Lectures hebdomadaires

Vous trouverez chaque vendredi, sous cette rubrique, une étude sur l'évangile selon Luc.

Réflexions sur l'évangile selon Luc

F.B. Hole

Chapitres 20 et 21

Chapitre 20

Ce fut pourtant dans l’enceinte du temple que le Seigneur enseigna le peuple au cours de cette dernière semaine de Sa vie; aussi n’est-il pas surprenant qu’Il soit entré en conflit avec les sacrificateurs et les scribes. Ce chapitre tout entier s’occupe des détails de ce conflit. Ce sont eux qui commencent à contester, mais à la fin, ils sont réduits au silence et démasqués.

Ils mettent d’abord en question Son autorité. Eux étaient les gens qui détenaient l’autorité dans le temple, et pour eux Jésus n’était qu’un «Prophète» parvenu et présomptueux, venant de Nazareth. Leur question laissait présumer qu’ils étaient habilités à juger des lettres de créance du Seigneur, s’Il en présentait; aussi les invite-t-Il à régler la question préliminaire se rapportant aux lettres de créance de Son précurseur: Jean. Ils sont immédiatement mis dans l’embarras, car la réponse qu’ils souhaitaient donner aurait indigné le peuple. C’était des opportunistes, recherchant la popularité, aussi invoquent-ils l’ignorance. Ce n’est pas devant de tels hommes que le Seigneur justifie Son autorité. Au lieu de cela, Il se met à parler avec toute l’autorité que donne l’omniscience, et ils en sentent bientôt la puissance. Il ne pouvait plus y avoir de doute au sujet de Son autorité au terme de ce conflit de paroles.

Dans la parabole qui occupe les versets 9 à 16, le Seigneur expose avec une grande clarté la situation exacte des choses à ce moment-là. Cela se lit comme une suite de l’exposé historique donné en 2 Chroniques 36:15-16. Là, c’était Dieu, suppliant par le moyen de Ses «messagers, se levant de bonne heure et envoyant»; mais ceux-ci ne rencontrèrent que moqueries et railleries jusqu’à ce «qu’il n’y eut plus de remède», et «Il fit monter contre eux le roi des Chaldéens». Ici, l’histoire avance d’un pas et le «Fils Bien-aimé» est envoyé, seulement pour être jeté hors de la vigne et tué. À cause de cela, un châtiment pire que l’arrivée des Chaldéens allait venir sur eux. Le Psalmiste avait prophétisé que la «Pierre» rejetée deviendrait la «tête de l’angle», et Jésus ajoute que «quiconque tombera sur cette pierre, sera brisé; mais celui sur qui elle tombera, elle le broiera». En ce moment, ils heurtaient contre la Pierre, comme Romains 9:32 le déclare. La chute de la Pierre sur eux et sur les puissances des nations aura lieu à la Seconde Venue, comme l’indique Daniel 2:34.

Les principaux sacrificateurs et les scribes sentent l’intention et l’autorité des paroles du Seigneur, comme nous le voyons au verset 19; mais cela ne fait que les exciter à s’opposer d’une façon plus déterminée. Et ils envoient des hommes rusés et fourbes pour, si possible, Le prendre au piège dans Ses paroles. Ils viennent vers le Seigneur et Lui demandent s’il est permis de payer le tribut à César; pharisiens et hérodiens trouvent ici l’occasion de s’allier, oubliant leur animosité réciproque dans une haine commune envers le Seigneur.

La question que pose le Seigneur: «Pourquoi me tentez-vous?» montre qu’Il connaissait parfaitement leur ruse. Il demande à voir un denier — et cela montre dans quelle pauvreté Il a vécu. L’inscription sur le denier témoigne qu’ils sont des sujets de César. Le Seigneur répond alors qu’ils doivent rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. C’est parce qu’ils n’avaient pas rendu à Dieu ce qui Lui revenait, que César avait acquis sur eux ses droits de conquérant. Tout ceci était si incontestable, que ces discuteurs perfides furent réduits au silence devant la remarque qu’Il leur en fit.

La question par laquelle les sadducéens pensaient prendre le Seigneur au piège était due à leur ignorance. Ils avaient sans doute souvent plongé les pharisiens dans la perplexité avec cette question-là, mais ceux-ci n’avaient pas plus de lumière que les sadducéens sur le point essentiel que le Seigneur rend si clair. Il oppose «ce siècle» et «ce siècle-là». Or, ce sera le lot de quelques-uns «d’avoir part à ce siècle-là» comme hommes vivant sur la terre, sans passer par la mort et la résurrection; mais ceux qui «auront part à ce siècle-là et à la résurrection» connaîtront des conditions de vie totalement nouvelles. Ils seront immortels comme les anges, et le mariage ne s’appliquera pas à eux. Le Seigneur commence ici à faire «luire la vie et l’incorruptibilité» (2 Timothée 1:10); et, en conséquence, la question des sadducéens qui, dans leur ignorance, semblait ne pas avoir de réponse, devient simplement ridicule.

Le Seigneur complète Sa réponse et apporte la preuve de la résurrection à partir d'Exode 3:6. Si, pour Dieu, les patriarches étaient vivants des siècles après leur mort dans ce monde-ci (dans ce siècle-ci), leur résurrection finale est certaine. Ainsi, Il répond, non seulement à la question absurde des sadducéens, mais aussi à l’incrédulité qui se trouvait derrière leur question. Et Il y répond avec une telle autorité que même un scribe est porté à l’admiration et à l’approbation, et ils craignent tous de l’interroger davantage.

Le Seigneur pose alors, à son tour, cette grande question, basée sur le Psaume 110. Matthieu rapporte que personne ne pouvait lui répondre un mot (Matthieu 22:46) La foi seule le pouvait, la foi qui saisissait la gloire divine du Christ; et eux-mêmes n’avaient pas de foi. Ils restent silencieux dans leur incrédulité tenace. Répondre à Sa question, ils ne le peuvent pas; Lui poser d’autres questions, ils ne l’osent pas.

Il ne reste au Seigneur qu’à démasquer ces hommes méchants, et Il le fait en peu de mots, comme le rapportent les deux derniers versets du chapitre. C’était des hypocrites de la pire espèce; ils se servaient de la religion comme d’un manteau pour couvrir leur recherche de soi et leur cupidité. Le Seigneur les démasque et prononce leur condamnation. Il ne parle pas d’une sentence plus longue, comme si le jugement était limité par le temps et non pas éternel. Mais Il parle d’une sentence plus sévère, montrant que le jugement différera quant à sa rigueur. Ils recevront une «sentence plus sévère» (v. 47).

Chapitre 21

Puis, levant les yeux, le Seigneur vit quelques-uns de ces riches qui jetaient avec ostentation leurs dons dans le trésor du temple, et parmi ceux-ci une pauvre veuve qui y jeta ses deux pites. Il ne nous faut pas séparer dans notre esprit ces premiers versets du chapitre 21 des deux derniers versets du chapitre précédent. La veuve était vraisemblablement une de celles dont la «maison» avait été dévorée; cependant, au lieu de se plaindre, elle jette ses deux dernières pites dans le trésor du temple. Dans ces circonstances, son don était vraiment très grand, comme le déclare le Seigneur. Elle va jusqu’à l’extrême limite: elle jette tout ce qu’elle avait.

Il ne nous faut pas non plus séparer cet incident touchant des versets qui suivent, en particulier du verset 6. La veuve exprime sa piété envers Dieu en jetant ses deux pites dans la collecte pour l’entretien des bâtiments du temple; pourtant le Seigneur poursuit en prédisant la destruction totale de celui-ci. Le sanctuaire était déjà mis de côté, parce que le Seigneur était là. Dieu était en Christ, non pas dans le temple d’Hérode. Dans sa compréhension des choses, cette veuve était, comme nous le dirions, en retard sur son temps; pourtant cela n’amoindrit pas l’approbation du Seigneur quant à son offrande. Il fait vraiment cas de la consécration totale d’un cœur, même si l’expression n’en est pas marquée par une parfaite intelligence. Cela devrait nous être en grand encouragement

Luc nous donne maintenant le discours prophétique du Seigneur. Il rapporte la partie de celui-ci qui répond spécialement à la question des disciples, donnée au verset 7. Comme le montre le récit de Matthieu, leur question et la réponse du Seigneur comportaient, toutes deux, beaucoup plus que ce que rapporte Luc. Ici, la question porte sur le temps de la destruction du temple et sur le signe qui l’annoncera. La réponse se divise en deux parties: versets 8-24, les événements qui amèneront la destruction de Jérusalem, foulée aux pieds par les Romains; versets 25-33, l’apparition du Fils de l’Homme à la fin du siècle.

Il est très remarquable que le Seigneur présente le sujet tout entier, non avec une profusion de détails intéressant notre curiosité, mais comme des prophéties qui sont un cri d’avertissement et qui apportent des enseignements de la plus haute importance pour Ses disciples. Tout est exposé de façon à faire appel à nos consciences et non à notre curiosité.

La première partie du discours, versets 8-19, est consacrée à des enseignements adressés aux disciples en personne. Le Seigneur formule certes bien des prophéties. Il prédit:

1 — l’apparition de faux christs, 2 — des guerres et des séditions, en même temps que des événements extraordinaires dans le monde physique environnant, 3 — l’apparition d’opposition et de persécution violentes, allant même jusqu’à la mort. Mais, dans chacun des cas, les disciples sont mis en garde par les avertissements du Seigneur. Ils ne devront pas un instant se laisser tromper par de faux christs, ni les suivre. Ils ne devront pas se laisser effrayer par des flambées de violence des hommes, ni s’imaginer que ces commotions signifieront que la fin sera tout aussitôt. Ils devront accepter la persécution comme occasion de témoignage, et devant leurs adversaires, ils ne devront pas se reposer sur une défense préparée à l’avance, mais sur la sagesse surnaturelle qui leur sera accordée, le moment venu.

Le but du verset 18 est évidemment de faire comprendre de quelle manière personnelle et intime Dieu prendrait soin d’eux. Les derniers mots du verset 16 montrent que cela ne veut pas dire que tous échapperaient: mais même si on les faisait mourir, ils seraient tous au bénéfice de la résurrection. En endurant l’épreuve avec patience, ils arriveraient au but, soit dans la vie, soit dans la mort. Cela semble être le sens du verset 19. Nous voyons dans les Actes comment ces choses se sont accomplies dans le cas des Apôtres.

Puis, aux versets 20-24, le Seigneur prédit la désolation de Jérusalem. Rien n’est dit ici quant à l’instauration de «l’abomination de la désolation», car cela ne doit arriver qu’à la fin des temps des Gentils: toutes les choses que le Seigneur mentionne furent accomplies lorsque Jérusalem fut détruite par les Romains. C’est alors que la ville fut environnée d’armées. C’est alors que ceux qui avaient cru aux paroles de Jésus s’enfuirent effectivement vers les montagnes, et échappèrent ainsi aux horreurs du siège. C’est alors que commencèrent pour les Juifs «des jours de vengeance», qui ne prendront fin pour eux que lorsque toutes les choses prédites seront accomplies. C’est alors que débuta la longue captivité qui s’est poursuivie et se poursuivra, avec Jérusalem foulée aux pieds des nations, jusqu’à la fin des temps des nations. Ces temps débutèrent lorsque Dieu suscita Nebucadnetsar, qui déposséda le dernier roi de la lignée de David, et ils se termineront par l’écrasement de la domination des nations à l’apparition de Christ.

En conséquence, le verset 25 nous transporte directement jusqu’au temps de la fin, et parle de choses qui précéderont de peu Sa venue. Il y aura des signes dans le ciel, et angoisse et perplexité sur la terre, «la mer et les flots» symbolisant les foules dans un état de trouble et d’agitation violents. C’est pourquoi, les hommes rendront «l’âme de peur et à cause de l’attente des choses qui viennent». Devant l’état de choses qui règne sur la terre au moment où nous écrivons ces lignes, il n’est pas difficile de concevoir les événements que le Seigneur prédit ainsi.

C’est le temps où Dieu ébranlera et les cieux et la terre, comme Aggée l’a prophétisé, et où seules demeureront les choses qui ne peuvent être ébranlées (Aggée 2:6). Tout ceci conduira à l’apparition publique du Fils de l’Homme, «avec puissance et une grande gloire». Le jour de Sa pauvreté sera passé, comme aussi le jour de Sa patience; et le jour de Sa puissance, dont parle le Psaume 110, sera là dans sa plénitude. Avant Sa venue, les cœurs des inconvertis seront remplis de terreur; quand Il sera venu, leurs pires craintes seront réalisées, et «toutes les tribus de la terre se lamenteront à cause de Lui» (Apoc. 1:7).

Mais pour Ses saints, la Venue du Seigneur revêtira un autre aspect, comme on est heureux de le lire au verset 28. Pour eux, c’est la rédemption finale, lorsque toute la création sera délivrée de l’esclavage de la corruption. Les choses étant ainsi, les premiers signes de Sa Venue doivent nous remplir d’une heureuse espérance. Nous devons «regarder en haut», car ce qui vient après, événement de toute importance, doit procéder de la droite de Dieu, où le Seigneur est assis. Nous devons «lever nos têtes», bien loin de les baisser par accablement ou par crainte. Les choses mêmes qui effraient le monde doivent remplir le croyant d’une sainte espérance.

Ensuite vient la courte parabole du figuier. Remarquons qu’elle est présentée comme «parabole», non pas comme simple illustration. Le figuier représente les Juifs en tant que nation. Depuis des siècles, ils sont en état de mort, en tant que nation1, et quand, enfin, il y aura des signes d’une renaissance nationale d’Israël, et également des signes d’une renaissance d’autres «arbres» de nationalismes anciens, nous pourrons reconnaître que «l’été» millénaire est proche. Jusqu’à ce que ce moment arrive, «cette génération» ne passera point; par «cette génération», le Seigneur signifie, croyons-nous, cette «génération perverse... en qui il n’y a point de fidélité», dont Moïse a parlé en Deutéronome 32:5, 20. Quand le royaume sera établi, cette génération-là sera passée.

1 Cette étude a été écrite avant la deuxième guerre mondiale, et donc, avant la fondation de l’État d’Israël.

La prophétie du Seigneur que Luc relate brièvement se termine par la déclaration solennelle que Ses paroles sont véritables et certaines. Toute parole qui tombe de Ses lèvres est chargée de sens, chargée de l’annonce d’un événement à venir, et elle a plus de stabilité que les cieux et la terre. Ainsi le verset 33 nous présente la pensée frappante que les paroles de Sa bouche ont une permanence que n’ont pas les œuvres de Ses mains.

Le Seigneur termine en faisant une nouvelle fois appel à la conscience de Ses disciples, et à la nôtre aussi. Il n’y a pas de doute que ces trois versets 34, 35, 36 s’appliquent spécialement aux saints qui seront sur la terre immédiatement avant Son apparition, mais ils interpellent aussi le croyant d’aujourd’hui. Une multitude de plaisirs s’offre à nous et nous pouvons facilement en user à l’excès et nous laisser accaparer. D’autre part, il n’y a jamais eu de dangers plus nombreux et plus grands à l’horizon, et nos cœurs peuvent être écrasés par de sombres pressentiments, si bien que nous perdons de vue le jour qui approche. Il se peut que nous soyons tellement occupés des faits et gestes de dictateurs et du cours des événements du monde, que la venue du Seigneur s’estompe dans nos cœurs. Prenons pour nous cette parole: «Veillez donc, priant en tout temps» (v. 36). Alors nous serons tout à fait vigilants, et prêts à accueillir le Seigneur lorsqu’Il viendra.

Dans les derniers versets du chapitre, Luc nous rappelle que le Seigneur, qui avait ainsi prédit Son retour, était encore le Rejeté. De jour, pendant cette dernière semaine, Il annonce fidèlement la parole de Dieu; de nuit, n’ayant pas de chez-soi, Il demeure dans la montagne des Oliviers.

À suivre