Lectures hebdomadaires

Vous trouverez chaque vendredi, sous cette rubrique, un commentaire sur le livre de Néhémie.

Livre de Néhémie

Edward Dennet

Chapitre 2, versets 9 à 20

Ch. 2:9-11 — Néhémie commence sa mission. L’ennemi se montre

Néhémie ne perdit pas de temps pour l’exécution de son dessein. Il savait comment saisir l’occasion; car il ajoute: «Je vins auprès des gouverneurs de l’autre côté du fleuve, et je leur donnai les lettres du roi» (v. 9). Mais il n’était pas parti seul, des chefs de l’armée et des cavaliers l’escortaient. Il y a par conséquent une grande différence entre son voyage à Jérusalem et celui d’Esdras. Esdras n’avait demandé au roi aucune escorte militaire, car il avait exprimé au roi sa confiance en Dieu (Esd. 8:22), et Dieu avait abondamment justifié sa confiance en le préservant, lui et ses compagnons, «de la main de l’ennemi et de toute embûche sur le chemin». Néhémie n’était pas doué de la même foi simple, et quoiqu’il fût dévoué et pieux, il voyageait avec la pompe et l’apparat propres à l’un des gouverneurs du roi; ce qui rendait plus assuré le respect du monde et des serviteurs du roi.

Mais dès son arrivée, les signes de l’opposition à sa mission se font sentir — opposition qui augmente et qu’il trouve devant lui à chaque pas; car, de fait, c’était l’opposition de Satan au travail de Dieu. D’abord cela paraissait très peu de chose: Ainsi, «quand Sanballat, le Horonite, et Tobija, le serviteur ammonite, l’apprirent, ils furent très mécontents de ce qu’un homme fût venu pour chercher le bien des fils d’Israël» (v. 10). Et pourquoi étaient-ils mécontents? La nationalité de Sanballat est incertaine, il était probablement un Moabite et son serviteur, un Ammonite, desquels il est écrit: «l’Ammonite et le Moabite n’entreront pas dans la congrégation de l’Éternel» (Deut. 23:3-6). Ils étaient par conséquent les ennemis implacables d’Israël et comme tels, pour Satan, des instruments appropriés et naturellement opposés à tout effort destiné à améliorer l’état du peuple qu’ils méprisaient. Et certes l’objectif de Satan est atteint dans la dépravation du peuple de Dieu. Aussi longtemps qu’il vit dans l’oubli de sa vraie position et de son caractère, s’associant au monde et adoptant ses manières et ses coutumes, Satan fera profession d’être un ami. Mais dès qu’un homme de Dieu paraît sur la scène et cherche à rappeler les droits de Dieu et sa vérité, Satan se réveille pour une opposition active, sans qu’elle soit d’ailleurs avouée. Dans le cas qui est placé devant nous, ses serviteurs sont seulement «mécontents», mécontents bien sûr, que la paix, la paix entre Israël et ses ennemis soit troublée. Car les fidèles, au milieu du peuple de Dieu, comme Elie autrefois, sont toujours considérés comme ceux qui troublent Israël, parce qu’ils se tiennent pour Dieu au milieu du mal. De là vient que Sanballat et Tobija étaient «très mécontents» de la venue de Néhémie; et, comme nous le verrons, si violente était leur haine, qu’ils ne ménagèrent pas leur peine pour entraver Néhémie dans son travail et même pour comploter sa mort. Jusqu’ici toutefois, seul le fait de leur mécontentement est noté, mais l’Esprit de Dieu nous montre la ruse de Satan et sa méthode pour agir.

Ch. 2:12-18 — Inspection nocturne de la cité

Ensuite, nous trouvons dans le passage suivant le récit de l’inspection par Néhémie de l’état de Jérusalem. Trois jours s’étant écoulés: «Je me levai de nuit, moi et le peu d’hommes qui étaient avec moi — et je n’avais informé personne de ce que mon Dieu m’avait mis au cœur de faire pour Jérusalem» (v. 12). Le fardeau de sa mission pesait sur son cœur de sorte qu’il ne pouvait trouver de repos. Cette simple déclaration nous révèle les caractères d’un vrai serviteur. Il reconnaît la source de son inspiration pour son travail. C’est Dieu qui en avait placé la pensée dans son cœur. Une telle assurance est le secret de toute force et de toute persévérance dans le service. Ainsi l’Éternel dit à Josué: «Ne t’ai-je pas commandé: Fortifie-toi et sois ferme? Ne te laisse point terrifier, et ne sois point effrayé; car l’Éternel, ton Dieu, est avec toi partout où tu iras» (Jos. 1:9).

Puis, comme nous l’avons déjà remarqué, Néhémie ne put trouver de repos tant qu’il n’eut pas commencé ses travaux. Le travail de Dieu ne tolère aucun délai. Ce principe est impliqué dans le commandement du Seigneur à ses disciples: «Ne saluez personne en chemin» (Luc 10:4). Quand il les envoya, ils devaient exécuter leur mission sans retard. Il en fut ainsi pour Néhémie. Il sentit qu’il devait sortir et saisir la première occasion d’apprendre à connaître le caractère et l’étendue du travail que Dieu lui avait mis au cœur de faire à Jérusalem. De plus, il nous dit qu’il ne communiqua son secret à personne. S’il l’avait fait, il aurait pu y avoir des obstacles de toutes parts. Quand le Seigneur ordonne clairement un service à l’un de ses serviteurs, rien n’est plus dangereux que de consulter des tiers.

La foi repose sur Celui qui ordonne le travail et qui donnera la force et la sagesse pour l’accomplir.

Conférer avec d’autres amène souvent bien des questions, telles que: Est-ce possible? Est-ce sage? ou: est-ce le moment? La foi est alors en danger de s’affaiblir ou même de s’éteindre sous l’influence de la prudence et du sens commun qui produisent des doutes. Quand le temps arrive pour exécuter la mission, des aides peuvent être bienvenues, mais, jusqu’à ce que tout soit bien disposé selon les directions de la foi, le secret doit être gardé entre l’âme et Dieu1

1 Note de l’éditeur: Une exhortation à la prudence peut être ici opportune. S’il y a des cas où il n’y a pas lieu de prendre conseil «de la chair ni du sang» (Gal. 1:16), — l’apôtre Paul ne le fit pas lors de sa conversion — il y a aussi des cas où nous pouvons nous tromper en pensant avoir un appel du Seigneur pour quelque champ de travail ou quelque entreprise. S’engager dans un chemin d’indépendance est une erreur, et bien des chrétiens auraient été épargnés d’expériences pénibles et humiliantes s’ils avaient prêté l’oreille aux conseils de leurs frères.

Dans les versets 13 à 15, la tournée d’inspection que fit Néhémie nous est décrite ainsi que l’état dans lequel il trouva les murs et les portes de la cité, état qui correspondait exactement avec ce qu’on lui avait rapporté à Suse (comparer v. 13 avec 1:3). Personne ne se doutait alors des intentions de Néhémie, car il ajoute: «Or les chefs ne savaient pas où j’étais allé, ni ce que je faisais; et jusque-là, je n’avais rien communiqué aux Juifs, ni aux sacrificateurs, ni aux nobles, ni aux chefs, ni aux autres qui s’occupaient de l’œuvre» (v. 16). Il avait fait son inspection en silence — seul avec Dieu —(quoique accompagné de quelques hommes de sa suite); il trouvait des forces dans sa communion avec Dieu — pendant cette nuit solennelle et bien remplie — et si son cœur avait été touché par la désolation de la cité sainte, ce n’était qu’un faible reflet de la pitié et de la compassion de l’Éternel pour le lieu qu’il avait lui-même choisi et où, du temps des rois, il avait lui-même habité sur le propitiatoire entre les deux chérubins.

Tout étant préparé, nous voyons maintenant que Néhémie met les chefs dans la confidence. Il ne pouvait permettre à personne de donner des conseils quant au travail car il avait reçu sa mission du Seigneur. Mais maintenant qu’il était seulement question de son exécution, l’aide et la communion avec d’autres étaient les bienvenues. Tel est toujours le chemin de l’homme de foi. Il ne peut pas changer ou modifier ce qui lui a été proposé, mais il se réjouit de ce que d’autres s’y associent s’ils sont d’accord pour aider, dans la dépendance du Seigneur, à l’œuvre qu’il a en vue.

C’est pourquoi Néhémie dit aux chefs et au reste du peuple: «Vous voyez la misère dans laquelle nous sommes, que Jérusalem est dévastée et que ses portes sont brûlées par le feu. Venez et bâtissons la muraille de Jérusalem, afin que nous ne soyons plus dans l’opprobre. Et je leur racontai comment la main de mon Dieu avait été bonne sur moi, et aussi les paroles du roi qu’il m’avait dites. Et ils dirent: Levons-nous et bâtissons. Et ils fortifièrent leurs mains pour bien faire» (v. 17-18).

De ces paroles adressées aux chefs, il ressort aussi que le cœur de Néhémie était profondément attristé et chargé à la vue de l’état de son peuple et de la cité. C’était la description d’un tel état qui l’avait, au départ, plongé dans le deuil, c’était en entendant ces nouvelles qu’il s’était prosterné en terre dans la présence de Dieu (1:3-4); et les paroles mêmes qu’avait employées Hanani semblent être restées gravées de façon indélébile sur son cœur, car il les emploie de nouveau, soit au v. 13, soit en parlant au peuple. Pour lui, dans son zèle pour le Seigneur et pour Jérusalem, il était intolérable que le peuple élu soit dans un tel état d’opprobre aux yeux des païens qui l’entouraient; et son désir était de reconstruire le mur de séparation et de rétablir la justice et le juste jugement au milieu d’eux en relevant les portes. Pourquoi le sanglier de la forêt continuerait-il de dévaster la vigne que Dieu, dans sa miséricorde, avait une fois encore plantée, et pourquoi les bêtes sauvages des champs la dévoreraient-elles? (Ps. 80).

Puis, après les avoir exhortés à construire, il leur raconte comment la main de Dieu avait été bonne sur lui, et comment le roi lui avait donné la permission (car par le décret de Dieu agissant en gouvernement judiciaire, ils étaient assujettis à l’autorité du roi) d’accomplir le travail que Dieu lui avait mis à cœur de faire. Dieu opéra par les paroles de son serviteur et produisit dans le cœur de Son peuple une réponse immédiate, et ils dirent: «Levons-nous et bâtissons». Quand nous sommes dans la pensée de Dieu quant à notre service, il ne manque pas d’envoyer les aides nécessaires. «Ton peuple sera un peuple de franche volonté, au jour de ta puissance» (Ps. 110:3). Ces mots contiennent un principe valable pour toutes les dispensations, car il est toujours vrai que, quand Dieu agit en puissance pour l’accomplissement de quelque dessein que ce soit, il prépare des serviteurs bien disposés pour exécuter ses plans. Ainsi, dans l’occasion présente, «ils fortifièrent leurs mains pour bien faire», car ils avaient été amenés à sentir que ce travail était de Dieu.

Ch. 2:19, 20 — Opposition des ennemis, réponse de Néhémie

Cette action de l’Esprit de Dieu souleva à nouveau l’opposition de l’ennemi. Toutes les fois que Dieu travaille, Satan s’oppose à son travail. Il en est ainsi dans le cas présent: car «quand Sanballat, le Horonite, et Tobija, le serviteur ammonite, et Guéshem, l’Arabe, l’apprirent, ils se moquèrent de nous et nous méprisèrent, et ils dirent: Qu’est-ce que vous faites là? Voulez-vous vous révolter contre le roi?» En plus du Moabite et de l’Ammonite, il y avait maintenant un Arabe, toutes les formes de la chair, pour ainsi dire, convoitant contre l’Esprit, attisées par la force et les subtilités de Satan. On peut observer que l’opposition revêt maintenant un autre caractère. Au début, Sanballat et Tobija étaient très mécontents de l’intervention de Néhémie; ils avaient l’air d’être tristes de ce que Néhémie vienne troubler la paix qui avait régné entre Israël et les païens, mais maintenant, ils se moquent et les méprisent. Une arme est aussi valable qu’une autre dans la main de l’ennemi. Voyant que leur mécontentement ne changeait pas les intentions de Néhémie, ils essaient alors la moquerie et le mépris. En même temps, ils tentent, si possible, de les effrayer en les accusant de rébellion contre le roi. Nous avons certainement besoin de connaître les artifices et les moyens de Satan, car il sait comment agir sur tous les ressorts possibles de la nature humaine. Néhémie, fortifié par le sentiment de la protection de Dieu et sachant qu’il était dans le chemin de l’obéissance, était à l’abri de tous ces artifices. «Le Dieu des cieux, lui, nous fera prospérer, et nous, ses serviteurs, nous nous lèverons et nous bâtirons; mais vous, vous n’avez ni part, ni droit, ni souvenir à Jérusalem» (v. 20). «Résistez au diable, et il s’enfuira de vous» (Jacq. 4:7). Et Néhémie lui résista par une confession hardie dunom de son Dieu et par la confiance qu’il avait en ses soins protecteurs, par la reconnaissance des droits de Dieu sur ses serviteurs, et par le refus catégorique de la prétention de l’ennemi à avoir quelque droit ou intérêt que ce soit à la sainte ville. Il n’y a rien de tel que la hardiesse face à l’adversaire, mais cela ne peut venir que d’un courage donné de Dieu, produit par l’assurance que, si Dieu est pour nous, rien ne peut être contre nous (Rom. 8:31).

À suivre