1 Corinthiens

John Nelson Darby

Introduction

L’épître aux Corinthiens présente des sujets bien différents de ceux qui nous ont occupés dans l’étude de l’épître aux Romains. Nous y trouvons des détails moraux et ce qui concerne l’ordre intérieur d’une assemblée. L’Esprit de Dieu déploie sa sagesse d’une manière directe à l’égard de cet ordre, sans qu’il soit fait mention d’anciens, ni d’autres fonctionnaires de l’assemblée. Par les travaux de l’apôtre Paul, une assemblée nombreuse avait été formée à Corinthe (car Dieu y avait un grand peuple), au milieu d’une population très corrompue, où les richesses et le luxe se joignaient à un désordre moral tel, que le nom de cette ville en était devenu proverbial. En même temps, là comme ailleurs, de faux docteurs, en général des Juifs, cherchaient à miner l’influence de l’apôtre; tandis que d’un autre côté l’esprit philosophique ne manquait pas d’exercer sa funeste influence, quoique Corinthe ne fût pas, comme Athènes, son siège principal. La morale et l’autorité de l’apôtre étaient compromises tout ensemble, et tout l’état de choses était des plus critiques. L’épître fut écrite à Éphèse et envoyée de cette ville, où les nouvelles de la fâcheuse condition du troupeau de Corinthe étaient parvenues à Paul, à peu près au moment où il s’était décidé à visiter les Corinthiens en se rendant en Macédoine, au lieu de suivre, comme il l’a fait, les côtes de l’Asie Mineure, et puis de visiter les Corinthiens une seconde fois à son retour de ces contrées. Mais les nouvelles que l’apôtre reçut à Éphèse l’empêchèrent d’exécuter son projet, et au lieu d’aller chez les Corinthiens pour épancher son cœur au milieu d’eux, il leur écrit d’Éphèse la lettre qui est devant nous. La seconde épître a été écrite en Macédoine, lorsque Tite eut rapporté à Paul les bonnes nouvelles de l’heureux effet de celle-ci.

Les sujets de cette première épître se divisent très facilement dans leur ordre naturel. Avant de blâmer les Corinthiens pour leurs fautes, l’apôtre reconnaît d’abord, chap. 1:1-9, toute la grâce que Dieu leur avait accordée et qu’il leur continuerait jusqu’à la journée de Christ. Paul traite ensuite (chap. 1:10 à 4:21) la question des divisions, des écoles de doctrine et des prétentions de la sagesse humaine, en contraste avec la révélation et la sagesse divine. Au chap. 5, il parle de la corruption des mœurs et de la discipline, soit par puissance, ou dans la responsabilité de l’assemblée. Au chap. 6, il s’occupe des affaires temporelles et des procès, et il traite de nouveau le sujet de la fornication, question capitale pour les chrétiens de Corinthe. Au chap. 7, l’apôtre considère la question du mariage (devait-on se marier?), puis l’obligation mutuelle des mariés une fois tels, et le cas d’un mari converti, la femme ne l’étant pas, ou d’une femme convertie, le mari ne l’étant pas. Au chap. 8, Paul répond à la question de savoir si on doit manger des choses offertes aux idoles; au chap. 9, il traite de son apostolat; au chap. 10, de l’état des Corinthiens en général, du danger dans lequel ils se trouvaient d’être entraînés, soit par la fornication, soit par l’idolâtrie et les festins idolâtres, — en même temps il s’occupe des principes qui se rattachaient à ces questions: ce qui introduit la cène. Au chap. 11, nous trouvons les questions qui se liaient à la conduite des Corinthiens dans les exercices religieux, d’abord individuellement ou bien (v. 17 et suiv.) dans l’assemblée. Ensuite, au chap. 12, il traite de l’exercice des dons, de leur vraie valeur et du but de leur emploi, et il exalte, au chap. 13, la valeur comparative de l’amour. Jusqu’à la fin du chap. 14, il règle l’exercice des dons avec lesquels il a comparé l’amour. La doctrine de la résurrection que quelques-uns niaient, est développée dans le chap. 15, et spécialement celle des saints; et enfin, au chap. 16, Paul parle des collectes pour les pauvres de la Judée, en ajoutant quelques salutations, et les principes de subordination envers ceux que le Seigneur aurait suscités pour le service, même là où il n’y aurait pas d’anciens. Il est très précieux de tenir ces directions immédiatement de la part du Seigneur en dehors d’une organisation formelle, de sorte que la conscience individuelle et celle de l’assemblée comme corps soient engagées.

Mais il y a encore, relativement au caractère et à la structure de l’épître, quelques considérations que je ne dois pas passer sous silence.

Le lecteur remarquera une différence dans la salutation adressée aux Corinthiens et celle qui commence l’épître aux Éphésiens. La première est «à l’assemblée de Dieu, etc... avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom du Seigneur Jésus». C’est l’église professante, les membres en étant supposés fidèles, en tout cas ayant ce caractère jusqu’à ce qu’ils soient mis dehors, et en même temps comprenant chacun de ceux qui reconnaissent Jésus comme Seigneur — c’est la maison. De là les exhortations du chap. 10:1-5. Dans l’épître aux Éphésiens, l’apôtre écrit «aux saints et fidèles», et là nous avons les privilèges propres au corps. Ce caractère de l’épître aux Corinthiens qui embrasse toute l’église professante, et qui reconnaît une assemblée locale comme la représentant dans l’endroit où elle se trouve, donne à cette épître une grande importance.

De plus, on voit qu’il est question de l’assemblée professante extérieure jusqu’au milieu du chap. 10; après cela la nature de la Cène du Seigneur introduit le sujet du seul corps de Christ, sujet traité au point de vue des dons de l’Esprit dans le chap. 12. Dans les premiers versets du chap. 11, nous avons ce qui est bienséant à la femme dans son activité. Depuis le v. 17, il est question de ce qui convient lorsqu’on se réunit en assemblée, de ce qui se rapporte à la Cène du Seigneur et au gouvernement de Dieu. Les v. 1 à 16 ne s’appliquent pas à l’assemblée. De plus, l’ordre dans l’assemblée locale est partout le sujet; seulement, du chap. 1 au chap. 10, v. 14, ce qui est en vue, c’est l’assemblée professante, toutefois supposée sincère, mais pouvant ne pas l’être. Du chap. 10, v. 15, à la fin du chap. 12, il s’agit du corps. Mais reprenons le contenu de l’épître depuis le commencement.