Jonas

Chapitre 4

C’est là le débat de Dieu avec Jonas à la fin. Il veut refuser à Dieu le droit de faire grâce à ses pauvres créatures, et insiste pour que Dieu exécute la sentence sur le monde des gentils avec rigueur, sans même laisser lieu à la repentance. Dieu répond, non pas encore en développant les conseils de sa grâce, mais en appelant aux droits de sa souveraine bonté, à sa nature, à son propre caractère. Ninive a cru Dieu. Or, si Dieu menace, c’est afin qu’on se détourne du mal, et ensuite qu’il épargne celui qui s’en sera détourné. Sans cela, il n’y aurait pas besoin qu’il avertît le pécheur; il n’aurait qu’à le laisser mûrir pour le jugement, sans rien lui dire. Or, ce ne sont pas là les voies de Dieu.

Et on peut remarquer que ce n’est pas ici la foi à l’Éternel, comme dans le cas des marins effrayés. L’effet des grandes tribulations qui tomberont sur Israël, aux derniers jours, comme un jugement sur l’infidèle témoin de l’Éternel, fera connaître ce Dieu de jugement, et fera aussi que le grand nom de l’Éternel sera glorifié par toute la terre (ch. 1:14, 16). À l’égard des derniers jours, nous avons vu que c’est ici le témoignage de tous les prophètes, ainsi que celui des Psaumes1.

1 Voyez És. 66; Ézéch. 36:36; 37:28; 39:7, 23; Zach. 2:11; 14:1 et une foule d’autres passages.

Voyez Ps. 9:16, 17; 46; 83:19 et les Psaumes qui terminent le livre.

Ici, c’est simplement Dieu. Les habitants de Ninive crurent Dieu. C’est l’effet de la parole de Dieu sur leur conscience. Ils reconnaissent leur iniquité et s’en détournent; ils reconnaissent le jugement de Dieu pour juste et sa parole pour vraie, et Dieu les pardonne et n’exécute pas son jugement. Au reste, c’est selon ses voies, ainsi qu’il les a fait connaître par Jérémie.

Le Dieu de bonté a pitié des créatures de ses mains, lorsqu’elles s’humilient devant Lui et tremblent à l’ouïe de ses justes jugements. Mais Jonas ne se soucie pas d’elles, mais de sa réputation de prophète. Triste cœur de l’homme, si incapable de s’élever jusqu’à la bonté de Dieu! Si Jonas avait été plus près de Lui, il aurait senti que c’était précisément là le Dieu qu’il annonçait, tel qu’il avait appris à l’aimer en le connaissant. Il aurait pu dire: Maintenant les Ninivites connaîtront, en effet, le Dieu dont je me glorifie de porter le témoignage, et ils seront heureux. Mais Jonas ne pense qu’à lui-même, et l’égoïsme affreux de son cœur lui cache le Dieu de bonté, fidèle à son amour envers ses pauvres créatures. Le chapitre 4:2 montre cet esprit de Jonas dans toute sa laideur. La grâce de Dieu est insupportable à l’orgueil de l’homme; sa justice, à la bonne heure, on s’en revêtira pour sa propre gloire; car l’homme aime la vengeance qui s’allie à la puissance qui l’exécute. Il faut que Dieu annonce la justice; il ne sauve pas dans le péché; il fait connaître le péché à l’homme pour le réconcilier avec Lui, afin que sa restauration soit réelle, soit celle de son cœur, de sa conscience avec Dieu; mais c’est pour se faire connaître en lui faisant grâce.

Cependant Dieu est au-dessus de toute la misère de l’homme, et il traite Jonas lui-même avec bonté, mais en lui faisant sentir cependant qu’il ne renoncera pas à sa bonté, à sa nature, pour satisfaire à l’irritation du cœur de l’homme. Il soulage Jonas désappointé par le non accomplissement de ses paroles, et l’égoïsme de Jonas trouve ses délices dans ce soulagement. Il oublie presque sa vengeance dans la satisfaction qu’il éprouve en étant abrité de l’ardeur brûlante du soleil. Sorti pour voir quel serait le sort de la ville dont la repentance contrariait son méchant cœur, il se réjouit dans son irritation, du kikajon que Dieu lui a préparé. Mais quel témoignage à la profonde iniquité de la chair! La repentance du pécheur, son retour à Dieu, irrite le cœur. C’est bien cela, car la ville est épargnée à cause de sa repentance. Dieu frappera-t-il celui qui vient à Lui humilié de sa faute? Celui qui ne connaît pas le cœur de l’homme ne comprendrait pas comment une telle parole: «L’amour ne se réjouit pas de l’injustice» a pu avoir son application. La voilà dans le cas d’un prophète. Voyez la même histoire avec la même application et la même patience de Dieu, dans le cas du frère aîné de l’enfant prodigue. Mais, si l’homme est content de ce qui soulage sa misère, et s’irrite même en égoïste lorsqu’il voit que ce qui le soulage est détruit, Dieu n’épargnerait-il pas les œuvres de ses mains, et n’aurait-il pas, comme un Dieu de bonté, compassion de ce qu’il a fait? Certes, il n’écoutera pas le cœur de l’homme pour faire taire sa bonté envers ceux qui en ont besoin. Rien de plus touchant, de plus beau, que le dernier verset de ce livre, où Dieu fait voir cette force, cette nécessité suprême de son amour. Si les menaces de sa justice se font entendre, et doivent se faire entendre et s’exécuter, cet amour, lorsque l’homme reste dans sa rébellion, demeure dans le calme de cette parfaite bonté que rien ne peut altérer, et qui saisit l’occasion de se montrer, lorsque l’homme lui permet, pour ainsi dire, de le bénir, dans le calme de la perfection auquel rien ne peut échapper, qui observe tout pour agir selon sa propre nature, jamais troublé, — le calme de Dieu lui-même, essentiel à sa perfection, duquel dépendent toute notre bénédiction et toute notre paix.