Lectures hebdomadaires

Vous trouverez chaque vendredi, sous cette rubrique, un commentaire sur la seconde épître aux Thessaloniciens.

Seconde épître aux Corinthiens

F.B. Hole

Chapitre 1er, versets 1 à 18

Introduction

La seconde épître aux Corinthiens a manifestement été rédigée peu après la première. Dans le dernier chapitre de cette première épître, Paul indique qu’il écrit d’Éphèse, où une porte grande et efficace lui était ouverte par le Seigneur, et où il y avait beaucoup d’adversaires (v. 8, 9). Dans le premier chapitre de la seconde, il fait allusion à la grande émeute qui avait eu lieu dans le théâtre d’Éphèse et qui avait mis fin à un service de plus de deux ans dans cette grande ville (v. 8; cf. Act. 19:23 et suiv.). Plus loin dans l’épître, il mentionne certains de ses déplacements qui ont suivi ces événements. Nous allons commencer par considérer ces mentions, car elles éclairent certaines remarques de l’apôtre.

Avant l’émeute, l’intention de l’apôtre était de traverser la Macédoine et 1’Achaïe, d’aller à Jérusalem, et ensuite de se rendre à Rome. C’est ce que dit expressément Actes 19:21. En 1 Corinthiens 16:5, ainsi que dans les versets 15 et 16 de notre chapitre, nous trouvons une confirmation de la première partie de ce plan. Cependant, les projets de l’apôtre avaient dû être modifiés. Tout d’abord, l’émeute avait précipité son départ pour la Macédoine. Il s’était rendu jusqu’en Troade, où le Seigneur avait de nouveau ouvert une porte devant lui (2:12, 13). Il restait pourtant trop préoccupé par les Corinthiens et par l’effet qu’aurait pu produire sur eux la première épître; ainsi, au lieu d’aller en Macédoine en passant par chez eux (1:16), il y était allé directement. Arrivé là, il avait trouvé des circonstances encore plus éprouvantes (7:5), mais il allait bientôt être réjoui par les bonnes nouvelles de Tite au sujet des Corinthiens. Ces nouvelles lui ont apporté un immense soulagement. Ce sont elles qui sont à l’origine de la seconde épître, que nous allons maintenant considérer.

 Chapitre 1er

Durant le séjour de Paul à Éphèse, Timothée avait été envoyé à l’avance en Macédoine (Act. 19:22), d’où probablement l’omission de son nom au début de la première épître. Lors de la rédaction de la seconde épître, Paul et Timothée étaient ensemble en Macédoine, d’où la mention explicite du nom de ce dernier.

Tout de suite après la salutation d’introduction, l’apôtre laisse déborder la reconnaissance, la consolation et l’encouragement qui remplissaient son cœur. Il en fait remonter toute la gloire au «Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation». La consolation avait été versée dans son cœur, et il la rendait à Dieu sous forme de bénédiction et d’actions de grâces.

Mais, plus que cela, elle se déversait aussi au-dehors en faveur de ceux qui en avaient besoin. Ayant traversé de douloureuses tribulations et y ayant goûté d’abondantes consolations de la part de Dieu, l’apôtre était capable de réconforter à son tour ceux qui traversaient des souffrances semblables. Sans aucun doute, nous avons ici un principe divin important. Quel que soit le privilège spirituel que nous recevions de Dieu, que ce soit sous forme de consolation, de joie, d’avertissement, d’instruction ou d’autre chose, nous n’avons pas à le considérer comme s’il n’était que pour nous, mais comme une chose qui nous est donnée pour la partager avec autrui. Ne perdons jamais de vue l’unité des saints de Dieu. En fait, nous ne possédons jamais réellement les choses dans leur plénitude jusqu’à ce que nous les ayons communiquées à d’autres. Un poète chrétien a dit: Si nous voulons garder les bénédictions d’en haut, nous devons les partager. Si nous cessons de donner, nous cessons de posséder. Telle est la loi de l’amour.

C’est profondément vrai. Si nous ne faisons pas usage de ce que nous possédons, nous finissons par le perdre. Le Seigneur fait souvent passer ses serviteurs par des circonstances éprouvantes, afin qu’ils puissent apprendre les leçons nécessaires et recevoir la grâce dont ils ont besoin. Ayant été fortifiés par ces expériences, ils pourront être plus utiles en aidant les autres.

Un autre principe important est mis en lumière au verset 5. Dieu adapte et proportionne la consolation aux souffrances. Quand les souffrances sont légères, la consolation l’est aussi. Quand les souffrances abondent, la consolation abonde aussi. Les souffrances dont il est question ici, remarquons-le, sont appelées celles «du Christ». Elles ne sont pas seulement endurées pour son nom, mais elles portent le même caractère que celles qu’il a endurées à cause de son identification absolue avec Dieu et ses intérêts. De telles souffrances — les souffrances du Christ dans les siens — sont toujours suivies ou accompagnées de la consolation, par l’opération de Christ lui-même.

Dans les versets 3 à 7, les mots consolation ou consoler ne figurent pas moins de dix fois. Il s’agit de réconfort ou de soutien, et l’on pourrait aussi bien utiliser les termes encouragement ou encourager. Le Seigneur utilise un mot de la même famille lorsque, faisant allusion au Saint Esprit, il parle du Consolateur (Jean 14-16). Dans les mêmes versets 3 à 7 de notre chapitre, l’affliction et les souffrances ne sont mentionnées que sept fois, si bien qu’ici aussi l’encouragement surabonde par rapport aux souffrances. Sans aucun doute c’est ici que se trouve la source de la force surnaturelle des martyrs. Appelés de Dieu à connaître des souffrances hors du commun, ils étaient portés à travers elles par une puissance d’encouragement hors du commun. Ils ont fait l’expérience que le réconfort et le soutien ont abondé.

De nos jours, dans les pays d’Europe, il n’y a que très peu de persécution de la part du monde contre les chrétiens. Durant les deux derniers siècles, la tranquillité et la tolérance ont régné à l’extérieur, alors que l’éclatement et le laxisme doctrinal se sont développés à l’intérieur. Les souffrances qui atteignent les croyants sont souvent du genre de celles qui sont mentionnées dans la première épître: «plusieurs sont faibles et malades parmi vous», ou alors ce sont des afflictions en relation avec des épreuves. Nous connaissons très peu les souffrances dont Paul parle dans ces versets. La consolation correspondante est aussi très peu connue. On voit rarement un croyant débordant de joie lorsqu’il est l’objet d’une persécution sévère. Nous le disons à notre honte, et c’est une perte pour nous.

Dans les versets 6 et 7, l’apôtre identifie les Corinthiens avec lui d’une façon très belle. Bien que charnels et faibles à bien des égards, ils avaient part à des souffrances semblables à celles de l’apôtre, et ce seul fait pouvait déjà leur apporter quelque encouragement. En outre, le moment venu, ils auraient certainement part à la consolation.

Ceci amène Paul à évoquer la tribulation particulière qu’il avait endurée à Éphèse, la capitale de l’Asie mineure (v. 8). En Actes 19, il est question d’un «grand trouble», mais ce que Paul dit ici nous apprend que la situation était encore plus critique et dangereuse que nous ne pourrions le déduire du récit de Luc. L’apôtre s’est réellement trouvé en face de la mort. Plus loin dans l’épître, il raconte ses expériences de serviteur du Seigneur ayant été «dans les morts souvent». Cette circonstance en est un exemple.

La populace déchaînée d’Éphèse avait placé sur lui la sentence de mort, et avait fait tout ce qu’elle pouvait pour l’exécuter. L’apôtre abordait cette situation en réalisant que la sentence de mort se trouvait en lui-même. Par cela, toute confiance en lui-même, ou en quelque puissance se trouvant en lui, était anéantie. Il était entièrement rejeté sur Dieu et sur sa puissance. Le Dieu en qui il se confiait était celui qui ressuscite les morts et qui par conséquent annulerait tout ce que la foule pourrait faire, même s’il lui était permis de commettre le pire.

Cependant, Dieu était intervenu et avait retenu la foule. Paul et ses compagnons avaient été délivrés ce jour-là, et continuaient à faire l’expérience de cette délivrance. L’apôtre n’envisageait pas que le danger disparaisse. Au contraire, il savait qu’il continuerait à l’affronter tout au long de sa carrière. Ainsi il s’attendait à être délivré encore, et à ce que les Corinthiens aient le privilège d’y contribuer par leurs prières. Alors les réponses de grâce de Dieu multiplieraient les effusions de reconnaissance. Tous ceux qui se seraient joints dans les supplications se joindraient dans les actions de grâces (v. 11).

Ce qui donnait à Paul une telle assurance en demandant aux Corinthiens de prier pour lui, c’est qu’il avait une bonne conscience quant à toute sa conduite. Il avait été marqué par la simplicité et la sincérité qui vient de Dieu, toute sagesse charnelle étant exclue. Cela était vrai quant à son comportement général dans le monde, mais surtout quant à sa manière d’être parmi les croyants. Il savait qu’en se glorifiant ainsi, il ne faisait que dire ce que les Corinthiens eux-mêmes reconnaissaient très bien. Il y avait eu parmi eux des personnes qui avaient cherché à le diffamer et à créer des préjugés contre lui. Mais les effets s’en étaient déjà partiellement estompés, car il peut dire au verset 14: «Vous nous avez reconnus en partie». Ils avaient reconnu en partie qu’il était leur sujet de gloire, comme ils étaient aussi le sien, dans la journée du Seigneur Jésus. Il y avait donc entre eux un heureux accord, dans une bonne mesure au moins.

C’est de cette façon délicate que l’apôtre indique la grande amélioration qui s’était produite dans les sentiments des Corinthiens à son égard, à la suite de l’envoi de sa première épître. Prenons à cœur le fait qu’il fondait sa demande de prière sur la simplicité et la sincérité de sa vie de foi. Nous entendons assez souvent des chrétiens demander aux uns et aux autres de prier pour eux. Et quelquefois, nous demandons que l’on prie pour nous. Mais pouvons-nous toujours le faire sur la même base que l’apôtre? Si ce n’est pas le cas, ce pourrait être la cause de beaucoup de prières et d’intercessions non exaucées. Souvenons-nous que nos vies et tous les motifs secrets qui les gouvernent sont totalement transparents aux yeux de Dieu.

Même auparavant, lorsqu’il écrivait aux Corinthiens sa première épître, Paul était confiant que leurs relations réciproques resteraient heureuses, bien qu’elles aient été passagèrement mises en danger. C’est à cause de cela qu’il s’était proposé de leur rendre visite d’abord (v. 15), même avant d’entreprendre son voyage pour la Macédoine. Mais il devait en être autrement, et la visite projetée n’avait pas pu se réaliser. Arrêtons-nous ici un instant. Même un apôtre pouvait voir ses plans dérangés et renversés, et Dieu l’a conduit à enregistrer ce fait pour nous dans l’Écriture. Ce changement — comme nous le verrons bientôt — bien qu’il n’ait pas été strictement ordonné de Dieu, accomplissait en fait les plans divins en vue d’une bénédiction finale. Un croyant peut être conduit de plusieurs façons; et même s’il lui arrive de ne pas discerner une direction claire de Dieu, il peut voir ses erreurs tourner en bénédiction. Notre affaire est de maintenir avec soin cette simplicité et cette sincérité dont parle le verset 12.

À Corinthe, les opposants s’étaient même emparés de ce changement de projet pour fonder leurs attaques. Selon eux, cela montrait que Paul était un homme léger et superficiel dans ses intentions, de caractère peu profond, disant une chose un jour et le contraire le lendemain. L’apôtre en était bien conscient, et c’est pour cela qu’il pose la question du verset 17. Était-il un homme ballotté par des impulsions charnelles, changeant facilement de cap, disant oui un jour et non le lendemain?

Pour répondre à cette question, il en appelle à sa prédication lors de sa première visite parmi eux, avec Sylvain et Timothée. Il n’y avait rien eu de vague ou de contradictoire. Quand il dit: «Notre parole que nous vous avons adressée, n’est pas oui et non» (v. 18), il fait sans doute allusion à sa façon de prêcher. Et dans le verset suivant, il mentionne le grand thème de sa prédication: Jésus Christ, le Fils de Dieu. En lui tout est fermement établi par Dieu; en lui est la stabilité éternelle.

Ayant un tel sujet, la prédication de Paul était caractérisée par une clarté et une certitude absolues. Ces mêmes traits devraient être le propre de toute prédication de la Parole aujourd’hui. Les prédicateurs modernistes1 ne peuvent, par la force des choses, que prêcher des idées qui changent continuellement, parce qu’elles sont basées sur les dernières avancées de la science spéculative. Leurs propos sont essentiellement caractérisés par «oui et non». Et leurs déclarations péremptoires d’aujourd’hui seront contredites avant beaucoup d’années, de même que leurs déclarations d’il y a peu d’années sont remises en question aujourd’hui. Ne nous laissons pas ébranler par ces intellectuels. Ils passeront bientôt, tout comme leurs déclarations hésitantes. Un Christ immuable doit être prêché d’une façon immuable.

1 Modernisme: mouvement chrétien préconisant une nouvelle interprétation des croyances et des doctrines traditionnelles en accord avec l’exégèse moderne.

À suivre