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Actes des Apôtres
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Livre des Actes des Apôtres

par F.B. Hole

Chapitre 1er

Le début des Actes des apôtres se relie d’une manière très évidente à l’évangile selon Luc. L’un et l’autre sont adressés au même Théophile et, si l’on excepte quelques détails supplémentaires concernant les paroles du Seigneur après Sa résurrection et une présentation un peu différente de Son ascension, le chapitre 1er reprend le récit au point précis où l’évangile s’arrêtait. L’évangile conduit jusqu’à Sa résurrection et Son ascension. Les Actes partent de ces faits glorieux et développent leurs conséquences.

Parlant de son évangile, Luc le décrit comme un «traité... sur toutes les choses que Jésus commença de faire et d’enseigner». Il vaut la peine de relever le mot «commença». Il implique que Jésus n’a pas cessé de faire et d’enseigner au moment où il a été élevé au ciel, disparaissant de la vue des hommes. Les Actes nous disent ce qu’il a fait ensuite, en répandant de la part du Père le Saint Esprit pour pouvoir agir par lui dans des apôtres et d’autres serviteurs. De même, en lisant les épîtres, nous apprenons ce qu’il a enseigné par les apôtres au temps convenable. Avant d’être élevé, il a donné aux apôtres les ordres nécessaires «par l’Esprit Saint», alors qu’à ce moment ils ne l’avaient pas encore reçu. Dans son évangile, Luc nous a présenté le Seigneur comme l’homme parfait, agissant toujours dans la puissance de l’Esprit; nous le voyons dans la même lumière ici dans les Actes.

Pendant quarante jours, il s’était présenté comme Celui qui vit au-delà du pouvoir de la mort; cela avait fourni plusieurs preuves assurées de sa résurrection. À l’occasion de ces contacts avec ses disciples, il leur avait parlé des choses concernant le royaume de Dieu, et leur avait commandé d’attendre à Jérusalem la venue de l’Esprit. Jean, qui avait baptisé avec de l’eau, avait désigné le Seigneur comme celui qui baptiserait de l’Esprit Saint. Et c’est ce baptême qu’ils devaient recevoir dans peu de jours.

Le Seigneur avait parlé du royaume de Dieu, mais leurs esprits étaient encore occupés de la restauration du royaume pour Israël. Ils ressemblaient en cela aux deux disciples d’Emmaüs, avec cette différence qu’ils savaient maintenant que le Seigneur était ressuscité. Leur question lui fournit l’occasion d’indiquer le programme pour la dispensation qui allait s’ouvrir. Et nous retrouvons ce que nous avons vu en Luc 24: le Centre du programme n’est pas Israël mais Christ. La venue de l’Esprit donnerait aux apôtres de la puissance, non pas pour travailler à la restauration d’Israël, mais pour être ses témoins — pour rendre témoignage de Christ jusqu’au bout de la terre. Les quatre cercles du témoignage mentionnés à la fin du verset 8 nous donnent une manière de subdiviser ce livre. C’est d’abord le témoignage rendu à Jérusalem et, jusqu’à la fin du chapitre 7, il s’agit de cette ville et de la Judée. Au chapitre 8, c’est la Samarie, au chapitre 9, l’appel de celui qui portera l’évangile aux Gentils et, au chapitre 13, la mission «jusqu’au bout de la terre».

Il peut sembler qu’il y a une contradiction entre le verset 7 et ce que l’apôtre Paul écrit en 1 Thessaloniciens 5:1 et 2. Mais ce qui est souligné dans cette épître, c’est qu’ils savaient parfaitement ce qui devait arriver quant aux voies de Dieu à l’égard de la terre, tandis qu’ici nous voyons que nous ne pouvons pas savoir quand cela arrivera, puisque le Père a réservé cet aspect à sa seule autorité. Notre affaire est de rendre un témoignage vrai et fidèle à Christ. Il faut arriver au verset 14 du chapitre 15 pour que l’effet de ce témoignage soit établi d’une manière claire.

Ayant dit ces choses, Jésus fut élevé de la terre et une nuée — sans doute celle dont il est parlé en Luc 9:34 — le cacha de devant les yeux des disciples. Mais deux messagers célestes se tinrent à côté d’eux pour compléter la déclaration que le Seigneur venait de leur faire. Leur mission consistait à rendre témoignage d’un Christ glorifié, mais l’espérance placée devant eux était son retour de la même manière qu’il s’en était allé. Son départ n’était pas figuratif, typique ou mystique, mais réel et littéral. De même sa venue sera réelle et littérale.

Dix jours devaient s’écouler avant la venue de l’Esprit, et le reste du chapitre nous relate comment ces jours d’attente furent remplis. Le nombre des disciples à Jérusalem s’élevait à environ cent vingt et leur temps était consacré à la prière et la supplication. Il ne pouvait pas y avoir de témoignage avant le don de l’Esprit, mais ils pouvaient se tenir sur le terrain sûr de la dépendance totale de Dieu, et y demeurer.

En outre, ils pouvaient se référer aux Écritures et en faire l’application à la situation dans laquelle ils se trouvaient, puisque le Seigneur leur avait ouvert l’intelligence pour comprendre, comme nous le voyons en Luc 24. Il est remarquable que Pierre soit celui qui prenne l’initiative à cette occasion, vu qu’il avait péché si gravement quelque six semaines auparavant seulement. Cela montre qu’il avait été complètement restauré par le Seigneur, et il peut alors mettre en relation de cette manière frappante les versets 25 du psaume 69 et 8 du psaume 109. Par «charge de surveillant», il faut entendre «ce service et cet apostolat» dont il est parlé au verset 25 de notre chapitre. Le contenu des versets 18 et 19 n’a bien évidemment pas été prononcé par Pierre; il s’agit d’une parenthèse dans laquelle Luc nous donne des détails sur la fin horrible de Judas.

Un caractère essentiel de l’apostolat était la connaissance directe du Sauveur ressuscité. Un apôtre devait pouvoir rendre témoignage de lui comme l’ayant vu personnellement dans son état de résurrection; cela explique la troisième question posée par Paul en 1 Corinthiens 9:1. Paul l’a vu, non pas pendant les quarante jours, mais plus tard dans tout l’éclat de sa gloire. Toutefois, dès le début il devait y avoir les douze témoins apostoliques, et ainsi Matthias fut choisi. Il est recouru à la pratique de l’Ancien Testament consistant à jeter le sort: une direction comme celle qui sera donnée au chapitre 13:2 ne pouvait pas être connue avant le don du Saint Esprit.

 

Chapitre 2

La lecture du chapitre 23 du Lévitique nous montre que, de même que la Pâque parlait prophétiquement de la mort de Christ, la Pentecôte annonçait la venue de l’Esprit dans la puissance duquel «une offrande de gâteau nouvelle» était présentée à Dieu: deux pains des premiers fruits, des croyants tirés tant d’entre les Juifs que d’entre les Gentils, sanctifiés par le Saint Esprit. Et comme ce que la Pâque préfigurait a eu lieu le jour même de Pâque, c’est le jour de la Pentecôte qui a vu la réalisation de ce que la Pentecôte signifiait. Sur Jésus, l’Esprit est descendu comme une colombe; sur les disciples, il est venu comme le son d’un souffle violent et impétueux et comme des langues divisées de feu. Le vent, perceptible à l’oreille, évoque ce que le Seigneur lui-même a fait et dont il nous est parlé en Jean 20:22: «Il souffla en eux». Les langues de feu faisaient appel aux yeux, et étaient absolument uniques. Le vent remplit tout; les langues se posèrent sur chacun. Nous pouvons lier au premier la puissance intérieure et aux secondes, l’expression de la puissance dans ces «autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’énoncer». Lorsque Jésus était ici-bas, on pouvait l’entendre, le voir et le toucher (voir 1 Jean 1:1). Lorsque l’Esprit vint, on l’entendit et on le vit, mais sous cette forme mystérieuse.

Il est important de faire d’emblée la distinction entre d’une part le grand fait de la présence de l’Esprit et, d’autre part, les signes et manifestations de sa présence qui sont très variés. Le premier est le don effectif de l’Esprit auquel il est fait allusion en Jean 7:39 et 14:16 (il est vrai que, comme il ne s’agissait ici que de Juifs, il y a eu une autre occasion, outre celle-ci, où l’Esprit a été répandu sur les Gentils croyants au chapitre 10, verset 45). Venu ainsi, l’Esprit demeure avec les saints pendant toute cette dispensation. Suite à ce don de l’Esprit, ils en furent tous remplis; l’Esprit avait ainsi le plein contrôle de chacun d’eux. Il faut également distinguer entre le don de l’Esprit et le fait d’être rempli de l’Esprit, puisqu’il est possible de posséder le premier sans avoir le second, comme nous le verrons plus loin. Ici nous trouvons les deux ensemble.

Ceux sur qui l’Esprit descendit étaient des gens qui priaient, imitant en cela leur Seigneur. Ils étaient aussi tous d’un commun accord et par conséquent ils étaient tous ensemble dans un même lieu. Ce lieu n’est pas spécifié; ce peut très bien avoir été la chambre haute du chapitre 1, mais il est plus vraisemblable qu’il s’agissait d’une cour du temple, tel le portique de Salomon, vu que les foules entendirent ce que l’Esprit donnait d’énoncer. Quoi qu’il en soit, c’était quelque chose de réel et puissant qui ne pouvait demeurer caché. Dans une sphère limitée, c’était l’inverse de ce qui s’était produit à Babel. Là ce que l’homme dans son orgueil bâtissait avait été arrêté par la confusion des langues; ici Dieu signalait le début de l’édifice spirituel qu’il construisait en donnant aux hommes la maîtrise des langues et en soumettant celles-ci à un ordre.

Un autre contraste apparaît dans le fait que lors de la construction du tabernacle dans le désert, quand l’Éternel prit possession de son habitation par la nuée de sa présence, il commença aussitôt à parler à Moïse au sujet des sacrifices. La liaison entre Exode 40:35 et Lévitique 1:1 et 2 le montre. Dans notre chapitre, Dieu prend possession de sa nouvelle maison spirituelle par l’Esprit, et de nouveau tout de suite il parle par ses apôtres inspirés. De grandes foules de différents pays entendent «les choses magnifiques de Dieu».

La perplexité des auditeurs fournit l’occasion de rendre témoignage. Pierre est le porte-parole des onze, qui sont là pour confirmer ce qu’il dit. Et il commence par leur citer le passage qui donne l’explication de tout ce qui s’est passé. Joël avait annoncé que l’Esprit serait répandu sur toute chair aux derniers jours, et ce qui venait de se produire n’en était qu’un accomplissement, et non pas l’accomplissement. L’expression dont Pierre se sert: «C’est ici ce qui a été dit» implique que ce qui avait eu lieu était de la même nature que l’événement annoncé par Joël, mais n’était pas nécessairement la réalisation pleine et complète que la prophétie avait en vue. Jean le Baptiseur avait dit de Jésus: «Celui-là... baptise de l’Esprit Saint» (Jean 1:33). Joël avait annoncé que l’Esprit serait répandu sur toute chair après la repentance d’Israël et la destruction de leurs ennemis. Le jour de la Pentecôte il y en eut une sorte de prémices quand l’Esprit fut répandu sur ceux qui constituaient le noyau de l’Église. Telle était la véritable explication de ce qui s’était produit. Les apôtres n’étaient pas pleins de vin doux mais remplis de l’Esprit.

Pierre ne s’arrête toutefois pas là; il va montrer pourquoi ce baptême de l’Esprit a eu lieu. Il venait directement de Jésus, exalté maintenant à la droite de Dieu. Nous le verrons au verset 33; mais dès le verset 22, Pierre replace en pensée ses auditeurs devant les scènes de la crucifixion, de la résurrection et de l’exaltation du Seigneur. Jésus le Nazaréen avait été, de manière très manifeste, approuvé de Dieu pendant les jours de son ministère, et pourtant ils l’avaient fait périr par la main d’hommes iniques. Il avait été livré «par le conseil défini et par la préconnaissance de Dieu», car Dieu sait tourner la colère de l’homme à sa louange et la faire accomplir à ses desseins de bénédiction. Mais cela ne diminue en rien la responsabilité de l’homme. Le verset 23 montre clairement que la souveraineté de Dieu et la responsabilité de l’homme ne sont pas en opposition pour ce qui en est des résultats pratiques, même si en théorie nous avons de la peine à les concilier.

Ce qu’ils ont fait dans leur méchanceté, Dieu l’a anéanti en triomphe. L’opposition entre leurs plans et ceux de Dieu était complète. Cela annonçait leur défaite et leur rejet total le moment venu, d’autant plus que la résurrection avait été prévue par Dieu et prédite par David dans le psaume 16. Or David ne peut pas avoir dit cela de lui-même, car il a été enseveli et à cette époque, l’emplacement de son sépulcre était bien connu d’eux tous. C’est de Christ qu’il parle lorsqu’il dit que son âme n’a pas été laissée en hadès et que sa chair n’a pas vu la corruption. Et cela a eu son accomplissement: non seulement Jésus a été ressuscité, mais il a été élevé dans le ciel.

Comme Homme exalté, Jésus a reçu de la part du Père l’Esprit Saint promis et l’a répandu sur ses disciples. À son baptême, il a reçu l’Esprit Saint pour lui-même comme Homme dépendant; il reçoit maintenant ce même Esprit Saint pour d’autres comme étant leur Représentant. Lorsque cet Esprit fut répandu, ces autres furent baptisés en un seul corps et furent constitués Ses membres. Nous l’apprenons ailleurs.

Dans les versets 34 à 36, Pierre fait un pas de plus dans son argumentation et la porte à son point culminant. David avait annoncé prophétiquement que son Seigneur serait exalté à la droite de Dieu. David lui-même n’était pas monté dans les cieux, il n’était pas plus ressuscité d’entre les morts. Celui dont il parlait devait occuper le siège de l’administration et de la puissance jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour marchepied de ses pieds. D’où la conclusion qui s’impose: ce qu’ils avaient vu et entendu, l’Esprit répandu, prouve sans doute possible que Dieu a fait et Seigneur et Christ ce Jésus qui avait été crucifié.

Comme Seigneur, il est le grand Administrateur pour Dieu, soit en bénédiction, soit en jugement. Le fait de répandre l’Esprit était un acte administratif qui a révélé qu’il était le Seigneur.

En tant que Christ, il est le Chef oint de toutes choses, et en particulier de la petite poignée des siens laissés sur la terre. Le fait que pour eux il a reçu du Père l’Esprit avant de le répandre a manifesté qu’il était le Christ.

S’il a été «fait» Seigneur et Christ, cela n’implique nullement qu’il n’ait pas été l’un et l’autre pendant qu’il était ici-bas. Il a toujours été Seigneur et Christ, mais maintenant, comme Homme exalté et glorifié, il était établi officiellement en tant que tel. Quelle nouvelle merveilleuse pour nous, mais combien terrible pour ceux qui s’étaient rendus coupables de sa crucifixion! Elle ne faisait que confirmer leur condamnation s’ils persistaient dans leur voie.

L’Esprit qui vient de descendre sur les disciples se met maintenant à travailler la conscience de nombreux auditeurs. Commençant à réaliser la situation désespérée dans laquelle la résurrection du Seigneur les a placés, ils sont saisis dans leur cœur et réclament du secours. Pierre indique la repentance et le baptême au nom de Jésus Christ comme étant le chemin pour la rémission des péchés et le don du Saint Esprit; et au verset 39, il montre que la promesse de Joël s’adresse aux Israélites repentants, à leurs enfants, et aussi à tous ceux qui sont loin: les Gentils. Ainsi l’extension des bénédictions de l’évangile aux Gentils est présentée dans le premier sermon chrétien. La rémission des péchés et le don de l’Esprit englobent toutes les bénédictions chrétiennes.

Il est frappant que Pierre ne mentionne pas la foi. Mais celle-ci est comprise, car celui qui ne croyait pas au Seigneur Jésus ne se serait jamais soumis au baptême en Son nom. La signification du baptême c’est la mort, et par conséquent la rupture avec la vie et les relations anciennes. Or personne n’aurait voulu rompre ses liens avec son ancien genre de vie s’il n’avait pas une foi réelle en Celui qui était le Seigneur de la vie nouvelle. Par plusieurs autres paroles Pierre les conjurait et les exhortait à briser leurs liens et à se sauver ainsi de cette «génération perverse».

Il y avait de la foi puisque environ trois mille personnes reçurent les paroles de Pierre. Une heure auparavant elles avaient le cœur saisi d’angoisse et tourmenté. Maintenant elles reçoivent l’évangile et rompent leurs liens avec le passé par le baptême. S’étant ainsi séparées de leur nation coupable dans son ensemble d’avoir crucifié son Seigneur, elles viennent s’ajouter aux cent vingt du début, dont le nombre se trouve de ce fait multiplié par vingt-six en un jour. De plus, elles ne s’arrêtent pas à ce premier pas, mais elles sont caractérisées par la persévérance.

Les quatre traits qui sont attribués à ces croyants au verset 42 valent la peine d’être relevés. Ils persévéraient d’abord dans la doctrine, ou l’enseignement, des apôtres. C’est la base de tout. Les apôtres étaient ceux à qui le Seigneur avait dit: «Quand celui-là, l’Esprit de vérité, sera venu, il vous conduira dans toute la vérité» (Jean 16:13). Leur doctrine était par conséquent le fruit de la direction de l’Esprit. L’Église existait maintenant, et elle avait pour première caractéristique sa soumission aux enseignements de l’Esprit par les apôtres. L’Église n’enseigne pas; elle est enseignée et est soumise à la Parole donnée par l’Esprit.

Ils persévéraient non seulement dans la doctrine des apôtres, mais aussi dans la communion des apôtres. Leur vie pratique et communautaire était ancrée dans la compagnie des apôtres. Auparavant ils avaient tout en commun avec le monde: maintenant leur communion avec le monde a pris fin; elle a été remplacée par la communion avec le cercle des apôtres — et la communion apostolique est «avec le Père et avec son Fils Jésus Christ» (1 Jean 1:3).

Ils persévéraient également dans la fraction du pain, le signe de la mort de leur Seigneur et aussi, comme nous l’apprenons par 1 Corinthiens 10:17, une expression de communion. Ils avaient ainsi constamment devant eux la mort de leur Seigneur et étaient préservés de retourner à leurs anciennes associations.

Enfin ils persévéraient dans les prières. Ils n’avaient pas de puissance en eux-mêmes; celle-ci venait tout entière de leur Seigneur dans la gloire et de l’Esprit qui leur avait été donné. Aussi une dépendance continuelle de Dieu était-elle nécessaire pour le maintien de leur vie et de leur témoignage spirituels.

Ces traits distinguaient l’Église primitive et ils devraient caractériser l’Église aujourd’hui. Les points mentionnés dans les derniers versets du chapitre n’ont pas un caractère aussi permanent. Les apôtres, et avec eux les prodiges et les miracles, ont disparu. La vie communautaire chrétienne, telle qu’elle était pratiquée au début, a également cessé d’exister, de même que la persévérance d’un commun accord dans le temple et la jouissance de la faveur de tout le peuple. Cependant c’était Dieu qui dirigeait tout. La vente de leurs biens entraîna une grande pauvreté parmi les saints lors de la famine qui survint quelques années plus tard; elle devint l’occasion de ce ministère d’assistance de la part des assemblées d’entre les nations (voir Actes 11:27-30) qui a contribué dans une si large mesure à unir les Juifs et les Gentils dans l’Église de Dieu.

Pour le moment il y avait simplicité, joie et unité de cœur, accompagnées de beaucoup de louange montant à Dieu. Et le travail de Dieu, qui consistait à ajouter à l’Église le résidu croyant, se poursuivait.

 

Chapitre 3

Les Actes sont bien un livre historique, mais ils ne donnent pas un simple récit chronologique. Une très grande partie du service apostolique ne s’y trouve pas relaté; seuls sont mentionnés quelques incidents qui servent à montrer comment l’Esprit de Dieu opérait pour rendre témoignage de Jésus ressuscité et glorifié, et pour conduire les disciples dans la plénitude de la bénédiction chrétienne. Le livre des Actes couvre la période de transition allant du début de l’Église à Jérusalem au rassemblement complet de ceux d’entre les nations.

Ce chapitre 3 s’ouvre sur la guérison de l’infirme qui, boiteux dès le ventre de sa mère, se tenait à la porte du temple, appelée la Belle. Le chapitre suivant nous apprend que cet homme avait plus de quarante ans: il avait passé par la période complète de mise à l’épreuve. Il n’avait pas été guéri par le Seigneur Jésus qui pourtant avait si souvent enseigné dans le temple quand il était ici-bas, mais il l’a été par la puissance de Son nom, maintenant qu’Il était glorifié dans le ciel. Pierre n’avait ni argent ni or, mais il pouvait invoquer le nom de Jésus Christ le Nazaréen, et à l’instant l’homme connut une guérison triomphante. Combien de chrétiens sérieux se préoccupent aujourd’hui principalement de récolter de l’argent et de l’or pour soutenir l’œuvre du Seigneur, et négligent de faire appel à la puissance du nom du Seigneur! Ne nous sentons-nous pas nous-mêmes repris?

À cause de son infirmité, l’homme boiteux était soumis à certaines restrictions selon la loi; maintenant, la grâce l’ayant délivré de son handicap, il pouvait entrer librement dans le temple, et les apôtres qui avaient été les instruments de sa guérison ne pouvaient pas demeurer cachés, puisqu’il les tenait par la main. Cela donne à Pierre l’occasion de rendre témoignage. D’emblée il s’efface de la scène, avec Jean, afin que Jésus glorifié la remplisse.

La hardiesse de Pierre est remarquable. Il accuse le peuple d’avoir renié «le Saint et le Juste», alors qu’il avait lui-même renié son Seigneur peu de semaines auparavant. Ils avaient eu à choisir entre «le Prince [l’Auteur] de la vie» et «un meurtrier», c’est-à-dire quelqu’un qui ôte la vie. Ils avaient mis à mort le premier, lui préférant le second. Mais Dieu avait ressuscité d’entre les morts Celui qu’ils avaient tué et ainsi ils ont été pris en rébellion flagrante contre Dieu. En outre, cet infirme avait retrouvé «l’entière disposition de tous ses membres» par la puissance de ce nom de Jésus Christ, par la foi. Ils ne pouvaient pas voir la gloire de Jésus dans le ciel, mais ils avaient été les témoins du miracle opéré en Son nom sur la terre. La guérison sur la terre était liée à la gloire dans le ciel.

Le verset 17 montre que Dieu était prêt à traiter leur crime odieux comme un péché par ignorance — comme un homicide involontaire, pour lequel il y a la ressource d’une ville de refuge, et non pas comme un meurtre. C’était une réponse directe à la prière du Seigneur sur la croix: «Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font». Par leur acte coupable, Dieu avait accompli son propos en relation avec les souffrances de Christ; aussi y avait-il encore une offre de grâce pour eux en tant que nation. Pierre leur fait cette offre, présentée dans les versets 19 à 26 de notre chapitre. Tout dépendait de leur repentance et de leur conversion.

Nous ne pouvons pas affirmer que Pierre ait eu à l’esprit le passage d’Ésaïe 35:6 et 7 lorsqu’il parle «des temps de rafraîchissement», mais il semble bien que ces versets aient été dans la pensée de l’Esprit qui parlait par Pierre. Lorsque «le boiteux sautera comme le cerf», alors «des eaux jailliront dans le désert, et des rivières dans le lieu stérile». Mais tout ce rafraîchissement annoncé par Ésaïe est pour «les rachetés du Seigneur», et pour eux seuls. C’est pourquoi ces temps ne devaient être introduits que par la repentance et une conversion complète; si elles étaient réalisées, Dieu enverrait Jésus Christ pour apporter ces bénédictions.

On s’est servi à tort de l’expression «rétablissement de toutes choses» pour lui faire dire qu’à la fin Dieu sauverait et restaurerait tout le monde — même le diable. Mais le verset dit: «le rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé..». Il s’agit de choses et non de personnes, et de choses dont Dieu avait parlé par ses prophètes dès le commencement. Dieu accomplira chacune de ses paroles et il établira en Christ tout ce qui a failli entre les mains des hommes. Ce temps ne viendra pas avant que Jésus lui-même soit venu et, puisqu’Il est le prophète dont Moïse avait parlé, toutes choses seront rétablies quand il viendra, et tous ceux qui ne l’écouteront pas seront exterminés du milieu du peuple. Il y aura une période de bénédiction telle qu’il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde.

Pierre fait donc là, de la part de Dieu, une offre positive: si à ce stade la nation comme telle se repentait et se tournait vers Dieu, Jésus reviendrait et établirait les temps de bénédiction qui avaient été annoncés. Dans le dernier verset de ce chapitre il ajoute encore qu’indépendamment de leur réponse, Dieu avait suscité Jésus et l’avait envoyé pour les bénir, en les détournant de leurs méchancetés. Nous avons tous besoin de ces deux éléments, savoir, premièrement d’avoir nos péchés judiciairement effacés et, secondement, d’être détournés de nos méchancetés, afin que celles-ci perdent leur puissance sur nous.

 

Chapitre 4

Nous trouvons dans les premiers versets la réponse à cette offre, réponse donnée par les chefs de la nation. L’offre était basée sur la résurrection du Seigneur Jésus, ce qui la rendait particulièrement offensante pour les sadducéens et pour les sacrificateurs qui étaient de ce parti. Et ils la rejettent de la manière la plus absolue en faisant arrêter les apôtres. Mais l’œuvre de Dieu se poursuit par un nombre croissant de conversions, comme l’indique le verset 4. Et le lendemain lorsque Pierre comparaît devant le sanhédrin, c’est pour lui une nouvelle occasion de rendre témoignage en répondant aux questions qui lui sont posées au sujet de la puissance et du Nom par lesquels il avait agi.

Le Nom et la puissance étaient ceux de Jésus Christ le Nazaréen qu’ils avaient crucifié et que Dieu avait glorifié. En Lui, le verset 22 du psaume 118 avait eu son accomplissement et Pierre va élargir son témoignage en partant du particulier pour aller au général. La puissance du Nom était manifeste devant leurs yeux dans le cas particulier de l’homme boiteux qui avait été guéri; elle était la même pour le salut des hommes en général. La guérison physique de l’homme n’était qu’un signe de la guérison spirituelle que le nom de Jésus apporte. Jésus de Nazareth, le méprisé, est la seule porte du salut.

Les versets 13 à 22 montrent de la manière la plus frappante combien le témoignage de Pierre était justifié. Selon les normes du monde, les apôtres étaient des hommes illettrés et du commun, mais ils avaient été avec Jésus et ils avaient de la hardiesse; et cela impressionne les membres du sanhédrin qui étaient prêts à les condamner. Trois éléments les en empêchent:

- «Ils n’avaient rien à opposer» (v. 14);
-
Ils doivent confesser: «nous ne pouvons le nier» (v. 16);
- Ils ne trouvent pas «comment ils pourraient les punir» (v. 21).

Lorsque les hommes veulent discréditer une chose quelconque, ils cherchent en général d’abord à la nier si c’est possible. Sinon, ils trouvent un moyen ou un autre de la critiquer, de la dénaturer au besoin. Enfin, si cela ne réussit pas, ils s’en prennent aux personnes impliquées: ils les noircissent et les punissent. Le sanhédrin a recouru à ces trois moyens bien connus, qui ont cependant tous échoué, parce que ces hommes combattaient contre Dieu. Ils ne peuvent que menacer les apôtres et leur enjoindre de ne plus proclamer le nom de Jésus. Pierre rejette leur ordre: Dieu ne leur avait-il pas commandé de prêcher au nom de Jésus? C’est Lui l’Autorité suprême à qui ils devaient obéir plutôt qu’à eux.

Nous avons ensuite, dans les versets 23 à 27, une belle image de l’Église primitive à Jérusalem. Relâchés par le sanhédrin, les apôtres vont «vers les leurs». Nous voyons par là que l’Église, à l’origine, était une compagnie distincte et séparée du monde, y compris du monde religieux du judaïsme. Ce point mérite une mention toute spéciale à une époque où le monde et l’Église sont tellement mélangés.

L’Église primitive trouve sa ressource dans la prière. Au milieu des circonstances difficiles, elle se tourne vers Dieu et non pas vers les hommes. Elle aurait pu demander un sanhédrin moins dominé par les sadducéens, plus libéral et plus ouvert, mais les croyants ne se sont pas agités pour l’obtenir; ils ont simplement recherché la face de Dieu, le Souverain des hommes.

Dans leur prière, ils sont ramenés à la parole de Dieu. Le psaume 2 répand sa lumière sur leur situation. L’interprétation de ce psaume indique qu’il est pour les derniers jours, mais ils en retirent l’application pour leur époque. L’Église primitive était caractérisée par la soumission à la Parole; elle trouvait dans cette Parole toute la lumière et toutes les directions dont elle avait besoin. C’est là aussi un point très important et instructif.

Ces croyants du commencement étaient encore caractérisés par un souci beaucoup plus grand pour la gloire du nom de Jésus que pour leurs aises et leur confort. Ils demandent non pas que les persécutions et l’opposition cessent, mais qu’ils aient toute hardiesse pour annoncer la Parole et qu’il se fasse des miracles pour la gloire de Son nom. L’Église est le lieu où ce Nom a tout son prix.

En conséquence, il y eut une manifestation exceptionnelle de la puissance de l’Esprit. Ils sont tous remplis du Saint Esprit; le lieu où ils sont assemblés est ébranlé et la prière par laquelle ils demandaient pour eux une hardiesse particulière est aussitôt exaucée. Plus encore, il leur est accordé ce qu’ils n’ont pas demandé: ils sont tous «un cœur et une âme». Cela découle évidemment de ce que le «seul et même Esprit» remplissait chacun d’entre eux. Si aujourd’hui tous les croyants étaient remplis de l’Esprit, ils seraient caractérisés par l’unité de cœur et d’esprit. C’est la seule manière de parvenir à une telle unité.

Le trait suivant, mentionné au verset 33, découle de cela. Il y a une grande puissance dans le témoignage que les apôtres rendent devant le monde. L’Église elle-même ne prêche pas mais, pleine de grâce et de puissance, elle soutient ceux qui annoncent la Parole. Alors comme maintenant la prédication est le fait de ceux que Dieu a appelés à ce service; mais la puissance avec laquelle ils s’en acquittent dépend dans une large mesure de l’état qui caractérise l’Église entière.

Les derniers versets montrent que si un témoigne puissant est rendu à l’extérieur, à l’intérieur on trouve l’amour et la sollicitude. La vie communautaire chrétienne, relevée à la fin du chapitre 2, continue. La distribution se faisait à chacun, «selon que l’un ou l’autre pouvait en avoir besoin». Il était pourvu non pas aux désirs, mais aux besoins de chacun, de sorte que personne ne manquait de rien. Plus tard, Paul a pu dire: «Je suis enseigné aussi bien à être rassasié qu’à avoir faim, aussi bien à être dans l’abondance qu’à être dans les privations» (Phil. 4:12), mais les saints à Jérusalem à cette époque n’ont pas fait ces expériences. Le fait d’y avoir échappé, alors que Paul a dû les connaître, a-t-il été un avantage pour eux? La question reste ouverte, bien que nous inclinions à penser qu’ils ont plutôt subi une perte. Quoi qu’il en soit, le geste de Barnabas est très beau; et l’amour et la sollicitude manifestés dans l’Église d’alors devraient exister aujourd’hui, même si la manière exacte de les exprimer peut varier.

 

Chapitre 5

Ce chapitre s’ouvre sur un incident solennel qui met en évidence un dernier trait caractéristique de l’Église primitive: la puissance de Dieu y exerçait une sainte discipline. Sans aucun doute le cas d’Ananias et de Sapphira est exceptionnel. Lorsque Dieu institue quelque chose de nouveau, il semble qu’il prend soin de signaler sa sainteté en faisant un exemple de ceux qui la défient. Il l’a fait à l’égard de l’homme qui, dans le désert, n’a pas gardé le sabbat (voir Nomb. 15:32-36), comme à l’égard d’Acan lorsque Israël commençait à entrer dans le pays de Canaan (voir Josué 7:18-26); il le fait ici à l’égard d’Ananias et de sa femme. Plus tard dans l’histoire d’Israël plusieurs ont violé le sabbat et plusieurs ont pris des biens interdits de Babylone sans subir pareil châtiment; et dans le cours de l’histoire de l’Église beaucoup ont agi avec dissimulation et ont menti sans être frappés de mort.

Dans ce cas, deux choses mauvaises très proches, la convoitise et la vanité, se cachaient derrière le mensonge. Ananias voulait garder pour lui une partie de l’argent tout en se donnant la réputation d’avoir consacré au Seigneur la somme entière, comme Barnabas l’avait fait. Telle est la pensée de la chair, même chez un saint. Combien d’entre nous n’ont jamais connu dans leur cœur des tentations coupables de ce genre? Dans ce cas toutefois, Satan était à l’œuvre et, par ce malheureux couple, il lance un défi direct au Saint Esprit présent dans l’Église. Le Saint Esprit relève le défi et manifeste sa présence de cette façon énergique et évidente. Pierre le discerne, lorsqu’il dit à Sapphira: «Comment êtes-vous convenus entre vous de tenter l’Esprit du Seigneur

Ainsi, le défi de Satan n’a fait que servir les intérêts du Seigneur et de Son évangile: les versets qui suivent le montrent. En premier lieu, cet incident provoque une grande crainte chez tous ceux qui en entendent parler et même dans toute l’assemblée. Nous avons ici un élément qui fait grandement défaut dans l’Église aujourd’hui — pour ne rien dire des hommes en général. La crainte de Dieu dans le cœur des saints est une chose très salutaire, et elle est tout à fait compatible avec le sentiment profond de l’amour de Dieu. Paul avait cette crainte dans la lumière du tribunal du Christ (voir 2 Cor. 5:10, 11), mais pour l’incrédule, il ne s’agira pas de crainte, ce sera une terreur positive. Une sainte crainte, venant d’un sentiment profond de la sainteté de Dieu, est très souhaitable.

Puis, comme l’indiquent le début du verset 12 et les versets 15 et 16, la puissance miraculeuse de Dieu exercée par l’intermédiaire des apôtres n’en est pas diminuée. Au contraire elle est accrue puisque la simple ombre de Pierre opère des miracles. La parenthèse des versets 12 à 14 permet de constater qu’après cet incident, on avait de la crainte à se joindre à la compagnie des croyants. Ce n’était cependant pas réellement une perte, car cela arrêtait tout ce qui n’aurait été qu’un mouvement de masse et qui aurait introduit de la fausseté dans l’Église. Le verset 14 montre que la véritable œuvre de Dieu n’a pas été entravée. De simples professants peuvent être ajoutés à l’Église, mais seuls sont ajoutés au Seigneur ceux en qui une œuvre de Dieu s’est opérée pour la vie. Ainsi la triste affaire d’Ananias et de Sapphira a tourné au bien de l’Église, même si, pour l’observateur superficiel, elle peut sembler être un coup dur porté à son avenir.

Après cette intervention particulière de Dieu en bénédiction, nous voyons au verset 17 Satan reprendre l’offensive. Les sacrificateurs et les sadducéens, remplis de jalousie, arrêtent de nouveau les apôtres. Dieu répond en envoyant un ange ouvrir les portes de la prison et libérer ses serviteurs. Le lendemain, lorsque leur fuite est découverte, ils sont une nouvelle fois arrêtés, mais sans violence. Par leurs paroles, les sacrificateurs reconnaissent la puissance de Dieu qui s’est exercée et admettent que Jérusalem a été remplie de l’enseignement des apôtres. Mais ils manifestent la dureté de leur cœur en déclarant: «Vous voulez faire venir sur nous le sang de cet homme». Ils avaient pourtant dit: «Que son sang soit sur nous et sur nos enfants!» En fait Dieu allait les prendre au mot et amener ce sang sur eux.

La réponse de Pierre est brève et simple: «Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes». Puis une fois encore il résume pour eux leur témoignage et le répète. L’Esprit Saint et eux-mêmes étaient témoins de la résurrection de Jésus qu’ils avaient, eux, mis à mort. Mais Dieu l’avait exalté, non pas pour être en ce moment le Juge qui ferait tomber sur leurs têtes coupables la condamnation, mais comme Prince et Sauveur, afin de donner la repentance à Israël et la rémission des péchés. La repentance, aussi bien que le pardon, est considérée comme un don.

Quoique la grâce et le pardon soient encore le contenu du message de Pierre, les Juifs sont remplis de rage. La grâce suppose le péché et la culpabilité, ce qu’ils n’étaient pas disposés à admettre. Aussi tiennent-ils conseil pour les faire mourir. Satan est meurtrier dès le commencement, et sous son influence, leurs cœurs sont remplis de pensées de meurtre. Mais Dieu a de nombreux moyens de contrecarrer les mauvais desseins des hommes et, dans ce cas, il se sert de la sagesse mondaine du célèbre Gamaliel, celui qui a eu pour disciple Saul de Tarse.

Gamaliel cite deux cas récents d’hommes qui s’étaient levés, «se disant être quelque chose», le genre de personnes auxquelles le Seigneur fait allusion en Jean 10, lorsqu’il parle de ceux qui montent par ailleurs et qui sont des voleurs et des larrons. Ces hommes ont tous péri, et Gamaliel émet la pensée que si Jésus avait été l’un de ces faux bergers, et non pas le vrai Berger d’Israël, son dessein aussi aurait été réduit à néant. L’avertissement de Gamaliel est entendu et les apôtres sont relâchés, mais non sans avoir été battus et avoir reçu l’ordre de mettre fin à leur témoignage.

Le sanhédrin se mettait à faire la guerre à Dieu; les apôtres se réjouissent d’avoir été estimés dignes de souffrir pour le Nom et ils continuent à rendre témoignage avec zèle tant en public dans le temple que d’une manière plus privée, de maison en maison.

 

Chapitre 6

Le grand adversaire, Satan lui-même, était derrière toutes les attaques et les difficultés auxquelles l’Église primitive à Jérusalem devait faire face. C’est lui qui a poussé les sadducéens à user de violence et d’intimidations. C’est lui qui a incliné le cœur d’Ananias au mensonge et a ainsi introduit la corruption, tentant l’Esprit du Seigneur. Mais maintenant que ses premières attaques ont été déjouées, il agit d’une façon plus subtile: il va exploiter les petits différends qui existaient au sein de l’Église elle-même. Les «Hellénistes» mentionnés dans le premier verset de ce chapitre n’étaient pas des Gentils; c’étaient des Juifs de langue maternelle grecque venus des pays d’où ils avaient été chassés, tandis que les «Hébreux» étaient les Juifs natifs de Jérusalem et de la Palestine.

La première difficulté survenue à l’intérieur de l’Église, et la plus grande — celle causée par Ananias — était en relation avec l’argent. Si la deuxième ne concernait pas l’argent, elle touchait un domaine très proche, puisqu’il s’agissait de la distribution des ressources journalières, conséquence de la mise en commun de toutes choses. Dans le premier cas, le trouble provenait de la volonté d’amasser des biens; dans le second, il venait de la répartition de l’argent ou de son équivalent. Ceux qui venaient de loin s’estimaient défavorisés par rapport aux indigènes. Le grave incident du chapitre précédent n’avait donné lieu qu’à une petite difficulté, car celle-ci avait été immédiatement réglée dans la puissance de l’Esprit; tandis que les murmures peu importants de notre chapitre ont créé un très grand problème, comme nous allons le voir. Il en a presque toujours été ainsi dans l’histoire de l’Église: les cas les plus difficiles à régler sont ceux où, à la base, il n’y a pratiquement rien à régler.

C’est un «murmure» qui s’est élevé, mais les apôtres n’ont pas attendu qu’il se transforme en un cri puissant. Ils discernent le but de Satan qui était de les détourner de la prédication de la Parole pour les orienter vers un service social, aussi prennent-ils les mesures nécessaires pour mettre fin à toutes les objections. Ils invitent l’assemblée à choisir, pour s’occuper de cette affaire, sept hommes «qui aient un bon témoignage, pleins de l’Esprit Saint et de sagesse». Il fallait que leur service soit caractérisé par une sagesse et une honnêteté au-delà de tout reproche.

Dans cette affaire, l’Église devait choisir ceux qui rempliraient ce service; mais alors il s’agissait de la distribution de fonds et de nourriture qu’elle-même avait fournis. Nous ne voyons jamais que l’Église soit appelée à choisir ou à nommer des anciens, des surveillants ou ministres de la Parole: en effet, les dons de grâce ou dons spirituels dont ceux-ci font part ne leur sont pas donnés par l’Église, mais viennent de Dieu. Leur désignation et leur ordination appartiennent donc à Dieu seul. Paul, s’adressant aux anciens d’Éphèse, leur dit: «L’Esprit Saint vous a établis surveillants». Dieu désigne ceux qu’il appelle à administrer sa grâce.

Les apôtres continuent ainsi à persévérer dans la prière et dans le service de la Parole. Pour ceux qui sont enseignés, c’est la Parole qui vient en premier (voir 1 Tim. 4:5), car nous ne prierons correctement que dans la mesure où nous sommes instruits dans la Parole. Pour ceux qui servent, la prière a la première place, car sans elle, ils ne présenteront pas fidèlement la Parole.

Tout comme la sagesse avait caractérisé les apôtres, la grâce l’emporte dans l’Église. En effet, les sept hommes choisis ont tous des noms qui trahissent une origine grecque plutôt que d’entre les Hébreux, et l’un d’entre eux est qualifié de prosélyte, ce qui sous-entend qu’il venait même d’entre les Gentils. De cette manière la multitude prenait soin de faire taire tous les murmures et toutes les questions, fondés ou non. Les apôtres s’identifient à ce choix en imposant les mains aux sept hommes après avoir prié. L’adversaire derrière la scène était une nouvelle fois mis en échec.

En fait, c’était davantage qu’un échec pour lui: non seulement les apôtres n’ont pas été détournés du service de la parole de Dieu, mais celle-ci connut une forte croissance et il y eut de nombreuses conversions; même une grande foule de sacrificateurs fut touchée. En outre, l’un des sept, Étienne, devint un instrument spécial de la grâce et de la puissance de l’Esprit de Dieu; à tel point que le reste de notre chapitre et tout le chapitre 7 nous relatent ce que Dieu a opéré par son moyen jusqu’au moment de son martyre.

La puissance opérant en Étienne est si manifeste qu’elle suscite de l’opposition dans d’autres endroits. Les hommes des différentes synagogues mentionnées dans le verset 9 appartenaient apparemment tous à la classe grecque, comme Étienne lui-même. Face à la puissance de l’Esprit en Étienne, leur habileté à raisonner n’a aucun poids, aussi ont-ils recours au stratagème habituel des faux témoins et de la violence. Au verset 11, ils placent Moïse avant Dieu; car ils savent bien ce qui est le plus apte à exciter les passions de la foule pour laquelle Moïse, un homme, était plus réel que le Dieu invisible. De même, au verset 13, «le saint lieu» qui était là devant leurs yeux est mentionné avant la loi; et enfin «les coutumes que Moïse nous a enseignées» étaient probablement ce qui leur tenait le plus à cœur. Ils traînent alors Étienne devant le sanhédrin et l’accusent de blasphémer et de présenter Jésus de Nazareth comme le destructeur de leur saint lieu et de leurs coutumes. Leur accusation avait ceci de vrai que la venue de Jésus avait effectivement marqué un nouveau départ dans les voies de Dieu.

La controverse entre la nation et Dieu était ainsi portée en public. Ils jettent le gant et Dieu relève le défi en remplissant Étienne de son Esprit au point que son visage en est transformé et que tout le monde le voit. Par sa bouche, le Saint Esprit va donner un dernier témoignage contre la nation. Le sanhédrin est mis en accusation devant Dieu par le Saint Esprit s’exprimant par l’homme même qu’ils accusaient.

 

Chapitre 7

L’histoire du peuple a commencé lorsque Dieu appela Abraham à quitter son pays et sa parenté pour se rendre dans le pays qu’il lui montrerait où il deviendrait une grande nation. Cela nous est rapporté en Genèse 12:1-3; c’est un événement qui a fait époque. Nous ne pouvons en effet manquer de remarquer que les chapitres 1 à 11 du livre de la Genèse couvrent une période plus longue que celle qui remplit le reste de l’Ancien Testament. L’appel d’Abraham marque un nouveau départ dans les voies de Dieu envers la terre et c’est à ce point qu’Étienne commence son discours.

La Genèse nous dit que l’Éternel apparut à Abraham; mais Étienne le connaît et parle de lui sous un jour nouveau. L’Éternel qui est apparu à Abraham est le Dieu de gloire, le Dieu de scènes infiniment plus glorieuses que ce que le monde peut offrir, même sous ses aspects les meilleurs et les plus beaux. Cela explique sans doute comment Abraham, par la foi, a pu saisir les choses célestes dont il est parlé en Hébreux 11:10-16. Appelé par le Dieu de gloire, il a eu au moins un aperçu de la cité et du pays où la gloire demeure. Étienne commence son discours par cette note élevée et le termine, comme nous le savons, par Jésus dans la gloire de Dieu.

Le but principal de ce discours remarquable était manifestement d’amener le peuple à la conviction de leur culpabilité, tant celle de leurs pères que la leur, en résistant aux opérations de Dieu par son Esprit tout au long de leur existence. Étienne insiste particulièrement sur ce qui s’est passé chaque fois que Dieu a suscité des serviteurs pour instituer quelque chose de nouveau dans leur histoire. Celle-ci a été marquée par toute une série de tournants, plus ou moins significatifs. Le premier a été l’appel d’Abraham, mais ensuite il y a eu Joseph, Moïse, Josué, David, Salomon; tous sont mentionnés bien qu’Étienne s’attarde davantage sur les trois premiers que sur les trois derniers. Aucun d’entre eux n’a vraiment trouvé d’écho auprès d’eux, et même Joseph et Moïse ont été complètement rejetés au début. Il termine par la septième intervention, qui mettait dans l’ombre toutes les précédentes: la venue du Juste, et c’est Lui qu’ils venaient de mettre à mort.

Étienne montre très clairement que les chefs juifs de son temps ne faisaient que répéter, sous une forme aggravée, le péché de leurs pères. Les patriarches vendirent Joseph en Égypte parce qu’ils étaient «pleins d’envie»; et Matthieu rapporte les efforts que fit Pilate pour relâcher Jésus, «car il savait qu’ils l’avaient livré par envie». Pour Moïse aussi. «Qui t’a établi chef et juge sur nous?» Cette parole qui le fit s’enfuir a été prononcée par l’un de ses frères et non pas par un Égyptien. Sa réjection n’est pas venue de l’extérieur, elle est due aux siens. Pour Jésus, il en a été de même.

Le chapitre 2 de l’Exode ne nous parle pas de la renommée et de la puissance de Moïse à la fin des quarante premières années de sa vie dans les termes du verset 22 de notre chapitre. Il était un homme instruit, puissant dans ses paroles et dans ses actions lorsqu’il lui vint au cœur de s’identifier à son propre peuple, qui était le peuple de Dieu. Après ce pas, il a dû éprouver un choc terrible en voyant qu’il était rejeté par eux. À la parole de l’un d’entre eux, il s’enfuit. Nous lisons en Hébreux 11:27 qu’il ne craignit pas la colère du roi, toutefois il ne put supporter ce refus de la part des siens. Il avait agi dans la conscience de ses capacités exceptionnelles, et maintenant il devait être instruit par Dieu derrière le désert pendant quarante ans pour apprendre que ses capacités n’étaient rien et que la puissance de Dieu était tout. En cela, il est en contraste avec notre Seigneur, bien qu’il en soit un type dans la réjection qu’il a dû connaître.

Leurs pères ont rejeté une nouvelle fois ce Moïse après qu’il les eut délivrés de leur captivité et conduits dans le désert. En le rejetant, c’est en fait l’Éternel qu’ils rejetaient, pour se livrer à l’idolâtrie sous une forme très grossière. Non seulement lorsqu’ils furent dans le pays, mais dans le désert déjà ils étaient négligents à l’égard des sacrifices à l’Éternel et se livraient aux idoles, préparant ainsi la voie de la captivité à Babylone. Dieu avait pourtant encore suscité David, et puis Salomon avait construit le temple. Mais eux se glorifiaient de la maison (voir Jér. 7:4), comme si la simple possession de ces bâtiments garantissait tout, alors qu’en fait Dieu habite dans les cieux des cieux, bien au-delà des plus magnifiques édifices de la terre.

Les dernières paroles d’Étienne (v. 51-53) sont empreintes d’une grande puissance. Elles constituent une sorte d’appendice aux paroles du Seigneur lui-même rapportées en Matthieu 23:31-36, et terminent l’acte d’accusation par la terrible conclusion qu’ils ont livré et mis à mort le Juste. Leur position devant Dieu était fondée sur la loi, et bien qu’ils l’aient reçue par la disposition des anges, ils ne l’avaient pas gardée. La loi transgressée par une idolâtrie flagrante et la mise à mort du Messie: voilà les deux grands chefs d’accusation contre les Juifs, et les deux sont mis en évidence à la fin du discours d’Étienne.

Par la bouche d’Étienne, le Saint Esprit avait complètement retourné la situation et les persécuteurs d’Étienne se trouvent maintenant au banc des accusés au lieu d’occuper les sièges des juges. La manière abrupte dont Étienne termine son récit historique pour prononcer l’accusation de Dieu contre eux doit avoir conféré une puissance toute particulière à ses paroles. Le coup porte; ils sont remplis de rage.

Une seule personne est calme et c’est évidemment Étienne. Plein de l’Esprit, il a une vision surnaturelle de la gloire de Dieu et de Jésus dans cette gloire; et il rend aussitôt témoignage de ce qu’il voit. Ézéchiel avait vu «la ressemblance d’un trône» et «une ressemblance comme l’aspect d’un homme, dessus, en haut» (Ezéch. 1:26); Étienne, lui, voit non pas simplement une «ressemblance» ou un «aspect», mais l’Homme lui-même debout à la droite de Dieu. Jésus, celui qui a été crucifié, est maintenant l’Homme de la droite de Dieu: il est le puissant Chef par qui Dieu administrera l’univers!

Dans son discours, Étienne avait mentionné que Joseph était devenu le sauveur de ses frères, malgré son rejet par eux, et que finalement, ils avaient tous dû se prosterner devant lui. Il avait aussi rappelé que Moïse, qui avait d’abord été rejeté, était devenu à la fois le conducteur et le libérateur d’Israël. Maintenant il rend témoignage d’un fait semblable mais infiniment plus grand en relation avec Jésus. Le Juste qu’ils ont mis à mort va devenir leur Juge, et à la fin, pour ceux qui le reçoivent, il sera le grand Libérateur. Sa présence dans la gloire en était le gage, et Étienne le voyait là.

Tout à fait incapables de réfuter les paroles d’Étienne ou de leur résister, les chefs juifs se précipitent sur lui pour le mettre à mort, accomplissant ainsi les paroles du Seigneur rapportées en Luc 19:14, où nous lisons qu’après le départ de l’homme noble, ses concitoyens qui le haïssaient envoyèrent après lui une ambassade disant: «Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous». Jésus était encore «debout» dans la gloire; il était prêt à accomplir ce que Pierre avait annoncé au chapitre 3:20, si seulement ils se repentaient. Ils ne se repentent pas, mais scellent violemment leur refus en lapidant Étienne, l’envoyant à la suite de son Maître. Un jeune homme nommé Saul occupe une place importante en relation avec ce meurtre: il consent à cette mort et joue en quelque sorte le rôle de superviseur de son exécution. Ainsi, l’histoire de Saul commence au point où s’achève celle d’Étienne.

Étienne, le premier martyr chrétien, termine sa courte et remarquable carrière comme son Seigneur. Plein de l’Esprit, il a la vision de Jésus dans la gloire. Il n’a rien de plus à dire aux hommes; ses dernières paroles sont adressées à son Seigneur. Il Lui remet son esprit, et s’étant mis à genoux, il prie pour ses meurtriers. Qui aurait jamais pu prévoir la réponse merveilleuse que lui accorde son Seigneur glorifié: la conversion de Saul, un meurtrier par excellence? La prière que le Seigneur Jésus fit monter sur la croix pour ses meurtriers a été exaucée par la prédication de l’évangile, en commençant par Jérusalem; la prière d’Étienne l’a été par la conversion de Saul. Le chapitre 22:20 montre que Saul ne l’a jamais oublié.

 

Chapitre 8

Non satisfaits d’avoir mis à mort Étienne, les chefs religieux déclenchent alors à Jérusalem la première grande persécution contre l’Église; Saul y a un rôle particulièrement en vue. Comme un loup, il ravage l’assemblée, violant l’intimité des maisons pour s’emparer de ses victimes. Cela entraîne la dispersion des disciples dans les provinces de la Judée et de la Samarie. Or, selon les paroles du Seigneur à ses disciples au chapitre 1, verset 8, ces provinces devaient venir après Jérusalem, mais avant que leur mission ne s’étende jusqu’au bout de la terre. Ainsi nous avons là encore un cas où Dieu se sert de la colère de l’homme pour l’avancement de ses propos. Pourtant, fait remarquable, les apôtres auxquels ce mandat avait été confié font exception à la règle. Ils restent à Jérusalem.

Le récit continue alors sans plus les mentionner pour parler de ceux qui sont allés çà et là, annonçant la Parole, et plus particulièrement de Philippe, un autre parmi les sept. Il descend dans une ville de la Samarie et prêche. La puissance de Dieu l’accompagne et il en résulte une grande bénédiction, comme toujours lorsqu’un serviteur de Dieu marche dans la ligne directe du propos de Dieu. C’est le Seigneur lui-même qui avait semé la semence parmi les Samaritains; nous le voyons en Jean 4. Ils avaient alors été nombreux à reconnaître qu’Il était véritablement le Christ, et non pas simplement à dire: «Celui-ci n’est-il point le Christ?» Maintenant Philippe, venant au milieu d’eux, annonce Christ comme Celui qui est mort, ressuscité et glorifié; il en résulte une riche moisson. Et une grande joie se répand dans cette ville.

Son message étant reçu, Philippe se met à leur annoncer «les bonnes nouvelles touchant le royaume de Dieu». Et beaucoup sont baptisés. Simon le magicien est l’un d’entre eux; lui aussi «crut» et fut «baptisé». Il se trouve en présence d’une Puissance infiniment plus grande que celle des esprits immondes avec lesquels il avait eu affaire auparavant, comme nous le voyons au verset 7.

Un point remarquable dans cette œuvre en Samarie, c’est que malgré le nombre de personnes qui avaient cru l’évangile et qui avaient été baptisées, aucune n’avait reçu le don du Saint Esprit. L’ordre présenté par Pierre au chapitre 2:38 n’a pas été observé dans le cas des Samaritains. Nous sommes certains que Dieu avait une raison particulière de l’avoir voulu ainsi. Il y a toujours eu une rivalité religieuse entre Jérusalem et la Samarie, comme en témoigne Jean 4; et il y aurait eu une forte tendance à transférer cette querelle ancienne dans les conditions nouvelles. Il en serait résulté une Église samaritaine indépendante, sinon rivale de l’Église à Jérusalem et ainsi l’expression pratique de la vérité du «seul corps» aurait été mise en danger avant même d’être révélée. C’est pourquoi ils ne reçurent l’Esprit que lorsque Pierre et Jean furent venus et leur eurent imposé les mains, identifiant par là formellement les apôtres et l’Église à Jérusalem avec ces nouveaux croyants de la Samarie. L’unité de l’Église était préservée.

Le don du Saint Esprit a été la ligne de séparation entre ce qui était réel et ce qui ne l’était pas. Être baptisé n’était pas forcément une preuve de réalité; le don de l’Esprit l’était. C’est ainsi qu’en Samarie, Simon, baptisé, n’avait pas reçu le Saint Esprit. Les versets 12 et 16 nous montrent que celui qui se faisait baptiser professait par là son entrée dans le royaume de Dieu et son identification au nom du Seigneur Jésus, qu’il reconnaissait comme son nouveau Maître, tout comme autrefois Israël avait été baptisé pour Moïse (voir 1 Cor. 10:2). Simon s’était soumis à tout cela, mais lorsqu’il fut mis à l’épreuve, il apparut qu’il n’y avait pas de réalité en lui. Jamais il n’aurait dit: «Donnez-moi ce pouvoir» s’il l’avait possédé. Et il ne le comprenait pas non plus puisqu’il offre de l’argent.

Quel coup terrible pour Simon, qui jusque-là dominait la population de Samarie par sa magie, de découvrir que la foule possédait maintenant une puissance en présence de laquelle ses actes ténébreux n’avaient plus de valeur! Ils avaient reçu le don du Saint Esprit et lui était resté en dehors. Il est alors amené à se démasquer en offrant de l’argent aux apôtres. Il veut non seulement acquérir l’Esprit pour lui-même, mais aussi avoir le pouvoir de le transmettre à d’autres par l’imposition des mains. Il calcule sans doute que s’il possédait un tel pouvoir, l’argent investi pour l’acquérir serait un placement très profitable.

Ces versets nous donnent la troisième manifestation de ce mal dans le cercle de ceux qui avaient été baptisés: il y a d’abord eu Ananias; puis les murmures en relation avec les veuves qui étaient négligées; et enfin Simon le magicien. Remarquons que chaque fois l’argent est en cause. Dans ce troisième cas, nous voyons le début des efforts de Satan pour transformer la foi pure en Christ en une religion qui rapporte. À Samarie, ce n’était qu’un petit filet d’eau en provenance d’un seul homme. Il ne devait pas tarder à devenir un fleuve, apportant d’immenses richesses à Rome. Dans le système religieux qui y a son siège, tout ce qui est présenté comme un don de Dieu peut être acquis avec de l’argent.

Pierre n’épargne pas Simon le magicien. Il lui dit clairement que cette mauvaise pensée trahissait que son cœur n’était pas droit devant Dieu, qu’il était tout à fait en dehors de la vraie foi de Christ et que lui et son argent périraient. Les paroles de Pierre annoncent sans aucun doute prophétiquement le jugement qui s’abattra à la fin sur le grand système ecclésiastique qui, au cours des siècles, a transformé le christianisme en «religion de l’argent».

Un rayon d’espoir subsistait pour Simon; Pierre le lui présente au verset 22. Il pouvait se repentir et alors le pardon lui était encore offert. Remarquons comment, indépendamment de ses paroles, la pensée même de son cœur est caractérisée par la méchanceté — une illustration de ce verset des Proverbes: «Le plan de la folie est péché» (chap. 24:9). Retenu dans l’esclavage de l’argent, il était dans un lien d’iniquité et d’amertume. L’amour de l’argent est «une racine de toutes sortes de maux»; il est à l’origine d’une grande partie de l’amertume qui remplit la terre. Pierre invite Simon à supplier Dieu; mais sa réponse, rapportée dans le verset 24, semble indiquer qu’il n’a pas eu la repentance qui l’aurait amené à prier lui-même, et qu’il voulait s’assurer l’intercession de Pierre en sa faveur sans rien avoir à payer. À partir de ce jour, des multitudes ont dépensé d’énormes sommes dans l’espoir d’obtenir l’intercession de Pierre!

Le verset 1 de notre chapitre nous a montré que les apôtres ne s’étaient pas pressés de quitter Jérusalem. Philippe avait été un pionnier dans la Samarie; mais maintenant que Pierre et Jean sont descendus, ils enseignent la Parole aux convertis et évangélisent aussi plusieurs villages des Samaritains avant de retourner à Jérusalem. Mais le travail de défrichage n’est pas achevé et pour le poursuivre, l’ange du Seigneur s’adresse à Philippe, et non pas aux apôtres.

L’obéissance simple et instantanée de Philippe aux instructions du Seigneur est très remarquable. Il est appelé à quitter le lieu où son travail portait tant de fruits pour se rendre dans la région désertique située au sud-ouest de Jérusalem. Le récit nous montre que dès qu’il entendit: «Lève-toi, et va», Philippe «se levant, s’en alla», bien que ses frères aient pu penser qu’il se fourvoyait et faisait preuve d’excentricité en agissant ainsi. S’il ne savait pas, au départ, quel était le but de ce déplacement, il ne devait pas tarder à le découvrir. En effet, ses pas sont guidés de manière à le placer sur le chemin d’un Éthiopien occupant une position élevée, qui recherchait Dieu. Selon le peu de lumière que cet homme possédait, il avait entrepris un voyage fatigant pour venir à Jérusalem. Il était arrivé trop tard pour retirer quelque bénéfice du temple, car celui-ci n’était plus reconnu comme maison de Dieu. Il arrivait aussi trop tard pour rencontrer le Seigneur qui avait été rejeté et élevé dans le ciel. Néanmoins, il repartait avec un livre important des écritures de l’Ancien Testament; et sur son chemin de retour, il ne lui manquait plus qu’une seule chose.

C’est pour lui apporter cette seule chose que Philippe est envoyé, car Dieu ne permettrait pas qu’un Éthiopien élève les mains vers lui sans recevoir une réponse. Il avait besoin de la lumière du Nouveau Testament; or celui-ci n’était pas encore écrit, et Philippe est envoyé pour lui apporter le message du Nouveau Testament. L’Esprit de Dieu dirigeait tout, aussi tout s’ajuste-t-il avec une remarquable perfection. L’Éthiopien venait d’arriver dans sa lecture au milieu d’Ésaïe 53 quand Philippe l’interpelle; son esprit vif était occupé de la question que ce chapitre soulève immanquablement dans les pensées de tout lecteur intelligent: le prophète dit-il cela de lui-même ou de «quelque autre»? L’Éthiopien pose sa question; Philippe part de ce verset pour lui annoncer «Jésus».

Luc résume pour nous dans ce saint Nom tout le message de Philippe à l’Éthiopien; et c’est facile à comprendre si nous nous souvenons de la manière dont il nous est présenté et est interprété en Matthieu 1:21. Tout ce dont cet homme avait besoin, la lumière et le salut, est en Jésus; et il le trouve pendant que Philippe lui parle. Ésaïe 53 présente justement Jésus comme la victime expiatoire: le substitut qui a passé par la mort, comme celui dont la vie a été ôtée de la terre. Et l’Éthiopien qui connaissait manifestement quelque chose du baptême et de sa signification, exprime le désir d’être identifié avec Lui dans sa mort.

Dans le baptême, nous sommes «identifiés avec lui... dans la ressemblance de sa mort» (Rom. 6:5), et il estime que rien ne l’empêche d’être identifié de cette manière avec celui en qui il croit maintenant. Le verset 37 doit être omis, n’étant supporté par aucun manuscrit sérieux: mais rien n’empêchait, bien que l’eunuque n’ait pas été un Juif, et ainsi Philippe le baptise.

Voilà comment le premier Gentil a été atteint et baptisé, et qu’il est retourné vers son peuple avec la connaissance du Sauveur. Philippe disparaît de devant ses yeux encore plus rapidement qu’il n’était apparu, mais ayant cru en Jésus, et non pas en Philippe, l’Éthiopien n’en est pas particulièrement troublé: il continue son chemin tout joyeux. Sa foi s’était attachée non pas à Philippe, mais à celui que Philippe avait annoncé. Pour lui ce n’était pas Jérusalem, mais Jésus; ce n’était pas davantage Philippe, mais Jésus. S’attacher au prédicateur contribue à affaiblir; s’attacher au Sauveur donne la force spirituelle.

Quant à Philippe, la manière surnaturelle selon laquelle il est transporté à Azot ne le déconcerte nullement. Il se dirige vers le nord en évangélisant les villes sur son passage jusqu’à Césarée. Sept fois dans ce chapitre, il est question d’annoncer la Parole ou de prêcher, et cinq fois nous trouvons dans l’original le mot que nous avons repris dans notre langue: évangéliser. Ce sont les versets 4 (annoncer, voir note c), 12 (annoncer les bonnes nouvelles), 25 (évangéliser), 35 (annoncer) et 40 (évangéliser). Et dans trois de ces cinq cas c’est Philippe qui évangélise. Il n’est ainsi pas surprenant qu’il soit appelé plus tard «Philippe l’évangéliste» (chap. 21:8).

La conversion de l’Éthiopien indique que le temps de la bénédiction pour les Gentils était arrivé. Il est comme l’hirondelle avant-coureur, annonçant la venue de l’été. Le chapitre 9 relate l’appel et la conversion de celui qui sera l’apôtre des Gentils. Comme souvent, le choix du Seigneur se fixe sur la personne à laquelle nous nous serions le moins attendus. Le persécuteur des saints va devenir le serviteur par excellence du Seigneur. À cet effet il passe par un chemin exceptionnel. Le Seigneur lui-même s’occupe directement de lui, à l’exclusion de toute intervention humaine dans les choses essentielles.

 

Chapitre 9

Saul est encore rempli de fureur et de menace lorsque le Seigneur l’arrête sur le chemin de Damas et se révèle à lui dans une lumière du ciel qui brille comme un éclair non seulement autour de lui, mais aussi dans sa conscience. Nous trouvons dans ce récit les traits caractéristiques essentiels de toute vraie conversion. Il y a la lumière qui pénètre la conscience, la révélation du Seigneur Jésus au cœur, la conviction de péché dans le «Pourquoi me persécutes-tu?» et la fin de toute opposition, de tout sentiment de sa propre importance dans l’humble «Que dois-je faire, Seigneur?» Quand on a trouvé Jésus, que la conscience est touchée, qu’on se soumet humblement à Jésus comme Seigneur, il y a conversion réelle, même si l’âme a encore beaucoup à apprendre. La manière dont le Seigneur a agi envers Paul était éminemment personnelle, aussi ses compagnons de route, bien qu’étonnés, ne comprennent rien à ce qui se passe.

Cette révélation remarquable du Seigneur rend Paul littéralement aveugle à l’égard du monde qui l’entoure. Conduit à Damas, il y passe trois jours qu’il n’oubliera jamais, au cours desquels la signification de la révélation pénètre son âme. Étant aveugle, il n’est distrait par rien et ne se préoccupe même pas de manger ou de boire. Avant de commencer son service, Ézéchiel était resté assis parmi les captifs auprès du fleuve Kebar «stupéfait, là au milieu d’eux, sept jours» (Ézéch. 3:15). Saul n’est resté que trois jours dans cet état à Damas, mais il a passé par des expériences infiniment plus profondes. Les versets 12 à 17 de 1 Timothée 1, nous en donnent une idée. Il a été saisi par l’énormité de sa culpabilité comme «le premier» des pécheurs, mais plus encore par l’immensité de la grâce du Seigneur, par laquelle il a obtenu miséricorde. Au cours de ces trois jours il a passé spirituellement par un processus de mort et de résurrection. C’est alors qu’ont été posés dans son âme les fondements de ce qu’il a exprimé plus tard: «Je suis crucifié avec Christ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi» (Gal. 2:20).

Au cours de ces trois jours, Saul voit en vision un homme nommé Ananias venir et lui imposer les mains pour qu’il recouvre la vue, et c’est effectivement ce qui a lieu. Ananias arrive pour accomplir ce qui a été communiqué à Saul; il se présente à lui comme le messager du Seigneur, de Jésus, et lui annonce que non seulement il recouvrirait la vue, mais qu’il allait être rempli de l’Esprit Saint. À ce moment Saul était un croyant, car l’Esprit Saint n’est donné qu’à ceux qui ont cru.

Une fois que l’œuvre essentielle a été opérée dans l’âme de Saul, le Seigneur se sert d’un instrument humain. Deux remarques s’imposent à l’égard de ce serviteur. D’abord, il n’était qu’un disciple, pas spécialement en vue semble-t-il. Il convenait que le seul homme qui devait apporter une aide à Saul soit caractérisé par une grande humilité. Saul avait joué un rôle très important comme adversaire et il allait bientôt avoir une place prééminente comme serviteur du Seigneur. Il a été assisté par un disciple humble et modeste, mais qui se tenait suffisamment près du Seigneur pour recevoir ses instructions et s’entretenir avec Lui. Il en est souvent ainsi dans les voies de Dieu. En second lieu, Ananias habitait à Damas; il était par conséquent de ceux contre lesquels Saul avait respiré menace et meurtre. Ainsi l’un de ces croyants que Saul n’aurait pas hésité à mettre à mort est envoyé auprès de celui qu’il peut appeler «Saul, frère», pour qu’il recouvre la vue et qu’il soit rempli de l’Esprit Saint. De cette manière extraordinaire Saul reçoit le bien en retour du mal qu’il avait fait.

Les jours pendant lesquels Saul a été aveugle, tant physiquement que mentalement, ont maintenant pris fin: il est baptisé au nom de celui qu’il avait jusque-là méprisé et haï; et il marche avec ceux qu’il voulait détruire, étant devenu l’un d’eux. Il a été appelé comme «un vase d’élection»; ainsi son service commence aussitôt. Jésus lui a été révélé comme le Christ et le Fils de Dieu; et c’est comme tel qu’il l’annonce, prouvant par les Écritures qu’Il est le Christ, à la confusion de ses amis d’autrefois. Ceux-ci se transforment alors rapidement en ennemis acharnés et tiennent conseil ensemble pour le tuer, comme lui-même peu auparavant avait voulu tuer les saints. Il avait eu la pensée d’entrer à Damas entouré d’une certaine pompe comme représentant des autorités à Jérusalem. Il y entre comme un homme humble et aveugle et il en ressort sans aucune dignité, dévalé dans une corbeille, pour échapper à la haine des Juifs.

Dès le début Saul est ainsi amené à passer lui-même par ce qu’il avait fait subir aux autres. De retour à Jérusalem, il est confronté très naturellement à la méfiance des disciples; ils ne le reçoivent que grâce à l’intervention de Barnabas, qui leur raconte ce que le Seigneur a fait pour Saul et comment celui-ci s’est converti. Barnabas est en quelque sorte la lettre de recommandation de Saul. À Jérusalem, Saul rend ouvertement témoignage; il entre en conflit avec les Hellénistes, ceux-là même qui portaient une si grande responsabilité dans la lapidation d’Étienne. Maintenant ils sont prêts à mettre à mort celui qui alors avait gardé leurs vêtements. Tout ceci fait partie des voies gouvernementales de Dieu. Le fait que le Seigneur avait manifesté envers lui une telle grâce lors de sa conversion n’empêchait pas que, selon ces voies gouvernementales, il doive moissonner ce qu’il avait semé.

Menacé de mort, Saul doit quitter Tarse, sa ville natale. On peut se demander quand se situe le séjour en Arabie dont il parle en Galates 1:17. Il semblerait que ce soit pendant les «jours en grand nombre» mentionnés au verset 23 de notre chapitre, car Paul dit qu’il est retourné de nouveau à Damas. S’il en est bien ainsi, la fuite de Damas lorsqu’il fut dévalé dans une corbeille par la muraille eut lieu après son retour d’Arabie. Quoi qu’il en soit, c’est son départ pour la lointaine Tarse qui inaugure la période marquée par le calme et l’édification pour les assemblées, période au cours de laquelle celles-ci se multiplièrent.

Le verset 32 nous ramène à l’activité de Pierre; il nous montre que si l’Esprit de Dieu opérait avec une si grande puissance ailleurs, il n’avait pas cesse pour autant de travailler par ce serviteur. Il y a d’abord eu à Lydde une œuvre remarquable: la guérison d’un paralytique. Puis à Joppé, Pierre est l’instrument de la résurrection de Dorcas; et ainsi plusieurs dans cette ville crurent au Seigneur. C’est alors que Pierre fait un séjour prolongé chez Simon, le corroyeur.

Pendant ce même temps l’Esprit de Dieu avait opéré dans le cœur de Corneille, le centurion romain, et y avait produit la piété et la crainte de Dieu, accompagnées d’aumônes et de prières à Dieu. Le moment était venu d’amener cet homme, et ses amis animés des mêmes sentiments, dans la lumière de l’évangile. Or «les clefs du royaume des cieux» avaient été confiées à Pierre (Matt. 16, 19); et de même qu’il s’en était servi le jour de la Pentecôte pour recevoir les élus d’entre les Juifs, il s’en sert maintenant en faveur de ceux d’entre les Gentils. Notre chapitre relate comment Dieu a appelé et converti l’homme qui allait être l’apôtre des Gentils; le chapitre suivant nous montre comment Pierre va être libéré de ses préjugés et conduit à ouvrir la porte de la foi aux Gentils, préparant ainsi le chemin pour le ministère de l’apôtre Paul.

 

Chapitre 10

Ce chapitre s’ouvre sur le message d’un ange à Corneille, lui disant d’envoyer des hommes à Joppé et de faire venir Pierre. Cela ne suscite aucune difficulté: Corneille obéit immédiatement. Remarquons que l’ange ne fait pas un long discours à Corneille. Le message de la grâce ne peut être transmis correctement que par un homme qui lui-même est un objet de la grâce. Aussi fallait-il faire venir Pierre. Dieu n’avait pas été insensible aux prières et aux aumônes de Corneille: elles exprimaient que son cœur recherchait sincèrement Dieu. Si après avoir entendu l’évangile il avait ignoré son message et était retourné à ses prières et à ses aumônes, cela aurait été différent. Elles ne seraient alors pas «montées pour mémorial devant Dieu».

La manière dont Dieu prépare Pierre par une extase nous est ensuite rapportée. Là, des difficultés surgissent, car Pierre est encore sous l’emprise de pensées judaïques et il faut qu’il en soit délivré. Les auditeurs étaient prêts mais le prédicateur ne l’était pas encore. Nous lisons qu’il «monta sur le toit pour prier»; il était donc dans l’attitude qui convenait pour recevoir les directives nécessaires. D’une part il y a un homme exercé qui priait et d’autre part un serviteur qui priait. Et les résultats sont remarquables.

La grande toile que Pierre voit, descend d’un ciel ouvert. Elle renferme toutes les espèces de créatures, tant pures qu’impures. Et elle est de nouveau élevée au ciel. Pierre est invité à satisfaire sa faim en mangeant; il aurait pu le faire en choisissant à cet effet un animal pur. Mais comme ces bêtes étaient toutes mélangées, Pierre refuse. Il lui est dit alors que Dieu peut purifier ce qui est impur — qu’il l’a fait — et que lui, Pierre, ne doit pas tenir pour impur ce que Dieu a purifié. Cela est répété trois fois, pour que Pierre soit bien pénétré dans son esprit de la signification de cette scène. Nous pouvons voir dans cette vision une image appropriée de l’évangile: dispensé depuis un ciel ouvert, il embrasse une multitude, comportant beaucoup de Gentils qui du point de vue cérémoniel étaient impurs, mais qui tous sont purifiés par grâce et finalement élevés au ciel.

Pierre a d’abord des doutes quant à la signification de toute cette scène, car les anciens préjugés meurent lentement; mais comme il est en perplexité à l’égard de cette vision, l’arrivée des messagers envoyés par Corneille vient clarifier la situation. L’Esprit lui dit distinctement d’aller avec ces hommes et d’apporter ainsi l’évangile à ce Romain exercé. Le Gentil «impur» doit être sauvé.

Au chapitre 8 nous avons vu avec quelle précision Dieu avait conduit Philippe à se joindre au char de l’Éthiopien. Ici nous voyons les serviteurs de Corneille arriver juste au bon moment pour confirmer à Pierre les instructions divines. La chose est de Dieu et Pierre est irrésistiblement poussé à agir.

Arrivés à Césarée, ils trouvent tout prêt dans la maison de Corneille. Lui aussi était conscient que tout procédait de Dieu, aussi ne doutait-il pas que Pierre viendrait, et il avait assemblé plusieurs personnes qui, comme lui, cherchaient Dieu. Le verset 25 nous révèle l’état d’esprit humble et soumis qui caractérisait Corneille. L’hommage qu’il rend est excessif; ce n’était toutefois pas peu de chose pour le Romain hautain de se jeter aux pieds de l’humble pêcheur galiléen.

Pierre se trouve maintenant en présence d’un grand nombre de Gentils et les premières paroles qu’il adresse à Corneille montrent qu’il a compris l’instruction reçue par la vision. La réponse de Corneille révèle la simplicité avec laquelle il avait reçu le message de l’ange et sa promptitude à obéir. Il avait accepté le doux reproche de Pierre lui disant: «Moi aussi je suis un homme»; il savait toutefois que Dieu était à l’œuvre et que la réunion devait avoir lieu comme en Sa présence. Par conséquent, il dit de lui-même et de ceux qu’il a rassemblés: «Nous sommes tous présents devant Dieu», prêts à entendre de la bouche du prédicateur «tout ce qui t’a été ordonné de Dieu». Ils étaient disposés à entendre tout. Combien de personnes veulent bien entendre des paroles agréables et réconfortantes, mais rejettent les déclarations plus exerçantes de l’évangile!

En commençant son message, Pierre mentionne qu’il comprenait maintenant que Dieu agrée toute âme qui le recherche sincèrement, selon la lumière qu’elle possède, indépendamment de la nation à laquelle elle appartient. La grâce de Dieu allait désormais se déverser richement au-delà des frontières d’Israël, bien que la parole annoncée par Dieu touchant Jésus Christ personnellement présent au milieu des hommes n’ait été envoyée qu’aux seuls enfants d’Israël. Mais cette parole avait été largement publiée à travers la Galilée et la Judée, de sorte que Corneille et ses amis, habitant ces contrées, la connaissaient bien. Tout ce qui concernait la vie et la mort de Jésus de Nazareth leur était familier.

Ainsi Pierre pouvait dire: «Vous connaissez la parole». Il y avait cependant des choses qu’ils ne connaissaient pas; et ce sont ces sujets d’une importance capitale qu’il va placer devant eux. La mort de Jésus avait été une manifestation publique et tout le monde était au courant de ce qui s’était passé. Sa résurrection n’avait eu que peu de témoins et, d’une manière générale, elle était niée avec l’appui des autorités religieuses, comme nous l’apprend Matthieu 28:11-15. Aussi Pierre annonce-t-il maintenant une nouvelle étonnante: le Jésus qui avait été crucifié a été ressuscité d’entre les morts par une intervention de Dieu; lui-même et les autres apôtres l’avaient vu, avaient mangé avec lui et avaient reçu le commandement de prêcher au peuple. Dans les versets 42 et 43, Pierre présente ce qu’il a été chargé d’annoncer.

Ces versets nous donnent les deux sujets de sa prédication, deux thèmes qui doivent avoir eu un grand retentissement chez ses auditeurs d’entre les Gentils. Premièrement, le Jésus que les hommes ont crucifié a été établi de Dieu juge des vivants et des morts. Sa crucifixion a été perpétrée tant par les Juifs que par les Gentils. Corneille devait en savoir les détails et connaître certaines personnes qui y avaient participé, si lui-même n’y avait pas joué un rôle. Il était au courant de la honte, du déshonneur et de l’échec apparent de cet Homme. Or, le Jésus méprisé apparaîtra, le moment venu, comme le Juge universel. Le destin de tous les hommes est entre Ses mains. Quelle déclaration surprenante, propre à terroriser tous ses adversaires!

Mais, en second lieu, avant que ce Juge s’asseye sur le trône du jugement, tous les prophètes rendent témoignage que le pardon est offert en son nom. Ce pardon est à la portée de «quiconque croit en lui». Le pardon au nom du Juge! Que pourrait-il y avoir de plus décisif et de plus immuable? Le Juge est devenu le garant des pécheurs, et ainsi celui qui croit en lui reçoit la rémission des péchés, avant que se lève le jour de la grande comparution des vivants et des morts.

Corneille et ses amis crurent. La foi était présente dans leur cœur avant même que le message leur ait été présenté. Dès qu’ils l’entendent, leur foi s’en saisit immédiatement, et Dieu sanctionne ce fait en répandant aussitôt sur eux le don du Saint Esprit. Leur foi a jailli comme un éclair et a été suivie tout de suite par le coup de tonnerre du Saint Esprit. Le Saint Esprit était répandu sur ces croyants d’entre les Gentils, comme il l’avait été au début sur les croyants d’entre les Juifs, avec ensuite le signe des langues. Les deux cas étaient identiques; aussi «les fidèles de la circoncision» qui étaient venus avec Pierre n’eurent-ils plus aucun doute. Rien n’empêchait que ces Gentils soient baptisés. Si Dieu les avait introduits par le baptême de l’Esprit dans le seul corps, les hommes ne pouvaient pas leur refuser l’entrée par le baptême d’eau parmi les croyants sur la terre.

Il y a cette seule différence entre Actes 2 et notre chapitre, que là les croyants durent d’abord se soumettre au baptême d’eau, pour recevoir ensuite seulement la promesse de l’Esprit. Ils devaient rompre leurs liens avec la masse rebelle de leur nation avant d’être bénis. Ici Dieu répand d’abord l’Esprit, car s’il ne l’avait pas fait, les Juifs avec leurs préjugés auraient fait obstacle à leur baptême et à leur réception. Ainsi Dieu les devance; en fait tout ce chapitre nous montre que l’ouverture de la porte de la foi aux Gentils procédait de Dieu pour l’accomplissement de Son propos. Il nous indique également qu’aucune loi rigide ne saurait être posée quant à la réception de l’Esprit. Celle-ci résulte toujours de la foi, mais elle peut avoir lieu avec ou sans le baptême, avec ou sans l’imposition des mains des apôtres (voir chap. 19:6).

 

Chapitre 11

Ce chapitre s’ouvre sur le trouble suscité à Jérusalem par les événements qui venaient de se produire à Césarée. Ceux qui étaient encore fortement marqués par le judaïsme reprochent à Pierre ce qu’il a fait. Pierre est alors amené à reprendre le sujet depuis le début et à le leur exposer par ordre afin que tous puissent voir que la chose était distinctement de Dieu. Il est remarquable que l’Esprit de Dieu ait jugé bon de nous laisser le récit fait par Pierre outre celui que nous a donné Luc comme historien dans le chapitre précédent. Cela souligne l’importance de ce qui s’est passé si discrètement dans la maison du centurion romain. C’est un événement qui certes a fait époque.