Jean

Chapitre 13

Ainsi maintenant, Jésus a personnellement accepté la position voulue de Dieu à son égard, comme devant aller auprès du Père. Le temps était venu pour cela. Il prend donc sa place, en pratique, dans ses discours et dans ses instructions, et dans toutes les relations qui découlent de cette place, selon les conseils de Dieu, et non pas comme ayant une position qui se rattachait à la responsabilité d’un monde qui l’avait déjà rejeté; mais il aime les siens jusqu’à la fin. Il est ici en présence de deux choses: l° du péché, prenant sa forme la plus pénible pour son cœur, dans la trahison de Judas; — 2° en présence de la conscience qu’il avait des relations dans lesquelles il se trouvait avant de venir dans ce monde et à la gloire desquelles il s’en retournait, c’est-à-dire de sa gloire personnelle et céleste; et de la conscience qu’il avait de la gloire qui lui était conférée. Il était venu de Dieu, et s’en allait à Dieu, car «le Père avait mis toutes choses entre ses mains». Mais, ni son entrée dans la gloire, ni le manque de cœur de l’homme de péché, n’éloignent le cœur de Jésus de ses disciples, ni ne le ferment à leurs besoins, seulement il exerce son amour pour les mettre en accord avec la nouvelle position qu’il leur faisait en allant auprès de Dieu. Il ne pouvait plus rester avec eux sur la terre, et s’il devait les quitter, il ne les abandonnerait pas, mais les qualifiait pour être où il se trouverait. Il les aimait d’un amour que rien ne pouvait entraver. Les résultats en sont parfaits, en les rendant propres à demeurer avec Lui. Changement béni accompli par l’amour, même pendant que le Sauveur se trouvait avec eux ici-bas! Ils auraient une part avec Celui «qui était venu de Dieu, et s’en allait à Dieu», et dans les mains duquel le Père avait mis toutes choses; mais à cet effet ils devaient être rendus propres pour demeurer là avec Lui. Dans ce but, Jésus est encore leur serviteur en amour, et même plus que jamais. Sans doute, dans sa grâce parfaite il l’avait été jusqu’ici; mais il l’avait été au milieu d’eux. Lui et ses disciples étaient, dans un certain sens, compagnons; c’est pourquoi, on les voit tous souper ici à la même table. Or cette position, il la quitte maintenant: il se lève de table. C’est bien ce qui lui est arrivé en effet quand il est monté dans le ciel et qu’il s’en est allé à Dieu. Or s’il se lève et qu’il quitte sa place au milieu de ses disciples, il se ceint néanmoins pour leur service: il prend de l’eau pour leur laver les pieds1, les essuyant du linge qui était le signe de son service. C’est ainsi que Christ, quoique dans le ciel, accomplit toujours envers nous le service de son amour2. L’effet en est que le Saint Esprit, par la Parole, ôte d’une manière pratique la souillure que nous avons ramassée dans notre marche à travers ce monde de péché. Nous touchons, dans notre marche, à ce monde qui a rejeté Jésus. Notre avocat, qui est en haut (comp. 1 Jean 2), nous lave de la souillure du monde par l’Esprit et la Parole. Il nous nettoie en vue des relations avec Dieu son Père, dans lesquelles il nous a placés en entrant au ciel comme homme céleste. Il nous faut une pureté qui convienne à la présence de Dieu. Du reste, il ne s’agit que des pieds. Les corps, des sacrificateurs qui servaient Dieu dans le tabernacle, étaient lavés lorsqu’ils étaient consacrés; cela ne se répétait pas. Ainsi, la régénération une fois accomplie par la Parole, ne se répète pas non plus. L’expression «celui qui est lavé» est différente de «se laver les pieds». La première désigne tout le, corps; la seconde les mains ou les pieds. Nous avons besoin de la seconde continuellement, mais une fois nés d’eau par la Parole, nous ne sommes pas lavés de nouveau, pas plus que la première consécration des sacrificateurs ne se renouvelait. Les sacrificateurs se lavaient les mains et les pieds toutes les fois qu’ils s’occupaient du service, qu’ils s’approchaient de Dieu. Notre Jésus rétablit la communion et la capacité de servir Dieu, lorsque nous les avons perdues. C’est Lui qui le fait, car devant Dieu nous sommes entièrement nets personnellement. Dans le récit que nous examinons, ce service était le service de Christ, le service de son amour. Il essuyait les pieds des disciples avec le linge dont il était ceint; or avoir les reins ceints, figurait un état de service. Le moyen employé pour la purification, c’était l’eau, figure de la Parole appliquée par le Saint Esprit. Pierre recule devant la pensée que Jésus se place aussi bas (vers. 6-8): mais il faut que nous nous soumettions à ce sentiment, que notre péché a été tel que rien de moins que l’humiliation de Christ ne peut, dans tous les cas, nous en purifier. Rien d’autre ne nous fera vraiment connaître la pureté parfaite et éclatante de Dieu, ni l’amour et le dévouement du Sauveur. Or c’est là avoir un cœur sanctifié pour la présence de Dieu. Pierre alors veut que Jésus en fasse de même pour sa tête et pour ses mains (vers. 9); mais cela est déjà accompli. Jésus s’y refuse en disant que celui qui est lavé, n’a besoin que d’avoir les pieds lavés. Si nous sommes siens, nous sommes régénérés et purifiés par la Parole qu’il a appliquée déjà à nos âmes; seulement la Parole est appliquée par le Saint Esprit pour rétablir la communion avec Dieu en nous purifiant de ce qui nous empêche d’en jouir, quand nous avons souillé nos pieds en marchant. C’est ainsi que nous devrions agir à l’égard de nos frères, en appliquant la Parole, selon le modèle du service de Christ, en grâce.

1 Il n’y a pas de sang ici. Assurément, cela doit être. Il n’est pas venu par l’eau seulement, mais par l’eau et le sang; mais ici le lavage est, sous tous les rapports, celui de l’eau. Le lavage des péchés par son propre sang n’est jamais répété; il est effectué une fois pour toutes. Sans cela, Christ aurait dû souffrir plusieurs fois (voyez Héb. 9 et 10). Pour ce qui concerne l’imputation, il n’y a plus aucune conscience de péchés.

2 Le Seigneur, en devenant homme, prit sur Lui la forme d’un serviteur (Phil. 2). Il la conservera toujours. On pourrait croire qu’Il y renoncerait en montant dans la gloire, mais Il nous montre ici qu’il n’en est rien, Il dit maintenant, comme en Ex. 21: «J’aime mon maître, j’aime ma femme, j’aime mes enfants; je ne veux pas m’en aller libre». Il reste serviteur pour toujours, même lorsqu’il aurait pu avoir douze légions d’anges. Ici, il est serviteur pour laver les pieds des siens, souillés par le passage à travers ce monde. En Luc 12, nous voyons que, dans la gloire, Il garde la place du service. Il est doux de penser que, même là-haut, il nous communique pour notre bonheur les plus riches bénédictions du ciel.

Judas n’était pas net; il n’était pas né de nouveau, et n’avait pas été purifié par la Parole que le Seigneur avait prononcée; cependant, étant envoyés par Jésus, ceux qui l’avaient reçu, avaient reçu Christ, comme il en est encore de ceux que Jésus envoie par son Esprit. Or ceci rappelle au cœur du Seigneur la trahison de Judas, et son âme est troublée à cette pensée qui pesait sur Lui. Il se décharge de ce poids en communiquant à ses disciples ce qui allait arriver. Ce n’est pas au point de vue de la connaissance qu’il avait de la personne qui devait le trahir qu’il parle à ses disciples, mais du fait que l’un d’eux commettrait cette action, l’un de ceux qui avaient été ses compagnons. C’est pourquoi les disciples se regardent entre eux. Or il y en avait un qui était près de Lui, savoir le disciple que Jésus aimait, car nous avons dans toute cette portion de l’évangile de Jean, le témoignage de grâce qui répond aux diverses formes de la malice et de la méchanceté de l’homme. Cet amour de Jésus avait formé le cœur de Jean, lui avait donné la confiance, la constance de l’affection; par conséquent il était, sans autre motif que celui-là, assez près de Jésus pour recevoir des communications de sa part. Ce n’est pas pour les avoir qu’il s’était placé près de Jésus: il y était, parce qu’il aimait le Seigneur dont l’amour l’avait attaché à Lui, et il était là de manière à pouvoir recevoir ces communications de la part de Jésus. C’est ainsi que nous pouvons aujourd’hui encore apprendre de Lui. Pierre aimait le Seigneur, mais il y avait trop de Pierre lui-même pour qu’il y eût intimité, quoiqu’il n’y eût pas trop de lui pour le service de son maître si Dieu voulait l’employer: et Dieu l’a voulu en grâce. Qui, d’entre les douze, a rendu témoignage comme Pierre, lui en qui Dieu a opéré avec efficace pour la circoncision? Mais on ne trouve pas dans les épîtres de Pierre ce qui se trouve dans celles de Jean1. Du reste, chacun a sa place souverainement donnée de Dieu. Pierre aimait Christ et il était lié lui-même à Jean par cette affection commune pour le Seigneur; nous les trouvons constamment ensemble; aussi Pierre veut-il connaître le sort de Jean, ainsi que cela nous est rapporté à la fin de notre évangile. Pierre emploie donc Jean pour demander au Seigneur qui serait celui d’entre eux qui le trahirait, comme Il l’avait dit. Souvenons-nous qu’être près de Jésus pour Lui-même, est le moyen d’avoir sa pensée lorsque des idées anxieuses viennent nous troubler. Le Seigneur désigne Judas par le morceau trempé qui aurait arrêté tout autre, mais qui pour celui-ci n’était que le sceau de sa ruine. Il en est ainsi, du reste, à divers degrés, de toute grâce de Dieu exercée envers une âme qui la rejette.

1 De l’autre côté, Pierre est mort pour Jésus; — Jean a été laissé pour soigner l’Église, et il ne paraît pas qu’il ait été martyr.

Après le morceau trempé, Satan entre en Judas. Déjà méchant par convoitise, cédant habituellement aux tentations ordinaires, quoiqu’il fût avec Jésus, son cœur s’endurcissant contre l’effet de cette grâce qui était toujours sous ses yeux, à ses côtés, et qui, dans un certain sens, s’exerçait à son égard, Judas avait cédé à la suggestion de l’Ennemi de se faire l’instrument des souverains sacrificateurs pour trahir le Seigneur: il était allé s’offrir à eux. Il savait ce qu’ils désiraient; et quand, par la longue familiarité avec la grâce et avec la personne de Jésus — pendant que lui se donnait au péché — cette grâce et la pensée de la personne de Christ ont totalement perdu leur influence, il arrive au point de ne rien sentir dans son cœur en trahissant son Maître. La connaissance qu’il avait de la puissance de Jésus l’aidait à s’abandonner au mal et renforçait les tentations de Satan; car évidemment Judas était persuadé que Jésus réussirait toujours à se délivrer de ses ennemis. En effet, pour ce qui était de la puissance de Jésus pour le faire, il avait raison. Mais que savait-il des pensées de Dieu? Tout était ténèbres morales dans son âme.

Et maintenant, après ce dernier témoignage, qui était en même temps un signe de la grâce et manifestait le véritable état du cœur insensible de Judas (ainsi que l’exprime le Psaume qui s’accomplit ici), Satan entre en lui, prend possession de lui de manière à l’endurcir contre tout ce qui pouvait lui faire sentir, même comme homme naturel, l’horreur de son action en l’affaiblissant pour l’accomplissement du mal, afin que ni sa conscience ni son cœur ne se réveillassent en le faisant. — Affreux état! Satan possède Judas, jusqu’à ce qu’il soit forcé de le laisser au jugement auquel il ne saurait le soustraire, et qui sera le sien aussi dans le temps ordonné de Dieu — jugement qui se manifeste dans la conscience de Judas quand le mal est fait et qu’il est trop tard. Ce terrible sentiment de ce qui l’attend se montre chez Judas dans un désespoir que ses liens avec Satan ne font qu’augmenter, mais qui est forcé de rendre témoignage à Jésus devant ceux qui avaient tiré profit de son péché et se moquaient de sa misère. Car le désespoir dit la vérité: — le voile est déchiré; on ne se fait plus d’illusion; la conscience est à nu devant Dieu, mais c’est devant son jugement. Là Satan ne nous trompe plus; là on connaît, non la grâce, mais la perfection de Christ. Judas a rendu témoignage à l’innocence de Jésus, comme le brigand sur la croix. C’est ainsi que la mort et la destruction ont entendu de leurs oreilles le bruit de la sagesse: Dieu seul la connaît (Job 28:22-23).

Jésus connaissait bien l’état de Judas. Il ne s’agissait plus pour Lui que d’accomplir ce qu’Il allait faire, par le moyen de celui pour lequel il n’y avait plus d’espoir: «Ce que tu fais,» dit le Seigneur, «fais-le promptement» (vers. 27). Mais quelles paroles, quand on les entend sortir de la bouche de celui qui était l’amour même! Cependant les yeux de Jésus sont maintenant fixés sur sa mort. Il est seul: personne, pas même ses disciples, n’avait part avec lui dans l’œuvre que seul il pouvait accomplir; ses disciples ne pouvaient pas plus que les Juifs eux-mêmes le suivre où il allait maintenant. Heure solennelle, mais glorieuse! Homme, Jésus allait rencontrer Dieu dans ce qui séparait l’homme de Dieu, le rencontrer en jugement. C’est ce qu’il exprime, en effet, aussitôt que Judas est sorti: la porte que celui-ci fermait sur lui, séparait Jésus de ce monde: «Maintenant», dit-il, «le Fils de l’homme est glorifié!» (vers. 31). Il avait dit déjà, au chap. 12, quand les Grecs s’étaient approchés: «L’heure est venue pour que le Fils de l’homme soit glorifié»; mais c’était de la gloire à venir, de sa gloire comme chef de tout homme et même de toutes choses qu’il avait parlé. Mais cela ne pouvait pas encore avoir lieu et il avait dit: «Père glorifie ton nom». Jésus devait mourir: c’est ce qui glorifiait le nom de Dieu dans un monde où était le péché. C’était la gloire du Fils de l’homme d’accomplir cela, là où se déployait toute la puissance de l’Ennemi, où se trouvait tout l’effet du péché et le jugement de Dieu contre le péché. Là, la question du péché a été moralement vidée. Là, Satan, dans sa puissance sur l’homme pécheur — l’homme sous la puissance du péché et ce qui manifestait pleinement son inimitié envers Dieu — et Dieu, se sont rencontrés, non pas que la discipline s’exerçât, comme dans le cas de Job, mais pour la justice. C’est là qu’a été manifesté ce que Dieu est contre le péché; c’est là que, par Christ se donnant lui-même, tous ses attributs ont été en action et glorifiés. Là enfin, par ce qui s’était manifesté, toutes les perfections de Dieu que la malice de Satan ne pouvait atteindre, ont été glorifiées, étant manifestées en Jésus ou par le moyen de ce que Jésus a fait et souffert.

Ces perfections avaient été, en tant que la grâce se manifestait, déployées directement en Christ lui-même; mais maintenant, la position qu’il a prise sur la croix, fournit à Dieu l’occasion de manifester tous ses attributs. Car ce n’est pas toute la vérité que Christ est Dieu et qu’il est homme parfait; mais il s’est placé dans une position où Dieu a pu montrer la perfection divine de tous ses attributs moraux, par l’homme, en Jésus, là où il se trouvait à la place de l’homme, et où (fait péché, et, grâce à Dieu, pour le pécheur) Dieu a été glorifié en Lui. Voyez ce qui s’est passé à la croix: la puissance complète de Satan sur les hommes, Jésus seul excepté; l’homme en parfaite inimitié contre Dieu, par le rejet de son Fils; Dieu manifesté en grâce: ensuite, en Christ, comme homme, amour parfait envers son Père, parfaite obéissance, et cela dans le lieu du péché, c’est-à-dire comme l’ayant subi (car la perfection de l’amour envers son Père et son obéissance se sont montrées quand il a été fait péché devant Dieu sur la croix); ensuite la majesté de Dieu attestée, glorifiée (Héb. 1:10); son jugement complet et juste contre le péché, comme étant le Saint; mais aussi son amour parfait envers les pécheurs en leur donnant son Fils unique. C’est ainsi que nous connaissons l’amour. Pour nous résumer: à la croix, nous trouvons l’homme dans le mal complet — la haine contre ce qui était bon; le pouvoir complet de Satan sur le monde, comme prince de ce monde; l’homme, en bonté parfaite, en obéissance, en amour envers le Père, malgré tout ce que cela pouvait lui coûter; Dieu, dans sa justice infinie et absolue contre le péché, et dans son amour divin et infini envers les pécheurs. La bonté et le mal sont pleinement révélés pour toujours, et le salut établi; le fondement des nouveaux cieux et de la nouvelle terre est posé. Nous pouvons certes bien dire: «Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui». Complètement déshonoré par le premier homme, Dieu est d’autant plus glorifié par le second, et c’est pourquoi il place l’homme (Christ) dans la gloire, et cela incontinent, sans attendre le royaume. Mais ceci demande quelques paroles moins abstraites, car la croix est le centre de l’univers selon Dieu, le fondement de notre salut et de notre gloire, en même temps que la plus glorieuse manifestation de la gloire de Dieu lui-même, le centre de l’histoire de l’éternité.

Le Seigneur avait dit, quand les Grecs étaient venus à Lui, que l’heure était arrivée pour que le Fils de l’homme fût glorifié. Il parlait alors de sa gloire comme Fils de l’homme, de la gloire qu’il devait prendre sous ce titre; il sentait alors que pour y introduire l’homme, il devait nécessairement passer lui-même par la mort. Mais il est occupé d’une seule chose qui détache ses pensées de la vue de la gloire et de la souffrance, savoir du besoin qui possède son cœur que son Père soit glorifié. Ici, maintenant, tout était prêt pour cela et le moment était venu où Judas (dépassant les bornes de la parfaite et juste patience de Dieu) était sorti, lâchant la bride à son péché, pour commettre le crime qui devait amener l’accomplissement merveilleux des conseils de Dieu. Or, en Jésus, sur la croix, le Fils de l’homme a été glorifié d’une manière bien plus admirable que ne le ferait la gloire, même positive, qui lui appartient sous ce titre. Il sera sans doute revêtu de cette gloire; mais sur la croix, le Fils de l’homme a supporté tout ce qui était nécessaire pour le parfait déploiement de toute la gloire de Dieu. Tout le poids de cette gloire a dû venir peser sur lui, le mettant à l’épreuve afin de voir s’il pouvait la soutenir et l’exalter, en lui donnant toute sa portée dans le lieu même où le péché cachait cette gloire, et lui donnait, pour ainsi dire, un impie démenti. Le Fils de l’homme était-il capable d’occuper une telle place, de s’y maintenir, de s’engager dans une telle tâche et de l’accomplir jusqu’au bout sans faillir? Eh bien, Jésus l’a fait! La majesté de Dieu devait être revendiquée au milieu de la révolte insolente de sa créature, et non par un jugement exécuté sur elle, qui aurait été sa ruine; — la vérité de Dieu, qui avait menacé l’homme de la mort, devait être maintenue; — sa justice établie contre le péché. Qui pouvait faire face à cette terrible justice? En même temps l’amour de Dieu devait être pleinement démontré. Satan ayant ici tous les droits qu’il avait acquis sur nous par notre péché, Christ parfait comme homme, seul, à part de tous les hommes, dans l’obéissance, et n’ayant comme homme qu’un but, la gloire de Dieu, Christ divinement parfait sous ce rapport, se donnant lui-même pour cela, a pleinement glorifié Dieu. Dieu a été glorifié en Lui: sa justice, sa majesté, sa vérité, son amour — tout a été mis en évidence sur la croix, comme existant en Lui-même, et révélé seulement là; et cela à l’égard du péché.

Dieu peut maintenant agir librement avec la conscience de ce qu’Il est en lui-même, sans qu’un seul attribut en cache, en obscurcisse, ou en contredise un autre. La vérité condamnait l’homme à la mort; la justice condamnait pour toujours le pécheur; la majesté demandait l’exécution de ce jugement. Où y avait-il place alors pour l’amour? Si l’amour, tel que l’homme pouvait le concevoir, passait par-dessus toutes choses, où était la majesté, où la justice divine? — Au reste, cela ne pouvait pas être; et cet état des choses n’aurait pas été réellement de l’amour, mais de l’indifférence au mal. Par la croix, il est juste et il justifie en grâce; il est amour, et dans cet amour, il fait part à l’homme de sa justice. La justice de Dieu remplace le péché de l’homme pour celui qui croit. La justice de l’homme s’efface, aussi bien que le péché, devant une telle lumière de grâce, et n’obscurcit pas la souveraine gloire de cette grâce exercée envers l’homme réellement éloigné de Dieu. Et qui a fait cela? Qui a ainsi établi, quant à l’état de choses compromis par le péché, la gloire tout entière de Dieu? C’est le Fils de l’homme. Aussi Dieu le glorifie de sa propre gloire, car c’était bien cette gloire-là que Jésus avait rétablie et exaltée lorsque, pour ses créatures (car elle ne peut être altérée en soi), ses traces étaient effacées par le péché.

Et cette gloire, non seulement avait été rétablie, mais c’est là qu’elle a été réalisée comme elle n’aurait pu l’être autrement. Jamais il n’y eut un tel amour que celui qui a été manifesté dans le don du Fils de Dieu pour les pécheurs; jamais justice (à laquelle le péché est insupportable) comme celle qui n’a pas épargné le Fils lui-même quand il a porté le péché sur Lui; jamais déploiement de majesté pareil à celui par lequel le Fils de Dieu lui-même a été tenu de répondre aux pleines exigences de cette majesté (Comp. Héb. 2); jamais l’immuable vérité de Dieu n’a été mise en évidence comme elle l’a été, lorsqu’elle n’a pas fléchi devant la nécessité de la mort de Jésus! Nous connaissons Dieu maintenant. Dieu étant glorifié dans le Fils de l’homme, le glorifie en Lui-même, mais il n’attend pas, par conséquent, la journée de sa gloire parmi les hommes, selon la pensée du chap. 12. Dieu l’appelle à sa droite, et le place là incontinent, et seul. Quel autre que lui pourrait y être, si ce n’est en esprit? Ici, la gloire de Jésus se rattache à ce que lui seul pouvait faire, à ce qu’il a dû faire seul. Il a dû en avoir seul le fruit auprès de Dieu, car il était Dieu.

D’autres gloires viendront dans leur temps nous les partagerons avec Lui, quoiqu’en toutes choses il tienne le premier rang. Ici il est, il doit toujours rester seul, c’est-à-dire dans ce qui lui est personnel. Qui a partagé la croix avec lui en tant que souffrant pour le péché et accomplissant la justice? Nous la partageons bien, sans doute, comme souffrant pour la justice et pour l’amour de Lui et des siens, et cela jusqu’à la mort même; et ainsi, nous partagerons aussi Sa gloire. Mais il est évident que nous ne saurions glorifier Dieu comme sacrifice pour le péché. Celui qui n’a pas connu le péché a pu seul être fait péché: le Fils de Dieu a pu seul porter ce fardeau.

C’est dans cet esprit que le Seigneur, lorsque son âme s’est épanchée en exprimant ces pensées glorieuses, ces conseils merveilleux, s’adresse avec affection à ses disciples, en leur disant que leurs rapports avec Lui ici-bas allaient bientôt se terminer, qu’il allait là où, pas plus que les Juifs incrédules, ils ne pouvaient le suivre (vers. 33 et suiv.). L’amour fraternel, dans un certain sens, devait prendre sa place: ils devaient s’entr’aimer comme il les avait aimés, d’un amour qui s’élève au-dessus des fautes de la chair en eux, d’un amour fraternel dans ces rapports, selon la grâce parfaite du Sauveur. Si leur principal soutien leur était enlevé, soutien sur lequel plusieurs s’appuyaient, ils devaient se supporter les uns les autres, mais non par leur propre force. C’était ainsi que les disciples de Christ seraient reconnus.

Or Simon Pierre veut pénétrer là où nul homme, sauf Jésus, ne pouvait entrer — la présence de Dieu par le chemin de la mort. C’était la, confiance de la chair. Le Seigneur en grâce lui répond que là où il va, Lui, Pierre ne peut pas maintenant le suivre. Jésus devait auparavant tarir cette mer insondable pour l’homme, ce Jourdain qui déborde — la mort. Ensuite, lorsque celle-ci ne serait plus la condamnation de la part de Dieu, lorsqu’elle ne serait plus maniée par la puissance de Satan (car sous ces deux points de vue, Christ a entièrement détruit sa puissance pour le croyant), alors son pauvre disciple y passerait pour l’amour de la justice et de Christ. Or Pierre veut le suivre par sa propre force, prétendant qu’il pouvait faire précisément ce que Jésus allait faire pour lui. De fait, quand le moment arrive, effrayé par le premier mouvement de l’Ennemi, il recule devant la voix d’une servante et renie le Maître qu’il aime. Dans les choses de Dieu, la confiance de la chair ne fait que nous introduire dans une position où elle ne peut pas résister: la sincérité seule ne peut rien contre l’Ennemi; il faut la force de Dieu.