Lectures hebdomadaires

Vous trouverez chaque vendredi, sous cette rubrique, une étude sur le livre de Ruth.

Livre de Ruth

Hamilton Smith

Chapitre 1er (4ème et 5ème partie)

Chapitre 1er, 4ème partie

Combien différente est l’histoire de Ruth! Cette jeune femme va être le témoin de la grâce de Dieu. Comme Orpa, Ruth fait une profession remarquable. Elle exprime elle aussi de belles paroles, et se montre tout aussi émue que sa belle-sœur, car elle élève sa voix et pleure avec elle. Mais chez Ruth, il y a plus. En elle se trouve les «choses… qui tiennent au salut», la foi, l’amour et l’espérance (Hébreux 6:9-12).

Chez Orpa, l’amour se réduit à une simple manifestation extérieure d’affection. Elle peut embrasser Naomi pour prendre congé d’elle tout comme plus tard Judas donnerait un baiser au Seigneur pour le trahir. La Bible ne nous dit pas que Ruth embrasse sa belle-mère; mais si l’expression extérieure fait défaut, la réalité n’en est pas moins là, car il nous est dit que «Ruth s’attacha à elle» (v. 14). L’amour réel ne peut renoncer à son objet, et la compagnie de la personne aimée lui est indispensable. C’est pourquoi Ruth ajoute: «Ne me prie pas de te laisser, pour que je m’en retourne d’avec toi» (v. 16).

En outre, la foi de Ruth est à la hauteur de ses affections. L’énergie de la foi la rend capable de vaincre l’attrait exercé par son pays natal, la maison de sa mère, son peuple et ses dieux. Ruth emprunte délibérément le chemin du pèlerin, puisqu’elle déclare: «où tu iras, j’irai». Elle accepte de subir le sort de l’étranger, en disant: «où tu demeureras, je demeurerai». Elle s’identifie au peuple de Dieu par ces mots: «ton peuple sera mon peuple». Finalement, et surtout, elle met sa confiance dans le vrai Dieu, car non seulement elle fait sien le peuple de Naomi, mais elle ajoute: «ton Dieu sera mon Dieu». Même la mort ne peut la faire revenir en arrière, puisqu’elle s’exclame: «Là où tu mourras, je mourrai et j’y serai enterrée». Dans la mort comme dans la vie, elle s’identifie à Naomi, et revendique par conséquent pour elle-même le peuple et le Dieu de Naomi. Et tout cela quand, à vue humaine, elle n’avait devant elle qu’une vieille femme brisée. Comme quelqu’un l’a dit, Ruth a uni sa destinée à celle de Naomi «à l’heure de son veuvage, de son exil et de sa pauvreté».

Pour l’homme avisé de ce monde, le choix de Ruth est insensé. Quitter les aises de Moab, la douceur de son foyer et son pays natal, pour entreprendre un voyage à travers de sauvages contrées dont on ignore tout, pour gagner un pays qu’on n’a jamais vu, avec pour seule compagnie une veuve indigente, semble être le comble de la folie. Mais ce n’est là que le début de l’histoire. La fin ne peut être discernée à ce stade. Ce que Ruth va devenir n’est pas «encore manifesté» (1 Jean 3:2). La foi peut être conduite à faire son premier pas dans un contexte de faiblesse et d’indigence, mais à la fin elle sera justifiée, et recevra sa brillante récompense, dans des circonstances de puissance et de gloire. Au début de notre récit, Ruth s’identifie de tout cœur à une femme âgée et désolée; à la fin, elle est présentée à tous comme l’épouse du puissant Boaz; plus encore son nom, enchâssé dans la généalogie du Seigneur, sera transmis à toutes les générations futures.

À son époque, Moïse, doté de tous les avantages que la nature peut conférer, avec toutes les gloires du monde à sa portée, avait été lui aussi un brillant exemple de cette même foi. Tournant le dos aux délices du péché et à l’opulence des pharaons, «estimant l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte» (Hébreux 11:26), il avait quitté le monde et toutes ses gloires pour se retrouver dans le désert avec un peuple pauvre et souffrant. Quelle folie aux yeux du monde! Mais la foi pouvait vraiment dire à ce moment-là «ce qu’il sera n’a pas encore été manifesté». La foi doit attendre seize siècles avant d’avoir un premier aperçu de ce que sera Moïse: c’est alors qu’il lui est permis de voir ce serviteur de Dieu apparaître en gloire sur la montagne de la transfiguration en compagnie du Fils de l’homme — vision éphémère d’une gloire qui ne passera jamais. Et lorsque enfin Moïse entrera dans les gloires du royaume à venir en compagnie du Roi des rois, alors il sera évident à tous que les gloires du monde refusées par lui étaient bien dérisoires comparées au poids éternel de gloire qu’il aura obtenu.

Il n’en est pas autrement aujourd’hui. Le chemin de la foi peut sembler le comble de l’inconscience aux yeux de ce monde. Refuser la gloire qu’il nous offre, s’identifier au peuple de Dieu pauvre et méprisé, sortir vers Christ hors du camp, portant son opprobre, peut paraître à la raison humaine, à la vue naturelle, de la pure folie. Mais la foi répète: «Ce que nous serons n’a pas encore été manifesté». La foi estime que notre «légère tribulation d’un moment opère pour nous en mesure surabondante, un poids éternel de gloire» (2 Corinthiens 4:17). Et la foi recevra sa récompense, car lorsque enfin poindra le jour de la gloire, et que la foi sera changée en vue, lorsque le grand jour des noces de l’Agneau sera venu, alors ses saints, aujourd’hui pauvres et méprisés, paraîtront avec Lui et semblables à Lui, comme «l’épouse, la femme de l’Agneau».

De plus, si les choses qui tiennent au salut — la foi, l’amour et l’espérance — sont actives en nous, il en résultera une profonde résolution dans nos cœurs. Il en était ainsi de Ruth. Sans égard pour le pays qu’elle quittait, libre de tout vain regret, elle était «résolue» d’aller avec Naomi. C’est ainsi qu’elles «marchèrent les deux jusqu’à ce qu’elles arrivèrent à Bethléem». Quel bénéfice pour nous si à notre tour, animés par la foi, l’amour et l’espérance, nous oublions les choses qui sont derrière et tendons avec effort vers celles qui sont devant, pour courir droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus.

Chapitre 1er, 5ème partie

Cette partie de l’histoire de Ruth se termine tout naturellement sur l’accueil de l’âme restaurée. Nous avons vu comment l’amertume empoisonne le sentier du cœur égaré, et comment le Seigneur le restaure dans sa grâce. Il nous faut apprendre maintenant que la juste réponse à un travail de restauration opéré par le Seigneur est la réception de l’âme restaurée au sein du peuple de Dieu. Leurs faces dirigées vers le pays et le peuple de l’Éternel, la croyante restaurée et la jeune convertie poursuivirent leur route «jusqu’à ce qu’elles arrivèrent à Bethléem». «Et il arriva que, comme elles entraient dans Bethléem, toute la ville s’émut à leur sujet». Hélas! Nous devons reconnaître qu’il y a aujourd’hui peu de puissance de restauration parmi nous; la raison ne serait-elle pas que nous manquons de compassion envers ceux qui tombent? Un saint peut chuter, le mal être jugé, et le coupable traité comme il convient, sans que nous soyons «émus» à son sujet, de sorte qu’il est bien rare que l’âme égarée retrouve sa place parmi le peuple de Dieu. Le monde est rempli de cœurs tristes et brisés, de chrétiens en errance; combien peu souvent ils sont restaurés et combien peu souvent nous sommes émus à leur sujet!

Rien ne peut mieux parfaire le travail de restauration dans une âme que la compassion des saints. Tel fut le cas pour Naomi. L’amour avec lequel elle fut reçue permit à son cœur de s’ouvrir et d’exprimer une confession remarquable, qui atteste de la réalité de sa restauration.

1. Elle reconnaît que le Seigneur ne l’a jamais abandonnée, quels qu’aient été ses manquements. À propos de ses années d’égarement, elle confesse que le Tout-Puissant l’a remplie d’amertume, admettant par là implicitement qu’il n’a cessé de s’occuper d’elle. Nous pouvons cesser de nous soucier de Dieu, mais lui nous aime trop pour ne plus s’occuper de nous. Et c’est heureux ainsi, car comme nous dit l’apôtre: «Vous endurez des peines comme discipline: Dieu agit envers vous comme envers des fils… Mais si vous êtes sans la discipline à laquelle tous participent, alors vous êtes des bâtards et non pas des fils» (Hébreux 12:7-8).

2. Par cette confession, Naomi montre encore que si le Seigneur s’occupe des siens égarés, sa manière d’agir sera ressentie comme très amère. L’apôtre nous le rappelle aussi: «Or aucune discipline, pour le présent, ne semble être un sujet de joie, mais de tristesse» (Hébreux 12:11).

3. Il faut ensuite relever la belle attitude de Naomi, qui prend sur elle toute la responsabilité de son égarement. Elle déclare: «Je m’en allai….». Au début du chapitre, nous avions pourtant lu: «un homme s’en alla de Bethléem de Juda, pour séjourner aux champs de Moab». Naomi ne fait aucun reproche à son mari. Elle ne rejette pas la faute sur autrui pour s’excuser elle-même.

4. Si d’une part Naomi endosse l’entière responsabilité de son éloignement, d’autre part, elle attribue à juste titre tout le crédit de sa restauration à l’Éternel. Elle peut dire: «L’Éternel me ramène». C’est moi qui suis partie, mais c’est l’Éternel qui me ramène. Dans un état d’esprit similaire, David peut déclarer au psaume 23, verset 3: «Il restaure mon âme». Il peut y avoir des moments où, enflés de propre suffisance et de confiance en nous-mêmes, nous pensons pouvoir revenir au Seigneur quand bon nous semblera; mais en réalité, pas une âme égarée ne reviendrait jamais au Seigneur s’il ne prenait l’initiative de la restaurer. C’est la prière du Seigneur en faveur de Pierre avant qu’il ne tombe, et le regard du Seigneur au moment de sa faute, qui ont brisé le cœur du disciple et conduit à sa restauration. Pierre avait suivi de loin, puis Pierre avait chuté; mais c’est le Seigneur qui l’a ramené.

5. De plus, Naomi ne dit pas simplement que l’Éternel l’a ramenée, mais qu’il l’a ramenée, ou fait revenir «à la maison» (version anglaise de J.N. Darby). Lorsque le Seigneur restaure une âme, il la ramène toujours à la chaleur et à l’amour du cercle familial. Que fait le Berger une fois qu’il a retrouvé la brebis perdue? Il la ramène dans sa propre maison. Il nous semble l’entendre dire: «Rien de moindre ne saurait convenir à ma brebis».

6. De manière touchante, Naomi doit reconnaître encore que si l’Éternel l’a fait revenir à la maison, il l’a ramenée «à vide». Aussi longtemps que nous sommes éloignés du Seigneur, nous ne faisons aucun progrès spirituel. Le Seigneur peut très bien, dans sa discipline, nous dépouiller de nombreuses choses qui empêchent nos âmes de progresser. Faisant écho à Naomi, nous avons à confesser: «Je m’en allai comblée, et l’Éternel me ramène à vide». Comme tous ceux qui s’éloignent, Naomi doit goûter la souffrance. C’est vrai, elle connaît une restauration bénie, elle revient à la maison, au peuple et au pays de l’Éternel; mais elle ne retrouvera jamais son mari et ses fils. Ils s’en sont allés pour toujours. Elle avait recherché ses aises et voulu éviter les luttes et les exercices, mais elle n’a trouvé que la mort et le dépouillement. Elle est ramenée à vide.

7. Mais si le Seigneur nous ramène à vide, il veut nous laisser revenir dans un lieu d’abondance. Ainsi, c’était le «commencement de la moisson des orges» lorsque Naomi revint à Bethléem.

Quelle consolation pour nos cœurs de savoir que si nous manquons de compassion les uns pour les autres, le Seigneur ne fait jamais défaut. Dans peu de temps, le Seigneur ramènera ses pauvres brebis égarées à la maison, et il n’en manquera aucune. Alors, dans l’amour de la maison éternelle, nous jouirons de la moisson céleste — ce sera le «commencement» d’une moisson de joie et de bénédiction qui ne prendra jamais fin.

À suivre