sujet de son état moral au moment où le prophète lui adresse la parole, et en vue du jugement qui le menace. Juda avait abandonné l’Éternel; car sa repentance sous Josias n’était qu’extérieure, et sous les rois suivants sa dégradation fut complète. Le prophète avait le cœur surchargé de douleurs, par l’effet de son amour pour le peuple, et du sentiment profond de la relation de ce peuple avec l’Éternel, sentiment qui produisait un combat continuel dans son âme déchirée par la pensée de la valeur du peuple en tant que peuple de Dieu, et une sainte jalousie pour la gloire et les droits de Dieu que son peuple foulait aux pieds. C’était une plaie incurable dans son cœur. Il avait intercédé pour le peuple, il s’était mis à la brèche pour lui devant l’Éternel; mais il voyait bien que tout était inutile, que le peuple ne voulait pas de Dieu, et rejetait le témoignage dont il l’avait chargé. Dieu lui-même ne voulait plus écouter les prières faites en faveur d’Israël. C’est sous cette impression que Jérémie prophétise. Triste tâche, en effet, qui faisait du prophète un véritable homme de douleur. Et quoiqu’il pût toujours dire que, s’il se repentait, le peuple serait reçu en grâce, il savait bien toutefois que le peuple ne pensait seulement pas à se repentir. Deux choses le soutenaient dans un service si pénible (car quoi de plus pénible que d’annoncer au peuple bien-aimé de Dieu son jugement, à cause de son iniquité?). Premièrement, l’énergie de l’Esprit de Dieu qui remplissait son cœur et le forçait à annoncer le jugement de Dieu, malgré la contradiction et la persécution auxquelles il était en butte. Puis, la révélation de la bénédiction finale du peuple selon les conseils immuables de Dieu. Après avoir ainsi brièvement indiqué l’esprit qui a présidé au témoignage rendu par Jérémie, dont nous trouverons des preuves et des détails en parcourant ses prophéties, examinons maintenant avec suite ces prophéties elles-mêmes.

Il est bien connu que, dans la traduction des Septante, l’ordre des prophéties est bien différent de celui qui se trouve dans la bible hébraïque. Mais je ne vois aucune raison pour ne pas accepter ce dernier. Il n’est pas douteux que l’ordre chronologique n’y est pas observé; les noms des rois1 dans la série des chapitres en sont la preuve évidente. Mais il me semble que là même où il y a une confusion chronologique, il existe un classement des sujets, et que ce classement est selon la pensée du Saint Esprit.

1 Au chapitre 27, Jehoïakim devrait être Sédécias (voyez verset 12 et chapitre 28:1).

Les vingt-quatre premiers chapitres ont un caractère un peu différent de ceux qui suivent. Jusqu’à la fin du chapitre 24, c’est un raisonnement, un plaidoyer moral avec le peuple. Au chapitre 25, se trouve une prophétie formelle du jugement de plusieurs nations par Nebucadretsar, et après cela, nous trouvons des prophéties beaucoup plus distinctes l’une de l’autre, et liées à des détails historiques.

Les chapitres 30 à 33 sont des prophéties où abonde la promesse des bénédictions assurées aux derniers jours. Depuis le chapitre 39, c’est le récit des événements qui ont suivi la prise de Jérusalem, et celui du jugement de l’Égypte et de Babylone.

Distinguons maintenant les diverses prophéties que contient le livre de Jérémie, chapitres 1, 2-6, 7-10, 11-13, 14-15, 16-17, 18-20, 21-24, 25, 26, 27 (lisez verset 1: Sédécias au lieu de Jehoïakim), 28, 29, 30-31, 32, 33 (celui-ci cependant se lie au précédent), 34, 35, 36-37, 38, 39, 40-44, 45, 46, 47, 48, ch. 49 v.1-6, v.7-22, v.23-27, v.28-29, v.30-33, v.34-39; ch. 50-51, ch. 52. Le dernier chapitre n’est pas de Jérémie lui-même.

Rien de plus frappant en fait d’affliction que celle du prophète. Il est angoissé; son cœur est brisé. On voit aussi que Dieu a choisi un esprit naturellement faible, facilement abattu et découragé, en le remplissant de sa force, afin que la misère, les plaintes, l’écrasement du cœur, cette indignation d’un caractère faible qui sent l’oppression sans pouvoir s’en délivrer ni la surmonter, s’exprimant devant Lui, rendissent témoignage contre le peuple, dont la méchanceté invétérée appelait sa vengeance. L’affliction du Christ, dont l’Esprit inspirait celle de Jérémie, était infiniment plus profonde; mais sa communion parfaite avec son Père a fait que les angoisses, qui dans le cas de Jérémie ont éclaté en plaintes, n’ont été exprimées par Jésus qu’en secret à son Père. Il est très rare d’en trouver l’expression dans les évangiles. Jésus y est tout entier en grâce pour les autres1. Dans les Psaumes, nous voyons davantage ce qui se passait dans son cœur. Dans le cas de Jérémie, il était convenable que cette angoisse du résidu fidèle fût exprimée devant Dieu. Pour ce qui est du Seigneur, sa perfection absolue et le calme qui accompagne la perfection dans ses voies par la présence de Dieu, quelles que soient d’ailleurs les angoisses intérieures du cœur, ne permettaient pas qu’il se répandît en plaintes devant les hommes. Il rend grâces en même temps qu’il adresse des reproches. La sympathie pour les autres convenait à la position de Jésus. On voit que le précieux Sauveur n’y a jamais manqué.

1 Comp. Matt. 26, où la chose se voit de la manière la plus frappante. Il est bien précieux de voir en Christ ce résultat parfait, et en même temps tout ce qui se passait dans son cœur comme homme, sensible qu’il était aux circonstances extérieures et ainsi profondément exercé dans son âme intérieurement. Le travail intérieur parfait, produit une tranquillité parfaite dans la marche au dehors, Dieu étant pleinement introduit dans tous deux. Si nous évitons, en quoi que ce soit, d’aller jusqu’au fond des choses avec Dieu, le cœur n’est pas capable d’agir pour Lui; il ne l’est que si tout était en ordre: et alors seulement la paix accompagne nos actions. Combien il est précieux cependant de voir la réalité de la nature humaine de Christ dans tous les exercices intimes de son esprit.

Mais il convenait aussi que le Saint Esprit nous présentât l’épanchement du cœur du fidèle qui avait besoin de cette sympathie. Ce n’est pas qu’il n’y eut de la faiblesse dans le cœur qui s’épanchait; mais si l’Esprit s’en rendait l’organe, il est évident qu’il devait l’exprimer tel qu’il était. Sans cela, c’eût été inutile et faux. Jérémie, par conséquent, intervient personnellement dans les prophéties, beaucoup plus que cela n’a lieu pour tout autre prophète1. Il représente le peuple dans sa vraie position devant Dieu, tel que Dieu peut le reconnaître, étant devant Lui dans ce caractère afin de voir si, recevant de Dieu ce qui s’appliquait à cette position et exprimant les sentiments qu’elle inspirait, il était possible d’atteindre la conscience et d’attirer le cœur du peuple. Il est bien entendu que l’expression de ces sentiments était selon l’Esprit, et qu’elle s’accompagnait des prophéties les plus directes et les plus positives sur la manière dont le peuple devait être traité de la part de Dieu. Il est bon de remarquer aussi qu’une grande partie de ce livre s’adresse à Dieu et non au peuple. Cette position de Jérémie comme représentant des vrais intérêts du peuple ou du résidu devant Dieu, fait qu’il est envisagé quelquefois comme s’il était Jérusalem elle-même, et d’autres fois comme un résidu qui en est séparé et mis à part pour Dieu.

1 Jonas offre quelque chose d’analogue; mais les circonstances du prophète ne forment chez lui qu’un épisode, et ne se lient pas au témoignage dont il était chargé, si ce n’est par le seul principe de la grâce.

Mais ces points seront développés plus convenablement, quand nous en viendrons aux passages qui m’en ont suggéré la pensée. La période pendant laquelle Jérémie a prophétisé, a été assez longue; elle embrasse tout le temps de la décadence d’Israël, depuis l’année qui a suivi celle où Josias commença à purifier Jérusalem et tout le pays, jusqu’à la destruction finale de la ville par l’armée des Chaldéens, et même elle se prolonge un peu au delà, et finit à l’époque où le prophète fut entraîné en Égypte. Cette période qui dépasse quarante ans a été tout entière de détresse et d’angoisses. Car, malgré la piété réelle de Josias, la réforme du peuple ne fut qu’extérieure, ainsi que nous allons le voir, en sorte que cette apparence de piété ne faisait que rendre plus grande l’angoisse de celui qui envisageait les choses avec les pensées et les sentiments de Dieu. «Et l’Éternel ne se détourna pas de sa grande colère, à laquelle les péchés de Manassé avaient donné lieu». Cependant la prophétie distingue les deux périodes, savoir: le règne de Josias, et ceux des rois ses successeurs.

Il n’y a pas de date indiquée pour les vingt premiers chapitres. Il est probable que la plupart d’entre eux ont été révélés sous le règne de Josias. Des raisonnements moraux, la peine de cœur du prophète, et des avertissements solennels sur l’invasion qui viendrait du nord, en font le sujet. Les chapitres 20 à 24 n’ont pas d’ordre chronologique, et sont composés de prophéties données probablement à diverses époques. Ils contiennent le jugement des différentes branches de la maison de David, l’une après l’autre, ainsi que celui des faux prophètes qui trompaient le peuple; ils se terminent par la révélation du sort si différent de ceux qui avaient été emmenés captifs à Babylone, et de ceux qui entouraient Sédécias à Jérusalem.