Genèse

Chapitre 3

Cette portion du livre de la Genèse nous présente la ruine complète de l’état de choses qui nous a occupés jusqu’ici. Elle abonde en principes de la plus haute importance, et a été avec raison méditée et utilisée de tout temps par ceux qui ont eu à cœur d’annoncer la vérité, quant à ce qui concerne la ruine de l’homme, et le moyen établi de Dieu pour l’en tirer.

Le serpent entre sur la scène avec une question insolente, qui a pour but de jeter du doute sur la révélation divine; elle est le modèle effrayant et avant-coureur de toutes les questions impies soulevées par les trop fidèles serviteurs du serpent, dans le monde, questions qui ne peuvent être combattues que par l’autorité suprême et divine des Saintes Écritures.

«Quoi, Dieu a dit: Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin?» (v. 1). Telle est l’astucieuse question du diable. Si la parole de Dieu eût «habité richement» dans le cœur d’Ève (Col. 3:16), sa réponse eût été simple, directe et décisive. Il n’y a qu’une manière de répondre aux questions et aux suggestions du diable; c’est de les traiter comme venant de lui, et de les repousser par la parole de Dieu. Le cœur, qui y prête l’oreille un instant seulement, s’expose à perdre la seule force par laquelle on puisse les combattre. Le diable ne se présente pas ouvertement à Ève, en disant: «Je suis Satan, l’ennemi de Dieu, et je viens pour le calomnier et pour vous perdre». Ce langage n’eût pas été selon le caractère du serpent: et pourtant il a bien accompli toute cette œuvre en soulevant des doutes dans l’esprit de la créature. C’est de l’incrédulité positive que d’admettre qu’on pose la question «Quoi, Dieu a dit?» quand on sait que Dieu a parlé et le fait seul qu’on admet la question prouve que l’on est incapable de la combattre. La tournure même de la réponse d’Ève fait savoir qu’elle avait admis dans son cœur l’astucieuse question du serpent; elle ne s’en tient pas étroitement à la parole de Dieu, et ajoute à cette Parole. Or, qu’on y ajoute ou qu’on en retranche, on montre par là que cette Parole n’habite pas dans le cœur et ne gouverne pas la conscience. Si quelqu’un trouve son bonheur dans l’obéissance; s’il en fait son breuvage et sa nourriture; s’il vit de «toute parole qui sort de la bouche de Dieu», il apprendra à connaître cette Parole et y sera attentif; il n’est pas possible qu’il y soit indifférent. Le Seigneur Jésus, dans sa lutte avec Satan, applique la Parole avec justesse, et une parfaite exactitude, parce qu’il s’en nourrissait et l’estimait par-dessus tout. Il ne pouvait pas la citer à faux ou errer dans l’application qu’il en faisait, pas plus qu’il ne pouvait y être indifférent. Ève agit différemment: elle laisse mettre en doute les paroles de Dieu, et elle y ajoute. Le commandement était simple: «Tu n’en mangeras pas»; pourquoi y ajouter «et tu ne le toucheras pas»? Dieu n’avait pas parlé de «toucher», et ainsi, que ce fût par ignorance ou par indifférence, ou en représentant Dieu sous un jour arbitraire, ou par toutes ces raisons à la fois, il est clair qu’Ève était en dehors du vrai terrain de la simple confiance en la sainte parole de Dieu et de la soumission à cette Parole. «Par la parole de tes lèvres, je me suis gardé des voies de l’homme violent» (Ps. 17:4).

Rien n’est plus important que la manière dont la Parole est citée partout, d’un bout à l’autre des Écritures; rien n’égale non plus l’importance qui est attachée à la stricte obéissance à cette Parole; et cette obéissance, nous la devons à la parole de Dieu, simplement parce qu’elle est la parole de Dieu. Soulever un doute, quand Dieu a parlé, est un blasphème. Nous sommes des créatures, Dieu est le créateur; il peut donc à bon droit réclamer de nous l’obéissance. Que l’incrédule qualifie cette obéissance «d’obéissance aveugle», le chrétien l’appelle «obéissance intelligente», parce qu’elle est fondée sur la connaissance qu’il a que c’est à la parole de Dieu qu’il obéit. Si quelqu’un n’avait pas la parole de Dieu, on pourrait dire de lui avec raison, qu’il est dans les ténèbres, attendu qu’il ne peut pas y avoir un seul rayon de lumière, soit en nous, soit en dehors de nous, qui n’émane de cette Parole pure et éternelle. Tout ce qu’il nous faut, c’est de savoir que Dieu a parlé; alors l’obéissance devient la sphère la plus élevée de l’activité intelligente. Quand l’âme est parvenue jusqu’à Dieu, elle a atteint la source la plus élevée de l’autorité. Aucun homme ni aucune assemblée d’hommes, n’a le droit de réclamer obéissance à sa parole, parce que cette parole est la sienne. Quand Dieu parle, l’homme est tenu d’obéir: heureux est-il, s’il le fait; malheur à lui, s’il ne le fait pas! L’incrédulité peut mettre en doute que Dieu ait parlé, et la superstition peut placer une autorité humaine entre ma conscience et ce que Dieu a dit; l’une comme l’autre nous privent ainsi réellement de la Parole, et conséquemment du bonheur infini qui accompagne l’obéissance à cette Parole. Chaque acte d’obéissance renferme une bénédiction; mais du moment que l’âme hésite, l’ennemi a l’avantage sur elle, et il s’en servira pour l’éloigner de plus en plus de Dieu. Ainsi, dans le chapitre que nous méditons, Satan ajoute à sa question: «Quoi, Dieu a dit?» cette assertion: «Vous ne mourrez point certainement» (vers. 4). D’abord, il met en doute si Dieu a parlé puis il contredit ouvertement ce que Dieu a dit. Ce fait solennel suffit pour prouver abondamment combien il est dangereux de donner entrée dans son cœur à un seul doute sur la révélation elle-même et sa plénitude ou son intégrité. Le rationalisme raffiné tient de près à l’incrédulité ouverte; et l’incrédulité, qui ose juger la parole de Dieu, n’est pas éloignée de l’athéisme qui nie l’existence de Dieu. Si Ève ne fût pas déjà tombée dans le relâchement et l’indifférence à l’égard de la parole de Dieu, jamais elle n’eût prêté l’oreille au démenti donné à Dieu par Satan. Elle aussi eut ses «phases de foi», comme on s’exprime aujourd’hui, ou pour mieux dire ses phases d’incrédulité. Elle supporta d’entendre démentir Dieu par une créature, parce que la parole de Dieu avait perdu sa vraie autorité sur son cœur, sur sa conscience et sur son intelligence; et son exemple fournit un enseignement des plus solennels à tous ceux qui sont en danger d’être enlacés dans l’impiété du rationalisme. Il n’y a aucune sécurité véritable pour une âme en dehors d’une foi profonde en la pleine inspiration et en la suprême autorité de «toute l’Écriture». Celui qui possède cette foi aura une réponse victorieuse pour toute objection soulevée contre cette Parole, qu’elle vienne de Rome ou du rationalisme de l’Allemagne. «Il n’y a rien de nouveau sous le soleil.» Le mal qui, de nos jours, corrompt jusqu’aux sources de la pensée et du sentiment religieux dans les plus belles parties de l’Europe, est le même qui atteignit le cœur d’Ève en Éden et la perdit. Ève prêta l’oreille à la question: «Quoi, Dieu a dit?» et ce premier pas entraîna sa ruine: pas à pas et degré par degré, elle en vint à se courber devant le serpent et à le reconnaître pour son Dieu et pour la source de la vérité.

Oui, lecteur, le serpent prit la place de Dieu; et son mensonge, la place de la vérité de Dieu. Or, comme il en a été de l’homme déchu, ainsi en est-il de sa postérité. La parole de Dieu n’a pas d’entrée dans le cœur de l’homme non régénéré; mais ce cœur est dans un tel état, qu’il est ouvert au mensonge de Satan; c’est pourquoi le Seigneur dit à Nicodème: «Il vous faut être nés de nouveau».

Mais il est important de remarquer le moyen employé par Satan pour ébranler la confiance d’Ève en la vérité de Dieu, et la placer sous la puissance de la «raison» impie. Satan y parvient en ébranlant la confiance d’Ève en l’amour de Dieu et en ce que Dieu a dit; puis en insinuant à Ève que le témoignage de Dieu n’est pas fondé sur l’amour. «Car, dit-il, Dieu sait qu’au jour où vous en mangerez vos yeux seront ouverts, et vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal.» (v. 5.) C’est comme si le diable avait dit: «Il y a un avantage positif à manger de ce fruit dont Dieu veut vous priver; pourquoi donc croiriez-vous le témoignage de Dieu? Vous ne pouvez pas placer votre confiance en quelqu’un qui, évidemment, ne vous aime pas; car s’il vous aimait, vous empêcherait-il de jouir d’un privilège réel et positif?» Si Ève s’était reposée simplement sur la bonté infinie de Dieu, elle aurait été en sécurité et aurait résisté à l’influence de tout ce raisonnement; elle aurait répondu au serpent: «J’ai toute confiance en la bonté de Dieu, et je tiens pour impossible qu’il me prive d’aucun bien réel. Si ce fruit était bon pour moi, il me le donnerait assurément, et le fait que Dieu me le défend prouve que, si j’en mangeais, au lieu de m’en trouver mieux, je n’en serais que beaucoup moins bien. Je suis convaincue de l’amour et de la vérité de Dieu, et je te tiens pour un méchant, venu ici pour détourner mon cœur de la source de toute bonté et de toute vérité Arrière de moi, Satan!» Cette réponse eût été juste mais Ève ne la fit pas: sa confiance en l’amour et en la vérité céda, et tout fut perdu. Le cœur de l’homme déchu n’a plus de place pour l’amour ni pour la vérité de Dieu; il est étranger à l’un comme à l’autre, jusqu’à ce qu’il soit renouvelé par le Saint Esprit.

Il sera intéressant maintenant de passer du mensonge de Satan à l’égard de l’amour de Dieu et de sa vérité, à la mission du Seigneur Jésus, qui vint du sein du Père dans le but de révéler ce que Dieu est véritablement. «La grâce et la vérité», les deux choses que l’homme a perdues par la chute, «vinrent par Jésus Christ» (Jean 1:17), Jésus a été le témoin fidèle de ce que Dieu est (Apoc. 1:5). La vérité révèle Dieu tel qu’il est; mais cette vérité en Jésus est unie à la révélation de la grâce parfaite. En sorte que la révélation de ce que Dieu est, au lieu d’être pour la perte du pécheur, devient le fondement de son éternel salut. «C’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ» (Jean 17:3). Nous ne pouvons pas connaître Dieu et ne pas avoir la vie. La perte de la connaissance de Dieu fut la mort; mais la connaissance de Dieu est la vie. Ceci place la vie entièrement en dehors de nous, et la fait dépendre de ce que Dieu est. Quel que puisse être le degré de connaissance de soi-même auquel on soit arrivé, il n’est pas dit: «C’est ici la vie éternelle qu’ils se connaissent eux-mêmes», bien que, sans doute, la connaissance de Dieu et la connaissance de soi-même soient, sous beaucoup de rapports, liées l’une à l’autre. La vie éternelle est liée à la première et non à la dernière: Connaître Dieu tel qu’il est, c’est la vie; et tous «ceux qui ne connaissent pas Dieu… subiront le châtiment d’une destruction éternelle de devant la présence du Seigneur» (2 Thess. 1:9).

Il est de la plus haute importance de reconnaître que ce qui constitue véritablement la condition de l’homme et sa position, c’est sa connaissance ou son ignorance de Dieu. C’est là ce qui est la marque de la condition de l’homme, et ce qui détermine sa destinée future. Si l’homme est mauvais dans ses pensées, dans ses paroles et dans ses actions, cela vient de ce qu’il est sans la connaissance de Dieu; si, d’un autre côté, il est pur en pensées, saint dans sa conversation, plein de grâce dans ses œuvres, tout cela n’est que le résultat pratique de la connaissance qu’il a de Dieu. Il n’en est pas autrement pour ce qui concerne l’avenir de l’homme. Connaître Dieu est le fondement solide d’un bonheur infini, et d’une gloire éternelle; ne pas le connaître, la perdition éternelle. Tout donc est renfermé dans la connaissance de Dieu: elle vivifie l’âme, purifie le cœur, tranquillise la conscience, élève les affections et sanctifie entièrement le caractère et la conduite.

Est-il donc étonnant que le grand dessein de Satan ait été de dépouiller la créature de la vraie connaissance du seul vrai Dieu? Il donna une fausse idée de Dieu en suggérant à Ève que Dieu n’était pas bon: ce fût là la source secrète de tout le mal. Dès lors, peu importe quelle forme le péché ait prise; par quel canal il ait coulé, sous quel chef il se soit rangé ou quelle apparence il ait revêtue, tout découle toujours de cette seule et même source: l’ignorance de Dieu. Le moraliste le plus raffiné et le plus cultivé, l’homme le plus dévot, le philanthrope le plus bienveillant, s’ils ne connaissent pas Dieu, sont aussi loin de la vie et de la vraie sainteté que le publicain ou la femme de mauvaise vie. Le fils prodigue était tout aussi pécheur et tout aussi éloigné du père au moment où il franchissait le seuil de la maison paternelle, que lorsqu’il paissait les pourceaux dans le pays lointain (Luc 15:13-15). Il en fut de même dans le cas d’Ève. Du moment qu’elle se fut soustraite à la main de Dieu; qu’elle fut sortie de la position de dépendance absolue de sa Parole et de la soumission à cette Parole, elle s’abandonna à la domination de la convoitise, gouvernée par Satan, pour sa ruine complète.

Le verset 6 nous met en présence de trois choses, dont parle l’apôtre Jean: «la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie» (1 Jean 2:16), trois choses qui, comme le dit l’apôtre lui-même, renferment «tout ce qui est dans le monde». Dès que Dieu eut été exclu, ces choses dominèrent nécessairement. Si nous ne persévérons pas dans l’assurance bienheureuse de l’amour de Dieu et de sa vérité, de sa grâce et de sa fidélité, nous nous livrerons à l’un des principes mentionnés plus haut, ou à tous à la fois, peut-être; en d’autres termes, nous nous livrerons au gouvernement de Satan.

À proprement parler, le libre arbitre n’existe pas chez l’homme. L’homme qui se gouverne lui-même est, de fait, gouverné par Satan; sinon, c’est Dieu qui le gouverne. Or, les trois grands agents par lesquels Satan opère, sont: «la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie». Ce sont les trois choses que Satan présenta au Seigneur Jésus dans la tentation. Le diable commence par tenter le second Adam en l’engageant à se soustraire à la position de dépendance absolue de Dieu: «Dis que ces pierres deviennent des pains!» Il ne demande pas à Jésus de faire comme le premier homme, en s’élevant lui-même au-dessus de ce qu’il était; mais il lui demande de donner des preuves de ce qu’il était. Ensuite il offre à Jésus tous les royaumes du monde et leur gloire; et, enfin, il le transporte sur le faîte du temple, et là, il lui suggère de se donner soudainement et miraculeusement en spectacle à l’admiration du peuple rassemblé au pied du temple (comp. Matt. 4:1-11; et Luc 4:1-13). Le but évident de chacune de ces tentations était d’induire le Seigneur à dévier de la position d’entière dépendance de Dieu et de la parfaite soumission à sa volonté; mais tout fut inutile. «Il est écrit», telle fut la réponse invariable de l’homme seul dépendant, seul dépouillé de lui-même, seul parfait. D’autres ont pu entreprendre de se gouverner eux-mêmes: quant à lui, Dieu seul le gouverna. Quel exemple pour les fidèles dans toutes les circonstances dans lesquelles ils peuvent être placés! Jésus s’en tint à l’Écriture et fut vainqueur; sans autre épée que celle de l’Esprit, il soutint la lutte et remporta une glorieuse victoire. Quel contraste entre lui et le premier Adam! À celui-ci, tout parlait pour Dieu; au second Adam, tout parlait contre Dieu. L’un possédait le jardin avec toutes ses délices: l’autre était au milieu du désert et de toutes ses privations; le premier mit sa confiance en Satan; le second se confia en Dieu; le premier fut complètement vaincu; le second complètement victorieux. Béni soit le Dieu de toute grâce, qui a placé notre sort entre les mains de Celui qui est si puissant pour vaincre, si puissant pour sauver!

Voyons maintenant jusqu’à quel point Adam et Ève entrèrent dans la jouissance du privilège que Satan leur avait promis. Cet examen servira à mettre en lumière un point très important par rapport à la chute de l’homme. L’Éternel Dieu avait tout ordonné pour que, dans la chute et par la chute, l’homme acquît quelque chose qu’il n’avait pas possédé antérieurement, savoir: une conscience; la connaissance du bien et du mal. Il est évident qu’avant la chute, l’homme ne pouvait pas être doué de cette connaissance. Il ne pouvait avoir aucune idée du mal aussi longtemps que le mal n’était pas là pour être connu par lui; il était dans un état d’innocence, c’est-à-dire d’ignorance du mal. Dans la chute et par la chute, l’homme acquit une conscience; et nous voyons que le premier effet de cette conscience est de le troubler et de l’effrayer. Satan avait complètement trompé la femme; il avait dit: «Vos yeux seront ouverts et vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal», mais il avait omis une partie importante de la vérité, savoir qu’ils connaîtraient le bien sans avoir la force de l’accomplir, et qu’ils connaîtraient le mal sans pouvoir l’éviter. La tentative de s’élever sur l’échelle de l’existence morale entraînait la perte de la vraie élévation: l’homme devint un être dégradé, faible, tourmenté par la crainte, poursuivi par sa conscience, un esclave de Satan. «Leurs yeux furent ouverts», il est vrai; mais ce fut pour voir leur propre nudité, leur triste condition. Ils étaient «malheureux et misérables, et pauvres, et aveugles, et nus», triste fruit de l’arbre de la connaissance! Adam et Ève n’acquirent aucune connaissance nouvelle de la bonté de Dieu, aucun rayon nouveau de la lumière divine, jaillissant de la source pure et éternelle de cette lumière. Hélas! non. Le tout premier résultat de leur désobéissance et de leur recherche de la connaissance fut la découverte qu’ils étaient nus.

Il est bon de comprendre ceci; il est bon également de savoir quelle est l’action de la conscience sur l’âme et d’apprendre qu’elle ne peut faire de nous que des êtres craintifs, en ce qu’elle nous donne le sentiment de ce que nous sommes. Beaucoup de gens se trompent à cet égard et croient que la conscience conduit à Dieu. Voyons-nous qu’elle l’ait fait dans le cas d’Adam et d’Ève? Assurément non; et elle ne le fera pour aucun pécheur. Et comment le pourrait-elle? Comment le sentiment de ce que je suis pourrait-il jamais me conduire à Dieu, si ce sentiment n’est accompagné de la foi en ce que Dieu est ? Le sentiment de ce que je suis produira la honte, les remords, l’angoisse; il pourra déterminer aussi certains efforts de ma part, pour remédier à la condition qu’il me dévoile; mais ces efforts même, bien loin de m’amener à Dieu, agissent plutôt comme un rideau qui le dérobera à ma vue. Ainsi pour Adam et pour Ève, la découverte de leur nudité fut suivie d’un effort de leur part, pour couvrir cette nudité. «Ils cousirent ensemble des feuilles de figuier, et s’en firent des ceintures» (vers. 7). C’est ici la première mention d’une tentative faite par l’homme pour remédier à sa condition par des moyens de sa propre invention; et, si nous considérons attentivement ce fait, nous en retirerons une profonde instruction quant au caractère réel de la religion de l’homme dans tous les âges. En premier lieu, nous voyons que, non seulement pour ce qui concerne Adam, mais dans tous les cas possibles, le premier effort de l’homme, pour remédier à sa condition, provient du sentiment de sa nudité. Il est nu, sans contredit; et toutes ses œuvres sont le résultat de ce qu’il est tel: tous ses efforts ne le tireront jamais de là. Il faut que je sache que je suis revêtu avant de pouvoir faire quoi que ce soit d’acceptable devant Dieu; et en ceci gît la différence entre le vrai christianisme et la religion de l’homme: le christianisme est fondé sur le fait que l’homme est revêtu, tandis que la religion de l’homme repose sur le fait que l’homme est nu. Le christianisme a pour point de départ ce qui constitue le but de la religion de l’homme. Tout ce que le vrai chrétien fait, il le fait parce qu’il est revêtu, parfaitement revêtu; et tout ce que fait l’homme naturel religieux il le fait afin d’être revêtu. La différence est immense. Plus nous examinerons la nature de la religion de l’homme, dans toutes ses phases, mieux aussi nous verrons l’incapacité complète de cette religion pour remédier à l’état de l’homme, ou même pour satisfaire au sentiment qu’il a lui-même de son état. La religion de l’homme peut suffire pour un temps; elle peut suffire aussi longtemps que la mort, le jugement et la colère de Dieu sont envisagés à distance, si tant est qu’on y pense; mais quand on en vient à regarder en face ces terribles réalités, on éprouve alors qu’en toute vérité la religion de l’homme est «un lit trop court» pour s’y étendre, «une couverture trop étroite» pour s’en envelopper.

Dès qu’Adam entendit la voix de l’Éternel Dieu dans le jardin, «il craignit», parce que, ainsi qu’il le confesse lui-même, «il était nu»; oui, nu, malgré la couverture dont il s’était revêtu. Cette couverture ne satisfait pas même sa propre conscience, cela est évident; car, si sa conscience eût été divinement satisfaite, il n’eût pas craint. «Si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance envers Dieu» (1 Jean 3:21). Mais si même la conscience de l’homme ne trouve pas de repos dans les efforts de la religion de l’homme, combien moins la sainteté de Dieu en trouverait-elle là? La ceinture qu’il avait mise ne pouvait cacher Adam aux yeux de Dieu, et il ne pouvait pas non plus se montrer nu en sa présence: c’est pourquoi il s’enfuit pour se cacher. La conscience fait ainsi en tout temps; elle porte l’homme à se cacher de devant l’Éternel Dieu, et tout ce que sa religion peut donner à l’homme n’est qu’un couvert pour le dérober aux regards de Dieu. C’est un pauvre refuge, car tôt ou tard il faudra que l’homme se rencontre avec Dieu, et s’il ne possède autre chose que le triste sentiment de ce qu’il est, il ne peut qu’être effrayé, il sera nécessairement malheureux. En vérité, plus rien que l’enfer ne manque pour compléter le tourment de celui qui, sachant qu’il doit se rencontrer avec Dieu, ne connaît que sa propre incapacité de paraître devant lui. Adam n’aurait pas craint s’il eût connu l’amour parfait de Dieu, car «il n’y a pas de crainte dans l’amour, mais l’amour parfait chasse la crainte, car la crainte porte avec elle du tourment; et celui qui craint n’est pas consommé dans l’amour» (1 Jean 4:18). Adam ne savait pas cela, parce qu’il avait cru le mensonge de Satan. Il pensait que Dieu n’était rien moins qu’amour; aussi eût-il fait tout autre chose plutôt que de se hasarder à paraître en sa présence. Cela était d’ailleurs impossible; le péché était là, et Dieu et le péché ne peuvent se trouver ensemble. C’est pourquoi aussi longtemps qu’il y a du péché sur la conscience, il y a aussi conscience de l’éloignement de Dieu. «Dieu a les yeux trop purs pour voir le mal» (Hab. 1:13). Le péché, quelque part qu’il se trouve, ne peut que rencontrer la colère de Dieu.

Mais il n’y a pas seulement la conscience de ce que je suis; il y a aussi, Dieu en soit béni, la révélation de ce que Dieu est; et c’est la chute de l’homme qui a réellement donné lieu à cette bienheureuse révélation. Dieu ne s’était pas révélé lui-même pleinement dans la création; il avait montré par elle «sa puissance éternelle et sa divinité»1 (Rom. 1:20); mais il n’avait pas révélé, dans leur profondeur, tous les secrets de sa nature et de son caractère. Satan se trompa donc bien en venant s’ingérer dans la création de Dieu; il se fit ainsi l’instrument de sa propre ruine et de son éternelle confusion: «Le trouble qu’il avait préparé retombera sur sa tête, et sa violence descendra sur son crâne» (Ps. 7:17). Le mensonge de Satan ne fit que fournir l’occasion pour la pleine manifestation de la vérité quant à Dieu. La création n’aurait jamais pu manifester ce que Dieu est. Il y avait en Dieu infiniment plus que de la sagesse et de la puissance; il y avait en lui l’amour, la miséricorde, la sainteté, la justice, la bonté, la tendresse, la longanimité. Où, ailleurs que dans un monde de pécheurs, toutes ces perfections auraient-elles pu être manifestées?

1 La comparaison du mot théiotês (Rom. 1:20) avec le mot théotês (Col. 2:9), donne lieu à une pensée profondément intéressante. La plupart de nos versions ont traduit l’un et l’autre par «Divinité» (Diodati dans les deux passages, met «Déité»), La version nouvelle a eu raison, selon nous, de rendre le premier par «divinité», comme avant pour racine l’adjectif «theios, divin», et le second par «Déité», parce qu’il dérive du nom de «theos, Dieu»: ils présentent donc une acception différente. Les Gentils pouvaient avoir aperçu qu’il y avait quelque chose de surhumain, quelque chose de divin, dans la création; mais c’était la pure, l’essentielle, l’incompréhensible Déité qui habitait dans la personne adorable du Fils.

D’abord, Dieu descendit pour créer; ensuite, après que le serpent se fut permis de s’immiscer dans la création, Dieu descendit pour sauver. C’est ce que nous révèlent les premières paroles de l’Éternel Dieu, après la chute de l’homme: «Et l’Éternel Dieu appela l’homme, et lui dit: Où es-tu?» (vers. 9). Cette question prouvait deux choses, savoir que l’homme était perdu et que Dieu était venu pour le chercher elle prouvait le péché de l’homme et la grâce de Dieu. «Où es-tu?» Quelle fidélité, quelle grâce merveilleuse dans cette parole qui, par elle-même, dévoile la réalité de la condition de l’homme, et révèle le vrai caractère de Dieu et sa disposition à l’égard de l’homme déchu. L’homme était perdu; mais Dieu est descendu pour le chercher, pour le faire sortir du lieu où il s’était caché au milieu des arbres du jardin, afin de lui faire trouver, dans l’heureuse confiance de la foi, un lieu de refuge en lui-même. C’était la grâce. Pour créer l’homme de la poussière de la terre, il suffisait de la puissance; pour chercher l’homme dans son état de perdition, il fallait la grâce. Mais qui pourrait exprimer tout ce que renferme l’idée que Dieu cherche, que Dieu cherche un pécheur! Qu’est-ce que le Dieu bienheureux a pu voir dans l’homme déchu pour l’engager à le chercher? Il a vu en lui ce que le berger vit dans la brebis perdue, ce que la femme vit dans la drachme, et ce que le père de l’enfant prodigue vit dans son fils: le pécheur a du prix aux yeux de Dieu.

Comment donc l’homme pécheur répond-il à la fidélité et à la grâce du Dieu béni, qui l’appelait et lui disait: «Où es-tu?» Hélas! la réponse d’Adam ne fait que révéler la profondeur du mal dans lequel il était tombé. «Et il répondit: J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur, car je suis nu, et je me suis caché. Et l’Éternel Dieu dit: Qui t’a montré que tu étais nu? As-tu mangé de l’arbre dont je t’ai commandé de ne pas manger? Et l’homme dit: La femme que tu m’as donnée pour être avec moi, — elle, m’a donné de l’arbre, et j’en ai mangé» (vers. 10-12). Nous voyons Adam rejeter, de fait, sa honteuse chute sur les circonstances dans lesquelles Dieu l’avait placé; c’est-à-dire indirectement sur Dieu lui-même. Il en a toujours été ainsi de l’homme déchu; il accuse tout le monde et toutes choses, excepté lui-même. L’âme vraiment humble, au contraire, demande: «N’est-ce pas moi qui ai péché?» Si Adam se fût connu lui-même, son langage eût été bien différent de ce qu’il fut; mais Adam ne connaissait ni lui-même, ni Dieu; c’est pourquoi, au lieu de s’accuser lui-même tout seul, il jette la faute sur Dieu.

Telle était l’affreuse condition de l’homme. Il avait tout perdu: sa domination, sa dignité, son bonheur, son innocence, sa pureté, sa paix et, ce qui était pire encore, il accusait Dieu d’être la cause de sa misère1. Il était là, un pécheur perdu et coupable, et, néanmoins, se justifiant lui-même et accusant Dieu.

1 L’homme, non seulement accuse Dieu de sa chute, mais il lui reproche aussi de le laisser dans cet état. Il y a des gens qui disent qu’ils ne peuvent pas croire, à moins que Dieu ne leur donne le pouvoir de croire; et encore, qu’à moins d’être les objets des décrets éternels de Dieu, ils ne peuvent pas être sauvés. Or il est certain que nul ne peut croire l’Évangile, si ce n’est par la puissance du Saint Esprit; et il est également vrai que ceux qui croient ainsi l’Évangile sont les bienheureux objets des conseils éternels de Dieu. Mais tout cela met-il de côté la responsabilité sous laquelle l’homme se trouve de croire le témoignage clair et simple que l’Écriture place devant lui? Non, assurément au contraire, tout révèle la méchanceté du cœur de l’homme qui le porte à rejeter le témoignage de Dieu, qui est clairement révélé; et à prétexter, comme motif de ce rejet, le décret de Dieu, qui est un profond secret, connu de Dieu seul. Mais cette excuse ne profitera à personne; car il est écrit, 2 Thess. 1:8-9, que ceux «qui n’obéissent pas à l’Évangile de notre Seigneur Jésus Christ, subiront le châtiment d’une destruction éternelle». Les hommes sont responsables de croire l’Évangile, et seront punis pour ne l’avoir pas cru. Ils ne sont pas responsables de connaître ce qui, dans les conseils de Dieu, n’a pas été révélé, et nul ne peut être tenu pour coupable d’être dans l’ignorance à cet égard. L’apôtre pouvait dire aux Thessaloniciens: «Sachant, frères aimés de Dieu, votre élection». Comment le savait-il? Était-ce parce qu’il avait pu lire les pages du secret de Dieu et de ses desseins éternels? — Nullement; mais «parce que notre Évangile n’est pas venu à vous en parole seulement, mais aussi en puissance» (1 Thess. 1:4-5). Voilà ce qui fait connaître les élus; l’Évangile venant en puissance est la preuve manifeste de l’élection de Dieu. Ceux qui se font des conseils de Dieu un prétexte pour rejeter le témoignage de Dieu, ne cherchent au fond qu’une misérable excuse pour continuer à vivre dans le péché. De fait, ils ne se soucient pas de Dieu; et ils montreraient plus de droiture en l’avouant franchement, qu’en avançant ce prétexte.

Mais c’est précisément quand l’homme en fut venu là que Dieu commença à se révéler lui-même, et à déployer les desseins de son amour rédempteur; et en cela gît le vrai fondement de la paix, et du bonheur de l’homme. Quand l’homme en a fini avec lui-même, Dieu peut montrer ce qu’il est, et pas avant. Il faut que l’homme disparaisse entièrement de dessus la scène avec toutes ses vaines prétentions, ses vanteries et ses raisonnements blasphématoires, avant que Dieu puisse ou veuille se révéler. Ainsi pour Adam, c’est pendant qu’il est caché derrière les arbres du jardin, que Dieu développe le plan merveilleux de la rédemption, par l’instrumentalité de la semence meurtrie de la femme, et nous apprenons ici ce qui seul peut amener l’homme en paix et avec assurance devant Dieu. Nous avons déjà vu l’incapacité de la conscience à cet égard. La conscience chassa Adam derrière les arbres du jardin; la révélation de Dieu l’amène en la présence de Dieu. La conscience de ce qu’il était le remplit de terreur; la révélation de ce que Dieu est le tranquillise.

Il y a là quelque chose de très consolant pour un cœur accablé sous le poids du péché. La réalité de ce que Dieu est, fait face à la réalité de ce que je suis, et c’est en cela qu’est le salut. Il faut que Dieu et l’homme se rencontrent, soit en grâce, soit en jugement, et le point de rencontre est là où Dieu et l’homme sont révélés tels qu’ils sont. Heureux ceux qui y arrivent par la grâce; malheur à ceux qui devront se rencontrer avec Dieu en jugement! Dieu s’occupe de nous et agit envers nous, selon ce que nous sommes; et ses voies envers nous découlent de ce qu’il est lui-même. À la croix, Dieu descend en grâce dans les profondeurs non seulement de notre condition négative, mais de notre condition positive, comme pécheurs; et il nous donne ainsi une parfaite paix. Si Dieu est venu me trouver, dans la position réelle où je suis, et que lui-même ait préparé un remède qui soit à la hauteur du mal dans lequel je suis plongé, tout est pour jamais réglé. Mais tous ceux qui ne voient pas ainsi, par la foi, Dieu en la croix, se rencontreront bientôt avec lui en jugement pour être traités par lui selon ce qu’il est, et selon ce qu’ils sont. Dès qu’une âme est amenée à connaître son état réel, elle n’a pas de repos qu’elle n’ait trouvé Dieu à la croix; et alors elle se repose en Dieu lui-même. Dieu est le repos et l’asile de l’âme fidèle; que son nom soit béni! Les œuvres et la justice de l’homme sont ainsi mises à leur place une fois pour toutes. Ceux qui se reposent sur leurs œuvres et leur justice, on peut le dire avec vérité, ne peuvent pas encore être parvenus à la vraie connaissance d’eux-mêmes; cela est absolument impossible. Une conscience, réveillée par la puissance divine, ne peut trouver de repos ailleurs que dans le parfait sacrifice du Fils de Dieu. Tous les efforts que fait l’homme pour établir sa propre justice proviennent de l’ignorance dans laquelle il est de la justice de Dieu. Adam pouvait apprendre, dans la révélation de Dieu concernant «la semence de la femme», l’inefficacité de sa ceinture de feuilles. La grandeur de l’œuvre dont il s’agissait faisait voir l’impuissance de l’homme à l’accomplir. — Il fallait que le péché fût ôté: l’homme pouvait-il accomplir cette œuvre? Non certainement! C’est par lui que le péché était entré. — Il fallait briser la tête du serpent: l’homme en était-il capable? Non, certainement! Il était devenu l’esclave de Satan. — Il fallait satisfaire aux exigences de Dieu: l’homme le pouvait-il? Non, c’était impossible! Il les avait déjà foulées aux pieds. — Il fallait détruire la mort: l’homme en avait-il le pouvoir? Non, il en était incapable, car lui-même, par le péché, il l’avait introduite et lui avait donné son terrible aiguillon. Ainsi de quelque côté que nous nous tournions, nous voyons l’impuissance complète du pécheur, et, par conséquent, la présomptueuse folie de tous ceux qui croient pouvoir aider Dieu dans l’œuvre prodigieuse de la rédemption, comme font tous ceux qui pensent être sauvés autrement que «par la grâce, par la foi». Cependant, bien qu’Adam dût voir, et, par la grâce, sentît en effet son impuissance à accomplir tout ce qui devait être fait, Dieu néanmoins lui révéla qu’il allait lui-même accomplir l’œuvre jusqu’à un iota, par la semence de la femme. En un mot, Dieu prend en main l’œuvre tout entière il en fait une question entre le serpent et lui-même car, quoique l’homme et la femme dussent, individuellement et de diverses manières, moissonner les fruits amers de leur péché, cependant c’est au serpent que Dieu dit: «Parce que tu as fait cela» (vers. 14). Le serpent fut la cause de la chute et de la misère de l’homme, et la semence de la femme devait être la source de la rédemption.

Adam ouït et crut ces choses; et dans l’énergie de sa foi, «il appela sa femme la mère de tous les vivants» (vers. 20). Au point de vue de la nature, Ève pouvait être appelée la «mère de tous les mourants», mais par la révélation de Dieu, la foi voyait en elle la mère de tous les vivants. «Elle appela le nom du fils Ben-oni (fils de ma peine); et son père l’appela Benjamin (fils de ma droite)» (Gen. 35:18).

Ce fut par l’énergie de la foi qu’Adam supporta les terribles résultats de son péché; et c’est dans sa miséricorde infinie que Dieu lui accorda d’entendre ce qu’il dit au serpent, avant qu’il lui parlât à lui-même. S’il en eût été autrement, Adam fût tombé dans le désespoir. Il n’y a, en effet, pour nous que désespoir, si nous sommes appelés à nous considérer nous-mêmes, tels que nous sommes, sans pouvoir en même temps contempler Dieu, tel qu’il s’est révélé à la croix, pour notre salut. Aucun enfant d’Adam ne peut supporter la vue de la réalité de ce qu’il est et de ce qu’il a fait, sans tomber dans le désespoir, à moins qu’il ne puisse trouver son refuge à la croix. C’est pourquoi l’espérance ne peut approcher du lieu où tous ceux qui rejettent Christ doivent finalement être détenus. Là, les hommes auront les yeux ouverts à la réalité de ce qu’ils sont et de ce qu’ils ont fait, sans être capables de chercher du soulagement et un asile en Dieu. Alors ce que Dieu est impliquera pour eux une perdition sans espoir, aussi certainement que ce qu’il est implique maintenant le salut éternel. La sainteté de Dieu sera alors éternellement contre eux; comme elle fait maintenant la joie de tous ceux qui croient. Plus nous réalisons la sainteté de Dieu maintenant, mieux nous connaissons que nous sommes en sûreté; mais pour les réprouvés, cette sainteté même, et c’est là une pensée solennelle, sera la ratification de leur condamnation éternelle!

Portons maintenant un moment notre attention sur l’enseignement renfermé dans le fait qui nous est rapporté au verset 21: «Et l’Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des vêtements de peau et les revêtit». La grande doctrine de la justice de Dieu est ici mise en lumière dans une figure. La robe dont Dieu avait revêtu Adam était une couverture effective, parce que Dieu l’avait préparée; tout comme la ceinture de feuilles de figuier était une couverture inefficace et inutile, parce qu’elle était l’œuvre de l’homme. De plus, le vêtement dont Dieu couvrit la nudité de l’homme avait pour origine la mort; le sang avait coulé: il n’en était pas de même de la ceinture d’Adam. De même maintenant, la justice de Dieu est manifestée à la croix; tandis que la justice de l’homme se montre dans les œuvres de ses mains, ces œuvres souillées par le péché. Revêtu de la robe de peau, Adam ne pouvait pas dire comme autrefois, sous les arbres du jardin: «J’étais nu», et il n’avait plus aucun besoin de se cacher. Le pécheur peut être parfaitement tranquille, quand, par la foi, il sait que Dieu l’a revêtu; mais jusqu’alors, être tranquille ne peut être que le résultat de la présomption ou de l’ignorance. Savoir que la robe que je porte, et dans laquelle j’apparais devant Dieu, m’a été préparée par lui, doit mettre mon cœur parfaitement à l’aise, comme en dehors de là il ne peut y avoir de repos permanent.

Les derniers versets de notre chapitre sont très instructifs. L’homme déchu ne doit pas manger du fruit de l’arbre de vie, de peur que sa misère ne devienne éternelle dans ce monde. Manger du fruit de l’arbre de vie, et vivre éternellement dans notre présente condition, serait le malheur consommé et sans mélange. On ne peut goûter de l’arbre de vie que dans la résurrection. Vivre toujours dans une frêle tente, dans un corps de péché et de mort serait intolérable. C’est pourquoi l’Éternel Dieu «chassa l’homme d’Éden»; il le chassa dans un monde qui partout présentait à sa vue les tristes résultats de sa chute. «Les chérubins» et «la lame de l’épée» interdisaient à l’homme de cueillir du fruit de l’arbre de vie, tandis que la révélation de Dieu dirigeait ses regards vers la mort et la résurrection de la semence de la femme, comme vers la source de la vie, d’une vie qui est en dehors de la puissance de la mort. De cette manière, Adam était plus heureux et dans une plus grande sécurité hors du paradis, qu’il ne l’avait été dans le paradis même; attendu que s’il fût resté dans Éden, sa vie aurait dépendu de lui-même, tandis que, hors du jardin, sa vie dépendait d’un autre, savoir du Christ promis; et quand Adam levait les yeux en haut et rencontrait «les chérubins et la lame de l’épée», il pouvait bénir la main qui les avait placés là, pour garder le chemin de l’arbre de vie; parce que cette même main lui avait ouvert un chemin meilleur et plus sûr et plus heureux vers cet arbre. Si les chérubins et la lame de l’épée ont fermé le chemin du paradis, le Seigneur Jésus a ouvert «un chemin nouveau et vivant» qui conduit au Père dans le saint des saints. «Je suis le chemin, et la vérité et la vie; nul ne vient au Père que par moi» (Comp. Jean 14:6; Héb. 10:20). C’est dans la connaissance de ces choses que le chrétien s’avance maintenant au travers d’un monde maudit, où les traces du péché sont visibles partout; il a trouvé, par la foi, le chemin qui le conduit au sein du Père; et tandis qu’il peut se reposer là en secret, il est réjoui par la bienheureuse certitude que Celui qui l’a amené là est allé lui préparer une place dans «les demeures» de la maison du Père et qu’il reviendra pour le prendre et l’introduire avec lui dans la gloire du royaume du Père. Le croyant trouve ainsi, dès à présent, dans le sein, dans la maison et le royaume du Père, et sa part, et sa demeure future, et sa glorieuse récompense.