Genèse

Chapitres 6 à 9

Nous voici arrivés à l’une des parties les plus remarquables de la Genèse. Énoch a disparu de la scène: sa vie d’étranger et de voyageur sur la terre s’est close par sa translation au ciel; il a été enlevé avant que le mal fût arrivé à son comble et que le jugement de Dieu fût tombé sur les habitants de la terre.

Les deux premiers versets du chapitre 6 nous révèlent le peu d’influence qu’avaient exercé sur le monde la vie et l’enlèvement d’Énoch: «Et il arriva, quand les hommes commencèrent à se multiplier sur la face de la terre et que des filles leur furent nées, que les fils de Dieu virent les filles des hommes, qu’elles étaient belles, et ils se prirent des femmes d’entre toutes celles qu’ils choisirent.» Le mélange de ce qui est de Dieu avec ce qui est de l’homme est une forme spéciale du mal, et un puissant moyen entre les mains de l’Ennemi pour gâter le témoignage de Christ sur la terre. Ce mélange revêt fréquemment de belles apparences; on le prendrait volontiers pour une expression plus grande de ce qui est de Dieu, pour une opération plus puissante et plus complète de l’Esprit, pour quelque chose de réjouissant, plutôt que pour un mal. Mais nous porterons un jugement bien différent, si nous nous plaçons dans la lumière de la présence de Dieu; car, devant Dieu, nous ne pourrons pas nous imaginer qu’il y ait profit pour le peuple de Dieu à se mêler avec les enfants de ce monde, ou à corrompre la vérité de Dieu par un alliage humain. Tel n’est pas le moyen dont Dieu se sert pour répandre la vérité, ou pour favoriser les intérêts de ceux qui sont appelés à être sur la terre les témoins de Dieu: le principe de Dieu, c’est la séparation d’avec le mal; et on n’enfreint pas ce principe sans causer un sérieux dommage à la vérité.

Le passage de l’Écriture qui nous occupe nous fait voir de quelles désastreuses conséquences fut suivie l’union des fils de Dieu avec les filles des hommes.

Au jugement de l’homme, le fruit de cette union paraissait fort beau, car c’est lui que nous lisons au verset 4: «Ceux-ci furent les vaillants hommes de jadis, des hommes de renom». Mais Dieu juge différemment; il ne voit pas comme l’homme voit, ses pensées ne sont pas nos pensées. «Et l’Éternel vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre, et que toute l’imagination des pensées de son cœur n’était que méchanceté en tout temps.» Telle était la condition de l’homme devant Dieu, «elle n’était que méchanceté», «méchanceté en tout temps», et l’union de ce qui est saint avec ce qui est profane n’amènera jamais d’autre résultat. Si la semence sainte ne se conserve pas pure, tout est perdu quant au témoignage sur la terre. Le premier effort de Satan fut de rendre inutile le dessein de Dieu en mettant à mort la semence sainte; et puis, lorsqu’il n’eut pas réussi il chercha à la corrompre.

Il est de la plus haute importance que nous comprenions bien le but, le caractère et le résultat de cette union entre les «fils de Dieu et les filles des hommes». De nos jours, on court grandement le risque de compromettre la vérité pour l’amour de l’union, et nous devons nous en garder avec soin. On n’obtient point de véritable union aux dépens de la vérité. «Maintenir la vérité à tout prix», telle doit être la devise du chrétien. Si, dans cette voie, vous pouvez propager l’union, c’est très bien; mais avant tout, maintenez la vérité. Le principe des accommodements dit au contraire: «Propagez l’union à tout prix; et si, dans cette voie, vous pouvez maintenir la vérité, tant mieux; mais propagez l’union!»1. Il n’y a pas de vrai témoignage là où la vérité est compromise: aussi voyons-nous que, dans le monde antédiluvien, l’union impure de ce qui était saint avec ce qui était profane, de ce qui était divin avec ce qui était humain, eut pour unique effet d’amener le mal à son comble; et alors le jugement de Dieu tomba sur le monde. «Et l’Éternel dit: J’exterminerai de dessus la face de la terre l’homme que j’ai créé!»

1 Nous ne devrions jamais perdre de vue que la «sagesse d’en haut est premièrement pure, ensuite paisible» (Jacq. 3:17). La sagesse d’en bas aurait commencé par «paisible», et par cela même, elle ne peut jamais être pure.

Il n’a fallu rien moins que la destruction de tout ce qui avait corrompu la voie de Dieu sur la terre: «La fin de toute chair est venue devant moi». Dieu ne parle pas seulement d’une partie, mais de toute chair, car elle était tout entière corrompue aux yeux de Jéhovah, tout entière irrévocablement mauvaise.

La chair avait été pesée, et trouvée mauvaise; et alors l’Éternel annonce à Noé, en ces termes, le moyen de salut qu’il avait préparé pour lui: «Fais-toi une arche de bois de gopher» (v. 13, 14). Noé est ainsi fait dépositaire des pensées de Dieu à l’égard de la scène qui l’entoure. La parole de l’Éternel avait pour effet de mettre à nu jusqu’au fond toutes les choses sur lesquelles le regard de l’homme peut se reposer avec satisfaction, et dont il peut se glorifier. Le cœur de l’homme pouvait s’enfler d’orgueil et palpiter d’émotion, quand il parcourait du regard la foule brillante des hommes d’art et des hommes de génie, des «hommes vaillants» et des «hommes de renom»! Les sons de la musique l’enchantaient, tandis que l’agriculture pourvoyait abondamment à tous les besoins de sa vie: tout cela semblait bannir bien loin la pensée d’un jugement prochain. Mais Dieu dit: «j’exterminerai», et ces solennelles paroles jettent leur ombre lugubre sur toute la scène. Mais peut-être le génie de l’homme inventera-t-il quelque moyen d’échapper! «L’homme vaillant» ne se délivrera-t-il pas par sa grande force? Hélas, non, il n’y a qu’un moyen d’échapper; et ce moyen est révélé à la foi, non à la vue, ni à la raison, ni à l’imagination. «Par la foi, Noé, étant averti divinement des choses qui ne se voyaient pas encore, craignit et bâtit une arche pour la conservation de sa maison; et par cette arche il condamna le monde et devint héritier de la justice qui est selon la foi» (Héb. 11:7). La parole de Dieu répand sa lumière sur toutes les choses qui trompent le cœur de l’homme; elle enlève le voile doré dont le serpent recouvre un monde passager, vain et trompeur, sur lequel est suspendue l’épée du jugement de Dieu. Mais la foi seule reçoit «l’avertissement de Dieu», lorsque les choses qu’il annonce «ne se voient pas encore». La nature est gouvernée par ce qu’elle voit, par les sens. La foi est gouvernée par la seule parole de Dieu, ce trésor inestimable dans un monde de ténèbres! C’est la foi en cette parole qui donne de la fermeté, quelles que soient d’ailleurs les apparences extérieures des choses qui l’entourent.

Lorsque Dieu parla à Noé d’un jugement prochain, aucun signe ne l’annonçait. Le jugement «ne se voyait pas encore»; mais la parole de Dieu en fit une réalité présente pour le cœur dans lequel cette parole «était mêlée avec la foi». La foi n’attend pas de voir pour croire, car «la foi est de ce qu’on entend et ce qu’on entend par la parole de Dieu» (Rom. 10:17). Tout ce qu’il faut à l’homme de foi, c’est de savoir que Dieu a parlé. Le «ainsi a dit l’Éternel» suffit pour communiquer à son âme une certitude parfaite. Une seule ligne de l’Écriture suffit pour répondre à tous les raisonnements et à toutes les imaginations de l’esprit humain; et celui dont les convictions sont fondées sur la parole de Dieu peut résister aux flots de l’opinion et des préjugés du monde entier. C’est par la parole de Dieu que le cœur de Noé fut soutenu pendant tout le temps de son long service; et c’est par cette même parole que des milliers de saints ont été soutenus depuis les jours de Noé jusqu’à maintenant, en face de l’opposition et de la contradiction du monde. On ne saurait donc trop estimer la parole de Dieu. Sans elle, tout est incertitude; avec elle, tout est paix et lumière. Partout où cette parole vient briller, elle trace à l’homme de Dieu un sentier sûr et béni; tandis que celui dont la voie n’est pas éclairée par elle, est réduit à errer au milieu du labyrinthe de la tradition humaine. Comment Noé aurait-il été capable de prêcher «la justice» pendant cent vingt ans, si la parole de Dieu n’avait pas été le fondement de sa prédication? Comment aurait-il pu résister aux moqueries et au mépris d’un monde impie? Comment aurait-il pu persévérer à proclamer l’approche d’un «jugement à venir», lorsque aucun nuage n’apparaissait à l’horizon du monde? La parole de Dieu était le fondement sur lequel il s’appuyait, et «l’Esprit de Christ» le rendait capable de demeurer, dans une sainte fermeté, sur ce fondement inébranlable.

Et nous, lecteurs chrétiens, qu’avons-nous d’autre pour demeurer fermes dans notre service pour Christ dans les jours mauvais d’à présent? Rien, assurément; la parole de Dieu et le Saint Esprit par lequel seul cette parole peut être comprise, appliquée et mise en pratique, sont tout ce qu’il nous faut, pour être «parfaitement accomplis pour toute bonne œuvre» quelle qu’elle soit (2 Tim. 3:16, 17). Quel repos pour le cœur! Quelle délivrance de toutes les tromperies du diable et de l’imagination de l’homme! À leur place, nous avons la parole de Dieu, pure, incorruptible et éternelle: puissions-nous rendre grâces à Dieu pour ce trésor inestimable! L’imagination des pensées du cœur de l’homme n’était que méchanceté en tout temps; mais Noé trouvait son refuge, le parfait repos de son cœur, dans la parole de Dieu.

«Et Dieu dit à Noé: La fin de toute chair est venue devant moi…; fais-toi une arche de bois de gopher.»

Ces paroles nous disent l’état de ruine de l’homme, et le salut de Dieu. Dieu avait permis que l’homme poursuivît sa carrière jusqu’au bout, afin que ses principes et ses voies parvinssent à maturité. Le levain avait opéré et avait fait lever toute la pâte. Le mal avait atteint son apogée. «Toute chair» était devenue mauvaise et avait corrompu sa voie; et la corruption était arrivée à ses dernières limites, en sorte qu’il ne restait plus d’autre ressource pour Dieu que de détruire complètement «toute chair» et, en même temps, de sauver tous ceux qui, d’après ses conseils éternels, se trouvaient unis «au huitième» et seul homme juste existant alors. Ceci fait ressortir d’une manière saisissante la doctrine de la croix: d’un côté, le jugement de Dieu sur la nature et toute sa perversité; d’un autre côté, la révélation de la grâce salutaire dans toute sa plénitude et sa parfaite application à ceux qui sont réellement arrivés au point le plus bas de leur condition morale, telle que Dieu la voit. «L’Orient d’en haut nous a visités» (Luc 1:78). Et où cela? Précisément là où nous nous trouvions comme pécheurs. Dieu est descendu «dans les parties inférieures de la terre». La lumière de l’Orient d’en haut a pénétré jusque dans les profondeurs des ténèbres du pécheur, et nous a ainsi révélé notre vrai caractère. La lumière juge tout ce qui n’est pas en accord avec elle; mais, tandis qu’elle juge le mal, elle donne aussi «la connaissance du salut dans la rémission des péchés».

La croix, en révélant le jugement de Dieu sur «toute chair», révèle aussi le salut au pécheur coupable et perdu. Le péché est parfaitement jugé, le pécheur parfaitement sauvé, Dieu parfaitement révélé et glorifié, à la croix. Si le lecteur ouvre la première épître de Pierre, il y trouvera des enseignements précieux sur le même sujet. Au chapitre 3, versets 18-22, nous lisons: «Car aussi Christ a souffert une fois pour les péchés, le juste pour les injustes, afin qu’il nous amenât à Dieu, ayant été mis à mort en chair, mais vivifié par l’Esprit, par lequel aussi étant allé, il a prêché aux esprits qui sont en prison, qui ont été autrefois désobéissants, quand la patience de Dieu attendait dans les jours de Noé, tandis que l’arche se construisait, dans laquelle un petit nombre, savoir huit personnes, furent sauvées à travers l’eau; or cet antitype vous sauve aussi maintenant, c’est-à-dire le baptême, non le dépouillement de la saleté de la chair1, mais la demande à Dieu d’une bonne conscience, par la résurrection de Jésus Christ, qui est à la droite de Dieu (étant allé au ciel), anges, et autorités, et puissances lui étant soumis.» Ce passage est de la plus haute importance, et jette une grande lumière sur la doctrine de l’arche et sa liaison avec la mort de Christ. Comme au déluge, ainsi dans la mort de Christ, toutes les vagues et tous les flots du jugement de Dieu passèrent sur ce qui, en soit, était sans péché. La création fut ensevelie sous les flots de la juste colère de l’Éternel, et l’Esprit de Christ, au Psaume 42:7, s’écrie: «Toutes tes vagues et tes flots ont passé sur moi». «Toutes les vagues et les flots» de la colère divine ont passé sur la personne pure et sans tache du Seigneur Jésus, alors qu’il était pendu au bois; et par conséquent aucune de ces vagues n’aura à passer sur celui qui croit. Au Calvaire, nous voyons en toute vérité «les fontaines du grand abîme rompues et les écluses des cieux ouvertes». «Un abîme appelle un autre abîme à la voix de tes cataractes» (Psaume 42:8). Christ but la coupe et endura la colère, parfaitement. Il prit judiciairement sur lui tout le poids de la responsabilité de son peuple et satisfit glorieusement à toute cette responsabilité. L’âme du fidèle trouve ici une paix assurée. Car, si le Seigneur Jésus a affronté tout ce qui pouvait être contre nous; s’il a renversé tous les obstacles; s’il a ôté le péché; s’il a vidé la coupe de la colère du jugement, pour nous; s’il a dissipé tous les nuages, — ne jouirons-nous pas d’une paix assurée? La paix est notre inaliénable part; c’est à nous qu’appartiennent le profond et indicible bonheur et la sainte assurance que l’amour rédempteur peut donner avec justice, en vertu de l’œuvre parfaitement accomplie de Christ.

1 On ne saurait trop apprécier la sagesse avec laquelle l’Esprit Saint traite l’ordonnance du baptême, dans le passage cité plus haut. Nous savons quel abus on a fait du baptême et quelle fausse place cette institution occupe dans les pensées de plusieurs; nous savons que l’efficace qui n’appartient qu’au seul sang de Christ a été attribuée à l’eau du baptême, aussi bien que la grâce régénératrice du Saint Esprit: et ainsi, nous ne pouvons qu’être frappés de la manière dont l’Esprit de Dieu sauvegarde cette vérité en établissant que ce n’est pas le dépouillement de la saleté de la chair, comme par de l’eau, «mais l’engagement envers Dieu d’une bonne conscience», «engagement» dans lequel nous entrons, non par le baptême, quelque important qu’il soit à sa place, mais «par la résurrection de Jésus Christ», «qui a été livré pour nos fautes et a été ressuscité pour notre justification» (Rom. 4:25).

Il est superflu de dire que, comme institution divine, et lorsqu’on lui laisse la place que Dieu lui a faite, le baptême est très important et profondément significatif; mais quand on voit des hommes remplacer, d’une manière ou d’une autre, la substance par la figure, nous sommes tenus de mettre à nu l’œuvre de Satan par la lumière de la parole de Dieu.

Noé avait-il aucune crainte des eaux du jugement de Dieu? Certainement non. Il savait qu’elles avaient toutes été répandues, tandis que lui-même, il était élevé, par ces mêmes eaux, en dehors des atteintes du jugement. Son arche flottait en paix au-dessus de ces vagues qui avaient servi à la destruction de «toute chair»: et c’est Dieu lui-même qui l’y avait placé. Il aurait pu, lui aussi, dire dans le langage triomphant de l’apôtre: «Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous?» (Rom. 8:31). L’Éternel lui-même l’avait invité à entrer dans l’arche: «Entre dans l’arche, toi et toute ta maison!» (chap. 7:1). Puis, quand il y eut pris place, «l’Éternel ferma l’arche sur lui». L’arche était un sûr asile pour chacun de ceux que Dieu y avait appelés. L’Éternel gardait la porte et, sans lui, nul ne pouvait ni entrer, ni sortir. Il y avait une porte et une fenêtre à l’arche. Le Seigneur, de sa puissante main, défendait la porte, laissant à Noé la fenêtre par laquelle il pouvait regarder en haut d’où le jugement était sorti, et voir qu’il était passé pour lui. La famille sauvée ne pouvait regarder qu’en haut, car la fenêtre était située dans le haut (chap. 6:16). Noé et les siens ne pouvaient voir les eaux du jugement, ni la mort et la désolation causées par ces eaux. Le salut de Dieu, le «bois de gopher», était entre eux et toutes ces choses. Ils ne pouvaient regarder qu’en haut et voir un ciel sans nuage, demeure éternelle de Celui qui avait condamné le monde et les avait sauvés.

Rien n’exprime mieux la parfaite sécurité de celui qui croit en Christ que ces paroles: «L’Éternel ferma l’arche sur lui». Qui pourrait ouvrir quand Dieu a fermé? La famille de Noé était dans une sécurité parfaite, telle que Dieu seul peut la donner; nulle puissance angélique, humaine ou satanique, n’aurait été capable de forcer la porte de l’arche pour y faire entrer les eaux. Cette porte avait été fermée par la même main qui avait ouvert les écluses des cieux et rompu les fontaines du grand abîme. Ainsi nous lisons de Christ, qu’il est celui «qui a la clef de David, qui ouvre et nul ne fermera, qui ferme et nul n’ouvrira» (Apoc. 3:7): lui aussi, il tient «les clefs de la mort et du hadès» (Apoc. 1:18). Nul ne peut, sans lui, franchir les portes du tombeau, pour entrer ou sortir. Il a «toute autorité dans le ciel et sur la terre». Il est «chef sur toutes choses à l’assemblée» et en lui, le croyant est en parfaite sécurité (Matt. 28:18; Éph. 1:22). Qui aurait pu atteindre Noé? Quelle vague eût pu pénétrer dans cette arche «enduite de poix en dedans et en dehors?» Et maintenant, qui pourrait toucher à ceux qui, par la foi, se sont réfugiés à l’ombre de la croix? Tout ennemi a été vaincu et réduit au silence pour toujours. La mort de Christ a répondu triomphalement à toutes les difficultés, tandis que sa résurrection est la déclaration de la parfaite satisfaction de Dieu en cette œuvre, en vertu de laquelle sa justice peut nous recevoir, et qui est le fondement de notre confiance pour nous approcher de lui. «La porte» de notre arche étant donc ainsi mise en sûreté par la main de Dieu lui-même, nous n’avons qu’à jouir de «la fenêtre», ou, en d’autres termes, à marcher dans une heureuse et sainte communion avec Celui qui nous a sauvés de la colère qui vient, et nous a faits héritiers de la gloire à venir que nous attendons. L’apôtre Pierre parle de celui qui «est aveugle et ne voit pas loin, ayant oublié la purification de ses péchés d’autrefois» (2 Pierre 1:9). C’est là une lamentable condition, et elle est la part de quiconque néglige d’entretenir, dans un esprit de prière, une communion habituelle avec Celui qui nous a enfermés en Christ pour l’éternité.

Avant d’aller plus loin dans l’histoire de Noé, jetons un coup d’œil, non plus sur ceux qui étaient dans l’arche, mais sur ceux auxquels Noé a si longtemps prêché la justice, et qui sont restés en dehors de l’arche. Plus d’un regard inquiet dut suivre le vaisseau de miséricorde à mesure qu’il s’élevait avec les eaux, mais, hélas! «la porte était fermée», le jour de grâce était passé, le temps du témoignage avait pris fin, et pour toujours, pour ceux qu’il concernait. La même main qui avait fermé la porte sur Noé, en avait exclu ceux qui étaient dehors. Ceux qui étaient restés en dehors de l’arche étaient irrévocablement perdus; les autres, effectivement sauvés. Le long support de Dieu, aussi bien que le témoignage de son serviteur, avaient été méprisés par les hommes, absorbés qu’ils étaient dans les choses présentes. «On mangeait, on buvait, on se mariait, on donnait en mariage, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche; et le déluge vint et les fit tous périr.» (Luc 17:26, 27.) En elles-mêmes, toutes ces choses n’étaient pas mauvaises et le mal n’était pas dans les choses faites, mais dans ceux qui les faisaient. Chacun des actes qui sont mentionnés peut être accompli dans la crainte du Seigneur et à la gloire de son saint nom, moyennant la foi. Mais, hélas! la foi manquait; la parole de Dieu était rejetée. Dieu parlait de péché et de chute, et les hommes n’étaient pas convaincus. Dieu leur parlait de salut, mais ils n’y prenaient pas garde et poursuivaient leurs plans et leurs spéculations sans se soucier de Dieu. Ils agissaient comme si la terre leur eût appartenu en vertu d’un bail à perpétuité, oubliant que le contrat renfermait une clause de restitution. Ils oubliaient ce mot solennel de «jusqu’à!». Dieu était exclu. «Toute l’imagination des pensées de leurs cœurs n’était que méchanceté en tout temps», c’est pourquoi ils ne pouvaient faire aucun bien. Ils pensaient, parlaient et agissaient eux-mêmes, se complaisaient à eux-mêmes, oubliant Dieu.

Lecteur, souvenez-vous de ces paroles du Seigneur Jésus: «Comme il arriva aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il aux jours du fils de l’homme»; ou, comme dit Matthieu: «à la venue du fils de l’homme» (Luc 17:26; Matthieu 24:37). On voudrait nous persuader qu’avant l’apparition du Fils de l’homme dans les nuées du ciel, la justice couvrira la terre d’un pôle à l’autre, et que nous devons vivre dans l’attente d’un règne de justice et de paix, produit par les instruments actuellement à l’œuvre; mais le court passage que nous venons de citer coupe à leur racine toutes ces espérances vaines et illusoires. La justice couvrait-elle la terre aux jours de Noé? La vérité de Dieu dominait-elle? La terre était-elle remplie de la connaissance de l’Éternel comme le fond de la mer des eaux qui le couvrent? L’Écriture nous répond que «la terre était pleine de violence»; que «toute chair avait corrompu sa voie sur la terre»; que «la terre, aussi, était corrompue devant Dieu». Eh bien! il en sera ainsi à «la venue du Fils de l’homme!» La «justice» et «l’extorsion ou la violence» ne se ressemblent guère; non plus que la méchanceté universelle et la paix universelle. Il n’est besoin que d’avoir un cœur soumis à la Parole et dépouillé d’opinions préconçues, pour comprendre le vrai caractère des jours qui précéderont immédiatement «la venue du Fils de l’homme». Que le lecteur ne se laisse pas égarer, mais qu’il s’incline avec respect devant l’Écriture; qu’il considère quelle était la condition du monde «dans les jours avant le déluge»; et qu’il se souvienne que, «comme» il en était alors, «ainsi» il en sera à la fin de la période actuelle. L’homme, aux jours de Noé, déployait, il est vrai, une puissante énergie, pour faire du monde un séjour commode et agréable; mais il ne pensait pas à en faire un lieu digne de Dieu, ce qui eût été bien différent. De même maintenant, l’homme s’applique à aplanir de toute manière le sentier de la vie humaine et à le rendre aussi uni que possible; mais ce n’est pas là «aplanir dans le lieu stérile une route pour notre Dieu», ni «aplanir les lieux raboteux», afin que toute chair voie le salut de l’Éternel (Ésaïe 40:4, 5). La civilisation domine; mais la civilisation n’est pas la justice. On travaille à balayer et à orner la maison, non pour la rendre propre à recevoir Christ, mais l’antichrist. L’homme use de sa sagesse pour cacher, sous les plis de ses propres œuvres, les taches et les misères de l’humanité: niais pour être dissimulées, ces taches ne sont point enlevées; et bientôt elles perceront la couverture qui les cache et apparaîtront plus hideuses que jamais. Bientôt les digues, au moyen desquelles l’homme cherche avec tant de persévérance à arrêter le torrent de la misère humaine, céderont à la puissance écrasante du mal; on verra échouer tous les efforts de l’homme pour renfermer la dégradation physique, mentale et morale de la postérité d’Adam dans les limites que la charité humaine a inventées. Dieu a dit: «la fin de toute chair est venue devant moi». La fin n’est pas venue devant l’homme, mais elle est venue devant Dieu; et, quoique la voix des moqueurs s’élève, disant: «Où est la promesse de sa venue? car, depuis que les pères se sont endormis, toutes choses demeurent au même état dès le commencement de la création» (2 Pierre 3:4); cependant, le moment approche rapidement où ces moqueurs recevront leur réponse: «Le jour du Seigneur viendra comme un voleur; et, dans ce jour-là, les cieux passeront avec un bruit sifflant, et les éléments embrasés seront dissous, et la terre et les œuvres qui sont en elle seront brûlées entièrement» (2 Pierre 3:4-10).

Telle est la réponse de Dieu aux moqueries des intelligents de ce monde; mais non aux affections et à l’attente spirituelle des enfants de Dieu. Ces derniers, que Dieu en soit béni, ont une perspective bien différente: ils attendent de s’en aller à la rencontre de l’Époux dans les airs, avant que le mal soit arrivé à son comble et que le jugement de Dieu tombe sur ce mal. L’attente de l’Assemblée n’est pas de voir le monde détruit par le feu, mais de voir se lever «l’étoile brillante du matin» (Apoc. 22:16).

Mais de quelque côté et à quelque point de vue que nous considérions l’avenir, que l’objet qui se présente à la vue de notre âme soit l’Église dans la gloire, ou le monde dans les flammes; la venue attendue de l’Époux, ou la venue subite et inopinée du larron dans la nuit; — l’étoile du matin, ou le soleil brûlant du midi; l’enlèvement de l’Église, ou bien le jugement, nous devons sentir combien il importe que nous nous tenions au témoignage de Dieu en grâce envers les pauvres pécheurs: «Voici, c’est maintenant, le temps agréable; voici, c’est maintenant, le jour du salut.» «Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même» (2 Cor. 6:2; 5:19). Maintenant, Dieu réconcilie; bientôt, il jugera; maintenant, tout est grâce; alors il n’y aura que colère maintenant, Dieu pardonne le péché par la croix alors, il punira par les peines éternelles. Maintenant, Dieu fait publier un message de grâce, de la grâce la plus pure, la plus abondante et la plus gratuite; il parle aux pécheurs d’une rédemption achevée par le précieux sacrifice de Christ: il déclare que tout est accompli; il attend, pour faire grâce: «La patience de notre Seigneur est salut»; «le Seigneur ne tarde pas pour ce qui concerne la promesse, comme quelques-uns estiment qu’il y a du retardement; mais il est patient envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance» (2 Pierre 3:9, 15). Combien tout cela rend le temps présent solennel! Une grâce sans mélange est annoncée, mais le jugement suspendu est prêt à éclater!

Si Dieu nous a rendus attentifs à ces choses, avec quel profond intérêt ne devrions-nous pas suivre le développement de ses desseins! L’Écriture répand sa lumière sur toutes choses; par elle nous n’en sommes pas réduits à regarder les événements qui se succèdent avec l’étonnement de ceux qui ne savent ni où ils sont, ni où ils vont. Nous pouvons et nous devrions avoir une connaissance exacte de notre situation; nous devrions bien connaître la tendance directe de tous les principes qui sont actuellement en jeu, le grand tourbillon vers lequel se précipitent rapidement tous les ruisseaux. Les hommes rêvent un âge d’or; ils se promettent un millenium des arts et des sciences; ils se nourrissent de la pensée que «demain sera comme aujourd’hui, et encore bien supérieur» (És. 56:12); mais, hélas! combien sont vaines toutes ces pensées, tous ces rêves et toutes ces espérances! La foi peut voir les nuages s’amonceler à l’horizon du monde le jugement s’approche; le jour de la colère se hâte la porte va se fermer; «l’énergie d’erreur» (2 Thess. 2:11), va commencer à agir! Et, en vue de ces choses, ne faut-il pas élever une voix d’avertissement et chercher à contrebalancer, par un témoignage fidèle, la malheureuse propre satisfaction de l’homme? Sans doute, de même qu’Achab accusait Michée, le monde nous accusera de ne prophétiser, que du mal, mais qu’importe? Prophétisons ce que prophétise la parole de Dieu, et faisons-le dans l’unique but «de persuader les hommes» (2 Cor. 5:11). La parole de Dieu, elle seule, pourra, au lieu du fondement trompeur sur lequel nous reposons, placer nos pieds sur un fondement immuable et éternel. Elle seule pourra nous ôter un «roseau cassé» et une espérance trompeuse, pour nous donner «le rocher des siècles» et «une espérance qui ne rend point honteux» (Rom. 5:5). L’amour vrai, l’amour de Dieu, ne crie pas: «Paix, paix! quand il n’y avait point de paix» (Jér. 6:14; 8:11), il «n’enduit pas non plus le mur de mauvais mortier» (Éz. 13:10). Dieu veut que le cœur du pécheur se repose en paix dans l’arche de l’éternelle sécurité, jouissant dès à présent de sa communion et nourrissant avec amour l’espérance de jouir avec lui du repos, dans une création renouvelée, alors que la ruine, la désolation et le jugement auront passé pour toujours.

Revenons maintenant à l’histoire de Noé, et contemplons-le dans une nouvelle position. Nous l’avons vu construisant l’arche; et nous l’avons vu dans l’arche; et maintenant nous allons le voir sortir de l’arche et prendre place dans le monde nouveau1. «Et Dieu se souvint de Noé». L’œuvre étrange du jugement étant passée, la famille sauvée, avec tout ce qui lui est associé, est remise en mémoire devant Dieu. «Dieu fit passer un vent sur la terre, et les eaux baissèrent; et les fontaines de l’abîme et les écluses des cieux furent fermées, et la pluie qui tombait du ciel fut retenue» (chap. 8:2). Alors les rayons du soleil commencent à vivifier un monde qui venait d’être baptisé d’un baptême de jugement. Le jugement est «l’œuvre étrange de Dieu», et bien que Dieu soit glorifié par le jugement, il n’y prend pas plaisir. Que son nom en soit béni, il est toujours prêt à laisser le jugement, pour faire miséricorde, parce qu’il se plaît à faire miséricorde.

1 Je voudrais indiquer ici, en demandant à mes lecteurs de la méditer avec un esprit de prière, une pensée bien comprise de tous ceux qui se sont appliqués à l’étude de la vérité au point de vue des dispensations ou économies. Cette pensée a rapport à Énoch et à Noé. Le premier fut enlevé, comme nous l’avons vu, avant l’exécution du jugement; tandis que le dernier, tout en étant épargné, dut, en quelque sorte, traverser le jugement. Or, on pense qu’en cela Énoch est une figure de l’assemblée, qui sera enlevée avant que le mal ici-bas arrive à son comble, et avant que le jugement de Dieu tombe sur les méchants. En revanche, Noé serait une figure du résidu d’Israël, qui devra traverser les eaux profondes de la tribulation et le feu du jugement, pour être amené à la pleine jouissance des bénédictions millénaires, en vertu de l’alliance éternelle de Dieu. Je dois ajouter que je partage entièrement cette pensée relativement à ces deux Pères de l’Ancien Testament; je la regarde comme étant en parfaite harmonie avec le plan général et l’analogie des Saintes Écritures.

«Et il arriva, au bout de quarante jours, que Noé ouvrit la fenêtre de l’arche qu’il avait faite; et il lâcha le corbeau, qui sortit, allant et revenant jusqu’à ce que les eaux eussent séché de dessus la terre» (v. 6, 7). L’oiseau impur s’échappa et trouva probablement un lieu de refuge sur quelque cadavre flottant; il ne retourna pas dans l’arche. Mais la colombe «ne trouvant pas où poser la plante de son pied, revint à Noé dans l’arche…; et il lâcha de nouveau la colombe hors de l’arche. Et la colombe vint à lui au temps du soir, et voici, dans son bec, une feuille d’olivier arrachée» (v. 8-11). N’est-ce pas ici une belle image de l’esprit renouvelé qui, au milieu de la désolation dont il est environné, cherche et trouve son repos et sa part en Christ; et non seulement cela, mais encore saisit les gages de l’héritage, démontrant ainsi que le jugement est passé et qu’une terre renouvelée commence à apparaître. L’esprit charnel, au contraire, peut se reposer en tout, excepté en Christ: il peut se nourrir de toutes sortes d’impuretés: «la feuille d’olivier» n’a point pour lui d’attrait: il trouve tout ce qu’il lui faut au milieu d’une scène de mort, et par conséquent ne s’occupe pas d’un monde nouveau. Mais le cœur, enseigné et exercé par l’Esprit de Dieu, ne peut se reposer et se réjouir qu’en ce en quoi Dieu trouve son repos et sa joie; il se repose dans l’arche de son salut «jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses». Puisse-t-il en être ainsi de vous et de moi, cher lecteur! que le Sauveur demeure le repos et la part de nos cœurs, afin qu’ainsi nous ne le cherchions pas dans un monde qui est sous le jugement de Dieu! Le pigeon retourna à Noé dans l’arche et attendit le moment de son repos; et nous, nous devrions trouver toujours notre place en Christ jusqu’au temps de son exaltation et de sa gloire dans les siècles à venir! «Celui qui doit venir viendra, et il ne tardera pas.» Tout ce qu’il nous faut, ce n’est qu’un peu de patience.

«Et Dieu parla à Noé, disant Sors de l’arche.» Le même Dieu qui lui avait dit «Fais-toi une arche» et «entre dans l’arche», dit maintenant à Noé: «Sors de l’arche». «Et Noé sortit… et bâtit un autel à l’Éternel» (v. 15 et suivants). Noé n’a qu’à obéir: l’obéissance de la foi et le culte de la foi vont ensemble: un autel est élevé au lieu même où venait de se passer la scène du jugement. L’arche avait porté Noé et sa famille, sains et saufs, par-dessus les eaux du jugement: elle les avait fait passer du vieux monde dans le nouveau, où Noé prend maintenant place comme adorateur1. Et, il faut le remarquer, c’est à l’Éternel qu’il bâtit un autel. La superstition aurait adoré l’arche, comme ayant été le moyen de salut. Le cœur est toujours porté à mettre les ordonnances à la place de Dieu. Or, l’arche était une ordonnance manifeste, mais la foi de Noé s’élève, de l’arche, au Dieu de l’arche; c’est pourquoi, en la quittant, au lieu d’hésiter et de jeter un regard en arrière ou de considérer l’arche comme un objet de culte ou de vénération, il bâtit un autel à l’Éternel et adore l’Éternel; et il n’est plus fait mention de l’arche.

1 Il est intéressant de considérer le sujet tout entier de l’arche et du déluge dans ses rapports avec le baptême. Le baptême est comparé au passage du vieux monde dans le nouveau, en esprit, en principe et par la foi.

Le vieil homme est comme enseveli sous les eaux — il n’a plus de place dans la nature nouvelle: la chair, avec tout ce qui en dépend, ses péchés, ses iniquités, ses responsabilités, est comme enterrée dans la tombe de Christ, et elle ne peut plus reparaître jamais aux yeux de Dieu. Mais, en tant que Christ ressuscita des morts, dans la puissance d’une nouvelle vie, ayant entièrement ôté nos péchés, l’homme baptisé aussi ressortait de l’eau, proclamant ainsi, en quelque sorte, que, par la grâce de Dieu et par la mort de Christ, il était mis en pleine possession d’une vie nouvelle, à laquelle la justice de Dieu est inséparablement unie. «Nous avons été ensevelis avec lui, par le baptême, pour la mort, afin que comme Christ a été ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père, ainsi nous aussi nous marchions en nouveauté de vie.» (Voyez Rom. 6 et Col. 2; comp. aussi 1 Pierre 3:18-22).

Tout ceci renferme un enseignement bien simple, mais très pratique. Du moment que le cœur abandonne la réalité de Dieu lui-même, il n’y a plus de limite à la décadence de l’homme: il est sur la voie qui conduit à la plus grossière idolâtrie. Pour la foi, une ordonnance n’a de valeur qu’autant qu’elle est le moyen par lequel Dieu se communique à l’âme, en puissance vivante, c’est-à-dire aussi longtemps que la foi peut jouir de Christ dans l’ordonnance selon l’institution de Dieu lui-même. En dehors de là, une ordonnance n’a aucune valeur; et si elle vient se glisser, dans quelque petite mesure que ce soit, entre le cœur de l’adorateur et l’œuvre et la personne glorieuse de Christ, elle cesse d’être une ordonnance de Dieu et devient un instrument du diable. Pour la superstition, l’ordonnance est tout, et Dieu est exclu; le nom de Dieu ne sert que pour exalter l’ordonnance, et lui donner prise sur le cœur et une influence puissante sur l’esprit de l’homme. C’est ainsi que les enfants d’Israël adorèrent le serpent d’airain. Ce qui, pendant un temps, fut, dans les mains de Dieu, un moyen de bénédiction pour eux, devint, dès que leurs cœurs se furent retirés de l’Éternel, un objet de vénération superstitieuse; et il fallut qu’Ézéchias le mît en pièces comme un «morceau d’airain» (Nehushtan). En soi, le serpent n’était qu’un «morceau d’airain»; mais, comme instrument de Dieu, il avait été un moyen de grande bénédiction. Or, la foi le reconnut pour ce que la révélation de Dieu l’avait donné, mais la superstition, jetant, comme toujours, la révélation par-dessus bord, perdit de vue le dessein réel de Dieu et fit un Dieu de l’instrument qui, par lui-même, n’avait aucune valeur (voyez 2 Rois 18 4). Tout ceci ne renferme-t-il pas une instruction profonde à l’égard du présent siècle? Nous vivons dans un siècle d’ordonnances; l’atmosphère qui enveloppe l’église professante est imprégnée des éléments d’une religion traditionnelle qui dépouille l’âme de Christ et de son salut. Non que les traditions humaines nient audacieusement l’existence de la personne et de la croix de Christ; car, si elles les niaient, les veux de plusieurs s’ouvriraient peut-être; mais le mal revêt un caractère infiniment plus perfide et plus dangereux on ajoute les ordonnances à Christ et à son œuvre le pécheur n’est plus sauvé par Christ seul, mais par Christ et les ordonnances. Ainsi le pécheur est dépouillé de Christ, entièrement; car on verra que Christ et les ordonnances, ce sera, en fin de compte, les ordonnances sans Christ. «Si vous êtes circoncis, Christ ne vous profitera de rien!» (Gal. 5:2). On ne peut avoir que Christ tout entier, ou point de Christ du tout. Le diable persuade aux hommes qu’ils honorent Christ en préconisant ses ordonnances, et en en faisant beaucoup de cas; quoique lui sache fort bien qu’en faisant ainsi, ils mettent en réalité Christ entièrement de côté, et déifient l’ordonnance. On ne saurait trop répéter que la superstition fait de l’ordonnance tout; que l’incrédulité et le mysticisme n’en font rien; et que la foi en use selon l’institution divine.

Je me suis étendu plus que je n’avais pensé sur cette partie de notre étude; je passerai plus rapidement sur le chapitre 9 qui va nous occuper maintenant. L’Écriture nous fait connaître, dans ce chapitre, la nouvelle alliance, sous laquelle la création fut placée après le déluge, en même temps que le signe de cette alliance. «Et Dieu bénit Noé et ses fils, et leur dit: Fructifiez et multipliez, et remplissez la terre.» Le commandement que Dieu donne à l’homme, à son entrée dans la terre restaurée, c’est de remplir la terre, non quelques parties de la terre, mais «la terre». Sa volonté était que les hommes fussent dispersés sur toute la surface de la terre, et qu’ils ne comptassent pas sur leurs forces concentrées, comme ils ont tenté de le faire, ainsi que nous le rapporte le chapitre 11.

Après le déluge, la crainte de l’homme est placée dans l’âme de toutes les créatures inférieures, en sorte que le service rendu par elles à l’homme est le résultat nécessaire de la crainte et de la terreur. La vie, comme la mort des animaux inférieurs, doit être au service de l’homme. La création tout entière est délivrée de la crainte d’un second déluge, par l’alliance éternelle que Dieu a traitée avec elle: le jugement ne revêtira plus jamais la forme sous laquelle il fut exécuté alors. «Le monde d’alors fut détruit, étant submergé par de l’eau. Mais les cieux et la terre de maintenant sont réservés par sa parole pour le feu, gardés pour le jour du jugement et de la destruction des hommes impies» (2 Pierre 3:6). La terre a été une fois purifiée par l’eau; et elle sera encore une fois purifiée par le feu; mais alors, ceux-là seuls échapperont, qui se seront réfugiés auprès de Celui qui a passé par les profondes eaux de la mort et qui a traversé le feu du jugement de Dieu.

«Et Dieu dit: C’est ici le signe de l’alliance que je mets entre moi et vous… Je mettrai mon arc dans la nuée… et je me souviendrai de mon alliance» (v. 12 et suiv.). Toute la création repose sur la stabilité éternelle de l’alliance de Dieu, dont l’arc est le signe; et elle n’a pas à craindre un second déluge. De plus, et nous devons nous en réjouir, quand l’arc paraît dans la nuée, l’œil de Dieu repose sur lui; en sorte que la sécurité de l’homme dépend, non de sa propre mémoire imparfaite et incertaine, mais de la mémoire de Dieu. «Je me souviendrai», dit Dieu. Il est doux de penser à ce dont Dieu veut et ne veut pas se souvenir: il se souviendra de son alliance; mais il ne se souviendra pas des péchés de son peuple. La croix, qui ratifie la première, efface les derniers; et la foi en saisit la valeur, et donne la paix à l’âme troublée et à la conscience agitée.

«Et il arrivera que quand je ferai venir des nuages sur la terre, alors l’arc apparaîtra dans la nuée» (v. 14). N’est-ce pas là une belle et expressive image? Les rayons du soleil reflétés par ce qui menace du jugement et rendus plus glorieux par les nuages mêmes qui s’amoncellent devant eux, tranquillisent le cœur en rappelant l’alliance de Dieu, le salut de Dieu, le souvenir de Dieu. L’arc dans la nue rappelle le Calvaire. Là nous voyons un sombre nuage, un nuage de jugement, se décharger sur la tête sacrée de l’Agneau de Dieu; nuage si épais, qu’au milieu même du jour «il y eut des ténèbres sur tout le pays» (Luc 23:44). Mais, que Dieu en soit béni, les rayons de l’amour éternel de Dieu percent l’obscurité, et la foi discerne, dans ce nuage si sombre, l’arc le plus beau et le plus glorieux qui ait jamais paru; elle entend ces paroles: «c’est accompli», sortir du milieu de l’obscurité; et, dans ces paroles, elle reconnaît la ratification parfaite de l’alliance éternelle de Dieu non seulement avec la création, mais avec les tribus d’Israël et avec l’Église de Dieu.

La dernière portion de ce chapitre présente un spectacle humiliant. Celui qui a été fait seigneur de la création ne sait pas se gouverner lui-même. «Et Noé commença à être cultivateur et il planta une vigne et il but du vin; et il s’enivra et se découvrit au milieu de la tente» (v. 20 et suiv.). Quel état pour Noé, le seul homme juste, le prédicateur de la justice! Hélas! qu’est-ce que l’homme? Dans quelle position que nous le considérions, nous le voyons toujours faillir. Il manque en Éden, il manque dans la terre restaurée, il manque en Canaan, il manque dans l’Église, il manque en présence de la gloire et du bonheur millénaire. Il manque partout et en tout; en lui n’existe aucun bien. Quelque grands et quelque étendus que soient ses privilèges, quelque belle que soit sa position, il ne sait produire que fautes et péchés.

Toutefois, nous avons à considérer Noé sous deux points de vue: comme type et comme homme. Or, tandis que le type est plein de beauté et de signification, l’homme est plein de péché et de folie. Et pourtant l’Esprit de Dieu a écrit ces paroles: «Noé était un homme juste…; Noé marchait avec Dieu» (chap. 6:9). La grâce divine avait couvert ses péchés, et l’avait revêtu d’une robe de justice sans tache: «Il avait trouvé grâce aux yeux de l’Éternel» (chap. 6:8). Lors même que Noé découvrit sa nudité, Dieu ne la vit pas; car il ne regardait pas Noé dans ra faiblesse de sa propre condition, mais dans la puissance de la justice divine et éternelle. Ceci nous fait comprendre combien Cham errait, combien il était éloigné de Dieu et étranger aux pensées de Dieu, en agissant comme il le fit. Il n’avait évidemment pas goûté le bonheur de «l’homme dont la transgression est pardonnée et dont le péché est couvert» (Psaume 32:1). En revanche, la conduite de Sem et de Japheth nous fournit un bel exemple de la manière dont Dieu envisage la nudité de l’homme, et agit envers elle, aussi héritent-ils d’une bénédiction, tandis que Cham hérite d’une malédiction.