1 Thessaloniciens

Chapitre 1er

Il n’y a que ces deux épîtres qui parlent d’une assemblée comme étant «en Dieu le Père», c’est-à-dire établie en relation avec Dieu dans ce caractère, ayant son existence morale, sa raison d’être, dans cette relation. La vie de l’assemblée se développait dans la communion qui découlait de cette relation; l’esprit d’adoption caractérisait l’assemblée; les Thessaloniciens connaissaient le Père avec l’affection de petits enfants. De même Jean dit, quand il parle des petits enfants en Christ: «Je vous écris... parce que vous connaissez le Père». Connaître Dieu de cette manière, c’est la première introduction dans la position de liberté où Christ nous a placés, de liberté devant Dieu et dans sa communion. Précieuse position que d’être comme enfants avec Celui qui sait aimer comme Père et de jouir de la liberté et de l’affection tendre de cette relation, selon la perfection divine! Nous n’avons pas ici l’adaptation de l’expérience humaine de Christ aux mêmes besoins, au milieu desquels il a Lui-même fait cette expérience: toute précieuse que soit cette grâce, nous avons ici notre introduction dans la jouissance sans mélange de la lumière et des affections divines, déployées dans le caractère de Père; une communion tendre et confiante, mais pure, avec Celui dont l’amour est la source de toute bénédiction. Je ne doute pas que, les Thessaloniciens étant tout récemment sortis du paganisme, l’apôtre ne parle de leur connaissance du seul vrai Dieu, le Père, en contraste avec leurs idoles.

L’apôtre, en déclarant aux chrétiens de Thessalonique (ainsi qu’il le faisait habituellement) ce qu’il sentait à leur égard, sous quel aspect ils se présentaient à ses affections et à sa pensée, ne parle ni de dons, comme aux Corinthiens, ni des grands traits d’une exaltation qui embrassait le Seigneur et tous les saints, comme aux Éphésiens et même aux Colossiens, avec l’addition de ce que l’état de ces chrétiens demandait; il ne parle pas non plus de l’affection fraternelle et de la communion d’amour dont les Philippiens avaient fait preuve dans leurs rapports avec lui; ni d’une foi qui existait sans qu’il eût lui-même travaillé pour la produire, et dans la communion de laquelle il espérait se retremper, en y ajoutant ce que ses riches dons le rendaient capable de leur communiquer, comme il l’écrit aux Romains qu’il n’avait pas encore vus.

L’épître aux Thessaloniciens nous présente la vie même du chrétien dans son premier jet, dans ses qualités intrinsèques, telles qu’elles se déployaient par l’énergie du Saint Esprit sur la terre — la vie de Dieu ici-bas, dans les saints dont l’apôtre se souvenait avec tant de satisfaction et de joie dans ses prières. Trois grands principes, dit-il aux Corinthiens (1 Cor. 13), forment la base de cette vie, et en restent toujours le fondement: la foi, l’espérance et l’amour. Or ces trois choses formaient les mobiles puissants et divins de la vie des Thessaloniciens. Cette vie n’était pas seulement une habitude; elle découlait, dans son activité, de la communion immédiate avec sa propre source. Cette activité était vivifiée et entretenue par la vie divine, et par un regard continuel sur l’objet de la foi. Paul trouvait chez les Thessaloniciens, œuvre, et travail, et patience; ces choses se rencontraient aussi dans l’assemblée d’Éphèse, telle que nous la voyons dans l’Apocalypse; mais l’œuvre des Thessaloniciens était une œuvre de foi; leur travail était le fruit de l’amour; leur patience, une patience nourrie par l’espérance. La foi, l’espérance et l’amour sont, nous l’avons vu, les ressorts du christianisme dans ce monde; dans l’Apocalypse, l’œuvre, le travail, la patience continuaient à Éphèse, mais n’étaient plus caractérisés par ces grands et puissants principes; ils continuaient comme des habitudes prises, mais la communion manquait; le premier amour avait été abandonné.

La première épître aux Thessaloniciens est l’expression pratique de la puissance vitale qui se déploie dans l’Assemblée naissante; l’assemblée d’Éphèse (Apoc. 2), celle de son premier écart de cet état.

Dieu veuille que notre œuvre soit une œuvre de foi; qu’elle tire sa force, son existence même de notre communion avec Dieu notre Père; que ce travail soit, à chaque moment, le fruit de la réalisation de ce qui ne se voit pas, de la vie qui vit dans l’assurance immuable de la vérité de la Parole; qu’il porte ainsi l’empreinte de la grâce et de la vérité qui sont venues par Jésus Christ et en soit le témoignage.

Dieu veuille que le travail dans notre service soit le fruit de l’amour; qu’il ne soit pas accompli comme devoir et obligation, bien que, de fait, cet accomplissement soit un devoir si nous savons que ce service est placé devant nous par Dieu.

Que la patience qu’il faut avoir pour traverser ce désert soit, non la nécessité où nous nous trouvons de marcher, parce que le chemin est devant nous, mais une patience nourrie par l’espérance, qui se rattache à notre vue de Jésus par la foi, et qui attend le Sauveur du ciel.

Ces principes: la foi, l’espérance et l’amour, forment notre caractère comme chrétiens1; mais ce caractère ne saurait, ni ne devrait se former en nous, sans avoir des objets: en conséquence l’Esprit nous présente ici ces objets. Ils ont un double caractère: 1° le cœur s’appuie par la foi sur Jésus, l’attend, compte sur Lui; se rattache à Lui dans sa marche. Jésus a marché ici-bas; il nous représente dans le ciel; il nous soigne, comme le bon Berger; il aime les siens, il les nourrit et les chérit: notre foi et notre espérance l’ont toujours en vue. 2° La conscience se tient devant Dieu notre Père: ce n’est pas un esprit de crainte; il n’y a aucune incertitude quant à notre relation avec Lui; nous sommes les enfants d’un Père qui nous aime parfaitement; mais nous sommes devant Dieu. Sa lumière a autorité et force dans la conscience; nous marchons dans la conscience que les yeux de Dieu sont sur nous, en amour, mais sur nous, et la lumière manifeste tout. Elle juge tout ce qui pourrait affaiblir la douce et paisible réalisation de la présence de Dieu, notre communion avec Jésus, notre confiance en Lui, et l’intimité des entretiens de nos âmes avec le Sauveur. Ces deux principes sont de toute importance pour la paix durable et pour le progrès de nos âmes. S’ils font défaut, l’âme languit; l’un des deux soutient la confiance; l’autre nous tient dans la lumière avec une bonne conscience. Sans celle-ci, la foi, pour ne pas dire davantage, perd sa vivacité; sans la confiance en Jésus, la conscience devient légale, et la force, la clarté, l’entrain spirituels nous manquent.

1 On les retrouve dans les écrits de Paul plus souvent qu’on ne pense; par exemple en 1 Thessaloniciens 5:8 et en Colossiens 1:4, 5. En 2 Thessaloniciens 1:3, la foi et l’amour sont mentionnés, mais l’apôtre doit mettre ces chrétiens au clair quant à l’espérance.

L’apôtre rappelle aussi le moyen employé par Dieu pour produire la confiance et la crainte de Dieu, savoir l’Évangile, la Parole, apportée en puissance et en pleine certitude à l’âme par le Saint Esprit. La Parole avait de la puissance dans le cœur des croyants à Thessalonique. Elle y arrivait comme la Parole de Dieu; l’Esprit Lui-même se révélait à l’âme en produisant en elle la conscience de sa présence, et la conséquence en était la pleine assurance de la vérité dans toute sa force, dans toute sa réalité. La vie de l’apôtre, toute sa conduite, confirmait le témoignage qu’il rendait, et en faisait partie. Aussi (et il en est toujours ainsi), le fruit du travail de Paul répondait-il dans son caractère à celui qui avait travaillé; le christianisme des Thessaloniciens ressemblait à celui de Paul. Il était comme la marche du Sauveur Lui-même que l’apôtre suivait de si près. Il y avait «de grandes tribulations»; car l’Ennemi ne supportait pas un témoignage si clair, et Dieu accordait cette grâce a un témoignage comme celui-là, «avec la joie de l’Esprit Saint».

Heureux témoignage à la puissance de l’Esprit opérant dans le cœur! Or, quand il en est ainsi, tout est témoignage aux autres. Le monde voit qu’il y a chez les chrétiens une puissance qu’il ne connaît pas, des motifs dont il ne fait pas l’expérience, une joie dont il peut se moquer mais qu’il n’a pas; une conduite qui le frappe et qu’il admire, quoiqu’il ne la suive pas, une patience qui rend évidente l’impuissance de l’Ennemi pour lutter contre une force qui supporte tout, et qui est joyeuse en dépit de tout ce qu’il peut faire. Que faire de ceux qui se laissent tuer sans en être moins joyeux, qui le sont même davantage; qui sont au-dessus de tous vos motifs quand on les laisse tranquilles, et qui, quand vous les opprimez, possèdent leurs âmes en parfaite joie, malgré tous vos efforts; les tourments ne les vainquant pas, mais leur prêtant seulement l’occasion de rendre un plus puissant témoignage qu’ils sont hors de votre pouvoir? Une vie passée dans la paix est tout entière un témoignage; et la mort de quelqu’un qui est heureux dans les souffrances l’est encore davantage. Tel est le chrétien, là où le christianisme existe dans sa vraie force, dans son état normal selon Dieu; c’est-à-dire, la Parole (de l’Évangile) et la présence de l’Esprit, reproduites dans la vie, au milieu d’un monde aliéné de Dieu.

Tels étaient les Thessaloniciens; et le monde, malgré lui, devenait un témoin de plus pour annoncer la puissance de l’Évangile. Ils étaient des exemples pour les croyants d’autres endroits, et ils faisaient le sujet des entretiens et des récits du monde, qui ne se lassait pas de raconter ce phénomène si nouveau, si étrange, de gens qui avaient abandonné tout ce qui gouvernait le cœur humain, tout ce à quoi ce cœur était assujetti, et qui adoraient un seul Dieu vivant et vrai. La conscience naturelle rendait témoignage à l’unique Dieu des chrétiens. Les dieux des païens étaient les dieux des passions, non de la conscience. Et ceci donnait une réalité vivante, une actualité à la position de ces chrétiens et à leur religion. Ils attendaient le Fils de Dieu du ciel.

Heureux certes sont les chrétiens qui, par leur marche et par toute leur conduite, poussent le monde même à rendre témoignage à la vérité; qui sont si clairs dans leur confession, si conséquents dans leur vie, qu’un apôtre n’avait pas besoin de dire ce qu’il avait prêché au milieu d’eux, ni ce qu’il avait été parmi eux: le monde le disait pour lui et pour eux!

 

Quelques mots sur le témoignage même, qui, tout simple qu’il soit, a une grande importance, et renferme des principes d’une grande profondeur morale. Il forme la base de toute la vie, et de toutes les affections chrétiennes aussi, qui se déploient dans l’épître. Outre ce développement, notre épître ne contient qu’une révélation spéciale des circonstances de la venue de Jésus, pour appeler les siens auprès de Lui, et de l’ordre de ces circonstances, ainsi que de la différence de cet événement d’avec le jour du Seigneur pour juger le monde, bien que ce jour fasse suite à sa venue pour nous prendre à Lui.

Ce que l’apôtre signale comme le témoignage que la marche fidèle des Thessaloniciens rendait au monde renferme trois sujets principaux: 1° Les Thessaloniciens avaient quitté leurs idoles pour servir le Dieu vivant et vrai; 2° pour attendre du ciel son Fils, qu’il avait ressuscité d’entre les morts; 3° le Fils était un garant contre la colère qui allait être révélée.

Un simple fait — mais d’une immense portée — caractérise le christianisme. Le christianisme nous révèle un objet positif, et cet objet n’est rien moins que Dieu Lui-même. La nature humaine peut découvrir la folie de ce qui est faux: on se moque des faux dieux et des images taillées, mais on ne se dépasse pas soi-même, on ne se révèle rien. Un des plus fameux hommes de l’Antiquité se complaît à nous dire que tout irait bien si les hommes suivaient la nature: il est clair qu’ils ne sauraient la dépasser; et, de fait, ce philosophe aurait raison si l’homme n’était pas en chute. Mais exiger de l’homme qu’il suive la nature est une preuve qu’il est en chute, et qu’il est tombé au-dessous de l’état normal de cette nature. Il ne la suit pas dans une marche qui convienne à son état normal. Tout est en désordre; la volonté emporte l’homme et agit dans ses passions. L’homme a abandonné Dieu et a perdu la force et le centre d’attraction qui le retenait lui-même à sa place, et tout a sa place dans la nature. Il ne peut recouvrer son état normal. Il ne peut se diriger; car loin de Dieu, il n’y a que la volonté propre qui conduise l’homme. Il y a des objets nombreux, qui fournissent l’occasion à l’action des passions et de la volonté, mais il n’y a pas d’objet qui, comme centre, donne à l’homme une position morale régulière, constante et durable, en relation avec cet objet, de sorte que son caractère en porte l’empreinte et soit formé moralement selon la valeur de cet objet. L’homme doit, ou avoir un centre moral capable de le former comme être moral, en l’attirant vers ce centre, et en remplissant ses affections, de sorte qu’il soit le reflet de cet objet; ou bien, agir par sa volonté; et, dans ce cas, il est le jouet de ses passions; ou bien encore, ce qui est la conséquence de ce dernier état, il est l’esclave d’un objet quelconque qui a pris possession de cette volonté. Une créature qui est un être moral ne saurait subsister sans un objet: se suffire à soi-même est le propre de Dieu.

La paix qui subsistait dans l’inconscience du bien et du mal est perdue; l’homme ne marche plus comme un être qui dans ses pensées n’a rien qui soit étranger à son état normal, et a ce qu’il possédait dans cet état; qui n’a pas une volonté propre, ou, ce qui revient au même, qui a une volonté qui ne veut rien en dehors de ce qu’elle possède. L’homme n’est pas un être qui jouit avec reconnaissance de ce qui est déjà approprié à sa nature, et en particulier d’un être semblable à lui, d’un aide qui a la même nature que lui et qui répond à son cœur, bénissant Dieu de tout.

L’homme veut maintenant; et tandis qu’il a perdu ce qui faisait la sphère de sa jouissance, il y a en lui une activité qui cherche, qui est devenue incapable de se contenter sans viser plus loin, qui déjà, par cette volonté, s’est lancée dans une sphère qu’elle ne remplit pas, où l’intelligence lui manque pour tout saisir, et où la force lui fait défaut pour réaliser même ce que la volonté saisit. L’homme, et tout ce qui lui a appartenu, ne suffit plus à l’homme comme jouissance: il lui faut encore un objet. Cet objet sera au-dessus ou au-dessous de l’homme. S’il est au-dessous, l’homme se dégrade en prenant pour objet ce qui est au-dessous de lui-même: et c’est bien ce qui est arrivé. L’homme ne vit plus même selon la nature; le philosophe dont j’ai parlé en est témoin: son état est celui que l’apôtre dépeint au commencement de l’épître aux Romains, avec toutes les horreurs de la simple vérité. Si l’objet de la poursuite de l’homme est au-dessus de lui et au-dessous de Dieu, il n’y a rien là encore qui gouverne sa nature, rien qui le mette moralement à sa place. Un être bon ne saurait permettre que l’homme fasse de lui l’objet de son hommage, pour en exclure Dieu. Si un être mauvais y réussit, il devient pour l’homme un dieu, qui exclut le vrai Dieu, et dégrade l’homme dans ses relations les plus élevées; ce qui est la pire des dégradations. C’est là aussi ce qui est arrivé à l’homme. Et puisque ces êtres ne sont que des créatures, ils ne sauraient gouverner l’homme que par ce qui existe et par ce qui agit sur lui: en d’autres mots, ils sont les dieux de ses passions; ils dégradent l’idée de la divinité; ils dégradent la vie pratique de l’humanité; et cette vie devient un esclavage à des passions qui ne sont jamais satisfaites et qui inventent le mal, quand l’excès, dans ce qui est naturel, les a blasés et les a laissés sans ressource. Tel était de fait l’état de l’homme dans le paganisme.

L’homme, et par-dessus tout l’homme ayant la connaissance du bien et du mal, doit avoir Dieu pour objet, un objet duquel son cœur peut s’occuper avec joie, et sur lequel ses affections peuvent s’exercer; sinon il est perdu. L’Évangile, le christianisme a donné à l’homme cet objet. Dieu qui remplit tout, qui est la source de tout, en qui toute bénédiction, tout ce qui est bon, se concentre, Dieu, qui est tout amour, qui a toute-puissance, qui embrasse tout dans sa connaissance, parce que tout, sauf l’abandon de Lui-même, n’est que le fruit de Sa pensée et de Sa volonté — Dieu s’est révélé en Christ à l’homme, pour que le cœur de celui-ci, occupé de Lui, avec une parfaite confiance dans sa bonté, le connaisse et jouisse de sa présence, et reflète son caractère.

Le péché et la misère de l’homme n’ont fait que fournir l’occasion à un déploiement infiniment plus complet de ce que Dieu est, et des perfections de sa nature, en amour, en sagesse, et en puissance; mais nous ne considérons ici que le fait qu’il s’est donné à l’homme comme objet. Toutefois, quoique la misère de l’homme n’ait fait que donner lieu à une révélation bien plus admirable de Dieu, Dieu Lui-même a dû avoir un objet digne de Lui, qui fût le but de ses desseins, et à l’égard duquel il pût déployer toutes ses affections: cet objet, c’est la gloire de son Fils, c’est son Fils lui-même. Un être d’une nature inférieure n’aurait pu être cet objet, bien que Dieu puisse se glorifier dans sa grâce envers un tel être. L’objet des affections, et les affections qui s’exercent à l’égard de cet objet, sont nécessairement corrélatifs. Ainsi Dieu a déployé sa grâce souveraine et immense à l’égard de ce qui était le plus misérable et le plus indigne, le plus nécessiteux: il a déployé toute la majesté de son Être, toute l’excellence de sa nature, en rapport avec un objet en qui il pouvait trouver toutes ses délices, et montrer ce qu’il est dans la gloire de sa nature. Mais c’est comme homme (merveilleuse vérité des conseils éternels de Dieu!) que cet objet des délices de Dieu le Père a pris sa place dans cette glorieuse révélation par laquelle Dieu se fait connaître à ses créatures. Dieu avait ordonné et préparé l’homme pour cela. Ainsi, le cœur instruit par l’Esprit connaît Dieu révélé dans cette grâce immense, dans l’amour qui descend du trône de Dieu jusqu’à la ruine et à la misère du pécheur; il se trouve, en Christ, dans la connaissance et la jouissance de l’amour que Dieu a pour l’objet de ses éternelles délices, objet digne aussi de faire les délices de Dieu; il jouit des communications par lesquelles Dieu le témoigne (Jean 17:7 et 8) et enfin, il a part à la gloire qui en est la démonstration publique devant l’univers. Cette dernière partie de notre ineffable bonheur est le sujet des communications de Christ dans la dernière partie de l’évangile de Jean (chap. 14:16, et tout particulièrement chap. 17)1.

1 Comparer Proverbes 8:30, 31, avec Luc 2:14: «bon plaisir dans les hommes». Il est beau de voir les anges célébrer ce bon plaisir sans jalousie. L’amour qui descend en grâce est grand en proportion de la misère et de l’indignité de son objet; celui qui s’élève en haut est l’affection de l’âme en proportion de la dignité de l’objet: on voit les deux en Christ, Éphésiens 5:2. Dans tous les deux, en Christ le moi est entièrement mis de côté. Il s’est donné Lui-même, il n’a point cherché son propre intérêt. La loi prend le moi comme mesure à l’égard de mon prochain et place mon prochain sur le même pied que moi. L’amour n’y regarde jamais de haut en bas.

Du moment que le pécheur est converti et croit à l’Évangile — et (pour tout dire quant à son état) est aussi scellé du Saint Esprit, maintenant que le Seigneur a opéré la rédemption — il est introduit, quant au principe de sa vie, dans cette position et dans les relations avec Dieu dont nous venons de parler. Il n’est peut-être qu’un enfant; mais le Père qu’il connaît, l’amour dans lequel il est entré, le Sauveur sur lequel il ouvre les yeux, sont les mêmes dont il jouira, quand il connaîtra comme il est connu. Il est chrétien; il s’est tourné des idoles vers Dieu, et pour attendre des cieux son Fils.

On remarquera qu’il n’est pas question ici de la puissance qui convertit, ni de la source de la vie: d’autres passages en parlent clairement; ce qui est présenté, c’est le caractère de la vie, dans sa manifestation. Or, ce caractère dépend des objets de notre vie. La vie s’exerce, se déploie, en rapport avec des objets, et acquiert ainsi son caractère. La source d’où elle découle la rend capable de jouir des objets qui lui sont présentés, mais une vie intrinsèque, qui n’a pas d’objet dont elle dépende, n’est pas la vie d’une créature. Vivre d’une telle vie est la prérogative de Dieu. Ceci montre la folie de ceux qui veulent une vie subjective, comme on dit, sans qu’elle ait en même temps un caractère positivement objectif, car son état subjectif dépend de l’objet dont elle s’occupe. C’est le propre de Dieu d’être la source de ses propres pensées, sans objet qui les forme; c’est le propre de Dieu d’être et de se suffire à Lui-même, parce qu’il est la perfection, et le centre et la source de tout; et de se créer d’autres objets, s’il veut en avoir d’autres que Lui-même. En un mot, tout en recevant de Dieu une vie qui est capable de jouir de Lui, le caractère moral de l’homme ne se forme pas en soi, sans un objet qui lui communique son caractère.

Or, Dieu s’est donné à nous comme objet, et s’est révélé en Christ. Si nous nous occupons de Dieu en Lui-même, en supposant pour un moment qu’il se soit révélé ainsi, le sujet est trop vaste pour nous. Dieu connu ainsi, c’est une joie infinie; mais dans ce qui est purement infini, il manque quelque chose pour une créature, quoique sa prérogative la plus élevée soit de jouir de ce qui est infini. D’un côté, c’est une nécessité pour l’homme, pour qu’il soit à sa place, et que Dieu ait la sienne vis-à-vis de lui, et d’un autre côté aussi, c’est ce qui l’élève d’une manière si admirable. Il faut qu’il en soit ainsi; et cette jouissance nous est donnée, et donnée dans une intimité précieuse; car nous sommes enfants, et nous demeurons en Dieu, et Dieu en nous. Mais dans l’infini absolu, il y a un certain poids pour le cœur: ce sentiment de Dieu seul nous oppresse. L’Écriture parle de: «en mesure surabondante, un poids1 éternel de gloire». Il faut qu’il en soit nécessairement ainsi: la majesté de Dieu doit être maintenue quand nous pensons à Lui comme Dieu, et son autorité sur la conscience doit se faire sentir. Le cœur, Dieu l’a formé ainsi, a besoin d’un objet qui ne rabaisse pas ses affections, mais qui ait le caractère de compagnon et d’ami, au moins de quelqu’un duquel le cœur puisse s’approcher comme ayant ce caractère.

1 Poids et gloire sont un même mot en hébreu: Cabod.

C’est là ce que nous possédons en Christ, notre précieux Sauveur. Il est un objet tout près de nous; il n’a pas honte de nous appeler frères; il nous a appelés amis; tout ce qu’il a entendu de son Père, il nous l’a communiqué. Est-il donc Lui un moyen de détourner nos regards de Dieu? Au contraire, c’est en Christ que Dieu est manifesté, en Lui que les anges mêmes le voient: c’est Lui qui, étant dans le sein du Père, nous révèle son Dieu et Père, dans cette douce relation et comme il le connaît Lui-même; et non seulement cela, mais il est dans le Père et le Père en Lui, de sorte que celui qui l’a vu a vu le Père. Il nous révèle Dieu, au lieu de nous détourner de Lui. En grâce, il l’a déjà révélé; nous attendons la révélation de la gloire en Lui. Déjà sur la terre aussi, du moment qu’il est né, les anges ont célébré le bon plaisir de Dieu dans les hommes, car l’objet de ses éternelles délices était devenu homme; et maintenant il a accompli l’œuvre qui rend possible l’introduction d’autres hommes — de pécheurs — dans la jouissance avec Lui-même de cette faveur de Dieu. Autrefois ennemis, «nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils».

C’est ainsi que Dieu nous a réconciliés avec Lui-même. Connaissant Dieu ainsi par la foi, nous nous tournons des idoles pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour attendre des cieux son Fils. Le Dieu vivant et vrai est l’objet de notre joyeux service. Son Fils que nous connaissons, qui nous connaît, qui veut que nous soyons là où il est, qui nous a identifiés avec sa propre gloire, et sa gloire avec nous, Lui, homme glorieux pour toujours, et premier-né d’entre plusieurs frères, est l’objet de notre attente. Nous l’attendons du ciel, car là, dans le ciel, sont nos espérances et le siège de notre joie.

Nous possédons l’infini d’un Dieu d’amour, et l’intimité et la gloire de Celui qui a pris part à toutes nos infirmités, et qui, sans péché, a porté tous nos péchés. Quelle part que la nôtre!

Mais il y a un autre côté de la vérité. Les créatures sont responsables, et Dieu, quels que soient son amour et sa patience, ne peut pas permettre le mal ou le mépris de son autorité. S’il les tolérait, tout serait confusion et misère; Dieu Lui-même perdrait sa place. Il y a un jugement; il y a la colère à venir. Nous étions responsables; nous avons manqué; comment donc jouir de Dieu et du Fils de la manière dont nous avons parlé?

Ici s’applique la troisième vérité dont l’apôtre parle, lorsqu’il dit: «qui nous délivre de la colère qui vient». L’œuvre de Christ nous a mis parfaitement à l’abri de cette colère. À la croix il a pris notre place de responsabilité, et il a aboli pour nous le péché par le sacrifice de Lui-même.

Voilà donc les trois grands éléments de la vie chrétienne: nous servons le Dieu vivant et vrai, ayant abandonné nos idoles extérieures et intérieures; nous attendons Jésus pour entrer dans la gloire, car cette vue de Dieu nous fait sentir ce que c’est que ce monde, et Jésus nous est connu; quant à nos péchés et à notre conscience, nous sommes parfaitement purifiés, nous ne craignons rien. Tel était le témoignage que rendaient la vie et la marche des Thessaloniciens.