Genèse

Chapitre 12

L’histoire de sept hommes remplit en grande partie le livre de la Genèse, ce sont: Abel, Énoch, Noé, Abraham, Isaac, Jacob et JosÉph. Je ne doute pas que l’histoire de chacun d’eux ne représente une vérité particulière. Ainsi, par exemple, en Abel nous trouvons en figure la révélation de cette vérité fondamentale, que l’homme peut s’approcher de Dieu par le moyen de l’expiation, reçue par la foi. Énoch nous montre la part et l’espérance propres à la famille céleste, tandis que Noé nous apprend quelle est la destinée de la famille terrestre; Énoch fut enlevé au ciel avant le jugement; Noé fut porté au travers du jugement sur la terre restaurée. Chacun de ces hommes nous représente une vérité distincte, et en conséquence une phase distincte de la foi. Le lecteur peut poursuivre l’étude de ce sujet dans toute son étendue en liaison avec le chapitre 11 de l’épître aux Hébreux, et ce travail ne sera pour lui, ni sans intérêt, ni sans profit.

Mais c’est Abram qui se présente maintenant à nous, et c’est de lui que nous allons nous occuper.

En comparant les versets 1 du chapitre 12 et 31 du chapitre 11 avec les versets 2-4 du chapitre 7 du livre des Actes, nous apprenons une vérité d’une immense valeur pratique pour l’âme. «L’Éternel avait dit à Abram: Va-t’en de ton pays, et de ta parenté, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai» (v. 1). Telle est la communication que Dieu fit à Abram, communication parfaitement définie, et par laquelle Dieu voulait agir sur le cœur et la conscience de celui à qui elle était adressée. «Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham lorsqu’il était en Mésopotamie, avant qu’il habitât en Charan… et de là, après que son père fut mort, Dieu le fit passer dans ce pays où vous habitez maintenant» (Actes 7:2-4). Le résultat de cette communication se trouve au verset 31 du chapitre 11 de la Genèse: «Et Térakh prit Abram son fils et Lot, fils de Haran, fils de son fils, et Saraï, sa belle-fille, femme d’Abram, son fils; et ils sortirent ensemble d’Ur des Chaldéens, pour aller au pays de Canaan; et ils vinrent jusqu’à Charan, et habitèrent là… et Térakh mourut à Charan.» De tous ces passages, pris collectivement, nous apprenons que les liens de la nature empêchèrent que le cœur d’Abram répondît entièrement à l’appel de Dieu. Bien qu’appelé à se rendre en Canaan, il s’arrêta à Charan jusqu’à ce que la mort eût rompu le lien de la nature qui le retenait auprès de son père; et ensuite, sans se laisser arrêter davantage dans sa route, il se rendit au lieu où «le Dieu de gloire l’avait appelé».

Tout ceci est significatif. Les influences de la nature sont toujours contraires à la pleine réalisation et à la puissance pratique de «l’appel de Dieu». Nous sommes, malheureusement, enclins à nous contenter d’une portion moindre que celle que cette vocation place devant nous. Il faut une foi bien simple et bien intègre pour que l’âme puisse s’élever à la hauteur des pensées de Dieu, et s’approprier les choses qu’il nous révèle.

La prière de Paul, que nous trouvons en Éph. 1:15-22, nous apprend à quel degré il avait compris les difficultés contre lesquelles l’Église aurait à lutter en cherchant à saisir quelles sont «l’espérance de l’appel de Dieu et les richesses de la gloire de son héritage dans les saints». Il est évident que nous ne pouvons marcher «d’une manière digne» de cet appel, si nous ne le comprenons pas. Il faut que nous sachions où nous sommes appelés avant que de pouvoir nous y rendre. Si Abram avait été pleinement sous la puissance de cette vérité: que c’était en Canaan que «Dieu l’appelait», et que là était son héritage, il n’aurait pas pu s’arrêter à Charan. Il en est de même de nous. Si, par le Saint Esprit, nous sommes amenés à comprendre que l’appel dont nous sommes appelés, est un appel céleste, que notre demeure, notre part, notre espérance, notre héritage, sont là «où Christ est assis à la droite de Dieu», nous ne nous occuperons jamais à chercher à maintenir une position dans le monde, ni ne rechercherons la réputation, ou ne nous amasserons un trésor sur la terre. L’appel céleste n’est pas un vain dogme ou une théorie sans puissance: s’il n’est pas une réalité divine, il n’est absolument rien. L’appel d’Abram était-il une simple spéculation de l’esprit, sur laquelle il pouvait raisonner et discuter, tout en demeurant à Charan? Assurément non: c’était une vérité divine, puissante, pratique. Abram était appelé en Canaan, et il était impossible que Dieu pût l’approuver de rester en arrière. Et comme il en était d’Abram, ainsi en est-il de nous: si nous désirons jouir de l’approbation et de la présence de Dieu, il faut que nous cherchions par la foi à agir conformément à l’appel céleste; c’est-à-dire que nous devons chercher à arriver, en expérience, en pratique et en caractère moral, à ce à quoi Dieu nous appelle, savoir, à une pleine communion avec son Fils unique: une communion avec lui dans sa rejection ici-bas, — une communion avec lui dans son acceptation dans le ciel. Mais comme pour Abram, ce fut la mort qui rompit le lien par lequel la nature l’attachait à Charan, de même, pour nous, c’est la mort qui rompt le lien par lequel la nature nous enchaîne à ce présent siècle. Il faut que nous réalisions que nous sommes morts en Christ notre chef et notre représentant; que notre place, dans la nature et dans le monde, est parmi les choses qui étaient, que la croix de Christ est pour nous ce que la mer Rouge était pour Israël, savoir: qu’elle nous sépare pour jamais du pays de la mort et du jugement. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons marcher en quelque mesure, «d’une manière digne de l’appel dont nous avons été appelés» (Éph. 4:1), haute, sainte et céleste vocation, la «vocation de Dieu en Jésus Christ».

Arrêtons-nous un moment ici, pour contempler la croix de Christ sous ses deux faces essentielles, savoir comme fondement de notre culte et de notre service, de notre paix et de notre témoignage, de nos rapports avec Dieu et de nos rapports avec le monde. Si, convaincu de péché, je regarde la croix du Seigneur Jésus, je vois, dans la croix, le fondement éternel de ma paix; je vois que «mon péché» a été ôté quant à son principe et à sa racine, et je vois que «mes péchés» ont été portés; je vois que Dieu est bien véritablement «pour moi», et qu’il est pour moi dans la position même dans laquelle je me vois quand ma conscience a été réveillée. La croix révèle Dieu comme l’ami du pécheur; elle le révèle dans son caractère merveilleux de juste justificateur du pécheur le plus impie. La création et la providence étaient également impuissantes à cet égard; en elles, sans doute, je puis apprendre la puissance de Dieu, sa majesté et sa sagesse. Mais ces choses, considérées en elles-mêmes, d’une manière abstraite, sont toutes contre moi, parce que je suis un pécheur, et que la puissance, la majesté et la sagesse ne peuvent pas ôter mon péché, ni faire que Dieu soit juste, en me recevant à lui. À la croix, au contraire, je vois Dieu entrant en compte avec le péché, de telle sorte qu’il se glorifie lui-même infiniment; je vois la manifestation glorieuse et la parfaite harmonie de tous les attributs divins; je vois l’amour, et un amour tel qu’il captive et persuade mon cœur en l’affermissant et en le détachant de tout autre objet, à proportion qu’il réalise cet amour; je vois la sagesse, et une sagesse qui confond les démons et étonne les anges; je vois la puissance, et une puissance qui renverse tous les obstacles; je vois la sainteté, et une sainteté qui repousse le péché jusqu’aux limites les plus reculées de l’univers moral, et qui est l’expression la plus forte qui pût être donnée de l’horreur que Dieu a du péché, je vois la grâce, et une grâce qui place le pécheur dans la présence même de Dieu, — bien plus, dans le sein de Dieu. Où pourrais-je voir ces choses ailleurs qu’à la croix? Regardez de tous côtés, vous ne trouverez jamais rien qui réunisse d’une manière aussi pleine et glorieuse ces deux grandes choses: «Gloire à Dieu dans les lieux très hauts» et «paix sur la terre».

Quelle valeur n’a donc pas la croix à ce premier point de vue, comme fondement de la paix du croyant, de son culte et de sa relation éternelle avec le Dieu que cette croix révèle d’une manière aussi glorieuse! Quelle valeur n’a-t-elle pas pour Dieu, comme étant la base sur laquelle il peut avec justice déployer en plein toutes ses incomparables perfections, et agir à l’égard du pécheur selon toute l’étendue de sa grâce! La croix a pour Dieu une valeur, telle que, comme l’a très bien dit un écrivain moderne, «tout ce que Dieu a dit, tout ce qu’il a fait, dès le commencement, prouve que la croix occupait la première place dans son cœur. Et faut-il nous en étonner, quand nous savons que le Fils bien-aimé de Dieu devait être cloué à cette croix et, là, être l’objet de la honte et de toutes les souffrances que les hommes et les démons pourraient amonceler sur sa tête, parce qu’il prenait plaisir à faire la volonté de son Père et à racheter les enfants de sa grâce? La croix sera le grand centre d’attraction, comme l’expression la plus parfaite de son amour pendant toute l’éternité». Ensuite, comme base de notre service actif et de notre témoignage, la croix réclame, de notre part, la plus sérieuse attention. Il est à peine nécessaire de dire qu’à ce point de vue, la croix est aussi parfaite qu’au point de vue précédent. La croix, qui me met en relation avec Dieu, m’a séparé du monde. Un mort en a fini avec le monde, et le croyant, étant mort en Christ, est crucifié au monde et le monde lui est crucifié (Gal. 6:14), et étant ressuscité avec Christ, il est uni à Lui dans la puissance d’une vie et d’une nature nouvelles. Inséparablement uni à Christ, le croyant partage nécessairement son acceptation auprès de Dieu et sa rejection de la part du monde. Ces deux choses vont ensemble: la première nous constitue adorateurs et citoyens du ciel; la seconde nous constitue témoins et étrangers sur la terre; la première nous introduit au-dedans du voile; la seconde nous fait sortir hors du camp; et l’une est aussi parfaite que l’autre. Si la croix s’est placée entre moi et mes péchés, et m’a mis en paix avec Dieu, elle s’est placée aussi entre moi et le monde, et elle m’associe à Christ le rejeté des hommes, faisant de moi un objet de leur inimitié, tout en me constituant en même temps l’humble et patient témoin de cette grâce précieuse, insondable et éternelle, qui a été révélée en elle.

Le croyant devrait bien comprendre ces deux aspects de la croix de Christ, et être en état de les distinguer. Il ne devrait pas faire profession de jouir des bénédictions de l’un, tout en refusant d’entrer dans les conditions de l’autre. S’il a l’oreille ouverte pour entendre la voix du Christ en dedans du voile, il devrait l’avoir ouverte aussi pour entendre cette voix hors du camp. S’il saisit l’expiation qui a été accomplie sur la croix, il devrait aussi réaliser de fait la rejection dont elle est nécessairement accompagnée. C’est notre heureux privilège, non seulement d’en avoir fini avec le péché, mais aussi d’en avoir fini avec le monde. Tout est compris dans la doctrine de la croix; c’est pourquoi un apôtre a pu dire: «Mais qu’il ne m’arrive pas à moi de me glorifier, sinon en la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par laquelle le monde m’est crucifié, et moi au monde» (Gal. 6:14). Paul considérait le monde comme une chose qui devait être clouée à la croix; et le monde, en crucifiant Christ, avait crucifié tous ceux qui lui appartenaient. Méditons sérieusement ces choses; méditons-les sincèrement et avec prière, et que le Saint Esprit nous en fasse réaliser la puissance pratique.

Revenons maintenant à notre sujet. Il n’est pas dit combien de temps Abram s’arrêta à Charan: cependant Dieu, dans sa grâce, attendit son serviteur jusqu’à ce que, libre de toute entrave, il obéît en plein à son commandement. Toutefois, il n’y eut pas et il ne pouvait y avoir d’accommodement entre le commandement et les circonstances dans lesquelles Abram se trouvait selon la nature. Dieu aime trop ses serviteurs pour les priver du bonheur complet qui accompagne une entière obéissance.

Il est bon de remarquer qu’Abram ne reçut aucune nouvelle révélation pendant son séjour à Charan. Pour que Dieu nous donne de nouvelles lumières, il faut que notre conduite soit à la hauteur de la lumière qu’il nous a déjà communiquée. «Il sera donné à celui qui a». Tel est le principe divin. Souvenons-nous toutefois que Dieu ne nous traînera jamais à la remorque dans le sentier de l’obéissance et du vrai service; faire ainsi, compromettrait cette excellence morale qui caractérise toutes les voies de Dieu. Dieu ne nous traîne pas; il nous attire, et nous fait marcher ainsi dans le chemin qui conduit au bonheur ineffable qui est en lui-même; et si nous ne comprenons pas qu’il est de notre intérêt de renverser toutes les barrières de la nature pour répondre à l’appel de Dieu, nous manquons à la grâce qui nous a été faite. Mais, hélas! nos cœurs comprennent peu ces choses: nous commençons par compter les sacrifices, les empêchements et les difficultés, au lieu de courir dans le chemin de l’obéissance, pleins d’ardeur, parce que nous connaissons et aimons Celui dont l’appel a retenti à nos oreilles.

Chaque pas dans le chemin de l’obéissance est accompagné de bénédictions réelles, parce que l’obéissance est le fruit de la foi, et que la foi nous associe avec Dieu et nous introduit dans une communion vivante avec lui. En considérant l’obéissance à ce point de vue, nous verrons sans peine combien elle diffère du légalisme dans chacun de ses traits. Le principe légal place l’homme, chargé de tout le poids de ses péchés, sur le sentier du service pour servir Dieu en gardant la loi: il en résulte que l’âme est toujours torturée, et que, loin de courir dans le chemin de l’obéissance, elle n’y est point même entrée encore. La vraie obéissance, au contraire, n’est que la manifestation ou le fruit d’une nouvelle nature communiquée par la grâce. Dieu, dans sa bonté, donne à cette nouvelle nature des préceptes pour la guider; et il est parfaitement certain que la nature divine, guidée par les préceptes divins, ne produit jamais le légalisme. Ce qui constitue le légalisme, c’est la vieille nature essayant de suivre les préceptes divins; or, essayer de régler la nature déchue de l’homme, par la pure et sainte loi de Dieu, est aussi inutile qu’absurde. Comment la nature déchue pourrait-elle respirer un air aussi pur? Il faut que tous deux, et la nature et l’air, soient divins.

Mais Dieu ne communique pas seulement au croyant une nature divine et ne le guide pas seulement par ses préceptes divins, il place encore devant lui des espérances conformes à cette nature. Ainsi, pour ce qui concerne Abram, «le Dieu de gloire lui apparut»: et dans quel but? Dieu voulait placer devant lui un objet désirable, «le pays que je te montrerai». Il n’y avait pas là de la contrainte, mais Dieu attirait l’âme. Selon l’appréciation de la nouvelle nature ou de la foi, le pays de l’Éternel était bien meilleur que le pays d’Ur ou Charan; et quoiqu’elle n’eût pas vu ce pays, la foi en appréciait la beauté et la valeur, et estimait que, pour le posséder, il valait la peine d’abandonner les choses présentes. C’est pourquoi nous lisons que «par la foi, Abraham, étant appelé, obéit, pour s’en aller au lieu qu’il devait recevoir pour héritage; et il s’en alla, ne sachant où il allait», c’est-à-dire que «il marcha par la foi et non par la vue». Bien qu’il n’eût pas vu de ses yeux, il crut dans son cœur, et la foi devint le grand mobile de son âme. La foi repose sur un fondement bien plus solide que l’évidence de nos sens, et ce fondement est la parole de Dieu — nos sens peuvent nous tromper, la parole de Dieu, jamais.

Le système légal jette par-dessus bord la doctrine tout entière de la nouvelle nature, ainsi que les préceptes qui la guident et les espérances qui l’animent. Il enseigne qu’il faut renoncer à la terre pour obtenir le ciel. Mais comment la nature déchue pourrait-elle abandonner ce à quoi elle est unie? Comment pourrait-elle être attirée par ce en quoi elle ne voit aucun charme? Le ciel n’a pas d’attrait pour la nature; c’est la dernière place où elle aimerait à se trouver. Elle n’a de goût ni pour le ciel, ni pour ce qui occupe le ciel, ni pour les habitants du ciel. S’il était possible que la nature entrât au ciel, elle y serait malheureuse. Elle est incapable de renoncer à la terre et incapable de désirer le ciel. Il est vrai qu’elle serait contente d’échapper à l’enfer et à ses tourments indescriptibles; mais le désir d’échapper à l’enfer et le désir d’obtenir le ciel, découlent de deux sources bien différentes. Le premier peut exister dans la vieille nature, le dernier ne se trouve que dans la nouvelle. S’il n’y avait point d’«étang de feu» et point de «ver» et de «grincements de dents» dans l’enfer, la nature ne le craindrait pas. Et ce principe est vrai à l’égard de tous les désirs et de toutes les poursuites de la nature. Le système légal enseigne qu’il faut que nous abandonnions le péché avant de pouvoir obtenir la justice; mais la nature ne peut pas abandonner le péché; et quant à la justice, elle la hait positivement. Elle aimerait, il est vrai, une certaine mesure de piété, mais dans la pensée seulement et avec l’espoir que la piété la préservera du feu de l’enfer: la nature n’aime pas le christianisme, parce qu’il introduit l’âme dans la jouissance actuelle de Dieu et de ses voies.

Combien «l’évangile de la gloire du Dieu bienheureux» est différent à tous égards de tout ce système de légalisme! Cet évangile révèle Dieu lui-même, descendant en grâce, ôtant le péché de la manière la plus absolue par le sacrifice de la croix, sur le fondement de la justice éternelle, Christ ayant souffert pour le péché, car il a été fait péché pour nous. Et non seulement Dieu ôte le péché, mais il communique une vie nouvelle, une vie de résurrection qui est la vie même de son propre Fils, ressuscité et glorifié, une vie que tout vrai croyant possède en vertu de ce que, dans le conseil éternel de Dieu il est uni à Celui qui fut cloué à la croix, mais qui est maintenant sur le trône de la majesté dans les cieux. Cette nouvelle nature, comme nous l’avons déjà fait remarquer, Dieu, dans sa bonté, la guide par les préceptes de sa sainte parole, appliquée par le Saint Esprit; il l’encourage aussi en lui présentant des espérances indestructibles; il lui révèle à distance «l’espérance de la gloire», «la cité qui a des fondements», «un meilleur pays, savoir le céleste», les «plusieurs demeures» de la maison du Père, des «harpes», «des palmes» et «des robes blanches», un «royaume qui ne peut être ébranlé», une éternelle union avec lui-même dans ces régions du bonheur et de la lumière, où la douleur et l’obscurité ne sauraient entrer, la faveur inexprimable d’être conduit, pendant toute l’éternité, «aux eaux paisibles et dans les verts pâturages» de l’amour rédempteur.

Combien tout cela est différent des idées légales. Au lieu de m’appeler à délaisser les choses de la terre que j’aime, pour obtenir le ciel que je hais; à développer et à gouverner une nature déchue, Dieu, dans sa grâce infinie et en vertu du sacrifice que Christ a accompli, me communique une nature capable de jouir du ciel et me donne un ciel dont cette nature peut jouir, et non seulement un ciel, mais lui-même, source intarissable de toute la joie du ciel.

Telle est la voie infiniment excellente de Dieu. C’est ainsi qu’il en a usé avec Abraham, avec Saul de Tarse, et c’est ainsi qu’il agit à notre égard. Le Dieu de gloire montra à Abraham un meilleur pays que celui d’Ur et de Charan; il fit voir à Saul de Tarse une gloire si resplendissante que ses yeux furent fermés à toutes les splendeurs de la terre, et qu’il ne les estima dès lors que comme «des ordures», afin qu’il pût gagner le Christ qui lui était apparu et dont la voix avait retenti jusque dans les profondeurs de son âme. Saul voyait un Christ céleste dans la gloire, et pendant tout le reste de sa course ici-bas, malgré la faiblesse du «vase de terre», ce Christ céleste et cette gloire céleste remplirent toute son âme.

«Et Abram passa au travers du pays, jusqu’au lieu de Sichem, jusqu’au chêne de Moré. Et le Cananéen était alors dans le pays» (v. 6). La présence des Cananéens dans le pays de l’Éternel devait nécessairement être une épreuve pour Abram, un appel à sa foi et à son espérance, un exercice de cœur, une épreuve de patience. Il avait laissé derrière lui Ur et Charan pour se rendre au pays dont «le Dieu de gloire» lui avait parlé; et là, il trouve «les Cananéens». Mais là aussi, il trouve l’Éternel. «Et l’Éternel apparut à Abram, et dit: Je donnerai ce pays à ta semence» (v. 7). La liaison de ces deux déclarations est d’une émouvante beauté. «Le Cananéen était alors dans ce pays», et de peur que les regrets d’Abram ne s’arrêtassent sur ce peuple, possesseur du pays, l’Éternel lui apparaît comme étant celui qui lui donnait ce pays-là, à lui, et à sa postérité pour jamais. Les pensées d’Abram étaient ainsi tournées vers l’Éternel, et non vers les Cananéens: et il y a là une instruction précieuse pour nous. Le Cananéen dans le pays est l’expression de la puissance de Satan; mais, au lieu de nous occuper de la puissance de Satan, qui nous tiendrait loin du pays de notre héritage, nous sommes appelés à saisir la puissance de Christ qui nous y introduit. «Notre lutte n’est pas contre le sang et la chair… mais contre la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes» (Éphésiens 6:12). La sphère même où nous sommes appelés est la sphère de nos luttes. Devons-nous en être effrayés? Mais non, car Christ y est pour nous; Christ victorieux dans lequel nous sommes «plus que vainqueurs». C’est pourquoi, au lieu de nous livrer à un esprit de crainte, nous entretenons en nous un esprit d’adoration. «Et Abram bâtit là un autel à l’Éternel, qui lui était apparu». «Et il se transporta de là vers la montagne, à l’orient de Béthel, et tendit sa tente» (v. 7, 8). L’autel et la tente nous révèlent les deux traits principaux du caractère d’Abram: il a été adorateur de Dieu et étranger dans le monde; il «n’a pas eu où poser son pied» (Actes 7:5), mais il possédait Dieu et cela lui suffisait.

Mais si Dieu répond à la foi, il l’éprouve aussi. La foi a donc ses épreuves. Il ne faut pas s’imaginer que le croyant n’ait à parcourir qu’une voix facile et unie; loin de là, au contraire, il rencontre sans cesse des mers houleuses et un ciel orageux; mais Dieu a voulu qu’il fît ainsi une plus profonde et plus mûre expérience de ce que Dieu est pour le cœur qui se confie en lui. Si le ciel était toujours serein, le sentier toujours uni, le croyant ne connaîtrait pas aussi bien le Dieu auquel il a affaire; car nous savons combien le cœur est enclin à prendre la paix extérieure pour la paix de Dieu. Quand tout va bien autour de nous, que nos biens sont en sûreté, que nos affaires prospèrent, que nos enfants et nos serviteurs se conduisent bien, que notre habitation est agréable, que nous jouissions d’une bonne santé, que toutes choses, en un mot, répondent à ce que nous pouvons désirer, combien ne sommes-nous pas disposés à confondre la paix qui repose sur un tel état de choses, avec celle qui découle de la présence sentie de Christ! Le Seigneur le sait; c’est pourquoi, quand nous nous reposons sur les circonstances, au lieu de nous reposer sur lui, il nous visite et, d’une manière ou d’une autre, il ébranle nos faux appuis.

Il y a plus; nous sommes souvent portés à croire que telle voie est droite, parce qu’elle est exempte d’épreuves et vice versa. C’est une grande erreur. Le sentier de l’obéissance est souvent tout ce qu’il y a de plus éprouvant pour la chair et le sang. Ainsi Abram fut non seulement appelé à rencontrer les Cananéens au lieu où Dieu lui avait dit aller, mais encore «il y eut une famine dans le pays» (v. 10). Abram devait-il en conclure qu’il n’était pas à sa place? Non, certainement, car il aurait jugé alors «sur la vue de ses yeux», ce que ne fait jamais la foi. C’est sans aucun doute une épreuve pour son cœur, quelque chose d’incompréhensible pour sa nature; mais pour la foi, tout est clair et facile. Lorsque Paul fut appelé en Macédoine, la prison de Philippes fut presque la première chose qu’il rencontra. Un cœur, qui n’aurait pas été en communion avec Dieu, aurait vu, dans cette épreuve, un coup mortel porté à sa mission. Mais Paul ne raft jamais sa position en question; et il fut rendu capable de «chanter les louanges de Dieu» au sein même de la prison, assuré qu’il était que toutes les choses qui lui arrivaient étaient telles qu’elles devaient être: et Paul avait raison; car la prison de Philippes renfermait un vaisseau de miséricorde qui, humainement parlant, n’eût jamais entendu l’Évangile, si ceux qui l’annonçaient n’eussent été jetés au lieu même où il se trouvait. En dépit de lui-même, le diable fut l’instrument dont Dieu se servit pour faire parvenir l’Évangile aux oreilles de l’un de ses élus.

Or, Abram aurait dû penser à l’égard de la famine, comme Paul à l’égard de sa prison. Il se trouvait dans la position même où Dieu l’avait placé, et il ne reçut aucun ordre d’en sortir. La famine était là, il est vrai; de plus, l’Égypte était à sa portée, lui offrant la délivrance; mais le sentier du serviteur de Dieu était clair. Mieux vaut mourir de faim en Canaan, s’il le faut, que de vivre dans l’abondance en Égypte. Il vaut mieux souffrir dans la voie de Dieu, que d’être à l’aise dans celle de Satan. Mieux vaut être pauvre avec Christ, que riche sans lui. Abram en Égypte «eut du menu bétail et du gros bétail, et des ânes, et des serviteurs et des servantes, et des ânesses, et des chameaux», preuve évidente, dira le cœur naturel, qu’Abram fit bien de descendre en Égypte; mais, hélas! il n’eut en Égypte ni autel, ni communion avec Dieu. Le pays de Pharaon n’était pas le lieu de la présence de l’Éternel, et Abram en y descendant perdit plus qu’il ne gagna. Il en est toujours de même; rien ne saurait jamais tenir lieu de la communion avec Dieu. La délivrance d’une calamité temporaire et l’acquisition des plus grands biens sont de pauvres équivalents de ce que l’on perd en s’éloignant, seulement d’un cheveu, du droit sentier de l’obéissance. Sont-ils nombreux ceux d’entre nous qui peuvent ajouter leur amen à ceci? Combien n’y en a-t-il pas qui, pour échapper à l’épreuve et au travail inséparables de la voie de Dieu, se sont détournés pour suivre le courant du présent siècle mauvais, et sont ainsi tombés dans un état de stérilité, de sécheresse, de tristesse et de ténèbres spirituelles! Il est possible que, selon l’expression vulgaire, ils aient «fait fortune», qu’ils aient accumulé des richesses, gagné la faveur du monde, aient été «bien traités» par ses Pharaons; mais toutes ces choses peuvent-elles compenser la joie en Dieu, la communion avec Dieu, un cœur à l’aise, une conscience pure et sans reproche, un esprit d’adoration et de reconnaissance, un témoignage vivant et un service efficace? Malheur à quiconque pourrait penser ainsi! et cependant on a vu souvent toutes ces bénédictions vendues pour un peu de bien-être, un peu d’influence, un peu d’argent.

Veillons contre cette tendance à nous détourner du chemin de l’obéissance simple et complète; chemin étroit, mais toujours sûr, quelquefois rude, mais toujours heureux et béni. Soyons vigilants à garder «la foi et une bonne conscience», que rien ne saurait remplacer. Si l’épreuve survient, au lieu de nous détourner pour aller en Égypte, attendons-nous à Dieu; alors l’épreuve, au lieu d’être pour nous une occasion de chute, sera une occasion de montrer notre obéissance. Et lorsque nous sommes tentés de suivre le courant du monde, souvenons-nous de celui «qui s’est donné lui-même pour nos péchés, en sorte qu’il nous retirât du présent siècle mauvais, selon la volonté de notre Dieu et Père» (Gal, 1:4). Si tel a été son amour pour nous et tel son jugement du caractère de ce présent siècle, qu’il se soit donné lui-même pour nous, afin de nous en délivrer, le renierons-nous en allant nous replonger de nouveau dans ce monde dont il nous a pour jamais délivrés par sa croix? À Dieu ne plaise! Que le Tout-Puissant nous garde dans le creux de sa main et à l’ombre de ses ailes, jusqu’à ce que nous voyions Jésus tel qu’il est, et que nous soyons comme lui et avec lui pour toujours!