Lectures hebdomadaires

Vous trouverez chaque vendredi, sous cette rubrique, un commentaire sur le livre de Néhémie.

Livre de Néhémie

Edward Dennet

Chapitre 5, versets 6 à 19

6.2   Ch. 5:6 — État moral de Néhémie

Tel était l’état de choses au milieu du résidu rentré de la captivité, et rétabli dans sa terre; une condition morale qui paralysait nécessairement les efforts de Néhémie pour s’opposer avec succès à la marée montante du mal extérieur. Il nous dit: «Je fus très irrité lorsque j’entendis leur cri et ces paroles». Son cœur fidèle sympathisait avec la triste condition de ses frères pauvres et il était justement indigné contre leurs oppresseurs. Ainsi l’apôtre Paul, plus tard, témoin fidèle dans une autre dispensation, s’écrie: «Qui est faible, que je ne sois faible aussi? Qui est scandalisé, que moi aussi je ne brûle?» (2 Cor. 11:29). Dans les deux cas, la colère de Néhémie et la sympathie de Paul, dans leur identification avec les misères du peuple de Dieu, reflètent, quoique faiblement, le cœur de Dieu lui-même (Ex. 3:7).

6.3   Ch. 5:7-12 — Remède. Répréhension. Appel

Mais pour Néhémie, la question se posait: Comment remédier à cet état de choses? On trouve la réponse dans les versets 7 à 12. Notons cette expression remarquable: «Et mon cœur se consulta pour cela». Elle renferme un principe de la plus haute importance. Les nobles et les chefs avec lesquels, dans des circonstances normales, il aurait pu tenir conseil, étaient les premiers coupables et il ne pouvait attendre d’eux aucune lumière ni aucune aide. Ainsi Néhémie en était réduit à ses propres ressources, ou plutôt il devait crier à Dieu pour être guidé dans cette affaire.

Quand tous se sont écartés du chemin, et que par conséquent l’autorité de la Parole de Dieu a été battue en brèche, l’homme de foi — celui qui désire marcher avec Dieu — ne peut se permettre de délibérer avec d’autres, sinon il pourrait être entravé par leur conseil. Il doit agir seul et pour lui-même, quel qu’en soit le prix, conformément à la Parole. Dans cette extrémité, il trouve et la force et le courage, parce que cela produit la confiance dans le Seigneur et donne l’assurance de sa présence. De là le pas suivant que fit Néhémie: «Je querellai les nobles et les chefs, et je leur dis: Vous exigez de l’intérêt, chacun de son frère! et je leur opposai une grande congrégation» (v. 7). Il les convainquit de leur péché (Ex. 22:25) et selon l’injonction de l’apôtre, leur résista en face (Gal. 2:11), disant: «Nous avons racheté, selon notre pouvoir, nos frères, les Juifs, qui avaient été vendus aux nations; et vous voulez vous-mêmes vendre vos frères? Et c’est à nous qu’ils se vendraient? Et ils se turent et ne trouvèrent rien à dire..» (v. 8-14).

Il y a plusieurs points dans le discours de Néhémie qui sont spécialement dignes de remarque. Premièrement, observons qu’il est en mesure de réprimander les coupables en mettant leur conduite en contraste avec la sienne. Il avait, lui, racheté ses frères de la main des nations; eux les avaient réduits en esclavage, dominant sur l’héritage de Dieu. C’est une bénédiction particulière quand un pasteur au milieu du peuple de Dieu peut donner sa propre conduite en exemple. C’était le cas de l’apôtre Paul. À plusieurs reprises, il est conduit par le Saint Esprit à se citer lui-même comme modèle (Act. 20:34-35; Phil. 3:17; 1 Thess. 1:5-6). Il en est de même pour Néhémie dans cette circonstance. Et à quelle lumière il expose ainsi la conduite des nobles et des chefs! Néhémie, par amour pour ses frères et dans sa tristesse de voir le nom de l’Éternel déshonoré par leur condition misérable, avait dépensé ses biens pour les racheter. Mais les nobles et les chefs, dans leur égoïsme et le désir de s’enrichir, se servaient de l’indigence de leurs frères pour lier un joug d’esclavage sur leur cou. Néhémie montrait l’esprit de Christ (comparez 2 Cor. 8:9), eux, l’esprit de Satan.

Ayant ainsi mis en évidence le caractère de leur conduite, il s’adresse à eux sur un autre plan: «Ce que vous faites n’est pas bien. Ne devriez-vous pas marcher dans la crainte de notre Dieu, pour n’être pas dans l’opprobre parmi les nations qui nous sont ennemies?» (v. 9). Cet appel montre combien l’honneur de Dieu était cher à Néhémie. Il était affligé de penser que la conduite d’Israël fournissait à l’ennemi une occasion de jeter un blâme mérité sur eux. Ils affirmaient, à bon droit, être le peuple élu de Dieu et être ainsi saints et séparés pour son service de tout le reste des nations. Mais si, dans leur marche, ils ressemblaient aux païens, que devenait leur profession? Ils ne cessaient pas pour autant d’être le peuple de Dieu, mais par leur conduite, ils reniaient cette appartenance et profanaient publiquement le saint Nom qui était invoqué sur eux. C’est là le tort le plus grave que le peuple de Dieu puisse causer: prêter, par sa conduite, le flanc aux sarcasmes justifiés de l’ennemi (voir 1 Pierre 2:11-12; 3:15-16; 4:15-17). Néhémie base son exhortation sur cet appel. Il les invite premièrement à cesser de mal faire et à apprendre à bien faire. Il leur rappelle à nouveau que lui et ses frères et ses serviteurs auraient pu agir d’une manière semblable à la leur s’ils l’avaient voulu. Il dit: «Laissons, je vous prie, cette usure». Remarquons qu’il dit: «Laissons», se mettant ainsi lui-même à leur niveau dans un esprit de grâce. Il se place à côté d’eux, dans leurs péchés, reconnaissant qu’il était uni avec eux devant Dieu et cherchant ainsi dans un esprit de douceur à amener leur restauration. De plus, il les presse de redonner à leurs frères, sans plus attendre, les champs, les biens, etc... qu’ils avaient exigés comme intérêt (v. 11).

Le Seigneur était avec son serviteur, et ils consentirent à faire ce qu’il les pressait de faire. Mais Néhémie ne voulait rien laisser dans l’incertitude: il craignait qu’une fois de retour dans leurs foyers, ils ne soient tentés d’oublier leur promesse. Il appela les sacrificateurs et les fit jurer de tenir leur parole. De plus, pour donner plus de solennité à cette promesse: «Je secouai aussi le pan de ma robe, et je dis: Que Dieu secoue ainsi de sa maison et du fruit de son labeur quiconque n’accomplira pas cette parole, et qu’il soit ainsi secoué et à vide! Et toute la congrégation dit: Amen! Et ils louèrent l’Éternel. Et le peuple fit selon cette parole» (v. 13). De cette manière, Néhémie travailla pour le bien de son peuple et corrigea les abus qui avaient surgi parmi eux, et qui avaient pour résultat de détruire l’ordre, la sainteté et la communion.

6.4   Ch. 5:14-19 — Conduite de Néhémie comme gouverneur

Du verset 14 à la fin du chapitre 5, Néhémie est conduit à donner un compte rendu de sa propre conduite comme gouverneur. À vue humaine, cela peut sembler se recommander soi-même et s’élever, mais il ne faut jamais oublier que nous lisons la Parole de Dieu et que c’est sous la direction du Saint Esprit que cette description est rapportée pour notre instruction. Et, comme nous l’avons déjà observé, la leçon à retenir, est que les pasteurs suscités par le Seigneur pour paître son peuple devraient toujours être les «modèles du troupeau» (voir 1 Pierre 5:1-3). Retenant cette pensée, nous tirerons profit du récit de la conduite de Néhémie. Premièrement, il nous dit que depuis douze ans qu’il était gouverneur, ni lui ni ses frères n’avaient mangé le pain du gouverneur, comme ses prédécesseurs l’avaient fait, c’est-à-dire, comme il l’explique, qu’il n’avait pas été «à charge au peuple» (v. 14-15). Son service lui en donnait le droit, mais il n’avait pas usé de son autorité dans ce domaine-là. Nous nous souvenons de l’apôtre Paul qui écrivait aux Corinthiens (1 Cor. 9:11-13) «Si nous avons semé pour vous des biens spirituels, est-ce beaucoup que nous moissonnions de vos biens charnels? Si d’autres ont part à ce droit sur vous, ne l’avons-nous pas bien plus? Mais nous n’avons pas usé de ce droit, mais nous supportons tout, afin de ne mettre aucun obstacle à l’évangile du Christ» (voir aussi Act. 20:33; 1 Thess. 2:9). Néhémie ne permit pas non plus à ses serviteurs de dominer sur le peuple, comme l’avaient fait les gouverneurs précédents. Aucun abus n’est plus courant que celui-ci, même dans l’Église de Dieu. Il arrive souvent, par exemple, et c’est une perversion de l’ordre divin et une cause de tristesse parmi les saints, que des parents de ceux qui occupent à bon droit une place d’autorité, s’arrogent cette place et cette autorité, et comptent être reconnus à cause de leurs liens de parenté. Dans l’assemblée comme dans le cas de Néhémie, le service est personnel; c’est Dieu qui confère la qualification et le don. Ils ne peuvent être transmis à quelqu’un d’autre. Même Samuel faillit à cet égard en établissant ses fils comme juges. Et c’est leur mauvaise conduite qui incita le peuple à demander un roi (1 Sam. 8:1-5).

Néhémie fut délivré de ce piège en marchant et en agissant devant Dieu. «Mais moi, je n’ai pas fait ainsi, à cause de la crainte de Dieu», dit-il (v. 15). Cela nous révèle un homme dont la conscience était délicate, et sans cesse en exercice; un homme qui veillait sur ses voies et sur sa conduite, de crainte d’être gouverné par sa propre volonté ou la recherche de son avantage personnel au lieu de l’être par la Parole de Dieu; quelqu’un qui vivait dans le sentiment constant de la présence de Dieu et la reconnaissance de son autorité, et qui cherchait toujours, en gardant une sainte crainte dans son âme, à être agréable au Seigneur. C’était le secret à la fois de son intégrité et de son dévouement car il pouvait dire qu’il était désireux de dépenser et d’être dépensé au service du Seigneur (2 Cor. 12:15).

«Et j’ai aussi tenu ferme, dans ce travail de la muraille, et nous n’avons acheté aucun champ, et tous mes jeunes hommes étaient rassemblés là pour l’ouvrage» (v. 16). Il payait de sa personne et ne recherchait aucune possession terrestre pour lui-même. Ses serviteurs, comme lui, se dévouaient à construire la muraille. Voilà certainement un bel exemple d’abnégation et de consécration, un fruit de la grâce de Dieu propre à encourager les hommes pieux à suivre ses traces. Exemple propre aussi à censurer l’avarice et la convoitise de ceux qui s’enrichissaient aux dépens de leurs frères dans le besoin.

Et ce n’était pas tout. «J’avais aussi à ma table cent cinquante Juifs et chefs, outre ceux qui nous venaient du milieu des nations qui nous entouraient» (v. 17). Il s’agissait de Juifs dispersés parmi les autres peuples qui, à ce moment-là, habitaient la Palestine. Le verset suivant (v. 18) nous entretient des provisions journalières apprêtées pour sa table, et des diverses sortes de vins qui lui étaient fournis tous les dix jours. Nous apprenons ainsi que Néhémie n’oubliait pas l’hospitalité. Il avait ainsi une des qualités que l’apôtre déclare indispensables pour un surveillant dans l’Assemblée de Dieu (1 Tim. 3:2). C’est une qualification qui, de nos jours, n’est plus peut-être aussi estimée qu’autrefois. On peut pourtant se demander s’il y a quelque chose qui tend à unir davantage les cœurs des saints et à favoriser la communion fraternelle que l’exercice de l’hospitalité selon Dieu. La Parole de Dieu abonde en exemples et aussi en recommandations à ce sujet. C’était le service spécial d’un frère bien-aimé que l’apôtre décrit ainsi: «Gaïus, mon hôte et celui de toute l’Assemblée, vous salue» (Rom. 16:23; 3 Jean 1). La source de cet exercice, c’est l’activité de la grâce dans le cœur, qui trouve ses délices à donner, qui trouve son bonheur dans celui des autres. Ainsi, il y a là un trait qui n’est pas sans rappeler avec force le cœur de Dieu. Puis Néhémie ajoute: «Avec cela, je n’ai point réclamé le pain du gouverneur, parce que le service pesait lourdement sur ce peuple». Son cœur était touché par leur triste condition et il avait appris cette leçon, savoir qu’«il est plus heureux de donner que de recevoir». Il distribuait ainsi avec largesse ses biens à ceux qui venaient vers lui, et il semble qu’il accueillait tout le monde.

Il ne cherchait pas non plus de récompense des hommes mais, se tournant vers Dieu dans la présence duquel il marchait et travaillait, il dit: «Souviens-toi en bien pour moi, ô mon Dieu, de tout ce que j’ai fait pour ce peuple!». On a souvent dit que cette prière, comme d’autres qu’il rapporte, montre qu’il se mouvait dans une sphère spirituelle peu élevée. Il eût été bien plus noble de ne pas penser à une quelconque récompense. Peut-être en était-il ainsi. Comme nous l’avons relevé, Néhémie n’avait pas la foi simple d’Esdras. D’un autre côté, nous ne pouvons manquer de voir dans ce récit qu’il s’est distingué, dans un jour de confusion et de ruine, par un dévouement rare au service de son Dieu, par une conscience droite et un oubli complet de lui-même, dans son désir ardent de chercher la gloire de Dieu en travaillant pour le bien de son peuple. Tout ce qu’il était et tout ce qu’il avait était mis sur l’autel, livré à Dieu pour son usage et son service. Et quoique l’on puisse admettre qu’il y ait des prières plus élevées que celle qui est rapportée là, nous préférons voir dans cette requête l’expression d’un désir sincère de la bénédiction divine en relation avec les travaux accomplis en faveur de son peuple. Le Seigneur lui-même a dit: «Quiconque aura donné à boire seulement une coupe d’eau froide à l’un de ces petits, en qualité de disciple, en vérité je vous dis, il ne perdra point sa récompense» (Matt. 10:42). C’est dans un tel esprit, et connaissant la fidélité de l’Éternel à qui il avait affaire, que Néhémie se détournait de toute recherche d’avantages personnels égoïstes pour s’en remettre à Dieu. Il avait confiance que celui qui avait mis dans son cœur cet amour pour son peuple ne permettrait pas qu’il perde sa récompense. Comme Moïse, «il regardait à la rémunération», qui n’était pas celle des hommes, mais celle qui vient de Dieu.

À suivre