Lectures hebdomadaires

Vous trouverez chaque vendredi, sous cette rubrique, une étude sur l'Évangile selon Jean.

Réflexions sur l'évangile selon Jean

F.B. Hole

Chapitre 20, versets 1 à 18

Dans notre évangile, Marie de Magdala n’apparaît que dans les scènes finales. Le jour de la résurrection, elle est parmi les derniers à rester près de la croix et parmi les premiers à aller au sépulcre. Il n’est pas facile de rassembler les récits des quatre évangélistes pour reconstituer la suite historique des événements. Marie semble être venue avec d’autres femmes de très grand matin. Elle a ensuite couru informer Pierre et Jean que le sépulcre était ouvert et vide, puis elle est revenue à proximité.

Les autres femmes ne sont pas du tout mentionnées ici. Nos pensées sont centrées sur Marie, pour que nous saisissions l’enseignement spirituel apporté par ses actes et ses paroles.

D’après ce que Marie dit aux apôtres, au verset 2, il est évident que le Seigneur est l’objet suprême qui remplit tout son cœur. Il est remarquable qu’elle ait choisi d’aller vers ces deux disciples, car, peu de temps avant, Pierre avait gravement péché. Toutefois, comme le montre le chapitre suivant, il aime vraiment le Seigneur; quant à Jean, c’est le disciple que Jésus aimait. Leur amour, pour le moment, s’est peut-être un peu refroidi, mais il existe toujours; et Marie, remplie d’un amour ardent, le sait bien.

L’amour des deux disciples est mis en évidence par la façon dont ils répondent à la nouvelle apportée par Marie. Ce qu’elle leur dit stimule leur affection et leur énergie. Ils courent avec empressement et Jean dépasse Pierre. L’explication naturelle est, sans doute, qu’il est le plus jeune; mais il y a aussi une explication spirituelle. Jean est plus profondément marqué par l’amour du Seigneur envers lui; il le montre par la manière dont il se nomme. Sur Pierre pèse la honte de s’être confié dans son propre amour pour le Seigneur; lorsqu’il a été mis à l’épreuve, il s’est effondré publiquement de façon scandaleuse. Celui qui est plus attiré par l’amour de Christ court le plus vite. C’est ce que nous trouvons au Cantique des cantiques: «Tire-moi: nous courrons après toi» (1:4).

En dépit de sa chute déshonorante, Pierre court quand même; arrivé au sépulcre, il est le plus courageux des deux et il entre tout de suite à l’intérieur. Cela pousse Jean à le rejoindre. Ils sont donc deux à témoigner que les linges, dans lesquels le corps saint avait été enveloppé, ne sont pas en désordre. Leur disposition suggère que le corps du Seigneur n’a pas été enlevé par d’autres, mais que Jésus est sorti de la mort sans déplacer tant soit peu les linges. Le verset 19 montre que des portes fermées ne sont pas un obstacle pour le corps ressuscité de notre Seigneur; de même, sans aucun doute, les linges avaient été laissés tels qu’ils étaient.

Au verset 8, Jean parle pour lui-même; il a cru, même s’il n’a fait qu’accepter ce qu’il avait devant les yeux. Pierre n’est pas mentionné. La foi, qui existait sans doute, ne peut pas agir quand l’âme est assombrie par le manquement et le péché, et qu’elle n’est pas encore restaurée. Mais bien que Jean ait cru, sa foi n’était pas une foi intelligente car, comme les autres, il n’était pas éclairé par la compréhension de l’Écriture. Sinon, il aurait su qu’il fallait que le Christ ressuscite d’entre les morts (voir Actes 17:3); cela aurait tout expliqué. Ainsi, bien qu’il y ait de la foi, il y a aussi de l’ignorance; cela nous fait comprendre le verset 10. L’exemple donné par Pierre et Jean, au matin de la résurrection, est suivi dans l’après-midi par Cléopas et son compagnon (Luc 24).

La conduite de Marie tranche de manière éclatante avec tout le reste. Les deux disciples s’en retournent chez eux, convaincus que le corps de Jésus n’est pas là. Marie est aussi convaincue qu’eux, mais elle quitte sa maison pour s’attarder près du sépulcre, et pleure à cause de sa profonde affliction. Ils connaissaient le Seigneur comme celui qui les avait appelés à quitter leur barque et leurs filets. Elle le connaît comme quelqu’un qui l’a délivrée de l’emprise de sept démons. Cette délivrance extraordinaire avait produit chez elle un grand amour. Deux anges lui apparaissent; il n’est pas dit qu’elle ait été effrayée par leur présence.

C’est remarquable car, dans les autres évangiles, la peur est mentionnée lors de chaque apparition angélique. Le cas de Marie illustre bien le fait qu’un attachement irrésistible peut chasser du cœur tout autre sentiment. Sa réponse à la question des anges montre combien Jésus, qu’elle appelle «mon Seigneur», remplit toutes ses pensées. Elle répond comme si elle rencontrait des anges tous les jours! Elle cherche son Seigneur, mais elle ne sait pas où il est. Elle suppose que ce sujet les préoccupe autant qu’elle. Jusque-là, apparemment, aucune pensée au sujet de la résurrection du Seigneur ne lui a traversé l’esprit. Elle pense seulement que d’autres ont enlevé son corps. Elle cherche un Christ mort.

À ce moment-là, le Seigneur ressuscité intervient. Elle se retourne et le trouve là, debout; cependant elle ne le reconnaît pas. Le même détail caractérise la rencontre avec les deux disciples d’Emmaüs cet après-midi-là, et avec le reste des disciples dans la chambre haute, ce soir-là. C’est le même Jésus, mais avec une différence due au fait qu’il est revêtu d’un corps ressuscité (ressuscité, mais pas encore glorifié); c’est pourquoi ils ne le reconnaissent pas immédiatement. Elle pense que c’est le jardinier. Lui, le grand pasteur ressuscité d’entre les morts, sait très bien qu’il y a là une de ses brebis qui lui est entièrement dévouée, qui le cherche lui seul et qui pleure, car elle ne sait où le trouver.

Il se révèle à elle, en l’appelant simplement par son nom; elle lui répond immédiatement: «Marie». Tout ce qui est rapporté aux versets 11 à 15 montre cependant qu’elle cherchait son corps mort. Comme elle a trouvé le Seigneur vivant, sa première pensée est de reprendre les relations sur le fondement qui existait auparavant. C’est ce qui explique les premiers mots que le Seigneur lui adresse: «Ne me touche pas». Étant donné la nouvelle relation qu’il allait lui révéler, et par elle aux autres disciples, il lui montre nettement que les relations ne peuvent pas reprendre comme avant. Sa mort et sa résurrection ont tout changé. Il reste un homme, comme avant sa mort; cependant, après avoir laissé sa vie, il l’a reprise dans un nouvel état et une nouvelle condition appropriés aux cieux dans lesquels il va monter. Dorénavant les relations avec lui doivent avoir une nouvelle base.

Après avoir dit à Marie: «Ne me touche pas», le Seigneur ajoute: «Car je ne suis pas encore monté vers mon Père». Il sous-entend donc que Marie sera en relation avec lui, à ce moment-là. Son ascension vers le Père implique la venue du Saint Esprit sur les disciples, ce qui a été très clairement établi dans cet évangile (7:39; 14:16; 15:26; 16:13). Marie a été remplie de l’Esprit Saint, à la Pentecôte, avec les autres disciples; son âme a été alors introduite dans une relation beaucoup plus intime avec son Seigneur ressuscité que ce qu’elle avait expérimenté jusque-là quand le Seigneur était sur la terre.

Il est certain que les apôtres ont été bien plus privilégiés que nous, dans la mesure où ils ont «entendu,... vu,... contemplé et... touché... la parole de la vie» (1 Jean 1:1). Mais, tandis qu’ils marchaient avec Jésus, à travers le pays d’Israël, ils ne discernaient pas la vraie signification de ce qu’ils observaient. Comme les versets 17 et 20 du chapitre 14 nous l’ont montré, ce sera seulement lorsque l’Esprit demeurera en eux qu’ils connaîtront qu’ils sont en Jésus et lui en eux. Ils posséderont sa vie et un lien nouveau sera établi. Or nous aussi, nous avons l’Esprit de Dieu. Bien que la manifestation extérieure de la parole de la vie nous soit parvenue seulement par l’intermédiaire des écrits inspirés, et non directement comme pour les apôtres, nous pouvons la réaliser intérieurement dans une pleine mesure. Nous ferons bien de méditer profondément ce sujet.

Ce verset important contient un autre enseignement. Jésus appelle les disciples «mes frères». Ils ont été auparavant désignés comme étant «les siens» (13:1) et il les avait appelés: «mes amis» (15:14); aucun de ces termes ne souligne la nouvelle relation comme l’expression: «mes frères». Nous apprenons donc qu’il a établi ce lien parce qu’il est le ressuscité, qui a traversé la mort et en a triomphé. Cette relation n’existe pas à cause de son incarnation, mais à cause de la puissance de sa résurrection. Il a vraiment participé «au sang et à la chair» et a pris «la semence d’Abraham» pour traverser les souffrances de la mort. Ayant goûté la mort pour chacun et ayant été rendu parfait par les souffrances, il est devenu le chef de notre salut. Parce qu’il est celui qui sanctifie, il reconnaît ceux qu’il sanctifie comme étant ses frères (Hébreux 2:9-16). En devenant un homme, il est venu près de nous, afin de pouvoir, dans son humanité parfaite et sans tache, prendre en main notre cause. L’ayant prise en main et ayant accompli pour nous la délivrance par sa mort et sa résurrection, il nous élève près de lui en nous identifiant à lui dans la résurrection. Par conséquent, ce lien avec lui est fondé sur sa résurrection et non sur son incarnation. C’est un point très important à ne pas oublier.

Le message que Marie va porter aux autres disciples leur annonce cette nouvelle relation avec Dieu et non pas seulement avec le Seigneur. Son Père est notre Père, son Dieu est notre Dieu. Il nous introduit dans sa propre relation avec Dieu, parce que nous sommes associés à lui. Notre relation avec Dieu découle de la sienne et de nos relations avec lui. Il n’a pas dit: notre Père et notre Dieu, comme si nous étions sur le même plan que lui. Notons bien cela, car sa prééminence absolue doit toujours être reconnue avec actions de grâce. Bien qu’il parle de nous comme «mes frères» nous ne le trouvons jamais appelé dans les Écritures notre frère, ni même notre frère aîné. De telles expressions laisseraient supposer qu’il est celui qui est descendu près de nous plutôt que celui qui nous a élevés près de lui. Elles voileraient aussi sa position prééminente.

Dans sa merveilleuse vie sur la terre, le Seigneur Jésus avait révélé le Père, car ce dernier demeurait en lui. Il pouvait donc dire: «Celui qui m’a vu, a vu le Père». C’est ce que nous avons trouvé en étudiant le chapitre 14. Il avait aussi enseigné aux disciples à regarder à Dieu comme à leur «père céleste», pour tous leurs besoins et leurs circonstances dans ce monde; nous trouvons cela dans les autres évangiles, mais une révélation plus complète est faite ici. Nous ne perdons pas la bénédiction et le bénéfice de la révélation précédente, ni ceux de sa manifestation comme le Tout-puissant ou l’Éternel. Nous avons besoin d’être rendus intelligents et de nous réjouir dans la connaissance de Dieu comme «le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ» (Éphésiens 1:3 et 1 Pierre 1:3). Les paroles du Seigneur à Marie étaient la première révélation de cette relation plus complète et plus élevée. Les épîtres du Nouveau Testament nous présentent ensuite Dieu de cette manière. Il est en effet un «Père céleste» pour nous, dans tous les événements de cette vie; mais ne nous arrêtons pas à cela, comme s’il n’y avait rien d’autre; en tant que chrétiens, notre vraie relation avec Dieu repose sur un fondement plus élevé.

Marie de Magdala, la femme au cœur sensible et plein d’amour, est la première à entendre ces révélations merveilleuses. Elle en est devenue la messagère pour nous tous. Elle peut témoigner qu’elle a vu le Seigneur, qu’il lui a confié ce message; par son moyen il l’a envoyé aussi aux autres disciples.

Plus tard, ce même jour, le Seigneur apparaît à Simon Pierre, à Cléopas et à son compagnon qui étaient en route vers Emmaüs; mais Jean n’en fait pas mention. Cependant, les autres évangiles montrent clairement que, au fil des heures, les disciples avaient pu entendre les deux témoins de sa résurrection, Marie et Pierre; leur témoignage les avait conduits à se retrouver à Jérusalem alors que le soir approchait. Lorsqu’ils sont assemblés, Cléopas et son ami se joignent à eux, leur apportant un troisième et un quatrième témoignage.

À suivre