Lectures hebdomadaires

Vous trouverez chaque vendredi, sous cette rubrique, une étude sur l'Évangile selon Jean.

Réflexions sur l'évangile selon Jean

F.B. Hole

Chapitre 9

Le long de son chemin, Jésus rencontre un aveugle qui va rendre un témoignage remarquable aux chefs d’Israël. Dans sa personne même, il devient un autre «signe» montrant que le Christ, le Fils de Dieu, est en effet là, parmi eux.

La question soulevée par les disciples peut nous paraître curieuse. Elle exprime, en fait, des pensées courantes parmi les juifs, fondées sur Exode 20:5 qui parle de l’iniquité des pères, visitée sur les fils. La réponse du Seigneur montre que le malheur peut venir sans qu’il y ait aucun élément de rétribution, mais seulement pour que l’œuvre de Dieu puisse être manifestée. Elle l’est ici, lorsque le Seigneur accomplit une délivrance complète de l’infirmité. Elle peut être manifestée, de manière tout aussi frappante, par une délivrance complète du découragement et du poids de l’affliction, alors que l’affliction elle-même persiste encore; c’est ce qu’on voit souvent aujourd’hui. C’était alors le «jour», marqué par la présence sur la terre de «la lumière du monde». Jésus sait que la «nuit» de son rejet et de sa mort approche. Jusqu’à ce moment-là, il est sur la terre pour faire les œuvres du Père; cet aveugle est un sujet qui convient bien pour que l’œuvre de Dieu s’accomplisse, bien qu’il n’ait rien demandé, autant que nous le rapporte le récit.

L’action accomplie par le Seigneur est symbolique, comme le montre le nom du réservoir dont la signification nous est donnée. Jésus est «l’Envoyé», qui était devenu chair; la terre mêlée de crachat est un symbole de sa chair. Or des yeux sains seront aveuglés s’ils ont un emplâtre de boue, et des yeux malades seront rendus doublement aveugles. Il en est ainsi des aveugles spirituels; la chair de «la Parole» est une pierre d’achoppement et ils ne voient que le fils du charpentier. Pour nous, qui croyons en lui comme l’Envoyé, c’est plutôt le contraire. C’est par sa révélation en chair que nous avons appris à le connaître, comme le montre 1 Jean 1:1, 2. Sa chair est ténèbres pour le monde; elle est lumière pour nous. Nous pouvons adopter ce langage dans un sens spirituel et dire: Nous nous sommes lavés et sommes revenus voyant. Le reste du chapitre montre que l’aveugle a eu les yeux du cœur ouverts aussi bien que les yeux de son corps.

Une fois que ses yeux spirituels sont ouverts, il a plus de lumière. L’opposition même qu’il rencontre sert à produire cette croissance. Les questions des voisins fusent plus par curiosité que par hostilité, et elles contribuent à faire ressortir les faits tout simples du début. Il sait comment ses yeux ont été ouverts et qu’il le doit à un Homme appelé Jésus, bien qu’il ne sache pas où il se trouve.

Son cas est si remarquable qu’ils l’amènent aux pharisiens; ici, immédiatement, l’esprit de contestation règne. Ils n’ont aucune difficulté à trouver des raisons à leur opposition, car le miracle a été accompli le jour du sabbat.

Jésus a de nouveau violé le sabbat; cela le condamne immédiatement à leurs yeux. Avoir une défaillance dans les pratiques religieuses est fatal. «Cet homme n’est pas de Dieu», disent-ils; voilà la conclusion typique de l’esprit pharisaïque. D’autres, cependant, sont plus impressionnés par le miracle. Ainsi se manifeste encore une division; cela les amène à demander à l’homme ce qu’il dit de Celui qui l’a guéri. Sa réponse montre que cet «homme, appelé Jésus», est pour lui au moins un prophète. C’est plus qu’ils ne veulent l’admettre, aussi contestent-ils la réalité de sa guérison miraculeuse.

Les parents sont appelés, maintenant, à entrer dans la discussion pour témoigner seulement que leur fils est bien né aveugle. La guérison est donc incontestable, bien que la peur amène les parents à renvoyer à l’intéressé lui-même, pour obtenir d’autres renseignements. Il apparaît clairement que le verdict des pharisiens, sur ce cas, était établi d’avance. Quiconque confesserait Jésus comme le Christ, serait exclu de tous les privilèges religieux du judaïsme. Leurs motifs méchants se trouvent donc révélés. Ils poursuivent l’interrogatoire de l’homme, non pour connaître la vérité, mais pour découvrir une raison valable, quelle qu’elle soit, pour condamner Jésus, ou bien l’homme, ou les deux.

Attribuera-t-il la gloire à Dieu, tout en convenant que l’homme par qui la puissance de Dieu s’exerce est un pécheur? L’aveugle, guéri, évite ce piège subtil en réaffirmant simplement le seul point qui soit pour lui inébranlable. Il agit comme un général habile, qui refuse de se battre sur un terrain choisi par l’ennemi, et ne veut rencontrer son adversaire que sur sa propre position imprenable. Il refuse une discussion purement théologique, dans laquelle il n’est pas de taille à leur faire face, et tient ferme sur ce qu’il sait de l’œuvre accomplie en lui. Les paroles de cet homme, au verset 25, sont instructives pour nous. L’illettré d’aujourd’hui peut affronter humblement mais hardiment les nombreuses accusations des pharisiens et des sadducéens, s’il se contente de témoigner de ce que la grâce de Dieu a fait pour lui et en lui.

Ils essaient ensuite d’arracher à cet homme plus de précisions sur la méthode employée par Jésus. Ils espèrent trouver un point sur lequel ils pourront l’attaquer. Cependant, il s’est déjà aperçu de leur opposition, et sa question: «Voulez-vous aussi, vous, devenir des disciples?» est légèrement moqueuse. Cela les pique tellement au vif qu’ils se mettent en colère et, tout en proclamant leur attachement à Moïse, ils se mettent dans une situation critique en déclarant leur ignorance au sujet de l’origine et des titres de Jésus. Ils adoptent l’attitude «agnostique», comme beaucoup le font aujourd’hui. Cependant, il s’agit là d’un aveu fatal. Dans ce débat, ils perdent leur calme, puis leur cause! Le croyant simple, s’il s’en tient aux faits fondamentaux dont il peut rendre témoignage, ne souffrira aucune défaite face à l’agnostique.

Ces pharisiens, qui se font passer pour l’autorité religieuse suprême du moment, non seulement se déclarent ignorants sur cette question fondamentale, mais exigent aussi une sentence tout à fait contraire à l’évidence. Une puissance bienfaisante a indéniablement agi, accomplissant la délivrance du mal; ils déclarent ignorer sa source, et exigent cependant que Celui qui l’a exercée soit dénoncé comme pécheur. L’homme a ressenti toutefois l’action de cette puissance; il sait qu’elle vient de Dieu, et l’opposition inique qu’il rencontre ne fait que l’amener à la conclusion que Jésus lui-même est vraiment «de Dieu».

Ayant perdu leur cause et n’ayant pas réussi à corrompre les pensées de cet homme, les pharisiens ont recours à la violence et le chassent dehors. En ce qui concerne le judaïsme, il est excommunié; reste-t-il quelque chose pour ce pauvre homme, à part le paganisme avec son vide et ses ténèbres? Oui, il reste quelque chose! Jésus lui-même est déjà moralement en dehors du judaïsme. Comme nous l’avons déjà remarqué, il a été considéré ainsi depuis le début de cet Évangile; cependant ce n’est que lorsqu’il a été amené hors de la porte de Jérusalem pour mourir comme un malfaiteur qu’il a été vraiment en dehors du judaïsme. Au verset 35, nous voyons le Sauveur rejeté qui trouve l’homme rejeté. Il lui pose la plus importante des questions: «Crois-tu au Fils de Dieu?». La question est posée sous une forme abstraite. L’homme hésite, car il désire que le Fils de Dieu soit devant lui concrètement. Où peut-on le trouver, afin de croire? Ainsi interpellé, le Seigneur se présente lui-même, clairement, comme le Fils de Dieu. Immédiatement, et aussi clairement, l’homme l’accepte comme tel par la foi, et lui rend hommage.

Ainsi, une fois de plus, nous sommes amenés au sujet principal de cet Évangile, exprimé au verset 31 du chapitre 20. Pas à pas, l’homme a été conduit à la foi au Fils de Dieu, et à la vie en son nom. Le recouvrement de la vue a été le signe d’un travail plus grand: celui de l’ouverture des yeux de l’intelligence et du cœur. Au verset 39, nous avons le commentaire du Seigneur sur toute la scène. Il était venu dans le monde pour le jugement. Il ne s’agissait pas de condamner les hommes mais de balayer les apparences pour atteindre les hommes tels qu’ils sont vraiment. Quelques-uns, comme cet homme, ont les yeux ouverts pour voir la vérité. D’autres, comme les pharisiens, qui prétendent être ceux qui voient, peuvent être aveuglés et montrent qu’ils sont aveugles. Quelques-uns, présents, se doutent que Jésus fait allusion à eux; leur question donne l’occasion de révéler leur position dangereuse. Leur péché se trouve dans leur hypocrisie. Ils ont une vue intellectuelle et cependant ils sont spirituellement aveugles; leur péché demeure. Ceux qui sont réellement aveugles, et qui le confessent, sont plutôt des objets de compassion.