Ézéchiel

Chapitres 4 à 6

Au chapitre 4, outre le jugement général que Dieu prononçait sur l’état d’Israël, Jérusalem, sur laquelle pesait toute l’iniquité du peuple maintenant venue à son comble, se présentait aux yeux du Dieu qu’elle avait méprisé. Le prophète, en l’assiégeant figurément, a dû signaler les années d’iniquité qui amenaient ce jugement. Pour Israël en général 390 ans, pour Juda 40. Il est certain que ces dates ne se rapportent pas à la durée du royaume d’Israël séparé de Juda et puis à celle de Juda, parce que le royaume d’Israël n’a duré que 254 ans, à peu près, et Juda, depuis la chute de Samarie, à peu près 134. Il semblerait que la période indiquée est calculée à dater de la séparation des dix tribus sous Jéroboam, en comptant les années d’Israël, parce que Israël, dès ce moment, a eu une existence à part, tandis que Juda était tout, pendant le règne de Salomon qui a duré 40 ans. Après son règne, Juda serait compris dans le nom général d’Israël, selon l’habitude d’Ézéchiel, quoiqu’il distingue les deux royaumes dans certaines occasions, à cause de la position de Sédécias et des voies de Dieu dans les temps à venir. La raison de l’emploi de ce nom d’Israël pour tous est assez évidente, savoir, que la captivité avait placé la nation tout entière sous un jugement commun et dans le même état, Israël étant le nom du peuple dans son ensemble. Celui-ci était mis de côté, et un royaume gentil était établi. Juda est quelquefois distingué d’Israël, parce qu’il y avait encore un résidu à Jérusalem (résidu jugé plus sévèrement, il est vrai, que la masse, mais qui existait néanmoins), et qu’aux derniers jours, il y aura des circonstances distinctes dans son histoire. La même chose arrive dans le Nouveau Testament. Les douze tribus sont confondues dans le langage des apôtres, cependant les Juifs, c’est-à-dire ceux de Juda, sont constamment distingués historiquement. Au fond, Ézéchiel prophétisait dans les mêmes circonstances. De là, en partie, comme nous l’avons vu, son titre de «fils de l’homme», donné aussi à Daniel, ainsi que celui de «homme bien aimé». L’homme de puissance était Nebucadnetsar, mais celui qui, par l’Esprit, représentait sa race devant Dieu était un Ézéchiel, ainsi que l’homme de désirs était un Daniel, un homme aimé de Dieu.

Il est certain, à l’égard de la date, que les 390 ans font à peu près la durée d’Israël depuis la mort de Salomon jusqu’à la destruction du temple. Quelques personnes ont voulu compter les 40 ans de Juda, depuis la Pâque de Josias jusqu’à la même époque, en supposant que la destruction du temple par Nebucadnetsar, ait eu lieu 4 ou 5 ans après la captivité de Sédécias; mais il n’en est rien: ce fut la même année, mais un mois plus tard (2 Rois 24:12). Jehoïakin est mené captif la 8ème année de Nebucadnetsar. Sédécias a régné 11 ans (Jér. 52:1-8). Dans la 19ème année de Nebucadnetsar, Nebuzaradan a brûlé la maison de l’Éternel (v. 13), et, en lisant depuis le verset 6, on voit bien que ce fut un mois après que Sédécias eut été pris, mais la même année. En prenant les 40 ans de Juda pour le règne de Salomon, cela reviendrait à dire qu’Israël n’avait fait que pécher depuis l’établissement du royaume. Car, ce n’est qu’avec Salomon qu’il y a eu un établissement paisible de la royauté. David a fondé le royaume, la responsabilité de sa famille a commencé avec Salomon (2 Sam. 7).

Suivant la révélation donnée à Ézéchiel, Jérusalem est prise et la population en est presque détruite; le résidu se voit dispersé et poursuivi par l’épée; une partie seulement de ce résidu est enfin épargnée, et de cette partie encore il y en aurait qui seraient jetés dans le feu1, feu qui s’étendrait à toute la maison d’Israël: en d’autres termes, le jugement qui tomberait sur le résidu qui ne périrait pas dans la ville, définirait la position de toute la maison d’Israël. C’est ainsi que le prophète est amené constamment à parler de tout Israël, car aussi longtemps qu’il y avait un résidu à Jérusalem, la nation avait une place sur la terre, mais lorsque l’inique rébellion de Sédécias a amené la destruction de Jérusalem, elle a cessé d’en avoir. Ce jugement de Jérusalem a des éléments bien importants pour l’intelligence de toute cette partie de l’histoire du peuple et des voies de Dieu. C’est ici Jérusalem, dit l’Éternel; je l’ai posée au milieu des nations, et, autour d’elle des pays (ch. 5:5). Or, au lieu d’être un témoin au milieu de ces nations, de sorte que la maison de l’Éternel aurait pu ou dû les attirer au moins, en les plaçant sous la responsabilité d’y monter, elle avait été loin de rendre un vrai témoignage au Dieu qui y demeurait. Bien plus, ses habitants avaient dépassé en méchanceté les nations idolâtres. C’est pourquoi Dieu exécuterait des jugements au milieu d’elle, à la vue des nations, juste rétribution de ses péchés. Jérusalem aussi serait mise en désert et en opprobre parmi les nations qui étaient autour d’elle. De plus, le jugement (ch. 6) ne serait pas limité à Jérusalem, il serait exécuté sur tous les hauts lieux, sur toutes les montagnes d’Israël. Toutes les villes seraient désertes, toutes leurs idoles détruites, et le peuple dispersé. Il saurait que ce n’était pas en vain que l’Éternel l’avait menacé de ces jugements. Le feu atteindrait ceux qui seraient loin, comme ceux qui seraient près: le pays serait en désolation, et les adorateurs des idoles, tués autour de leurs dieux infâmes. Toutefois, Dieu se souviendrait de sa miséricorde, au milieu des jugements, et il épargnerait un petit résidu de ceux qui seraient dispersés, et ceux qui échapperaient seraient en horreur à eux-mêmes, à cause des abominations dont ils auraient été coupables. Jérusalem avait été maintenant jugée, ainsi que les montagnes d’Israël, trop fameuses par leurs idoles et leurs hauts lieux.

1 C’est ainsi que je comprends ce passage; la traduction française pourrait faire supposer qu’il s’agit de cheveux jetés au feu; mais le prénom hébreu est au singulier et est masculin aussi bien que féminin.