Actes des Apôtres

Chapitres 9 à 11:18

Nous avons vu l’opposition acharnée des chefs d’Israël contre le témoignage du Saint Esprit, leur obstination à repousser la grâce patiente de Dieu. Israël rejetait tout le travail du Dieu de grâce en sa faveur. Saul se fait l’apôtre de la haine des Juifs contre les disciples de Jésus, contre les serviteurs de Dieu: non content de les rechercher à Jérusalem, il demande des lettres du souverain sacrificateur pour aller les arrêter dans les villes étrangères. Lorsque Israël est en pleine opposition contre Dieu, Saul est l’ardent missionnaire de sa méchanceté; par ignorance, sans doute, mais l’esclave volontaire de ses préjugés judaïques.

Or, occupé ainsi à poursuivre les disciples du Seigneur, Saul approche de Damas. Là, en pleine carrière d’une volonté non brisée, le Seigneur Jésus l’arrête: une lumière venant du ciel brille autour de Saul, l’enveloppe de sa gloire resplendissante. Tombé par terre, il entend une voix qui lui dit: «Saul, Saul! pourquoi me persécutes-tu?» (vers. 4). La gloire qui l’avait jeté à terre, accompagnée qu’elle était par cette voix, ne laissait aucune incertitude dans l’esprit de Saul à l’égard de la source de la solennelle communication qui lui était faite: elle était revêtue pour lui de l’autorité de Dieu. Sa volonté brisée, son orgueil terrassé, son esprit soumis, il demande: «Qui es-tu Seigneur?» L’autorité de Celui qui parlait ne pouvait être mise en question; son cœur se soumet à cette autorité; or le personnage glorieux d’où elle émanait était Jésus. La carrière de la volonté propre de Saul était terminée pour toujours. De plus, non seulement il faisait la découverte que le Seigneur de gloire qui lui apparaissait était Jésus lui-même, mais que ce Jésus reconnaissait les pauvres disciples que Saul voulait mener prisonniers à Jérusalem, comme étant Lui-même: «Je suis Jésus que tu persécutes».

Que de choses se révélaient dans ce peu de mots! Le Seigneur de gloire déclare que c’est lui qui est le Jésus que Saul persécutait, et que ses disciples étaient un avec lui. Les Juifs étaient en pleine guerre contre le Seigneur lui-même: tout le système qu’ils soutenaient, toute la loi, toute leur autorité officielle, toutes les ordonnances de Dieu, ne les avaient pas empêchés d’être en guerre ouverte contre le Seigneur; Saul lui-même, armé de leur autorité, était occupé à détruire le nom et le peuple du Seigneur de dessus la terre. Terrible découverte qui bouleversait l’âme de Saul de fond en comble, révélation toute puissante dans ses effets, ne laissant pas un élément moral de l’âme de cet homme énergique subsister devant sa force. Modifier ses vues précédentes était inutile; son zèle pour le judaïsme était du zèle contre le Seigneur. Sa conscience n’avait fait qu’alimenter ce zèle. Les autorités établies de Dieu, ces autorités que couvrait l’auréole des siècles et dont la dignité était rehaussée par les malheurs d’Israël qui n’avait plus rien que sa religion, ces autorités n’avaient fait que sanctionner et favoriser les efforts de Saul contre le Seigneur. Ce Jésus qu’elles rejetaient était le Seigneur. Le témoignage qu’elles cherchaient à supprimer était son témoignage. Quel changement pour Saul! Quelle nouvelle position aussi prenait l’œuvre elle-même dans la pensée des apôtres restés à Jérusalem, quand tous étaient dispersés. Les apôtres avaient sans doute été fidèles à Jésus, quelle que fût l’opposition des chefs d’Israël, mais ils étaient, eux-mêmes, en rapport avec la nation.

Mais, en Saul, l’œuvre est plus profonde encore. Il était égaré, sans doute, mais sa conscience elle-même (car «il pensait qu’il fallait faire beaucoup contre le nom de Jésus le Nazaréen») faisait de lui l’ennemi du Seigneur. Une justice sans reproche selon la loi (d’après la mesure de l’homme) le laissait plus qu’endurci, en opposition ouverte contre le Seigneur. Ses supérieurs et les autorités de son ancienne religion, tout ce sur quoi son âme se basait moralement et religieusement, tout cela était à jamais mis en pièces dans son âme. L’homme tout entier était brisé devant Dieu. Rien ne restait en lui, que la découverte de son inimitié contre Dieu et sa propre volonté brisée — en lui qui, une heure auparavant, était l’homme religieux, consciencieux, sans reproche! Comparez (bien que la révélation de Christ l’ait conduit ensuite beaucoup plus loin) des passages tels que Gal. 2:20; Phil. 3; 2 Cor. 1:9; 4:10; et une multitude d’autres.

D’autres points importants sont mis en évidence ici. Saul n’avait pas connu Jésus sur la terre: il n’avait pas, comme les douze, à rendre témoignage parce qu’il avait connu le Seigneur depuis le commencement, en annonçant qu’il était fait Seigneur et Christ. Le Jésus qu’il connaît n’est pas un Jésus qui monte dans le ciel où on ne le voit plus: le Seigneur lui apparaît pour la première fois dans le ciel; et comme Seigneur de gloire, il lui déclare qu’il est le Jésus qu’il persécutait. Un Seigneur glorieux est le seul que Paul connaisse; son Évangile, comme il s’exprime, est l’Évangile de la gloire; s’il avait connu le Christ, selon la chair, il ne le connaît plus ainsi.

Mais un autre principe important se trouve encore ici. Le Seigneur de gloire a ses membres sur la terre; il dit à Saul: «Je suis Jésus que tu persécutes» (vers. 5). Les chrétiens faisaient partie de lui-même, ses pauvres disciples étaient chair de sa chair, os de ses os; il les considérait et les chérissait comme sa propre chair. La gloire et l’unité des saints avec Jésus, leur chef dans le ciel, telles sont les vérités qui se rattachent à la conversion de Saul, à la révélation de Jésus à son âme, à la création de la foi dans cet ennemi avoué du christianisme. Cette création s’est opérée aussi d’une manière qui renversait le judaïsme de fond en comble et dans toute sa portée, pour l’âme de Saul, pour cette âme de l’existence de laquelle le judaïsme faisait partie intégrante, en caractérisant cette existence tout entière. Nous empruntons à un récit subséquent de cette vision (26:17), un autre point remarquable par ses rapports avec la carrière de Paul. Le Seigneur lui dit: «Te retirant du milieu du peuple et des nations, vers lesquelles, moi, je t’envoie». La fin morale de Saul le séparait de l’un et des autres; des Juifs à coup sûr, mais elle ne faisait pas non plus de lui un Gentil, car il était uni avec un Christ glorifié. Il n’était ni Juif, ni Gentil, quant à sa position spirituelle. Toute sa vie, tout son ministère découlaient de son association avec un Christ céleste et glorifié.

Cependant Saul entre dans l’Assemblée par des moyens ordinaires — comme Jésus en Israël — prenant sa place humblement là où la vérité de Dieu se trouvait établie par sa puissance. Aveugle pendant trois jours, et préoccupé, naturellement, d’une découverte telle que celle qu’il venait de faire, Saul ne mange, ni ne boit; ensuite, outre le fait que sa cécité lui fournissait une preuve continuelle et sans équivoque de la vérité de cet événement, sa foi a dû être confirmée par l’arrivée d’Ananias qui, sans être sorti de la ville, peut lui déclarer de la part du Seigneur ce qui lui était arrivé; circonstance d’autant plus frappante que Saul l’avait vu venir dans une vision lui rendre la vue. Ananias, en effet, vient et lui fait recouvrer la vue. Saul voit et il est baptisé (vers. 18); il prend de la nourriture, et il est fortifié. L’entretien de Jésus avec Ananias est remarquable comme montrant avec quelle évidence le Seigneur se révélait dans ces jours-là, et la sainte liberté et la confiance avec lesquelles le fidèle disciple s’entretenait avec lui. Le Seigneur lui parle comme un homme avec son ami, lui donnant des détails de lieu et de circonstances; Ananias raisonne avec le Seigneur ouvertement et en toute confiance au sujet de Saul, et Jésus lui répond, non pas avec une autorité sévère, quoique Ananias eût à obéir, mais par des explications pleines de grâce, en faisant de lui son confident et en lui déclarant que ce Saul était un vase d’élection, pour porter son nom devant les nations, les rois, et les enfants d’Israël, et qu’il lui montrerait combien il aurait à souffrir pour son nom.

Saul ne tarde pas à confesser et à annoncer sa foi, et ce qu’il dit est éminemment digne de remarque. Il prêche dans les synagogues que Jésus est le fils de Dieu. C’est la première fois que Christ a été ainsi annoncé. Il avait déjà été annoncé comme élevé à la droite de Dieu, Seigneur et Christ; le Messie rejeté était exalté en haut. Mais ici la simple doctrine quant à la gloire personnelle du Sauveur est présentée: Jésus était le fils de Dieu!

Remarquez aussi ici que dans les paroles de Jésus à Ananias, les enfants d’Israël viennent les derniers.

Saul ne commence pas encore son ministère public: sa prédication n’est pour ainsi dire que l’expression de sa fidélité personnelle, de son zèle, de sa foi au milieu de ceux avec lesquels il était naturellement lié. L’opposition ne tarde pas à se manifester dans la nation qui ne voulait pas avoir un Christ selon Dieu, et les disciples descendent Saul le long du mur dans un panier. Par l’intervention de Barnabas, homme de bien et plein du Saint Esprit et de foi, chez qui la grâce avait fait valoir la vérité quant au nouveau disciple, le redoutable Saul trouve sa place parmi les frères à Jérusalem même (vers. 23-29)1. Merveilleux triomphe du Seigneur! Singulière position que celle de Saul dans cette ville, s’il n’eût pas été absorbé par la pensée de Jésus lui-même. À Jérusalem il raisonne avec les Hellénistes; il en était un lui-même; les Hébreux ne sont pas sa sphère naturelle; ils veulent tuer le nouveau converti qui est mené par les disciples à Césarée, vers la mer, et envoyé, de là, à Tarse, sa ville natale. Le triomphe de la grâce a, sous la main de Dieu, réduit l’Adversaire au silence. Les assemblées sont laissées en paix; elles s’édifient, marchant dans la crainte de Dieu et dans la consolation du Saint Esprit, les deux grands éléments de la bénédiction, et elles augmentent en nombre. Les persécutions accomplissent les intentions de Dieu: la paix qu’Il accorde donne aux siens l’occasion de mûrir dans Sa connaissance et dans la grâce (vers. 31). Nous apprenons à connaître les voies et le gouvernement de Dieu au milieu de l’imperfection de l’homme.

1 Cela eut lieu plus tard, semble-t-il, mais est mentionné ici afin d’assigner à Saul, pour ainsi dire, sa place parmi les chrétiens.

La paix étant établie par la bonté de Dieu — seule ressource de ceux qui s’attendent vraiment à Lui, dans la soumission à sa volonté — Pierre parcourt tout le pays d’Israël. L’Esprit de Dieu nous raconte cette circonstance ici, entre l’appel de Saul et son travail d’apôtre, pour nous faire voir, je n’en doute pas, l’énergie apostolique en Pierre, subsistant lors même que l’appel de Saul devait introduire de nouvelles lumières et une œuvre nouvelle sous de très importants rapports. Le Saint Esprit met ainsi son sceau sur l’œuvre qui s’était faite auparavant, comme étant son œuvre à lui, quelque progrès que fît l’accomplissement de ses conseils. Il montre, en même temps, l’introduction des Gentils dans l’Assemblée, telle qu’elle avait été fondée par la grâce au commencement, conservant ainsi l’unité, et mettant son sceau sur une œuvre que la grâce céleste avait accomplie.

L’Église existait. La doctrine de son unité comme corps de Christ en dehors du monde, n’était pas encore mise en évidence. La réception de Corneille n’annonçait pas cette unité, mais elle frayait le chemin à sa manifestation.

La puissance non diminuée de Pierre, son autorité apostolique au milieu des fidèles, l’entrée de Corneille dans la maison spirituelle de Dieu en rapport avec le ministère de cet apôtre, et cela après l’appel de Saul, qui ouvrait une autre perspective, en un mot, l’ensemble des faits racontés ici confirme ce qui avait été fait précédemment. L’œuvre déjà accomplie n’était nullement mise de côté pour faire place à une autre. La vision de Pierre ne révèle cependant pas l’Église comme corps de Christ, ni l’admission de Corneille non plus, je le répète. Ces deux faits montrent qu’en toute nation celui qui craint Dieu lui est agréable; c’est-à-dire, que la faveur de Dieu n’était pas limitée aux seuls Juifs, et qu’il n’était pas nécessaire de devenir Juif pour participer au salut en Christ. L’unité du corps, attaché à son Chef dans le ciel, ne ressortait pas du fait de l’admission des Gentils pieux au nombre des sauvés; mais ce fait préparait le chemin pour la promulgation de cette vérité, puisque, de fait, le Gentil, sans devenir Juif, était admis au milieu des héritiers du royaume sur la terre. Le fait qui forme le fondement de l’existence de l’Église sur la terre se réalisait individuellement, quoique la vérité même de l’unité du corps ne fût pas enseignée. La repentance pour la vie éternelle était accordée aux Gentils comme tels. Le Saint Esprit, sceau de la bénédiction chrétienne parmi les Juifs, fruit de la rédemption accomplie par Jésus, était donné aux Gentils comme aux Juifs. Les fidèles de cette nation s’en étonnaient peut-être, mais il n’y avait pas lieu de résister à Dieu: ils pouvaient, par grâce, bénir Dieu du don accordé souverainement aux Gentils.

Depuis le chap. 9:32 au chap. 11:18, nous trouvons donc la puissance de l’Esprit de Dieu avec Pierre au milieu d’Israël, et l’admission des Gentils dans l’Assemblée terrestre, sans que ceux-ci devinssent Juifs ou se soumissent à l’ancien ordre de choses qui s’en allait: le sceau de l’Esprit est mis sur eux, et les chefs de l’assemblée qui était à Jérusalem et les plus ardents des circoncis acceptent le fait comme étant la volonté de Dieu, et s’y soumettent en louant son nom malgré leurs préjugés. La porte est donc ouverte aux Gentils, c’était un pas immense. La doctrine précieuse de l’Église restait encore à mettre en évidence.

Pierre avait annoncé l’appel des Gentils dans son premier discours; mais réaliser cet appel et en formuler les conditions en rapport avec ce qui existait historiquement, c’est ce qui exigeait l’intervention, l’autorité et la révélation de Dieu. Le progrès qui s’est fait dans le développement de la vérité par la patiente grâce de Dieu est évident; car, certes, ce n’est pas la sagesse de l’homme qui a été la source de ce développement. Toute juive au commencement, l’œuvre qui s’est faite à Jérusalem était accompagnée de la déclaration faite au peuple juif que, s’il se repentait, Jésus reviendrait. Ce témoignage de grâce est rejeté et les prémices de l’Église, dans la personne de l’un de ceux qui le portait, entrent dans le ciel. L’Esprit, dans sa liberté souveraine, agit en Samarie et parmi les prosélytes. L’Assemblée étant dispersée par la persécution, Saul est appelé par la révélation d’un Christ glorieux, et par un témoignage de la propre bouche de Jésus, témoignage qui implique l’union des saints sur la terre avec lui, leur Chef, dans le ciel, comme un seul corps. Ensuite un Gentil pieux et déjà converti par la grâce, mais encore Gentil, reçoit la foi en Christ et l’Esprit; en sorte que l’apôtre et les disciples les plus attachés au judaïsme, le reconnaissent comme désigné par le témoignage de Dieu lui-même, par la descente du Saint Esprit sur lui comme sceau de sa foi: Pierre reçoit le nouveau disciple par le baptême, les autres, en acceptant l’acte de Pierre.

Remarquons ici que le salut n’est pas seulement le fait d’être vivifié et d’être pieux, mais la délivrance complète, que Dieu, pour nous présenter en justice devant sa face, accorde à celui qui a déjà la vie par l’opération divine. Corneille était pieux et conséquent dans sa piété, mais il entend parler d’une œuvre accomplie en sa faveur, par laquelle il peut être, et comme nous le savons, était sauvé. Enfin, le sceau de l’Esprit placé sur la foi en Jésus1, voilà le témoignage sur lequel on reconnaît ceux que Dieu accepte; c’est-à-dire, en voilà la pleine évidence pour l’homme.

1 Si nous examinons soigneusement les affirmations et les faits de l’Écriture, nous trouverons, je n’en doute pas, quant au détail, que ce qui est scellé, c’est la foi dans l’œuvre de Jésus pour la rémission des péchés.