Lectures hebdomadaires

Réflexions sur l'évangile selon Jean

F.B. Hole

Chapitre 1, versets 1 à 13

L’Évangile selon Jean a été manifestement écrit quelque temps après les trois autres Évangiles. Matthieu, Marc et Luc avaient chacun raconté, comme Dieu le leur avait indiqué, l’histoire de Jésus Christ, sa naissance, ses premières années et son entrée dans le ministère. Jean tient leur récit pour connu, sans quoi ses premiers paragraphes seraient difficilement compréhensibles. Comme le premier siècle tirait à sa fin, il s’était écoulé suffisamment de temps pour que se déclenchent des attaques contre la Personne de Christ, la vraie citadelle de la foi. Des notions philosophiques en partie païennes circulaient, se mêlant à la doctrine, ce qui aurait pu être désastreux si elles n’avaient pas été réfutées avec l’énergie de l’Esprit de Dieu. C’est pourquoi cette énergie est déployée dans les écrits de l’apôtre Jean, environ un quart de siècle après la fin de la course de Paul et de Pierre.

Les premiers chrétiens étaient très troublés par les prétendus «gnostiques», c’est-à-dire «ceux qui savent». Nous avons appris à connaître les agnostiques. Ce sont des gens qui nient qu’une vraie connaissance de Dieu et de ce qui le concerne soit possible. Les gnostiques étaient à l’opposé: ils prétendaient avoir été «initiés» et avoir la connaissance supérieure. Leurs théories niaient en fait la divinité intrinsèque et la vraie humanité de Jésus. Il y avait ensuite ceux qui considéraient Jésus et le Christ comme deux personnes différentes. Le Christ était pour eux un idéal, un état que l’homme pourrait progressivement atteindre. Jésus était l’homme apparu dans l’histoire, à Nazareth. Le but de l’Évangile selon Jean est de réfuter ces erreurs.

Avant de considérer le début, il serait bon de lire les deux derniers versets du chapitre 20, car le dessein de l’Esprit dans cet Évangile y est défini. Les miracles rapportés sont autant de «signes» qui prouvent que Jésus est le Christ. Il n’y a donc qu’une seule et même Personne. Les miracles prouvent aussi qu’il est le Fils de Dieu, établissant ainsi sa divinité. En croyant cette vérité, on a la vie; en la refusant, on demeure dans la mort. C’est le but de l’Esprit de Dieu dans cet Évangile; il sera nécessaire de l’avoir présent à l’esprit tout au long de notre lecture. Nous verrons que c’est une clé très importante pour découvrir ses trésors.

Les tout premiers mots nous ramènent au moment le plus lointain que notre esprit soit capable de concevoir, c’est-à-dire le moment où a commencé la première chose qui ait jamais eu un commencement. Avant cela, il n’y avait que... Dieu. À ce point du «commencement», le Verbe (la Parole) «était», c’est-à-dire, existait. Il n’a pas commencé à ce moment-là; il existait déjà. Son existence éternelle est proclamée, et nous sommes ramenés avant les premiers mots de Genèse 1. De plus, il était «auprès de Dieu». Nos esprits s’arrêtent à ce moment lointain et nous découvrons qu’alors il possédait une personnalité distincte. La Parole n’est pas un terme général pour désigner la déité, en dehors de toute distinction particulière, car le fait d’être «auprès de Dieu» établit clairement une place spéciale et distincte.

Cela étant, l’esprit critique aura tendance à discuter: «Nous ne pouvons donc pas parler de la Parole (le Verbe) comme étant Dieu au sens propre ou dans le plein sens du terme, même s’il n’est pas exactement une créature puisqu’il existait avant la création». Un tel raisonnement est absolument réfuté par la fin du verset 1: «la Parole était Dieu». C’est: Dieu dans son essence même.

On a essayé d’affaiblir la force de cette déclaration si importante, en la traduisant par: «la Parole était divine» ou: «la Parole était un dieu», du fait de l’omission de l’article défini (c’est-à-dire qu’il n’est pas écrit: «la Parole était le Dieu»). Mais ceux qui connaissent le grec nous disent qu’il n’y a pas d’article indéfini dans cette langue, et que le mot traduit par «Dieu» est un mot fort, désignant la Déité1 véritable et absolue. S’il avait été écrit que la Parole était le Dieu, cela aurait limité la divinité à la Parole et en aurait exclu les autres personnes de la Déité. Les termes sont choisis avec une exactitude divine: la Parole était véritablement et absolument Dieu.

1 Le terme anglais the Godhead est traduit par la Déité, au sens absolu, correspondant au mot grec Θeoτηςqui, dans le Nouveau Testament, se rencontre une seule fois en Colossiens 2:9: «La plénitude de la Déité habite en lui corporellement».

Le terme anglais Deity est traduit par divinité quand il exprime le caractère, la nature de Dieu, avec le sens du mot grec Θeιoτης qui se rencontre une seule fois en Romains 1:20: «Sa puissance éternelle et sa divinité se discernent par le moyen de l’intelligence» (Note du traducteur)

Le deuxième verset nous ramène aux deux premières déclarations du verset 1. La personnalité distincte qui caractérise le Verbe (la Parole) n’est pas une forme qui a été prise à un moment ultérieur. Il avait une personnalité éternelle. Au commencement il était donc «auprès de Dieu», car cette distinction de personnalité se trouve dans l’essence même de la Déité. Ainsi quatre points ont été établis au sujet de la Parole: son existence éternelle, sa personnalité distincte, sa déité intrinsèque, sa personnalité éternelle. Même si nous pouvons apprendre autre chose au sujet de la Parole, ces quatre points devraient nous inciter à nous courber dans une humble adoration.

Nous trouvons un cinquième point au verset 3: il est l’auteur de la création, et cela au sens le plus complet. Nous en arrivons maintenant aux choses qui ont été faites, c’est-à-dire qui sont venues à l’existence. Un mot différent est utilisé dans les versets 1 et 2. Le Verbe (la Parole) n’est pas venu à l’existence: il était, car son existence est éternelle. Mais il a créé tout ce qui est venu à l’existence, puisqu’il a créé «toutes choses». Pour ne pas laisser la moindre possibilité d’erreur, la seconde partie du verset insiste sur ce point. Ce langage est remarquable, étant donné la science moderne «faussement ainsi nommée», si largement vulgarisée, qui s’efforce de tout expliquer «sans Lui». Les incrédules s’attachent à la théorie de l’évolution, en dépit d’un manque pitoyable de faits sur lesquels l’appuyer; les preuves alléguées sont des plus fragiles, parce qu’on l’élimine Lui, en glorifiant l’homme. Mais en vérité il ne peut être éliminé. Parmi toutes les choses innombrables qui ont reçu l’existence au commencement, aucune ne l’a reçue sans lui.

Réfléchissons à cela; nous avons ici l’explication des «cieux qui racontent la gloire de Dieu» et de la manifestation partielle de Dieu dans la création (Romains 1:19, 20).

La Parole a créé toutes choses. Ainsi la création, dans une certaine mesure, nous donne une fidèle manifestation de Dieu lui-même et de sa pensée. Nous exprimons nos pensées par des paroles; et la signification de ce grand nom, PAROLE, est que Celui qui le porte est l’expression de tout ce que Dieu est. Les versets 1 et 2 montrent ainsi qu’Il EST, lui-même, absolument tout ce qu’il dit. La création, quand elle a surgi par la Parole, n’était pas un fouillis vide de sens, mais une proclamation de la puissance et de la sagesse de Dieu.

Nous arrivons à un sixième point important avec le verset 4. Le Verbe (la Parole) a la vie en lui-même. En lui, la vie n’est pas une chose reçue; la vie, au contraire, a son origine en lui, il possède la vie dans son essence même. En rapprochant cela de tout ce qui précède, nous saisissons avec quel soin la divinité intrinsèque de la Parole est établie et préservée. Les mots employés sont simples et précis; ils sont cependant chargés d’une plénitude de sens divine. Comme l’épée du chérubin en Genèse 3:24, ils tournoient çà et là pour garder intacte dans nos esprits la vérité concernant Celui qui est l’arbre de vie pour l’homme. Cet Évangile va bientôt nous montrer combien la vie du croyant a véritablement sa source en lui. Mais le sujet du verset 4 est plutôt: «la vie était la lumière des hommes». Cette question est approfondie dans les premiers versets de la première Épître de Jean. La vie a été manifestée, et par conséquent le Dieu qui est lumière est apparu dans la lumière; le croyant marche dans cette lumière.

La lumière dans laquelle les hommes doivent marcher n’est pas simplement celle de la création, aussi merveilleuse soit-elle! C’est la lumière qui a été manifestée dans les mots et les actions de la Parole. Quand la Parole est apparue, la lumière a brillé; mais c’est dans une scène de ténèbres qu’elle s’est manifestée. Nous lisons, en Genèse 1, comment la lumière de la création a jailli dans les ténèbres par la Parole de Dieu; en un instant les ténèbres ont disparu. Ici nous avons une lumière d’un ordre bien plus élevé. Elle apparaît au milieu des ténèbres morales et spirituelles qui ne pouvaient être dissipées que si cette lumière était vraiment reçue. Hélas! Elle n’a pas été comprise! Cependant bien que les ténèbres demeurent, il n’y avait pas d’autre lumière pour l’homme que «la vie». Il n’y a pas de contradiction dans ces affirmations car Jean, comme il le fait souvent, parle ici de choses abstraites. Il n’est pas encore arrivé au récit historique des événements.

Mais comment se fait-il que la vie qui était dans la Parole ait vraiment brillé dans les ténèbres et soit devenue lumière pour les hommes? La réponse se trouve au verset 14. Avant d’arriver à ce verset, dans les versets 6 à 13, nous commençons à voir les choses d’un point de vue historique. Jean le Baptiseur entre en scène pour faire ressortir l’importance suprême de la «vraie lumière». Ce Jean n’est qu’un homme, né pour être l’envoyé de Dieu; sa mission était de rendre témoignage à la lumière. Il est vrai qu’il est désigné comme «une lampe brillante» dans le verset 35 du chapitre 5, mais le mot employé là est «lampe» plutôt que «lumière». Jean a brillé comme une lampe et a témoigné, mais la vraie lumière est Celui qui, «venant dans le monde, éclaire tout homme». Cela ne signifie pas que tout homme reçoive la lumière, ce qui contredirait le verset 5. Jésus n’était pas une lumière pour une partie des hommes seulement, mais il était plutôt comme le soleil qui rayonne sur le monde entier. Aucune nation ne pouvait avoir le monopole de la vraie lumière; dès le début, cet Évangile porte donc nos pensées au-delà des étroites limites d’Israël.

Dans le reste de ce paragraphe (v. 10-13), de nouvelles déclarations de nature historique développent et éclaircissent ce qui a été dit aux versets 4 et 5. Nous avons déjà vu que la Parole est une Personne de la Déité; sa vie a brillé comme étant la lumière des hommes, même si c’était au milieu des ténèbres. Il est maintenant ajouté que le monde était le lieu où régnaient ces ténèbres. Jésus y est entré. Hélas, le monde, qui s’était tellement éloigné, n’a pas connu Celui qui avait été son Créateur. Dans ce verset encore il ne s’agit pas d’Israël ou des Juifs, mais du monde. La lumière répandue par les prophètes pouvait être limitée à Israël, mais non pas le rayonnement de la vraie lumière.

L’apôtre Jean fait souvent mention du monde dans ses écrits. Il emploie un mot que nous avons adopté quand nous parlons du «cosmos», qui signifie l’univers comme un tout ordonné. C’est le sens du mot dans ce verset. Quelquefois, dans un sens plus restreint, il désigne seulement notre monde. En tant que Créateur, Jésus avait fait l’univers comme un tout ordonné. À un moment merveilleux, il est venu dans notre cosmos d’une manière très particulière. Il est entré dans ce cosmos plus petit et plus restreint qui s’était perverti et était devenu étranger à cause du péché. Le monde était si perverti qu’il n’a même pas connu son Créateur.

Ensuite, de façon plus précise, il est effectivement venu dans une partie assez sombre de ce cosmos où s’est accompli ce que la prophétie indiquait à son égard. Son propre peuple, Israël, auquel cette prophétie le rattachait, ne l’a pas reçu. Il a été rejeté car les ténèbres ne pouvaient pas le comprendre. Mais malgré cela, il y a des exceptions, comme cet Évangile nous le montrera plus loin. Certains l’ont reçu, croyant en son nom. Ils ne faisaient pas partie des ténèbres. Leurs yeux ont été ouverts et ils l’ont reçu; ils ont discerné avec foi la gloire de son nom. Ils ont alors reçu de lui le droit d’être enfants de Dieu, et non d’être des Juifs meilleurs ou plus éclairés. Le mot employé ici est sans aucun doute «enfants». Jean a l’habitude de l’utiliser, plutôt que le mot «fils» qui est davantage employé par Paul. Le sens est légèrement différent. Il évoque la même relation heureuse avec Dieu. Le mot «fils» souligne plutôt notre maturité et notre position dans cette relation. Le mot «enfants» met plutôt en évidence le fait que nous sommes véritablement nés de Dieu, ayant reçu sa vie.

C’est ce qui est souligné ici (v. 13). Le Juif se glorifiait d’être de la race d’Abraham, tout comme aujourd’hui un homme peut être fier d’être né de sang noble ou même royal. Ces âmes humbles, qui font exception à la règle en recevant Christ quand il vient, sont nées de Dieu. La volonté de la chair n’aurait jamais eu de tels résultats, car la chair est fondamentalement opposée à Dieu. La volonté de l’homme, même celle du meilleur d’entre eux, ne pourrait produire cela: c’est tout à fait en dehors des pouvoirs de l’homme. Leur naissance venait de Dieu, c’était un acte divin. Celui qu’ils ont reçu par la foi leur a donné le droit — acte souverain — de prendre la place que leur a conférée cette naissance.

Comment se fait-il que les âmes pieuses, dont nous avons un exemple en Luc 1 et 2, reçoivent le Christ à l’instant où il apparaît? Ce n’est pas parce qu’elles sont de la descendance d’Abraham. Ce n’est pas non plus parce que la chair en elles est plus noble et qu’elle les pousse à agir, ou parce qu’elles sont influencées par la forte volonté d’un homme sage. C’est uniquement parce qu’elles sont nées de Dieu. C’est un acte divin. Quand nous arrivons au chapitre 10, nous trouvons la même réalité fondamentale exprimée différemment. Lorsque le Berger est venu à la bergerie, il y a trouvé des âmes qui sont «ses propres brebis»; elles ont entendu sa voix et il les a menées dehors. Il y en a là beaucoup qui sont ses brebis parce qu’elles font partie de sa nation. Elles ne sont pas ses propres brebis au sens où le sont Marie de Magdala, les disciples, la famille de Béthanie, Siméon ou Anne. Ces personnes nées de Dieu sont celles qui l’ont reçu.

Chapitre 1er, versets 14 à 51

Au verset 14, nous reprenons maintenant le thème du verset 5 qui nous révèle un septième fait important concernant le Verbe (la Parole). Il est devenu chair et a habité au milieu de nous. Les versets 1 et 2 nous disent ce qu’il était éternellement dans son essence. Le verset 14 nous dit ce qu’il est devenu. Il est devenu chair; c’est-à-dire qu’il a revêtu une humanité parfaite. Par ce moyen, les six autres grands faits nous sont devenus accessibles. Celui qui existe de façon absolue par lui-même n’a pu se faire connaître aux hommes qu’en se mettant personnellement en relation avec sa créature.

Le fait que le Verbe (la Parole) soit devenu chair garantit non seulement qu’il a revêtu un corps humain réel (ce que niaient quelques-uns des premiers hérétiques), mais aussi qu’il est devenu un homme dans tout le sens du terme. Pour le devenir, il a laissé de côté les anges et il a «pris la semence d’Abraham». Il est significatif que ce soit dans cet Évangile, qui commence par une telle affirmation de sa divinité, qu’il parle de lui-même comme «d’un homme» (8:40). En fin de compte, tout ce que Dieu est se trouve révélé aux hommes dans un homme. Il a habité au milieu de nous, plein de grâce et de vérité. Le fondement de toute vérité repose sur la connaissance de Dieu. Si cette connaissance nous était parvenue séparée de la grâce, elle nous aurait renversés; mais voici une Personne pleine à la fois de grâce et de vérité, qui a habité au milieu de nous.

Aux versets 14 et 15 se trouvent deux parenthèses. La première nous dit que les apôtres et tous ceux «qui l’ont reçu» (v. 12) ont contemplé sa gloire. Ils ont vu une gloire «comme d’un Fils unique de la part du Père», et non comme celle du Sinaï. C’était la gloire attachée à la Majesté et à ses justes exigences; ici c’est la gloire liée à une intime relation d’affection.

La seconde parenthèse introduit brièvement le témoignage de Jean, rapporté plus complètement quelques versets plus loin. Elle montre qu’il a discerné la préexistence et donc la gloire divine de Celui à qui il rend témoignage. Historiquement il vient après lui, à la fois par sa naissance et son entrée dans le ministère, mais il existait avant lui. Il a ainsi pris la place suprême, la première.

Laissant de côté les deux parenthèses, nous lisons: «La Parole devint chair, et habita au milieu de nous... pleine de grâce et de vérité... car, de sa plénitude, nous tous nous avons reçu, et grâce sur grâce». Le résultat pour «nous» qui croyons est de nouveau précisé ici. Seuls «tous ceux qui l’ont reçu» peuvent vraiment dire: «Nous avons reçu» de sa plénitude; mais ceux-là, tous ceux-là peuvent le dire, Dieu en soit béni! Une plénitude de grâce et une plénitude de vérité sont la part de chacun, même du plus faible, même s’ils n’en mesurent jamais la profondeur. L’accent est mis spécialement sur la grâce. Nous avions besoin de «grâce sur grâce», comme si on l’empilait pour en faire une montagne. La loi a été donnée par Moïse. Elle exprimait les exigences de Dieu, mais elle n’établissait rien. La grâce et la vérité sont apparues dans ce monde, et la venue de Jésus Christ les a, de ce fait, établies.

Enfin, Jean a clairement identifié cette Personne, connue parmi les hommes, Celui qui est la Parole. La Parole devint chair et habita au milieu de nous, pleine de grâce et de vérité; et voici, cette plénitude est en Jésus Christ! Cette préface magnifique à l’Évangile nous a conduits directement à Jésus.

À ce stade, nous avons un autre aperçu de sa gloire. Il est Celui qui révèle le Dieu qu’aucun homme n’a jamais vu. Comme le Fils unique qui est dans le sein du Père, il peut pleinement le faire connaître comme Père. Dans le mot «sein», nous avons une image humaine, mais nous ne devons pas l’utiliser dans le sens humain. Cette image est utilisée ailleurs dans l’Écriture pour indiquer la plus proche des relations et l’intimité la plus complète. Le Fils est si totalement un avec le Père et dans une telle intimité de pensée avec lui, qu’il peut le faire connaître à la perfection. Notre verset ne dit pas qu’il était, comme s’il y avait un lieu qu’il aurait pu quitter, mais qu’il est. C’est un présent éternel. Il était, dans l’éternité, il est et sera éternellement dans le sein du Père. La Parole devenant chair signifie donc la venue de la grâce et de la vérité et la pleine déclaration de Dieu comme Père.

Les versets 19 à 28 nous donnent le témoignage de Jean, rendu alors qu’il baptisait au Jourdain. Il est présenté d’une façon tout à fait différente des autres Évangiles. Tout d’abord il y a le côté négatif. Les chefs religieux sont curieux de savoir s’il est le Christ ou Élie, ou le prophète dont Moïse a parlé. Son témoignage est ferme; il n’est aucun de ceux-là. Il est seulement la voix dont Ésaïe avait parlé, qui crie dans le désert. Son témoignage positif vient ensuite quand ils l’interrogent sur son baptême. Il y en a Un parmi eux qu’ils ne connaissent pas, tellement plus grand que Jean qu’il n’est pas digne de délier la courroie de sa sandale. Par cette image frappante, Jean exprime ce qu’il comprend de la gloire suprême de Celui qui est sur le point de se manifester.

C’est le commencement du témoignage de Jean. Il se précise et s’affermit dans les versets qui suivent.

L’incarnation et quelques-unes de ses grandes conséquences nous sont présentées dans la dernière partie du chapitre. Nous avons en Jean 1 plusieurs des noms et titres du Seigneur Jésus. Les différents offices et capacités qu’il remplit nous sont aussi dévoilés.

Les grands de ce monde remplissent des fonctions variées... Il n’est donc pas surprenant que la Parole, faite chair, remplisse de multiples offices et soit à même de s’occuper de services d’une grande variété et d’une valeur éternelle. Quand nous lisons, au verset 29, la suite du témoignage de Jean, nous rencontrons le premier de la série. Jésus est «l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde».

Jean dit, en substance: «Voilà l’unique sacrifice efficace, qui n’aura jamais à être répété et qui a une valeur éternelle». Dans l’Ancien Testament, l’agneau avait été spécialement choisi comme l’animal destiné aux sacrifices: c’est l’explication du titre utilisé ici. Jésus est l’Agneau que Dieu a donné. S’il enlève le péché du monde, alors l’œuvre qui est accomplie est d’une telle grandeur que tout est réglé pour l’éternité. Il n’enlève pas seulement votre péché, ou le mien, ou celui d’Israël, mais celui du «cosmos» tout entier. La chose est à faire, et voici «Celui qui la fait». Quand nous évoquons le péché, nous pensons en général à ses diverses formes, avec des milliers de détails; ici il est considéré comme un problème gigantesque et terrible, qui trouve sa solution finale dans le fait qu’il est ôté. Dieu veut un «cosmos», — l’univers comme un tout ordonné, —entièrement et éternellement purifié du péché. Voici Celui qui le réalise par son sacrifice. Il est le sacrifice pour toutes les périodes; c’est là le fondement de tout ce qui suit. S’il ne l’était pas, rien ne pourrait nous conduire dans la voie de la bénédiction et de la gloire.

Jean continue à identifier Jésus comme Celui dont il a parlé auparavant. Il proclame que son baptême n’a pas seulement pour but la manifestation du résidu fidèle en Israël, mais aussi la manifestation de l’Agneau de Dieu à Israël. Il a vu le Saint Esprit descendre sur lui comme une colombe, descendre et demeurer, — non pas descendre et repartir, comme la colombe lâchée par Noé. Quand il avait reçu sa mission, Jean avait été informé que ce serait le signe distinctif de Celui dont il serait le précurseur. C’était celui qui ne baptiserait pas seulement d’eau, mais du Saint Esprit.

En disant cela, Jean présente manifestement Jésus comme celui qui, infiniment grand, apporte la bénédiction. Comme sacrifice, il ôte le péché du monde. Comme Celui qui apporte la bénédiction, il le remplit de la lumière et de l’énergie de l’Esprit de Dieu. Il est donc évident qu’il y a ici les deux aspects d’un ensemble; et les deux déclarations précédentes ont une portée très large. Chaque croyant aujourd’hui a ses péchés ôtés et il reçoit le Saint Esprit; c’est une infime partie de tout ce que représentent les résultats acquis. Mais ce qui est envisagé ici, c’est l’œuvre dans sa totalité, considérée de façon abstraite. Les péchés ôtés et le Saint Esprit répandu sur toute chair ne sont pas encore des faits historiques; mais nous avons ici Celui par lequel ces deux choses vont arriver.

La déclaration finale de Jean, au verset 34, est très importante. Le témoignage qu’il avait rendu aux versets 15 et 27 lui était confirmé. Il avait devant lui le Fils de Dieu et il pouvait rendre témoignage qu’il est le Fils. Le Saint Esprit est une Personne de la Déité. Voici un homme qui a cette personne divine à sa disposition, de manière à pouvoir baptiser du Saint Esprit. Qui est donc cet homme? Rien de moins que le Fils de Dieu, une autre personne de la Déité. Nous sommes ainsi amenés immédiatement au sujet qui est le but principal de cet Évangile (voir 20:31), le Fils était là devenu Homme; un tel but était rendu possible. Le Fils de Dieu et la Parole ne sont qu’un.

Le lendemain, Jean rend un témoignage similaire, centré davantage sur la Personne elle-même que sur son œuvre. C’est encore la personne dans son caractère d’Agneau pour le sacrifice. C’est lorsqu’il revêt ce caractère qu’il a le plus d’attrait, comme le montre Apocalypse 5. Cette attraction se fait sentir ici; deux des disciples de Jean, l’entendant parler ainsi, le quittent immédiatement pour s’attacher à Jésus. On ne peut rendre de service plus fidèle à Dieu que de détourner les auditeurs du serviteur humain pour les attacher à Christ. Jean le Baptiseur fut un serviteur très fidèle.

Jésus ne reprend pas les disciples qui désirent être avec lui; il les encourage plutôt à demeurer avec lui. Il est non seulement le sacrifice et Celui qui bénit, mais encore le centre autour duquel tous doivent se rassembler. Les deux disciples avaient découvert cela par une sorte d’instinct.

Leur action suffit à le placer devant nous sous ce caractère. Bientôt le Seigneur dira: «Si je suis élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi-même» (12:32). Dans les jours à venir, cela s’accomplira de façon visible. Mais parmi les multitudes de ce jour futur, André et l’autre disciple auront l’honneur d’avoir été les premiers à découvrir en Jésus le Centre désigné par Dieu.

Le verset 42 nous montre que ce qu’André a entendu lui a révélé que Jésus était le Christ (Nous devons à nouveau penser à la fin du chapitre 20). Jésus est Celui qui baptise de l’Esprit Saint, par conséquent il est le Fils de Dieu. Il est le Centre désigné par Dieu, donc le Christ. La première chose que fait André est de chercher son frère Simon. Il lui fait part de ce qu’il a trouvé, et ainsi «il le mena à Jésus». Il est souvent arrivé depuis, que l’homme le plus énergique et le plus remarquable a été amené au Seigneur par quelqu’un de très ordinaire. Autant que nous le sachions, c’est la chose la plus remarquable qu’André ait faite.

Simon est toujours prompt à parler, et parmi les disciples il est habituellement le premier à s’exprimer; mais quand il est amené à Jésus, ce n’est pas lui qui a le premier mot. Jésus montre aussi qu’il connaît son nom et sa filiation et lui donne un nouveau nom. Comme nous le voyons pour Daniel et ses trois amis, les grands rois affirment que des serviteurs ou des esclaves leur appartiennent, en changeant leur nom. Quand Simon vient à Jésus, Celui-ci affirme de la même manière son droit sur lui. Mais il fait plus que cela en lui donnant un nom qui signifie «une pierre», car il se l’attache pour l’édifice qu’il a en vue. Pour le moment, Simon ne sait rien de cela. Effectivement Simon, d’après le récit, n’a rien à répondre. Ce que le Seigneur a en vue et ce qu’il dit est de toute importance.

Reportons-nous seulement à 1 Pierre 2 et nous verrons que Simon a compris et qu’il a quelque chose à nous dire à ce sujet. En venant à Christ, la Pierre Vivante, il est devenu une pierre vivante pour l’édification de la maison de Dieu qui se poursuit à l’époque actuelle. Comme il nous le montre dans ce chapitre, ce qui était vrai pour lui, l’est aussi pour nous lorsque nous venons à la Pierre Vivante, chacun à notre tour. Jésus se révèle alors clairement comme Celui qui bâtit la maison de Dieu, dans la manière dont il rencontre Simon. Ni Simon lui-même, ni les autres ne l’ont saisi à ce moment-là. C’est un autre aspect du ministère de Jésus.

Jésus lui-même prend l’initiative de trouver Philippe (v. 44). Il se présente par ces mots: «Suis-moi». Ces deux mots sont évidemment suffisants. Ils le désignent à Philippe comme Celui qui conduit et qui a le droit de demander l’obéissance loyale de tous et de chacun. Philippe le suit et, même s’il n’a pas encore beaucoup de connaissance, il se met à chercher d’autres âmes. Il peut seulement parler à Nathanaël de «Jésus, le fils de Joseph, qui est de Nazareth». Il donne ainsi un nom ni très élevé ni très exact à Celui qu’il venait tout juste de commencer à suivre. Cela conduit Nathanaël, dès le départ, à avoir des préjugés à l’égard du Seigneur, mais cela suffit pourtant à l’amener à un entretien avec lui.

De nouveau Jésus prend l’initiative. Par sa première exclamation concernant Nathanaël, il se révèle lui-même comme Celui qui sonde les cœurs des hommes: Voilà un Israélite, non pas sans péché, mais sans fraude, c’est-à-dire sans tromperie ni malhonnêteté; voilà un homme droit et honnête dans son esprit devant Dieu. Jésus le sait comme le montre sa réponse à la question étonnée de Nathanaël: «D’où me connais-tu?» Le Seigneur se révèle comme le juge de tous. Il est Celui devant qui tous les hommes sont nus et découverts et qui peut mettre tout homme à sa vraie place. Nathanaël est venu pour voir Jésus de Nazareth et il découvre quelqu’un qui sait tout à son sujet et qui lit en lui comme dans un livre ouvert. Qui donc est ce Jésus?

La réponse de Nathanaël nous est donnée au verset 50. Nous sommes ramenés à ce verset du chapitre 20 dont nous avons déjà parlé. Jésus est «le Fils de Dieu» et il est aussi «le Roi d’Israël». En tant qu’Israélite sérieux et pieux, Nathanaël attendait le Roi, et il aurait eu tendance à faire de ce point-là le point capital. Mais évidemment en présence de «celui qui juge les hommes et sonde les cœurs», tout l’accent est mis sur le fait qu’il est nécessairement le Fils de Dieu, et donc le Roi d’Israël. Remarquez ensuite au verset 51 que Jésus accepte l’hommage de Nathanaël: il ne le trouve pas déplacé, car c’est un fruit de la foi. En entendant les paroles de Jésus, il croit et rend hommage.

Au verset 51 il semble qu’il y ait un contraste entre entendre et voir. Ce que nous entendons produit la foi, mais un jour viendra où nous verrons des choses plus grandes que celles que nous avons entendues. Lorsque la foi sera changée en vue, nous aurons devant les yeux le Fils de l’Homme comme grand administrateur de l’univers de Dieu, cette sphère de lumière et de bénédiction. Les anges auront leur place de serviteurs, mais chacun de leurs mouvements sera réglé et accompli sous sa direction. Il remplira cet office comme Fils de l’Homme selon la prophétie du Psaume 8. En effet ce Psaume parle de lui comme ayant été fait «de peu inférieur aux anges», mais ceci à cause de la mort qu’il a soufferte, comme nous le dit Hébreux 2. Il parle aussi de sa domination sur les œuvres de l’Éternel sur la terre et dans la mer. Notre verset de Jean 1 montre que les anges lui seront soumis. Le chapitre 2 des Hébreux va plus loin en disant que l’expression «toutes choses lui étant assujetties» signifie que Dieu n’a «rien laissé qui ne lui soit assujetti». Le Fils de l’Homme dominera sur les cieux aussi bien que sur la terre.

Avant de quitter le premier chapitre, retenons que nous n’avons pas seulement ces aperçus des différents offices remplis par la Parole devenue chair, mais aussi que ses principaux titres sont mis en lumière: Jésus; le Messie; le Christ; le Fils unique; l’Agneau de Dieu; le Fils de Dieu; Jésus de Nazareth; le Roi d’Israël; le Fils de l’Homme. Le chapitre entier est semblable à une mine richement striée de ces filons d’or.

Chapitre 2

Ce chapitre commence par l’expression: «Et le troisième jour». Si nous retournons en arrière, nous voyons que le deuxième jour est celui où Philippe a été trouvé, et le premier celui où André et son compagnon ont découvert leur Centre en Jésus. Ces jours peuvent être considérés comme des types. Le premier est celui où l’église est rassemblée autour de Christ. Le second est celui où il est reconnu comme Fils de Dieu et Roi d’Israël par le résidu fidèle d’Israël. Le troisième est celui de la félicité et de la joie millénaires, fruits du règne du Fils de l’Homme sur toutes choses.

Lors des noces de Cana, aucune gloire extérieure ne signale la présence de Jésus. Ses disciples sont là ainsi que sa mère. Il montre bientôt, par la réponse faite à sa mère, que ce n’est pas elle qui prend les initiatives, mais lui. Il fait voir aussi que son heure n’est pas encore venue: ni l’heure de ses souffrances, ni l’heure de sa gloire quand «toutes choses» seront à sa disposition. Toutefois, très vite il manifeste sa gloire en montrant que c’est lui qui dispose de l’eau, et qu’il peut en faire ce qui lui plaît. Il change l’eau de purification en vin de joie. C’est là le commencement de ses miracles ou signes, et ce signe annonce le résultat final de son œuvre. Il ne peut y avoir de joie durable que sur la base d’une purification qu’il introduit lui-même. La joie qui jaillira enfin au jour des noces d’Israël purifié sera au-dessus de toutes les autres. Le «bon vin» est gardé jusqu’à ce jour. Ce signe qui manifeste sa gloire fortifie la foi de ses disciples et peut fortifier la nôtre.

Après quelques jours passés encore en Galilée, Jésus monte à Jérusalem pour la Pâque. Tout cela s’est passé avant que Jean soit jeté en prison, donc avant le début du ministère public du Seigneur comme les autres évangélistes le rapportent. La scène qui se passe au Temple, racontée ici, se déroule donc tout au début du ministère du Seigneur. Il est au cœur de la scène quand il arrive au temple; et là, au centre même, la nécessité d’une œuvre de purification devient tout à fait évidente. La maison de Dieu, son Père, a été changée en une maison de trafic, — un lieu de commerce et de profit mondain.

Cela illustre comment les dispositions bienveillantes de la loi pouvaient être et ont été corrompues pour servir les convoitises de l’homme. Il y avait des instructions en Deutéronome 14:22-26: les Juifs pouvaient prétendre qu’ils ne faisaient que ce que la loi autorisait. La loi permettait d’apporter de l’argent pour acheter ce dont ils avaient besoin. En revanche, elle n’approuvait pas les pratiques de cupidité qui avaient été introduites, transformant la maison de Dieu en un centre de commerce. Ce sont les mêmes pratiques que l’on voit de nos jours. Il y a, dans les lieux de pèlerinage, des étals où les gens achètent au prix fort cierges et autres marchandises!

Le Seigneur n’a pas encore renié le Temple. Il le traite comme la maison de Dieu et il est rempli de zèle pour elle. Personne ne peut lui résister quand il est armé de son fouet de cordes; les trafiquants doivent pour le moment s’en aller. Les Juifs, cependant, contestent ce qu’il fait et demandent un signe, comme si l’irrésistible autorité de son action n’était pas un signe suffisant. Il répond en leur donnant le signe suprême de sa propre mort et de sa résurrection, seulement voilé sous un langage symbolique. De fait, il allait désormais, dans sa personne même, remplacer le Temple comme demeure de Dieu. Son corps est un «temple» bien plus merveilleux que celui qui avait été édifié sur le Mont Morija. La Parole devenue chair a habité au milieu de nous, et ainsi «Dieu était en Christ» d’une manière beaucoup plus profonde et intime. La plénitude de la Déité habitait en Lui. Le Temple avait rempli un certain office en Israël, mais il remplit maintenant cet office d’une manière tout à fait nouvelle.

Dès le début de cet Évangile, Jésus est considéré comme rejeté. Il prend acte, ici, de l’hostilité implacable des Juifs. Ses paroles annoncent qu’ils mettront tout en œuvre pour le faire mourir. Ils détruiront, pour autant que ce soit en leur pouvoir, le temple de son corps; mais en trois jours il le relèvera. Remarquez comment il dit que c’est lui qui le fera. Il est également vrai, bien sûr, que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts; mais au chapitre 10, il se présente de nouveau comme l’auteur de sa propre résurrection. Ce fait est en rapport avec l’Évangile qui nous le présente comme la Parole qui était Dieu et qui devint chair. De tous les signes qu’il a donnés, sa résurrection était le plus grand.

À ce moment-là personne ne le comprend, pas même ses disciples. C’est un autre caractère de l’évangile de Jean. Il est continuellement incompris de ses amis comme de ses adversaires. Ce n’est qu’après sa résurrection et le don du Saint Esprit qui l’a suivie que les disciples ont saisi la vraie signification de ces choses. Mais cela non plus n’est pas surprenant. Si le Verbe (la Parole) devient chair, il est vrai qu’il nous parlera avec des mots humains, mais il parlera aussi des choses élevées qu’il connaît puisqu’il est dans le sein du Père. De ce fait, ses déclarations doivent avoir une profondeur insondable, une profondeur que seul l’Esprit Saint peut révéler.

Quand le Seigneur parle de façon imagée de sa résurrection, personne ne comprend ses paroles, cependant les œuvres qu’il réalise avec puissance ont un effet sur de nombreuses âmes. Les versets qui terminent le chapitre 2 montrent que des miracles peuvent produire une certaine «croyance». Beaucoup à Jérusalem à cette époque auraient souscrit au dicton: «Voir, c’est croire». La croyance produite par la vue de faits indéniables n’est cependant pas la foi donnée par Dieu et qui sauve. C’est une simple conviction intellectuelle qui, lorsqu’elle est mise à l’épreuve, s’effondre facilement. C’est ce que nous pourrons voir au verset 66 du chapitre 6.

Pour le moment la situation à Jérusalem peut sembler pleine de promesses, mais Jésus lit sous les apparences et l’Évangéliste saisit l’occasion pour nous le dire. Il déclare à la fois que Jésus «connaissait tous les hommes» et qu’il «connaissait ce qui est dans l’homme». Il redit à peu près la même chose au verset 64 du chapitre 6; mais cette expression dans notre chapitre est la première d’une série de remarques qui nous dévoilent l’omniscience de notre Seigneur. Cette expression est tout à fait en rapport avec le caractère de cet Évangile. Jésus lui-même, qui connaissait ces hommes, ne se fiait pas à eux. Le mot traduit par «se fiait»est le même que celui traduit par «crurent»dans le verset précédent. Cela nous aide à voir que la foi véritable n’est pas une simple conviction intellectuelle, mais le fait de s’abandonner, avec confiance et simplicité, à Celui en qui on croit.

Chapitre 3, versets 1 à 15

Ce chapitre commence par le mot «mais». Nicodème fait partie de ceux qui sont impressionnés par les miracles, mais il y a quelque chose de plus en ce qui le concerne. Les miracles auxquels il a assisté ont conduit ses pensées vers Dieu et c’est Dieu qu’il cherche. La recherche habituelle de Dieu menait au temple, et c’est ce que Nicodème aurait fait de jour. Il choisit une voie qui était inhabituelle, cherchant à s’entretenir avec ce «docteur venu de Dieu», qui n’est pas reconnu par tous; c’est pourquoi il le fait de nuit. Il est lui-même chef et docteur en Israël, et il admet que tout ce dont il a besoin pour lui-même, c’est d’être davantage instruit. Ce n’est pas peu de chose pour ce fier Pharisien de prendre la place d’un humble élève!

Le Seigneur l’aborde tout de suite avec cette déclaration importante et catégorique concernant la nécessité absolue de la nouvelle naissance. Sans cela personne ne peut même voir le royaume de Dieu. Il peut voir les miracles et les signes, mais il ne peut pas voir le royaume. Nicodème a besoin de la nouvelle naissance et non d’être enseigné. Il se montre en effet incapable, dès le début, de comprendre les paroles du Seigneur et illustre ainsi leur vérité. Il n’y voit rien d’autre qu’une référence à la naissance naturelle et cela le laisse perplexe, ce qui introduit une deuxième déclaration catégorique qui va encore plus loin. Il ne faut pas seulement voir le royaume, mais y entrer, et pour cela il faut être né d’eau et de l’Esprit.

Ce qui s’impose, c’est une nouvelle naissance et non pas seulement une nouvelle conduite ou de nouveaux principes pour les actions; cela signifie donc une origine entièrement nouvelle. L’origine et la généalogie de Nicodème étaient parmi les meilleures, puisqu’il était issu de la véritable race d’Abraham. De plus il avait acquis toute la culture possible dans la religion juive. Si lui, un fils d’Abraham cultivé, a besoin d’une nouvelle naissance, cela signifie alors que toute chair, même celle d’Abraham, est condamnée devant Dieu. Le fait que la nouvelle naissance soit nécessaire à tous place la sentence de condamnation sur nous tous. Par notre première naissance, nous descendons d’Adam et nous participons à sa vie et à sa nature. Ce n’est qu’en passant par la nouvelle naissance, qui nous introduit dans une autre vie et une autre nature, que nous pouvons voir le royaume ou y entrer.

Les paroles du Seigneur au verset 5 font clairement référence à la prophétie d’Ézéchiel 36:24-32. Elle prédit la purification profonde et fondamentale qui atteindra Israël au début du millénium. Dieu, alors, répandra de l’eau pure sur eux, leur donnant «un cœur nouveau». Il placera en eux «un esprit nouveau», puis il mettra son Esprit au-dedans d’eux. Il en résultera que tout leur être sera rendu si pur qu’ils auront horreur d’eux-mêmes, de leur corruption d’autrefois. Alors Dieu les bénira. Ce passage ne nous donne pas toute la vérité à ce sujet, mais il en dévoile une si grande partie que Nicodème n’aurait pas dû être surpris par ce qu’il entendait. Comme maître en Israël il aurait dû connaître ce qu’Ézéchiel avait dit!

La loi ordonnait un grand nombre d’aspersions, en général de sang, mais quelquefois d’eau (Nombres 8 et 19). On appliquait par aspersion le sang ou l’eau. L’eau est le grand agent de purification. Ézéchiel emploie ces images familières pour enseigner que Dieu appliquerait son agent de purification à Israël pour leur renouveau spirituel. Son agent de purification est sa parole, comme nous l’indique le Psaume 119 au verset 9.

Nous trouvons donc ici que le Seigneur, dans ses toutes premières déclarations, relie son enseignement à ce qui avait été révélé par Ézéchiel; en même temps il confirme et développe la vérité. Cependant nous avons des révélations supplémentaires à ce sujet dans les épîtres. Nous devons, de plus, nous souvenir que ce que nous lisons à ce sujet aux versets 12 et 13 du chapitre 1 a été écrit par l’apôtre Jean des années après qu’une pleine lumière a été donnée sur le sujet. Jésus affirme à Nicodème que la nouvelle naissance est une nécessité qui s’impose à toute âme qui veut voir le royaume ou y entrer; l’Esprit en est l’agent actif, et l’eau de la Parole, l’agent passif. La condition des hommes est telle que rien de moins fondamental et radical qu’une nouvelle naissance ne suffira.

Il affirme aussi que la chair reste toujours chair, et que ce qui est né de l’Esprit participe de sa nature et reste esprit. Le verset 6 établit de façon très claire que les deux natures sont totalement distinctes et ne se fondent jamais l’une dans l’autre. L’expression, souvent répétée en Genèse 1, s’applique ici: «selon son espèce». Il n’y a pas plus de trace d’évolution ici qu’en Genèse 1; aucune culture prolongée ou sélection naturelle ne peut transformer la chair en esprit.

Le sujet de la nouvelle naissance a suscité beaucoup de discussions et de controverses qui auraient pu être évitées si on avait accordé au verset 8 suffisamment d’attention. Le mot grec pour «vent» et «esprit» est le même. Comme le vent, l’Esprit est invisible, et on ne peut le saisir qu’en l’entendant dans la parole qu’il donne, ou en ressentant les effets de ses interventions. Comme le vent, aussi, il n’est pas soumis à notre autorité, et ses actions dépassent largement toutes nos pensées. La même chose s’applique à tous ceux qui sont esprit, étant nés de lui. Toutefois il y a certainement, au sujet de la nouvelle naissance et de ceux qui sont nés de nouveau, des éléments que nous ne comprenons pas; par conséquent nos raisonnements peuvent être facilement vains ou même faux.

Au verset 11 nous avons, pour la troisième fois dans notre chapitre cette expression d’une importance particulière: «En vérité, en vérité». Nicodème doit constater pour lui-même que le Seigneur ne parle pas comme un simple prophète. Jésus a, en lui-même, une connaissance parfaite des choses dont il parle; il a effectivement vu ce dont il rend témoignage. Il est toujours «dans le sein du Père», comme indiqué précédemment. Néanmoins son témoignage n’est pas reçu par l’homme sans l’action de l’Esprit de Dieu. Et de quoi témoigne-t-il? Il a parlé de vérités dont Ézéchiel a annoncé la nécessité en vue de la bénédiction terrestre pendant le millénium; il a développé la prophétie d’Ézéchiel, et Nicodème est là, plein d’hésitation et de doute! Il doit encore parler des vérités liées aux desseins de Dieu pour le ciel; ces choses sont-elles susceptibles alors d’être reçues par la foi?

Les réalités célestes, du fait de leur nature, ne peuvent qu’être totalement inaccessibles aux hommes. Leurs pieds foulent la terre, qui leur est familière, mais ils ne sont jamais allés au ciel. Voilà que se présente Quelqu’un d’entièrement compétent pour révéler les réalités célestes. Nous sommes placés devant un paradoxe étonnant: Jésus est descendu du ciel, toutefois il était dans le ciel. Cependant, si nous nous souvenons du début de l’Évangile, le paradoxe disparaît. Voici la Parole qui était Dieu et qui est devenue chair. En devenant chair, il est certainement descendu du ciel sans, pour autant, jamais cesser d’être Dieu qui est dans le ciel. Mais il dit: «Le Fils de l’Homme qui est dans le ciel». C’est vrai, et nous devons en conclure que nous ne sommes pas libres de disserter sur sa personne avec notre intelligence comme certains ont tendance à le faire. Nous ne devons pas dire: «Dans cette position, il est complètement comme Dieu»; ou bien: «Cela, il l’a fait entièrement comme Homme». Nous pouvons faire une distinction, bien sûr, mais nous ne devons pas séparer! Même dans son humanité, sa personnalité est une et indivisible. De ce fait, le Fils de l’Homme est Celui qui parle avec une compétence parfaite des réalités célestes. Quelle différence avec tous ceux qui l’ont précédé!

Après avoir mentionné les réalités célestes, le Seigneur enchaîne immédiatement en annonçant l’événement important qui doit avoir lieu avant qu’elles soient mises à la disposition des hommes et qu’elles soient pleinement révélées. Cet événement a eu comme type le serpent d’airain dans le désert; il a été élevé comme le Fils de l’Homme l’a été sur la croix. C’est l’œuvre accomplie pour nous, en dehors de nous-mêmes. La nouvelle naissance est une œuvre accomplie en nous. Dans les deux cas Jésus emploie l’expression: il faut; car les deux œuvres sont indispensables si nous devons avoir une relation heureuse avec Dieu. La mort du Fils de l’Homme, comme sacrifice, est pour l’homme le seul moyen d’accéder à la vie éternelle. C’est un moyen accessible à «quiconque croit en lui»; c’est-à-dire par la foi.

À suivre