Cantique des cantiques

John Nelson Darby

Introduction

Ce livre considère le Juif, ou au moins le résidu, sous un tout autre aspect. Il dit les affections que le Roi peut créer dans leur cœur et par lesquelles il les attire à Lui. Quelle qu’en soit la force, ces affections ne sont pas développées selon la position dans laquelle se forment les affections chrétiennes proprement dites. En voici la différence: elles n’ont ni le calme profond, ni la douceur profonde d’une affection découlant d’une relation déjà formée, déjà connue et pleinement appréciée; d’une affection dont le lien est formé et reconnu, et qui compte sur la pleine et constante reconnaissance de cette relation; d’une affection dont chaque partie jouit, comme d’une chose certaine dans le cœur de l’autre. Le désir de quelqu’un qui aime et qui veut le cœur de celui qui est aimé, n’est pas l’affection douce, entière et formée d’une épouse avec laquelle le mariage a créé un lien indissoluble. Dans le premier cas, la relation n’est qu’un désir, conséquence de l’état du cœur; dans le second, l’état du cœur est la conséquence de la relation. Or, quoique les noces de l’Agneau ne soient pas encore arrivées, néanmoins, à cause de la révélation qui nous a été faite et de l’accomplissement de notre salut, ce dernier caractère d’affection est ce qui est propre à l’Église. Grâces et gloire en soient rendues à Dieu! Nous savons qui nous avons cru. Cependant la force et l’énergie du désir sont maintenues, parce que la gloire et les noces de l’Agneau sont encore à venir. Quelle position que celle de l’Église! D’un côté la parfaite confiance dans la relation, de l’autre l’attente pleine d’ardeur de la Fiancée du Seigneur, dont l’amour, cependant, est bien connu, attente qui se lie à la gloire dans laquelle il viendra la recevoir pour Lui-même, afin qu’elle soit pour toujours avec Lui.

Pour le Juif, ce n’est pas cela. L’important pour lui, c’est de savoir que son Bien-aimé est à lui. Voilà la question. Qu’il y ait un principe commun, cela est vrai. Christ aime l’Assemblée, il aime son peuple terrestre, il aime l’âme qu’il attire à Lui; de sorte qu’il y a pour nous une application morale très précieuse. Cependant il nous importe de distinguer et de ne pas appliquer à l’Église ce qui se rapporte à Israël, sinon nous fausserions nos affections, et nous manquerions à ce qui est dû à Christ.

Le Cantique des Cantiques donne donc le rétablissement des rapports entre Christ et le résidu, afin que, par les exercices du cœur nécessaires à sa position, le résidu soit affermi dans l’assurance de son amour, et dans la conscience que tout est grâce, et une grâce qui ne peut manquer. Alors, le Christ est pleinement connu comme Salomon; son cœur devient le chariot de son peuple de franche volonté (Amminabib) qui l’emporte.

 

Le chap. 8:1 nous offre un passage qui peut servir à exprimer l’état d’esprit dont il est question dans ce livre: «Oh! que tu fusses pour moi comme un frère... Si je te trouvais dehors, je t’embrasserais!». Cependant, l’Esprit de Dieu voulant donner au cœur du résidu l’assurance de l’amour du Sauveur, le besoin que le cœur a de posséder son Bien-aimé, ne se tait pas jusqu’à ce qu’il le possède. Le cœur s’assure selon l’opération de l’Esprit prophétique; car, effectivement, Christ est pour le résidu et le résidu est pour Lui. C’est le fondement de tout; mais, ainsi que cela se trouve dans d’autres passages, en pareil cas le cœur a besoin d’être rassuré.

 

Ayant ainsi montré l’idée générale, nous ferons remarquer quelques traits développés dans le cours de ce livre et qui ont une importance morale d’un haut intérêt pour nous.