Genèse

Chapitre 24

La liaison qui existe entre ce chapitre et les deux précédents est digne de remarque. Au chapitre 22, le fils est offert sur l’autel; au chapitre 23, Sara est mise de côté; et au chapitre 24, le serviteur reçoit la charge de chercher une femme pour celui qui avait été, en figure, recouvré d’entre les morts. La succession de ces événements coïncide d’une manière frappante avec l’ordre des faits relatifs à l’appel de l’Église. On peut mettre en question si ce rapprochement vient de Dieu; mais, quoi qu’il en soit, la coïncidence est tout au moins frappante.

Les grands faits que nous rencontrons dans le Nouveau Testament sont, en premier lieu: la rejection et la mort de Christ; ensuite, la rejection d’Israël selon la chair; et enfin, l’appel de l’Église à la glorieuse position d’Épouse de l’Agneau. Or, tout cela correspond exactement avec le contenu de ce chapitre et des deux chapitres précédents. Il fallait que la mort de Christ fût un fait accompli, avant que l’Église, à proprement parler, pût être appelée. Il fallait que le «mur mitoyen de clôture» fût aboli, avant que le «seul homme nouveau» pût être formé. Il est important que nous comprenions bien ceci, afin que nous sachions quelle est la place que l’Église occupe dans les voies de Dieu. Aussi longtemps que l’économie juive subsistait, Dieu avait établi et voulait maintenir la plus stricte séparation entre les Juifs et les Gentils; c’est pourquoi l’idée d’une union des Juifs et des Gentils en un seul homme n’entrait pas dans l’esprit d’un Juif. Il était porté à se considérer comme occupant une position supérieure en tous points à celle du Gentil, à envisager ce dernier comme entièrement impur et comme un homme avec lequel toute relation était interdite (Actes 10:28).

Si Israël avait marché avec Dieu dans l’intégrité des rapports dans lesquels Dieu l’avait placé par sa grâce, il aurait été maintenu dans cette position spéciale de séparation et de supériorité qui lui avait été faite; mais Israël suivit une autre voie; c’est pourquoi, lorsqu’il eut comblé la mesure de ses iniquités, en crucifiant le Prince de la vie, le Seigneur de gloire, et en rejetant le témoignage du Saint Esprit, Paul fut suscité pour être l’administrateur d’un nouvel ordre de choses qui avait été caché de tout temps en Dieu, pendant que le témoignage d’Israël se poursuivait: «C’est pour cela que moi, Paul, le prisonnier du Christ Jésus pour vous, les nations — si du moins vous avez entendu parler de l’administration de la grâce de Dieu qui m’a été donnée envers vous: comment, par révélation, le mystère m’a été donné a connaître… lequel, en d’autres générations, n’a pas été donné à connaître aux fils des hommes, comme il a été maintenant révélé à ses saints apôtres et prophètes, par l’Esprit», c’est-à-dire les prophètes du Nouveau Testament (tois hagiois apostolois autou kai prophêtais) «que les nations seraient cohéritières et d’un même corps et coparticipantes de sa promesse dans le christ Jésus, par l’Évangile» (Éph. 3:1-6). Voilà qui est concluant. Le mystère de l’Église, composée de Juifs et de Gentils baptisés en un seul corps par un même Esprit, unie au Chef glorieux dans les cieux, n’avait point été révélé jusqu’aux jours de Paul. «Duquel mystère, continue l’apôtre, je suis devenu serviteur, selon le don de la grâce de Dieu qui m’a été donné selon l’opération de sa puissance.» (v. 7.) Les apôtres et prophètes du Nouveau Testament furent, pour ainsi dire, la première assise de ce glorieux édifice (voyez Éphésiens 2:20). Cela étant, il est clair que le bâtiment ne pouvait avoir été commencé auparavant (comp. aussi Matt. 16:18; «je bâtirai»). Si le bâtiment eut daté des jours d’Abel, l’apôtre eût dit: «édifiée sur le fondement des saints de l’Ancien Testament», mais il a dit autrement; d’où nous concluons que, quelle que soit la position assignée aux saints de l’Ancien Testament, il est impossible qu’ils puissent appartenir à un corps qui, jusqu’à la mort et à la résurrection de Christ et à la descente du Saint Esprit, résultat de cette résurrection, n’avait d’existence que dans les desseins de Dieu. Ces saints étaient sauvés, que Dieu en soit béni! sauvés par le sang de Christ, et destinés à jouir de la gloire céleste avec l’Église; mais ils ne pouvaient faire partie d’un corps qui, plusieurs siècles après eux, n’existait pas encore.

Nous le répétons, on peut mettre en doute, s’il faut voir dans cette intéressante portion de l’Écriture comme un type de l’appel de l’Église. Pour notre part, nous aimons mieux la considérer comme une image de cette œuvre glorieuse. Nous ne pouvons admettre que le Saint Esprit ait voulu nous occuper, dans un chapitre d’une longueur peu ordinaire, des seuls détails d’un pacte de famille, si ce pacte n’était typique ou figuratif de quelque grande vérité: «Car toutes les choses qui ont été écrites auparavant ont été écrites pour notre instruction» (Rom. 15:4). Ce passage a une portée très étendue. Ainsi, bien que l’Ancien Testament ne contienne aucune révélation directe du grand mystère de l’Église, il est important d’observer qu’il renferme néanmoins des scènes et des circonstances qui le préfigurent d’une manière remarquable, témoin celles que nous présente le chapitre qui va nous occuper. Le fils, comme nous l’avons déjà dit, ayant, en figure, été offert en sacrifice et rendu à la vie, et le tronc duquel le fils était issu étant en quelque sorte mis de côté, le père envoie le serviteur à la recherche d’une épouse pour le fils.

Pour donner une intelligence claire et complète du contenu de ce chapitre, nous considérerons les points suivants: le serment, le témoignage et le résultat de la mission d’Éliézer.

Il est beau de voir que l’appel et l’élévation de Rebecca étaient fondés sur le serment qui scellait l’accord du serviteur et d’Abraham. Rebecca ignorait ces choses, bien que dans les desseins de Dieu elle fût l’objet de cet accord. Il en est ainsi de l’Église de Dieu, considérée comme un tout, ou dans chacune de ses parties constitutives. «Mes os ne t’ont point été cachés… et dans, ton livre mes membres étaient tous écrits; de jour en jour ils se formaient, lorsqu’il n’y en avait encore aucun» (Ps. 139:15-16). «Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ; selon qu’il nous a élus en lui avant la fondation du monde, pour que nous fussions saints et irréprochables devant lui en amour» (Éph. 1:3-4). «Car ceux qu’il a préconnus, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, pour qu’il soit premier-né entre plusieurs frères. Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés» (Romains 8:29-30). Il y a une harmonie admirable entre ces passages et le sujet qui nous occupe. L’appel, la justification et la gloire de l’Église, tout est fondé sur le dessein éternel de Dieu, sur sa parole et son serment, ratifiés par la mort, la résurrection et l’exaltation du Fils. C’est dans les profondeurs de l’éternelle pensée de Dieu, au-delà des limites les plus reculées du temps, que reposait ce merveilleux dessein, qui avait l’Église pour objet, et qui est indissolublement lié à la pensée de Dieu à l’égard de la gloire du Fils. Le serment du serviteur d’Abraham avait pour objet l’acquisition d’une compagne pour le fils. Ce fut au désir d’Abraham pour son fils que Rebecca dut la haute position qu’elle occupa dans la suite. Heureux qui comprend ces choses; heureux qui voit que la sécurité et le bonheur de l’Église sont inséparablement liés à Christ et à sa gloire! «Car l’homme ne procède pas de la femme, mais la femme de l’homme; car aussi l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme à cause de l’homme» (1 Cor. 11:8-9). Et encore: «Le royaume des cieux a été fait semblable à un roi qui fit des noces pour son fils» (Matt. 22:2). Le Fils est l’objet principal de toutes les pensées et de tous les conseils de Dieu; et si quelqu’un est amené au bonheur, ou à la gloire, ou à une dignité, ce ne peut être qu’en rapport avec le Fils. Par le péché, l’homme a perdu tout droit à ces choses et à la vie elle-même; mais Christ prit sur lui le châtiment dû au péché; il se rendit responsable de tout pour les siens; il fut cloué à la croix comme leur représentant; il porta leurs péchés en son propre corps sur le bois, et descendit dans la tombe chargé de ce pesant fardeau. Rien donc ne peut être plus complet que la délivrance dont les saints sont l’objet, quant à tout ce qui était contre eux. L’Église sort vivifiée de la tombe de Christ, dans laquelle tous les péchés de ceux qui la composent ont été déposés; la vie qu’elle possède est le triomphe sur la mort et sur tout ce qui pouvait faire obstacle; en sorte que cette vie est liée à la justice divine et fondée sur cette justice, les droits de Christ lui-même à la vie étant fondés sur ce qu’il a complètement anéanti la puissance de la mort; et lui est la vie de l’Église. Ainsi l’Église jouit de la vie divine; elle est revêtue de la justice divine; et l’espérance qui l’anime est l’espérance de la justice (voyez entre autres les passages suivants: Jean 3:16, 36; 5:39-40; 6:27, 40, 47, 68; 11:25; 17:2; Rom. 5:21; 6:23; 1 Tim. 1:16; 1 Jean 2:25; 5:20; Jude 21; Éph. 2:1-6, 14-15; Col. 1:12-22; 2:10-15; Rom. 1:17; 3:21-26; 4:5, 23-25; 2 Cor. 5:21; Gal. 5:5).

Ces passages établissent parfaitement les trois points suivants la vie, la justice et l’espérance de l’assemblée; et toutes, elles découlent du fait que l’assemblée est une avec Celui qui a été ressuscité d’entre les morts. Or, rien n’est propre à affermir le cœur comme la conviction que l’existence de l’assemblée est essentielle à la gloire de Christ. «La femme est la gloire de l’homme» (1 Cor. 11:7). L’assemblée est appelée «la plénitude de Celui qui remplit tout en tous» (Éph. 1:23). Cette dernière expression est remarquable! le mot traduit par «plénitude» signifie le complément, ce qui, étant ajouté à une autre chose compose un seul tout avec elle. C’est ainsi que Christ la tête, et l’assemblée le corps, composent le «seul homme nouveau» (Éph. 2:15). Si nous considérons le sujet à ce point de vue, nous ne serons pas étonnés que l’assemblée ait été l’objet des conseils éternels de Dieu: il y avait, par grâce, de merveilleuses raisons pour que le corps, l’épouse, la compagne de son Fils unique, occupât les pensées de Dieu dès avant la fondation du monde. Rebecca était nécessaire à Isaac, c’est pourquoi elle était l’objet d’un conseil secret, lorsque elle-même était encore dans l’ignorance la plus profonde de sa future et haute destinée. Toutes les pensées d’Abraham se rapportaient à Isaac: «Je te ferai jurer par l’Éternel, le Dieu des cieux et le Dieu de la terre, que tu ne prendras pas de femme pour mon fils d’entre les filles des Cananéens, parmi lesquels j’habite.» «Une femme pour mon fils» est ici, comme nous le voyons, le point important. «Il n’est pas bon que l’homme soit seul.» Nous apprenons ainsi ce qu’est l’assemblée: dans les conseils de Dieu, elle est nécessaire à Christ; et, dans l’œuvre accomplie de Christ, il a été divinement pourvu à tout, pour qu’elle pût être appelée à l’existence. Une fois qu’on envisage la vérité à ce point de vue, ce n’est plus la puissance de Dieu pour sauver de pauvres pécheurs qui est en question; mais Dieu vent «faire des noces pour son Fils», et l’assemblée est l’épouse qui lui est destinée; elle est l’objet des desseins du Père, l’objet de l’amour du Fils et du témoignage du Saint Esprit. Elle est destinée à partager la dignité et toute la gloire du Fils, comme elle a part à tout l’amour dont il a été l’éternel objet. Écoutez les propres paroles du Fils: «Et la gloire que tu m’as donnée, moi, je la leur ai donnée, afin qu’ils soient un, comme nous, nous sommes un; moi en eux, et toi en moi; afin qu’ils soient consommés en un, et que le monde connaisse que toi tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé» (Jean 17:22, 23). Ces paroles nous font connaître les pensées du cœur de Christ à l’égard de l’assemblée. Elle est non seulement destinée à être telle qu’il est lui-même, mais elle est déjà dès à présent, comme lui est, ainsi qu’il est écrit: «En ceci est consommé l’amour avec nous, afin que nous ayons toute assurance au jour du jugement, c’est que, comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde» (1 Jean 4:17). Cette précieuse vérité donne à l’âme une pleine confiance. «Nous sommes dans le Véritable, savoir dans son Fils Jésus Christ» (1 Jean 5:20). Toute incertitude est bannie, car tout est assuré à l’Épouse dans l’Époux. Tout ce qui appartenait à Isaac devint la propriété de Rebecca, parce qu’Isaac était à elle; de même aussi, tout ce qui appartient à Christ est la part de l’Église: «Toutes choses sont à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit monde, soit vie, soit mort, soit choses présentes, soit choses à venir: toutes choses sont à vous, et vous à Christ, et Christ à Dieu» (1 Cor. 3:21, 22). Christ est «chef sur toutes choses à l’assemblée» (Éph. 1:22). Ce sera la joie de Christ pendant toute l’éternité de manifester l’Église dans la gloire et la beauté dont il l’aura revêtue, car la gloire et la beauté de l’Église ne seront que le reflet de sa gloire et de sa beauté à lui. Les anges et les principautés contempleront dans l’assemblée le merveilleux déploiement de la sagesse, de la puissance et de la grâce de Dieu en Christ.

Examinons maintenant le second point dont nous avons parlé plus haut, savoir le témoignage. Le serviteur d’Abraham était porteur d’un témoignage clair et précis. «Et il dit: Je suis serviteur d’Abraham. Or l’Éternel a béni abondamment mon seigneur, et il est devenu grand; et il lui a donné du menu bétail, et du gros bétail, et de l’argent, et de l’or, et des serviteurs, et des servantes, et des chameaux, et des ânes. Et Sara, femme de mon seigneur, a dans sa vieillesse enfanté un fils à mon seigneur; et il lui a donné tout ce qu’il a» (v. 34-36). Il révèle le père et le fils; tel est son témoignage. Il parle des immenses richesses du père, et raconte que celui-ci a donné tous ses biens au fils, en vertu de ce qu’il est «le fils unique» et l’objet de l’amour du père. Au moyen de ce témoignage, le serviteur cherche à obtenir une épouse pour le fils.

Il est presque superflu de dire que l’Écriture nous représente ici, en figure et d’une manière frappante, le témoignage du Saint Esprit envoyé du ciel sur la terre, le jour de la Pentecôte. «Quand le Consolateur sera venu, lequel, moi je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui procède du Père, celui-là rendra témoignage de moi» (Jean 15:26). Et encore: «Mais quand celui-là, l’Esprit de vérité, sera venu, il vous conduira dans toute la vérité: car il ne parlera pas de par lui-même; mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses qui vont arriver. Celui-là me glorifiera; car il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera. Tout ce qu’a le Père est à moi; c’est pourquoi j’ai dit qu’il prend du mien, et qu’il vous l’annoncera» (Jean 16:13-15). La coïncidence entre ces paroles et le témoignage du serviteur d’Abraham est aussi instructive qu’intéressante: c’est en parlant d’Isaac que le serviteur cherche à gagner le cœur de Rebecca; et c’est en leur parlant de Jésus que le Saint Esprit cherche à détourner les pauvres pécheurs d’un monde de péché et de folie, pour les faire entrer dans la bienheureuse et sainte unité du corps de Christ. «Il prendra du mien, et vous l’annoncera.» Le Saint Esprit ne porte jamais une âme à regarder — à lui-même ou à son œuvre, mais toujours et uniquement à Christ. Aussi, plus une âme est réellement spirituelle, plus elle sera exclusivement occupée de Christ.

Contempler sans cesse son propre cœur et s’appesantir sur ce qu’on peut y découvrir, encore que ce soit l’œuvre de l’Esprit, paraît à certaines personnes une grande preuve de spiritualité. C’est là une grave erreur; et loin qu’on trouve une preuve de spiritualité dans cette préoccupation de soi, elle démontre tout le contraire, car Jésus a expressément déclaré, en parlant de l’Esprit: «Il ne parlera pas de lui-même», mais «Il prendra du mien et vous l’annoncera». C’est pourquoi, toutes les fois qu’une personne regarde au-dedans d’elle-même et bâtit sur les évidences de l’œuvre de l’Esprit, qu’elle y découvre, elle peut compter qu’en cela elle n’est pas conduite par l’Esprit de Dieu. L’Esprit attire les âmes à Dieu en leur présentant Christ. Connaître Christ est la vie éternelle; et la révélation que le Père fait du Fils par le Saint Esprit constitue le fondement de l’Église. Lorsque Pierre confesse que Christ est le Fils du Dieu vivant, Christ lui répond: «Tu es bienheureux, Simon Barjonas, car la chair et le sang ne t’ont pas révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi aussi, je te dis que tu es Pierre; et sur ce roc je bâtirai mon assemblée, et les portes du hadès ne prévaudront pas contre elle» (Matt. 16:17, 18). Quel rocher? — Pierre? À Dieu ne plaise! «Ce rocher» (tautê tê petra) est simplement la révélation de Christ, par le Père, comme «le Fils du Dieu vivant», et cette révélation est le seul moyen par lequel une âme puisse être introduite dans l’assemblée de Christ. Nous apprenons ici quel est le vrai caractère de l’Évangile. L’Évangile est, avant tout et par excellence, une révélation, non seulement d’une doctrine, mais d’une personne, de la personne dit Fils; et cette révélation reçue par la foi attire le cœur à Christ et devient la source de la vie et de la puissance, le fondement de notre union avec Christ comme membres de son corps, comme elle est aussi la puissance de la communion. «Quand il a plu à Dieu… de révéler son Fils en moi», dit Paul. — Le vrai principe qui constitue «le rocher», c’est donc: «Dieu révélant son Fils». C’est ainsi que l’édifice est élevé; c’est sur ce fondement solide qu’il repose, selon le dessein éternel de Dieu.

Il est donc particulièrement intéressant pour nous que nous trouvions, dans ce chapitre 24 de la Genèse, une image aussi belle de la mission et du témoignage spécial du Saint Esprit. En cherchant à procurer une épouse à Isaac, le serviteur d’Abraham développe toute la gloire et toutes les richesses qui ont été conférées à Isaac par son père; l’amour dont celui-ci est l’objet, et tout ce qui était propre à toucher le cœur de Rebecca et à le détacher des choses au milieu desquelles elle avait vécu. Il montre à Rebecca un objet éloigné, et lui révèle le bonheur qu’il y avait pour elle à devenir une avec cet objet bien-aimé et si hautement favorisé. Tout ce qui appartient à Isaac appartiendrait à Rebecca aussi, dès qu’elle serait une avec lui; tel est le témoignage du serviteur. Tel est aussi le témoignage du Saint Esprit. Il parle de Christ, de la gloire de Christ, de la beauté, de la plénitude, de la grâce, des «richesses insondables de Christ», de la dignité de sa personne et de la perfection de son œuvre. De plus, il révèle le bonheur indicible qu’il y a à être un avec un tel Christ, «membre de son corps, de sa chair et de ses os».

Tel est toujours le témoignage de l’Esprit; il nous fournit une excellente pierre de touche pour éprouver toute espèce d’enseignement et de prédication. L’enseignement le plus spirituel sera toujours caractérisé par une pleine et constante présentation de Christ. L’Esprit ne peut s’arrêter que sur Jésus; parler de Christ fait ses délices; il prend plaisir à publier ses perfections, ses vertus, sa beauté. Si donc quelqu’un sert dans l’Évangile par la puissance de l’Esprit de Dieu, il y aura toujours plus de Christ que de tout autre chose dans son ministère. Les raisonnements de la logique humaine n’y trouveront guère de place; ils ne conviennent que là où l’homme désire se mettre en avant lui-même; mais tous ceux qui servent dans l’Évangile ont à se souvenir que l’unique objet de l’Esprit sera toujours de présenter Christ.

En dernier lieu, nous avons à nous occuper du résultat du témoignage. La vérité, et l’application pratique de la vérité sont deux choses fort différentes. C’est une chose que de parler des gloires particulières de l’Église, et une autre chose que d’être dirigé d’une manière pratique par ces gloires. Pour ce qui concerne Rebecca, le résultat du témoignage, rendu par le serviteur, est des plus prononcés et des plus positifs. Elle entend de ses oreilles, elle croit du cœur le témoignage, et ainsi elle est détachée de tout ce qui l’entoure. Elle est prête à tout quitter et à poursuivre le but, afin de saisir ce pour quoi elle a été saisie (comp. Phil. 3:12-13). Il était impossible qu’elle se crût l’objet d’une aussi glorieuse destinée, et qu’elle continuât, cependant, à demeurer au milieu des circonstances dans lesquelles la nature l’avait placée. Si le témoignage concernant son avenir était vrai, rester attachée au présent eût été pour elle la pire des folies. Si l’espérance d’être l’épouse d’Isaac, et cohéritière avec lui de toute sa gloire, était pour elle une réalité, continuer à garder les brebis de Laban eût été, de la part de Rebecca, mépriser en pratique tout ce que Dieu, dans sa grâce, avait placé devant elle.

Mais non, l’espérance qu’elle a en vue est trop glorieuse pour que Rebecca l’abandonne aussi légèrement. Elle n’a pas encore vu Isaac, il est vrai, non plus que l’héritage; mais elle a cru le témoignage qui lui a été rendu d’Isaac et elle a, en quelque sorte, reçu les arrhes de l’héritage: cela suffit à son cœur. C’est pourquoi, sans hésiter, elle se lève et déclare qu’elle est prête à partir: «J’irai», dit-elle (v. 58). Elle est prête à entrer dans un chemin inconnu en compagnie de celui qui lui a révélé un objet éloigné et une gloire unie à cet objet, gloire à laquelle elle va être élevée. «J’irai»; et, oubliant les choses qui sont derrière et tendant avec effort vers celles qui sont devant, elle court, regardant au but, vers le prix de sa haute vocation (voyez Phil. 3:14). Belle et touchante image de l’assemblée qui, sous la conduite du Saint Esprit, s’avance à la rencontre de son céleste Époux. C’est là du moins ce que l’Église devrait être; mais, hélas! elle en est bien loin. On voit en elle bien peu de cette sainte joie qui rejette tout fardeau et tout obstacle, dans la puissance de la communion avec son céleste guide et compagnon de voyage, dont l’office et le plaisir sont de prendre ce qui est à Jésus et de nous l’annoncer, tout comme le serviteur d’Abraham prenait des choses qui étaient à Isaac et les montrait à Rebecca, prenant plaisir aussi, sans aucun doute, à lui faire entendre de nouveaux témoignages au sujet du fils, à mesure qu’ils avançaient vers la consommation de la joie et de la gloire qui attendaient l’épouse. Notre guide céleste, lui au moins, prend plaisir à parler de Jésus. «Il prendra du mien et il vous l’annoncera», et encore: «Il vous annoncera les choses qui vont arriver». Nous avons un besoin réel de ce ministère de l’Esprit qui révèle Christ à nos âmes, nous faisant ardemment désirer de le voir tel qu’il est et de lui être faits semblables pour toujours: lui seul a le pouvoir de détacher nos cœurs de la terre et de tout ce qui appartient à la nature. Quoi, si ce n’est l’espérance d’être unie à Isaac, eût jamais pu engager Rebecca à dire: «j’irai», quand son frère et sa mère disaient: «Que la jeune fille reste avec nous quelques jours, dix au moins»? De même quant à nous, il n’y a que l’espérance de voir Jésus tel qu’il est et de lui être semblables qui puisse nous rendre capables de nous purifier, et nous engager à le faire, afin d’être purs comme lui est pur (1 Jean 3:3).