Aggée

John Nelson Darby

Introduction

Les trois derniers prophètes ont prophétisé après la captivité de Babylone. Dieu a ramené, ainsi que nous l’avons vu dans les livres d’Esdras et de Néhémie, un petit résidu de son peuple, qui a été rétabli à Jérusalem et dans le pays, sans que le trône de Dieu y ait été placé de nouveau, ni la royauté de la famille de David réintégrée dans son autorité primitive. L’empire du chef des gentils avait été, dans un certain sens, jugé comme n’ayant pas répondu à ses devoirs envers Dieu, qui lui avait conféré son autorité. Mais un autre empire suscité parmi les gentils avait remplacé le premier, et, tout en étant favorable aux Juifs, sous la main providentielle de Dieu, qui dispose des cœurs de tous, tenait encore le peuple de Dieu assujetti à son joug, au joug de ceux qui n’étaient pas dans l’alliance de Dieu, mais restaient toujours étrangers à ses promesses. Dieu reconnaissait la puissance de l’empire qu’il avait établi; aussi Israël dépendait de la faveur de ceux qui dominaient sur lui à cause de ses péchés, et devait s’attendre à Dieu pour les rendre favorables, en l’adorant selon ses voies de miséricorde, jusqu’à ce que le Messie vînt, qui serait son rédempteur et son libérateur.

Privé de presque tout, Israël n’était pas privé de la bonté de son Dieu, sur laquelle il devait compter et de laquelle il avait reçu un éclatant témoignage dans le retour du résidu des pays où il avait été captif. Si tout était perdu, la piété et la loi dans son cœur lui restaient, piété qu’il pouvait exercer maintenant de la manière que Dieu avait prescrite (comp. Deut. 30).

Les prophètes Aggée, Zacharie et Malachie nous présentent les encouragements que Dieu donne au peuple pour qu’il soit fidèle dans sa nouvelle position, et le témoignage contre son infidélité qu’exigeaient le déclin de la piété et le manque de tout respect pour l’Éternel, dans lequel le peuple était tombé. Le temple a été nécessairement le centre de cet état imparfait et intermédiaire du peuple. C’était là, si Dieu permettait le rétablissement de leur culte, que les désirs du peuple devaient se concentrer; c’était la forme extérieure que devait prendre la piété du peuple comme tel; c’est ainsi que devait se signaler le retour de son cœur à Dieu. Quelles que fussent les lacunes qui existaient dans le service lévitique restauré, au moins était-ce à la maison de l’Éternel que se rattachait ce qui pouvait se rétablir; c’était là qu’il avait un centre d’exercice.

Or, la foi des Juifs s’est vite affaiblie, et ils ont cessé de bâtir. Il y avait des difficultés, sans doute: ce n’était pas comme dans le temps de Salomon, où tout était à la disposition du roi, dont la puissance dominait sur toutes les contrées voisines; mais Dieu avait montré sa faveur envers son peuple, en disposant le cœur des rois des Perses à le seconder, et Israël aurait dû compter sur cette bonté de Dieu et en chercher les fruits; mais, plein d’incrédulité, il n’a pas tardé à se décourager.

Dieu a châtié son peuple, mais dans le temps convenable; il emploie le moyen duquel sa souveraine grâce s’est servi si souvent dans l’histoire que nous venons d’étudier; il suscite un prophète et même deux, pour ranimer leur courage et pour les engager à se mettre à l’œuvre. Dans les voies de Dieu, deux choses contribuent à décider quel est le temps convenable pour son intervention auprès de son peuple par la bouche d’un prophète, c’est-à-dire les considérations morales et la disposition imprimée par Lui aux événements. Ici, Dieu avait assez châtié le peuple pour que ses voies gouvernementales ressortissent dans ses relations de grâce avec ceux qu’il venait d’établir par le moyen des prophètes, et il avait suscité un prince disposé, si le peuple agissait par la foi, à tenir compte de sa volonté et des décrets de Cyrus.

Ayant ainsi préparé les choses moralement et providentiellement, car il fait contribuer toutes choses à notre bien, il envoie son prophète pour stimuler leur courage et leur foi pour l’accomplissement de ce qui avait toujours été leur devoir. Ils auraient dû toujours s’appuyer directement sur Dieu, et travailler à l’œuvre, à moins d’être empêchés par la force1. Maintenant aussi ils sont appelés à y travailler, en s’appuyant sur Lui, sans connaître les dispositions du roi. Leur confiance a dû être en Dieu lui-même. D’ailleurs, sans cela, il n’y aurait point eu de piété ni de foi dans leurs travaux. L’appui du roi était préparé de la part de Dieu pour le moment où leur foi aurait été manifestée. En effet, la difficulté n’a pas manqué de surgir, mais la foi étant en exercice, ils continuent à bâtir malgré leurs ennemis, étant dirigés dans leur réponse à ceux-ci par la sagesse de Dieu, et le roi y met sa sanction. La difficulté peut être réelle, mais n’est un obstacle qu’à l’incrédulité de nos cœurs, car la foi compte sur Dieu et fait ce qu’il veut; les difficultés sont nulles devant Lui. L’incrédulité a toujours ses excuses et des excuses spécieuses; elles n’ont que ce défaut capital, qu’elles laissent Dieu de côté.

1 C’est ce qui leur est arrivé (Esdras 4:24). Mais il est évident que, par l’effet de l’esprit d’incrédulité qui agissait en eux, ils s’étaient découragés entièrement, de sorte qu’ils n’ont fait aucun effort pour recommencer, disant: le temps n’est pas venu pour bâtir la maison. Le témoignage seul de l’Esprit par le prophète les a réveillés de leur torpeur morale.