Job 31:1-40

Job 31:1-40

Monologue de Job (5e partie)
Job proclame son innocence en justifiant sa conduite passée

31 « J'ai fait alliance avec mes yeux et comment aurais-je arrêté mes regards sur une vierge ?

2 Et quelle part °°Dieu [m'aurait-il réservée] d'en haut et quel héritage le Tout-Puissant [m'aurait-il envoyé] depuis les hauts lieux ?

3 La calamité n'est-elle pas pour l'homme inique et le malheur pour ceux qui commettent l'iniquité ?

4 Lui, ne voit-il pas mon chemin et ne compte-t-il pas tous mes pas ?

5 « Si j'ai fait route avec le mensonge, et si mes pieds se sont hâtés vers la fraude,

6 qu'il me pèse dans une balance juste1 et °°Dieu reconnaîtra mon intégrité.
1 littéralement : de justice.

7 Si mon pas s'est détourné du chemin, et si mon cœur a suivi mes yeux, et si quelque souillure s'est attachée à ma main,

8 alors qu'un autre mange ce que je sème, et que ma progéniture soit déracinée !

9 « Si mon cœur a été séduit par une femme et si j'ai fait le guet à la porte de mon prochain,

10 que ma femme tourne la meule pour un autre et que d'autres couchent avec1 elle.
1 littéralement : s’agenouillent sur (ou : à côté de).

11 Car c'est là une infamie et une iniquité [punissable] par les juges.

12 Car c'est un feu qui dévore jusque dans l'abîme1 et qui détruirait jusqu'à la racine tout mon revenu2.
1 proprement : destruction ; hébreu : abaddon ; comparer avec 28:22. 2 littéralement : toute ma récolte.

13 « Si j'ai méprisé le droit de mon serviteur ou de ma servante quand ils étaient en litige avec moi,

14 que ferai-je quand °Dieu se lèvera ? Et quand il demandera des comptes, que lui répondrai-je ?

15 Celui qui m'a fait dans le ventre [de ma mère], ne les a-t-il pas faits [eux aussi], et le même Dieu1 ne nous a-t-il pas formés dans le ventre maternel1 ?
1 littéralement : et un seul. 2 littéralement : l'utérus.

16 « Si j'ai refusé aux pauvres leur désir, si j'ai fait s'épuiser les yeux de la veuve ;

17 et si j'ai mangé seul mon morceau [de pain] et que l'orphelin n'en ait pas mangé

18 (car dès ma jeunesse il a grandi avec moi comme avec un père et dès le ventre de ma mère j'ai soutenu la [veuve]) ;

19 si j'ai vu quelqu'un périr faute de vêtements et le pauvre manquer de couverture ;

20 si ses reins ne m'ont pas béni et qu'il ne se soit pas réchauffé avec la toison de mes agneaux ;

21 si j'ai secoué ma main contre un orphelin parce que je me voyais soutenu à la porte [de la ville] :

22 que mon épaule se démette de sa jointure et que mon bras se brise au coude1 !
1 littéralement : à partir de la tige.

23 Car la calamité [venant] de °Dieu m'était une frayeur et je ne pouvais rien devant sa majesté1.
1 littéralement : son élévation.

24 « Si j'ai placé ma confiance dans l'or, si j'ai dit à l'or fin : "Ma confiance !" ;

25 si je me suis réjoui de ce que mes biens étaient grands et de ce que ma main avait beaucoup acquis ;

26 si j'ai vu le soleil1 quand il brillait et la lune quand elle s'avançait radieuse ;
1 littéralement : la lumière.

27 et si mon cœur a été séduit en secret et si ma bouche a embrassé ma main :

28 cela aussi serait une iniquité [punissable] par le juge, car j'aurais renié le °Dieu d'en haut.

29 Si je me suis réjoui dans le malheur de celui qui me haïssait, si j'ai sauté de joie lorsque1 le mal l'a trouvé
1 ou : de ce que.

30 (je n'ai même pas permis à ma bouche1 de pécher, de demander sa mort2 par une malédiction) ;
1 littéralement : mon palais. 2 littéralement : son âme.

31 si les gens de ma tente n'ont pas dit : "Qui trouvera quelqu'un qui n'ait pas été rassasié de la viande de ses bêtes1 ?"
1 littéralement : rassasié de sa chair.

32 (l'étranger ne passait pas la nuit dehors, j'ouvrais ma porte au voyageur) ;

33 si j'ai couvert ma transgression comme Adam en cachant mon iniquité au-dedans de moi1
1 littéralement : dans mon sein.

34 (parce que je craignais l'opinion des foules, et que le mépris des familles me faisait peur), et si j'ai gardé le silence et n'ai pas franchi ma porte…

35 Oh ! si j'avais quelqu'un pour m'écouter ! Voici mon dernier mot1. Que le Tout-Puissant me réponde et que mon adversaire écrive son accusation2 !
1 ou : ma signature ; littéralement : mon tav (dernière lettre de l'alphabet grec). 2 littéralement : un livre.

36 Ne la porterais-je pas sur mon épaule ? Ne la lierais-je pas sur moi comme une couronne ?

37 Je lui déclarerais le nombre de mes pas ; je m'approcherais de lui comme un chef.

38 Si ma terre crie contre moi et que ses sillons pleurent ensemble,

39 si j'en ai mangé le revenu sans [donner d']argent et si j'ai tourmenté à mort1 l'âme de ses propriétaires,
1 ou : méprisé.

40 que les ronces poussent à la place du blé et les mauvaises herbes à la place de l'orge ! »
Les paroles de Job sont terminées.

Au ch. 29, Job s'est longuement étendu sur le bien qu'il faisait; il expose ici avec autant de détails le mal qu'il ne faisait pas: immoralité (v. 1 à 12), injustice (v. 13 à 15), égoïsme (v. 15 à 23), idolâtrie (v. 24 à 28). On peut se glorifier de l'une ou l'autre manière en oubliant que c'est Dieu seul qui nous incite à bien faire comme c'est lui qui nous préserve de mal faire.

Il n'en reste pas moins que si quelqu'un avait le droit de s'appuyer sur ses œuvres, c'était bien le patriarche Job. Paul écrit la même chose à son propre sujet dans l'épître aux Philippiens (ch. 3 v. 4 ph 3.1-11). «Mais — ajoute-t-il — les choses qui pour moi étaient un gain, je les ai regardées, à cause du Christ, comme une perte...» Ses avantages naturels de bon Israélite, sa justice passée de pharisien consciencieux, tout cela il le considère désormais comme des ordures. De sorte que Dieu n'a rien besoin de lui ôter comme à Job; Paul, par grâce, a déjà mis de côté tout ce qui n'était pas Christ.

Remarquons les nombreux points de suspension dans le texte; ils semblent sous-entendre toutes les bonnes choses que Job pense de lui-même et de ses œuvres passées.

Enfin, en terminant cet exposé de tous ses mérites, Job y appose solennellement sa signature et met Dieu au défi de lui répondre (v. 35).