Galates

Chapitre 1er

L’apôtre établit, dès le début, l’indépendance vis-à-vis de tous les autres hommes, du ministère qu’il exerçait, en indiquant la vraie source d’où il l’avait reçu sans l’intervention d’un instrument intermédiaire quelconque. Il ajoute, pour montrer que les Galates abandonnaient la foi commune des saints: «Tous les frères qui sont avec moi» (v. 1, 2): aussi, en abordant le sujet de son épître, l’apôtre déclare d’emblée que la doctrine introduite par les judaïsants parmi les Galates, était un autre Évangile (mais un Évangile qui n’en était pas un), et non l’Évangile de Christ.

Paul commence donc par déclarer qu’il n’est apôtre ni de la part des hommes, ni par l’homme. Il ne vient pas de la part des hommes comme si les hommes l’avaient envoyé, et ce n’est pas par le moyen d’aucun homme qu’il a reçu sa mission, mais par Jésus Christ et par Dieu le Père, qui l’a ressuscité d’entre les morts: par Jésus Christ, sur le chemin de Damas, et par le Père, il me semble, quand le Saint Esprit a dit: «Mettez-moi à part Barnabas et Saul» (Actes 13:2). L’apôtre parle ainsi, afin de montrer que son ministère découlait directement de la source première de tout vrai bien et de toute autorité légitime1.

1 Ce qui se nomme le clergé admettrait volontiers «non de la part des hommes», mais il ne peut admettre «non par l’homme». Cela frappe à la racine son existence comme tel. Il se vante de descendre de l’homme, mais — et cela est remarquable — non de Paul, le vrai ministre de l’Assemblée, mais, là où l’on insiste le plus sur la chose, de Pierre, l’apôtre de la circoncision. Pierre ne fut pas du tout apôtre des gentils, et pour autant que nous le savons, il n’alla jamais vers eux.

Comme de coutume, il souhaite aux assemblées la grâce et la paix de la part de Dieu envisagé dans son caractère de Père, et de la part de Jésus dans son caractère de Seigneur. Mais il ajoute ici au nom de Jésus ce qui appartient au caractère de l’Évangile que les Galates avaient perdu de vue, savoir que Christ s’était donné Lui-même pour nos péchés afin de nous délivrer de ce présent siècle mauvais (v. 4). L’homme naturel, dans ses péchés, appartient à ce siècle mauvais; les Galates voulaient y rentrer sous le prétexte d’une justice selon la loi. Christ s’était donné Lui-même pour nos péchés afin de nous en retirer, car le monde est jugé. Envisagés comme dans la chair, nous sommes du monde. Or la justice de la loi se rattache aux hommes dans la chair. C’est l’homme en tant que dans la chair qui doit l’accomplir, et la chair a sa sphère dans ce monde: la justice que l’homme voudrait accomplir dans la chair est dirigée selon les éléments de ce monde. La justice légale, l’homme dans la chair, et le monde vont ensemble. Christ au contraire nous a vus comme pécheurs, n’ayant pas de justice, et il s’est donné pour nos péchés et afin de nous délivrer de ce monde condamné, où les hommes cherchent à établir leur justice en se plaçant sur le terrain de la chair qui ne l’accomplit jamais. Cette délivrance aussi est selon la volonté de Dieu notre Père. Il veut avoir un peuple céleste, racheté selon cet amour qui nous a donné une place dans le ciel auprès de Lui, et une vie dans laquelle opère le Saint Esprit pour nous faire jouir de cette position bénie, et nous faire marcher dans la liberté et dans la sainteté que Dieu nous donne dans cette nouvelle création, dont Jésus lui-même, ressuscité et glorifié, est le chef et la gloire.

L’apôtre aborde son sujet sans préambule; il en était rempli, et l’état des Galates qui abandonnaient l’Évangile dans ses fondements, le faisait jaillir d’un cœur oppressé et, je puis dire, indigné. Comment était-il possible que les Galates eussent abandonné si promptement celui qui les avait appelés selon la puissance de la grâce de Christ, pour embrasser un Évangile différent! C’était par l’appel de Dieu qu’ils avaient part à la glorieuse liberté et au salut qui a sa réalisation dans le ciel. C’était par la rédemption que Christ avait accomplie et par la grâce qui nous appartient en Lui, qu’ils jouissaient du bonheur céleste et chrétien, et maintenant ils se tournaient vers un témoignage tout à fait différent, vers un témoignage qui n’était pas un autre Évangile, une autre vraie bonne nouvelle! Cet autre Évangile n’en était pas un, et ne faisait que troubler les esprits en pervertissant le vrai Évangile. Or, dit l’apôtre, en répétant ses paroles pour faire sentir l’importance qu’il y attachait, si moi-même ou un ange du ciel vous prêchait quelque chose outre l’Évangile que je vous ai déjà prêché, qu’il soit anathème (v. 9). Remarquez ici que l’apôtre ne veut aucune addition à ce qu’il avait prêché.

Les chrétiens judaïsants ne niaient pas Christ formellement; ils voulaient à Christ ajouter la circoncision. Mais l’Évangile que l’apôtre avait prêché était l’Évangile complet et entier; on ne pouvait rien y ajouter sans l’altérer, sans dire qu’il n’était pas l’Évangile parfait, sans réellement ajouter quelque chose d’une autre nature, c’est-à-dire sans le corrompre, car la révélation entièrement céleste de Dieu était ce que Paul leur avait enseigné. L’apôtre, dans ses enseignements, avait complété le cercle de la doctrine de Dieu. Y ajouter était nier sa perfection, en altérer le caractère, et la corrompre. L’apôtre ne parle pas d’une doctrine ouvertement opposée à l’Évangile, mais de ce, qui est en dehors de l’Évangile qu’il avait prêché. Aussi dit-il qu’il ne peut pas y avoir un autre Évangile: ce qu’on a voulu prêcher est différent; mais il n’y a pas de bonne nouvelle en dehors de ce que lui a prêché. Toute autre doctrine n’était qu’une corruption de la vraie bonne nouvelle, corruption par laquelle on troublait les âmes. Ainsi, par amour pour les âmes, l’apôtre pouvait anathématiser ceux qui détournaient les Galates de la vérité parfaite qu’il avait annoncée. C’était l’Évangile de Dieu lui-même; toute autre chose était de Satan. Si Paul lui-même apportait autre chose que l’Évangile qu’il avait autrefois prêché, qu’il fût anathème. Le pur Évangile tout entier était déjà annoncé et revendiquait au nom de Dieu ses droits contre tout ce qui prétendait s’associer avec lui. Paul cherchait-il à contenter les hommes dans son Évangile, ou à plaire aux hommes? Nullement; il n’aurait pas été le serviteur de Christ, s’il l’avait fait.

L’apôtre en vient donc historiquement à son ministère et à la question de savoir si l’homme entrait pour quelque chose dans ce ministère. Son Évangile n’était pas selon l’homme, car il ne l’avait reçu d’aucun homme; il n’avait pas été enseigné par l’homme. Ce qu’il possédait venait directement par la révélation que Jésus Christ lui en avait faite. Et quand Dieu, qui l’avait mis à part dès le ventre de sa mère et l’avait appelé par sa grâce, voulut révéler son Fils en lui, la révélation eut à l’instant toute sa puissance comme telle. L’apôtre ne consulta personne. Il n’entra pas en relation avec les autres apôtres, mais il agit tout de suite indépendamment d’eux, comme étant enseigné directement de Dieu. Ce n’est que trois ans plus tard qu’il alla à Jérusalem faire la connaissance de Pierre, et qu’il vit aussi Jacques. Les assemblées de la Judée ne le connaissaient pas de visage; seulement elles glorifiaient Dieu pour la grâce qu’il avait reçue. Du reste, Paul n’a passé que quinze jours à Jérusalem; puis il est allé en Syrie et en Cilicie.