Cantique des cantiques

Conclusion

Il est à remarquer qu’il s’agit, dans ce livre, non de la purification de la conscience, c’est une question laissée de côté, mais des affections du cœur, affections qui, lorsque le Seigneur en est l’objet, ne sauraient être trop ardentes. Et, par conséquent, les fautes qui manifestent l’oubli de Lui et de sa grâce, ne servent qu’à produire à son sujet de ces exercices de cœur qui font rappeler tous les attraits de sa Personne et la conscience d’être entièrement à Lui, — exercices qui forment le cœur à une appréciation beaucoup plus profonde de ce qu’il est, parce qu’il s’agit, non d’une culpabilité devant un juge, mais d’une faute de cœur envers un ami; faute qui, rencontrant un amour trop fort pour être détourné de son objet, ne fait autre chose que de rendre plus profonde l’affection de la Bien-aimée et de rehausser infiniment à ses yeux l’affection de son Bien-aimé (formant ainsi son cœur, par des exercices intérieurs, à l’appréciation de son amour et au développement dans ce cœur d’une capacité d’aimer et d’estimer tout ce qu’il est). Il est de toute importance que l’état de notre cœur soit conforme à cette partie de la vie chrétienne. C’est ainsi que Christ est vraiment connu; car, quand il est question des personnes divines, celui qui n’aime pas ne connaît pas. Le cœur, il est vrai, est imparfait; il ne sait pas aimer comme il faut; c’est pourquoi tous ces exercices sont nécessaires. Je ne dis pas que les fautes le soient; mais, ainsi qu’on l’a remarqué, c’est l’amour qui fait sentir la faute quand elle existe, et sa force qui expose à recevoir les coups du guet dont le devoir n’est pas de mesurer cet amour, mais de maintenir l’ordre moral. Il enlève le voile, triste et pénible discipline qui montre que tout en aimant beaucoup on n’aimait pas assez, ou au moins que cet amour ardent était déposé dans un vase faible et traître à lui-même, si on l’écoutait.

J’ai dit que, dans son interprétation, ce livre ne s’applique pas à l’Église. Cependant j’ai parlé de nous et de nos cœurs, et avec raison, parce que si l’interprétation du livre nous montre qu’Israël en est l’objet, il s’agit du cœur et de ses sentiments, de sorte que, moralement, il a une application pour nous. Mais alors, il faut tenir compte de la modification déjà mentionnée. Nous avons la pleine connaissance d’une rédemption accomplie, nous savons que nous sommes assis dans les lieux célestes en Christ. Notre conscience est éternellement purifiée. Dieu ne se souviendra plus de nos péchés ni de nos iniquités. Mais l’effet de cette œuvre, c’est que nous sommes entièrement à Lui, selon l’amour montré dans le sacrifice qui l’a accomplie. Moralement donc, Christ est le tout de nos âmes. Il est évident que s’il nous a aimés, s’il s’est donné lui-même pour nous, lorsqu’il n’y avait point de bien en nous, c’est en ayant absolument fini avec nous-mêmes que nous avons la vie, le bonheur et la connaissance de Dieu. C’est en Lui seul que nous en trouvons la source, la force et la perfection. Or, pour la justification, cette vérité rend notre position parfaite. En nous, il n’y a pas de bien. Nous sommes acceptés dans le Bien-aimé — parfaitement acceptés dans son acceptation, nos péchés étant entièrement ôtés par sa mort. Mais alors, pour la vie, Jésus devient le seul objet, le tout de nos âmes. En Lui seul le cœur trouve ce qui peut être son objet — en Lui qui nous a tant aimés et s’est donné pour nous — en Lui qui est toute la perfection pour le cœur. Quant à la conscience, la question est résolue dans la paix par son sang; nous sommes justes en Lui devant Dieu, quoique nous soyons journellement exercés sur ce terrain. Mais le cœur a besoin d’aimer un tel objet, et, en principe, il ne veut que Lui en qui se trouvent toute grâce, tout dévouement pour nous, et toutes les grâces qui sont selon le cœur de Dieu lui-même. C’est ici que le chrétien se rencontre avec le Cantique des Cantiques.

L’Église aimée, rachetée, l’Église qui est à Lui, ayant compris ses perfections par l’Esprit, l’ayant connu dans l’œuvre de son amour, ne le possède pas encore tel qu’elle le connaît. Elle soupire après le jour où elle le verra tel qu’il est. En attendant, il se manifeste à elle, réveille ses affections et veut posséder son amour en lui témoignant toute sa joie en elle. Elle fait aussi l’expérience de ce qui est en elle-même, de cette paresse de cœur qui perd les occasions d’avoir communion avec Lui. Mais cela lui apprend à juger tout ce qui, en elle, affaiblit dans son cœur l’effet des perfections de son Bien-aimé. Ainsi elle est moralement préparée, et a la capacité d’une pleine jouissance de communion avec Lui. Lorsqu’elle le verra tel qu’il est, elle Lui sera semblable. Ce n’est pas un effort pour l’avoir; mais nous cherchons à saisir tout ce pour quoi nous avons été saisis par Christ. Nous avons un objet que nous ne possédons pas pleinement encore, mais qui seul peut satisfaire tous nos désirs — objet dont nous avons besoin de réaliser l’affection dans nos cœurs — but que, dans sa grâce, il poursuit par le témoignage de son amour parfait envers nous, en cultivant par là même le nôtre pour Lui, nous encourageant même par le sentiment de notre faiblesse et par la révélation de sa propre perfection, nous montrant ainsi tout ce qui dans nos cœurs nous empêche de jouir de Lui. Il nous en délivre en nous en faisant faire la découverte en présence de son amour.

Ce n’est pas ici mon but de tracer en détail le mouvement de ces affections dans le cœur, parce que j’interprète et que je n’exhorte pas; mais il était nécessaire d’en dire cela pour l’intelligence du livre. Du reste on ne peut pas exagérer l’importance qu’il y a pour nous à cultiver les saintes affections qui nous attachent à Christ, qui nous font connaître son amour et nous le font connaître lui-même. Car, je le répète, quand il s’agit de Dieu et des voies de Dieu à notre égard, celui qui n’aime pas ne connaît pas.

Remarquons seulement avec quel empressement, avec quelle tendresse il dit à sa Bien-aimée tout le prix qu’elle a à ses yeux et la perfection qu’il découvre en elle. Si Jésus voit de la perfection en nous, nous n’avons besoin de rien d’autre. Il rassure le cœur de sa Bien-aimée en lui en parlant, après qu’elle a été justement reprise et disciplinée par le guet, et que son cœur a été forcé de se soulager en déclarant à d’autres, à ses amies, tout ce qu’il était pour elle. Il ne lui reproche rien, mais il lui fait sentir qu’elle est parfaite à ses yeux.

En pratique, quelle profonde perfection d’amour dans ce regard de Jésus à Pierre qui venait de le renier! Quel moment que celui où, sans reproche, tout en l’enseignant, il atteste sa confiance en Pierre, en lui remettant, alors même qu’il venait de le renier, les brebis et les agneaux si chers à son cœur, pour lesquels il venait de donner sa vie!

Or, cet amour de Christ, dans sa supériorité au mal — supériorité qui en montre la nature divine — se reproduit, comme une nouvelle création, dans le cœur de celui qui en reçoit le témoignage, en le liant au Seigneur qui l’a ainsi aimé.

Le Seigneur est-il autre chose pour nous? Non, mes frères; nous apprécions son amour, et nous apprenons, dans ces exercices de cœur, à le connaître lui-même.