1 Jean

John Nelson Darby

Chapitre 1er

L’épître de Jean a un caractère à elle. C’est la vie éternelle manifestée en Jésus et communiquée à nous — la vie qui était avec le Père et qui est dans le Fils. C’est dans cette vie que les croyants jouissent de la communion du Père et sont en relation avec Lui par l’Esprit d’adoption, et que leur communion est avec le Père et avec le Fils. Le caractère même de Dieu est la pierre de touche de cette vie, parce qu’elle découle de Lui.

Le premier chapitre constate ces deux derniers points, savoir: la communion avec le Père et avec le Fils, et que cette communion doit avoir lieu selon le caractère essentiel de Dieu. Le nom de Père est ce qui donne le ton au chapitre 2. Ensuite, c’est ce que Dieu est, qui met à l’épreuve la réalité de cette vie.

Les épîtres de Paul, tout en parlant de cette vie, s’occupent, en général, de présenter aux chrétiens la vérité relative aux moyens de se tenir en la présence de Dieu, justifiés et rendus agréables. L’épître de Jean, c’est-à-dire sa première, nous montre la vie qui vient de Dieu, par Jésus Christ.

Jean place Dieu devant nous, le Père révélé dans le Fils, et la vie éternelle en Lui. Paul nous place devant Dieu, agréables en Christ. Je parle de ce qui les caractérise. Chacun d’eux effleure respectivement l’autre point. Or, cette vie est si précieuse, manifestée qu’elle l’est dans la personne de Jésus, que l’épître qui nous la montre a, sous ce rapport, un charme tout particulier. Aussi, quand je tourne mes yeux vers Jésus, quand je contemple toute son obéissance, sa pureté, sa, grâce, sa tendresse, sa patience, son dévouement, sa sainteté, son amour, l’absence complète chez Lui de toute recherche de soi-même, je peux dire: Voilà ma vie.

C’est une immense grâce. Il est possible que cette vie soit obscurcie en moi; mais il n’en est pas moins vrai que c’est ma vie. Oh! combien j’en jouis quand je la contemple ainsi! Combien j’en bénis Dieu! Quel repos pour l’âme! Quelle joie pure pour le cœur! En même temps, Jésus lui-même est l’objet de mes affections; et toutes mes affections sont formées d’après ce saint objet1.

1 Tout cela est moralement très important; aussi longtemps que c’est en Lui, et non en moi-même, que je me réjouis et fais mes délices.

Mais revenons à notre épître. Il y avait, quand Jean l’écrivait, bien des prétentions à de nouvelles lumières, à des vues plus claires. On prétendait que le christianisme était très bon comme chose élémentaire; mais qu’il avait vieilli, et qu’il y avait une lumière nouvelle qui dépassait de beaucoup ce crépuscule de vérité.

La personne de notre Seigneur, vraie manifestation de la vie divine elle-même, a dissipé toutes ces orgueilleuses prétentions, ces exaltations de l’esprit humain sous l’influence de l’ennemi, qui n’ont fait qu’obscurcir la vérité, et qui ont ramené l’esprit des hommes aux ténèbres d’où elles sortaient elles-mêmes.

Ce qui était dès le commencement du christianisme, c’est-à-dire dans la personne de Christ; ce qu’ils avaient entendu, vu de leurs propres yeux, contemplé, touché de leurs propres mains de la Parole de la vie — voilà ce que l’apôtre déclarait. Car la vie elle-même avait été manifestée. Cette vie, qui était avec le Père, avait été manifestée aux disciples. Pouvait-il y avoir quelque chose de plus parfait, de plus excellent? Pouvait-il y avoir un développement plus admirable, aux yeux de Dieu, que Christ lui-même, que cette vie qui était auprès du Père, manifestée dans toute sa perfection dans la personne du Fils? Aussitôt que la personne du Fils est l’objet de notre foi, nous sentons que la perfection a dû être au commencement.

La personne du Fils, vie éternelle manifestée en chair, tel est donc notre sujet dans cette épître.

La grâce, par conséquent, doit être envisagée ici dans ce qui regarde la vie; tandis que Paul la présente en rapport avec la justification. La loi promettait la vie à la suite de l’obéissance; mais la vie est venue dans la personne de Jésus, la vie dans toute sa propre perfection divine, dans sa manifestation humaine. Oh! combien est précieuse cette vérité, que cette vie, telle qu’elle était auprès du Père, telle qu’elle était en Jésus, nous est donnée! Dans quelles relations elle nous place, par la puissance du Saint Esprit, avec le Père et avec le Fils lui-même! Et c’est là ce que l’Esprit nous présente tout premièrement. Remarquez comment tout est grâce, ici. Plus bas, l’apôtre met bien à l’épreuve toutes les prétentions à la possession de la communion avec Dieu, en montrant le caractère même de Dieu; caractère duquel il ne peut jamais se départir. Mais avant d’aborder cette question, il présente le Sauveur lui-même et la communion avec le Père et le Fils, par ce moyen, sans question et sans modification. C’est là notre position et notre joie éternelle.

L’apôtre avait vu cette vie; il l’avait touchée de ses propres mains; et il écrivait à d’autres en l’annonçant, afin qu’ils eussent communion avec lui dans la connaissance de la vie qui avait été ainsi manifestée1. Or, puisque cette vie était le Fils, on ne pouvait la connaître sans connaître le Fils, c’est-à-dire ce qu’il était, sans entrer dans ses pensées et ses sentiments: autrement, il n’est pas réellement connu. C’était ainsi qu’on avait communion avec Lui, — avec le Fils. Fait précieux: entrer dans les pensées (toutes les pensées) et dans les sentiments du Fils de Dieu, venu en grâce, et cela en communion avec Lui, c’est-à-dire non seulement en connaissant ces pensées et ces sentiments, mais en les partageant avec Lui. En effet, c’est là la vie.

1 La vie a été manifestée. Donc, nous n’avons plus à la chercher, à tâtonner après elle dans les ténèbres; nous n’avons plus à sonder, à l’aventure, le vague ou l’obscurité de nos propres cœurs, pour la trouver; à travailler sans fruit sous la loi pour l’obtenir. Nous la voyons: elle est révélée, elle est là, en Jésus Christ. Celui qui possède Christ, possède cette vie.

 

Mais nous ne pouvons avoir le Fils sans avoir le Père. Celui qui l’avait vu, avait vu le Père; et, par conséquent, celui qui avait communion avec le Fils, avait communion avec le Père, car leurs pensées et leurs sentiments étaient les mêmes. Il est dans le Père, et le Père en Lui. Nous avons donc communion avec le Père. Et cela est vrai aussi en envisageant ce sujet à un autre point de vue. Nous savons que le Père trouve toutes ses délices dans le Fils. Or il nous a donné, en nous révélant le Fils, de trouver nous aussi, tout faibles que nous sommes, nos délices en Lui. Je sais, quand je trouve mes délices en Jésus — en son obéissance, en son amour pour son Père et pour nous, son œil simple et son cœur parfaitement dévoué — que j’ai les mêmes sentiments, les mêmes pensées que le Père lui-même. En cela le Père trouve ses délices, et il ne peut que trouver ses délices en Celui en qui je trouve maintenant les miennes; j’ai communion avec le Père. Il en est ainsi du Fils dans la connaissance du Père. Tout cela découle, soit à l’un des points de vue, soit à l’autre, de la personne du Fils. En ceci notre joie est accomplie. Que pouvons-nous avoir de plus que le Père et le Fils? Quel bonheur plus parfait qu’une communauté de pensées, de sentiments, de joies et de communion avec le Père et le Fils, en tirant toute notre joie d’eux-mêmes? Et s’il semble difficile de croire, rappelons-nous qu’en vérité, il n’en peut être autrement: car, dans la vie de Christ, le Saint Esprit est la source de mes pensées, de mes sentiments, de ma communion, et il ne peut donner des pensées différentes de celles du Père et du Fils. Elles doivent être les mêmes dans leur nature. Dire que ce sont des pensées d’adoration, cela est dans la nature même des choses, et ne sert qu’à les rendre plus précieuses. Dire qu’elles sont faibles et souvent empêchées, tandis que le Père et le Fils sont divins et parfaits, c’est, il est vrai, dire que le Père et le Fils sont Dieu, sont divins, et que nous sommes de faibles créatures. Cela, sûrement, nul ne le niera. Mais, si le Saint Esprit en est la source, elles doivent être semblables, quant à leur nature elle-même.

Telle est donc notre position chrétienne ici-bas, dans le temps, par la connaissance du Fils de Dieu; comme dit l’apôtre: «Nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit accomplie.»

Mais Celui qui était la vie, qui venait d’auprès du Père, nous a apporté la connaissance de Dieu1. L’apôtre avait entendu de ses lèvres ce qu’était Dieu — connaissance d’une inappréciable valeur, mais qui sonde le cœur. Et cela aussi, Jean l’annonce de la part du Seigneur aux fidèles. C’est ici le message qu’ils avaient entendu de Lui, savoir: que Dieu est lumière et qu’il n’y a en Lui aucunes ténèbres. Quant à Christ, il parlait de ce qu’il savait et rendait témoignage de ce qu’il avait vu. Personne n’était monté au ciel, sinon Celui qui en est descendu. Personne n’avait vu Dieu. Le Fils unique qui est dans le sein du Père, Lui, l’avait fait connaître. Personne n’avait vu le Père, sauf Celui qui était de Dieu; Lui avait vu le Père. Ainsi il pouvait, de sa propre et parfaite connaissance, le révéler2. Or Dieu était lumière, la pureté parfaite, qui manifeste en même temps tout ce qui est pur et tout ce qui ne l’est pas. Pour avoir communion avec la lumière, il faut être soi-même lumière, être de la nature de la lumière, et capable d’être vu dans la parfaite lumière. La lumière ne peut se lier qu’à ce qui est d’elle-même. S’il y a quelque chose autre qui se mêle à elle, la lumière n’est plus lumière. Elle est absolue dans sa nature, de manière à exclure tout ce qui n’est pas elle-même.

1 On verra que, lorsque dans ses écrits, Jean traite de la grâce envers nous, il parle du Père et du Fils; quand il s’agit de la nature de Dieu ou de notre responsabilité, il dit Dieu. Jean 3 et 1 Jean 4 peuvent sembler des exceptions, mais n’en sont pas. C’est ce que Dieu est comme tel, et non une action personnelle et une relation en grâce.

2 Celui qui l’avait vu avait vu le Père; mais ici l’apôtre parle d’un message et de la révélation de sa nature.

Ainsi, si nous disons que nous avons communion avec Lui et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons, et nous ne pratiquons pas la vérité: notre vie est un mensonge perpétuel.

Mais si nous marchons dans la lumière, comme Lui est dans la lumière, nous (les croyants) avons communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus Christ nous purifie de tout péché. Voilà les grands principes, les grands traits de la position chrétienne. Nous sommes en la présence de Dieu sans voile. C’est une chose réelle, une affaire de vie et de marche. Ce n’est pas la même chose que marcher selon la lumière; mais c’est marcher dans la lumière. C’est-à-dire que cette marche est devant les yeux de Dieu, éclairée par la pleine révélation de ce qu’il est. Ce n’est pas qu’il n’y ait pas de péché en nous; mais, marchant dans la lumière, la volonté et la conscience étant dans la lumière, comme Dieu est dans la lumière, tout ce qui ne répond pas à la lumière est jugé. Nous vivons et nous marchons moralement dans le sentiment que Dieu est présent et comme le connaissant. Nous marchons ainsi dans la lumière. La règle morale de notre volonté, c’est Dieu lui-même, Dieu connu. Les pensées qui dirigent le cœur viennent de lui-même et se forment d’après la révélation de lui-même. L’apôtre parle de ces choses toujours d’une manière abstraite. Ainsi il dit: «Il ne peut pas pécher, parce qu’il est né de Dieu»; et cela maintient la règle morale de cette vie; c’est sa nature; c’est la vérité, en tant que l’homme est né de Dieu. Nous ne pouvons pas avoir une autre mesure de la chose: toute autre serait fausse. Hélas 1 il ne suit pas, de là que nous soyons toujours conséquents; mais nous sommes inconséquents, si nous ne sommes pas dans cet état, nous ne marchons pas selon la nature que nous possédons; nous sommes hors de notre état réel selon cette nature.

De plus, en marchant dans la lumière, comme Dieu lui-même est dans la lumière, nous croyants, nous avons communion les uns avec les autres. Le monde est égoiste. La chair, les passions, cherchent leur propre satisfaction; mais, si je marche dans la lumière, le moi n’a pas de place là. Je puis jouir de la lumière et de tout ce que j’y cherche avec un autre, et il n’y a pas de jalousie. Si un autre possède une chose charnelle, moi j’en suis privé. Dans la lumière, nous possédons ensemble ce qu’Il nous donne, et nous en jouissons davantage en y participant ensemble. Cela est une pierre de touche pour tout ce qui est de la chair. Autant nous sommes dans la lumière, autant nous jouirons ensemble avec un autre qui y est. L’apôtre, comme nous l’avons dit, présente ceci d’une manière abstraite et absolue. C’est la manière la plus vraie pour connaître la chose elle-même. Le reste n’est qu’une question de réalisation.

En troisième lieu, le sang de Jésus Christ, son Fils, nous purifie de tout péché.

Marcher dans la lumière, comme Dieu est dans la lumière, avoir communion l’un avec l’autre, être purifiés de tout péché par le sang; voilà les trois traits de la position chrétienne. Nous sentons le besoin que nous avons du dernier car, tout en marchant dans la lumière, comme Dieu est dans la lumière (et béni soit Dieu), avec une révélation parfaite qu’il nous a donnée de Lui-même, avec une nature qui le connaît, qui est capable de le voir spirituellement, comme l’œil est fait pour apprécier la lumière (car nous participons à la nature divine), nous ne pouvons pas dire que nous n’avons pas de péché. La lumière elle-même nous contredirait. Mais nous pouvons dire que le sang de Jésus Christ nous purifie parfaitement de tout péché1. Par l’Esprit, nous jouissons ensemble de la lumière: c’est la joie commune de nos cœurs devant Dieu, lui étant agréables; un témoignage à notre commune participation à la nature divine, qui est aussi amour. Et notre conscience n’est pas un empêchement pour nous, parce que nous connaissons la valeur du sang. Nous n’avons pas conscience du péché sur nous devant Dieu, quoique nous sachions qu’il est en nous; mais nous avons le sentiment d’en être purifiés par le sang. Mais cette même lumière qui nous montre cela, nous empêche (si nous y sommes) de dire que nous n’avons pas de péché en nous; nous nous tromperions nous-mêmes si nous disions ainsi, et la vérité ne serait pas en nous; car, si la vérité était en nous, si cette révélation de la nature divine, qui est lumière, Christ notre vie, était en nous, le péché qui est en nous serait jugé par la lumière elle-même. S’il ne l’est pas, cette lumière — la vérité qui dit les choses comme elles sont — n’est pas en nous.

1 Il n’est pas dit: «a purifié», ni «purifiera». Il n’est pas question du temps, mais de l’efficacité. Comme je pourrais dire que telle médecine guérit de la fièvre. C’est son efficacité.

Si d’un autre côté, nous avons même commis le péché et que tout, étant jugé selon la lumière, soit confessé (en sorte que la volonté n’y prenne plus part, l’orgueil de cette volonté étant abattu), il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité. Si nous disons: Nous n’avons pas péché1 (comme vérité générale), cela montre non seulement que la vérité n’est pas en nous, mais que nous faisons Dieu menteur; sa Parole n’est pas en nous, car il dit que tous ont péché. Il y a ces trois choses: nous mentons, la vérité n’est pas en nous, nous faisons Dieu menteur. C’est cette communion avec Dieu dans la lumière qui, dans la vie chrétienne, pratique et journalière, lie inséparablement le pardon et le sentiment actuel qu’on en a par la foi et la pureté du cœur.

1 En parlant du péché, l’apôtre s’exprime au présent: «Nous avons»; en parlant du fait de pécher, il emploie le passé. Il ne suppose pas que nous continuions à le faire. On s’est demandé si l’apôtre parle de la première rencontre avec le Seigneur ou de fautes postérieures. Je réponds: il parle d’une manière abstraite et absolue: la confession apporte le pardon par grâce. S’il s’agit de notre première rencontre avec Dieu, c’est le pardon dans son sens plein et absolu. Dieu m’a pardonné: il ne se souvient plus de mes péchés. S’il s’agit d’une faute postérieure, l’honnêteté du cœur la confesse toujours, c’est alors le pardon quant au gouvernement de Dieu, et à la condition présente et à la relation de mon âme avec Lui. Mais l’apôtre, comme partout, parle d’une manière absolue et du principe.

Nous trouvons donc, la position chrétienne (verset 7), et les choses qui, de trois manières différentes, sont opposées à la vérité — à la communion avec Dieu en vie.

Ce qui regarde la communion avec le Père et le Fils, l’apôtre l’écrivait aux chrétiens, pour que leur joie fût accomplie.