Jonas

John Nelson Darby

Introduction

Le livre du prophète Jonas nous offre une histoire susceptible d’être appliquée à bien des sentiments qui naissent dans les cœurs dans tous les temps. Son histoire personnelle, histoire d’une âme intègre au fond, mais qui n’avait pas le courage de marcher franchement dans la volonté de Dieu, se mêle assez avec sa prophétie pour rendre cette application individuelle assez facile et assez naturelle. Cependant, l’histoire de Jonas est celle d’un témoin envoyé de la part de Dieu, plutôt que d’un fidèle dans sa vie ordinaire. C’est l’histoire du cœur humain, lorsque le témoignage de Dieu envers le monde lui a été confié, et des voies souveraines et gouvernementales de Dieu à la suite de ce que ce cœur produit. C’est ce qui fait que nous trouvons dans l’histoire de Jonas un tableau de celle des Juifs sous ce rapport, et même à certains égards du Messie, sauf que le Messie y est entré en grâce et y a été toujours parfait. Nous allons signaler les grands traits que l’Esprit de Dieu a voulu faire ressortir dans ce récit, car, sous ce rapport, cette prophétie est d’un profond intérêt.

Il est évident que les faits prophétiques ne forment que l’occasion et le cadre des grands principes qui en découlent, ou plutôt le fait prophétique, car la prophétie se borne à la menace de la destruction de Ninive dans quarante jours, menace détournée par la repentance de cette ville. C’est l’histoire de Jonas qui fait la plus grande partie du contenu du livre.

Ninive, qui représente le monde dans sa grandeur naturelle, pleine d’orgueil et d’iniquité, et oublieuse de Dieu et de son autorité, avait mérité le juste jugement de Dieu. C’est là l’occasion de tout le développement des voies de Dieu qui se trouve dans ce livre. Jonas est appelé à annoncer ce jugement. La misère de l’homme auquel le témoignage de Dieu est confié, est d’attacher à lui-même l’importance du message dont il est chargé. Que Dieu le fasse dans sa grâce, c’est ce que l’histoire de cette grâce nous fait voir; que l’homme qui en est chargé le fasse, ce n’est qu’orgueil et vanité. Il en résulte qu’il ne peut pas supporter la grâce dont Dieu use envers les autres, ni aucune communication de ses pensées ou de sa nature qui soit par un autre moyen que lui, lors même que ce serait en grâce. C’est lui qui fait la chose, selon lui; c’est lui qui doit en avoir la gloire, et ainsi toutes les pensées qu’il a de Dieu se limitent à son point de vue, à la portion que Dieu lui a confiée dans son message. Comparez ce que nous avons vu dans les cas de Moïse et d’Élie, serviteurs si éminents de Dieu. Le sentiment de cette suprématie de Dieu, qui peut faire grâce, est trop fort pour le cœur. On ne peut pas le supporter, à moins qu’on ne s’anéantisse à ses propres yeux, pour faire simplement la volonté de Dieu quelle qu’elle soit; on laisse alors à Dieu toute sa gloire, et s’il se glorifie en faisant grâce, on l’en bénit du fond de son cœur. Autrement, on aime à manier l’épée de sa vengeance, ce qui est plus en harmonie, hélas! avec nos propres cœurs, et fournit le moyen de s’attribuer beaucoup plus d’importance.

Veux-tu que nous fassions descendre le feu du ciel comme l’a fait Élie? voilà l’expression naturelle du cœur; car la vengeance est la manifestation de la puissance. La grâce laisse l’homme qui a manqué, jouir de la bonté; elle se refuse à faire intervenir la puissance, en épargnant ceux contre lesquels on aurait pu l’exercer; d’un autre côté, Dieu seul peut faire grâce. La menace de vengeance se lie, dans la pensée, à celui qui a reçu l’autorité pour l’annoncer. On craint le message et le messager. Un homme gracié est plus occupé de sa propre joie et de celui qui a fait grâce, que de celui qui a apporté le message. Au reste, la grâce se rapporte à la frayeur qu’inspire le jugement dont on est menacé. Or, si le messager n’est pas imbu lui-même de l’esprit d’amour, il sent la présence d’un Dieu qui est au-dessus de ses pensées; il s’en effraie, car il ne le connaît pas. Il craint pour sa propre importance aussi, si ce Dieu est meilleur que son cœur petit ne le voudrait et que n’exprime le message qui lui est confié.

Tel était le cas de Jonas, quoiqu’il craignît Dieu. Il s’enfuit de devant la présence de l’Éternel, sentant qu’il ne pouvait pas compter sur Lui pour satisfaire des exigences qui trahissaient toute la petitesse de son cœur étroit (comparez les chapitres 1:3; 4:2).

On sent que Dieu est au-dessus des pensées de nos cœurs. D’un autre côté, la vérité de Dieu nous plaît, lorsque nous pouvons nous en revêtir pour notre propre importance. Il en a été ainsi d’Israël.

Israël a été le vase du témoignage de Dieu dans le monde, et s’en glorifia, se revêtant d’honneur lui-même. La grâce envers les gentils lui a été insupportable. C’est par son opposition à cette grâce qu’il a comblé la mesure de son iniquité, et a fait venir la colère de Dieu sur lui (comparez És. 43:10, et 1 Thess. 2:16).

En outre, dans cette prophétie, sont exposés deux principes sur lesquels le témoignage de Dieu peut, de fait, être rendu. En premier lieu, l’homme est appelé à rendre témoignage, acte de fidélité à Dieu pour lequel il est responsable. C’est la position dans laquelle nous avons déjà vu qu’était placé Israël. Toute son histoire est à l’appui de cette pensée. Favorisé de Dieu par sa proximité de Lui, Israël aurait dû offrir à tout le monde le témoignage de ce qu’était le seul vrai Dieu. Mais incapable de saisir la grâce envers les gentils (et en tout temps la maison de l’Éternel était une maison de prière pour toutes les nations), il a failli, même dans le maintien de sa propre fidélité; et ainsi en dernier résultat, ce peuple qui était, comme peuple, le seul moyen dans le monde de faire valoir le caractère de Dieu, a entraîné les autres dans l’orage des jugements divins qui devaient tomber sur lui. C’est le tableau que nous présente Jonas dans sa propre histoire, à sa première réception du message de Dieu. C’est ce qui aura lieu à la fin des temps. Israël, infidèle à Dieu au milieu des flots de ce monde, insensible par son incrédulité stupide au jugement qui s’avance pour l’engloutir, entraînera toutes les nations dans les résultats de son péché, jusqu’à ce que l’intervention de Dieu seul les amène à reconnaître sa puissance et sa gloire.

Disons ici que cela est toujours vrai. Si ceux auxquels Dieu, dans sa grâce, a confié un témoignage, ne font pas valoir ce témoignage en faveur des autres, selon la grâce qui l’a accordé, ils manqueront bientôt à la fidélité dans la marche qui leur est propre devant Dieu. S’ils reconnaissaient vraiment Dieu, ils se sentiraient tenus à faire connaître son nom, à apporter aux autres la bénédiction qui s’y trouve. S’ils ne connaissent pas sa gloire et sa grâce, ils ne sauront certainement pas se maintenir dans leur marche devant Lui. Dieu étant notre seule force et plein de bonté, il ne saurait en être autrement.