Lectures hebdomadaires

Vous trouverez chaque vendredi, sous cette rubrique, une étude sur le livre d'Esdras.

Exposé sur le livre d'Esdras

Edward Dennet

Chapitre 5, verset 6 à chapitre 6, verset 15

6.3. Esdras 5:6-17 — Rapport du gouverneur au roi

6.3.1. Esdras 5:6-10 — Rapport de la visite de contrôle

Nous avons ensuite la copie de la lettre que Thathnaï et ses collègues envoyèrent au roi Darius, qui donne de plus amples détails concernant leur visite à Jérusalem. Une brève analyse de cette lettre sera à la fois intéressante et profitable. Il est évident qu’ils étaient impressionnés par le travail de ces faibles Juifs, car voici ce qu’ils disent au roi: «Nous sommes allés dans la province de Juda, à la maison du grand Dieu; et elle se bâtit avec de grandes pierres, et le bois se pose dans les murs; et cet ouvrage se poursuit avec zèle et prospère dans leurs mains» (v. 8). À la différence de la lettre donnée dans le chapitre précédent, celle-ci expose au moins fidèlement les faits, bien que le but de l’une comme de l’autre fût d’arrêter l’avancement de l’ouvrage. L’ennemi, dans le cas présent, rend témoignage au dévouement et à l’assiduité de ceux qui bâtissaient.

Les deux versets suivants (9 et 10) sont une répétition des versets 3 et 4 à l’intention du roi et pour son information.

6.3.2. Esdras 5:11-17 — La réponse des anciens des Juifs

Puis, dans les versets 11 à 16, nous avons la réponse que les anciens des Juifs firent à ceux qui les interrogeaient. Rien de plus simple et de plus beau que la manière dont ils présentent leur propre histoire ainsi que celle du temple qu’ils étaient en train de construire!

En tout premier lieu, ils se déclarent «serviteurs du Dieu des cieux et de la terre». Quand nous avons affaire aux ruses de Satan, il n’y a pas d’arme plus puissante que la confession courageuse de ce que nous sommes véritablement. Le commencement de la chute de Pierre, ou plutôt le premier pas que Pierre fit dans ce sens, fut lorsqu’il nia appartenir à Jésus de Nazareth. Et combien de fois, dès lors, ce reniement n’a-t-il pas été le prélude à la honte et à la défaite! Quelle bénédiction donc que ces Juifs aient été capables de prendre fermement position en confessant sans ambages qu’ils étaient serviteurs de Dieu! Quelle bénédiction pour leurs propres âmes, découlant sûrement de leur certitude que l’œil de Dieu était sur eux, et, en même temps, quelle entière justification d’avoir commencé leur ouvrage malgré le décret du roi. En outre, ils rapportaient la cause de la destruction du temple aux jours d’autrefois: «Nos pères provoquèrent le Dieu des cieux, il les livra en la main de Nebucadnetsar, roi de Babylone, le Chaldéen, et il détruisit cette maison et transporta le peuple à Babylone» (v. 11-12). Quelle histoire que la leur! Salomon avait construit le temple, Nebucadnetsar l’avait détruit, et la cause de toute cette souffrance était le péché de leurs pères! Et que de preuves de la longue patience de Dieu, et de sa grâce miséricordieuse, entre ces deux événements! Mais aussi, hélas! quelle révélation du cœur de l’homme même entouré des soins de Dieu! En un mot, entre ces deux époques se situe l’histoire du royaume sous la responsabilité de l’homme, établi en gloire et en magnificence sous le règne de Salomon, prince de paix (David fut le premier roi, mais c’est la construction du temple qui marque l’établissement du royaume), et détruit sous le règne du faible et méchant roi Sédécias (2 Chr. 36:11-21).

Ces anciens expliquent encore que ce travail qui était le leur était la conséquence d’un décret de Cyrus. Comme preuve ils racontent comment ce roi leur avait confié les ustensiles d’or et d’argent provenant du temple, que Nebucadnetsar avait emportés (v. 13-15). Ils ajoutent: «Alors ce Sheshbatsar est venu et a posé les fondements de la maison de Dieu qui est à Jérusalem, et depuis lors jusqu’à présent, elle se bâtit; mais elle n’est pas achevée» (v. 16). Ce rapport, ainsi conçu par les Juifs, était non seulement exact, mais il justifiait même leur action aux yeux des hommes. Une caractéristique bien connue des lois des Mèdes et des Perses (or Cyrus était roi de Perse) était de ne pouvoir être modifiées (Dan. 6:8, 12-15, etc.). Il démontrait aussi que leurs adversaires étaient dans l’erreur par ignorance de la loi. C’est pourquoi la lettre envoyée se termine sur cette requête: «Et maintenant, s’il semble bon au roi, qu’on recherche dans la maison des trésors du roi, qui est là à Babylone, s’il est vrai que, de par le roi Cyrus, ordre a été donné de bâtir cette maison de Dieu à Jérusalem; et que le roi nous envoie sa volonté sur cela» (v. 17).

7. Chapitre 6 — La construction du temple reprise et achevée

7.1. Esdras 6:1-5 — Le décret de Cyrus retrouvé

Ainsi sollicité, le roi ordonna que l’on fît des recherches, et le décret de Cyrus fut retrouvé (ch. 6:1-5). La déclaration des Juifs fut ainsi confirmée en tout point et, mieux encore, on découvrit alors que Cyrus avait non seulement publié un décret pour que le temple soit reconstruit, mais qu’il avait également donné l’ordre «que les dépenses soient payées par la maison du roi», et que les ustensiles sacrés que Nebucadnetsar avait emportés soient restitués. Alors Darius, se conformant à ce décret, ordonna à Thathnaï, Shethar-Boznaï et leurs collègues de cesser d’inquiéter les Juifs et de leur permettre de continuer leur travail en paix.

7.2. Esdras 6:6-12 — Nouveau décret de Darius en faveur des Juifs

7.2.1. Ordre de reprise des travaux

Il est évident pour la foi que Dieu, bien qu’invisible, était à l’œuvre et qu’il se servait de la puissance de l’ennemi pour accomplir ses propres desseins, ce qui est un nouvel exemple de la manière dont il fait concourir toutes choses au bien de ceux qui l’aiment. Car non seulement Darius, sur l’intervention des adversaires des Juifs, confirma le décret de Cyrus, mais il en fit paraître un autre d’après lequel tout ce qu’il était nécessaire de faire pour la maison de Dieu serait à ses propres frais. «Et de par moi, dit-il, ordre est donné touchant ce que vous ferez à l’égard de ces anciens des Juifs pour la construction de cette maison de Dieu: Que, des biens du roi provenant du tribut de l’autre côté du fleuve, les dépenses soient promptement payées à ces hommes, pour qu’ils ne soient pas interrompus; et que ce qui leur est nécessaire, jeunes taureaux, et béliers, et agneaux, pour les holocaustes au Dieu des cieux, froment, sel, vin, et huile, selon l’ordre des sacrificateurs qui sont à Jérusalem, leur soit donné, jour par jour, sans manquer, afin qu’ils offrent de l’encens au Dieu des cieux et qu’ils prient pour la vie du roi et de ses fils» (ch. 6:8-10).

7.2.2. Les voies de Dieu

«Quand les voies d’un homme plaisent à l’Éternel, il met ses ennemis mêmes en paix avec lui» (Prov. 16:7) et, par conséquent, quand un homme se trouve dans le chemin de la volonté de Dieu, il peut en toute sécurité laisser ses ennemis dans la main du Seigneur. Ainsi, ces anciens des Juifs découvraient cette leçon si souvent enseignée dans la Parole — qu’ils auraient pu déjà apprendre et dont le peuple de Dieu a toujours besoin: «ceux qui sont avec nous sont en plus grand nombre que ceux qui sont avec eux» (2 Rois 6:16).

Dieu lui-même était donc le bouclier des fils d’Israël tandis qu’ils travaillaient à son service et, aussi longtemps qu’ils demeuraient obéissants à sa Parole et comptaient sur lui pour recevoir force et protection, rien ne pouvait les arrêter. Ainsi Satan, une fois de plus, tomba dans son propre piège et servit à promouvoir ce travail qu’il détestait. Ceci est à rapprocher de ce qu’écrivit l’apôtre Paul quelques siècles plus tard: «Frères, je veux que vous sachiez que les circonstances par lesquelles je passe sont plutôt arrivées pour l’avancement de l’évangile» (Phil. 1:12). Lorsque Satan réussit à jeter Paul en prison, il crut avoir remporté une victoire, tout comme il le crut dans ce cas le plus remarquable de tous où il poussa les Juifs à demander la crucifixion de leur Messie. Mais dans ces deux exemples, son succès apparent fut une défaite magistrale. Quelle que soit l’opposition ou la persécution que nous rencontrons, nous pouvons donc aller tranquillement de l’avant, avec courage et persévérance, parce que c’est à l’œuvre du Seigneur que nous travaillons, et lui-même a dit: «Et voici, moi je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation du siècle» (Matt. 28:20).

7.2.3. Menaces du roi contre les ennemis

Darius alla encore plus loin, en ajoutant: «Et de par moi ordre est donné, que si quelque homme change ce rescrit, un bois soit arraché de sa maison et dressé, et qu’il y soit attaché, et que sa maison soit réduite en un tas de fumier à cause de cela. Et que le Dieu qui y a fait demeurer son nom renverse tout roi et peuple qui étendrait sa main pour changer et pour détruire cette maison de Dieu qui est à Jérusalem. Moi, Darius, j’ai donné cet ordre; qu’il soit promptement exécuté» (v. 11-12). Le roi entourait donc ainsi les Juifs de sa propre autorité, les mettant à l’abri de nouvelles tracasseries en rendant passible de la peine de mort quiconque ferait obstacle à leur travail. Et, à en juger d’après ses propres termes, on ne peut guère mettre en doute que Darius ait eu quelque connaissance du «Dieu des cieux», car il parle de lui comme «faisant habiter son nom» dans sa maison. Quoi qu’il en soit, Dieu disposa le cœur de Darius en faveur de son peuple et de la construction de sa maison. L’effet de ce décret fut immédiat, car nous lisons que Thathnaï et ses collègues «firent ainsi promptement, selon l’ordre que le roi Darius avait envoyé», et aussitôt toute opposition cessa, et les ennemis de l’œuvre de Dieu quittèrent les lieux.

7.3. Esdras 6:13-15 — La construction du temple reprend et s’achève

Non seulement l’opposition à l’œuvre de la maison de Dieu avait cessé, mais Dieu, dans les soins dont il entourait son peuple en réponse à leur foi, avait aussi incliné le cœur du monarque en leur faveur, si bien que son autorité royale était maintenant devenue leur sauvegarde et leur défense. Ainsi lisons-nous: «Et les anciens des Juifs bâtirent et prospérèrent par la prophétie d’Aggée, le prophète, et de Zacharie, fils d’Iddo. Et ils bâtirent et achevèrent, selon l’ordre du Dieu d’Israël et selon l’ordre de Cyrus, et de Darius, et d’Artaxerxès, roi de Perse. Et cette maison fut achevée le troisième jour du mois d’Adar: c’était la sixième année du règne du roi Darius» (v. 14-15).

Avant d’entrer dans les détails de cette déclaration, nous aimerions rappeler à nos lecteurs un cas semblable frappant, tiré de l’histoire de la construction de la maison de Dieu dans le Nouveau Testament. En rapport avec la mort d’Étienne, «il y eut une grande persécution contre l’assemblée qui était à Jérusalem; et tous furent dispersés dans les contrées de la Judée et de la Samarie, excepté les apôtres» (Actes 8:1). Peu après, lors de la visite de Saul à Jérusalem, plusieurs années après sa conversion (cf. Gal. 1), l’hostilité se réveilla de nouveau et les Juifs de culture grecque cherchèrent à tuer Saul que les frères envoyèrent alors à Tarse (Actes 9:29-30). Puis vient cette déclaration: «Les assemblées donc, par toute la Judée et la Galilée et la Samarie, étaient en paix, étant édifiées et marchant dans la crainte du Seigneur; et elles croissaient par la consolation du Saint Esprit» (Actes 9:31). Dieu leur avait donné du repos à l’égard des ennemis qui les persécutaient et eux, par sa grâce, en profitaient pour s’édifier dans leur très sainte foi. Il en était de même ici pour les anciens des Juifs. Ils bâtissaient, encouragés et consolés par l’Esprit Saint, par le ministère des prophètes.

Il est important de distinguer ces deux classes: d’une part ceux qui bâtissaient, d’autre part les prophètes. Comme nous l’avons fait remarquer dans notre étude du livre d’Aggée, ces deux sortes de service ne peuvent jamais être confondues. Celui qui bâtit ne peut assumer les fonctions d’un prophète, pas plus qu’un prophète ne peut échanger son manteau de prophète contre une truelle de maçon. C’est pourquoi l’apôtre dit: «Or ayant des dons de grâce différents, selon la grâce qui nous a été donnée, soit la prophétie, prophétisons selon la proportion de la foi; soit le service, soyons occupés du service» (Rom. 12:6-7). Le travail de celui qui bâtit consiste à poser des pierres sur le fondement; c’est en fait quelqu’un dont Dieu se sert, par la prédication ou l’enseignement de la Parole, pour rassembler des âmes et les amener comme des pierres vivantes jusqu’au fondement qui est Jésus Christ (cf. 1 Cor. 3). Un prophète non seulement encourage le peuple à travailler plus diligemment en lui communiquant la pensée de Dieu, mais éprouve aussi toute chose par sa Parole. Un prophète met la conscience en présence de Dieu, maintenant donc en éveil le sens de la responsabilité, et dispensant les conseils, la répréhension ou l’exhortation selon les besoins du moment. Il parle, poussé par l’Esprit Saint —aujourd’hui, bien sûr, par le moyen de la Parole écrite, mais guidé par l’Esprit pour choisir la parole adaptée au cas.

Ainsi les anciens d’Israël travaillaient, et les prophètes prophétisaient, et il est aussi rapporté que «ils prospérèrent par la prophétie...». La raison en est évidente. Le Saint Esprit agissait avec puissance, d’abord par les prophètes, ensuite en éveillant dans le cœur de ceux qui bâtissaient un écho à la Parole de Dieu telle que la présentaient les prophètes. Du début à la fin de l’histoire du royaume, le peuple prospéra tant qu’il écouta la voix de ses prophètes et, d’un autre côté, toutes sortes de conséquences désastreuses s’ensuivirent lorsqu’il méprisa ces exhortations et ces avertissements envoyés du ciel. Et il n’en est pas autrement dans l’Église de Dieu. Toutes les fois que ceux qui «édifient» sont attentifs aux prophètes qui exposent et appliquent la pensée de Dieu telle qu’elle est révélée dans sa Parole, ils prospèrent, ils font œuvre durable et en reçoivent eux-mêmes de la bénédiction. Mais s’ils ne prennent pas garde aux conseils et aux avertissements divins, et qu’ils agissent suivant leurs propres pensées, ils ne font que corrompre l’œuvre à laquelle ils travaillent en y introduisant du bois, du foin et du chaume, au lieu d’or, d’argent et de pierres précieuses. Cette œuvre paraîtra peut-être plus belle aux yeux des hommes, mais elle devra subir l’épreuve du temps, et le Seigneur est seul juge de la véritable valeur d’un service.

Dorénavant il n’y eut plus d’interruption, car les fils d’Israël continuèrent leur travail jusqu’à son achèvement et, comme le souligne soigneusement l’Esprit de Dieu, ils «achevèrent, selon l’ordre du Dieu d’Israël et selon l’ordre de Cyrus, et de Darius, et d’Artaxerxès, roi de Perse» (v. 14). Tout se fit donc dans l’obéissance à Dieu, et avec la permission des autorités terrestres auxquelles, par la volonté de Dieu, ils étaient assujettis. Quel privilège béni pour ces hommes d’avoir travaillé de la sorte et — on peut bien ajouter — quel honneur pour ces monarques des nations d’être ainsi associés et de servir à l’exécution des desseins de Dieu! Sans aucun doute — et c’est une leçon à ne pas négliger — les noms des rois sont ainsi mentionnés pour montrer, notamment, la valeur que Dieu attache à l’obéissance aux autorités établies. La seule limite, comme on l’a déjà fait remarquer, c’est quand ces autorités («celles qui existent» Rom 13:1) cherchent à imposer leurs droits dans le domaine où Dieu est souverain. Dès l’instant où les autorités humaines sont en conflit avec les droits de Dieu sur nos âmes, leurs prescriptions deviennent pour nous nulles et non avenues. Mais, sauf dans ce cas-là, (Actes 4:19), le croyant doit toujours se soumettre aux autorités ordonnées de Dieu (Rom. 13).

Vient ensuite la date à laquelle la maison de Dieu fut achevée. C’était au troisième jour du mois d’Adar, dans la sixième année du règne du roi Darius. Il s’était donc écoulé quatre années depuis la reprise des travaux de construction jusqu’à leur achèvement (ch. 4:24). Il est impossible de dire avec précision combien d’années s’étaient écoulées depuis la pose des fondements, étant donné que la durée des règnes des souverains qui se succédèrent entre Cyrus et Darius n’est pas indiquée. Cela ne pourrait guère avoir été moins de vingt ans, et ce fut même probablement plus. Avec quelle longanimité, quelle patience, Dieu avait supporté les manquements de son peuple! Et maintenant que son but est atteint, que sa maison est construite, avec quelles délices il attire notre attention sur la peine que s’est donnée son peuple! Bien que tout soit l’œuvre de sa grâce, par cette même grâce il attribue à son peuple le résultat de son œuvre à Lui! Et il en a été et en sera toujours ainsi, comme le tribunal de Christ en témoignera abondamment. Car si plusieurs d’entre nous reçoivent quelque récompense pour les bonnes œuvres que nous aurons faites dans le corps, nous confesserons à sa gloire que lui-même fut la source et l’auteur de toutes les bonnes œuvres qu’il s’est plu à apprécier en nous.

À suivre