Ésaïe

Chapitres 21 à 27

Les chapitres 21 à 27 ne traitent pas de la délivrance comme ceux qui précèdent, mais de l’envahissement des nations dont on a parlé, du fléau qui déborde. L’Égypte est envahie, ainsi que l’Éthiopie en qui Israël s’était confié; Babylone succombe, Duma et Kédar sont presque réduits à néant; Jérusalem est pillée; Tyr tombe; c’est un bouleversement universel dont la terre de Canaan est la scène principale, mais dans lequel le monde entier se trouve compris (ch. 24). Les puissances mêmes des cieux sont renversées, de même que les rois de la terre le sont sur la terre, et leur destruction donne lieu à l’établissement de Sion, montagne de l’Éternel, comme centre de puissance et de bénédiction, la puissance du Serpent, du dragon qui est dans la mer, étant anéantie.

 

Chapitres 21 et 22

Après ce résumé, il convient d’attirer l’attention du lecteur sur quelques détails. On remarquera que Babylone et Jérusalem tombent (ch. 21) l’une après l’autre, et que Jérusalem tombe la dernière. Or, il est de toute évidence qu’un tel ordre de succession dans les événements est encore à venir. Ce qui est dit de Babylone et de Jérusalem a pu trouver son occasion dans la prise de Babylone par Cyrus, et en partie dans l’état de Jérusalem, lorsqu’elle a été menacée par Sankhérib; mais il n’y avait ni la même suite, ni la même liaison d’événements que dans notre prophétie. Or Babylone est nommée de manière à laisser un vague complet sur son état. Le «désert de la mer» est une singulière description d’une ville. Cependant un envahissement affreux est devant les yeux du prophète, et Babylone tombe. L’invasion vient comme un tourbillon du midi, et la puissance de Babylone finit, sans qu’on sache comment.

Jérusalem, la vallée de vision, est pillée. Les Mèdes et les Perses, désignés comme les auteurs de l’invasion dans le chapitre précédent, sont vus ici abaissant Jérusalem; il n’y a pas de combats au-dehors, mais la ville est prise et ses habitants sont liés ou tués dans son enceinte. Il y a dans ce chapitre, outre les révélations prophétiques, une instruction morale de la plus haute importance. Premièrement, toute la sagesse de l’homme pour parer au mal est inutile, si la force de Dieu n’agit point. Lorsqu’il est question de la Cité de Dieu, cette sagesse, mise en œuvre dans l’oubli de Celui qui avait fait et fondé la ville de sa sainteté, est un péché impardonnable (ch. 22:11). Encore, ce qui est raconté ici a été fait par Ézéchias qui a prospéré dans tous ses ouvrages. La bénédiction extérieure accompagne ses travaux; mais, en même temps, les dispositions du peuple à l’égard même de ces travaux étaient telles, que Dieu ne pouvait pas les lui pardonner. C’est ce qui arrive souvent: foi extérieure dans l’œuvre de Dieu qui est bénie de sa part; et à l’intérieur, corruption, cœur éloigné de lui, dans la chose dont celui-ci s’occupe, et que Dieu jugera certainement; puis l’oubli de Dieu lui-même et de toute relation avec Lui. C’est ce qui a lieu lorsque le peuple de Dieu s’appuie sur des moyens humains. On voit encore ici celui qui tenait une place assurée selon l’homme, dans le gouvernement de la maison de David, mis de côté avec honte, et l’élu de Dieu établi à sa place, toute gloire lui étant donnée: préfiguration remarquable du rejet du faux Christ et de l’établissement du vrai aux derniers jours. Cette prophétie tend à faire supposer une attaque des nations contre Jérusalem à l’époque où la Babylone historique ne sera qu’un désert. Ce qui sera la Babylone de ces jours-là tombera. Cependant, Jérusalem, objet des prophéties, sera prise, son gouvernement sera changé, l’usurpateur devra céder la place à l’élu de Dieu.

 

Chapitre 23

L’oracle sur Tyr, au chapitre 23 nous fait voir tout l’orgueil de la gloire humaine, et les nobles de la terre rendus honteux et méprisables. L’occasion est la prise de Tyr par Nebucadnetsar; mais la prophétie a plus de portée, elle va jusqu’aux jours où ses marchandises seront sanctifiées à l’Éternel (ch. 23).

 

Chapitre 24

Le chapitre 24 nous présente le bouleversement de toutes choses sur la terre; le pays d’Israël est placé sur le premier plan, mais dans ce lieu, les éléments de tous les systèmes de ce monde seront rassemblés et jugés. Nous avons déjà fait remarquer que ceci s’étend au renversement judiciaire des puissances célestes, des malices spirituelles, ainsi qu’à celui des rois de la terre sur la terre; les chapitres suivants nous montrent dans quel but auront lieu ces jugements. Le mal ne serait ni éloigné, ni arrêté, si ce n’est par le moyen de ces jugements. C’est pourquoi, lors de l’entrée de Christ à Jérusalem, il est dit: «Paix au ciel»; car, jusqu’à ce que la puissance du mal soit mise de côté, toute bénédiction établie sur la terre ne tarde pas à se corrompre et à se flétrir.

Mais avant d’en faire l’examen, retraçons les objets de jugement dont nous venons de parler; retraçons-les dans leur classement moral. Il y a Babylone, la puissance de la corruption organisée, où le peuple de Dieu est captif; l’ennemi public et ouvert de Dieu, l’Assyrien; l’ennemi intérieur, le Philistin; puis Moab, l’orgueil de l’homme; Damas, qui a été ennemie du peuple de Dieu, mais qui s’est alliée avec la partie apostate de ce peuple, contre la partie fidèle. Le peuple est délivré de ces ennemis. Puis après, on voit sous le jugement, l’Égypte, ou le monde dans son état de nature, dont la sagesse disparaît dans la confusion; Babylone maintenant déserte au milieu des peuples; Duma, la liberté, l’indépendance de l’homme; Jérusalem, le peuple professant; Tyr, la gloire du monde; et enfin tout ce qui est sur la terre, les malices spirituelles dans les lieux célestes, et les rois de la terre sur la terre.

 

Chapitres 25 et 26

Les chapitres 25 et 26 prennent la forme d’un cantique, qui célèbre l’effet de l’intervention de Dieu. Remarquons ces principaux points: Dieu est fidèle; il accomplit ses conseils; dans sa puissance, il a réduit à néant la cité de l’orgueil humain. Toute la forte organisation de l’homme a été détruite. L’Éternel a été la force des pauvres de son peuple au jour de sa détresse, et la puissance de ses ennemis est abaissée. Il fera justice en Sion pour tous les peuples; il ôtera le voile qui est sur leur cœur. La résurrection des fidèles aura lieu. Je dis des fidèles, car la mort est engloutie par la victoire. Au reste, 1 Cor. 15 applique cette déclaration dans ce sens. L’opprobre qui s’attachait au peuple de Dieu, à Israël, sera entièrement ôté. Aux versets 9-12, le résidu célèbre sa délivrance; il attend Dieu, et la puissance de l’Éternel se déplacera pour lui. Moab, le voisin orgueilleux de Jacob, sera soumis1.

1 Le lecteur fera bien d’observer que nous avons ici tous les résultats de ce jugement de Dieu et de ce qui s’y rapporte. Les saints sont ressuscités, la puissance du mal est précipitée des cieux, l’opprobre d’Israël est ôté, et la face du voile qui couvre tous les peuples est détruite.

Au chapitre 26, le résidu chante le caractère de cette délivrance. Il a une ville forte, mais c’est le salut de Dieu qui fait ses remparts. Il ne s’agit pas de la force de l’homme; le pauvre la foulera. Il s’agit du jugement que le Dieu juste exécute lui-même. Le résidu l’a attendu dans la voie de ses jugements. Le support de la grâce avait été inutile; ce n’est que lorsque les jugements de Dieu seront sur la terre1, que les habitants du monde apprendront la justice. La main de l’Éternel serait-elle levée pour frapper, qu’ils ne l’apercevraient pas. Mais un jour viendra où ils la verront malgré eux, et ils auront honte. Le feu de la jalousie de l’Éternel les dévorera; ils ne se relèveront point. Mais Israël sera comme ressuscité par la puissance de l’Éternel.

1 Je présume que «la terre» est une sphère plus restreinte que «le monde», la distinction consistant surtout dans le fait qu’en elle, les voies de Dieu et son gouvernement ont été mis en évidence devant les hommes. Quand ceci aura eu lieu dans le monde entier, ce dernier devient la terre. Le mot «terre» est employé pour la terre d’Israël, ainsi que pour la terre dans le sens que nous venons d’exposer, et pour la terre entière comme scène du gouvernement de Dieu. Ainsi, quand la scène où Dieu agit actuellement aura été jugée, le monde dans toute son étendue apprendra à connaître la justice; et non pas, quoique la chose eût dû y être introduite, tandis que le système actuel de la grâce prévaut.

 

Chapitre 27

Enfin l’Éternel invite son peuple à se cacher pour un court moment, tandis qu’il sort de sa place pour exécuter la vengeance (ch. 27). La puissance de Satan dans ce monde et parmi les hommes sera détruite, Israël gardé et arrosé comme la vigne de l’Éternel. Il avait frappé Israël, mais par mesure. Cependant le peuple sera pleinement jugé, puis l’Éternel rassemblera ses dispersés un à un.