Deutéronome

Chapitre 34

Moïse, par sa position typique, ne peut entrer dans le pays promis

Position de Moïse : gouverner un peuple sous la loi, dans la chair

Considérons maintenant un peu (chap. 34) la défense faite à Moïse d’entrer dans la terre de promesse. Moïse, homme de Dieu, pouvait prononcer les bénédictions d’Israël comme étant entré dans le pays ; mais lui-même, serviteur de Dieu, appartenait au désert. Il y a plus d’une chose à peser ici. Quant à la position de Moïse, elle était celle de gouverner un peuple placé sous les principes de Sinaï ; c’est-à-dire que, bien qu’il fût sous le gouvernement de Dieu, c’était dans la chair que ce peuple y était soumis (comp. Rom. 7:5, où ce sujet est pleinement traité).

Jouissance de la promesse comme morts et ressuscités, mais marche ici-bas

Or l’homme dans la chair, sous le gouvernement de Dieu, ne saurait entrer dans la jouissance de la promesse. Cela est vrai même d’un chrétien : en Jésus mort et ressuscité, il est assis dans les lieux célestes [(Éph. 2:5-6)] ; il jouit de la promesse en présence de Dieu, ou du moins ses affections le portent en haut ; sa vie y est cachée avec Christ [(Col. 3:3)] (*), mais, comme homme sur la terre, il est sous le gouvernement de Dieu, qui agit envers lui selon la manifestation de sa vie spirituelle ici-bas ; et Christ est entre lui et Dieu, exerçant la sacrificature [(Héb. 4:14)] et l’office d’Avocat [(1 Jean 2:1)], qui n’établissent pas la justice (déjà établie une fois pour toutes), mais qui maintiennent les relations d’hommes faibles avec Dieu, dans la lumière, à la communion de laquelle ils sont appelés, en Christ qui s’y trouve. Il obtient pour eux la grâce et la miséricorde pour recevoir du secours au temps opportun [(Héb. 4:16)], afin qu’ils ne tombent pas, ou afin de les relever, comme leur Avocat, s’ils sont tombés [(1 Jean 2:1)], par l’opération du Saint Esprit sur la terre.

(*) La première de ces choses forme l’enseignement de l’épître aux Éphésiens ; la seconde celui de l’épître aux Colossiens. Dans les Éphésiens, mort dans ses péchés [(Éph. 2:1)], l’homme est ressuscité et placé en Christ dans les lieux célestes [(Éph. 2:6)] : c’est une nouvelle création [(2 Cor. 5:17)]. Dans les Colossiens, l’homme est mort au péché et ressuscité avec Christ, et ses affections sont aux choses d’en haut [(Col. 3:3)]. Dans cette dernière épître, il est vu aussi comme mort dans ses péchés, et ressuscité avec Christ, mais non comme assis dans les lieux célestes.

Josué, image de Christ, traverse le Jourdain ; Moïse dirige le peuple dans le désert

Traverser le Jourdain était, en figure, mourir et être ressuscité avec Christ. Josué représente toujours Christ, Chef de son peuple selon la puissance de l’Esprit. Mais le désert est ce monde. Moïse y dirige et y gouverne le peuple selon Dieu ; par conséquent, il n’entre pas en Canaan.

Différences entre le Jourdain et la mer Rouge, images de la mort de Christ

La différence (nous nous y étendrons davantage en étudiant le livre de Josué) entre la mer Rouge et le Jourdain, est que la mer Rouge signifie l’efficace de la rédemption par la mort et la résurrection de Christ lui-même, et que, de plus, nous sommes vus en Lui ; le Jourdain est l’application de cette vérité à l’âme, comme étant morts avec Lui, pour entrer dans la jouissance des promesses. Le passage de la mer est suivi de cantiques de joie [(Ex. 15:1)] ; celui du Jourdain, de combats, et de la réalisation des promesses.

Moïse, par sa faute, ne peut entrer dans le pays

Exaltation de Moïse lassé par le mal du peuple, au lieu de glorifier Dieu

Quant à Moïse lui-même personnellement, la faute qui lui a fermé l’entrée de la terre promise est bien connue [(Nomb. 20:7-13)]. Provoqué par la rébellion d’Israël, et fatigué des soins qu’il devait prodiguer sans cesse au peuple, au lieu d’exalter l’Éternel aux yeux d’Israël, il s’est exalté lui-même. Il s’est servi du don de Dieu pour s’élever ; il n’a pas sanctifié l’Éternel aux yeux du peuple [(Nomb. 20:12)] ; il ne Lui a pas donné la place qui lui est due. Dieu ne se lasse pas dans sa bonté ; et ainsi, agissant en discipline pour le bien de son peuple, selon Sa majesté, il peut toujours en revenir aux voies de bénédiction directe qui découlent de sa grâce infaillible. L’homme, lassé du mal qui l’irrite, cherche à s’élever, pour se mettre au-dessus et à l’abri du mal, parce qu’il n’est pas au-dessus de lui. Désormais il ne glorifie plus Dieu ; il s’exalte lui-même et il est abaissé.

Repos en considérant la gloire infaillible de Dieu

Si Moïse, au lieu d’agir selon la chair, s’était souvenu que ni lui, ni sa gloire n’étaient en question, mais qu’il s’agissait de Dieu (et que de fois il le leur avait dit !) il aurait senti que le peuple ne pouvait toucher à la gloire de Dieu, et cette gloire infaillible l’aurait soutenu. Il n’aurait considéré que cette gloire, qui se maintient toujours elle-même ; en sorte que si seulement nous cherchons à la maintenir, nous pouvons nous reposer sur elle.

Grâce suprême de Dieu, seule capable de surmonter tout le mal du peuple

Mais la foi lui a manqué, et l’entrée du pays lui fut interdite, quand, seule, la perfection de cette gloire pouvait la donner aux hommes. En effet, qu’est-ce qui pouvait assurer le trajet du désert et l’entrée de Canaan à Israël ? La pure grâce toute seule. C’est la hauteur de cette grâce qui surmonte tout, que Moïse n’a pu comprendre, et c’était selon cette grâce, comme nous l’avons vu, que Dieu agissait à Mériba.

Incapacité à la loi, limitée au désert, de donner la vie, sans création nouvelle

Or la loi ne pouvait faire entrer dans la vie ; c’est pourquoi la chair, le monde et la loi, toujours corrélatifs dans les voies de Dieu, appartenaient au trajet du désert, et Moïse y reste. Il pouvait, comme homme de Dieu et prophète, annoncer la grâce qui assurait la bénédiction d’Israël (chap. 33:26-29). Fidèle dans toute sa maison, comme serviteur [(Nomb. 12:7)], il reste en deçà du Jourdain ; preuve, dans ces circonstances touchantes, qu’il faut une création absolument nouvelle pour jouir des promesses de Dieu, qui seules, après tout, peuvent nous amener en sûreté, même au bout de la traversée du désert, selon la grâce infaillible de notre Dieu.

Mort de Moïse, homme bien que serviteur exceptionnel

[34:5] Moïse meurt, [34:6] est enseveli par l’Éternel, et n’est pas employé, comme objet d’une vénération charnelle (lorsque son nom les honorerait selon la chair), par un peuple toujours prêt à tomber dans ce péché, alors que ce même peuple s’opposait constamment à lui quand sa présence selon Dieu contrariait cette chair. Il était un homme honoré de Dieu, qui n’a guère eu son semblable, à l’exception, cela va sans dire, de Celui qui n’eut jamais d’égal. Toutefois Moïse était un homme, et l’homme n’est que vanité !