Jean

John Nelson Darby

Chapitre 1er

L’évangile de Jean, chaque chrétien s’en aperçoit, a un certain caractère particulier. Il ne nous présente pas la naissance du Christ dans ce monde, envisagé comme Fils de David; il ne trace pas sa généalogie depuis Adam pour faire ressortir son titre de Fils de l’homme, et ne présente pas le Prophète qui accomplit par son témoignage le service de son Père ici-bas comme tel. Ce n’est ni la naissance du Seigneur dans ce monde, ni le commencement de son Évangile, mais son existence avant le commencement de tout ce qui en a eu un: «Au commencement était la Parole»; — en un mot, c’est la gloire de la personne de Jésus, le Fils de Dieu, au-dessus de toute économie, une gloire développée de bien des manières en grâce, mais qui est toujours elle-même. L’évangile du disciple bien-aimé nous fait connaître ce que le Seigneur est, en nous révélant en même temps que nous avons part à toutes les bénédictions qui découlent de ce qu’Il est, quand Il est manifesté de manière à les communiquer. Déjà le premier chapitre constate ce qu’Il était avant toutes choses, et les divers caractères dans lesquels il est en bénédiction à l’homme, comme Parole faite chair. Il est; et il est l’expression de toute la pensée qui subsiste en Dieu, le logoV. — «Au commencement il était». Si nous retournons en arrière autant que l’esprit de l’homme le peut, quelque loin que nous allions au-delà de tout ce qui a commencé, Il est. — C’est l’idée la plus parfaite que nous puissions nous faire historiquement, si j’ose parler ainsi, de l’existence de Dieu.

«Au commencement était la Parole». N’y avait-il que cela outre Lui? Impossible! De quoi aurait-Il été la parole? — «La Parole était auprès de Dieu», c’est-à-dire: une existence personnelle lui est attribuée. Mais de peur qu’on ne pensât qu’Il fût quelque chose en Dieu, que l’éternité impliquât, et que l’Esprit de Dieu vient révéler, il est dit qu’Il était Dieu: — dans son existence, éternel, — dans sa nature, divin, — dans sa personne, distinct. On aurait pu en parler comme d’une émanation dans le temps, comme si sa personnalité était du temps, quoique éternel dans sa nature; l’Esprit donc ajoute: «Il était au commencement auprès de Dieu».

Nous trouvons ainsi la révélation du logoV éternel avant toute création. Cet évangile donc commence réellement avant la Genèse. La Genèse nous donne l’histoire du monde dans le temps; Jean celle de la Parole qui existait dans l’éternité avant que le monde fût, Parole qui, lorsque l’homme peut parler de commencement, était, et qui, par conséquent, n’a pas commencé d’exister. Les paroles de l’évangile sont aussi claires que possible; et, comme le glaive qui gardait le paradis, elles tournent de tous les côtés contre les pensées et les raisonnements des hommes pour défendre la divinité et la personnalité du Fils de Dieu.

Ensuite: «Toutes choses furent faites par elle». Il y a des choses qui ont un commencement, — c’est de Lui qu’elles tirent toutes leur origine: «et sans elle pas une seule chose ne fut faite de ce qui a été fait», distinction nette, positive, et absolue de tout ce qui a été fait, d’avec Jésus. Si une chose quelconque a été faite, elle n’est pas la Parole: car tout ce qui a été fait a été fait par cette Parole. Mais outre l’acte suprême de créer toutes choses, acte qui caractérise la Parole, il y a une autre chose, il y a ce qui était en Lui. La création a été faite par Lui, mais elle n’existe pas en Lui; — mais «en elle était la vie». Par celle-ci, Il était en relation avec une partie spéciale de la création, partie qui était l’objet des pensées et des intentions de Dieu. Cette «vie était la lumière des hommes», se révélait comme un témoignage de la nature divine en rapport immédiat avec eux, d’une manière d’après laquelle elle ne le faisait pas à l’égard de quoi que ce soit d’autre1. Or, de fait, cette lumière brillait dans ce qui était, de sa nature2, contraire à elle, un mal au-delà de toute image prise dans la nature, car là où vient la lumière, les ténèbres se dissipent; mais ici la lumière vient et les ténèbres n’en ont pas la perception — demeurent ténèbres, et conséquemment ne la comprenaient pas, ne la recevaient pas. Voilà les relations de la Parole avec la création et avec l’homme, lorsqu’elle est envisagée dans sa nature d’une manière abstraite. L’Esprit poursuit ce sujet en nous donnant les détails de cette dernière relation d’une manière historique.

1 La forme de l’expression en grec est très forte, comme identifiant entièrement la vie avec la lumière des hommes; c’est une proposition réciproque.

2 Ce n’est pas mon but ici de développer les rapports qui peuvent exister entre la Parole et les erreurs de l’esprit humain; mais de fait, comme elle révèle la vérité de la part de Dieu, elle répond aussi d’une manière remarquable à toute erreur de l’esprit humain, témoins, quant à la personne du Seigneur, les premiers versets du chapitre. Ici, l’erreur qui faisait du principe des ténèbres, un second Dieu en lutte à puissance égale avec le bon Créateur, cette erreur est réfutée par le simple témoignage que la vie était la lumière, et les ténèbres une condition morale incapable et négative, au milieu de laquelle cette vie s’est manifestée en lumière. Si nous avons la vérité elle-même, nous n’avons pas besoin de connaître l’erreur. La connaissance de la voix du bon Berger nous fait savoir que nulle autre n’est de lui. Mais de fait, la possession de la vérité, telle qu’elle est révélée dans les Écritures, est la réponse à toutes les erreurs dans lesquelles l’homme est tombé tout innombrables qu’elles sont.

On peut remarquer ici, et le point est important, comment l’Esprit passe de la nature divine et éternelle de la Parole existant avant toutes choses, à la manifestation de la Parole faite chair dans ce monde, dans la personne de Jésus. Toutes les voies de Dieu, les économies qu’il avait ordonnées pour le déploiement de ces voies, en un mot son gouvernement du monde, sont passés sous silence. En contemplant Jésus sur la terre, nous sommes en rapport immédiat avec Lui comme existant avant que le monde fût. Seulement Il est introduit par Jean le baptiseur, et ce qui se trouvait dans le monde, est reconnu comme créé. Jean est venu pour rendre témoignage à la lumière (vers. 7). La vraie lumière était celle qui, en venant au monde, luisait pour tout homme, et non pas seulement pour les Juifs. Créateur du monde, cette Parole est venue au monde; — le monde, dans les ténèbres, et aveuglé, ne l’a pas connue. Il est venu chez les siens (les Juifs) et les siens ne l’ont pas reçu. Mais il y en avait quelques-uns qui l’ont reçu et de ceux-ci deux choses sont dites: ils ont reçu le droit de devenir enfants de Dieu1, de prendre position comme tels; — et, de fait, ils étaient nés de Dieu; — ni la descendance selon la chair, ni la volonté de l’homme n’y étaient pour rien. Ainsi nous avons trouvé la Parole dans sa nature, d’une manière abstraite (vers. 1-3), et comme vie, la manifestation de la lumière divine parmi les hommes avec la conséquence de cette manifestation (vers. 4, 5), et comment il a été reçu là où il s’est présenté ainsi (vers. 10-13). Cette partie générale qui a rapport à sa nature se termine ici. L’Esprit poursuit l’historique de ce qu’est le Seigneur, manifesté comme homme sur la terre, de sorte qu’il recommence, pour ainsi dire, à neuf ici (vers. 14), avec Jésus présent sur la terre — ce que la Parole devint, non pas ce qu’elle était. Comme lumière dans le monde, les droits qu’il avait sur l’homme étaient inconnus. Ne pas le connaître ou le rejeter quand il se trouvait dispensationnellement en rapport avec l’homme, était la seule différence. La grâce vient alors avec la puissance de donner la vie pour amener les hommes à le recevoir. Le monde n’a pas connu son Créateur, lorsqu’il est venu comme la lumière; les siens ont rejeté leur Seigneur. Ceux qui sont nés, non de la volonté de l’homme, mais de Dieu, l’ont reçu. Ainsi nous n’avons pas ce que la Parole était, mais ce qu’elle devint.

1 Dans les écrits de Paul, la place de fils est celle qui appartient aux chrétiens en rapport avec Dieu, place dans laquelle Christ les a amenés par la rédemption, la même place qui lui appartient à Lui selon les conseils de Dieu. En revanche, dans la famille du Père, les chrétiens sont enfants. (Les deux expressions se trouvent en Rom. 8:14-16, et dans ce passage on peut comprendre leur portée à toutes deux. Nous crions: «Père!» donc nous sommes ses enfants, mais, par l’Esprit, nous pouvons prendre la place de fils avec Christ, devant Dieu). Jusqu’à la fin du vers. 13, nous trouvons d’une manière abstraite ce que Christ était en lui-même et de toute éternité et aussi ce qu’était l’homme, c’est-à-dire ténèbres. Cette première division va jusqu’à la fin du vers. 5. Ensuite nous voyons comment Dieu agit, la place occupée par Jean et son service; alors paraît la lumière. Il vint dans le monde qui avait été fait par Lui et le monde ne l’a pas connu. Il vint vers les siens, le peuple juif, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais il y avait ceux qui, étant nés de Dieu, avaient le droit de prendre la place d’enfants, une race nouvelle.

La Parole a été faite chair, et a demeuré parmi nous dans la plénitude de la grâce et de la vérité. Voilà le grand fait duquel l’Évangile nous entretient, fait qui est la source de toute bénédiction pour nous1, la parfaite expression de Dieu, adaptée (en prenant la propre nature de l’homme) à tout ce qui se trouve dans l’homme, allant au-devant de chaque besoin humain; toute la capacité de la nouvelle nature dans l’homme pour jouir de l’expression de tout ce en quoi Dieu l’adapte à lui. C’est plus que la lumière, qui est pure et dévoile toutes choses: c’est l’expression de ce que Dieu est, de Dieu en grâce, source de bénédiction. Remarquez, Dieu ne pourrait pas être pour les anges ce qu’Il est pour l’homme — grâce, patience, miséricorde, amour, envers des pécheurs. Et Il est tout cela, aussi bien que la bénédiction de Dieu, pour le nouvel homme. La gloire dans laquelle Jésus a été vu, ainsi manifestée pour ceux qui avaient des yeux pour voir, était celle d’un Fils unique de la part du Père, l’objet constant de ses délices de Père.

1 C’est bien ce qui est la source de toute bénédiction; mais l’état de l’homme était tel que sans la mort du Seigneur, personne n’aurait eu part à la bénédiction. Le grain de froment, s’il ne tombe pas en terre et ne meurt, reste seul; s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.

Ce sont les deux parties de cette grande vérité que le commencement de notre évangile nous présente: la Parole qui était avec Dieu et qui était Dieu, a été faite chair, et Celui qui a été vu sur la terre avait la gloire d’un Fils unique de la part du Père.

Deux choses en sont la conséquence: d’abord la grâce (quelle grâce plus grande? — c’est l’amour même qui se révèle, et envers les pécheurs!) et la vérité sont non pas déclarées, mais venues par Jésus Christ. — La vraie relation de toutes choses avec Dieu a été montrée, et leur séparation survenue. C’est là le fondement de la vérité. Toute chose a pris sa vraie place et son vrai caractère sous tous les rapports, et le centre de tous ces rapports, c’est Dieu. Ce que Dieu est, ce qu’est l’homme parfait, l’homme pécheur, ce qu’est le monde et son prince, la présence de Christ dévoile tout. La grâce donc et la vérité sont venues. — Ensuite, seconde chose, le Fils unique, dans le sein du Père, révèle Dieu, et le révèle par conséquent comme connu par lui-même dans cette position. Et ceci se lie avec le caractère et la révélation de la grâce, dans l’évangile de Jean: d’abord la plénitude, avec laquelle nous sommes en communication et dont nous avons tous reçu; ensuite notre position.

Mais il reste encore dans ces versets des instructions importantes. La personne de Jésus, la Parole faite chair, demeurant au milieu de nous, a été pleine de grâce et de vérité. De cette plénitude nous avons reçu, non pas vérité sur vérité (la vérité est simple et met chaque chose exactement à sa place, moralement et dans sa nature), mais nous avons reçu ce dont nous avons besoin — grâce sur grâce, la faveur de Dieu en abondance de bénédictions divines, fruit de son amour, comme accumulées les unes sur les autres. La vérité luit — toute chose est parfaitement manifestée; — la grâce se donne.

Ensuite la relation de cette manifestation de la grâce de Dieu dans la Parole faite chair (dans laquelle aussi la parfaite vérité se fait jour) avec d’autres témoignages de Dieu, est constatée. Jean lui a rendu témoignage. — Le service de Moïse avait un tout autre caractère. Jean a précédé le Seigneur dans son service ici-bas, mais Jésus a pris place avant lui; car tout humble qu’il ait pu être, Dieu par-dessus toutes choses béni éternellement, il était avant Jean, tout en venant après lui. Moïse avait donné la loi, parfaite à sa place, pour exiger de l’homme de la part de Dieu, ce que l’homme devait être. Dieu était alors caché, et Dieu envoie une loi, montrant ce que l’homme devait être; mais maintenant Dieu s’est révélé par Christ, et la vérité (quant à toute chose) et la grâce sont venues. Cette loi n’était ni la vérité pleine et entière à tous égards1, comme en Jésus, ni la grâce; ce n’était pas une transcription de Dieu, mais une règle parfaite pour l’homme. La grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ, non pas par Moïse. Rien ne peut être d’une importance plus essentielle que cette affirmation. La loi exigeait de l’homme ce qu’il devait être devant Dieu, et s’il l’accomplissait, c’était sa justice. La vérité en Christ montre ce que l’homme est (non pas ce qu’il doit être) et ce que Dieu est, et, comme inséparable de la grâce, n’exige rien, mais apporte à l’homme ce dont il a besoin. «Si tu connaissais le don de Dieu», dit le Sauveur à la femme samaritaine. Ainsi, à la fin du voyage dans le désert, Balaam est obligé de dire: «Selon ce temps il sera dit de Jacob et d’Israël: Qu’est-ce que Dieu a fait?» Le verbe «venir» est au singulier après grâce et vérité. Christ est les deux en un; en effet, si la grâce n’était pas là, Il ne serait pas la vérité quant à Dieu. Exiger de l’homme ce qu’il devait être était une exigence juste. Mais donner la grâce et la gloire, donner son Fils, était autre chose sous tous les rapports et il sanctionnait seulement la loi comme étant parfaite à sa place.

1 Elle disait, en effet, ce que l’homme devait être, non pas ce que l’homme, ou quoi que ce soit, était, et c’est là proprement la vérité.

Nous avons ainsi le caractère et la position de la Parole faite chair — ce que Jésus a été ici-bas, la Parole faite chair; sa gloire vue par la foi, celle d’un Fils unique de la part du Père; Il a été plein de grâce et de vérité. Il a révélé Dieu comme il l’a connu, connu comme Fils unique dans le sein du Père. En comparant les vers. 14 et 18, nous voyons que ce titre de fils unique de la part du Père, n’était pas seulement le caractère de sa gloire ici-bas, mais exprime ce qu’Il était (ce qu’Il a été, ce qu’Il est toujours) dans le sein du Père lui-même, dans la divinité: et c’est ainsi qu’Il le déclare. Ensuite, Il était avant Jean le baptiseur, tout en venant après lui. Il a apporté dans sa personne ce qui est d’une nature et d’un caractère entièrement différents que la loi donnée par Moïse.

Voilà donc le Seigneur manifesté sur la terre.

Suivent ses rapports avec les hommes, les positions qu’il a prises, les caractères qu’il revêt parmi les hommes, selon les desseins de Dieu et selon le témoignage de sa Parole. Premièrement, Jean le baptiseur lui fait place; et on remarquera qu’il rend témoignage, dans chaque partie1 des divisions de ce chapitre 1: — au vers. 62, dans celle qui donne la révélation abstraite de la nature de la Parole; — au vers. 15, c’est son témoignage à l’égard de Sa manifestation en chair; — au vers. 19, son témoignage à la gloire de Sa personne, bien qu’il vienne après Jean; — au vers. 29, à Son œuvre et à ce qui était à la suite de cette œuvre; — et au vers. 36, nous trouvons le témoignage pour le temps alors présent, afin qu’on le suivît comme venu pour chercher le résidu juif.

1 On observera que ce chapitre se divise comme suit: vers. 1-18 (cette partie se subdivise ainsi 1-5, 6-13, 14-18), 19-28, 29-34 (subdivisions: 29-31, 32-34), et du vers. 35 à la fin. Ces derniers versets à leur tour se subdivisent: 35-42 et 42 à la fin du chapitre. Nous trouvons d’abord ce que Christ est Lui-même d’une manière abstraite; puis le témoignage que Jean Lui rend comme étant la lumière; ensuite, ce qu’il est, Lui, personnellement, dans le monde; Jean n’était que le précurseur de Jéhovah, le témoin de l’excellence de Christ; plus loin nous avons l’œuvre de Christ (l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde, Il baptise du Saint Esprit et Il est le Fils de Dieu); Jean rassemble les fidèles autour de Jésus; Lui les rassemble autour de Lui-même. Ceci continue jusqu’à ce que le résidu pieux d’Israël le reconnaisse comme Fils de Dieu et comme Roi d’Israël; alors, il prend le caractère plus étendu de Fils de l’homme.

Tous les caractères personnels de Christ, pour ainsi dire, se trouvent ici, ainsi que son œuvre, mais non Ses caractères dans sa relation avec d’autres; Il n’est ici ni le Christ, ni le Sacrificateur, ni la Tête de l’Assemblée qui est son Corps, mais la Parole, le Fils de Dieu, l’Agneau de Dieu, Celui qui baptise du Saint Esprit, et, selon le Ps. 2, le Fils de Dieu, le Roi d’Israël; Il est aussi, selon le Ps. 8: le Fils de l’homme que les anges servent — en un mot Il est Dieu, Il est la Vie et la Lumière des hommes.

2 L’état strictement abstrait se termine au vers. 5. La réception de Christ venu comme lumière dans le monde sert d’introduction à cet évangile. Nous ne sommes plus dans ce qui est strictement abstrait; quoique ne développant pas le sujet — ce que la Parole devint — c’est historique quant à la réception de la lumière, nous dévoilant ainsi ce que l’homme était, et ce qu’Il est, par grâce, étant né de Dieu.

Après la révélation abstraite de la nature de la Parole, et celle de sa manifestation en chair, se présente le témoignage rendu de fait dans le monde. Les vers. 19-28 forment une espèce d’introduction dans laquelle, sur la demande des sacrificateurs et des lévites, Jean rend compte de lui-même, et par occasion parle de la différence entre lui et le Seigneur, de sorte que, quels que soient les caractères que prend Christ en rapport avec son œuvre, la gloire de sa personne est tout premièrement en vue. C’est ce dont le témoin s’occupe naturellement, pour ainsi dire, avant de rendre son témoignage formel aux fonctions que celui qui était l’objet de son témoignage a remplies. Jean n’est ni Élie, ni le prophète (savoir celui dont Moïse avait parlé), ni le Christ: il est la voix de laquelle Ésaïe a parlé, la voix qui devait préparer le chemin du Seigneur. Ce n’est pas précisément devant le Messie que la voix se fait entendre, quoiqu’il le fût de fait; le baptiseur n’est pas non plus Élie avant la journée de l’Éternel, mais la voix dans le désert, devant le Seigneur (l’Éternel) lui-même. L’Éternel venait: c’est par conséquent ce dont Jean parle. Jean baptisait bien pour la repentance; mais au milieu d’eux se trouvait déjà quelqu’un d’inconnu, qui venait après lui, qui était son supérieur, de la sandale duquel il n’était pas digne de délier la courroie.

Nous trouvons ensuite le témoignage direct de Jean, lorsqu’il voit Jésus venant à lui. Jean le désigne, non pas comme le Messie, mais selon toute l’étendue de son œuvre, ainsi que nous en jouissons dans le salut éternel qu’il a accompli, et le plein résultat de l’œuvre glorieuse par laquelle il a été accompli. Il est l’Agneau de Dieu, que Dieu seul pouvait fournir, et était, pour Dieu et selon son dessein, celui qui ôte le péché (non pas les péchés) du monde; c’est-à-dire, il restaure, non pas tous les méchants, mais les bases des relations du monde avec Dieu. Depuis la chute, quelles que soient les voies de Dieu1, c’est bien le péché, que Dieu doit considérer dans ses relations avec ce monde. Le résultat de l’œuvre de Christ sera que ceci ne sera plus le cas; son œuvre fera la base éternelle de ces relations dans les nouveaux cieux et la nouvelle terre, le péché étant entièrement mis de côté comme formant cette base. Par la foi, nous avons connaissance de ces choses, avant leur manifestation publique dans le monde.

1 Ainsi le déluge, la loi, la grâce. D’abord nous trouvons un paradis d’innocence, puis un monde de péché; plus tard un royaume de justice, finalement un monde (nouveaux cieux et nouvelle terre) dans lequel la justice habite. Mais c’est une justice éternelle, fondée sur l’œuvre de l’Agneau qui ne peut jamais perdre sa valeur. C’est un état de choses immuable. L’Église ou l’Assemblée, quoiqu’elle y soit révélée, est au-dessus et à part de tout cela.

Tout en étant Agneau immolé, Il est préféré à Jean le baptiseur, car Il était avant lui: l’Agneau immolé était l’Éternel lui-même. Dans l’administration des voies de Dieu, c’était en Israël que ce témoignage à l’œuvre du Seigneur devait être rendu, bien que son sujet fût l’Agneau, dont le sacrifice s’étendait au péché du monde, et que le Seigneur fût l’Éternel. Jean ne l’avait pas connu personnellement; mais Il était le seul et unique but de sa mission.

Mais ce n’était pas tout: la Parole s’était faite homme, et comme homme Il a reçu la plénitude de l’Esprit, qui est descendu sur Lui et y est demeuré; et l’homme ainsi désigné et scellé de la part du Père, doit lui-même baptiser de l’Esprit Saint. En même temps, par la descente de l’Esprit, Il était désigné dans un autre caractère auquel, par conséquent, Jean rend témoignage. Existant ainsi comme homme, et vu et scellé sur la terre, Il était le Fils de Dieu. Jean le reconnaît comme tel et l’annonce. Ensuite arrive ce qu’on peut appeler l’exercice et l’effet direct du ministère du baptiseur dans ce temps-là; mais c’est toujours de l’Agneau qu’il parle, car l’œuvre de cet Agneau était l’objet des desseins, du propos arrêté de Dieu. Or l’accomplissement de ces desseins par Jésus et la révélation de sa personne et en Lui de la gloire du Père, font le sujet de notre évangile, quoiqu’Israël fût reconnu à sa place, place qui lui appartient de la part de Dieu.

Là-dessus les disciples de Jean1, ayant entendu leur maître, suivent Jésus à sa demeure. C’est l’effet du témoignage de Jean, d’attacher le résidu à Jésus, le centre de leur rassemblement. Jésus ne se refuse pas à la demande des disciples, fruit de ce témoignage; et ils l’accompagnent. Cependant ce résidu, quelle qu’ait été l’étendue du témoignage de Jean, ne va pas de fait plus loin que de reconnaître Jésus comme le Messie2: c’est ce qui arrive par rapport aux deux disciples dans l’histoire que nous lisons. Jean avait parlé de l’Agneau; ils ne voient que le Messie; — mais Jésus les connaît à fond, annonce le caractère de Simon aussitôt qu’il arrive auprès de Lui, et lui donne son nom propre. C’était là un acte d’autorité qui désigne Jésus comme le chef et le centre de tout le système. Dieu peut donner des noms; il connaît toutes choses. Il accorde à Adam le droit d’en donner, et Adam a usé de ce droit, selon Dieu, à l’égard de tout ce qui lui était assujetti, ainsi qu’à l’égard de sa femme. Les grands rois qui prétendaient avoir ce même droit, ont, de fait, donné de nouveaux noms à ceux qui les entouraient. Ève a voulu le faire, mais elle s’est bien trompée; quoique Dieu puisse donner au cœur l’intelligence qui, sous son influence, s’exprime justement sous ce rapport. Or Christ confère un nom caractéristique ici, avec autorité et avec toute science, à l’instant où le cas se présente.

1 Remarquez que ce n’est pas en vertu de son témoignage public, mais après avoir entendu l’expression de son cœur qui ne s’adressait à personne.

2 Principe profondément intéressant pour nous, comme effet de la grâce: en recevant Jésus, on reçoit tout ce qu’il est, bien qu’au moment même, on ne voie en lui que ce qui est le point le moins élevé de sa gloire.

Vers. 441. Nous trouvons ensuite le témoignage immédiat de Christ lui-même et des siens. Premièrement, il appelle d’autres personnes à le suivre, quand il se rend dans le lieu de son pèlerinage terrestre, qui avait été déjà indiqué par les prophètes. Nathanaël qui, de prime abord, rejette celui qui sortait de Nazareth, nous présente, je n’en doute nullement, le résidu des derniers jours. (Le témoignage auquel l’Évangile de grâce se rattache, précède aux vers. 29-34). Nous le trouvons, en premier lieu, repoussant le méprisé du peuple, et sous le figuier, figure de la nation d’Israël (comme le figuier qui ne devait plus jamais porter du fruit, Israël sous l’ancienne alliance); mais Nathanaël est la figure d’un résidu vu et connu du Seigneur, en rapport avec Israël. Le Seigneur qui s’est manifesté ainsi à son cœur et à sa conscience, est reconnu comme Fils de Dieu et roi d’Israël: c’est la foi formelle du résidu d’Israël épargné aux derniers jours, selon le Ps. 2. Or ceux qui recevaient ainsi Jésus, quand il était dans ce monde, verraient encore de plus grandes choses que celles qui les avaient convaincus. Du reste, désormais, ils verraient les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme: celui, qui, par sa naissance, avait pris place parmi les enfants des hommes, par ce titre même, serait l’objet du service des créatures les plus excellentes de Dieu. L’expression est emphatique. Les anges de Dieu lui-même seraient au service du Fils de l’homme: de sorte que le résidu sans fraude d’Israël le reconnaît Fils de Dieu et roi d’Israël, et le Seigneur se déclare de plus être Fils de l’homme, en humiliation, en vérité, mais objet du service des anges de Dieu. Ainsi, nous avons dans ce chapitre remarquable, la révélation de la personne et des titres de Jésus, depuis son existence éternelle et divine, comme la Parole, jusqu’à sa place millénaire de roi d’Israël et de Fils de l’homme2, ce qu’il était déjà comme né dans ce monde, mais qui sera réalisé lorsqu’il reviendra dans sa gloire.

1 Ces versets 38 à 41 embrassent les deux caractères de nos rapports avec Christ. Il reçoit les deux disciples, ils demeurent avec lui, et il leur demande de le suivre. Nous n’avons pas un monde dans lequel nous puissions demeurer, ni un centre autour duquel puissent se rassembler ceux que la grâce a bien disposés. Aucun prophète, ni aucun serviteur de Dieu ne pouvait le faire. Christ est le seul centre de rassemblement dans ce monde. Le fait de «suivre» suppose que nous ne sommes pas encore entrés dans le repos de Dieu. En Éden, il n’y avait pas d’appel à suivre. Au ciel, il n’y en aura pas non plus. C’est une joie et un repos parfaits, là où nous nous trouvons. En Christ nous possédons un objet divin nous traçant un chemin bien défini à travers ce monde dans lequel nous ne pouvons nous reposer avec Dieu, car le péché s’y trouve.

2 Sauf ce qui concerne l’Assemblée et Israël. Ici, Christ n’est pas Souverain Sacrificateur; Il n’est pas la Tête du Corps, il n’est pas révélé comme le Christ. Jean ne nous donne pas ce qui montre l’homme dans le ciel, mais Dieu, dans l’homme, sur la terre — non pas ce qui est céleste, comme étant monté dans le ciel, mais ce qui est divin ici-bas. Dans tout l’évangile, Israël est considéré comme étant rejeté. Les disciples reconnaissent Jésus comme le Christ, mais il n’est pas proclamé comme tel.

Avant d’aller plus loin, repassons quelques points de ce chapitre. Le Seigneur est révélé comme la Parole; comme Dieu, et avec Dieu; comme lumière; comme vie; secondement, comme la Parole faite chair, ayant la gloire d’un Fils unique de la part du Père — comme tel il est plein de grâce, et la vérité procède de Lui, de sa plénitude nous avons tout reçu, et il a annoncé le Père (comp. chap. 14) — comme Agneau de Dieu; comme Celui sur lequel le Saint Esprit a pu descendre et qui baptisait du Saint Esprit; comme le Fils de Dieu1; troisièmement, son œuvre, ce qu’il accomplit comme Agneau de Dieu ôtant le péché du monde, et comme Fils de Dieu et roi d’Israël. Ici se termine la révélation de sa personne et de son œuvre. Dans les vers. 35-43, le ministère de Jean, mais où Jésus, comme il pouvait seul le devenir, est le centre du rassemblement. Vers. 44, le ministère de Christ, par lequel il appelle des âmes à le suivre, ce qui, avec les vers. 38, 39, lui donne son double caractère, comme étant le point d’attraction dans le monde; avec cela, sa pleine humiliation, mais reconnu par un témoignage divin adressé au résidu, selon le Ps. 2, et prenant son titre de Fils de l’homme, selon le Ps. 8 — le Fils de l’homme: nous pouvons dire, tous ses titres personnels. Nous ne trouvons pas ici sa relation avec l’Église, ni sa fonction de sacrificateur, mais ce qui appartient à sa personne et aux rapports de l’homme avec Dieu dans ce monde. Ainsi, outre sa nature divine, c’est tout ce qu’il était et ce qu’il sera dans ce monde: sa position céleste et ses conséquences pour la foi sont enseignées ailleurs, et il y est à peine fait allusion dans cet évangile, quand cela est nécessaire.

1 Ici il est vu comme Fils de Dieu dans ce monde; au vers. 14, il est dans la gloire d’un fils unique de la part du Père; au vers. 18, il est tel dans le sein du Père.

Remarquez que, lorsque Christ est prêché d’une manière complète jusqu’à un certain point, le cœur de l’auditeur peut vraiment croire et s’attacher à Lui en le revêtant d’un caractère que l’état de l’âme ne sait pas encore dépasser, et en ignorant la plénitude dans laquelle Il a été révélé. En effet, quand cela est réel, le témoignage, quelque élevé qu’il soit dans son caractère, atteint le cœur où il se trouve. «Voilà l’Agneau de Dieu», dit Jean; — «nous avons trouvé le Messie», disent les disciples qui ont suivi Jésus, sur le témoignage de leur maître.

Remarquez aussi que l’expression de ce qui se passait dans le cœur de Jean a plus d’effet qu’un témoignage plus formel, plus doctrinal. Il regardait Jésus et s’écriait: «Voilà l’Agneau de Dieu!» — Les disciples l’ont entendu et ont suivi Jésus. C’était, sans doute, le témoignage propre de Jean de la part de Dieu, Jésus étant là; mais ce n’était pas une explication doctrinale comme ce qui précède.