Lectures hebdomadaires

Commentaire sur la première épître aux Corinthens

F.B. Hole

Chapitre 1er

Introduction

Plus que toutes les autres, cette épître traite ce qui concerne l’assemblée locale et l’ordre divin qui doit y être observé. L’Église — ou assemblée — de Dieu à Corinthe était grande, comme nous l’apprenons par Actes 18:10. Cependant, il y avait en son sein quelques éléments perturbateurs, ce qui n’est pas inhabituel dans un tel cas. Et ces éléments introduisaient des us et coutumes, et même des doctrines, d’un genre peut-être commun dans le monde de Corinthe, mais qui étaient absolument étrangers à la nature et à l’esprit de l’assemblée de Dieu. Peut-être cela était-il dû en partie à l’ignorance des Corinthiens. En effet, ils avaient écrit une lettre de questions à l’apôtre Paul, qui leur avait apporté l’Évangile, pour lui soumettre certains problèmes (cf. 7:1). Quoi qu’il en soit, Paul ne répond pas seulement à leurs questions, mais il place devant eux, dans un langage des plus vigoureux, leurs graves erreurs de comportement et de doctrine. Il ne le fait pas comme quelqu’un de contrarié, ou irrité, ou sur un ton ironique, mais «dans une grande affliction et avec serrement de cœur, avec beaucoup de larmes» (2 Cor. 2:4). De là l’effet puissant que cette lettre a produit, comme nous pourrons le constater dans la deuxième épître (7:8-11).

 Chapitre 1er

Ayant à écrire une lettre de répréhension, Paul insiste dès le début sur la position d’autorité apostolique qu’il détenait de la part de Dieu. En outre, il s’associe Sosthène, un croyant qui venait de Corinthe (Actes 18:17). Celui-ci s’était apparemment converti après les coups qu’il avait reçus de la part des Grecs comme chef de la synagogue. Sosthène avait succédé à Crispus, qui avait cru au Seigneur quelque temps auparavant (18:8).

Deux faits importants nous frappent dans le verset 2. Premièrement, l’Église de Dieu à Corinthe était constituée exclusivement par ceux qui étaient sanctifiés dans le Christ, qui étaient saints par l’appel de Dieu, et qui invoquaient Jésus comme Seigneur. Deuxièmement, bien que l’épître soit adressée d’abord à l’assemblée à Corinthe, tous ceux qui invoquent Jésus Christ comme Seigneur, où qu’ils puissent se trouver, sont inclus comme destinataires de l’épître. Le Seigneur Jésus Christ était «et leur Seigneur et le nôtre» et ainsi tous les saints étaient sous une autorité commune.

Nous ferons bien de noter soigneusement le premier fait, car le mot église est utilisé aujourd’hui dans des sens bien divers. Ce verset nous donne une idée de sa véritable signification selon l’Écriture. Les vrais croyants seuls sont des «saints», des «sanctifiés dans le Christ». D’un autre côté, il est vrai qu’on peut invoquer le nom de notre Seigneur Jésus Christ sans être un vrai croyant. Et cela explique certains passages de cette épître, dans lesquels l’apôtre considère les Corinthiens sur le plan de leur profession chrétienne et sous-entend que quelques-uns d’entre eux pourraient ne pas être de vrais croyants. Quoi qu’il en soit, de façon générale, si un homme fait profession d’avoir la foi, on doit le considérer comme vrai croyant, jusqu’à preuve du contraire.

Arrêtons-nous maintenant sur le second fait, et sur les conséquences qui en découlent. Il est clairement établi ici que, même si chaque assemblée a ses propres conditions locales, son propre état et ses propres responsabilités, elle ne peut être dissociée de l’assemblée de Dieu dans son aspect universel. L’ordre que cette épître enjoint aux Corinthiens est également enjoint à tous les saints. La discipline qui devait être exercée à Corinthe, bien que s’appliquant directement dans cette localité, avait finalement une portée pour toute l’Église. La reconnaissance de ce fait nous préservera de l’erreur de traiter chaque assemblée comme étant une unité indépendante et autonome. Si nous mettons un accent exagéré à la notion d’assemblée locale, nous obscurcissons le fait de l’unité de l’Église de Dieu considérée dans son ensemble.

Le désir de Paul pour les Corinthiens était que la grâce et la paix leur soient accordées (v. 3). Certainement, une grande part des discordes qui sévissaient parmi eux aurait pu être éliminée s’il y avait eu une plus grande mesure de grâce au milieu d’eux. «La grâce de Dieu» leur avait cependant été «donnée dans le Christ Jésus» (v. 4), et cela amenait l’apôtre à remercier Dieu. De plus, tous les dons qui étaient en leur possession découlaient de la grâce de Dieu, tandis qu’ils attendaient la venue du Seigneur. Le Dieu qui les avait appelés à la communion de son Fils est fidèle aussi bien qu’il est plein de grâce, et par conséquent, l’apôtre était confiant qu’ils seraient affermis «jusqu’à la fin», «pour être trouvés irréprochables» (v. 8, 9).

Notez à combien de reprises le Seigneur Jésus Christ est nommé dans les neuf premiers versets, comment toutes choses lui sont attribuées, comment tout fait référence à lui. Il nous est parlé de son nom, de sa grâce, de son témoignage, de sa révélation, de sa journée, de sa communion. Toutes ces mentions renforcent, et ont pour but de renforcer, la sévère remontrance que l’apôtre commence au verset 10. Il y avait des divisions et des partis parmi eux, et cela conduisait à des disputes et à des conflits. Ces partis portaient atteinte au fait qu’ils avaient été appelés à la communion de cette personne unique qui est le Fils de Dieu et notre Seigneur.

Au temps du rejet de David, lorsqu’il demeurait dans la caverne d’Adullam, des hommes s’étaient rassemblés autour de lui et il était devenu leur chef. Ils avaient communion avec lui et il était leur centre. S’il avait été frappé, mis à mort, toute communion aurait cessé. Nous sommes appelés à la communion de Celui qui est aussi rejeté, mais qui est infiniment plus grand que David. Celui qui est notre chef est le Fils de Dieu. La communion à laquelle nous sommes appelés n’a sa raison d’être que par lui; il n’y a pas de rival possible.

À la lumière de ceci, combien est grave l’esprit de parti! — même si des noms honorés y sont attachés, y compris le beau nom de Christ adopté comme bannière de parti. Par le verset 6 du chapitre 4, nous apprenons qu’en fait les Corinthiens avaient le tort de suivre des hommes capables et doués de leur propre assemblée. Mais l’apôtre évite de mentionner leurs noms en utilisant à la place son propre nom, ainsi que ceux d’Apollos et de Pierre. Ce faisant, il agit avec la délicatesse qui caractérise le christianisme, et il augmente l’effet de son argument. Paul était leur père spirituel; mais bien qu’il en soit ainsi, il n’était pas admissible de dire: «Moi, je suis de Paul».

Quelle chose misérable que les divisions, les partis, les disputes! Le désir de Dieu est que nous soyons unis dans un même sentiment et dans un même avis. Malgré la distance, les nouvelles du triste état des Corinthiens étaient parvenues aux oreilles de Paul et il s’en occupe diligemment. Tout d’abord, il déclare ouvertement d’où l’information lui est parvenue. La maison de Chloé ne pouvait donner des informations à la charge des Corinthiens et rester anonyme en disant, par exemple: Et surtout, que personne ne sache que c’est nous qui te l’avons dit. De la même manière, Paul lui-même évite toute accusation vague ou imprécise. Dans sa déclaration, il est tout à fait clair et explicite: «Or voici ce que je dis...». Si seulement nous pouvions toujours imiter cette manière d’agir, lorsqu’il faut apporter des informations à la charge de quelqu’un!

Les questions du verset 13 vont droit au but. Christ est un. Lui seul a été crucifié pour nous. C’est pour son nom seul que nous avons été baptisés. Paul, bien qu’il ait séjourné longtemps à Corinthe, n’avait baptisé que deux ou trois d’entre eux; et il en était reconnaissant. Dans la mission qui avait été confiée aux douze (Matthieu 28 et Marc 16), le baptême avait une grande place. Mais dans la mission que Paul avait reçue de Christ, tout l’accent avait été mis sur la prédication de l’évangile, et non pas sur le baptême. Il est possible que le baptême ait joué un rôle dans les divisions et les disputes à Corinthe. Quoi qu’il en soit, le verset 17 établit clairement que la chose importante n’est pas le baptême mais l’évangile de la croix de Christ. Et surtout, la croix doit être prêchée d’une manière telle que sa signification et sa puissance ne soient pas annulées.

Ceci nous amène au magnifique passage des versets 18 à 24 où toute la force, toute la portée, de la croix de Christ nous est révélée. C’est à la croix qu’est prononcée la sentence de condamnation sur l’homme et sur sa sagesse. En même temps, la croix introduit la puissance et la sagesse de Dieu pour le salut de ceux qui croient. La croix de Christ est le point culminant de la rébellion du monde contre Dieu. Le monde a mis à mort le Fils de Dieu; il lui a infligé la mort la plus honteuse. Mais Dieu a relevé le défi. Et le résultat, c’est que la croix est devenue la preuve suprême de la folie de la sagesse humaine. La croix est la disqualification et la mise de côté, par Dieu lui-même, de l’homme le plus grand et le plus sage. Et pour cette raison, Paul avait été envoyé pour prêcher l’évangile d’une manière qui ne donnait aucune place à la sagesse humaine.

Pour cette raison aussi, la croix constitue la ligne de partage entre les hommes, si du moins elle est prêchée avec fidélité. De l’un de ses côtés, il y a ceux qui périssent, et de l’autre, ceux qui sont sauvés. En observant l’attitude des hommes face à la prédication de la croix, on peut discerner à quel groupe ils appartiennent. Pour les uns, ce n’est qu’une folie, car ils adhèrent au monde et à sa sagesse. Pour les autres, c’est la puissance de Dieu et le salut. Dieu sauve par la folie de la prédication. Ce verset 21 ne signifie pas que la prédication soit une activité folle — comparée avec le travail, par exemple — mais que la substance du message prêché — la parole de la croix — est incompréhensible selon les notions humaines, et, inversement, sagesse et puissance selon l’estimation de Dieu.

Le monde a sa propre sagesse. Lorsque le Fils de Dieu est venu sur la terre, le monde l’a examiné et évalué selon ses standards de sagesse; il l’a même accusé d’agir par la puissance du prince des démons et l’a crucifié. La sagesse du monde n’a nullement rendu les hommes capables de reconnaître Dieu; au contraire, lorsqu’ils l’ont vu en Christ, ils ont pris celui-ci pour le messager du diable. Si c’est là le fruit le plus mûr de la sagesse du monde, alors elle est manifestement sans valeur dans les choses de Dieu. C’est pourquoi Dieu l’a condamnée. Et il en est ainsi, que nous considérions les Juifs ou les Gentils.

Aussi bien les Juifs que les Grecs avaient leurs formes de pensée particulières. Les premiers demandaient des signes; c’était le résultat des fréquentes interventions miraculeuses de Dieu au cours de leur histoire. Qui plus est, les signes devaient-ils être d’une certaine importance pour les satisfaire. Les seconds n’admiraient que l’intellect humain et n’acceptaient rien qui ne soit en accord avec leurs notions philosophiques. Pour les uns et les autres, le Christ crucifié était une pierre d’achoppement. Les Juifs attendaient bien le Christ; mais, selon leurs espérances, ce devait être un personnage extraordinaire, dont l’éclat fasse sensation. Les Grecs auraient souhaité la bienvenue à un nouveau philosophe qui aurait pu porter leurs spéculations à un niveau ignoré jusque-là. Mais Juifs et Grecs se sentaient outragés par la prédication d’un Christ crucifié. Un tel Christ était une occasion de chute inévitable pour les Juifs, et il apparaissait absolument insignifiant aux Grecs. En fait, il n’existe aucun autre Christ que celui qui a été crucifié.

Par grâce, nous ne désirons pas un autre Christ. Et ainsi, nous sommes de ceux qui obtiennent le salut. Nous sommes «appelés» de Dieu, que notre origine soit juive ou gentile, et nous pouvons discerner que Christ est réellement la puissance et la sagesse de Dieu. Dans une sagesse parfaite et avec une puissance invincible, il mettra à néant tous les brillants concepts que l’homme a élaborés, et il établira ce que Dieu s’est proposé. En même temps, sa sagesse et sa puissance sont intervenus en vue de notre salut. D’un point de vue humain, la croix peut paraître la folie et la faiblesse de Dieu, mais en réalité elle est tout à la fois plus sage et plus forte que les hommes.

Passons maintenant en revue ces vingt-cinq premiers versets afin de bien saisir la portée des paroles de l’apôtre dans tout ce développement. Les Corinthiens plaçaient très haut des hommes — sans doute des croyants, et peut-être des hommes tout à fait respectables — pour en faire des chefs de partis dans l’assemblée de Dieu. Mais cela portait atteinte à la position suprême et prééminente de Christ. Cela montrait que l’homme, ses capacités, sa sagesse, ses dons, avaient une beaucoup trop grande place dans leurs pensées. En fin de compte, cela montrait qu’ils n’avaient que peu compris la signification de la croix de Christ, qui inscrit la sentence de condamnation de Dieu sur l’homme et sur sa sagesse. C’est précisément pour cela que l’apôtre prêchait la croix, et qu’il mettait de côté la sagesse humaine dans la manière dont il la prêchait.

La nécessité de prêcher la croix à la manière de Paul n’est pas moindre aujourd’hui qu’au premier siècle. Elle est probablement plus grande encore, parce que jamais plus qu’aujourd’hui on n’a exalté la grandeur, la gloire et la sagesse de l’homme. Jamais les hommes, même parfois ceux qui professent être chrétiens, ne se sont autant complu dans leurs capacités. Et jamais leur manque de vraie sagesse n’a été aussi manifeste. La croix met toute chose à sa vraie place. Elle fait que le Christ qui y a été crucifié est tout, et que l’homme qui l’a placé là n’est rien. Et c’est juste.

Avons-nous compris et assimilé la signification de la croix? Des millions de personnes, dans la chrétienté, en ont fait un symbole élégant que l’on place sur des édifices religieux, ou même un pendentif d’or que l’on porte sur sa poitrine. Qu’il nous soit accordé d’avoir cette croix gravée sur «les tables de chair» de nos cœurs (cf. 2 Cor. 3:3), de sorte que nous puissions tout voir à travers elle, en détournant nos regards de la gloire clinquante de l’homme, et en recherchant toujours et uniquement la gloire de Christ! Que nous soyons gardés de mettre l’homme en avant — même le meilleur d’entre eux — et par-dessus tout de nous mettre nous-mêmes en avant! Que Christ soit pour nous le premier et le dernier, celui qui est tout, toujours et partout! Il est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu.

Après avoir exposé la signification de la croix de Christ, l’apôtre confirme ce qu’il vient de dire en montrant les effets qu’avait produits sa prédication. Il invite les Corinthiens à considérer leur propre appel, car c’est par la prédication de la croix qu’ils avaient été appelés. Peu d’entre eux pouvaient être mis au rang des sages, des puissants ou des nobles de ce monde. Bien au contraire, les hommes de cette sorte étaient généralement enclins à s’achopper au message de la croix. Mais Dieu avait choisi les choses folles, les choses faibles, les choses viles, les choses méprisées et même les choses qui ne sont pas.

En disant cela, l’apôtre parle des Corinthiens selon ce qu’ils étaient aux yeux des hommes, et il était bien frappant que Dieu ait choisi et utilisé de telles personnes pour confondre des hommes qui leur paraissaient très sages et honorables et montrer leur nullité. En même temps, ces paroles peuvent sans doute aussi être appliquées à ce que les Corinthiens étaient avant de se convertir. Quelle merveille qu’ils soient devenus ce qu’ils étaient maintenant, en raison du choix de Dieu et de son travail! Que l’on comprenne ces mots d’une manière ou de l’autre, le sens général est le même. Les effets pratiques du choix de Dieu et de son appel par la prédication de la croix étaient tels qu’il n’y avait aucun honneur pour l’homme. Aucune chair ne peut se glorifier en la présence du Seigneur; toute gloire doit lui être rendue.

Les nombreuses raisons pour lesquelles les croyants peuvent se glorifier dans le Seigneur nous sont données au verset 30. Nous sommes «dans le Christ Jésus»; nous participons de sa vie et partageons sa place et son acceptation par Dieu. Et tout cela parce que nous sommes de Dieu, et en aucune manière de l’homme. Dieu lui-même est la source de toute cette grâce qui nous a été apportée. Il est très certainement vrai que nous sommes de Dieu, comme cela est clairement dit dans 1 Jean 4:4, et c’est comme étant «dans le Christ Jésus» que nous le sommes. Toutefois ce n’est pas cela qui est mis en évidence dans le verset qui est devant nous, mais plutôt le fait que tout est de Dieu et non de l’homme, que nous considérions ce que nous sommes en Christ ou ce que nous avons en lui.

Le Christ qui a été crucifié «nous a été fait sagesse de la part de Dieu...». La sagesse vient naturellement en premier, puisque c’est le sujet de tout ce passage. Nous en avions besoin, car le péché nous avait plongés dans l’ignorance et la folie. Mais le péché nous avait aussi plongés dans la culpabilité et sous la condamnation, et c’est pourquoi nous avions besoin de justice. De plus, la souillure et la corruption dans lesquelles nous étions montrait notre besoin de sainteté. Enfin, en raison de notre esclavage, nous avions besoin de rédemption. La rédemption termine cette liste parce qu’elle inclut la délivrance finale: la rédemption de nos corps à la venue du Seigneur.

Donc la croix exclut dans le principe toute glorification de l’homme. Et le travail de Dieu en relation avec la prédication de la croix l’exclut aussi dans la pratique. C’est seulement dans le Seigneur que nous avons à nous glorifier, si nous avons à nous glorifier.

Chapitre 2

Chapitre 2

Lorsque Paul a été envoyé pour prêcher l’Évangile, il a reçu le mandat de le faire d’une manière qui soit en accord avec le message prêché. C’est ce qu’il déclare au verset 17 du premier chapitre. A-t-il effectivement agi de cette manière? Certainement! Dans les premiers versets du chapitre 2, il rappelle aux Corinthiens de quel esprit il avait été animé lorsqu’il s’était approché d’eux, et quel avait été le caractère de sa prédication. Le verset 1 nous décrit le style de sa prédication; le verset 2 nous dit quel était le sujet de son message; et le verset 3, l’esprit qui l’avait caractérisé. Le verset 4 revient au style de sa prédication, en précisant en quoi résidait sa puissance. Enfin, le verset 5 nous montre le but qu’il poursuivait.

Concernant le style, l’apôtre n’était pas un orateur versé dans l’art de remuer les hommes par des discours brillants et séduisants. Il avait évité tout cela, s’appuyant uniquement sur l’Esprit de Dieu et sa puissance.

Le sujet de sa prédication avait été Christ et sa croix. Remarquez les mots «parmi vous» (v. 2). Paul connaissait les tendances des Corinthiens; il connaissait la haute idée qu’ils avaient de la philosophie et de l’intelligence humaine. Mais il n’avait pas voulu les rencontrer sur leur terrain et se laisser entraîner dans des discussions philosophiques. Il était fermement déterminé à ne leur parler que d’une chose, à savoir de Christ crucifié. Tout en ayant commencé sa carrière en présence d’un Christ glorifié, Paul connaissait la nécessité pour ses auditeurs de croire d’abord en un Christ crucifié et de se reposer sur lui. La vérité d’un Christ crucifié était ce qui jetait dans la poussière toute leur fierté et toute leur gloire; et tant qu’il n’est pas abaissé jusque dans la poussière, l’homme reste sans relation avec Dieu.

L’esprit de Paul était bien pénétré de cela. Il n’était pas arrivé parmi eux avec une fanfare, s’annonçant comme «le plus puissant prédicateur du Proche Orient», ou quelque chose de ce genre, comme cela arrive aujourd’hui. Bien au contraire, il rappelle la faiblesse, la crainte et le tremblement qui l’avaient caractérisé. Il était bien conscient que la chair était encore en lui, et qu’il pourrait facilement être détourné d’une vraie fidélité à son maître et entraîné dans quelque chose qui ne soit pas de Dieu. Il connaissait la puissance du diable — toujours aux aguets dans le cœur des Corinthiens. De là sa crainte et son tremblement. De là aussi la place laissée à la puissance de l’Esprit de Dieu, et à la destruction des forteresses de l’Ennemi dans les cœurs des hommes. Dieu veuille qu’il y ait davantage de place faite au déploiement de cette puissance aujourd’hui! Nous verrions alors plus de convertis dont la foi repose non pas sur la sagesse de l’homme, mais sur la puissance de Dieu.

Jusqu’à la fin du verset 5, l’apôtre mentionne la sagesse humaine à huit reprises, et chaque fois pour la discréditer entièrement. Certains pourraient en conclure que toute espèce de sagesse est sans valeur. D’autres encore pourraient supposer que la foi chrétienne fait uniquement appel aux sentiments et aux émotions, et qu’il n’y a rien en elle qui mérite l’attention de l’homme qui pense.

Alors, au verset 6, Paul rappelle aux Corinthiens que la foi abonde en sagesse; mais c’est la sagesse de Dieu et non la sagesse des grands de la terre. De plus, c’est une sagesse qui s’adresse aux «parfaits», c’est-à-dire à ceux qui ont obtenu un bon degré spirituel ou qui sont parvenus à l’état d’hommes faits. Tout en étant des croyants, aussi longtemps que nous sommes incertains quant à notre position devant Dieu, aussi longtemps que nous nous débattons avec nous-mêmes, soupirant après la délivrance du pouvoir du péché, nous n’avons ni le cœur ni le loisir d’apprendre la sagesse de Dieu, telle qu’elle s’exprime dans ses conseils et ses desseins, autrefois secrets mais maintenant révélés.

Il est parlé ici de «ce siècle» et des «chefs de ce siècle». Dans la seconde épître, Satan est appelé «le dieu de ce siècle». Le dieu de ce siècle se sert des chefs de ce siècle pour propager la sagesse de ce siècle. En même temps, il aveugle leur esprit de sorte qu’ils n’aient pas connaissance de la sagesse de Dieu qui a été ordonnée avant les siècles. Lorsque le Seigneur de gloire était sur la terre, Satan a aveuglé leur esprit au point qu’ils l’ont crucifié.

Quelle terrible accusation! Le Seigneur de gloire a été condamné à une mort suprêmement dégradante et honteuse, et cela, moins par la foule ignorante que par les chefs de ce siècle. L’inscription sur sa croix était écrite en grec, en latin et en hébreu. Les Grecs étaient incontestablement les chefs intellectuels de cette époque. Les Romains étaient les chefs par leurs prouesses militaires et leur art du gouvernement. Les Hébreux étaient les chefs sans rivaux en matière de religion. Tous ont été impliqués dans la crucifixion du Seigneur de gloire. Par là, tous ont manifesté leur complète ignorance de Dieu et se sont placés eux-mêmes sous son jugement.

Les chefs de ce siècle «s’en vont»; ils seront réduits à rien. Quelle humiliation! Non seulement la sagesse des sages sera détruite (1:19), mais il en sera de même des chefs de ce siècle. Le résultat final, la somme de toutes leurs actions intelligentes est zéro. Les hommes intelligents eux-mêmes seront réduits à rien. En contraste avec cela, l’apôtre Jean nous dit que «celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement» (1 Jean 2:17). Et le Seigneur parle à ses disciples du fruit qui demeure (Jean 15:16). Le croyant seul peut s’engager dans quelque chose qui demeure éternellement. Retenons bien cela; et que nos vies en soient marquées!

Il est merveilleux de penser que la sagesse de Dieu, autrefois cachée, maintenant révélée, a été «préordonnée avant les siècles pour notre gloire». Non seulement, nous avons été nous-mêmes choisis en Christ avant la fondation du monde, mais la sagesse de Dieu avait notre gloire en vue avant que les siècles commencent. Tout a été alors ordonné. Et ce que Dieu ordonne ne manque jamais de s’accomplir lorsque l’heure qu’il a fixée est arrivée. Notre gloire est donc certaine. Elle est liée à la gloire de Christ. La gloire de Christ est la chose la plus excellente, mais notre gloire est aussi certaine que la sienne et est également ordonnée par Dieu.

Ce qui a été préordonné (v. 7) a aussi été «préparé» (v. 9), et les choses préparées sont entièrement au-delà de la portée de l’homme, aussi bien de ses yeux, de ses oreilles que de son cœur. Nous percevons beaucoup de choses au moyen de nos yeux, c’est-à-dire par l’observation. Nous en percevons bien d’autres par nos oreilles, en écoutant ce qui nous est transmis, c’est-à-dire par tradition. D’autres choses encore, nous les saisissons instinctivement par le cœur, c’est-à-dire par intuition. Mais nous n’apprenons les choses de Dieu par aucun de ces moyens. Nous les apprenons par révélation, comme le dit le verset 10.

Les choses préparées ont été révélées par l’Esprit de Dieu. Le «nous» de ce verset concerne en premier lieu les apôtres et prophètes à qui la vérité a été d’abord révélée. La vérité a atteint l’ensemble des croyants par leur moyen, comme nous le verrons plus loin. Mais le verset 11 attire notre attention sur la capacité exclusive de l’Esprit à la révéler, puisqu’il est l’Esprit de Dieu. Chez les hommes, seul l’esprit humain peut connaître les choses de l’homme. Ainsi, seul l’Esprit de Dieu connaît les choses de Dieu et peut nous les faire connaître.

Cependant, les croyants ont reçu l’Esprit de Dieu (v. 12). C’est par cet Esprit que nous avons la capacité de comprendre les choses de Dieu. Aucune recherche, aucune expérience, aucun apprentissage, aucune puissance intellectuelle ne peuvent nous donner cette capacité; seul l’Esprit de Dieu peut le faire.

Gardons fermement ceci dans notre cœur, car nous vivons dans une période marquée par la recherche, les expériences et l’activité intellectuelle. On admet communément que l’esprit humain est capable de traiter des choses de Dieu de la même manière qu’il peut traiter des choses de l’homme, mais ce n’est pas le cas. Preuve en est les terribles bévues spirituelles commises par des hommes instruits. Ils peuvent être hautement qualifiés dans les choses humaines, mais pitoyablement aveugles et ignorants dans les choses divines.

Sommes-nous tous avides de connaître les choses de Dieu? Certes, nous devrions l’être. Nous y avons un intérêt personnel. Les choses «ordonnées», «préparées» et «révélées» nous ont été «données par Dieu». Nous les sommes-nous appropriées spirituellement pour les comprendre et en jouir?

Nous pouvons le faire puisque les choses révélées par les saints apôtres et prophètes de Dieu nous ont été communiquées en des paroles divinement ordonnées. C’est ce que nous dit le verset 13. Et la fin de ce verset montre que l’apôtre revendique l’inspiration — l’inspiration verbale — de ses prédications orales. Et d’autant plus, si cela était possible, pour ses écrits. Cette inspiration se réfère très clairement aux mots employés. Si nous n’avons pas dans les Écritures (telles qu’elles ont été données originalement) les pensées de Dieu exprimées par les mots choisis par Dieu, nous n’avons aucune inspiration de réelle valeur.

Le dernier chaînon de cette chaîne magnifique est «discernées» (elles se discernent; v. 14). Si aujourd’hui nous ne discernons pas les choses de Dieu par le moyen de la parole de Dieu, il ne nous sera pas d’une grande utilité qu’elles aient été ordonnées, préparées, révélées, données et communiquées. Elles peuvent être nôtres; et elles le sont si vraiment nous sommes chrétiens. Mais pour en retirer aujourd’hui une bénédiction pratique, nous devons les discerner. Et le discernement nécessaire nous est donné par le même Esprit, par celui qui les a révélées et communiquées.

Pour avoir du discernement, nous devons être en bonne condition spirituelle. «L’homme animal», c’est-à-dire l’homme dans son état naturel ou inconverti, ne les discerne pas du tout. L’homme spirituel, c’est-à-dire le croyant non seulement habité mais aussi gouverné et caractérisé par l’Esprit de Dieu, peut seul se les approprier. En possédant l’Esprit, nous avons la pensée de Christ. En étant gouvernés par l’Esprit, les yeux de nos cœurs sont ouverts pour comprendre. Seul le croyant spirituel, ayant une vision spirituelle, peut voir toutes choses clairement (v. 15).

Il y a bien longtemps, un homme se plaignait: «Je ne discerne pas bien, j’aurais besoin de plus de lumière!» On lui répondit: «Vous n’avez pas besoin de plus de lumière, vous avez besoin de fenêtres!» C’était vrai. Si nous permettons à l’Esprit de Dieu de laver les fenêtres de notre âme, nous verrons vite bien plus clairement.

Chapitre 3

Dans les premiers versets du chapitre 3, en termes très clairs, l’apôtre met les Corinthiens en face de leur véritable état. Ayant «été enrichis... en toute parole et toute connaissance» (1:5) ils pouvaient s’être imaginés dignes de grands éloges. Mais en fait, c’est un blâme sévère qu’ils reçoivent: ils n’étaient pas «spirituels» mais «charnels».

Ils n’étaient pas des hommes naturels — car cette expression désigne l’homme étranger à la vie de Dieu. Ils n’étaient pas des hommes spirituels — car de tels hommes sont éclairés et dirigés par l’Esprit de Dieu. C’étaient des hommes charnels. L’homme charnel, comme nous le présente ce passage, est un homme qui, bien que possédant l’Esprit, n’est pas dirigé par l’Esprit, mais par la chair. À cause de leur état charnel, Paul les avait nourris jusque-là de lait et non de viande. Cela signifie qu’il ne leur avait enseigné que les éléments de la foi, et ne leur avait guère parlé de la sagesse cachée de Dieu dont il est question au chapitre 2.

Les Corinthiens auraient pu se sentir froissés de l’accusation de Paul et être tentés de la réfuter. Paul étaye donc son affirmation en faisant de nouveau allusion à leurs divisions sous des chefs de partis, ce qui générait des jalousies et des conflits. En tout cela, ils marchaient selon l’homme et non selon l’Esprit de Dieu.

Et si l’apôtre Paul nous écrivait aujourd’hui, que pourrait-il dire, si ce n’est les mêmes choses dans un langage beaucoup plus sévère? En effet, la division des véritables chrétiens en partis ou en sectes ne pourrait guère être plus grande qu’elle ne l’est aujourd’hui. Et si nous écartions le reproche en objectant: Ne sommes-nous pas sérieux, n’avons-nous pas de grandes lumières, n’interprétons-nous pas l’Écriture correctement? — il pourrait nous répondre: Puisque les uns disent: je suis de A; d’autres, je suis de B; plusieurs, je suis de X; et un grand nombre, je suis de Z — n’êtes-vous pas charnels?

Nous disons cela tout en étant bien conscients qu’il y a des chrétiens spirituels; et il y en avait parmi les Corinthiens, comme nous le verrons plus loin. Mais soyons bien sûrs que ceux qui sont vraiment spirituels seront les derniers à se présenter comme des exceptions, à se distinguer et à se mettre en avant. Ils savent qu’un tel comportement ne ferait qu’encourager le mal dénoncé ici, car ils deviendraient rapidement des chefs de partis. Au contraire, leur spiritualité s’exprimera dans une réelle humilité d’esprit, et dans ce genre de confession qui fait sien le péché du peuple de Dieu. Ils prieront dans l’esprit d’Esdras. Celui-ci disait: «Nos iniquités se sont multipliées par-dessus nos têtes, et notre coulpe a grandi jusqu’aux cieux», même s’il avait personnellement une bien petite part dans le mal qu’il confessait, et était lui-même caractérisé par une piété exceptionnelle (Esd. 9:6).

Le même esprit d’humilité caractérise Paul dans ce passage. Il rejette catégoriquement toute place en vue, que ce soit pour lui ou pour Apollos. Ils ne sont rien de plus que des serviteurs par lesquels Dieu se plaît à travailler. Dieu est le grand Ouvrier. Dans ce passage (v. 5 à 11) les Corinthiens sont vus de deux manières: comme «le labourage de Dieu» et comme «l’édifice de Dieu». Paul et Apollos ne sont que des «collaborateurs de Dieu» (v. 9). Ce ne sont pas des ouvriers concurrents, encore moins des ouvriers antagonistes. Ce sont des collaborateurs, sous l’autorité de Dieu.

Chacun a cependant un travail bien distinct. Dans le champ, Paul plante, puis Apollos arrose les jeunes pousses. Dans le bâtiment, Paul est le sage architecte qui a posé le fondement, et Apollos construit par-dessus. Leurs activités sont différentes, mais l’objet en est unique (v. 7 et 8). En eux-mêmes, Paul et Apollos ne sont rien, mais ils travaillent chacun dans la sphère qui leur est assignée. Ils sont un quant à leur objet et à leur but, bien que chacun d’eux doive finalement être récompensé selon son propre travail. C’est ainsi que Dieu maintient parmi ses serviteurs tout à la fois l’unité et la diversité, et il ne doit y avoir aucun tiraillement entre l’un et l’autre.

Il en était ainsi de Paul et d’Apollos. Mais ce ne sont pas les seuls ouvriers qui ont pris part au travail à Corinthe. À la fin du verset 10, l’application de cette image s’élargit jusqu’à embrasser «chacun», c’est-à-dire tous ceux qui ont contribué à l’œuvre à Corinthe. Cela s’applique également, bien sûr, à tous ceux qui collaborent d’une manière ou d’une autre à l’œuvre de Dieu, où que ce soit et à n’importe quelle époque — donc aussi à nous aujourd’hui.

Le fondement avait été correctement et définitivement posé par Paul, lorsqu’il était venu à Corinthe, où il avait demeuré un an et demi. C’était le vrai fondement: Jésus Christ. Mais une question se posait quant à ses successeurs. Non pas tellement quant à la manière dont ils bâtissaient, mais quant aux matériaux qu’ils utilisaient. S’agissait-il de matériaux précieux et capables de résister au feu, ou de matériaux de peu de valeur, facilement consumables? Le jour approche où tout sera éprouvé par le feu. Toutes choses seront alors manifestées. Le vrai caractère de tous nos travaux sera révélé. Et il ne s’agira pas alors de la quantité de travail accompli, mais de sa qualité. Cette pensée que «le jour le fera connaître» doit nous sonder.

Lorsque ce jour répandra sa lumière sur nous et mettra tout à l’épreuve, il se peut que notre ouvrage demeure. S’il en est ainsi, nous recevrons une récompense. Dieu veuille que ce soit le cas pour chacun de nous!

D’un autre côté, il se pourrait que notre ouvrage soit consumé et anéanti, mais que nous-mêmes nous soyons sauvés, «comme à travers le feu». Lorsque les trois jeunes Hébreux passèrent à travers le feu, comme le rapporte Daniel 3, eux-mêmes et leurs habits ne furent aucunement touchés: seuls leurs liens furent consumés. Quelle perte pour nous si nous devions sortir du feu nus, dépouillés de tout ce avec quoi nous nous étions parés comme étant le fruit de nos travaux sur la terre!

Mais de plus, nous voyons qu’il y avait un doute dans l’esprit de l’apôtre quant à savoir si tous ceux qui avaient travaillé à Corinthe étaient vraiment des croyants. D’où l’avertissement solennel des versets 16 et 17. Il existe des œuvres dont l’effet est absolument destructeur pour l’édifice. Cela soulève une autre question importante: Quelle est la nature de ce bâtiment qui est le temple de Dieu?

L’apôtre demande aux Corinthiens s’ils ignoraient que, étant le temple de Dieu, ils portaient le caractère de ce temple. En eux comme étant son temple, Dieu habitait par son Esprit. Cela leur donnait collectivement un caractère particulier de sainteté. Faire un travail qui «corrompt» ou «détruit» le temple de Dieu est une chose terriblement grave. Et si, dans le jour qui vient, l’œuvre de quelqu’un est trouvée porter ce caractère destructeur, Dieu le détruira.

Apparemment, quelques-uns de ceux qui circulaient en ces jours-là, et qui, comme Paul le craignait, faisaient une œuvre destructrice, étaient des hommes richement pourvus de la sagesse de ce monde, qui se présentaient parmi les croyants comme des gens d’une classe supérieure. Cela peut expliquer les paroles très sévères des versets 18 à 20. La sagesse de ce monde est folie pour Dieu. Que personne ne se trompe lui-même à ce propos! Et si des ouvriers de destruction continuent leur travail, se trompant eux-mêmes et trompant les autres, ne nous laissons pas tromper par eux.

Quelle malédiction, quelle destruction, attend les docteurs modernes de la chrétienté, les critiques destructeurs de l’Écriture Sainte! Étant remplis de la sagesse de ce monde, ils se permettent de nier et de contredire la sagesse de Dieu. Ils peuvent imaginer que leurs seuls opposants sont des chrétiens peu instruits ou vieux jeu, mais ils oublient le jour qui révélera le jugement de Dieu. Que ce jour soit sans cesse devant nos yeux!

 «Que personne donc ne se glorifie dans les hommes!» Quelques-uns de ceux dans lesquels les Corinthiens se glorifiaient étaient peut-être des personnages peu recommandables. Mais ne nous glorifions même pas dans les meilleurs des hommes. D’une part, aucun homme n’en est digne, comme le chapitre 1 nous l’a montré. Et d’autre part, comme cela est souligné ici, la grâce nous a donné une place qui devrait nous ôter toute idée de nous glorifier dans un simple être humain. «Toutes choses» sont à nous. Toutes choses? C’est une affirmation plutôt surprenante. S’agit-il vraiment de toutes choses? Eh! bien, regardons l’immense domaine esquissé par le verset 22. Les meilleurs des saints d’un côté et le monde de l’autre. La vie d’un côté et la mort de l’autre. Les choses présentes d’un côté et les choses à venir de l’autre. Toutes sont à nous.

Comment sont-elles à nous? Le verset 23 donne la réponse. Elles sont à nous parce que nous sommes à Christ, et Christ à Dieu. Toutes choses sont à Dieu; personne ne peut mettre cela en question; c’est là que nous commençons. Mais ensuite, Dieu a son Christ, qui est l’héritier de toutes choses. Or Christ veut entrer pratiquement en possession de tout ce qui lui revient en mettant ses saints en possession de toutes ces choses. Quelle merveille! On trouve une allusion à cela au chapitre 7 de Daniel. «L’Ancien des jours» s’assied sur le trône suprême. Lorsqu’il l’a fait, «quelqu’un comme un Fils d’homme» apparaît, et on lui donne «la domination et l’honneur et la royauté». Et ce n’est pas tout. Le temps arrive où «les saints des lieux très hauts» reçoivent le royaume. Il vaut la peine de lire ce chapitre avant de continuer.

Donc toutes choses sont à nous et nous ne devons jamais l’oublier. Le souvenir de cela nous élèvera au-dessus du monde et de tous ses attraits trompeurs, au-dessus de la sagesse de ce monde, au-dessus de toute envie de nous glorifier dans l’homme, et même dans le meilleur des saints.

Chapitres 4 et 5

Chapitre 4

Les hommes de ce monde — et souvent aussi des prédicateurs modernes — ont les yeux fixés vers la terre. Ils professent une religion purement terrestre, dont le but est de produire un peu plus d’ordre à la surface des choses, mais qui, en même temps, néglige complètement le fond. Mais qu’en était-il de Paul et d’Apollos? Qu’étaient-ils? Avait-on sujet de se glorifier en eux? Ils n’étaient que des serviteurs et des administrateurs. Le chapitre 4 commence par rappeler que la vertu essentielle d’un administrateur, c’est la fidélité. Et cela ramène nos pensées vers «le jour» qui rendra manifeste toute chose (cf. 3:13).

Au verset 3, l’expression «jugement d’homme» est, si on la traduit littéralement, «jour d’homme», ce qui souligne tout à la fois la relation et le contraste avec «le jour» qui va venir. Dans la lumière de ce «jour», Paul n’était pas particulièrement troublé ou préoccupé par un jugement d’homme, fût-il celui des Corinthiens eux-mêmes. S’ils avaient été dans une bonne condition spirituelle, l’apôtre aurait certainement écouté avec patience les critiques qu’ils auraient pu avoir à lui faire. Mais ils étaient charnels, et par conséquent, leur jugement n’avait que peu de valeur. C’est ce que Paul leur fait savoir.

De plus, Paul avait une bonne conscience. Et il précise: «Je n’ai rien sur ma conscience; mais par là je ne suis pas justifié» (v. 4). Ah! si seulement nous pouvions tous parler ainsi! — si nous étions assez fidèles à ce que nous avons appris de la pensée de Dieu pour entretenir toujours une bonne conscience! Mais Paul lui-même devait admettre que cela ne le justifiait pas; il devait être jugé non par ce qu’il savait de lui même, mais par le Seigneur et par ce que le Seigneur savait. Il en est de même pour nous. Il y a une grande différence entre les normes fournies par nos consciences et celles qui sont fondées sur l’omniscience du Seigneur.

Qu’est-ce que le Seigneur sait? Le verset 5 nous le déclare; et c’est l’un des versets les plus scrutateurs de la Bible. Lorsque le Seigneur viendra, il apparaîtra au grand jour, et les rayons de sa lumière feront un travail semblable à celui des rayons X. Ce verset est écrit, non pas au sujet du mal grossier qui se commet dans le monde sans Dieu, mais au sujet des actions qui ont lieu parmi les chrétiens.

Ils sont innombrables, les tristes événements qui ont eu lieu parmi les saints de Dieu! — les uns d’une nature plus ou moins privée, les autres publics et ecclésiastiques. Nous pouvons former nos jugements et même devenir de violents partisans d’une cause; et en même temps, il peut y avoir des coins sombres qui échappent à nos yeux, dans lesquels des choses cachées sont tenues en secret. Il peut y avoir dans les cœurs des motifs secrets, entièrement voilés à notre vue. Tout sera révélé à la lumière du jour. La cour d’appel de dernière instance se tiendra en la présence du Seigneur. Et son verdict pourra infirmer de manière irrévocable tous les verdicts des cours inférieures. Si nous avons l’impression d’être mal jugés, ayons patience. Et si nous sommes prêts à entreprendre une action énergique, prenons bien garde.

Cherchons bien dans les coins sombres, pour voir s’il n’y a pas des choses cachées qui devraient venir à la lumière. Scrutons nos propres cœurs pour voir si de mauvais motifs ne s’y cachent pas. Laissons-nous d’abord sonder par le Seigneur de façon patiente et répétée, spécialement s’il s’agit d’une action ecclésiastique qui peut avoir beaucoup de conséquences.

«Et alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu» (v. 5). Cela ne signifie pas que tout homme recevra une louange, mais que tous ceux qui en recevront une la recevront de la part de Dieu et non pas de leurs semblables. Les Corinthiens avaient leurs chefs de partis. Ils louaient ceux-ci de façon extravagante et ils condamnaient ceux-là — chacun à son gré. Cela n’avait aucune valeur. Que Dieu nous donne la grâce d’éviter ce genre de choses! La seule louange qui ait de la valeur est celle qui vient de Dieu.

Le verset 6 nous montre que les véritables chefs de partis à Corinthe étaient d’autres personnes que Paul et Apollos. Il s’agissait probablement de conducteurs locaux doués, ou peut-être même de frères de tendance judaïsante qui les visitaient; l’apôtre fait plus clairement allusion à ces personnes dans la seconde épître. Paul évite de mentionner leurs noms, mais il veut que chacun apprenne à ne pas s’enfler «pour l’un contre un autre». Personne n’a de raisons de se vanter, aussi brillant que soit son don, parce que tout don vient de Dieu.

Cette manière de se glorifier dans l’homme vient de l’esprit du monde. Et si le monde s’infiltre sournoisement en un endroit, il va bientôt s’infiltrer en d’autres. C’est ce qu’il avait fait parmi les Corinthiens. Ils étaient rassasiés et riches, et régnaient comme des rois, menant une vie agréable, tandis que leur Seigneur était toujours rejeté et que les apôtres du Seigneur partageaient son rejet. Il y a une pointe d’ironie dans les mots «je voudrais bien que vous régnassiez, afin que nous aussi nous régnassions avec vous!» (v. 8). Les saints régneront lorsque Christ régnera, et les apôtres seront alors sur leurs trônes.

Quel tableau des apôtres nous avons dans les versets 9 à 13! Il n’a pas besoin de commentaires, mais laissons-le se graver dans nos esprits. Paul nous donne ce tableau, non pas pour nous faire honte, mais pour nous avertir. Mais sans aucun doute, nous devons être honteux aussi bien qu’avertis. Paul était un père spirituel pour les Corinthiens, et pas simplement un instructeur, car il avait été l’instrument de leur conversion. Nous aussi, en tant que Gentils, nous avons été convertis par son moyen, bien qu’indirectement, et il est notre instructeur par ses écrits inspirés. Prenons-le donc comme modèle, et imitons sa foi et son dévouement.

Les derniers versets de ce chapitre montrent que quelques-uns parmi les Corinthiens non seulement couraient après des chefs de partis et étaient mondains, mais qu’ils étaient pétris d’amour-propre et remplis d’orgueil. À de telles personnes, l’apôtre écrit en termes très clairs. Pour le moment, Timothée était venu leur rappeler ce qui était juste et bienséant, les faire souvenir de ses voies en Christ, mais Paul prévoyait de venir bientôt lui-même. Et lorsqu’il viendrait dans la puissance du royaume de Dieu, avec l’autorité de Dieu, ces frères enflés d’orgueil pourraient se mesurer eux-mêmes à lui, s’ils le désiraient.

Mais le désiraient-ils? Cela aurait pour effet d’anéantir leurs prétentions démesurées! N’était-il pas bien préférable qu’ils s’humilient eux-mêmes devant Dieu et qu’ils permettent ainsi à Paul de les visiter dans un esprit beaucoup plus heureux?

Et, en terminant la lecture de ce chapitre, ne serait-il pas opportun pour chacun de nous de nous laisser sonder et de nous humilier devant Dieu?

Chapitre 5

Dans les premiers versets de ce chapitre, nous voyons que les Corinthiens méritaient entièrement la verge dont Paul a parlé à la fin du chapitre précédent. Il y avait au milieu d’eux un cas d’immoralité très grave. Corinthe était une ville licencieuse et le niveau de moralité parmi les Gentils était déplorablement bas; et pourtant le péché particulier commis par un homme qui professait être chrétien ne se produisait pas parmi ceux des nations (5:2). La chose n’avait pas été faite en secret, elle était connue de tous.

Mais, bien que cela soit publiquement connu, l’assemblée à Corinthe n’avait entrepris aucune action. C’était déjà très grave, et ils ajoutaient encore à l’indifférence la suffisance. Ils auraient peut-être pu s’excuser en disant qu’ils n’avaient pas encore reçu d’instructions pour agir dans un tel cas. Mais, même si c’était vrai, ce n’était pas une réelle excuse; en effet, tant soit peu de sensibilité spirituelle les aurait amenés à s’humilier du déshonneur qui était jeté sur le nom du Seigneur, comme aussi à prier pour que Dieu intervienne en ôtant du milieu d’eux celui qui vivait dans le péché. Au lieu de cela, ils étaient «enflés» d’un orgueil insensé.

Dans les versets 3 à 5, nous voyons la sainte vigueur et la fermeté de Paul, en contraste avec l’indécision indolente des Corinthiens. Ils auraient dû être réunis ensemble au nom du Seigneur Jésus Christ et agir en ôtant le méchant du milieu d’eux, comme l’indique le dernier verset du chapitre. Mais ils ne l’avaient pas fait. Paul intervient alors; il juge et agit avec son autorité apostolique, bien qu’il associe les Corinthiens à son jugement et à son action. Il serait prêt à livrer un tel homme à Satan, car même Satan peut être utilisé pour la discipline d’un croyant qui est tombé.

On voit ici que la limite extrême à laquelle Satan peut aller est la destruction de la chair. Dans le cas de Job, il n’a pas été autorisé à aller jusqu’à cette limite, mais il a terriblement fait souffrir cet homme dans sa chair. Et si même la chair devait être détruite et la mort intervenir, c’est afin que l’esprit soit sauvé dans le jour qui vient. Ceci suppose que celui qui est l’objet de cette forme extrême de discipline est malgré tout un vrai croyant.

Il y avait un autre fait que les Corinthiens négligeaient aussi, et qui montrait l’erreur et la folie de leur esprit orgueilleux. Ils constituaient comme une masse de pâte dans laquelle un peu de levain avait été introduit. Le levain a une propriété bien connue: la fermentation se développe jusqu’à ce que toute la pâte en ait été atteinte. Ainsi les Corinthiens ne pouvaient pas considérer le péché de l’un des leurs comme une chose qui ne les concernait pas, bien au contraire! Il s’agissait en fait de «vieux levain», du mal même qui avait sévi parmi eux lorsqu’ils n’étaient pas convertis, et qui se développerait certainement à nouveau s’il restait non jugé. C’est pourquoi ils devaient s’en purifier en ôtant le méchant du milieu d’eux.

S’ils agissaient ainsi, ils deviendraient pratiquement «une nouvelle pâte», et l’apôtre ajoute: «comme vous êtes sans levain» (v. 7). Ils étaient réellement une nouvelle pâte sans levain quant à leur place et leur condition devant Dieu; et ils devaient agir de telle sorte qu’ils soient en pratique ce que Dieu les avait fait devenir en Christ. Il est important pour nous de bien saisir le principe qui est sous-jacent, car, sous la grâce, c’est le principe selon lequel Dieu agit toujours. La loi demandait à l’homme d’être ce qu’il n’était pas. La grâce nous fait être ce qui est selon la pensée de Dieu, puis nous appelle à agir en accord avec Chapitre 4 Ce principe s’applique de bien des manières. Vous devez toujours agir «afin que vous soyez... comme vous êtes».

L’apôtre se sert bien sûr d’une image lorsqu’il parle ainsi du levain. Mais c’est une image particulièrement bien appropriée. Le repas de la Pâque, pour Israël, devait être mangé sans levain; et il était suivi par la fête des pains sans levain, qui durait une semaine. La Pâque préfigurait la mort de Christ; celle-ci a été son accomplissement. Et l’Église, durant tout le temps de son séjour ici-bas, doit accomplir le type de la fête des pains sans levain, en s’éloignant de tout mal et en marchant en «sincérité» et en «vérité» (v. 8).

De même que les Israélites devaient ôter tout levain de leurs maisons, ainsi aussi vous et moi, nous devons ôter tout mal de nos vies. Et en plus de cela, il y a des cas où la parole de Dieu demande l’action de l’assemblée. De tels cas dans le domaine du mal moral sont mentionnés au verset 11. Le transgresseur peut être «quelqu’un appelé frère». Comme il a professé être converti, il se trouve au-dedans de l’assemblée et non au-dehors; et parce qu’il est dedans, il est soumis au jugement de l’assemblée et doit être placé dehors. Cette mise à l’écart n’est pas simplement une excommunication formelle et administrative. C’est une action d’une telle réalité que les saints ne doivent plus avoir de commerce en aucune manière avec celui qui a péché. Lorsque nous avons affaire avec les hommes de ce monde pour les choses d’ici-bas, nous ne pouvons pas faire une discrimination semblable sur la base de leurs caractères moraux. Mais si un homme qui professe être chrétien est coupable des péchés mentionnés au verset 11, nous devons en avoir fini avec lui et, pour le moment, ne plus le reconnaître du tout comme un chrétien. Le futur révélera ce qu’il est réellement.

Ce chapitre montre très clairement que lorsqu’il fallait s’occuper d’un mal grave, du vivant des apôtres, sur la base de l’autorité et de l’énergie apostoliques, le chemin normal était, comme il l’est toujours, par l’action de l’assemblée rassemblée au nom du Seigneur. Son domaine de compétence se limite à ceux qui sont «de dedans». Ceux qui sont «de dehors» doivent être laissés au jugement de Dieu qui les atteindra au moment convenable.

Chapitre 6

Il y avait un autre fait scandaleux parmi les Corinthiens, et Paul l’aborde au chapitre 6. Le mal était peut-être moins grave que le précédent, mais apparemment il était plus répandu. Quelques-uns parmi eux étaient querelleurs et amenaient leurs disputes jusque devant les tribunaux publics. Ainsi, ils lançaient leurs accusations et exposaient leurs torts, réels ou imaginaires, devant les incrédules.

Ici encore, l’instinct spirituel aurait dû les préserver d’une telle erreur. Leur façon de faire revenait à dire qu’il n’y avait pas un seul homme sage parmi eux, capable de juger et de décider en de tels cas. Ainsi, ils étalaient bruyamment ce qui était à leur honte.

En plus de cela, ils proclamaient leur propre ignorance. Le verset 2 commence par «Ne savez-vous pas», et cette expression est répétée cinq fois dans ce chapitre. Comme beaucoup d’autres croyants charnels, les Corinthiens n’avaient pas autant de connaissance qu’ils le pensaient. Si la vérité nous gouverne, nous la connaissons réellement. Une simple connaissance intellectuelle ne sert à rien.

Ils auraient réellement dû savoir que «les saints jugeront le monde». Cela avait été annoncé dans l’Ancien Testament. On lit en Daniel: «... jusqu’à ce que l’Ancien des jours vint, et que le jugement fut donné aux saints des lieux très hauts, et que le temps arriva où les saints possédèrent le royaume» (7:22). S’ils avaient vraiment su cela, ils ne se seraient pas traînés l’un l’autre devant les tribunaux païens. Et si nous en étions davantage conscients, nous éviterions peut-être de faire certaines choses que nous nous permettons. Au verset 3, nous sommes placés devant un fait encore plus étonnant: «nous jugerons les anges» — bien que le changement de «les saints» à «nous» indique peut-être que le jugement des anges ne sera confié qu’aux apôtres.

Quoiqu’il en soit, ces versets ouvrent devant nous une perspective d’autorité et de responsabilité extraordinaire, à la lumière de laquelle les choses qui appartiennent à cette vie peuvent être considérées comme de plus petites affaires (v. 2). En accord avec cette évaluation, l’enseignement donné ici est que, si de telles questions sont placées devant les saints pour être jugées, ceux qui sont les moins estimés dans l’assemblée doivent s’en occuper. Nous remarquons qu’il n’est pas dit que tous les saints jugeront dans le temps à venir. Peut-être que tous n’y sont pas destinés, et ainsi ceux qui paraissent le moins à même d’être juges dans ce temps futur peuvent l’être maintenant. Telle est l’évaluation que l’Écriture nous donne de l’importance relative des choses du temps à venir et de celles du temps présent.

Il est donc tout à fait évident que si un croyant se plaint d’une injustice de la part d’un autre, il doit exposer son cas devant les saints et non devant le monde. Il y a cependant quelque chose de bien meilleur que cela, et c’est ce qu’indique le verset 7. Le meilleur chemin, c’est de souffrir docilement le tort en laissant le Seigneur s’en occuper et produire la repentance chez celui qui l’a fait. Le pire de tout, c’est de commettre des torts et des injustices, et cela à ses frères même.

Si quelqu’un appelé un chrétien agit de manière injuste, de sérieuses questions se posent, puisque «les injustes n’hériteront point du royaume de Dieu». La première question que nous nous posons est: est-ce un vrai croyant, après tout? Dieu seul sait ce qui en est. Quant à nous, nous demeurons dans le doute à cet égard. Un vrai croyant peut tomber dans n’importe lequel des terribles péchés énumérés aux versets 9 et 10; mais il n’est pas caractérisé par cela, et, par la repentance, il peut être finalement restauré. Ceux qui sont caractérisés par ces choses n’ont aucune part au royaume de Dieu, ni maintenant ni plus tard. Par conséquent, ils sont manifestement en dehors de la communion de l’assemblée de Dieu.

Certains d’entre les Corinthiens avaient été des pécheurs de ce type, mais par leur conversion, ils avaient été lavés, sanctifiés et justifiés (v. 11). Le lavage dont il est question ici est le travail profond et fondamental de renouvellement moral accompli par la nouvelle naissance. La sanctification est la mise à part pour Dieu, afin d’être maintenant à sa disposition pour lui plaire. La justification est l’annulation de toute charge qui pourrait être portée contre nous; c’est une mise en ordre judiciaire, grâce à laquelle nous nous tenons maintenant en justice devant Dieu. Ces trois choses ont été faites pour nous «au nom du Seigneur Jésus», c’est-à-dire en vertu de son sacrifice; et «par l’Esprit de notre Dieu», c’est-à-dire par son œuvre effective dans nos cœurs. Nous aurions peut-être eu tendance à lier le lavage avec le travail de l’Esprit exclusivement, et la justification avec l’œuvre de Christ. Mais ce n’est pas présenté comme cela ici. Ce qui est objectif va de pair avec ce qui est subjectif.

Nous aurions aussi pu être inclinés à placer la justification en première place. Mais le lavage vient en premier ici parce que le point important du passage est que le croyant manifeste un caractère entièrement nouveau. Les anciens caractères de souillure sont lavés avec la nouvelle naissance. Et s’ils ne sont manifestement pas lavés, quoi qu’un homme professe, il ne peut pas être considéré comme étant un vrai croyant, ou comme appartenant au royaume de Dieu.

Le paragraphe qui commence au verset 12 introduit une nouvelle ligne de pensées. Il va être question des viandes au verset suivant, et nous aurons plus de détails à ce propos dans le chapitre 8. C’était une question brûlante parmi les premiers chrétiens. À ce sujet, Paul montre qu’il n’était pas sous la loi. Mais même ainsi, ce qui est «permis» peut ne pas être du tout «avantageux». De plus, même une chose permise peut avoir tendance à nous rendre esclave, et nous devons bien nous garder de nous laisser asservir par quoi que ce soit. Au contraire, nous devons rester libres pour être les esclaves de notre Seigneur et Sauveur. Combien souvent on entend à propos d’une chose controversée: Mais ce n’est pas interdit... Quel mal y a-t-il à cela? On peut répondre en posant une autre question: Est-ce avantageux? Nous avons à rechercher les choses qui n’ont pas seulement la vertu négative de ne pas être mauvaises, mais qui ont la vertu positive d’être avantageuses.

Le dernier paragraphe du chapitre comporte des enseignements très importants à propos du corps du croyant. Pour le moment, nos corps n’ont pas encore connu la rédemption; ils sont par conséquent le siège de diverses convoitises et, à cet égard, doivent être tenus pour morts. Nous ne devons cependant pas commettre l’erreur de les traiter avec légèreté. Trois grands faits à leur sujet sont mentionnés dans ce passage:

1) Nos corps sont «des membres de Christ» (v. 15). S’il est vrai qu’ils ne sont pas encore rachetés, ils doivent pourtant l’être, et le Seigneur les réclame déjà comme étant siens. Ils sont siens d’une manière si réelle que la vie de Jésus peut être manifestée dans nos corps (cf. 2 Cor. 4:10). Ils sont les membres dans lesquels doit être manifestée la vie de Celui qui est notre Tête.

2) Le corps de chaque croyant est «le temple du Saint Esprit» (v. 19). Notre ancienne vie a été jugée. Le péché dans la chair, qui nous dominait jadis, a été condamné; et maintenant l’Esprit habite en nous comme l’énergie de la nouvelle vie que nous avons en Christ. Chaque croyant devrait considérer son corps comme la demeure où habite le Saint Esprit qu’il a reçu de Dieu. Dieu a pris possession de son corps de cette manière. C’est un fait d’une importance capitale.

3) Nous avons «été achetés à prix» (v. 20). Ce rachat implique notre corps aussi bien que notre âme. Le prix qui a été payé pour cela est au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer, nous le savons bien. Mais nous pourrions parfois oublier qu’il concerne aussi le rachat de nos corps.

Et maintenant, voyons les conséquences de ces trois grands faits. Comment pourrions-nous faire des membres de Christ les membres d’une prostituée? Pourrais-je traiter mon corps comme étant exclusivement à moi? Nous ne sommes pas à nous-mêmes. Nous sommes à un autre — esprit, âme et corps. «Glorifiez donc Dieu dans votre corps». La seule pensée des hommes inconvertis est de se satisfaire et de se glorifier eux-mêmes dans et par leur corps. Qu’il nous soit donné de plaire à Dieu et de le glorifier Lui!

Quel standard est placé devant nous ici! Nous avons peut-être le sentiment qu’il est bien haut et que nous ne pouvons pas l’atteindre. Et pourtant, nous ne voudrions pas qu’il soit différent. Il y a ici une grande bénédiction pour le présent et un gage certain de la gloire à venir. Si nos corps sont déjà maintenant le temple du Saint Esprit, combien certaine est la rédemption future de nos corps! Alors le Saint Esprit aura un temple caractérisé par une sainteté parfaite. En attendant, il nous encourage à la sainteté, et cela pour notre plus grande bénédiction.

Arrêtons-nous encore sur le verset 17. Il élimine d’emblée l’idée que notre union avec Christ se trouve dans son incarnation — idée qui est à la base de bien des erreurs répandues dans la chrétienté. Cette union ne réside pas dans la chair mais dans l’esprit. On a ici l’un des cas où l’on pourrait se demander s’il faut mettre au mot «esprit» une majuscule ou une minuscule. L’Esprit qui habite en nous est l’Esprit de Christ; et par Lui nous sommes un seul esprit avec le Seigneur. Quel fait merveilleux! Méditons-le bien.

À suivre