Cantique des cantiques

Chapitres 6 et 7

Et cette expérience fait comprendre par grâce à la Bien-aimée, un autre côté de ces relations qui constate un véritable progrès dans l’intelligence de la grâce et dans l’état du cœur. Ce n’est plus son désir qui veut posséder l’objet pour elle-même, c’est la conscience qu’elle Lui appartient. «Je suis à mon Bien-aimé.» C’est un progrès très important. L’âme qui a besoin de salut, besoin de satisfaire à des affections nouvellement éveillées, crie, dès qu’elle en est assurée: «Mon Bien-aimé est à moi!». Ayant fait une plus profonde expérience d’elle-même, elle se reconnaît être à Lui. Ainsi, quant à nous, ce n’est pas: «Nous avons trouvé celui duquel les prophètes ont écrit»; mais: Nous ne sommes pas à nous-mêmes, car nous avons «été achetés à prix». Être ainsi à Christ, en ne pensant plus à soi, c’est le bonheur de l’âme. Ce n’est pas que l’on perde le sentiment du bonheur que l’on a de posséder le Sauveur, mais l’autre sentiment, celui d’être à Lui, a pris la première place.

Le Bien-aimé rend de nouveau témoignage au prix qu’a la Bien-aimée à ses yeux. Mais, ici aussi, il y a une différence. Auparavant, en parlant d’elle, il avait ajouté à la douceur et à la beauté de son regard toutes les grâces qui se trouvaient en elle; le miel qui découlait de ses lèvres; les fruits délicieux qui se trouvaient en elle; les doux parfums qu’il appelle le souffle de l’Esprit à lui faire exhaler. Il ne répète pas ces choses; il dit ce qu’elle est pour Lui. Ayant redit sa beauté personnelle, c’est ce qu’elle est en elle-même pour Lui que son cœur exprime. «Ma colombe, ma parfaite, est unique». Son affection ne trouve qu’elle. Rien ne peut lui être comparé. Il y en a bien d’autres, mais elles ne sont pas celle qu’il aime. La personne du Seigneur remplit le cœur qui a été ramené à Lui. Le regard et les grâces de l’Épouse sont le sujet du témoignage de l’Époux. Au reste, pour Lui, il n’y a que celle-là, l’unique de sa mère. Il en sera ainsi du résidu d’Israël aux derniers jours, comme aussi, en Esprit, il en est ainsi pour nous.

La réception de Christ et son union avec ce résidu à Jérusalem, sont dépeintes d’une manière frappante dans ce qui suit. Ce n’est plus le Bien-aimé qui, en gloire et en amour, monte du désert, où il s’est associé avec son peuple. C’est la Bien-aimée qui, belle comme la lune, paraît sur la scène, brillante de gloire et redoutable comme des troupes sous leurs bannières déployées. Le Bien-aimé est descendu pour voir les fruits de la vallée qui mûrissent, et pour voir si sa vigne bourgeonne. Avant qu’il s’en aperçoive, son amour l’a fait être comme les chariots de son peuple de franche volonté (comp. Ps. 110:3). Il les conduit en gloire et en triomphe. Il avait cherché en eux les fruits de la grâce; mais, descendu pour cela, il les élève en gloire. C’est seulement lorsque son peuple sera pleinement placé en grâce, que tout en lui sera beauté et perfection, et qu’il reconnaîtra qu’il est entièrement à Christ, et qu’en même temps il possédera parfaitement son affection.

Cette dernière pensée est le repos de son cœur. Si je puis ainsi parler froidement, cela est exprimé dans la troisième formule de l’expérience de ce chant divin, qui indique le bonheur complet de l’Épouse: «Je suis à mon Bien-aimé, et son désir se porte vers moi». — Avoir la conscience que l’on appartient à Christ et que ses affections demeurent sur nous, avoir la conscience que nous sommes les objets de ses propres affections et de ses délices, quelle joie plus profonde et plus parfaite! 

Le lecteur fera bien de peser ces trois expressions de la satisfaction du cœur: posséder Christ; Lui appartenir; et cette dernière: tout est grâce, avec l’indicible connaissance qu’il trouve ses délices en nous, quelque étendues que soient ces délices, et c’est sûrement ici qu’on le sentira. 

Mais, pour en revenir à notre texte, le peuple peut sortir maintenant avec Lui, et jouir de toutes les bénédictions de la terre dans la certitude et la communion de son amour. Quels fruits de reconnaissance, quels sentiments particuliers que ceux qu’Israël a gardés pour le Seigneur seul et que nul autre que lui après tout n’aurait jamais pu avoir pour le Seigneur considéré comme venu sur la terre.