Lectures hebdomadaires

Exposé sur le livre d'Esdras

Edward Dennet

Chapitre 1er

1. Introduction

Le livre d’Esdras marque une étape importante dans l’histoire des voies de Dieu à l’égard de son peuple Israël. Bien que soixante-dix années se soient écoulées, il se rattache directement au second livre des Chroniques, car le temps de l’exil des Juifs loin du pays de la promesse n’est pas compté. Ils avaient tout perdu à cause de leurs iniquités et de leur apostasie. Dieu avait envoyé Nébucadnetsar pour les châtier, pour détruire sa propre maison que son peuple avait profanée et souillée, et les emmener captifs à Babylone, «afin que fût accomplie la parole de l’Éternel, dite par la bouche de Jérémie, jusqu’à ce que le pays eût joui de ses sabbats» (2 Chr. 36:21). Rien de plus triste que le récit de la destruction de Jérusalem et de la fin du royaume — envisagé comme confié à la responsabilité de l’homme — si ce n’est celui, encore plus effroyable, du siège et de la prise de Jérusalem par Titus, peu après le début de l’ère chrétienne.

La longue patience de Dieu avait été démontrée par tous les moyens possibles. Dans sa grâce et sa longanimité, il avait supporté l’orgueilleuse rébellion de son peuple. Comme le Sauveur lorsqu’il était sur la terre, son cœur, plein d’amour, avait usé de patience envers la ville qui était l’expression de sa grâce royale. Il avait envoyé vers eux ses messagers, «se levant de bonne heure et envoyant, car il avait compassion de son peuple et de sa demeure. Mais ils se moquaient des messagers de Dieu, et méprisaient ses paroles, et se raillaient de ses prophètes, jusqu’à ce que la fureur de l’Éternel monta contre son peuple et qu’il n’y eut plus de remède. Et il fit monter contre eux le roi des Chaldéens...». C’est ainsi que l’épée de sa justice tomba sur son peuple coupable, car leurs iniquités étaient plus grandes encore que celles des Amoréens que Dieu avait chassés devant eux (cf. 2 Rois 21:11). Le trône de Dieu sur la terre était désormais transféré à Babylone, et alors commença le temps des nations —qui continue aujourd’hui et durera encore, jusqu’au jour où Christ lui-même établira son trône, le trône de son père David (cf. Luc 1:32-33; 21:24). «Lo-Ammi» (pas mon peuple) était ainsi écrit sur la race élue qui commença à faire l’expérience douloureuse de la captivité et de l’exil, sous la main de son Dieu agissant envers elle en gouvernement.

Mais maintenant, au début du livre d’Esdras, les soixante-dix années d’exil, annoncées par Jérémie sont révolues, et Esdras raconte comment Dieu agit maintenant dans ce «temps des nations» pour accomplir avec fidélité et certitude ce qu’il avait promis dans sa parole. La manière d’agir de Dieu explique son attitude à l’égard de son peuple pendant le temps des nations, et aussi, dans une certaine mesure, la singularité de cette portion de l’Écriture à laquelle se rattachent aussi les livres de Néhémie et d’Esther. Dans ces livres, on ne voit plus Dieu intervenir activement dans les affaires de son peuple, mais il travaille pour ainsi dire dans les coulisses. En même temps, reconnaissant le nouvel ordre que Lui-même a établi, il se sert des monarques des nations, entre les mains desquels il a remis le sceptre de la terre, pour exécuter ses plans.

Si nous gardons ces principes toujours présents à l’esprit, nous n’en serons que mieux préparés à aborder l’étude de ce livre avec intelligence. Il se compose de deux parties:

  • les six premiers chapitres font le récit du retour des fils de la captivité qui répondirent à la proclamation de Cyrus, et relatent la reconstruction du temple;
  • les quatre derniers rendent compte de la mission personnelle d’Esdras.

 2. Chapitre 1er — Retour de captivité sous Cyrus

2.1. Esdras 1:1 — Accomplissement de la prophétie au sujet de Cyrus

Deux points se dégagent de ce chapitre: la proclamation de Cyrus et son écho dans le cœur du peuple. En outre sont donnés l’énumération détaillée et le dénombrement des «ustensiles de la maison de l’Éternel, que Nébucadnetsar avait fait sortir de Jérusalem et qu’il avait mis dans la maison de son dieu» (v. 7); Cyrus les restituait maintenant à ceux de la captivité qui étaient sur le point de retourner à Jérusalem.

Le premier verset dévoile un mystère, en révélant la source de cette puissance qui agissait alors, et agirait encore à travers tous les événements ultérieurs rapportés dans ce livre, afin que soient accomplis les desseins de l’Éternel. Nous lisons: «Et la première année de Cyrus, roi de Perse, afin que fût accomplie la parole de l’Éternel dite par la bouche de Jérémie, l’Éternel réveilla l’esprit de Cyrus, roi de Perse; et il fit une proclamation dans tout son royaume, et la publia aussi par écrit...» etc.

Arrêtons-nous un instant et remarquons comment, quelles que soient les apparences extérieures, le Seigneur tient dans sa main les cœurs de tous les hommes, les dirigeant selon sa volonté; comment aussi il se sert d’hommes de toutes conditions comme d’autant d’instruments en vue de l’accomplissement de ses propres desseins. Le seul fait que le nom de Cyrus soit mentionné nous fait reculer encore d’un pas dans le passé. Le prophète Ésaïe, parlant au nom de l’Éternel, s’écrie: «Qui, du levant, réveilla celui dont la justice accompagne les pas? Il livra les nations devant lui» (És. 41:2). Et encore: «C’est moi, l’Éternel... qui dis de Cyrus: Il est mon berger, et il accomplira tout mon bon plaisir, disant à Jérusalem: Tu seras bâtie, et au temple: Tes fondements seront posés» (És. 44:24, 28). Cette prophétie avait été prononcée bien avant la destruction de Jérusalem par Nébucadnetsar, et au moins cent ans avant que Jérémie soit appelé à prophétiser. Cela montre bien que les yeux et le cœur de Dieu sont perpétuellement tournés vers les siens et leurs intérêts, et que les événements de ce monde, l’apparition et la chute des monarchies, les audacieux s’emparant du pouvoir, ne sont en fait que des instruments de sa puissance par lesquels il poursuit son œuvre, en se servant des gouvernements de ce monde pour accomplir ses propres plans à l’égard de son peuple terrestre. Avec quel calme, quelle tranquillité, les enfants de Dieu ne devraient-ils pas vivre au milieu des conflits et des bouleversements politiques!

Ainsi Dieu, par la bouche d’Ésaïe, environ deux cents ans avant l’événement relaté dans notre chapitre, avait désigné l’instrument qu’il avait choisi pour restaurer son peuple et réédifier sa maison à Jérusalem. Un siècle après Ésaïe, Jérémie prophétisa pendant les derniers jours du royaume, avertissant et suppliant tour à tour le peuple: l’avertissant de la réalité des jugements imminents, et le suppliant de se repentir et de s’humilier devant Dieu dont il avait provoqué la colère par son iniquité et sa folie. C’est en prononçant cette prophétie qu’il dit: «Et tout ce pays sera un désert, une désolation; et ces nations serviront le roi de Babylone soixante-dix ans. Et il arrivera, quand les soixante-dix ans seront accomplis, que je visiterai sur le roi de Babylone et sur cette nation-là leur iniquité, dit l’Éternel...» (Jér. 25:11-12). Et aussi: «Car ainsi dit l’Éternel: Lorsque soixante-dix ans seront accomplis pour Babylone, je vous visiterai, et j’accomplirai envers vous ma bonne parole, pour vous faire revenir en ce lieu» (Jér. 29:10). Donc, tout d’abord, Cyrus est désigné bien des années avant sa venue au monde, ensuite, Jérémie, annonçant la captivité imminente du peuple, prophétise la durée exacte de son exil.

Mais il y a encore un autre instrument, qui n’apparaît pas dans ce chapitre mais qu’il plut à Dieu de s’associer pour accomplir ses desseins de grâce et de bénédiction envers son peuple. Dans le livre de Daniel, nous lisons: «La première année de son règne (celui de Darius), moi, Daniel, je compris par les livres que le nombre des années touchant lequel la parole de l’Éternel vint à Jérémie le prophète, pour l’accomplissement des désolations de Jérusalem, était de soixante-dix années. Et je tournai ma face vers le Seigneur Dieu, pour le rechercher par la prière et la supplication, dans le jeûne, et le sac et la cendre...» (Dan. 9:2-3). Dieu avait exprimé sa pensée concernant la restauration de son peuple, et il avait aussi fourni les instruments nécessaires. Et pourtant, que trouvons-nous? Que l’un des captifs que Nébucadnetsar avait transportés à Babylone, le prophète Daniel, avait découvert, non pas par une révélation spéciale mais par l’étude patiente des écrits de Jérémie, que Dieu avait fixé une durée de soixante-dix années pour les «désolations de Jérusalem». Dès lors, se fondant sur cette parole infaillible, il s’adonna à la prière et au jeûne, s’humiliant devant Dieu, confessant les péchés de son peuple, et faisant des supplications pour que Dieu accomplisse sa propre parole. «Seigneur, dit-il, selon toutes tes justices, que ta colère et ta fureur se détournent, je te prie, de ta ville de Jérusalem, ta sainte montagne. Car à cause de nos péchés, et à cause des iniquités de nos pères, Jérusalem et ton peuple sont en opprobre à tous ceux qui nous entourent. Et maintenant, écoute, ô notre Dieu, la prière de ton serviteur et ses supplications, et, pour l’amour du Seigneur, fais luire ta face sur ton sanctuaire désolé» (Dan. 9:16-17). Ainsi Daniel, s’identifiant avec son peuple dans son bas état et en communion de pensée avec Dieu, eut le privilège de devenir un intercesseur pour Israël, en vue de l’accomplissement des promesses de Dieu. Sa prière fut entendue (v. 21-27), et nous apprenons par là que Dieu, dans sa grâce, permet à son peuple d’entrer dans ses propres pensées et de lui être associé dans l’accomplissement de ses plans, pour sa propre gloire.

 2.2. Esdras 1:2-4 — Proclamation de Cyrus

Ainsi, tout était prêt désormais. Selon la prophétie d’Ésaïe, «celui dont la justice accompagne les pas», originaire du Levant, avait été appelé à régner sur les nations. Par son moyen, la délivrance promise allait arriver. L’étape suivante est donc celle-ci: «L’Éternel réveilla l’esprit de Cyrus, roi de Perse», et cette proclamation en fut le résultat: «Ainsi dit Cyrus, roi de Perse: l’Éternel, le Dieu des cieux, m’a donné tous les royaumes de la terre, et il m’a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, qui est en Juda. Qui d’entre vous, quel qu’il soit, est de son peuple, — que son Dieu soit avec lui, et qu’il monte à Jérusalem, qui est en Juda, et qu’il bâtisse la maison de l’Éternel, le Dieu d’Israël (lui est Dieu), à Jérusalem. Et celui qui est de reste, dans tous les lieux où chacun séjourne, que les hommes du lieu lui viennent en aide, avec de l’argent, et avec de l’or, et avec des biens, et avec du bétail, outre les offrandes volontaires pour la maison de Dieu qui est à Jérusalem» (Esd. 1:2-4).

Trois choses sont annoncées ici:

  • l’ordre que Cyrus lui-même avait reçu touchant la maison de l’Éternel,
  • la permission royale qu’il accordait à n’importe quels Juifs de retourner à Jérusalem afin d’y rebâtir le temple,
  • enfin, l’invitation qu’il adressait à tous les Juifs qui resteraient sur ses territoires à exprimer leur communion avec ceux qui partiraient par des offrandes volontaires destinées à les aider à atteindre leur objectif.

 2.3. Esdras 1:5-11 — Effet produit par la déclaration de Cyrus

2.3.1. Ch. 1:5

Le reste du chapitre est consacré à la description de l’effet produit par cette proclamation. Nous disons «l’effet de cette proclamation», mais le lecteur ne manquera pas de remarquer que c’est le même qui avait réveillé l’esprit de Cyrus qui ranima aussi le courage de ceux qui s’offrirent à accomplir la sainte tâche projetée. Deux ou trois détails seulement doivent retenir notre attention. Il est important, tout d’abord, de remarquer que les chefs des pères qui s’offrirent pour ce travail appartenaient aux deux tribus de Juda et de Benjamin. Il y avait aussi des Lévites, mais ils ne comptaient pas en tant que tribu, car Lévi n’avait «point de part ni d’héritage avec ses frères; l’Éternel est son héritage...» (Deut. 10:8-9). Il ressort clairement de plusieurs passages de l’Écriture que, même s’il s’était peut-être trouvé au milieu du peuple établi en Perse, des hommes appartenant à d’autres tribus, seules Juda et Benjamin avaient été restaurées. C’est donc uniquement à ces deux tribus que Christ, étant venu dans ce monde, fut présenté, afin qu’elles le reçoivent. Et c’est parce qu’elles le rejetèrent que seules, d’entre les douze tribus, elles passeront par la grande tribulation, «telle qu’il n’y en a point eu depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant» (Mat. 24:21). Cette tribulation suivra la prise de pouvoir de l’Antichrist à Jérusalem. Pour cette même raison, les dix tribus ne seront rassemblées et restaurées qu’après l’apparition du Seigneur pour sauver le résidu demeuré dans le pays (Zach. 14; Ez. 20:33-44, 34. et Jér. 31:6-14). 

2.3.2. Ch. 1:6-8

Ensuite, Dieu opéra un travail de cœur chez les voisins de ceux qui se consacraient à l’œuvre de la maison de l’Éternel. Selon les termes de la proclamation, ils «offrirent volontairement» de leurs biens, les aidant par le don d’objets d’argent et d’or. Enfin, Cyrus lui-même montra son intérêt pour ce travail (ce qui prouve bien que son cœur aussi avait été touché par la puissance divine) en restituant les ustensiles du temple que Nébucadnetsar avait fait sortir de Jérusalem et qu’il avait mis dans la maison de son dieu (Dan. 5:1-4). Et «Cyrus ... les compta à Sheshbatsar, prince de Juda» (v. 6-8).

C’est ainsi que nous trouvons dans ce chapitre tous les signes d’un travail de Dieu authentique. Une unité de cœur et d’intention est réalisée chez tous ceux que cette tâche concernait, que ce soit Cyrus (sans la permission duquel les captifs n’auraient pu revenir), ou les chefs des pères de Juda et de Benjamin (qui étaient indispensables pour le travail de construction proprement dit), ou même ceux qui étaient «de reste» (mais qui, en exprimant leur communion de cœur avec leurs frères par des offrandes volontaires, contribuaient aux dépenses nécessaires). II n’y eut pas d’assemblées préalables pour s’organiser et se mettre d’accord, car la communion de cœur et d’intention était le fruit du seul travail de l’Éternel dans toutes les âmes sans distinction. Là réside la différence entre un travail divin et un travail humain, et la preuve indubitable d’une véritable action de l’Esprit de Dieu. Chaque instrument nécessaire se présente alors au moment voulu, car le travail est de Dieu et doit être accompli.

 2.3.3. Ch. 1:9-11

Les trois derniers versets indiquent le nombre des ustensiles sacrés que Sheshbatsar avait reçus de Cyrus et qu’il a rapportés de Babylone à Jérusalem.

Chapitre 2

3. Chapitre 2 - Le résidu de retour de captivité

3.1 Esdras 2 1-42 — Ceux qui remontèrent de captivité

Le récit concernant le registre de «ceux de la province qui remontèrent de la captivité de ceux qui avaient été transportés, lesquels Nebucadnetsar, roi de Babylone, avait transportés à Babylone, et qui retournèrent à Jérusalem et en Juda, chacun à sa ville» (v. 1) est instructif à bien des égards; d’abord l’existence de ce registre montre combien était précieuse pour Dieu la réponse que sa grâce avait produite dans les cœurs, bien que son peuple soit entré bien faiblement dans ses pensées à l’égard de sa maison. D’autre part, Dieu a voulu que soit préservée cette liste de noms, ce qui montre qu’il accepte avec joie les plus petits fruits qui sont produits par le travail de son Esprit; les noms mêmes de son peuple sont connus et proclamés comme un encouragement adressé à tous, à marcher dans ses voies, à prendre ses intérêts à cœur et à rester fidèles dans des temps de corruption et d’apostasie (comparer Luc 12:8 et Apoc. 3:5). Au verset 2, les noms des chefs sont donnés, puis les hommes du peuple sont classés selon leurs familles d’origine.

Si nous examinons cette liste d’un peu plus près, nous trouverons une quadruple division. Jusqu’à la fin du verset 42, il s’agit de ceux qui faisaient indiscutablement partie d’Israël, de Juda, de Benjamin ou de Lévi (parmi ces derniers, se trouvaient les chantres et les portiers). Puis suivent deux autres classes de personnes, les Néthiniens et les serviteurs de Salomon, au sujet desquels il sera nécessaire de dire quelques mots.

3.2 Esdras 2:43-58 — Les Néthiniens et les fils des serviteurs de Salomon

3.2.1 Esdras 2:43-54 — Les Néthiniens

D’abord les Néthiniens (v. 43-58). La question de leur origine juive se pose. Leur nom semble vouloir dire: «Ceux qui sont donnés» et l’on en a déduit qu’ils étaient d’une autre race. Cette conclusion vient de la place qu’ils occupent dans ce chapitre (voir aussi 1 Chr. 9:2). Mais à l’origine, ils auraient été donnés aux Lévites pour leur service. Donnés tout comme les Lévites d’ailleurs, mais à cette différence que ces derniers l’avaient été par un commandement divin, et à la place des premiers-nés d’Israël (Nomb. 8). Les Lévites avaient été donnés à Aaron, pour le service du Seigneur dans son Tabernacle. On trouve trace des Néthiniens dans deux passages:

- dans les Nombres, concernant le butin pris aux Madianites: «Moïse prit une part sur cinquante, tant des hommes que du bétail, et les donna aux Lévites, qui vaquent au service du Tabernacle de l’Éternel, comme l’Éternel l’avait commandé à Moïse» (Nomb 31:47);

- Josué dit aussi aux Gabaonites: «Maintenant, vous êtes maudits, vous ne cesserez jamais d’être serviteurs, coupeurs de bois et puiseurs d’eau pour la maison de mon Dieu» (Jos. 9:23). C’est ici probablement que nous trouvons l’origine des Néthiniens, de ceux qui furent épargnés du juste jugement de Dieu. S’ils furent réduits à l’esclavage, c’était par la grâce de Dieu en relation avec la maison de Dieu, de sorte que même la malédiction qui pesait sur eux fut tournée en bénédiction: au lieu d’être détruits par l’épée de l’armée de l’Éternel, ils furent sauvés, et maintenant, quelques siècles plus tard, on les trouve dans une association qui les honore avec le peuple de Dieu, montrant que leur cœur est attaché à la maison de Dieu, puisqu’à ce moment précis, ils sont revenus de Babylone avec leurs compagnons d’exil. Ils sont déjà en type, dans cette dispensation, des objets de la grâce divine. 

3.2.2 Esdras 2:55-58 — Les fils des serviteurs de Salomon

Puis viennent les fils des serviteurs de Salomon. Les informations les concernant sont moins précises; dans 1 Rois 9:20-21, nous apprenons que Salomon assujettit à la servitude tout le peuple qui restait des Amoréens, des Héthiens, etc.... qui habitaient dans le pays et que les fils d’Israël n’avaient pu détruire. Il est possible que ce soient leurs descendants qui reçurent le nom de serviteurs de Salomon. Dans le même ordre d’idée, toute relation avec le peuple de Dieu et avec les choses de Dieu devient un moyen de bénédiction. Celle-ci, si elle n’est pas toujours spirituelle, est en tout cas presque toujours temporelle quoiqu’elle puisse se limiter, à cause du péché et de l’incrédulité, à une longueur de jours et à la prospérité terrestre. Mais pour «les serviteurs de Salomon», comme pour les Néthiniens, il dut y avoir plus que cela, car par grâce, ils étaient revenus de leur propre gré, pour aider à la construction de la maison de Dieu à Jérusalem. Le nombre total de ces deux classes était de trois cent quatre-vingt-douze.

3.3 Esdras 2:59-63 — Ceux dépourvus d’inscription généalogique

Nous avons ensuite deux autres classes qui occupent une position particulière et, dans un sens, des plus tristes. Il y avait les fils de Delaïa, les fils de Tobija, les fils de Nekoda, six cent cinquante-deux personnes qui ne purent montrer leurs maisons de pères et leur descendance, pour prouver qu’ils appartenaient à Israël; et à part eux, des fils de sacrificateurs, les fils de Hobaïa, les fils d’Hakkots, les fils de Barzillaï, «ceux-ci cherchèrent leur inscription généalogique, mais elle ne se trouva pas; et ils furent exclus, comme profanes, de la sacrificature» (v. 59-62).

Tant qu’ils étaient en exil, on n’avait pas pris le même soin qu’auparavant de leurs titres et de leurs qualifications. Babylone représente la corruption dans laquelle le peuple de Dieu est en esclavage à cause de ses péchés. Aussi, le temps de leur captivité était un temps de négligence pendant lequel ils souffraient sous la main de Dieu, un temps de confusion et de désordre. Il en était nécessairement ainsi, vu qu’ils étaient sans temple, sans sacrifices et sans la présence de l’Éternel. Et maintenant, par la grâce de leur Dieu, une guérison partielle était, il est vrai, intervenue; mais cette restauration était le fait d’une action évidente de l’Esprit de Dieu. Maintenant aussi, la Maison de Dieu allait de nouveau devenir leur centre. Aussi étaient-ils très justement exercés touchant les droits de tous ceux qui étaient revenus de Babylone. Si l’un d’entre eux ne pouvait pas montrer sa généalogie, il n’avait aucun droit de prendre part au travail auquel ils avaient été appelés. Et dans le cas des sacrificateurs, les conséquences étaient plus graves encore. S’ils ne pouvaient pas montrer leur généalogie, ils étaient exclus de la sacrificature comme profanes. Il ne leur était pas dit qu’ils n’étaient pas des sacrificateurs; le motif invoqué était que leurs droits n’étaient pas établis; il se pouvait qu’ils le soient dans le futur. Et, de ce fait, «le Thirshatha leur dit qu’ils ne devaient point manger des choses très-saintes jusqu’à ce que fût suscité un sacrificateur avec les Urim et les Thummim» (v. 63). Quand le temps serait venu, ce sacrificateur qui serait revêtu d’une intelligence divine et du discernement nécessaire, par les «lumières et les perfections» de Dieu (Urim et Thummim), pourrait estimer s’ils étaient vraiment des sacrificateurs (Ex 28:30). Mais jusque-là, leur prétention à ce service était rejetée. La grâce pourrait, il est vrai, restaurer ce qui avait été perdu sous la loi; mais pour cela, ils devaient attendre patiemment.

Une situation où le même principe est transposable s’est vue durant le siècle dernier. Ce n’est pas trop de dire que l’Église de Dieu était entièrement sous la dépendance de la puissance de ce monde. La vie du peuple de Dieu était soutenue par le ministère de quelques hommes fidèles ici et là, et par l’étude de la Parole de Dieu. Mais l’Église, dans son ensemble, était prisonnière et avait été asservie dans une captivité babylonienne. Bientôt, après qu’un réveil ait eu lieu, Dieu travailla dans le cœur de plusieurs dans différents endroits, produisant de grands exercices. Un mouvement commença, et eut pour conséquence de délivrer bien des personnes. La charte de leur délivrance de la captivité, fut la parole de Dieu. Ils se tournaient vers elle jour et nuit et ils y trouvèrent la lumière et la vie. Par son moyen, ils se jugèrent eux-mêmes et jugèrent aussi leurs voies; ils découvrirent le vrai caractère de leur esclavage passé, et dans la Parole, ils trouvèrent la direction pour leur avenir. Écoutant ses enseignements, ils dressèrent à nouveau la table du Seigneur dans toute sa simplicité. Ils apprirent que le Saint Esprit demeurait dans la Maison de Dieu et que le Seigneur avait promis de revenir lui-même chercher bientôt les siens. Puis ils furent immédiatement confrontés à la même difficulté que celle trouvée dans ce chapitre, savoir qui a le droit et la qualité nécessaire pour rompre le pain à la table du Seigneur. Dans le passé, tout bon citoyen pouvait y prendre part, et tous étaient souvent exhortés à venir. Une personne qui se proclamait chrétienne n’était jamais contredite; et ceux, malheureusement nombreux, dont la conduite était en contradiction avec la profession de foi, étaient reçus comme les autres. De telles pratiques pouvaient-elles se poursuivre? Alors on trouva la réponse: Seuls ceux qui pourraient montrer «leurs maisons de pères» et leur généalogie, avaient qualité, selon la Parole, pour avoir leur place à la table du Seigneur. En d’autres termes, à moins que nous n’ayons la paix avec Dieu par la possession de l’Esprit d’adoption, et que nous puissions ainsi montrer quelle est la maison de notre Père et tracer notre généalogie, nous n’avons pas le titre divin requis. La profession ne suffit pas. En un jour comme celui-là, un jour de restauration de la captivité, il faut que la valeur de notre profession puisse être vérifiée en se servant de la sûre Parole de Dieu; car, ainsi que le dit l’apôtre: «La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion du sang du Christ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion du corps de Christ? Car nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous à un seul et même pain» (1 Cor. 10:16-17).

Mais l’on objectera: Ne vous constituez-vous pas ainsi en juges des autres? En aucune manière; car comme le gouverneur le dit en effet dans ce chapitre, à ceux des sacrificateurs qui étaient exclus: vous êtes peut-être bien des sacrificateurs, mais vous n’êtes pas en mesure d’en apporter la preuve. Il faut donc laisser la question de côté jusqu’à ce qu’un sacrificateur se lève, ayant les Urim et les Thummim, quelqu’un qui soit en mesure de juger selon Dieu. Aussi désormais la charge d’apporter la preuve repose-t-elle sur celui qui désire s’approcher de la table du Seigneur et s’identifier ainsi avec le Peuple de Dieu. S’il est dans l’incapacité d’apporter cette preuve, il n’est pas exclu par ceux qui ont affaire avec lui, mais du fait de son incapacité à montrer sa «généalogie»: s’il est vraiment un membre du Corps de Christ, son titre, quoique tout soit grâce, sera pleinement reconnu dans un jour futur par le Seigneur lui-même. Il est nécessaire que ce principe scripturaire soit compris et maintenu.

La question des sacrificateurs va plus loin encore. Ces derniers, comme nous l’avons vu, avaient été exclus de la sacrificature, eux dont les fonctions étaient de servir devant l’Éternel et d’enseigner le peuple (voir Ex. 28; Lév. 10:9-11; Deut. 10:8; Mal. 2:5-7); il leur était aussi défendu, du fait de leur incapacité à prouver leur généalogie, de manger des choses très-saintes (lire Lév. 22:1-16). Quel commentaire solennel sur les pratiques qui ont prévalu pendant des siècles dans la chrétienté! Par oubli ou ignorance de cette vérité qui veut que tous les vrais croyants, mais rien que de vrais croyants, soient des sacrificateurs (1 Pi. 2:9), on a cherché un moyen de pourvoir à ces saintes fonctions par une ordination humaine. Par surcroît, ceux-ci, une fois nommés, s’arrogent le droit exclusif de s’approcher de Dieu et d’interpréter les Écritures. C’est peu de dire que de telles pratiques sont la négation du christianisme, car elles sont pires encore, et mettent de côté l’efficacité du travail de Christ en déniant son autorité; tout comme elles ignorent l’activité souveraine du Saint Esprit. Dieu seul établit des sacrificateurs, et quiconque est lavé d’eau (né de nouveau) est placé sous l’efficacité du seul sacrifice de Christ, sous l’aspersion de son précieux sang. Puis il est oint de l’huile de l’onction (l’onction du Saint Esprit). Il est ensuite mis à part par lui pour remplir ce service de sacrificateur (Ex. 29 et Héb. 10). Seules de telles personnes peuvent trouver leur inscription au milieu de ceux qui sont comptés par familles, ayant alors «une pleine liberté pour entrer dans les lieux saints par le sang de Jésus, par le chemin nouveau et vivant qu’il nous a consacré à travers le voile, c’est-à-dire sa chair» (Héb. 10:19-20). Là, par la grâce de Dieu, il leur est permis de se nourrir des choses très saintes, c’est-à-dire de Christ lui-même sous ses différents aspects, en communion avec Dieu et dans sa propre présence.

3.4 Esdras 2:64-70 — Total du résidu. Signes précurseurs de déclin

Il nous est ensuite dit que le chiffre total de la congrégation s’élevait à quarante-deux mille trois cent soixante personnes, sans compter les serviteurs et les servantes, au nombre de sept mille trois cent trente-sept. Parmi eux il y avait deux cents chanteurs et chanteuses. Il y avait aussi sept cent trente-six chevaux, deux cent quarante-cinq mulets, quatre cent trente-cinq chameaux et six mille sept cent vingt ânes (v. 64-67). Toute cette grande compagnie avait auparavant voyagé de Babylone jusqu’en Juda et à Jérusalem. Leurs cœurs étaient engagés dans cette sainte entreprise, à laquelle ils avaient été divinement appelés. Mais un examen attentif des éléments qui composaient cette troupe fera découvrir des signes précurseurs de déclin et de ruine. Ces pèlerins avaient-ils besoin de chanteurs et de chanteuses? Leur pays était désolé, leur sanctuaire avait été consumé par le feu et il était désert. Eux-mêmes n’étaient qu’un faible résidu, délivré du joug de la captivité. Sans aucun doute, ce n’était pas le temps convenable pour la joie et les chants! (comparez avec le Ps. 137). Hélas! chaque action du Saint Esprit, produisant un réveil dans le cœur de son peuple, est rapidement limitée par l’homme, par ses propres pensées et ses désirs. Déjà, la première réaction de l’homme à l’activité puissante de Dieu, est d’assembler avec ceux qui sont réellement sous son influence, ceux qui vont corrompre le mouvement et le conduire à la ruine visible. Ce fait est illustré d’une manière remarquable dans le livre des Juges et il en a été ainsi ensuite à chaque période de l’Église!

Une partie des chefs des pères, arrivés à la maison de Dieu à Jérusalem avaient offert des dons pour l’œuvre. Ils avaient donné, selon leur capacité, librement, soixante et un mille dariques d’or et cinq mille mines d’argent et cent tuniques de sacrificateurs (v. 68-69).

Il est intéressant de remarquer comment le début du verset 68 est énoncé:

«... quand ils arrivèrent à la maison de l’Éternel qui est à Jérusalem», montrant que la maison —quel que fut son état extérieur, et rasée jusqu’à ses fondements comme elle l’avait été — existait encore aux yeux de Dieu. Ainsi, bien qu’il y ait eu trois maisons différentes jusqu’au temps du Seigneur, c’était toujours la même maison dans la pensée de Dieu. Aggée, à ce propos, dit: «la dernière gloire de cette maison sera plus grande que la première» (Aggée 2:9). Il y a incontestablement une autre raison pour la manière dont s’exprime Esdras. Il semblerait que Dieu ait employé la désolation de son sanctuaire pour toucher le cœur des chefs des pères. Quand ils arrivèrent à la maison de l’Éternel — quand ils virent, pour ainsi dire, son état — ils furent émus, et ils «donnèrent volontairement» de leurs biens; et comme l’Esprit est attentif à le remarquer, mettant ainsi le sceau de son approbation sur cette action: «ils donnèrent... selon leur pouvoir». Ceci est sûrement un exemple pour tous les temps, pour ceux qui ont le privilège de servir le Seigneur, soit en ayant communion avec lui à l’égard des saints qui sont dans le besoin, soit en répondant aux besoins qui sont liés à son œuvre.

Le chapitre se termine par ces mots: «Et les sacrificateurs et les lévites, et ceux du peuple, et les chantres, et les portiers, et les Néthiniens, habitèrent dans leur villes: tout Israël se trouva dans ses villes» (v. 70). Il est laissé au lecteur spirituel le soin de se demander si ce récit, lu en particulier à la lumière de ce que nous trouvons en Aggée 1, n’est pas le symptôme de la ruine de leur premier amour. Ne montre-t-il pas cette tendance à penser à eux-mêmes et à leurs propres maisons, avant de s’occuper de la maison de Dieu? Salomon avait passé treize ans à bâtir sa propre maison, tandis qu’il n’en avait passé que sept à s’occuper du temple; connaissant ce qu’est l’homme, nous ne sommes pas surpris que le résidu ait commencé par s’occuper de ses propres intérêts. Mais s’il en est ainsi, le chapitre suivant montre que la Parole de Dieu avait toujours une action profonde dans leurs âmes, à la gloire de ce Dieu qui les avait ramenés de la captivité, et les avait associés aux pensées de son cœur, concernant Jérusalem et son temple.

 

Chapitre 3, versets 1 à 5

4. Chapitre 3 — Reconstruction de l’autel et des fondements du temple

4.1. Esdras 3:1-5 — Restauration du culte selon L’Écriture

4.1.1. Unité du peuple: il s’assemble comme un seul homme

À la fin du chapitre 2, nous avons vu que «tout Israël — en fait le résidu seul, mais représentant le peuple tout entier devant Dieu — se trouva dans ses villes». Le début de ce chapitre 3 expose une autre action remarquable de l’Esprit de Dieu. «Et quand arriva le septième mois, les fils d’Israël étant dans leurs villes, le peuple s’assembla comme un seul homme à Jérusalem» (v. 1). Dans le livre des Nombres, nous lisons: «Et au septième mois, le premier jour du mois, vous aurez une sainte convocation; vous ne ferez aucune œuvre de service; ce sera pour vous le jour du son éclatant des trompettes» (ch. 29:1). Cette fête des trompettes préfigurait la restauration d’Israël aux derniers jours. Le peuple s’assembla alors à Jérusalem avec une véritable intelligence spirituelle qui, jointe à leur parfaite unité, montrait qu’eux-mêmes, autant que leurs conducteurs, avaient été enseignés de Dieu et se trouvaient sous la puissance de sa Parole (Actes 2:1). Rares sont les moments, dans l’histoire du peuple de Dieu, où une pareille unité a été réalisée, parce que celle-ci ne saurait être le résultat d’un consensus général, mais uniquement celui d’une soumission de tous à la puissance de l’Esprit par la vérité. Cela n’est arrivé que deux fois dans l’histoire de l’Église (Actes 2 et 4) et ne se reproduira jamais plus sur la terre dans l’ensemble de l’Église, bien qu’on puisse l’observer peut-être dans de petites assemblées de saints. Mais ici, comme à la Pentecôte, la congrégation tout entière ne faisait qu’un. Une volonté unique s’imposait à tous et les réunissait avec une force irrésistible autour d’un même centre. Ils se trouvaient tous d’un commun accord en un seul et même endroit, dans cette ville sur laquelle les pensées et les affections de Dieu étaient alors fixées.

4.1.2. L’autel bâti sur son emplacement

Pendant qu’ils étaient ainsi assemblés, «Jéshua, fils de Jotsadak, et ses frères les sacrificateurs, et Zorobabel, fils de Shealthiel, et ses frères, se levèrent et bâtirent l’autel du Dieu d’Israël, pour y offrir des holocaustes, selon ce qui est écrit dans la loi de Moïse, homme de Dieu. Et ils établirent l’autel sur son emplacement; car la terreur des peuples de ces contrées était sur eux; et ils offrirent dessus des holocaustes à l’Éternel, les holocaustes du matin et du soir» (v. 2-3). Le gouverneur, Zorobabel, et le sacrificateur, Jéshua (secondés par leurs «frères» respectifs), étaient unis dans cette œuvre bénie, et les deux ensemble annonçaient en type Celui qui sera sacrificateur sur son trône, le vrai Melchisédec (Zach. 6:9-15).

Un de leurs motifs, en bâtissant l’autel, semble avoir été un besoin profond de la protection de leur Dieu; or la foi discernait que cette protection serait assurée grâce à l’efficacité des sacrifices. Et que pouvait-il y avoir de plus beau que cette manifestation de leur confiance en Dieu? Ils n’étaient qu’un faible résidu, sans aucun moyen de défense apparent, entouré par toutes sortes d’ennemis; mais leur faiblesse même au sein du danger leur avait enseigné cette précieuse leçon que Dieu était leur refuge et leur force. C’est pourquoi leur premier objectif était de bâtir l’autel, et aussitôt que l’odeur agréable des holocaustes s’éleva vers Dieu, tout ce qui était alors donné à connaître de lui fut manifesté en leur faveur.

On remarquera aussi que leurs holocaustes étaient offerts matin et soir. Ce double sacrifice quotidien s’appelait à l’origine «l’holocauste continuel» (Ex. 29:38-46); grâce à lui, Dieu avait pu habiter au milieu de son peuple. Et s’il n’était plus présent parmi eux, s’il ne demeurait plus entre les chérubins qui couvraient le propitiatoire de leurs ailes puisque l’arche avait disparu, l’efficacité de l’holocauste restait toujours la même; et tant que, par la foi, le sacrifice était offert et présenté devant Dieu matin et soir, le peuple était aussi sûrement qu’auparavant sous la protection divine; il était tout aussi en sécurité (et même beaucoup plus) qu’au temps où Jérusalem dans toute sa gloire était entourée de murailles et de remparts. Ils auraient donc pu dire, empruntant les termes d’un de leurs psaumes: «Dieu est notre refuge et notre force, un secours dans les détresses, toujours facile à trouver. C’est pourquoi nous ne craindrons point, quand la terre serait transportée de sa place, et que les montagnes seraient remuées et jetées au cœur des mers; quand ses eaux mugiraient, qu’elles écumeraient, et que les montagnes seraient ébranlées à cause de son emportement» (Ps. 46:1-3).

4.1.3. La fête des tabernacles

L’autel ayant été dûment rétabli, ils célébrèrent la fête des tabernacles selon ce qui est écrit (Lév. 23:33-36), «et les holocaustes, jour par jour, selon leur nombre, selon l’ordonnance, le service de chaque jour en son jour» (v. 4). La fête des tabernacles était une figure de la joie millénaire (Lév. 23:40). Israël devait se réjouir devant l’Éternel, son Dieu, pendant sept jours. Aux yeux des hommes qui considéraient leur état misérable, il pouvait paraître dérisoire que ces pauvres réchappés de la captivité célèbrent joyeusement une fête! Mais «la foi est l’assurance des choses qu’on espère, et la conviction de celles qu’on ne voit pas», et ainsi, l’avenir devient une réalité présente. En outre, une fois que l’âme se tient devant Dieu dans la pleine acceptation de Christ tel que nous le voyons en type dans l’holocauste, elle a déjà la certitude de posséder en lui toutes les bénédictions promises. Ainsi, les Israélites croyants qui se tenaient autour de l’autel qu’ils avaient bâti au milieu des ruines du temple, et qui voyaient la fumée de l’holocauste s’élever vers le ciel, pouvaient anticiper le moment où toutes les promesses de Dieu faites à Abraham, Isaac et Jacob, seraient accomplies, où «ceux que l’Éternel a délivrés retourneront et viendront à Sion avec des chants de triomphe; et une joie éternelle sera sur leur tête, ils obtiendront l’allégresse et la joie, et le chagrin et le gémissement s’enfuiront» (És. 35:10).

4.1.4. Reprise des sacrifices

Ils offrirent aussi «l’holocauste continuel, et celui des nouvelles lunes et de tous les jours solennels de l’Éternel qui étaient sanctifiés, et les holocaustes de tous ceux qui offraient une offrande volontaire à l’Éternel» (v. 5). On remarquera que le trait saillant de chacun de leurs actes, c’est que tout était fait selon l’ordonnance, selon la parole de Dieu (v. 2, 4). Quelles qu’aient été leurs pratiques, leurs traditions et leurs coutumes à Babylone, toutes ces choses avaient été laissées sur les lieux de leur captivité; et maintenant qu’ils étaient délivrés et ramenés sur leur terre, rien ne pouvait les satisfaire si ce n’est l’autorité de la Parole écrite.

4.1.5. Autorité de la Parole

C’est pourquoi nous pourrions résumer les rites décrits dans ce passage sous le titre de: restauration du culte selon l’Écriture. Tout cela vient d’un principe d’une immense importance, qui a trouvé une illustration dont peuvent se souvenir quelques croyants encore en vie. Il y a une cinquantaine d’années1, il s’est produit un mouvement (auquel il a été fait allusion dans un chapitre précédent) qui, dans ses caractères spirituels, correspond dans une large mesure à cette délivrance de Babylone. Le premier objectif des saints de cette époque était, comme pour le résidu pieux, le rétablissement de l’autel (en conférant à cette expression le sens symbolique de l’adoration) et de l’ordre dans l’assemblée, dans tous ses divers aspects, selon l’Écriture. Coutumes, traditions, rites et cérémonies furent alors examinés à la lumière des pratiques apostoliques, d’après la Parole, et tout ce qui ne supportait pas l’examen fut abandonné. De la même manière, seul un résidu avait été délivré de la servitude, mais ceux qui en faisaient partie possédaient la lumière et la vie dans leurs habitations et dans leurs rassemblements, parce que, «comme un seul homme», ils cherchaient à donner au Seigneur Jésus Christ sa place légitime de prééminence, en tant que Fils sur sa propre maison. En vérité, Dieu a reconnu ce mouvement d’une manière remarquable, et s’en est servi pour rappeler aux croyants l’autorité des Écritures; pour les ramener à la connaissance de la plénitude de sa grâce dans la rédemption, à leur position de sacrificateurs avec les privilèges qui en découlent, à la vérité de la présence du Saint Esprit, et à l’attente du retour du Seigneur. Et si la puissance spirituelle de ce temps-là fut de courte durée, son influence se fait encore sentir. Ce n’est pas trop d’affirmer que l’Église de Dieu tout entière lui est redevable, par la grâce souveraine et le décret de Dieu, de l’exposition et du maintien des vérités complètes du christianisme. Auparavant, entre les mains de ceux qui le défendaient publiquement, le christianisme avait dégénéré pour n’être plus qu’un simple code moral dont le résultat fut le socinianisme2 ainsi qu’une infidélité générale. Ensuite, en dépit de la puissance grandissante du mal et de la multiplication des signes précurseurs de l’apostasie, jamais la vérité de Dieu et de son Fils glorifié à sa droite n’a été laissée sans un témoignage complet. Tout ceci proclame, comme une voix de trompette, que le chemin de l’obéissance à l’Écriture, dans la puissance de l’Esprit, est tout à la fois le chemin du retour à la vérité, le secret de toute bénédiction et le véritable moyen d’enrayer le déclin spirituel.

1 Note de l’Ed.: c'est-à-dire vers 1840.

2 Note de l’Ed.: Hérésie qui se fit jour à la fin du 16ème  siècle, niant la trinité divine et la divinité de Christ.

Les cinq premiers versets de ce chapitre sont un récit touchant qui pourrait bien être étudié parallèlement à celui des premiers jours de l’Église après la Pentecôte (Actes 2-4). Dans les deux cas, on assiste à une manifestation d’énergie spirituelle, individuelle aussi bien que collective. Ainsi, ce n’est pas seulement aux nouvelles lunes et aux jours solennels qu’il nous est dit qu’ils offraient des sacrifices, car il est aussi question des «holocaustes de tous ceux qui offraient une offrande volontaire à l’Éternel» (v. 5). Lorsque l’Esprit de Dieu agit en puissance, il remplit les cœurs de beaucoup jusqu’à ce qu’ils débordent; alors le vase, incapable de contenir tant de bénédiction, déborde de reconnaissance et de louange envers Dieu. Tel est le secret de la piété et de l’adoration.

À suivre