Ésaïe

Chapitres 13 et 14

Avec le chapitre 12, finit toute une portion de la prophétie. Le sujet qui commence au chapitre 13 continue jusqu’à la fin du chapitre 27, qui nous dépeint de nouveau le règne millénial, mais dans une sphère plus étendue, parce qu’il y est question du monde, dont traitent ces chapitres, tandis que les chapitres 5 à 12 se rapportaient spécialement à Israël.

Ceux dont nous nous occupons actuellement, lient des événements alors contemporains avec la fin des temps. On ne peut les comprendre que pour autant qu’on est pénétré de cette pensée. La raison en est simple. Les nations sont considérées dans leurs rapports avec Israël. Or, le temps compris entre la captivité de Babylone et les derniers jours, est comme non avenu, au point de vue de la nation. Nous avons déjà considéré l’introduction du Messie comme pierre d’achoppement, dans le cours de la prophétie, la période particulière des soixante-dix semaines étant mentionnée en Daniel, en rapport avec lui. Mais ce passage dans le prophète, des temps des nations, montre plus clairement encore que le temps d’après jusqu’à la fin est tenu comme non avenu. Il y a soixante-dix semaines déterminées sur Israël pour amener sa pleine restauration. L’immense espace de temps, qui a déjà duré depuis plus de 1900 ans, n’est compté pour rien1. Aux yeux du prophète, Babylone (ou, à parler plus exactement, son chef, en outre de la corruption idolâtre) représente le trône impérial du monde, en contraste avec le trône de Dieu à Jérusalem2. — Babylone sera renversée, Dieu bénira encore Israël. Ce sera le jugement de ce présent siècle, du monde. La prophétie le fait voir dans la prochaine prise de Babylone. Mais ce jugement ne sera complet que lorsque le temps des gentils sera fini et Israël délivré. Le caractère du chef de Babylone nous est dépeint en termes fort remarquables au chapitre 14, versets 12, 13. L’esprit de Babylone qui a poussé à construire la tour revit dans Nebucadnetsar lui-même, et plus particulièrement encore dans son dernier représentant auquel cette prophétie, dans son plein accomplissement, se rapporte. Puis l’Assyrien est détruit sur la terre de Canaan3; et quoique la famille de David ait eu son sceptre brisé, la Philistie sera jugée et soumise; l’Éternel fondera Sion, et les pauvres de son peuple se retireront vers elle. Cette destruction de Babylone, et de l’Assyrien après Babylone, introduite aux chapitres 13-14, forme une scène à part, complète en elle-même, mais nécessaire à la compréhension de l’ensemble de la prophétie.

1 Le grand espace de temps, qui a duré plus de 1900 années, est compris dans les soixante-dix semaines, ou (si vous voulez) les 490 années, prenant place entre la fin de la quatre cent quatre-vingt-troisième année et la fin de la quatre cent quatre-vingt-dixième, seulement les chrétiens savent que la moitié de la soixante-dixième semaine a été en réalité accomplie lors du ministère de Christ; c’est pourquoi, dans Daniel 7 et dans l’Apocalypse, nous n’avons que la moitié d’une semaine.

2 En dehors de la captivité du peuple de Dieu, Babylone occupe une place très importante dans les voies de Dieu. Jusqu’au règne de Nebucadnetsar, Dieu, dans son gouvernement, tout en ayant pour centre Israël, en vue duquel les bornes des peuples avaient été posées, prenait connaissance des nations, en tant que dispersées à l’occasion de Babel. Il les laissait bien suivre leurs propres voies, mais chacune d’elles, devant sa providence, avait une existence individuelle. Une fois que le trône fut ôté de Jérusalem, d’où Dieu gouvernait le monde en vue du peuple qu’il s’était choisi, le monde fut livré à la domination d’un seul trône, qui fut placé en évidence devant Dieu, par cela qu’il était seul à gouverner le monde. Trois autres puissances suivirent successivement, et la dernière existait lors de la venue de Christ dans ce monde; mais le moment de son jugement n’était pas encore venu. Ces quatre empires constituent «les temps des nations». Dieu reprendra son gouvernement et jugera les nations, encore en vue d’Israël; et Babylone, ou l’empire un et universel, sera mis de côté dans son état apostat et rebelle. Mais tant qu’il subsiste, l’empire a sa position à lui, unique et absolue devant Dieu. Jérusalem, punie pour son idolâtrie par la captivité de Babylone (l’assujettissement aux idoles), et le transfert du trône aux nations, est néanmoins, en une manière, reconnue de Dieu dans le résidu assujetti aux nations, en sorte que Dieu, dans les livres prophétiques, en tient compte, non pas cependant comme étant alors son peuple, jusqu’à ce que le second grand crime, le rejet de Christ, soit consommé. Mais ceci même était dans le prophète quand ils étaient en captivité. Toutefois ils furent conservés partiellement, pour que le Christ, le Seigneur, leur fût présenté: dès lors ils sont mis de côté, jusqu’à ce que la grâce souveraine leur soit apportée pendant la dernière semaine, pour la foi la dernière moitié. Le temps se compte de nouveau lorsque celle-ci est arrivée.

3 Preuve que la prophétie a trait aux jours de la fin, car autrefois l’Assyrien était tombé devant Babylone, étant vaincu et assujetti par elle. Il est à remarquer que ni la bête, ni l’antichrist ne forment le sujet de cette prophétie. Sous le joug de l’Assyrien, Juda n’était pas Lo-Ammi, non plus que dans cette prophétie. À Babylone, Juda était captif, et Lo-Ammi est écrit sur le peuple. Ainsi, l’Assyrien étant ici l’ennemi principal, nous ne devons pas nous attendre à y trouver la bête.

Mais il reste des nations qui sont sur le territoire d’Israël, ou en rapport avec lui, desquelles il faut que Dieu dispose pour que son peuple jouisse de la pleine bénédiction et de l’effet des promesses. Babylone, qui forme un vaste système remplaçant le trône de David, est vue dans son ensemble. Les nations, dont les jugements sont rapportés ici, bien qu’il soit fait allusion à des événements voisins de la prophétie, sont considérées comme étant dans les derniers jours, quand Dieu reprendra son gouvernement en jugement, en vue du rétablissement de son peuple. Ainsi Nebucadnetsar a pris Tyr, soumis l’Égypte; l’Assyrien a renversé Damas et mené Éphraïm en captivité: et ces événements étaient comparativement rapprochés. Mais l’ensemble de ces faits est représenté ici en rapport avec les derniers jours. Même dans le chapitre précédent la destruction de l’Assyrien est placée après la chute du roi de Babylone. Cependant historiquement, l’Assyrien avait été soumis par Babylone, et l’histoire de Sankhérib avait eu lieu bien des années avant cette époque. Mais la prophétie a toujours en vue l’accomplissement des conseils de Dieu. Généralement, ici il n’est pas donné de détails sur les instruments employés de Dieu; on les trouve ailleurs.