Livre
des Actes des Apôtres
par F.B. Hole
Chapitre 1er
Le début des Actes des apôtres se relie d’une manière très évidente à
l’évangile selon Luc. L’un et l’autre sont adressés au même Théophile et, si
l’on excepte quelques détails supplémentaires concernant les paroles du
Seigneur après Sa résurrection et une présentation un peu différente de Son
ascension, le chapitre 1er reprend le récit au point précis où
l’évangile s’arrêtait. L’évangile
conduit
jusqu’à Sa résurrection et Son ascension. Les Actes
partent
de ces faits glorieux et développent leurs conséquences.
Parlant de son évangile, Luc le décrit comme un «traité... sur toutes les
choses que Jésus
commença de faire et
d’enseigner».
Il vaut la peine de relever le mot «commença». Il implique que Jésus n’a pas
cessé de faire et d’enseigner au moment où il a été élevé au ciel,
disparaissant de la vue des hommes. Les Actes nous disent ce qu’il a
fait
ensuite, en répandant de la part du Père le Saint Esprit pour pouvoir agir
par lui dans des apôtres et d’autres serviteurs. De même, en lisant les
épîtres, nous apprenons ce qu’il a
enseigné
par les apôtres au temps convenable. Avant d’être élevé, il a donné aux
apôtres les ordres nécessaires «par l’Esprit Saint», alors qu’à ce moment
ils ne l’avaient pas encore reçu. Dans son évangile, Luc nous a présenté le
Seigneur comme l’homme parfait, agissant toujours dans la puissance de
l’Esprit; nous le voyons dans la même lumière ici dans les Actes.
Pendant quarante jours, il s’était présenté comme Celui qui vit au-delà du
pouvoir de la mort; cela avait fourni plusieurs preuves assurées de sa
résurrection. À l’occasion de ces contacts avec ses disciples, il leur avait
parlé des choses concernant le royaume de Dieu, et leur avait commandé
d’attendre à Jérusalem la venue de l’Esprit. Jean, qui avait baptisé avec de
l’eau, avait désigné le Seigneur comme celui qui baptiserait de l’Esprit
Saint. Et c’est ce baptême qu’ils devaient recevoir dans peu de jours.
Le Seigneur avait parlé du royaume de Dieu, mais leurs esprits étaient
encore occupés de la restauration du royaume pour Israël. Ils ressemblaient
en cela aux deux disciples d’Emmaüs, avec cette différence qu’ils savaient
maintenant que le Seigneur était ressuscité. Leur question lui fournit
l’occasion d’indiquer le programme pour la dispensation qui allait s’ouvrir.
Et nous retrouvons ce que nous avons vu en Luc 24: le Centre du programme
n’est pas Israël mais Christ. La venue de l’Esprit donnerait aux apôtres de
la puissance, non pas pour travailler à la restauration d’Israël, mais pour
être ses témoins — pour rendre témoignage de Christ jusqu’au bout de la
terre. Les quatre cercles du témoignage mentionnés à la fin du verset 8 nous
donnent une manière de subdiviser ce livre. C’est d’abord le témoignage
rendu à Jérusalem et, jusqu’à la fin du chapitre 7, il s’agit de cette ville
et de la Judée. Au chapitre 8, c’est la Samarie, au chapitre 9, l’appel de
celui qui portera l’évangile aux Gentils et, au chapitre 13, la mission
«jusqu’au bout de la terre».
Il peut sembler qu’il y a une contradiction entre le verset 7 et ce que
l’apôtre Paul écrit en 1 Thessaloniciens 5:1 et 2. Mais ce qui est souligné
dans cette épître, c’est qu’ils savaient parfaitement ce qui devait arriver
quant aux voies de Dieu à l’égard de la terre, tandis qu’ici nous voyons que
nous ne pouvons pas savoir
quand
cela arrivera, puisque le Père a réservé cet aspect à sa seule autorité.
Notre affaire est de rendre un témoignage vrai et fidèle à Christ. Il faut
arriver au verset 14 du chapitre 15 pour que l’effet de ce témoignage soit
établi d’une manière claire.
Ayant dit ces choses, Jésus fut élevé de la terre et une nuée — sans doute
celle dont il est parlé en Luc 9:34 — le cacha de devant les yeux des
disciples. Mais deux messagers célestes se tinrent à côté d’eux pour
compléter la déclaration que le Seigneur venait de leur faire. Leur
mission
consistait à rendre témoignage d’un Christ glorifié, mais
l’espérance
placée devant eux était son retour de la même manière qu’il s’en était allé.
Son départ n’était pas figuratif, typique ou mystique, mais réel et
littéral. De même sa venue sera réelle et littérale.
Dix jours devaient s’écouler avant la venue de l’Esprit, et le reste du
chapitre nous relate comment ces jours d’attente furent remplis. Le nombre
des disciples à Jérusalem s’élevait à environ cent vingt et leur temps était
consacré à la prière et la supplication. Il ne pouvait pas y avoir de
témoignage avant le don de l’Esprit, mais ils pouvaient se tenir sur le
terrain sûr de la dépendance totale de Dieu, et y demeurer.
En outre, ils pouvaient se référer aux Écritures et en faire l’application à
la situation dans laquelle ils se trouvaient, puisque le Seigneur leur avait
ouvert l’intelligence pour comprendre, comme nous le voyons en Luc 24. Il
est remarquable que Pierre soit celui qui prenne l’initiative à cette
occasion, vu qu’il avait péché si gravement quelque six semaines auparavant
seulement. Cela montre qu’il avait été complètement restauré par le
Seigneur, et il peut alors mettre en relation de cette manière frappante les
versets 25 du psaume 69 et 8 du psaume 109. Par «charge de surveillant», il
faut entendre «ce service et cet apostolat» dont il est parlé au verset 25
de notre chapitre. Le contenu des versets 18 et 19 n’a bien évidemment pas
été prononcé par Pierre; il s’agit d’une parenthèse dans laquelle Luc nous
donne des détails sur la fin horrible de Judas.
Un caractère essentiel de l’apostolat était la connaissance directe du
Sauveur ressuscité. Un apôtre devait pouvoir rendre témoignage de lui comme
l’ayant vu personnellement dans son état de résurrection; cela explique la
troisième question posée par Paul en 1 Corinthiens 9:1. Paul l’a vu, non pas
pendant les quarante jours, mais plus tard dans tout l’éclat de sa gloire.
Toutefois, dès le début il devait y avoir les douze témoins apostoliques, et
ainsi Matthias fut choisi. Il est recouru à la pratique de l’Ancien
Testament consistant à jeter le sort: une direction comme celle qui sera
donnée au chapitre 13:2 ne pouvait pas être connue avant le don du Saint
Esprit.
Chapitre 2
La lecture du chapitre 23 du Lévitique nous montre que, de même que la Pâque
parlait prophétiquement de la mort de Christ, la Pentecôte annonçait la
venue de l’Esprit dans la puissance duquel «une offrande de gâteau nouvelle»
était présentée à Dieu: deux pains des premiers fruits, des croyants tirés
tant d’entre les Juifs que d’entre les Gentils, sanctifiés par le Saint
Esprit. Et comme ce que la Pâque préfigurait a eu lieu le jour même de
Pâque, c’est le jour de la Pentecôte qui a vu la réalisation de ce que la
Pentecôte signifiait. Sur Jésus, l’Esprit est descendu comme une colombe;
sur les disciples, il est venu comme le son d’un souffle violent et
impétueux et comme des langues divisées de feu. Le vent, perceptible à
l’oreille, évoque ce que le Seigneur lui-même a fait et dont il nous est
parlé en Jean 20:22: «Il souffla en eux». Les langues de feu faisaient appel
aux yeux, et étaient absolument uniques. Le vent remplit
tout;
les langues se posèrent sur
chacun.
Nous
pouvons lier au premier la puissance intérieure et aux secondes,
l’expression de la puissance dans ces «autres langues, selon que l’Esprit
leur donnait de s’énoncer». Lorsque Jésus était ici-bas, on pouvait
l’entendre, le voir et le toucher (voir 1 Jean 1:1). Lorsque l’Esprit vint,
on l’entendit et on le vit, mais sous cette forme mystérieuse.
Il est important de faire d’emblée la distinction entre d’une part le grand
fait
de la présence de l’Esprit et, d’autre part, les
signes
et
manifestations
de sa présence qui sont très variés. Le premier est le don effectif de
l’Esprit auquel il est fait allusion en Jean 7:39 et 14:16 (il est vrai que,
comme il ne s’agissait ici que de Juifs, il y a eu une autre occasion, outre
celle-ci, où l’Esprit a été répandu sur les Gentils croyants au chapitre 10,
verset 45). Venu ainsi, l’Esprit demeure avec les saints pendant toute cette
dispensation. Suite à ce don de l’Esprit, ils en furent tous remplis;
l’Esprit avait ainsi le plein contrôle de chacun d’eux. Il faut également
distinguer entre le
don
de l’Esprit et le
fait d’être rempli
de l’Esprit, puisqu’il est possible de posséder le premier sans avoir le
second, comme nous le verrons plus loin. Ici nous trouvons les deux
ensemble.
Ceux sur qui l’Esprit descendit étaient des gens qui
priaient,
imitant en cela leur Seigneur. Ils étaient aussi tous d’un
commun accord
et par conséquent ils étaient tous ensemble dans un
même
lieu.
Ce lieu n’est pas spécifié; ce peut très bien avoir été la chambre haute du
chapitre 1, mais il est plus vraisemblable qu’il s’agissait d’une cour du
temple, tel le portique de Salomon, vu que les foules entendirent ce que
l’Esprit donnait d’énoncer. Quoi qu’il en soit, c’était quelque chose de
réel et puissant qui ne pouvait demeurer caché. Dans une sphère limitée,
c’était l’inverse de ce qui s’était produit à Babel. Là ce que l’homme dans
son orgueil bâtissait avait été
arrêté
par la confusion des langues; ici Dieu signalait le
début
de l’édifice spirituel qu’il construisait en donnant aux hommes la maîtrise
des langues et en soumettant celles-ci à un ordre.
Un autre contraste apparaît dans le fait que lors de la construction du
tabernacle dans le désert, quand l’Éternel prit possession de son habitation
par la nuée de sa présence, il commença aussitôt à parler à Moïse au sujet
des sacrifices. La liaison entre Exode 40:35 et Lévitique 1:1 et 2 le
montre. Dans notre chapitre, Dieu prend possession de sa nouvelle maison
spirituelle par l’Esprit, et de nouveau tout de suite il parle par ses
apôtres inspirés. De grandes foules de différents pays entendent «les choses
magnifiques de Dieu».
La perplexité des auditeurs fournit l’occasion de rendre témoignage. Pierre
est le porte-parole des onze, qui sont là pour confirmer ce qu’il dit. Et il
commence par leur citer le passage qui donne l’explication de tout ce qui
s’est passé. Joël avait annoncé que l’Esprit serait répandu sur toute chair
aux derniers jours, et ce qui venait de se produire n’en était qu’un
accomplissement, et non pas l’accomplissement. L’expression dont Pierre se
sert: «C’est ici ce qui a été dit» implique que ce qui avait eu lieu était
de la même nature
que l’événement annoncé par Joël, mais n’était pas nécessairement la
réalisation pleine et complète que la prophétie avait en vue. Jean le
Baptiseur avait dit de Jésus: «Celui-là... baptise de l’Esprit Saint» (Jean
1:33). Joël avait annoncé que l’Esprit serait répandu sur toute chair après
la repentance d’Israël et la destruction de leurs ennemis. Le jour de la
Pentecôte il y en eut une sorte de prémices quand l’Esprit fut répandu sur
ceux qui constituaient le noyau de l’Église. Telle était la véritable
explication de ce qui s’était produit. Les apôtres n’étaient pas pleins de
vin doux mais remplis de l’Esprit.
Pierre ne s’arrête toutefois pas là; il va montrer
pourquoi
ce baptême de l’Esprit a eu lieu. Il venait directement de Jésus, exalté
maintenant à la droite de Dieu. Nous le verrons au verset 33; mais dès le
verset 22, Pierre replace en pensée ses auditeurs devant les scènes de la
crucifixion, de la résurrection et de l’exaltation du Seigneur. Jésus le
Nazaréen avait été, de manière très manifeste, approuvé de Dieu pendant les
jours de son ministère, et pourtant ils l’avaient fait périr par la main
d’hommes iniques. Il avait été livré «par le conseil défini et par la
préconnaissance de Dieu», car Dieu sait tourner la colère de l’homme à sa
louange et la faire accomplir à ses desseins de bénédiction. Mais cela ne
diminue en rien la responsabilité de l’homme. Le verset 23 montre clairement
que la souveraineté de Dieu et la responsabilité de l’homme ne sont pas en
opposition pour ce qui en est des résultats pratiques, même si en théorie
nous avons de la peine à les concilier.
Ce qu’ils ont
fait
dans leur méchanceté, Dieu l’a
anéanti
en triomphe. L’opposition entre leurs plans et ceux de Dieu était complète.
Cela annonçait leur défaite et leur rejet total le moment venu, d’autant
plus que la résurrection avait été prévue par Dieu et prédite par David dans
le psaume 16. Or David ne peut pas avoir dit cela de lui-même, car il a été
enseveli et à cette époque, l’emplacement de son sépulcre était bien connu
d’eux tous. C’est de Christ qu’il parle lorsqu’il dit que son âme n’a pas
été laissée en hadès et que sa chair n’a pas vu la corruption. Et cela a eu
son accomplissement: non seulement Jésus a été ressuscité, mais il a été
élevé dans le ciel.
Comme Homme exalté, Jésus a reçu de la part du Père l’Esprit Saint promis et
l’a répandu sur ses disciples. À son baptême, il a reçu l’Esprit Saint
pour lui-même
comme Homme dépendant; il reçoit maintenant ce même Esprit Saint
pour
d’autres
comme étant leur Représentant. Lorsque cet Esprit fut répandu, ces autres
furent baptisés en un seul corps et furent constitués Ses membres. Nous
l’apprenons ailleurs.
Dans les versets 34 à 36, Pierre fait un pas de plus dans son argumentation
et la porte à son point culminant. David avait annoncé prophétiquement que
son Seigneur serait exalté à la droite de Dieu. David lui-même n’était pas
monté dans les cieux, il n’était pas plus ressuscité d’entre les morts.
Celui dont il parlait devait occuper le siège de l’administration et de la
puissance jusqu’à ce que ses ennemis soient mis pour marchepied de ses
pieds. D’où la conclusion qui s’impose: ce qu’ils avaient vu et entendu,
l’Esprit répandu, prouve sans doute possible que Dieu a fait et Seigneur et
Christ ce Jésus qui avait été crucifié.
Comme Seigneur, il est le grand
Administrateur
pour Dieu, soit en bénédiction, soit en jugement. Le fait de répandre
l’Esprit était un acte administratif qui a révélé qu’il était le Seigneur.
En tant que Christ, il est le
Chef
oint de toutes choses, et en particulier de la petite poignée des siens
laissés sur la terre. Le fait que pour eux il a reçu du Père l’Esprit avant
de le répandre a manifesté qu’il était le Christ.
S’il a été «fait» Seigneur et Christ, cela n’implique nullement qu’il n’ait
pas été l’un et l’autre pendant qu’il était ici-bas. Il a toujours été
Seigneur et Christ, mais maintenant, comme Homme exalté et glorifié, il
était établi officiellement en tant que tel. Quelle nouvelle merveilleuse
pour nous, mais combien terrible pour ceux qui s’étaient rendus coupables de
sa crucifixion! Elle ne faisait que confirmer leur condamnation s’ils
persistaient dans leur voie.
L’Esprit qui vient de descendre sur les disciples se met maintenant à
travailler la conscience de nombreux auditeurs. Commençant à réaliser la
situation désespérée dans laquelle la résurrection du Seigneur les a placés,
ils sont saisis dans leur cœur et réclament du secours. Pierre indique la
repentance et le baptême au nom de Jésus Christ comme étant le chemin pour
la rémission des péchés et le don du Saint Esprit; et au verset 39, il
montre que la promesse de Joël s’adresse aux Israélites repentants, à leurs
enfants, et aussi à tous ceux qui sont loin: les Gentils. Ainsi l’extension
des bénédictions de l’évangile aux Gentils est présentée dans le premier
sermon chrétien. La rémission des péchés et le don de l’Esprit englobent
toutes les bénédictions chrétiennes.
Il est frappant que Pierre ne mentionne pas la foi. Mais celle-ci est
comprise, car celui qui ne croyait pas au Seigneur Jésus ne se serait jamais
soumis au baptême en Son nom. La signification du baptême c’est la mort, et
par conséquent la rupture avec la vie et les relations anciennes. Or
personne n’aurait voulu rompre ses liens avec son ancien genre de vie s’il
n’avait pas une foi réelle en Celui qui était le Seigneur de la vie
nouvelle. Par plusieurs autres paroles Pierre les conjurait et les exhortait
à briser leurs liens et à se sauver ainsi de cette «génération perverse».
Il y avait de la foi puisque environ trois mille personnes reçurent les
paroles de Pierre. Une heure auparavant elles avaient le cœur saisi
d’angoisse et tourmenté. Maintenant elles reçoivent l’évangile et rompent
leurs liens avec le passé par le baptême. S’étant ainsi séparées de leur
nation coupable dans son ensemble d’avoir crucifié son Seigneur, elles
viennent s’ajouter aux cent vingt du début, dont le nombre se trouve de ce
fait multiplié par vingt-six en un jour. De plus, elles ne s’arrêtent pas à
ce
premier pas,
mais elles sont caractérisées par la
persévérance.
Les quatre traits qui sont attribués à ces croyants au verset 42 valent la
peine d’être relevés. Ils persévéraient d’abord dans la doctrine, ou
l’enseignement, des apôtres. C’est la base de tout. Les apôtres étaient ceux
à qui le Seigneur avait dit: «Quand celui-là, l’Esprit de vérité, sera venu,
il vous conduira dans
toute la vérité»
(Jean 16:13). Leur doctrine était par conséquent le fruit de la direction de
l’Esprit. L’Église existait maintenant, et elle avait pour première
caractéristique sa
soumission aux
enseignements de l’Esprit par les apôtres.
L’Église n’enseigne pas; elle est enseignée et est soumise à la Parole
donnée par l’Esprit.
Ils persévéraient non seulement dans la doctrine des apôtres, mais aussi
dans la communion des apôtres.
Leur vie pratique et
communautaire était ancrée dans la compagnie des apôtres.
Auparavant ils avaient tout en commun avec le monde: maintenant leur
communion avec le monde a pris fin; elle a été remplacée par la communion
avec le cercle des apôtres — et la communion apostolique est «avec le Père
et avec son Fils Jésus Christ» (1 Jean 1:3).
Ils persévéraient également dans la fraction du pain, le signe de la mort de
leur Seigneur et aussi, comme nous l’apprenons par 1 Corinthiens 10:17,
une expression de
communion.
Ils avaient ainsi constamment devant eux la mort de leur Seigneur et étaient
préservés de retourner à leurs anciennes associations.
Enfin ils persévéraient dans les prières. Ils n’avaient pas de puissance en
eux-mêmes; celle-ci venait tout entière de leur Seigneur dans la gloire et
de l’Esprit qui leur avait été donné. Aussi
une dépendance
continuelle de Dieu
était-elle nécessaire pour le maintien de leur vie et de leur témoignage
spirituels.
Ces traits distinguaient l’Église primitive et ils devraient caractériser
l’Église aujourd’hui. Les points mentionnés dans les derniers versets du
chapitre n’ont pas un caractère aussi permanent. Les apôtres, et avec eux
les prodiges et les miracles, ont disparu. La vie communautaire chrétienne,
telle qu’elle était pratiquée au début, a également cessé d’exister, de même
que la persévérance d’un commun accord dans le temple et la jouissance de la
faveur de tout le peuple. Cependant c’était Dieu qui dirigeait tout. La
vente de leurs biens entraîna une grande pauvreté parmi les saints lors de
la famine qui survint quelques années plus tard; elle devint l’occasion de
ce ministère d’assistance de la part des assemblées d’entre les nations
(voir Actes 11:27-30) qui a contribué dans une si large mesure à unir les
Juifs et les Gentils dans l’Église de Dieu.
Pour le moment il y avait simplicité, joie et unité de cœur, accompagnées de
beaucoup de louange montant à Dieu. Et le travail de Dieu, qui consistait à
ajouter à l’Église le résidu croyant, se poursuivait.
Chapitre 3
Les Actes sont bien un livre historique, mais ils ne donnent pas un simple
récit chronologique. Une très grande partie du service apostolique ne s’y
trouve pas relaté; seuls sont mentionnés quelques incidents qui servent à
montrer comment l’Esprit de Dieu opérait pour rendre témoignage de Jésus
ressuscité et glorifié, et pour conduire les disciples dans la plénitude de
la bénédiction chrétienne. Le livre des Actes couvre la période de
transition allant du début de l’Église à Jérusalem au rassemblement complet
de ceux d’entre les nations.
Ce chapitre 3 s’ouvre sur la guérison de l’infirme qui, boiteux dès le
ventre de sa mère, se tenait à la porte du temple, appelée la Belle. Le
chapitre suivant nous apprend que cet homme avait plus de quarante ans: il
avait passé par la période complète de mise à l’épreuve. Il n’avait pas été
guéri par le Seigneur Jésus qui pourtant avait si souvent enseigné dans le
temple quand il était ici-bas, mais il l’a été par la puissance de Son nom,
maintenant qu’Il était glorifié dans le ciel. Pierre n’avait ni argent ni
or, mais il pouvait invoquer le nom de Jésus Christ le Nazaréen, et à
l’instant l’homme connut une guérison triomphante. Combien de chrétiens
sérieux se préoccupent aujourd’hui principalement de récolter de l’argent et
de l’or pour soutenir l’œuvre du Seigneur, et négligent de faire appel à la
puissance du nom du Seigneur! Ne nous sentons-nous pas nous-mêmes repris?
À cause de son infirmité, l’homme boiteux était soumis à certaines
restrictions selon la loi; maintenant, la grâce l’ayant délivré de son
handicap, il pouvait entrer librement dans le temple, et les apôtres qui
avaient été les instruments de sa guérison ne pouvaient pas demeurer cachés,
puisqu’il les tenait par la main. Cela donne à Pierre l’occasion de rendre
témoignage. D’emblée il s’efface de la scène, avec Jean, afin que Jésus
glorifié la remplisse.
La hardiesse de Pierre est remarquable. Il accuse le peuple d’avoir renié
«le Saint et le Juste», alors qu’il avait lui-même renié son Seigneur peu de
semaines auparavant. Ils avaient eu à choisir entre «le Prince [l’Auteur] de
la vie» et «un meurtrier», c’est-à-dire quelqu’un qui ôte la vie. Ils
avaient mis à mort le premier, lui préférant le second. Mais Dieu avait
ressuscité d’entre les morts Celui qu’ils avaient tué et ainsi ils ont été
pris en rébellion flagrante contre Dieu. En outre, cet infirme avait
retrouvé «l’entière disposition de tous ses membres» par la puissance de ce
nom de Jésus Christ, par la foi. Ils ne pouvaient pas voir la gloire de
Jésus dans le ciel, mais ils avaient été les témoins du miracle opéré en Son
nom sur la terre. La guérison sur la terre était liée à la gloire dans le
ciel.
Le verset 17 montre que Dieu était prêt à traiter leur crime odieux comme un
péché par ignorance — comme un homicide involontaire, pour lequel il y a la
ressource d’une ville de refuge, et non pas comme un meurtre. C’était une
réponse directe à la prière du Seigneur sur la croix: «Père, pardonne-leur,
car ils ne savent ce qu’ils font». Par leur acte coupable, Dieu avait
accompli son propos en relation avec les souffrances de Christ; aussi y
avait-il encore une offre de grâce pour eux en tant que nation. Pierre leur
fait cette offre, présentée dans les versets 19 à 26 de notre chapitre. Tout
dépendait de leur repentance et de leur conversion.
Nous ne pouvons pas affirmer que Pierre ait eu à l’esprit le passage d’Ésaïe
35:6 et 7 lorsqu’il parle «des temps de rafraîchissement», mais il semble
bien que ces versets aient été dans la pensée de l’Esprit qui parlait par
Pierre. Lorsque «le boiteux sautera comme le cerf», alors «des eaux
jailliront dans le désert, et des rivières dans le lieu stérile». Mais tout
ce rafraîchissement annoncé par Ésaïe est pour «les rachetés du Seigneur»,
et pour eux seuls. C’est pourquoi ces temps ne devaient être introduits que
par la repentance et une conversion complète; si elles étaient réalisées,
Dieu enverrait Jésus Christ pour apporter ces bénédictions.
On s’est servi à tort de l’expression «rétablissement de toutes choses» pour
lui faire dire qu’à la fin Dieu sauverait et restaurerait tout le monde —
même le diable. Mais le verset dit: «le rétablissement de toutes choses dont
Dieu a parlé..». Il s’agit de choses et non de personnes, et de choses dont
Dieu avait parlé par ses prophètes dès le commencement. Dieu accomplira
chacune de ses paroles et il établira en Christ tout ce qui a failli entre
les mains des hommes. Ce temps ne viendra pas avant que Jésus lui-même soit
venu et, puisqu’Il est le prophète dont Moïse avait parlé, toutes choses
seront rétablies quand il viendra, et tous ceux qui ne l’écouteront pas
seront exterminés du milieu du peuple. Il y aura une période de bénédiction
telle qu’il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde.
Pierre fait donc là, de la part de Dieu, une offre positive: si à ce stade
la nation comme telle se repentait et se tournait vers Dieu, Jésus
reviendrait et établirait les temps de bénédiction qui avaient été annoncés.
Dans le dernier verset de ce chapitre il ajoute encore qu’indépendamment de
leur réponse, Dieu avait suscité Jésus et l’avait envoyé pour les bénir, en
les détournant de leurs méchancetés. Nous avons tous besoin de ces deux
éléments, savoir, premièrement d’avoir nos péchés judiciairement effacés et,
secondement, d’être détournés de nos méchancetés, afin que celles-ci perdent
leur puissance sur nous.
Chapitre 4
Nous trouvons dans les premiers versets la réponse à cette offre, réponse
donnée par les chefs de la nation. L’offre était basée sur la résurrection
du Seigneur Jésus, ce qui la rendait particulièrement offensante pour les
sadducéens et pour les sacrificateurs qui étaient de ce parti. Et ils la
rejettent de la manière la plus absolue en faisant arrêter les apôtres. Mais
l’œuvre de Dieu se poursuit par un nombre croissant de conversions, comme
l’indique le verset 4. Et le lendemain lorsque Pierre comparaît devant le
sanhédrin, c’est pour lui une nouvelle occasion de rendre témoignage en
répondant aux questions qui lui sont posées au sujet de la puissance et du
Nom par lesquels il avait agi.
Le Nom et la puissance étaient ceux de Jésus Christ le Nazaréen qu’ils
avaient crucifié et que Dieu avait glorifié. En Lui, le verset 22 du psaume
118 avait eu son accomplissement et Pierre va élargir son témoignage en
partant du particulier pour aller au général. La puissance du Nom était
manifeste devant leurs yeux dans le cas particulier de l’homme boiteux qui
avait été guéri; elle était la même pour le salut des hommes en général. La
guérison physique de l’homme n’était qu’un signe de la guérison spirituelle
que le nom de Jésus apporte. Jésus de Nazareth, le méprisé, est la seule
porte du salut.
Les versets 13 à 22 montrent de la manière la plus frappante combien le
témoignage de Pierre était justifié. Selon les normes du monde, les apôtres
étaient des hommes illettrés et du commun, mais ils avaient été avec Jésus
et ils avaient de la hardiesse; et cela impressionne les membres du
sanhédrin qui étaient prêts à les condamner. Trois éléments les en
empêchent:
- «Ils n’avaient rien à opposer» (v. 14);
-
Ils doivent confesser: «nous ne pouvons le nier» (v. 16);
- Ils ne trouvent pas «comment ils pourraient les punir» (v. 21).
Lorsque les hommes veulent discréditer une chose quelconque, ils cherchent
en général d’abord à la nier si c’est possible. Sinon, ils trouvent un moyen
ou un autre de la critiquer, de la dénaturer au besoin. Enfin, si cela ne
réussit pas, ils s’en prennent aux personnes impliquées: ils les noircissent
et les punissent. Le sanhédrin a recouru à ces trois moyens bien connus, qui
ont cependant tous échoué, parce que ces hommes combattaient contre Dieu.
Ils ne peuvent que menacer les apôtres et leur enjoindre de ne plus
proclamer le nom de Jésus. Pierre rejette leur ordre: Dieu ne leur avait-il
pas commandé de prêcher au nom de Jésus? C’est Lui l’Autorité suprême à qui
ils devaient obéir plutôt qu’à eux.
Nous avons ensuite, dans les versets 23 à 27, une belle image de l’Église
primitive à Jérusalem. Relâchés par le sanhédrin, les apôtres vont «vers les
leurs». Nous voyons par là que l’Église, à l’origine, était
une compagnie distincte et séparée du monde,
y compris du monde religieux du judaïsme. Ce point mérite une mention toute
spéciale à une époque où le monde et l’Église sont tellement mélangés.
L’Église primitive trouve sa ressource dans
la
prière. Au milieu des circonstances difficiles, elle se tourne
vers Dieu et non pas vers les hommes. Elle aurait pu demander un sanhédrin
moins dominé par les sadducéens, plus libéral et plus ouvert, mais les
croyants ne se sont pas agités pour l’obtenir; ils ont simplement recherché
la face de Dieu, le Souverain des hommes.
Dans leur prière, ils sont ramenés à la parole de Dieu. Le psaume 2 répand
sa lumière sur leur situation. L’interprétation de ce psaume indique qu’il
est pour les derniers jours, mais ils en retirent l’application pour leur
époque. L’Église primitive était caractérisée par
la soumission à la Parole; elle
trouvait dans cette Parole toute la lumière et toutes les directions dont
elle avait besoin. C’est là aussi un point très important et instructif.
Ces croyants du commencement étaient encore caractérisés par un souci
beaucoup plus grand pour la gloire du nom de Jésus que pour leurs aises et
leur confort. Ils demandent non pas que les persécutions et l’opposition
cessent, mais qu’ils aient toute hardiesse pour annoncer la Parole et qu’il
se fasse des miracles pour la gloire de Son nom. L’Église est le lieu où
ce Nom a tout son prix.
En conséquence, il y eut une manifestation exceptionnelle de
la puissance de l’Esprit. Ils sont tous
remplis du Saint Esprit; le lieu où ils sont assemblés est ébranlé et la
prière par laquelle ils demandaient pour eux une hardiesse particulière est
aussitôt exaucée. Plus encore, il leur est accordé ce qu’ils n’ont pas
demandé: ils sont tous «un cœur et une âme».
Cela découle évidemment de ce que le «seul et même Esprit» remplissait
chacun d’entre eux. Si aujourd’hui tous les croyants étaient remplis de
l’Esprit, ils seraient caractérisés par l’unité de cœur et d’esprit. C’est
la seule manière de parvenir à une telle unité.
Le trait suivant, mentionné au verset 33, découle de cela. Il y a une
grande puissance dans le témoignage que les
apôtres rendent devant le monde. L’Église elle-même ne prêche pas
mais, pleine de grâce et de puissance, elle soutient ceux qui annoncent la
Parole. Alors comme maintenant la prédication est le fait de ceux que Dieu a
appelés à ce service; mais la puissance avec laquelle ils s’en acquittent
dépend dans une large mesure de l’état qui caractérise l’Église entière.
Les derniers versets montrent que si un témoigne puissant est rendu à
l’extérieur, à l’intérieur on trouve l’amour et
la sollicitude. La vie communautaire chrétienne, relevée à la fin
du chapitre 2, continue. La distribution se faisait à chacun, «selon que
l’un ou l’autre pouvait en avoir besoin». Il était pourvu non pas aux
désirs, mais aux besoins de chacun, de sorte que personne ne manquait de
rien. Plus tard, Paul a pu dire: «Je suis enseigné aussi bien à être
rassasié qu’à avoir faim, aussi bien à être dans l’abondance qu’à être dans
les privations» (Phil. 4:12), mais les saints à Jérusalem à cette époque
n’ont pas fait ces expériences. Le fait d’y avoir échappé, alors que Paul a
dû les connaître, a-t-il été un avantage pour eux? La question reste
ouverte, bien que nous inclinions à penser qu’ils ont plutôt subi une perte.
Quoi qu’il en soit, le geste de Barnabas est très beau; et l’amour et la
sollicitude manifestés dans l’Église d’alors devraient exister aujourd’hui,
même si la manière exacte de les exprimer peut varier.
Chapitre
5
Ce chapitre s’ouvre sur un incident solennel qui met en évidence un dernier
trait caractéristique de l’Église primitive: la puissance de Dieu
y exerçait une sainte discipline. Sans
aucun doute le cas d’Ananias et de Sapphira est exceptionnel. Lorsque Dieu
institue quelque chose de nouveau, il semble qu’il prend soin de signaler sa
sainteté en faisant un exemple de ceux qui la défient. Il l’a fait à l’égard
de l’homme qui, dans le désert, n’a pas gardé le sabbat (voir Nomb.
15:32-36), comme à l’égard d’Acan lorsque Israël commençait à entrer dans le
pays de Canaan (voir Josué 7:18-26); il le fait ici à l’égard d’Ananias et
de sa femme. Plus tard dans l’histoire d’Israël plusieurs ont violé le
sabbat et plusieurs ont pris des biens interdits de Babylone sans subir
pareil châtiment; et dans le cours de l’histoire de l’Église beaucoup ont
agi avec dissimulation et ont menti sans être frappés de mort.
Dans ce cas, deux choses mauvaises très proches, la convoitise et la vanité,
se cachaient derrière le mensonge. Ananias voulait garder pour lui une
partie de l’argent tout en se donnant la réputation d’avoir consacré au
Seigneur la somme entière, comme Barnabas l’avait fait. Telle est la pensée
de la chair, même chez un saint. Combien d’entre nous n’ont jamais connu
dans leur cœur des tentations coupables de ce genre? Dans ce cas toutefois,
Satan était à l’œuvre et, par ce malheureux couple, il lance un défi direct
au Saint Esprit présent dans l’Église. Le Saint Esprit relève le défi et
manifeste sa présence de cette façon énergique et évidente. Pierre le
discerne, lorsqu’il dit à Sapphira: «Comment êtes-vous convenus entre vous
de tenter l’Esprit du Seigneur?»
Ainsi, le défi de Satan n’a fait que servir les intérêts du Seigneur et de
Son évangile: les versets qui suivent le montrent. En premier lieu, cet
incident provoque une grande crainte chez tous ceux qui en entendent parler
et même dans toute l’assemblée. Nous avons ici un élément qui fait
grandement défaut dans l’Église aujourd’hui — pour ne rien dire des hommes
en général. La crainte de Dieu dans le cœur des saints est une chose très
salutaire, et elle est tout à fait compatible avec le sentiment profond de
l’amour de Dieu. Paul avait cette crainte dans la lumière du tribunal du
Christ (voir 2 Cor. 5:10, 11), mais pour l’incrédule, il ne s’agira pas de
crainte, ce sera une terreur positive. Une sainte crainte, venant d’un
sentiment profond de la sainteté de Dieu, est très souhaitable.
Puis, comme l’indiquent le début du verset 12 et les versets 15 et 16, la
puissance miraculeuse de Dieu exercée par l’intermédiaire des apôtres n’en
est pas diminuée. Au contraire elle est accrue puisque la simple ombre de
Pierre opère des miracles. La parenthèse des versets 12 à 14 permet de
constater qu’après cet incident, on avait de la crainte à se joindre à la
compagnie des croyants. Ce n’était cependant pas réellement une perte, car
cela arrêtait tout ce qui n’aurait été qu’un mouvement de masse et qui
aurait introduit de la fausseté dans l’Église. Le verset 14 montre que la
véritable œuvre de Dieu n’a pas été entravée. De simples professants peuvent
être ajoutés à l’Église, mais seuls sont ajoutés au Seigneur
ceux en qui une œuvre de Dieu s’est opérée
pour la vie. Ainsi la triste affaire d’Ananias et de Sapphira a tourné au
bien de l’Église, même si, pour l’observateur superficiel, elle peut sembler
être un coup dur porté à son avenir.
Après cette intervention particulière de Dieu en bénédiction, nous voyons au
verset 17 Satan reprendre l’offensive. Les sacrificateurs et les sadducéens,
remplis de jalousie, arrêtent de nouveau les apôtres. Dieu répond en
envoyant un ange ouvrir les portes de la prison et libérer ses serviteurs.
Le lendemain, lorsque leur fuite est découverte, ils sont une nouvelle fois
arrêtés, mais sans violence. Par leurs paroles, les sacrificateurs
reconnaissent la puissance de Dieu qui s’est exercée et admettent que
Jérusalem a été remplie de l’enseignement des apôtres. Mais ils manifestent
la dureté de leur cœur en déclarant: «Vous voulez faire venir sur nous le
sang de cet homme». Ils avaient pourtant dit: «Que son sang soit sur nous et
sur nos enfants!» En fait Dieu allait les prendre au mot et amener ce sang
sur eux.
La réponse de Pierre est brève et simple: «Il faut obéir à Dieu plutôt
qu’aux hommes». Puis une fois encore il résume pour eux leur témoignage et
le répète. L’Esprit Saint et eux-mêmes étaient témoins de la résurrection de
Jésus qu’ils avaient, eux, mis à mort. Mais Dieu l’avait exalté, non pas
pour être en ce moment le Juge qui ferait tomber sur leurs têtes coupables
la condamnation, mais comme Prince et Sauveur, afin de donner la repentance
à Israël et la rémission des péchés. La repentance, aussi bien que le
pardon, est considérée comme un don.
Quoique la grâce et le pardon soient encore le contenu du message de Pierre,
les Juifs sont remplis de rage. La grâce suppose le péché et la culpabilité,
ce qu’ils n’étaient pas disposés à admettre. Aussi tiennent-ils conseil pour
les faire mourir. Satan est meurtrier dès le commencement, et sous son
influence, leurs cœurs sont remplis de pensées de meurtre. Mais Dieu a de
nombreux moyens de contrecarrer les mauvais desseins des hommes et, dans ce
cas, il se sert de la sagesse mondaine du célèbre Gamaliel, celui qui a eu
pour disciple Saul de Tarse.
Gamaliel cite deux cas récents d’hommes qui s’étaient levés, «se disant être
quelque chose», le genre de personnes auxquelles le Seigneur fait allusion
en Jean 10, lorsqu’il parle de ceux qui montent par ailleurs et qui sont des
voleurs et des larrons. Ces hommes ont tous péri, et Gamaliel émet la pensée
que si Jésus avait été l’un de ces faux bergers, et non pas le vrai Berger
d’Israël, son dessein aussi aurait été réduit à néant. L’avertissement de
Gamaliel est entendu et les apôtres sont relâchés, mais non sans avoir été
battus et avoir reçu l’ordre de mettre fin à leur témoignage.
Le sanhédrin se mettait à faire la guerre à Dieu; les apôtres se réjouissent
d’avoir été estimés dignes de souffrir pour le Nom et ils continuent à
rendre témoignage avec zèle tant en public dans le temple que d’une manière
plus privée, de maison en maison.
Chapitre 6
Le grand adversaire, Satan lui-même, était derrière toutes les attaques et
les difficultés auxquelles l’Église primitive à Jérusalem devait faire face.
C’est lui qui a poussé les sadducéens à user de violence et d’intimidations.
C’est lui qui a incliné le cœur d’Ananias au mensonge et a ainsi introduit
la corruption, tentant l’Esprit du Seigneur. Mais maintenant que ses
premières attaques ont été déjouées, il agit d’une façon plus subtile: il va
exploiter les petits différends qui existaient au sein de l’Église
elle-même. Les «Hellénistes» mentionnés dans le premier verset de ce
chapitre n’étaient pas des Gentils; c’étaient des Juifs de langue maternelle
grecque venus des pays d’où ils avaient été chassés, tandis que les
«Hébreux» étaient les Juifs natifs de Jérusalem et de la Palestine.
La première difficulté survenue à l’intérieur de l’Église, et la plus grande
— celle causée par Ananias — était en relation avec l’argent. Si la deuxième
ne concernait pas l’argent, elle touchait un domaine très proche, puisqu’il
s’agissait de la distribution des ressources journalières, conséquence de la
mise en commun de toutes choses. Dans le premier cas, le trouble provenait
de la volonté d’amasser des biens; dans le second, il venait de la
répartition de l’argent ou de son
équivalent. Ceux qui venaient de loin s’estimaient défavorisés par rapport
aux indigènes. Le grave incident du chapitre précédent n’avait donné lieu
qu’à une petite difficulté, car celle-ci avait été immédiatement réglée dans
la puissance de l’Esprit; tandis que les murmures peu importants de notre
chapitre ont créé un très grand problème, comme nous allons le voir. Il en a
presque toujours été ainsi dans l’histoire de l’Église: les cas les plus
difficiles à régler sont ceux où, à la base, il n’y a pratiquement rien à
régler.
C’est un «murmure» qui s’est élevé, mais les apôtres n’ont pas attendu qu’il
se transforme en un cri puissant. Ils discernent le but de Satan qui était
de les détourner de la prédication de la Parole pour les orienter vers un
service social, aussi prennent-ils les mesures nécessaires pour mettre fin à
toutes les objections. Ils invitent l’assemblée à choisir, pour s’occuper de
cette affaire, sept hommes «qui aient un bon témoignage, pleins de l’Esprit
Saint et de sagesse». Il fallait que leur service soit caractérisé par une
sagesse et une honnêteté au-delà de tout reproche.
Dans cette affaire, l’Église devait choisir ceux qui rempliraient ce
service; mais alors il s’agissait de la distribution de fonds et de
nourriture qu’elle-même avait fournis. Nous ne voyons jamais que l’Église
soit appelée à choisir ou à nommer des anciens, des surveillants ou
ministres de la Parole: en effet, les dons de grâce ou dons spirituels dont
ceux-ci font part ne leur sont pas donnés par l’Église, mais viennent de
Dieu. Leur désignation et leur ordination appartiennent donc à Dieu seul.
Paul, s’adressant aux anciens d’Éphèse, leur dit: «L’Esprit Saint vous a
établis surveillants». Dieu désigne ceux qu’il appelle à administrer sa
grâce.
Les apôtres continuent ainsi à persévérer dans la prière et dans le service
de la Parole. Pour ceux qui sont enseignés, c’est la Parole qui vient en
premier (voir 1 Tim. 4:5), car nous ne prierons correctement que dans la
mesure où nous sommes instruits dans la Parole. Pour ceux qui servent, la
prière a la première place, car sans elle, ils ne présenteront pas
fidèlement la Parole.
Tout comme la sagesse avait caractérisé les apôtres, la grâce l’emporte dans
l’Église. En effet, les sept hommes choisis ont tous des noms qui trahissent
une origine grecque plutôt que d’entre les Hébreux, et l’un d’entre eux est
qualifié de prosélyte, ce qui sous-entend qu’il venait même d’entre les
Gentils. De cette manière la multitude prenait soin de faire taire tous les
murmures et toutes les questions, fondés ou non. Les apôtres s’identifient à
ce choix en imposant les mains aux sept hommes après avoir prié.
L’adversaire derrière la scène était une nouvelle fois mis en échec.
En fait, c’était davantage qu’un échec pour lui: non seulement les apôtres
n’ont pas été détournés du service de la parole de Dieu, mais celle-ci
connut une forte croissance et il y eut de nombreuses conversions; même une
grande foule de sacrificateurs fut touchée. En outre, l’un des sept,
Étienne, devint un instrument spécial de la grâce et de la puissance de
l’Esprit de Dieu; à tel point que le reste de notre chapitre et tout le
chapitre 7 nous relatent ce que Dieu a opéré par son moyen jusqu’au moment
de son martyre.
La puissance opérant en Étienne est si manifeste qu’elle suscite de
l’opposition dans d’autres endroits. Les hommes des différentes synagogues
mentionnées dans le verset 9 appartenaient apparemment tous à la classe
grecque, comme Étienne lui-même. Face à la puissance de l’Esprit en Étienne,
leur habileté à raisonner n’a aucun poids, aussi ont-ils recours au
stratagème habituel des faux témoins et de la violence. Au verset 11, ils
placent Moïse avant Dieu; car ils savent bien ce qui est le plus apte à
exciter les passions de la foule pour laquelle Moïse, un homme, était plus
réel que le Dieu invisible. De même, au verset 13, «le saint lieu» qui était
là devant leurs yeux est mentionné avant la loi; et enfin «les coutumes que
Moïse nous a enseignées» étaient probablement ce qui leur tenait le plus à
cœur. Ils traînent alors Étienne devant le sanhédrin et l’accusent de
blasphémer et de présenter Jésus de Nazareth comme le destructeur de leur
saint lieu et de leurs coutumes. Leur accusation avait ceci de vrai que la
venue de Jésus avait effectivement marqué un nouveau départ dans les voies
de Dieu.
La controverse entre la nation et Dieu était ainsi portée en public. Ils
jettent le gant et Dieu relève le défi en remplissant Étienne de son Esprit
au point que son visage en est transformé et que tout le monde le voit. Par
sa bouche, le Saint Esprit va donner un dernier témoignage contre la nation.
Le sanhédrin est mis en accusation devant Dieu par le Saint Esprit
s’exprimant par l’homme même qu’ils accusaient.
Chapitre 7
L’histoire du peuple a commencé lorsque Dieu appela Abraham à quitter son
pays et sa parenté pour se rendre dans le pays qu’il lui montrerait où il
deviendrait une grande nation. Cela nous est rapporté en Genèse 12:1-3;
c’est un événement qui a fait époque. Nous ne pouvons en effet manquer de
remarquer que les chapitres 1 à 11 du livre de la Genèse couvrent une
période plus longue que celle qui remplit le reste de l’Ancien Testament.
L’appel d’Abraham marque un nouveau départ dans les voies de Dieu envers la
terre et c’est à ce point qu’Étienne commence son discours.
La Genèse nous dit que l’Éternel apparut à Abraham; mais Étienne le connaît
et parle de lui sous un jour nouveau. L’Éternel qui est apparu à Abraham est
le Dieu de gloire, le Dieu de scènes infiniment plus glorieuses que ce que
le monde peut offrir, même sous ses aspects les meilleurs et les plus beaux.
Cela explique sans doute comment Abraham, par la foi, a pu saisir les choses
célestes dont il est parlé en Hébreux 11:10-16. Appelé par le Dieu de
gloire, il a eu au moins un aperçu de la cité et du pays où la gloire
demeure. Étienne commence son discours par cette note élevée et le termine,
comme nous le savons, par Jésus dans la gloire de Dieu.
Le but principal de ce discours remarquable était manifestement d’amener le
peuple à la conviction de leur culpabilité, tant celle de leurs pères que la
leur, en résistant aux opérations de Dieu par son Esprit tout au long de
leur existence. Étienne insiste particulièrement sur ce qui s’est passé
chaque fois que Dieu a suscité des serviteurs pour instituer quelque chose
de nouveau dans leur histoire. Celle-ci a été marquée par toute une série de
tournants, plus ou moins significatifs. Le premier a été l’appel d’Abraham,
mais ensuite il y a eu Joseph, Moïse, Josué, David, Salomon; tous sont
mentionnés bien qu’Étienne s’attarde davantage sur les trois premiers que
sur les trois derniers. Aucun d’entre eux n’a vraiment trouvé d’écho auprès
d’eux, et même Joseph et Moïse ont été complètement rejetés au début. Il
termine par la septième intervention, qui mettait dans l’ombre toutes les
précédentes: la venue du Juste, et c’est Lui qu’ils venaient de mettre à
mort.
Étienne montre très clairement que les chefs juifs de son temps ne faisaient
que répéter, sous une forme aggravée, le péché de leurs pères. Les
patriarches vendirent Joseph en Égypte parce qu’ils étaient «pleins
d’envie»; et Matthieu rapporte les efforts que fit Pilate pour relâcher
Jésus, «car il savait qu’ils l’avaient livré par envie». Pour Moïse aussi.
«Qui t’a établi chef et juge sur nous?» Cette parole qui le fit s’enfuir a
été prononcée par l’un de ses frères et non pas par un Égyptien. Sa
réjection n’est pas venue de l’extérieur, elle est due aux siens. Pour
Jésus, il en a été de même.
Le chapitre 2 de l’Exode ne nous parle pas de la renommée et de la puissance
de Moïse à la fin des quarante premières années de sa vie dans les termes du
verset 22 de notre chapitre. Il était un homme instruit, puissant dans ses
paroles et dans ses actions lorsqu’il lui vint au cœur de s’identifier à son
propre peuple, qui était le peuple de Dieu. Après ce pas, il a dû éprouver
un choc terrible en voyant qu’il était rejeté par eux. À la parole de l’un
d’entre eux, il s’enfuit. Nous lisons en Hébreux 11:27 qu’il ne craignit pas
la colère du roi, toutefois il ne put supporter ce refus de la part des
siens. Il avait agi dans la conscience de ses capacités exceptionnelles, et
maintenant il devait être instruit par Dieu derrière le désert pendant
quarante ans pour apprendre que ses capacités n’étaient rien et que la
puissance de Dieu était tout. En cela, il est en contraste avec notre
Seigneur, bien qu’il en soit un type dans la réjection qu’il a dû connaître.
Leurs pères ont rejeté une nouvelle fois ce Moïse après qu’il les eut
délivrés de leur captivité et conduits dans le désert. En le rejetant, c’est
en fait l’Éternel qu’ils rejetaient, pour se livrer à l’idolâtrie sous une
forme très grossière. Non seulement lorsqu’ils furent dans le pays, mais
dans le désert déjà ils étaient négligents à l’égard des sacrifices à
l’Éternel et se livraient aux idoles, préparant ainsi la voie de la
captivité à Babylone. Dieu avait pourtant encore suscité David, et puis
Salomon avait construit le temple. Mais eux se glorifiaient de la maison
(voir Jér. 7:4), comme si la simple possession de ces bâtiments garantissait
tout, alors qu’en fait Dieu habite dans les cieux des cieux, bien au-delà
des plus magnifiques édifices de la terre.
Les dernières paroles d’Étienne (v. 51-53) sont empreintes d’une grande
puissance. Elles constituent une sorte d’appendice aux paroles du Seigneur
lui-même rapportées en Matthieu 23:31-36, et terminent l’acte d’accusation
par la terrible conclusion qu’ils ont livré et mis à mort le Juste. Leur
position devant Dieu était fondée sur la loi, et bien qu’ils l’aient reçue
par la disposition des anges, ils ne l’avaient pas gardée. La loi
transgressée par une idolâtrie flagrante et la mise à mort du Messie: voilà
les deux grands chefs d’accusation contre les Juifs, et les deux sont mis en
évidence à la fin du discours d’Étienne.
Par la bouche d’Étienne, le Saint Esprit avait complètement retourné la
situation et les persécuteurs d’Étienne se trouvent maintenant au banc des
accusés au lieu d’occuper les sièges des juges. La manière abrupte dont
Étienne termine son récit historique pour prononcer l’accusation de Dieu
contre eux doit avoir conféré une puissance toute particulière à ses
paroles. Le coup porte; ils sont remplis de rage.
Une seule personne est calme et c’est évidemment Étienne. Plein de l’Esprit,
il a une vision surnaturelle de la gloire de Dieu et de Jésus dans cette
gloire; et il rend aussitôt témoignage de ce qu’il voit. Ézéchiel avait vu
«la ressemblance d’un trône» et «une ressemblance comme l’aspect d’un homme,
dessus, en haut» (Ezéch. 1:26); Étienne, lui, voit non pas simplement une
«ressemblance» ou un «aspect», mais l’Homme
lui-même debout à la droite de Dieu. Jésus, celui qui a été crucifié, est
maintenant l’Homme de la droite de Dieu: il est le puissant Chef par qui
Dieu administrera l’univers!
Dans son discours, Étienne avait mentionné que Joseph était devenu le
sauveur de ses frères, malgré son rejet par eux, et que finalement, ils
avaient tous dû se prosterner devant lui. Il avait aussi rappelé que Moïse,
qui avait d’abord été rejeté, était devenu à la fois le conducteur et le
libérateur d’Israël. Maintenant il rend témoignage d’un fait semblable mais
infiniment plus grand en relation avec Jésus. Le Juste qu’ils ont mis à mort
va devenir leur Juge, et à la fin, pour ceux qui le reçoivent, il sera le
grand Libérateur. Sa présence dans la gloire en était le gage, et Étienne le
voyait là.
Tout à fait incapables de réfuter les paroles d’Étienne ou de leur résister,
les chefs juifs se précipitent sur lui pour le mettre à mort, accomplissant
ainsi les paroles du Seigneur rapportées en Luc 19:14, où nous lisons
qu’après le départ de l’homme noble, ses concitoyens qui le haïssaient
envoyèrent après lui une ambassade disant: «Nous ne voulons pas que celui-ci
règne sur nous». Jésus était encore «debout» dans la gloire; il était prêt à
accomplir ce que Pierre avait annoncé au chapitre 3:20, si seulement ils se
repentaient. Ils ne se repentent pas, mais scellent violemment leur refus en
lapidant Étienne, l’envoyant à la suite de son Maître. Un jeune homme nommé
Saul occupe une place importante en relation avec ce meurtre: il consent à
cette mort et joue en quelque sorte le rôle de superviseur de son exécution.
Ainsi, l’histoire de Saul commence au point où s’achève celle d’Étienne.
Étienne, le premier martyr chrétien, termine sa courte et remarquable
carrière comme son Seigneur. Plein de l’Esprit, il a la vision de Jésus dans
la gloire. Il n’a rien de plus à dire aux hommes; ses dernières paroles sont
adressées à son Seigneur. Il Lui remet son esprit, et s’étant mis à genoux,
il prie pour ses meurtriers. Qui aurait jamais pu prévoir la réponse
merveilleuse que lui accorde son Seigneur glorifié: la conversion de Saul,
un meurtrier par excellence? La prière que le Seigneur Jésus fit monter sur
la croix pour ses meurtriers a été exaucée par la prédication de l’évangile,
en commençant par Jérusalem; la prière d’Étienne l’a été par la conversion
de Saul. Le chapitre 22:20 montre que Saul ne l’a jamais oublié.
Chapitre 8
Non satisfaits d’avoir mis à mort Étienne, les chefs religieux déclenchent
alors à Jérusalem la première grande persécution contre l’Église; Saul y a
un rôle particulièrement en vue. Comme un loup, il ravage l’assemblée,
violant l’intimité des maisons pour s’emparer de ses victimes. Cela entraîne
la dispersion des disciples dans les provinces de la Judée et de la Samarie.
Or, selon les paroles du Seigneur à ses disciples au chapitre 1, verset 8,
ces provinces devaient venir après Jérusalem, mais avant que leur mission ne
s’étende jusqu’au bout de la terre. Ainsi nous avons là encore un cas où
Dieu se sert de la colère de l’homme pour l’avancement de ses propos.
Pourtant, fait remarquable, les apôtres auxquels ce mandat avait été confié
font exception à la règle. Ils restent à Jérusalem.
Le récit continue alors sans plus les mentionner pour parler de ceux qui
sont allés çà et là, annonçant la Parole, et plus particulièrement de
Philippe, un autre parmi les sept. Il descend dans une ville de la Samarie
et prêche. La puissance de Dieu l’accompagne et il en résulte une grande
bénédiction, comme toujours lorsqu’un serviteur de Dieu marche dans la ligne
directe du propos de Dieu. C’est le Seigneur lui-même qui avait semé la
semence parmi les Samaritains; nous le voyons en Jean 4. Ils avaient alors
été nombreux à reconnaître qu’Il était véritablement le Christ, et non pas
simplement à dire: «Celui-ci n’est-il point le Christ?» Maintenant Philippe,
venant au milieu d’eux, annonce Christ comme Celui qui est mort, ressuscité
et glorifié; il en résulte une riche moisson. Et une grande joie se répand
dans cette ville.
Son message étant reçu, Philippe se met à leur annoncer «les bonnes
nouvelles touchant le royaume de Dieu». Et beaucoup sont baptisés. Simon le
magicien est l’un d’entre eux; lui aussi «crut» et fut «baptisé». Il se
trouve en présence d’une Puissance infiniment plus grande que celle des
esprits immondes avec lesquels il avait eu affaire auparavant, comme nous le
voyons au verset 7.
Un point remarquable dans cette œuvre en Samarie, c’est que malgré le nombre
de personnes qui avaient cru l’évangile et qui avaient été baptisées, aucune
n’avait reçu le don du Saint Esprit. L’ordre présenté par Pierre au chapitre
2:38 n’a pas été observé dans le cas des Samaritains. Nous sommes certains
que Dieu avait une raison particulière de l’avoir voulu ainsi. Il y a
toujours eu une rivalité religieuse entre Jérusalem et la Samarie, comme en
témoigne Jean 4; et il y aurait eu une forte tendance à transférer cette
querelle ancienne dans les conditions nouvelles. Il en serait résulté une
Église samaritaine indépendante, sinon rivale de l’Église à Jérusalem et
ainsi l’expression pratique de la vérité du «seul corps» aurait été mise en
danger avant même d’être révélée. C’est pourquoi ils ne reçurent l’Esprit
que lorsque Pierre et Jean furent venus et leur eurent imposé les mains,
identifiant par là formellement les apôtres et l’Église à Jérusalem avec ces
nouveaux croyants de la Samarie. L’unité de l’Église était préservée.
Le don du Saint Esprit a été la ligne de séparation entre ce qui était réel
et ce qui ne l’était pas. Être baptisé n’était pas forcément une preuve de
réalité; le don de l’Esprit l’était. C’est ainsi qu’en Samarie, Simon,
baptisé, n’avait pas reçu le Saint Esprit. Les versets 12 et 16 nous
montrent que celui qui se faisait baptiser professait par là son entrée dans
le royaume de Dieu et son identification au nom du Seigneur Jésus, qu’il
reconnaissait comme son nouveau Maître, tout comme autrefois Israël avait
été baptisé pour Moïse (voir 1 Cor. 10:2). Simon s’était soumis à tout cela,
mais lorsqu’il fut mis à l’épreuve, il apparut qu’il n’y avait pas de
réalité en lui. Jamais il n’aurait dit: «Donnez-moi ce pouvoir» s’il l’avait
possédé. Et il ne le comprenait pas non plus puisqu’il offre de l’argent.
Quel coup terrible pour Simon, qui jusque-là dominait la population de
Samarie par sa magie, de découvrir que la foule possédait maintenant une
puissance en présence de laquelle ses actes ténébreux n’avaient plus de
valeur! Ils avaient reçu le don du Saint Esprit et lui était resté en
dehors. Il est alors amené à se démasquer en offrant de l’argent aux
apôtres. Il veut non seulement acquérir l’Esprit pour lui-même, mais aussi
avoir le pouvoir de le transmettre à d’autres par l’imposition des mains. Il
calcule sans doute que s’il possédait un tel pouvoir, l’argent investi pour
l’acquérir serait un placement très profitable.
Ces versets nous donnent la troisième manifestation de ce mal dans le cercle
de ceux qui avaient été baptisés: il y a d’abord eu Ananias; puis les
murmures en relation avec les veuves qui étaient négligées; et enfin Simon
le magicien. Remarquons que chaque fois l’argent
est en cause. Dans ce troisième cas, nous voyons le
début des efforts de Satan pour transformer la foi pure en Christ en une
religion qui rapporte. À Samarie, ce n’était qu’un petit filet d’eau en
provenance d’un seul homme. Il ne devait pas tarder à devenir un fleuve,
apportant d’immenses richesses à Rome. Dans le système religieux qui y a son
siège, tout ce qui est présenté comme un don de Dieu peut être acquis avec
de l’argent.
Pierre n’épargne pas Simon le magicien. Il lui dit clairement que cette
mauvaise pensée trahissait que son cœur n’était pas droit devant Dieu, qu’il
était tout à fait en dehors de la vraie foi de Christ et que lui et son
argent périraient. Les paroles de Pierre annoncent sans aucun doute
prophétiquement le jugement qui s’abattra à la fin sur le grand système
ecclésiastique qui, au cours des siècles, a transformé le christianisme en
«religion de l’argent».
Un rayon d’espoir subsistait pour Simon; Pierre le lui présente au verset
22. Il pouvait se repentir et alors le pardon lui était encore offert.
Remarquons comment, indépendamment de ses paroles, la pensée même de son
cœur est caractérisée par la méchanceté — une illustration de ce verset des
Proverbes: «Le plan de la folie est péché» (chap. 24:9). Retenu dans
l’esclavage de l’argent, il était dans un lien d’iniquité et d’amertume.
L’amour de l’argent est «une racine de toutes
sortes de maux»; il est à l’origine d’une grande partie de
l’amertume qui remplit la terre. Pierre invite Simon à supplier Dieu; mais
sa réponse, rapportée dans le verset 24, semble indiquer qu’il n’a pas eu la
repentance qui l’aurait amené à prier lui-même, et qu’il voulait s’assurer
l’intercession de Pierre en sa faveur sans rien avoir à payer. À partir de
ce jour, des multitudes ont dépensé d’énormes sommes dans l’espoir d’obtenir
l’intercession de Pierre!
Le verset 1 de notre chapitre nous a montré que les apôtres ne s’étaient pas
pressés de quitter Jérusalem. Philippe avait été un pionnier dans la
Samarie; mais maintenant que Pierre et Jean sont descendus, ils enseignent
la Parole aux convertis et évangélisent aussi plusieurs villages des
Samaritains avant de retourner à Jérusalem. Mais le travail de défrichage
n’est pas achevé et pour le poursuivre, l’ange du Seigneur s’adresse à
Philippe, et non pas aux apôtres.
L’obéissance simple et instantanée de Philippe aux instructions du Seigneur
est très remarquable. Il est appelé à quitter le lieu où son travail portait
tant de fruits pour se rendre dans la région désertique située au sud-ouest
de Jérusalem. Le récit nous montre que dès qu’il entendit: «Lève-toi, et
va», Philippe «se levant, s’en alla», bien que ses frères aient pu penser
qu’il se fourvoyait et faisait preuve d’excentricité en agissant ainsi. S’il
ne savait pas, au départ, quel était le but de ce déplacement, il ne devait
pas tarder à le découvrir. En effet, ses pas sont guidés de manière à le
placer sur le chemin d’un Éthiopien occupant une position élevée, qui
recherchait Dieu. Selon le peu de lumière que cet homme possédait, il avait
entrepris un voyage fatigant pour venir à Jérusalem. Il était arrivé trop
tard pour retirer quelque bénéfice du temple, car celui-ci n’était plus
reconnu comme maison de Dieu. Il arrivait aussi trop tard pour rencontrer le
Seigneur qui avait été rejeté et élevé dans le ciel. Néanmoins, il repartait
avec un livre important des écritures de l’Ancien Testament; et sur son
chemin de retour, il ne lui manquait plus qu’une seule chose.
C’est pour lui apporter cette seule chose que Philippe est envoyé, car Dieu
ne permettrait pas qu’un Éthiopien élève les mains vers lui sans recevoir
une réponse. Il avait besoin de la lumière du Nouveau Testament; or celui-ci
n’était pas encore écrit, et Philippe est envoyé pour lui apporter le
message du Nouveau Testament. L’Esprit de Dieu dirigeait tout, aussi tout
s’ajuste-t-il avec une remarquable perfection. L’Éthiopien venait d’arriver
dans sa lecture au milieu d’Ésaïe 53 quand Philippe l’interpelle; son esprit
vif était occupé de la question que ce chapitre soulève immanquablement dans
les pensées de tout lecteur intelligent: le prophète dit-il cela de lui-même
ou de «quelque autre»? L’Éthiopien pose sa question; Philippe part de ce
verset pour lui annoncer
«Jésus».
Luc résume pour nous dans ce saint Nom tout le message de Philippe à
l’Éthiopien; et c’est facile à comprendre si nous nous souvenons de la
manière dont il nous est présenté et est interprété en Matthieu 1:21. Tout
ce dont cet homme avait besoin, la lumière et le salut, est en
Jésus;
et il le trouve pendant que Philippe lui parle. Ésaïe 53 présente justement
Jésus comme la victime expiatoire: le substitut qui a passé par la mort,
comme celui dont la vie a été ôtée de la terre. Et l’Éthiopien qui
connaissait manifestement quelque chose du baptême et de sa signification,
exprime le désir d’être identifié avec Lui dans sa mort.
Dans le baptême, nous sommes «identifiés avec lui... dans la ressemblance de
sa mort» (Rom. 6:5), et il estime que rien ne l’empêche d’être identifié de
cette manière avec celui en qui il croit maintenant. Le verset 37 doit être
omis, n’étant supporté par aucun manuscrit sérieux: mais rien n’empêchait,
bien que l’eunuque n’ait pas été un Juif, et ainsi Philippe le baptise.
Voilà comment le premier Gentil a été atteint et baptisé, et qu’il est
retourné vers son peuple avec la connaissance du Sauveur. Philippe disparaît
de devant ses yeux encore plus rapidement qu’il n’était apparu, mais ayant
cru en Jésus, et non pas en Philippe, l’Éthiopien n’en est pas
particulièrement troublé: il continue son chemin
tout joyeux. Sa foi s’était attachée
non pas à Philippe, mais à celui que Philippe avait annoncé. Pour lui ce
n’était pas Jérusalem, mais Jésus; ce n’était pas davantage Philippe, mais
Jésus. S’attacher au prédicateur contribue à affaiblir; s’attacher au
Sauveur donne la force spirituelle.
Quant à Philippe, la manière surnaturelle selon laquelle il est transporté à
Azot ne le déconcerte nullement. Il se dirige vers le nord en évangélisant
les villes sur son passage jusqu’à Césarée. Sept fois dans ce chapitre, il
est question d’annoncer la Parole ou de prêcher, et cinq fois nous trouvons
dans l’original le mot que nous avons repris dans notre langue: évangéliser.
Ce sont les versets 4 (annoncer, voir note c), 12 (annoncer les bonnes
nouvelles), 25 (évangéliser), 35 (annoncer) et 40 (évangéliser). Et dans
trois de ces cinq cas c’est Philippe qui évangélise. Il n’est ainsi pas
surprenant qu’il soit appelé plus tard «Philippe l’évangéliste» (chap.
21:8).
La conversion de l’Éthiopien indique que le temps de la bénédiction pour les
Gentils était arrivé. Il est comme l’hirondelle avant-coureur, annonçant la
venue de l’été. Le chapitre 9 relate l’appel et la conversion de celui qui
sera l’apôtre des Gentils. Comme souvent, le choix du Seigneur se fixe sur
la personne à laquelle nous nous serions le moins attendus. Le persécuteur
des saints va devenir le serviteur par excellence du Seigneur. À cet effet
il passe par un chemin exceptionnel. Le Seigneur lui-même s’occupe
directement de lui, à l’exclusion de toute intervention humaine dans les
choses essentielles.
Chapitre 9
Saul est encore rempli de fureur et de menace lorsque le Seigneur l’arrête
sur le chemin de Damas et se révèle à lui dans une lumière du ciel qui
brille comme un éclair non seulement autour de lui, mais aussi dans sa
conscience. Nous trouvons dans ce récit les traits caractéristiques
essentiels de toute vraie conversion. Il y a la lumière qui pénètre la
conscience, la révélation du Seigneur Jésus au cœur, la conviction de péché
dans le «Pourquoi me persécutes-tu?» et la fin de toute opposition, de tout
sentiment de sa propre importance dans l’humble «Que dois-je faire,
Seigneur?» Quand on a trouvé Jésus, que la conscience est touchée, qu’on se
soumet humblement à Jésus comme Seigneur, il y a conversion réelle, même si
l’âme a encore beaucoup à apprendre. La manière dont le Seigneur a agi
envers Paul était éminemment personnelle, aussi ses compagnons de route,
bien qu’étonnés, ne comprennent rien à ce qui se passe.
Cette révélation remarquable du Seigneur rend Paul littéralement aveugle à
l’égard du monde qui l’entoure. Conduit à Damas, il y passe trois jours
qu’il n’oubliera jamais, au cours desquels la signification de la révélation
pénètre son âme. Étant aveugle, il n’est distrait par rien et ne se
préoccupe même pas de manger ou de boire. Avant de commencer son service,
Ézéchiel était resté assis parmi les captifs auprès du fleuve Kebar
«stupéfait, là au milieu d’eux, sept jours» (Ézéch. 3:15). Saul n’est resté
que trois jours dans cet état à Damas, mais il a passé par des expériences
infiniment plus profondes. Les versets 12 à 17 de 1 Timothée 1, nous en
donnent une idée. Il a été saisi par l’énormité de sa culpabilité comme «le
premier» des pécheurs, mais plus encore par l’immensité de la grâce du
Seigneur, par laquelle il a obtenu miséricorde. Au cours de ces trois jours
il a passé spirituellement par un processus de mort et de résurrection.
C’est alors qu’ont été posés dans son âme les fondements de ce qu’il a
exprimé plus tard: «Je suis crucifié avec Christ; et je ne vis plus, moi,
mais Christ vit en moi» (Gal. 2:20).
Au cours de ces trois jours, Saul voit en vision un homme nommé Ananias
venir et lui imposer les mains pour qu’il recouvre la vue, et c’est
effectivement ce qui a lieu. Ananias arrive pour accomplir ce qui a été
communiqué à Saul; il se présente à lui comme le messager du Seigneur, de
Jésus, et lui annonce que non seulement il recouvrirait la vue, mais qu’il
allait être rempli de l’Esprit Saint. À ce moment Saul était un croyant, car
l’Esprit Saint n’est donné qu’à ceux qui ont cru.
Une fois que l’œuvre essentielle a été opérée dans l’âme de Saul, le
Seigneur se sert d’un instrument humain. Deux remarques s’imposent à l’égard
de ce serviteur. D’abord, il n’était qu’un disciple, pas spécialement en vue semble-t-il. Il convenait que
le seul homme qui devait apporter une aide à Saul soit caractérisé par une
grande humilité. Saul avait joué un rôle très important comme adversaire et
il allait bientôt avoir une place prééminente comme serviteur du Seigneur.
Il a été assisté par un disciple humble et modeste, mais qui se tenait
suffisamment près du Seigneur pour recevoir ses instructions et s’entretenir
avec Lui. Il en est souvent ainsi dans les voies de Dieu. En second lieu,
Ananias habitait à Damas; il était par conséquent de ceux contre lesquels
Saul avait respiré menace et meurtre. Ainsi l’un de ces croyants que Saul
n’aurait pas hésité à mettre à mort est envoyé auprès de celui qu’il peut
appeler «Saul, frère», pour qu’il recouvre la vue et qu’il soit rempli de
l’Esprit Saint. De cette manière extraordinaire Saul reçoit le bien en
retour du mal qu’il avait fait.
Les jours pendant lesquels Saul a été aveugle, tant physiquement que
mentalement, ont maintenant pris fin: il est baptisé au nom de celui qu’il
avait jusque-là méprisé et haï; et il marche avec ceux qu’il voulait
détruire, étant devenu l’un d’eux. Il a été appelé comme «un vase
d’élection»; ainsi son service commence aussitôt. Jésus lui a été révélé
comme le Christ et le Fils de Dieu; et c’est comme tel qu’il l’annonce,
prouvant par les Écritures qu’Il est le Christ, à la confusion de ses amis
d’autrefois. Ceux-ci se transforment alors rapidement en ennemis acharnés et
tiennent conseil ensemble pour le tuer, comme lui-même peu auparavant avait
voulu tuer les saints. Il avait eu la pensée d’entrer à Damas entouré d’une
certaine pompe comme représentant des autorités à Jérusalem. Il y entre
comme un homme humble et aveugle et il en ressort sans aucune dignité,
dévalé dans une corbeille, pour échapper à la haine des Juifs.
Dès le début Saul est ainsi amené à passer lui-même par ce qu’il avait fait
subir aux autres. De retour à Jérusalem, il est confronté très naturellement
à la méfiance des disciples; ils ne le reçoivent que grâce à l’intervention
de Barnabas, qui leur raconte ce que le Seigneur a fait pour Saul et comment
celui-ci s’est converti. Barnabas est en quelque sorte la lettre de
recommandation de Saul. À Jérusalem, Saul rend ouvertement témoignage; il
entre en conflit avec les Hellénistes, ceux-là même qui portaient une si
grande responsabilité dans la lapidation d’Étienne. Maintenant ils sont
prêts à mettre à mort celui qui alors avait gardé leurs vêtements. Tout ceci
fait partie des voies gouvernementales de Dieu. Le fait que le Seigneur
avait manifesté envers lui une telle grâce lors de sa conversion n’empêchait
pas que, selon ces voies gouvernementales, il doive moissonner ce qu’il
avait semé.
Menacé de mort, Saul doit quitter Tarse, sa ville natale. On peut se
demander quand se situe le séjour en Arabie dont il parle en Galates 1:17.
Il semblerait que ce soit pendant les «jours en grand nombre» mentionnés au
verset 23 de notre chapitre, car Paul dit qu’il est
retourné de nouveau à Damas. S’il en
est bien ainsi, la fuite de Damas lorsqu’il fut dévalé dans une corbeille
par la muraille eut lieu après son retour d’Arabie. Quoi qu’il en soit,
c’est son départ pour la lointaine Tarse qui inaugure la période marquée par
le calme et l’édification pour les assemblées, période au cours de laquelle
celles-ci se multiplièrent.
Le verset 32 nous ramène à l’activité de Pierre; il nous montre que si
l’Esprit de Dieu opérait avec une si grande puissance ailleurs, il n’avait
pas cesse pour autant de travailler par ce serviteur. Il y a d’abord eu à
Lydde une œuvre remarquable: la guérison d’un paralytique. Puis à Joppé,
Pierre est l’instrument de la résurrection de Dorcas; et ainsi plusieurs
dans cette ville crurent au Seigneur. C’est alors que Pierre fait un séjour
prolongé chez Simon, le corroyeur.
Pendant ce même temps l’Esprit de Dieu avait opéré dans le cœur de
Corneille, le centurion romain, et y avait produit la piété et la crainte de
Dieu, accompagnées d’aumônes et de prières à Dieu. Le moment était venu
d’amener cet homme, et ses amis animés des mêmes sentiments, dans la lumière
de l’évangile. Or «les clefs du royaume des cieux» avaient été confiées à
Pierre (Matt. 16, 19); et de même qu’il s’en était servi le jour de la
Pentecôte pour recevoir les élus d’entre les Juifs, il s’en sert maintenant
en faveur de ceux d’entre les Gentils. Notre chapitre relate comment Dieu a
appelé et converti l’homme qui allait être l’apôtre des Gentils; le chapitre
suivant nous montre comment Pierre va être libéré de ses préjugés et conduit
à ouvrir la porte de la foi aux Gentils, préparant ainsi le chemin pour le
ministère de l’apôtre Paul.
Chapitre 10
Ce chapitre s’ouvre sur le message d’un ange à Corneille, lui disant
d’envoyer des hommes à Joppé et de faire venir Pierre. Cela ne suscite
aucune difficulté: Corneille obéit immédiatement. Remarquons que l’ange ne
fait pas un long discours à Corneille. Le
message de la grâce ne peut être transmis correctement que par un
homme qui lui-même est un objet de
la grâce. Aussi fallait-il faire venir Pierre. Dieu n’avait pas été
insensible aux prières et aux aumônes de Corneille: elles exprimaient que
son cœur recherchait sincèrement Dieu. Si après avoir entendu l’évangile il
avait ignoré son message et était retourné à ses prières et à ses aumônes,
cela aurait été différent. Elles ne seraient alors pas «montées pour
mémorial devant Dieu».
La manière dont Dieu prépare Pierre par une extase nous est ensuite
rapportée. Là, des difficultés surgissent, car Pierre est encore sous
l’emprise de pensées judaïques et il faut qu’il en soit délivré. Les
auditeurs étaient prêts mais le prédicateur ne l’était pas encore. Nous
lisons qu’il «monta sur le toit pour prier»; il était donc dans l’attitude
qui convenait pour recevoir les directives nécessaires. D’une part il y a un
homme exercé qui priait et d’autre
part un serviteur qui priait. Et les
résultats sont remarquables.
La grande toile que Pierre voit, descend d’un ciel ouvert. Elle renferme
toutes les espèces de créatures, tant pures qu’impures. Et elle est de
nouveau élevée au ciel. Pierre est invité à satisfaire sa faim en mangeant;
il aurait pu le faire en choisissant à cet effet un animal pur. Mais comme
ces bêtes étaient toutes mélangées, Pierre refuse. Il lui est dit alors que
Dieu peut purifier ce qui est impur — qu’il l’a fait — et que lui, Pierre,
ne doit pas tenir pour impur ce que Dieu a purifié. Cela est répété trois
fois, pour que Pierre soit bien pénétré dans son esprit de la signification
de cette scène. Nous pouvons voir dans cette vision une image appropriée de
l’évangile: dispensé depuis un ciel ouvert, il embrasse une multitude,
comportant beaucoup de Gentils qui du point de vue cérémoniel étaient
impurs, mais qui tous sont purifiés par grâce et finalement élevés au ciel.
Pierre a d’abord des doutes quant à la signification de toute cette scène,
car les anciens préjugés meurent lentement; mais comme il est en perplexité
à l’égard de cette vision, l’arrivée des messagers envoyés par Corneille
vient clarifier la situation. L’Esprit lui dit distinctement d’aller avec
ces hommes et d’apporter ainsi l’évangile à ce Romain exercé. Le Gentil
«impur» doit être sauvé.
Au chapitre 8 nous avons vu avec quelle précision Dieu avait conduit
Philippe à se joindre au char de l’Éthiopien. Ici nous voyons les serviteurs
de Corneille arriver juste au bon moment pour confirmer à Pierre les
instructions divines. La chose est de Dieu et Pierre est irrésistiblement
poussé à agir.
Arrivés à Césarée, ils trouvent tout prêt dans la maison de Corneille. Lui
aussi était conscient que tout procédait de Dieu, aussi ne doutait-il pas
que Pierre viendrait, et il avait assemblé plusieurs personnes qui, comme
lui, cherchaient Dieu. Le verset 25 nous révèle l’état d’esprit humble et
soumis qui caractérisait Corneille. L’hommage qu’il rend est excessif; ce
n’était toutefois pas peu de chose pour le Romain hautain de se jeter aux
pieds de l’humble pêcheur galiléen.
Pierre se trouve maintenant en présence d’un grand nombre de Gentils et les
premières paroles qu’il adresse à Corneille montrent qu’il a compris
l’instruction reçue par la vision. La réponse de Corneille révèle la
simplicité avec laquelle il avait reçu le message de l’ange et sa
promptitude à obéir. Il avait accepté le doux reproche de Pierre lui disant:
«Moi aussi je suis un homme»; il
savait toutefois que Dieu était à
l’œuvre et que la réunion devait avoir lieu comme en Sa présence. Par
conséquent, il dit de lui-même et de ceux qu’il a rassemblés: «Nous sommes
tous présents devant Dieu», prêts à entendre de la bouche du prédicateur «tout
ce qui t’a été ordonné de Dieu». Ils étaient disposés à entendre
tout.
Combien de personnes veulent bien entendre des paroles agréables et
réconfortantes, mais rejettent les déclarations plus exerçantes de
l’évangile!
En commençant son message, Pierre mentionne qu’il comprenait maintenant que
Dieu agrée toute âme qui le recherche sincèrement, selon la lumière qu’elle
possède, indépendamment de la nation à laquelle elle appartient. La grâce de
Dieu allait désormais se déverser richement au-delà des frontières d’Israël,
bien que la parole annoncée par Dieu touchant Jésus Christ personnellement
présent au milieu des hommes n’ait été envoyée qu’aux seuls enfants
d’Israël. Mais cette parole avait été largement publiée à travers la Galilée
et la Judée, de sorte que Corneille et ses amis, habitant ces contrées, la
connaissaient bien. Tout ce qui concernait la vie et la mort de Jésus de
Nazareth leur était familier.
Ainsi Pierre pouvait dire: «Vous connaissez
la parole». Il y avait cependant des choses qu’ils
ne connaissaient pas; et ce sont ces
sujets d’une importance capitale qu’il va placer devant eux. La mort de
Jésus avait été une manifestation publique et tout le monde était au courant
de ce qui s’était passé. Sa résurrection n’avait eu que peu de témoins et,
d’une manière générale, elle était niée avec l’appui des autorités
religieuses, comme nous l’apprend Matthieu 28:11-15. Aussi Pierre
annonce-t-il maintenant une nouvelle étonnante: le Jésus qui avait été
crucifié a été ressuscité d’entre les morts par une intervention de Dieu;
lui-même et les autres apôtres l’avaient vu, avaient mangé avec lui et
avaient reçu le commandement de prêcher au peuple. Dans les versets 42 et
43, Pierre présente ce qu’il a été chargé d’annoncer.
Ces versets nous donnent les deux sujets de sa prédication, deux thèmes qui
doivent avoir eu un grand retentissement chez ses auditeurs d’entre les
Gentils. Premièrement, le Jésus que les hommes ont crucifié a été établi de
Dieu juge des vivants et des morts. Sa crucifixion a été perpétrée tant par
les Juifs que par les Gentils. Corneille devait en savoir les détails et
connaître certaines personnes qui y avaient participé, si lui-même n’y avait
pas joué un rôle. Il était au courant de la honte, du déshonneur et de
l’échec apparent de cet Homme. Or, le Jésus méprisé apparaîtra, le moment
venu, comme le Juge universel. Le destin de tous les hommes est entre Ses
mains. Quelle déclaration surprenante, propre à terroriser tous ses
adversaires!
Mais, en second lieu, avant que ce Juge s’asseye sur le trône du jugement,
tous les prophètes rendent témoignage que le pardon est offert en son nom.
Ce pardon est à la portée de «quiconque croit en lui». Le pardon au nom du
Juge! Que pourrait-il y avoir de plus décisif et de plus immuable? Le Juge
est devenu le garant des pécheurs, et ainsi celui qui croit en lui reçoit la
rémission des péchés, avant que se
lève le jour de la grande comparution des vivants et des morts.
Corneille et ses amis crurent. La
foi était présente dans leur cœur avant même que le message leur ait été
présenté. Dès qu’ils l’entendent, leur foi s’en saisit immédiatement, et
Dieu sanctionne ce fait en répandant aussitôt sur eux le don du Saint
Esprit. Leur foi a jailli comme un éclair et a été suivie tout de suite par
le coup de tonnerre du Saint Esprit. Le Saint Esprit était répandu sur ces
croyants d’entre les Gentils, comme il l’avait été au début sur les croyants
d’entre les Juifs, avec ensuite le signe des langues. Les deux cas étaient
identiques; aussi «les fidèles de la circoncision» qui étaient venus avec
Pierre n’eurent-ils plus aucun doute. Rien n’empêchait que ces Gentils
soient baptisés. Si Dieu les avait introduits par le baptême de l’Esprit
dans le seul corps, les hommes ne pouvaient pas leur refuser l’entrée par le
baptême d’eau parmi les croyants sur la terre.
Il y a cette seule différence entre Actes 2 et notre chapitre, que là les
croyants durent d’abord se soumettre au baptême d’eau, pour recevoir ensuite
seulement la promesse de l’Esprit. Ils devaient rompre leurs liens avec la
masse rebelle de leur nation avant d’être bénis. Ici Dieu répand d’abord
l’Esprit, car s’il ne l’avait pas fait, les Juifs avec leurs préjugés
auraient fait obstacle à leur baptême et à leur réception. Ainsi Dieu les
devance; en fait tout ce chapitre nous montre que l’ouverture de la porte de
la foi aux Gentils procédait de Dieu pour l’accomplissement de Son propos.
Il nous indique également qu’aucune loi rigide ne saurait être posée quant à
la réception de l’Esprit. Celle-ci résulte
toujours de la foi, mais elle peut avoir lieu
avec ou
sans le baptême, avec ou
sans l’imposition des mains des
apôtres (voir chap. 19:6).
Chapitre 11
Ce chapitre s’ouvre sur le trouble suscité à Jérusalem par les événements
qui venaient de se produire à Césarée. Ceux qui étaient encore fortement
marqués par le judaïsme reprochent à Pierre ce qu’il a fait. Pierre est
alors amené à reprendre le sujet depuis le début et à le leur exposer par
ordre afin que tous puissent voir que la chose était distinctement de Dieu.
Il est remarquable que l’Esprit de Dieu ait jugé bon de nous laisser le
récit fait par Pierre outre celui que nous a donné Luc comme historien dans
le chapitre précédent. Cela souligne l’importance de ce qui s’est passé si
discrètement dans la maison du centurion romain. C’est un événement qui
certes a fait époque.
Le récit de Pierre nous donne naturellement son côté de l’histoire plutôt
que celui de Corneille. Cependant il ajoute un détail concernant le message
de l’ange à Corneille, qui n’est pas mentionné dans le chapitre précédent.
Pierre devait lui dire «des choses» par lesquelles il serait «sauvé», lui et
toute sa maison. La loi demande des œuvres
à l’homme; l’évangile apporte des
paroles à l’homme, qui, si elles sont reçues, le conduisent au
salut. Relevons également que Corneille et ses amis ne sont pas «sauvés»
avant d’avoir entendu l’évangile et de l’avoir cru; et pourtant, sans aucun
doute, il y avait eu dans leur cœur un travail de Dieu, qui les avait amenés
à le rechercher.
Les versets 15 et 16 nous montrent que, dans le don de l’Esprit à Corneille,
Pierre reconnaît un baptême de l’Esprit supplémentaire à celui qui avait eu
lieu à Jérusalem au commencement. Dieu faisait à l’égard des croyants
d’entre les Gentils ce qu’il avait fait précédemment pour ceux d’entre les
Juifs. Il les plaçait les deux sur le même pied; et qui était Pierre ou qui
que ce soit d’autre pour résister à Dieu?
Le récit clair et direct de Pierre fait taire toute opposition. En fait, la
grâce a opéré dans le cœur des opposants et ils sont amenés non seulement à
reconnaître que Dieu a donné aux nations «la repentance pour la vie», mais
aussi à glorifier Dieu de ce qu’il a fait. Ils considèrent la repentance
comme un don de Dieu, tout comme la foi l’est en Éphésiens 2:8.
Avec le verset 19, nous quittons Pierre et reprenons le fil du récit au
verset 1 du chapitre 8. Dans l’intervalle nous avons eu le travail
évangélique de Philippe, la conversion de Saul qui va être l’apôtre des
Gentils, et les activités de Pierre, culminant dans l’ouverture formelle de
la porte de la foi aux Gentils. Nous apprenons maintenant que les croyants
dispersés par la persécution connaissaient l’évangile, mais n’annonçaient la
parole qu’à des Juifs; tandis que certains d’entre eux qui étaient des
Cypriotes et des Cyrénéens, lorsqu’ils arrivent à Antioche, se mettent à
prêcher aux Grecs, présentant Jésus comme le Seigneur, car effectivement il
est Seigneur
de
tous.
Ainsi ces hommes commencent à évangéliser les Gentils, et c’est bien l’œuvre
spécifique que le Saint Esprit avait maintenant en vue. Les résultats sont
remarquables. La main du Seigneur est avec ces hommes qui pourtant étaient
des gens du commun, et une grande multitude crut et se tourna vers le
Seigneur.
C’est ainsi que fut constituée la première assemblée des nations; l’œuvre
prend rapidement une extension telle que l’assemblée à Jérusalem en a
connaissance et qu’elle envoie Barnabas les visiter. Arrivé à Antioche,
Barnabas discerne tout de suite une véritable œuvre de la grâce de Dieu.
Loin d’être jaloux que Dieu se soit servi d’autres que de lui-même ou des
conducteurs à Jérusalem pour cela, il s’en réjouit et, par ses exhortations,
consolide le travail. Étant un homme de bien et plein de l’Esprit Saint et
de foi, il ne se préoccupe pas de sa propre réputation mais n’a devant lui
que la gloire de Christ. De même qu’ils avaient commencé par
la foi dans le Seigneur, il les exhorte
maintenant à demeurer attachés au Seigneur
de tout leur cœur. Pour Barnabas, seule compte l’œuvre de la
grâce de Dieu, indépendamment de l’instrument employé. Ah! si seulement
l’esprit de Barnabas avait pu marquer toute l’histoire de l’Église!
Cet homme de bien, Barnabas, est encore caractérisé par un autre trait. Il
est manifestement conscient de ses propres limites. Il sent qu’un autre que
lui-même doit être l’instrument spécialement employé pour instruire ces
croyants d’entre les Gentils; et ainsi il va chercher Saul. Il semble que
Barnabas exhortait et que Saul enseignait; ils se livrent à ce travail
pendant toute une année. Et il est bien significatif que ce soit à Antioche
que le nom «chrétien» ait été employé pour la première fois. Remarquons la
place qui est donnée à la seigneurie de Christ dans ce récit de l’œuvre à
Antioche; et dans ce lieu où Christ est reconnu d’un cœur vrai et d’une
manière conséquente comme Seigneur, les croyants ont une conduite qui amène
les observateurs à les appeler chrétiens. Nous verrons au chapitre 26 que ce
nom était connu d’Agrippa. 1 Pierre 4:16 nous montre que l’Esprit Saint
accepte cette appellation.
À la fin de ce chapitre, nous voyons la liberté avec laquelle les serviteurs
de Dieu, tels les prophètes, se déplaçaient dans les différentes assemblées.
Les dons dispensés dans l’Église doivent être employés d’une manière
universelle et non pas simplement locale. C’est ainsi que par Agabus, un
prophète de Jérusalem, l’assemblée à Antioche fut avertie qu’une famine
allait avoir lieu et qu’elle put prendre les mesures nécessaires pour
répondre aux besoins que connaîtraient les saints en Judée. Les croyants
d’entre les Gentils eurent ainsi de bonne heure l’occasion de manifester
leur amour à l’égard de leurs frères d’entre les Juifs.
Chapitre 12
Ce chapitre constitue une sorte de parenthèse. Nous sommes ramenés à
Jérusalem pour entendre parler des persécutions qu’Hérode faisait subir aux
saints, et des voies de Dieu envers lui. Jacques, le frère de Jean, connaît
une mort de martyr. Il était l’un des trois disciples qui ont eu le
privilège particulier d’être avec le Seigneur sur la montagne de la
transfiguration, à Gethsémané, et dans d’autres occasions. Pourquoi alors le
Seigneur n’est-il pas intervenu en sa faveur, comme il le fit pour Pierre?
Le fait est qu’il n’intervint pas et que Jacques a été le premier des
apôtres à être mis à mort. Hérode cherchait à s’attirer la faveur des Juifs,
tout comme Pilate l’avait fait lorsqu’il avait crucifié le Seigneur; et
constatant que cela était agréable aux Juifs, il fit prendre Pierre. Ainsi
une fois encore nous voyons les Juifs dans le rôle qui leur a attiré «la
colère... au dernier terme», selon 1 Thessaloniciens 2:14-16.
L’arrestation de Pierre amène l’assemblée à faire monter d’instantes
prières. Elles sont adressées à Dieu et non pas à l’homme. Le verset 5 place
devant nous d’une manière remarquable les caractéristiques essentielles
d’une fervente prière. C’est une prière réelle:
elle est adressée «à Dieu». Une prière en
commun: c’est «l’assemblée» qui prie. Une prière
précise: elle est «pour lui», non pas
dispersée sur mille et une requêtes, mais centrée sur un objet spécial. Une
prière fervente et
importune: le genre de requêtes qui
sont exaucées, selon Luc 18:1 et Jacques 5:16. La prière de l’assemblée a
pour résultat qu’un ange descend du ciel pour délivrer Pierre.
Hérode faisait garder son prisonnier par seize soldats, lié de chaînes et
derrière des verrous. Il avait probablement eu vent de délivrances
précédentes. Toutes ces mesures sont sans effet pour l’ange, et Pierre est
libéré. Plusieurs étaient encore assemblés et priaient dans la maison de
Marie, mère de Marc et sœur de Barnabas. C’est là que Pierre se rend. Alors
qu’ils supplient Dieu de délivrer Pierre, celui qui a été libéré heurte à la
porte. Leur prière est exaucée! Ils ont de la peine à le croire, et en cela
ne nous ressemblent-ils pas beaucoup? La réponse de Dieu dépasse leur foi.
Les Juifs sont frustrés et Hérode est privé de sa proie. Les seules
victimes, le lendemain, sont les malheureux soldats responsables d’assurer
la garde de Pierre.
Mais si Hérode ne peut plus rien faire contre Pierre, Dieu n’en a pas fini
avec Hérode. Ce misérable roi, assis sur son trône, revêtu de ses vêtements
royaux, se lance dans un discours pour se glorifier devant les Tyriens et
les Sidoniens. C’est un immense succès diplomatique: le peuple lui rend les
honneurs dus à «un dieu», et il les accepte. À cet instant, un ange du
Seigneur le frappe. Lui, un simple mortel, avait accepté des honneurs dus à
Dieu. Aujourd’hui certains puissants de ce monde, des simples mortels, sont
très près de l’imiter, et pourtant eux aussi seront peut-être appelés à
quitter misérablement la scène de la vie.
Dans ce chapitre, nous voyons l’ange du Seigneur frapper à deux reprises. Il
frappe «le côté de Pierre» pour le réveiller.
Il frappe Hérode pour le faire mourir
sur-le-champ; en effet, «étant rongé par les vers, il expira». Il arrive
souvent que les vers rongent la chair humaine après la mort, mais dans le
cas d’Hérode, c’est avant la mort. On ne peut guère concevoir une fin plus
horrible. Dans le cas de Jacques, Hérode est parvenu à ses fins; dans celui
de Pierre, il a été frustré; Dieu a renversé les rôles, lui redemandant son
âme dans une scène de misère et d’agonie indescriptibles.
Le verset 24 offre un contraste frappant. Si d’une part les vers se sont
développés et multipliés dans le pauvre corps d’Hérode, d’autre part la
parole de Dieu croît et se multiplie dans beaucoup de cœurs. Lorsque Dieu
veut renverser un adversaire, il n’a pas de grands efforts à faire: quelques
vers lui suffisent pour parvenir à ses fins. La parole de Dieu sert à
accomplir son propos de bénédiction dans le cœur des hommes.
Le verset 25 fait suite au dernier verset du chapitre précédent. Barnabas et
Saul étaient venus apporter à Jérusalem le don des saints à Antioche; une
fois ce service rempli, ils repartent, emmenant Marc avec eux. Le début du
chapitre suivant dirige de nouveau nos pensées sur Antioche et l’œuvre qui
s’y poursuit.
Chapitre 13
Cette grande assemblée, composée principalement de Gentils, n’avait pas
moins de cinq prophètes et docteurs. Leurs noms nous sont donnés; ils sont
très instructifs. L’un d’eux a un surnom laissant supposer qu’il était un
noir (Niger signifie Noir), un autre était assez important pour avoir été un
frère de lait d’Hérode, Barnabas était un Juif helléniste, Saul avait été un
pharisien convaincu, et Lucius était probablement un Gentil. Ainsi dès le
début il apparaît clairement que, dans l’assemblée, ni la race ni
l’éducation ne sont décisifs, mais le don dispensé d’en haut. Ces hommes
servaient non seulement les saints pour les instruire, mais aussi le
Seigneur par les actions de grâce, l’intercession et le jeûne. C’est au
cours d’une de ces réunions privées que l’Esprit Saint donne des
instructions précises, disant que Barnabas et Saul devaient être mis à part
pour porter l’évangile aux nations.
Le premier et le dernier d’entre ces cinq hommes sont choisis pour cette
mission. Les autres prient pour eux et s’identifient à eux par l’imposition
des mains dans le service qu’ils vont entreprendre. Cette imposition des
mains n’est pas ce qu’on appelle aujourd’hui «ordination», car les deux
hommes choisis exerçaient déjà pleinement leur ministère. L’imposition des
mains exprime toujours l’identification. Les autres disent en quelque sorte:
«Nous sommes tout à fait avec vous dans votre mission». Et ils peuvent les
laisser aller, dans une pleine communion, sans jalousie ni rivalité.
Même ainsi, c’est en fait l’Esprit Saint qui les envoie, comme l’indique le
verset 4. Ils se rendent d’abord à Chypre, le lieu d’origine de Barnabas,
accompagné par Marc, le neveu de celui-ci. Arrivés à Paphos, ils sont
encouragés de trouver le proconsul de l’île disposé à entendre la parole de
Dieu. Mais en même temps, ils ont affaire avec l’opposition de Satan.
L’opposition des puissances des ténèbres est un signe encourageant plutôt
que l’inverse.
Elymas était un Juif apostat, qui s’était vendu au diable pour le servir; et
il devient le principal adversaire de l’évangile à Paphos. Mais si la
puissance de Satan s’exprime en lui, celle de l’Esprit Saint agit en Saul,
et il se manifeste d’une manière très frappante et sans équivoque que «celui
qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde» (1 Jean
4:4). Le vrai caractère de cet homme est mis à jour, et la main du Seigneur
se pose sur lui en jugement. Il est remarquable que Saul soit employé
maintenant pour faire venir sur un autre quelque chose de semblable à ce qui
l’avait frappé lui-même. Au bout de trois jours, les écailles étaient
tombées des yeux de Saul. «Une obscurité et des ténèbres» tombent sur
Elymas, et elles correspondent parfaitement à l’état ténébreux de son
esprit. Le proconsul croit, mais c’est
l’enseignement du Seigneur qui l’a impressionné plus que le
miracle.
À partir de ce point Luc donne à Saul son nouveau nom de Paul (signifiant:
Petit) et dès lors aussi nous voyons l’Esprit lui confier une position
dominante dans le service et le ministère; c’est ainsi qu’au verset 13 nous
lisons: «Paul et ses compagnons». Il y a, pensons-nous, une relation voulue
entre le changement de nom et le changement de position. Celui qui est
Petit devient le
Chef; et nous avons là une illustration
des paroles du Seigneur en Matthieu 18:4. Cela aurait-il un rapport
quelconque avec le fait que Jean Marc les quitte à ce moment? nous pouvons
nous poser la question. Barnabas, son oncle, était quelque peu mis dans
l’ombre.
À Antioche de Pisidie, les chefs de la synagogue offrent aux visiteurs de
présenter un message et de nouveau c’est Paul qui saisit l’occasion et
parle. Les versets 17 à 41 donnent le compte-rendu de sa prédication, de
sorte que nous pouvons nous faire une idée précise de la manière dont Paul
présentait l’évangile à un auditoire composé à la fois de Juifs et de
prosélytes.
Il commence par leur rappeler que Dieu a choisi leurs pères en Égypte et les
a fait sortir du pays; et à partir de là, il va jusqu’au moment où Dieu
choisit David et promit un Sauveur issu de la semence de cet homme. Il leur
présente ensuite Jésus comme étant la Semence promise: Jean le Baptiseur en
a rendu le témoignage. Maintenant la nouvelle du salut centré sur ce Sauveur
était annoncée à tous ses auditeurs, y compris «ceux qui parmi vous
craignent Dieu», c’est-à-dire les prosélytes d’entre les Gentils qui étaient
là.
Il leur parle ensuite de la mort et de la résurrection de Jésus: de sa mort
causée par la méchanceté des Juifs de Jérusalem; de sa résurrection opérée
par Dieu — résurrection attestée largement par des témoins crédibles. Ainsi
il leur présente la «bonne nouvelle» sous deux aspects. D’abord la bonne
nouvelle que Dieu a accompli sa promesse en suscitant Jésus, allusion à la
venue de notre Seigneur dans le monde, selon le psaume 2. Puis secondement,
la bonne nouvelle que si les hommes ont condamné Jésus à mort, Dieu l’a
ressuscité d’entre les morts, pour ne plus devoir retourner à la corruption.
Paul voit une allusion à la résurrection dans «les grâces assurées de David»
(És. 55:3), comme aussi dans les paroles bien connues du psaume 16, qu’il
cite. La première citation a été écrite au
sujet de David, et la seconde par
David; mais ni dans un cas ni dans l’autre l’Esprit de Dieu
n’avait réellement David en vue, comme l’indique le verset 36. David ayant,
«en sa propre génération, servi au conseil de Dieu» a vu la corruption, et
les expressions de son psaume ne pouvaient s’appliquer qu’à Christ.
Maintenant que Paul a ainsi établi la résurrection de Christ, il en vient au
point culminant de son message: l’annonce du pardon des péchés par
cet Homme ressuscité d’entre les morts.
Elle est présentée sous la forme d’un oracle, comme une proclamation divine.
Il n’y a pas ici de citation de l’Ancien Testament. «Sachez donc», dit-il.
Ils devaient recevoir (connaître) ce qu’il leur annonçait, car en fait
c’était Dieu qui parlait par sa bouche. En 1 Corinthiens 2:13, nous voyons
que Paul attache l’inspiration du Saint Esprit à ses paroles; et de ce fait
nous n’avons pas d’hésitation à attribuer la même inspiration à ses écrits
qui nous ont été préservés dans le Nouveau Testament. Lorsque Paul dit: «Sachez»,
ceux qui croyaient, savaient
(pouvaient connaître). Et nous savons
(pouvons connaître) exactement de la même manière quand nous croyons les
Saintes Écritures.
Paul ne se limite pas à cette annonce générale de pardon: il déclare aussi
le résultat positif qui suit la foi au message évangélique. Par Christ, le
croyant est justifié de tout.
Personne ne peut être justifié par les œuvres de loi; par la foi en Christ
nous sommes justifiés de tout. Nous sommes délivrés de toute accusation qui
pourrait être dressée contre nous et revêtus de «la justice qui est de Dieu,
moyennant la foi». Tout cela dépend de la foi en Christ ressuscité d’entre
les morts. C’est par cet Homme, «par
Lui».
Paul termine son message par une parole d’avertissement, et cela s’accorde
avec ce qu’il établit en Romains 1:16-18. L’évangile révèle la «justice de
Dieu», comme nous venons de le voir au verset 39 de notre chapitre; mais
elle est révélée en contraste avec le sombre arrière-plan de la «colère de
Dieu». D’où les expressions solennelles des versets 40 et 41. La citation
que Paul fait de Habakuk 1:5 est très frappante, car le prophète parle
clairement des Chaldéens. Mais, bien que l’accomplissement direct de la
prophétie les concerne eux, il est évident qu’il y aura un accomplissement
final plus vaste dans le jugement du Jour de l’Éternel. «Aucune prophétie de
l’Écriture ne s’interprète elle-même».
Les versets 43-48 montrent que l’évangile est véritablement «la puissance de
Dieu en salut à quiconque croit». Les Juifs et les prosélytes sont les
premiers à être touchés. Mais lorsque les Juifs, remplis de jalousie,
soulèvent une opposition violente, les apôtres se tournent résolument vers
les Gentils pour leur présenter l’offre du salut; ils trouvent en Ésaïe 49:6
un commandement clair du Seigneur pour le faire. De tout temps, la lumière
et le salut pour les Gentils étaient dans le propos de Dieu. De nombreux
Gentils croient, et il est ainsi manifesté qu’ils étaient destinés à la vie
éternelle. Nous ne savons pas qui est
destiné à la vie éternelle, de sorte que nous ne pouvons pas dire à l’avance
qui croira. Quand nous rencontrons quelqu’un qui croit véritablement,
nous savons aussitôt qu’il est destiné à
la vie éternelle.
La Parole est annoncée non seulement à Antioche, mais dans toute la région
avoisinante; l’extension de l’œuvre suscite une persécution telle que Paul
et Barnabas doivent s’en aller. Nous pourrions estimer désastreux que ces
nouveaux disciples aient dû passer par la persécution et aient
perdu ceux qui les enseignaient. Mais le
travail qui s’était opéré dans leurs âmes était si profond qu’au lieu d’être
déprimés, ils étaient remplis de joie et de l’Esprit Saint. La prospérité
représente sans doute souvent pour les disciples un danger plus grand que la
persécution.
Chapitre 14
À Iconium, la ville où ils s’arrêtent ensuite, l’œuvre est semblable à celle
qui s’est faite à Antioche. Les apôtres entrent dans la synagogue; ils
annoncent la Parole, et une grande multitude tant de Juifs que de Gentils
croient. De nouveau les Juifs suscitent l’opposition et la persécution, et
craignant les émeutes, les apôtres s’enfuient dans d’autres villes.
À Lystre, Paul fait un miracle remarquable. Un homme impotent dès sa
naissance est guéri — un miracle qui est le pendant presque exact de celui
que Pierre avait opéré (voir chap. 3). Ce dernier avait eu lieu au cœur même
du judaïsme; il avait ouvert une large brèche au témoignage, mais il avait
aussi attiré la colère des chefs juifs sur les apôtres. Celui de notre
chapitre est fait en présence de païens; ceux-ci l’interprètent à la lumière
de leurs fausses croyances et se seraient livrés à une fête païenne si les
apôtres n’avaient pas protesté et saisi l’occasion pour leur annoncer le
Dieu vivant et vrai comme le Créateur. Les Lycaoniens voulaient faire
exactement ce que Paul accuse les païens de faire lorsqu’il leur reproche,
en Romains 1:25, d’avoir «honoré et servi la créature plutôt que celui qui
l’a créée, qui est béni éternellement».
Le verset 19 illustre l’inconstance des hommes. Ceux qui étaient tout prêts
à déifier Paul sont en un tour de main dressés contre lui par certains Juifs
qui suivaient ses traces; ils le lapident jusqu’à ce qu’ils le croient mort.
Paul passe maintenant par le supplice qui, avec sa participation, avait été
infligé à Étienne. Dieu n’était pas intervenu dans le cas d’Étienne, mais il
le fait dans celui de Paul. Il ne nous est pas possible de savoir si Paul a
été lapidé effectivement jusqu’à ce que mort s’ensuive ou seulement jusqu’à
en donner l’apparence: quoi qu’il en soit, son rétablissement presque
instantané, son retour à la santé et aux forces ordinaires, est un miracle.
Le lendemain il s’en va annoncer l’évangile dans une autre ville, comme s’il
ne lui était rien arrivé.
Le voyage des apôtres se termine à Derbe; il a été marqué par les travaux et
les souffrances pour l’évangile. Sur leur trajet de retour, ils se
consacrent au travail pastoral, pour fortifier et établir les âmes des
disciples dans la foi. Remarquons bien qu’ils ne cachent pas aux croyants
les souffrances qu’ils auront à rencontrer; au contraire ils les préviennent
qu’elles sont inévitables. Ils ne leur disent pas que
sans doute ils devront traverser
quelques afflictions pour entrer dans
le royaume de Dieu, mais ils précisent que c’est par
beaucoup d’afflictions qu’il nous
faut y entrer.
Cette déclaration demeure vraie aujourd’hui. Nous pouvons essayer d’éviter
les souffrances, mais sans succès. Si par lâcheté nous nous dérobons au
conflit avec le monde, nous nous attirons des difficultés dans nos
circonstances journalières ou même nous les introduisons au sein de
l’assemblée de Dieu. L’apôtre Paul lui-même a écrit: «Notre chair n’eut
aucun repos, mais nous fûmes affligés en toute manière:
au-dehors, des combats; au-dedans, des craintes»
(2 Cor. 7:5). Aujourd’hui nous pouvons employer un langage semblable;
seulement que de fois n’avons-nous pas à inverser la seconde partie et à
dire que nous avons trop de craintes quant au «dehors» et que, par
conséquent, nous sommes trop souvent entraînés dans des combats dans le
cercle des saints de Dieu — or c’est «au-dehors,
des combats; au-dedans, des craintes». Toutefois dans les deux
cas, les souffrances sont notre part.
Au cours de leur voyage de retour, ils constatent également que parmi les
convertis les plus âgés, il y en avait certains qui manifestaient un
caractère propre à l’exercice de la surveillance spirituelle et ils les
nomment anciens. Le discernement apostolique était nécessaire pour opérer ce
choix, et aussi un véritable esprit de dépendance de Dieu, d’où la prière,
et le refus de ce que la chair désire, d’où le jeûne. Et après avoir choisi
les anciens de manière à ce que tous les reconnaissent, ils ne remettent pas
le reste des croyants entre les mains des anciens. Non, ils «les
recommandèrent au Seigneur en qui ils avaient cru». Chaque croyant est placé
dans une relation et une communion directes avec le Seigneur par la foi. Les
anciens sont institués non pas pour intercepter
la foi des saints, mais pour
l’inciter à plus de réalité et à plus de profondeur.
Les apôtres ne passent pas par Chypre au retour, mais d’Attalie ils se
rendent directement par mer à Antioche; là ils réunissent l’assemblée et
racontent tout ce qu’ils ont fait. Ce n’était pas l’assemblée à Antioche qui
les avait envoyés, mais le Saint Esprit; toutefois l’assemblée portait un
grand intérêt à ces serviteurs qui étaient sortis du milieu d’elle. De leur
côté les serviteurs racontent «toutes les choses que
Dieu avait faites avec eux». C’est Dieu
qui opérait; ils n’étaient que les instruments dont il s’était plu à se
servir; et c’est Dieu qui avait ouvert aux nations la porte de la foi. Le
premier voyage missionnaire l’a prouvé d’une manière incontestable.
Mais malgré cela, l’accomplissement de leur service n’était en soi pas hors
d’atteinte de la critique. À Antioche même, personne ne s’est opposé à eux
durant leur long séjour, mais alors la plupart de ceux qui composaient cette
assemblée étaient d’entre les nations. Lorsque certains descendirent de la
région de Jérusalem, l’enseignement qu’ils apportaient changea tout: selon
eux, la circoncision était indispensable au salut; or Paul et Barnabas ne
s’y étaient pas soumis. En lisant la première partie du chapitre 11, nous
avons vu que les croyants judaïsants à Jérusalem avaient mis en question la
démarche de Pierre quand il avait évangélisé les Gentils en la personne de
Corneille et de ses amis. Leur opposition avait été levée et il avait été
admis que l’évangile soit annoncé aux Gentils. Mais maintenant, le point
soulevé était qu’ils devaient se soumettre à la circoncision pour être
sauvés, et que la circoncision devait être selon «la loi de Moïse»,
c’est-à-dire clairement liée au système légal. Paul et Barnabas s’opposent
fermement à cette nouvelle exigence; et finalement ils montent avec quelques
autres à Jérusalem vers les apôtres et les anciens pour cette question.
Chapitre 15
Quatorze années se sont écoulées depuis la première brève visite de Paul à
Jérusalem trois ans après sa conversion, selon Actes 9:26-29 et Galates
1:18. Tout le chapitre 2 de l’épître aux Galates nous donne l’intelligence
de ce qui était en jeu dans la discussion commencée à Antioche et terminée à
Jérusalem: rien moins que la vérité et la
liberté de l’évangile. Nous voyons aussi que, si même dans notre
chapitre il est dit: «ils résolurent» que Paul et quelques autres iraient à
Jérusalem, c’est «selon une révélation» que Paul y monta; c’est-à-dire que
le Seigneur lui a clairement révélé qu’il devait y monter. Nous y trouvons
encore, que Paul a été conduit à être très ferme dans cette affaire et à ne
laisser aucune place aux opposants: il n’a «pas cédé par soumission, non pas
même un moment». Il a pris avec lui Tite, un Grec, et il s’est opposé à ce
qu’une contrainte quelconque lui soit imposée quant à la circoncision.
L’épître aux Galates montre bien que Paul avait la pleine certitude de ce
qu’était la pensée de Dieu à cet égard, mais il lui a été révélé qu’il
fallait en référer à Jérusalem pour régler cette question.
Nous voyons manifestement en cela la sagesse et la puissance de Dieu. Si
Paul avait cherché à régler le problème et avait agi à Antioche de sa propre
autorité apostolique, il aurait facilement pu en résulter une brèche entre
lui et les autres apôtres. Mais ainsi, ils parvinrent à la décision
d’accorder la liberté aux croyants d’entre les Gentils, dans le lieu même où
ils seraient arrivés à la conclusion opposée si Dieu, par son Esprit,
n’avait pas eu le contrôle. Mais nous anticipons.
En route vers Jérusalem, les apôtres causent une grande joie à tous les
frères en leur parlant de la grâce de Dieu envers les Gentils; mais c’est à
Jérusalem que l’affaire devait maintenant être examinée. Ceux qui voulaient
imposer l’observation de la loi aux croyants d’entre les Gentils étaient de
la secte des pharisiens. Bien qu’ayant été convertis, ils s’accrochaient
encore à leur pharisaïsme. Les apôtres et des anciens sont alors amenés à se
réunir officiellement pour considérer la question dans la présence de Dieu.
Après une «grande discussion», Pierre fait une déclaration décisive: il se
réfère au cas de Corneille dans lequel il avait été impliqué. Il souligne
que le Dieu qui connaît les cœurs avait rendu témoignage à ces croyants
d’entre les Gentils en leur donnant l’Esprit Saint, de même qu’il le leur
avait donné à eux-mêmes le jour de la Pentecôte. Ces Gentils avaient été
purifiés, comme l’indiquait la vision
de la grande toile; Dieu avait purifié leurs cœurs
par la foi, et non par un simple lavage
cérémoniel. En fait Dieu avait déjà réglé la question par ce qu’il avait
opéré pour Corneille. Nous comprenons maintenant pourquoi ce cas occupe une
si grande place dans le livre des Actes; c’est en effet la troisième fois
qu’il est évoqué devant nous.
La loi était un joug que Dieu avait mis sur le cou des Juifs; or tant eux
que leurs pères avaient trouvé son poids écrasant. Vouloir l’imposer à ceux
que Dieu n’y avait jamais asservis, c’était tenter Dieu lui-même. La grâce
du Seigneur Jésus Christ est la seule espérance de salut, tant pour les
Juifs que pour les Gentils. Le verset 11 est très remarquable. Il n’est pas
dit: «Eux, les Gentils, seront sauvés de la même manière que nous, les
Juifs», mais, «nous croyons être sauvés de la même manière qu’eux aussi». Le
salut des Gentils ne pouvait être sur aucun autre terrain que celui de la
grâce; et les Juifs devaient venir sur ce même terrain.
Remarquons le beau contraste entre Matthieu 11:29 et le verset 10 de notre
chapitre. Le joug écrasant de la loi ne doit pas nous être imposé à nous
d’entre les Gentils, mais cela ne veut pas dire que nous n’ayons pas de joug
à porter. Nous prenons sur nous le joug aisé et léger de Jésus, venu à nous
pour nous révéler le Père.
Par ses paroles, Pierre montre clairement qu’il a appris à fond la leçon qui
lui a été enseignée en relation avec Corneille. Il indique comment la
question avait été réglée dans ce cas; et alors Barnabas et Paul peuvent
raconter les miracles et les prodiges que Dieu avait opérés parmi les
nations. Ici Barnabas est nommé le premier, car étant épargné par la
jalousie et l’envie, il pouvait parler plus librement de ce qui avait été
fait, par Paul surtout. Ce que Dieu a fait en
pratique par eux est en harmonie avec ce qu’Il a établi
en principe par Pierre: voilà ce dont
ils rendent témoignage.
Après Pierre, Barnabas et Paul, Jacques prend la parole. Il semble avoir
occupé une place de responsabilité particulière à Jérusalem; d’après Galates
2:12, il était connu pour avoir des vues strictes quant au degré
d’association entre Juifs et Gentils admis dans l’Assemblée de Dieu. Mais il
confirme la déclaration de Pierre, puis montre qu’elle s’accorde avec les
prophéties de l’Ancien Testament. Amos avait prédit que des jours
viendraient où le Nom de Dieu serait réclamé sur les Gentils. Si nous
considérons sa prophétie, nous voyons qu’il parlait de ce qui se réaliserait
dans le Millénium, aussi Jacques ne la cite-t-il pas comme si elle était en
train de s’accomplir, mais comme
s’accordant avec ce qu’ils venaient
d’entendre.
La manière dont Jacques résume le témoignage de Pierre vaut la peine d’être
relevée. «Dieu a... visité les
nations pour en tirer un peuple pour son
nom». Voilà le programme de Dieu pour la
dispensation actuelle. L’évangile n’est pas annoncé parmi les nations en vue
de les convertir en tant que telles, et de préparer ainsi la terre pour que
Christ puisse y revenir; il y est prêché pour convertir des individus, qui
par là sont retirés d’entre les nations pour être Sa possession
particulière: «un peuple pour son nom». C’est un fait absolument
fondamental. Si nous sommes dans l’erreur sur ce point, nous le serons quant
à tout le caractère de la dispensation dans laquelle nous vivons. Les
nations ne se soumettront que lorsque les
jugements de Dieu seront sur la terre, comme Ésaïe 26:9 le dit si
clairement. L’évangile est envoyé sur la terre pour que
les élus d’entre les Juifs et d’entre
les Gentils soient appelés; et ces élus sont
l’assemblée de Dieu.
Après avoir établi ce point, Jacques donne ce qu’il juge être la pensée de
Dieu sur la question débattue. Son «avis» ou «jugement» est que le joug de
la loi ne devait pas être placé sur le cou des croyants d’entre les Gentils,
mais qu’il convenait de leur recommander l’observation de certaines
restrictions dans des domaines où ils étaient connus pour leur négligence.
L’idolâtrie et la fornication étaient considérées comme des péchés, déjà
avant la loi; et Genèse 9:4 montre qu’il en était de même pour manger le
sang. Dieu sait dès le début tout ce qu’il développera au cours du temps.
L’appel et l’élection des Gentils étaient nouveaux pour eux, mais non pas
pour Dieu. Il leur appartenait de suivre Dieu; quant à Moïse, ses paroles
avaient leur place: elles étaient lues dans les synagogues chaque sabbat.
L’avis exprimé par Jacques a l’approbation de tous. Premièrement, Pierre
leur a rendu témoignage de ce que Dieu avait fait en relation avec
Corneille; deuxièmement, Barnabas et Paul leur ont raconté ce que Dieu avait
opéré au cours de leur voyage missionnaire; troisièmement, les Écritures,
citées par Jacques, leur ont parlé. Ce que Dieu
avait dit concordait avec ce que Dieu avait fait. Ils s’étaient
assemblés pour rechercher la pensée de Dieu: ils la discernent clairement au
travers de sa Parole et de ses œuvres. Et ils sont tous d’accord. Ainsi une
question difficile, qui aurait pu diviser l’Église, est réglée et contribue
à les unir. À leur arrivée à Jérusalem, Barnabas et Paul étaient des hommes
dont le service était contesté et mis en doute. Ils repartent avec une
lettre dans laquelle il est parlé d’eux comme «nos bien-aimés Barnabas et
Paul».
Il est aussi dit à leur égard qu’ils sont des «hommes qui ont
exposé (dans certaines versions:
risqué) leurs vies pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ». Risquer sa
vie, c’est la mettre en jeu, tel un joueur qui hasarde son argent en jetant
les dés; exposer sa vie, c’est accepter la mort comme une certitude plutôt
que comme un risque. L’Église de Dieu devrait estimer comme un bien-aimé
quiconque expose sa vie de cette manière. Cette lettre écrite par des
croyants d’entre les Juifs à des croyants d’entre les Gentils est imprégnée
d’un bout à l’autre d’un esprit d’amour, de communion et d’unité. Ils
peuvent dire: «Il a semblé bon au Saint Esprit et à nous», tant ils étaient
convaincus que le Saint Esprit avait dirigé leur décision. Placer les
Gentils sous la loi aurait eu pour effet de «bouleverser» leurs âmes.
Tout ceci est d’une grande actualité pour nous aujourd’hui. Des difficultés
du même genre se sont présentées parmi les Galates un peu plus tard, et la
tentative de mélanger la loi et la grâce n’est pas rare à notre époque. Or
cela ne peut se faire sans porter atteinte à la plénitude de la grâce et
sans bouleverser les âmes de ceux qui reçoivent un tel enseignement. Les
versets 30 à 33 de notre chapitre montrent comment le maintien de la grâce
et de la liberté qu’elle apporte a contribué à l’affermissement et à la joie
des croyants d’entre les Gentils à Antioche. Judas et Silas aussi, qui
avaient été envoyés de Jérusalem, exercent leur ministère prophétique et
fortifient les frères. Nous voyons ici la liberté avec laquelle ceux qui
avaient un don pouvaient l’exercer dans quelque lieu que ce soit, et dans la
présence d’hommes dont le don pouvait être, à bien des égards, supérieur au
leur — vu que Paul et Barnabas étaient alors de retour à Antioche.
Quelques jours après, Paul propose à Barnabas d’entreprendre un nouveau
voyage pour faire un travail pastoral. Les expressions du verset 36 montrent
l’esprit d’un vrai pasteur désirant voir comment vont les croyants. La
prospérité des âmes est sa grande préoccupation. Cette excellente suggestion
est malheureusement à l’origine de la rupture entre ces deux dévoués
serviteurs du Seigneur. Barnabas propose que Marc, son neveu, les accompagne
de nouveau. Paul, se souvenant de sa défection, s’y oppose; et cette
divergence d’opinion provoque une telle irritation entre eux qu’ils se
séparent, estimant impossible de continuer à travailler ensemble. Barnabas
se rend à Chypre, d’où avait débuté leur premier voyage, et Paul part pour
l’Asie mineure, région où ce voyage les avait conduits. Paul trouve en Silas
un nouveau compagnon; ils partent après avoir été recommandés à la grâce de
Dieu par les frères. Barnabas semble s’en être allé précipitamment, avant
que les frères aient eu le temps de prier pour lui.
Il ne nous appartient pas de juger ces éminents serviteurs de notre
Seigneur; mais le récit nous permet néanmoins de déduire que Barnabas a été
trop influencé par les relations naturelles et que la sympathie des frères
allait à Paul. Toujours est-il que l’irritation et la dispute les séparent,
et le Saint Esprit ne le cache pas. Ne considérons pas Paul autrement que
comme un homme ayant les mêmes passions que nous. Il n’était pas parfait,
contrairement à son Seigneur.
Chapitre
16
Au début de ce chapitre, nous retrouvons Paul à Derbe et à Lystre, les lieux
où il avait été lapidé. Et c’est dans ces villes qu’il trouve maintenant
Timothée, celui qui sera un si grand réconfort pour lui dans les dernières
années de sa vie. Quelle belle illustration de la manière dont Dieu, dans
son gouvernement, agit en faveur des fidèles! Ne sommes-nous pas enclins à
penser que ce gouvernement s’exerce seulement contre les impies? Une des
plus grandes consolations de Paul a sa source là où il a connu les
souffrances.
Or Timothée, étant d’un père grec, n’avait pas été circoncis; il n’aurait
donc pas été reçu dans les cercles juifs. Paul, le sachant, le circoncit;
son attitude ici semble être en contradiction totale avec celle qu’il adopte
à l’égard de Tite (voir Galates 2:3-5). Mais dans le cas de Tite, toute la
vérité de l’évangile était mise en jeu, tandis que dans celui de Timothée,
aucune question ne se posait. Pour Timothée, il s’agissait simplement
d’éviter ce qui aurait été un obstacle dans son service pour le Seigneur; et
Paul ne voulait pas maintenir une apparence de constance qui n’aurait été
que superficielle. Dieu lui donnait un compagnon dans l’œuvre, et il
convenait d’ôter tout ce qui entraverait ses travaux.
Le séjour quelque peu prolongé de Paul en Asie mineure au cours de son
deuxième voyage est résumé dans cinq courts versets (v. 4-8). L’apôtre et
Timothée se livrent à une œuvre pastorale; ils traversent des régions où des
assemblées avaient déjà été établies précédemment; ils leur enseignent les
ordonnances qui ont été établies lors de la conférence à Jérusalem; et les
assemblées sont affermies et croissent en nombre. Puis ils visitent de
nouvelles régions: la Phrygie, la Galatie et la Mysie, et là ils font
évidemment le travail d’évangélistes. C’est à ce moment-là que l’apôtre a
connu cet accueil si chaleureux des Galates dont il parle dans l’épître
qu’il leur adresse (chap. 4:13-15). C’est aussi une époque au cours de
laquelle Dieu exerce un contrôle très serré sur ses déplacements. Arrivé en
Mysie, il se trouve entre la Bithynie au nord ou nord-est, et l’Asie au sud.
Si le chemin avait été ouvert, il aurait été dans les deux directions. Pour
ce qui concerne la Bithynie, l’Esprit le lui
défendit expressément; pour
l’Asie, l’Esprit l’en empêcha:
nous avons là, semble-t-il, une indication moins directe, dictée davantage
par les circonstances.
Troas est située sur la côte maritime de la Mysie. Paul reçoit là par la
vision d’un homme macédonien une indication positive. Ainsi en cinq versets,
nous voyons Paul être guidé par Dieu de trois manières différentes, deux
fois de façon négative et une fois de façon positive. Cela devrait éclairer
ceux d’entre nous qui, ayant le grand désir de recevoir une direction
divine, s’attendent à la recevoir de la seule
manière qui leur convient.
Paul et ses compagnons, reconnaissant dans la vision une directive de Dieu,
obéissent immédiatement. Le verset 11 montre que Dieu permit que les vents
leur soient favorables et que la traversée soit très rapide. Nous voyons en
effet, au chapitre 20:6, que lorsque des années plus tard ils firent le
trajet en sens inverse, il leur fallut cinq jours. À Troas, Luc, l’auteur du
livre, semble bien avoir rejoint Paul, car tandis que dans les versets 4, 6,
7 et 8 nous avons partout «ils», dès le verset 10, nous trouvons «nous»; et
ce «nous» est employé dans tout le récit de ce qui s’est passé à Philippes.
Philippes avait le statut de colonie romaine; aussi l’élément romain y
était-il très fort et en conséquence peut-être, l’élément juif faible. Il
n’y avait pas de synagogue, mais seulement un lieu en dehors de la ville au
bord du fleuve où l’on priait le vrai Dieu. L’apôtre et ses compagnons
cherchent ce lieu; n’y trouvant que quelques femmes assemblées, ils
s’asseyent et leur parlent. Ce début ne semblait pas très prometteur, mais
Paul était un homme qui reconnaissait et utilisait les petites choses. Il ne
se lance pas dans une grande prédication, mais il s’assied simplement et
leur parle d’une manière informelle. Cet humble commencement a un
aboutissement remarquable. Une assemblée est établie à Philippes; plus que
d’autres elle était remplie de grâce et elle fut un réconfort pour l’apôtre.
L’œuvre commence dans le cœur de Lydie, un cœur que Dieu ouvre. L’expression
«qui servait Dieu» indique qu’elle cherchait et était devenue une prosélyte;
maintenant, dans l’évangile que Paul annonçait, elle trouve la substance de
ce qu’elle cherchait. Le travail s’opère sans bruit mais est très réel,
puisqu’elle est baptisée ainsi que sa maison; et tout de suite elle
s’identifie aux serviteurs du Seigneur en leur ouvrant sa maison.
L’incident suivant est la rencontre avec la servante qui avait ouvert son
cœur à quelque ténébreux agent du diable. Elle donne l’apparence d’approuver
Paul et ses compagnons. Certains auraient pu en être flattés et dire: «C’est
vrai, nous sommes des esclaves de Dieu; si cela lui fait plaisir de nous
faire de la réclame, laissons-la!» Mais Paul n’est pas aveugle à ce point.
Il sait que la recommandation du diable n’est pas un gain, mais une perte;
aussi rejette-t-il son témoignage en commandant au mauvais esprit de sortir
d’elle. L’esprit est contraint d’obéir et les maîtres de la servante
comprennent que l’espérance de leur gain s’en est allée. Hors d’eux-mêmes,
ils traînent Paul et Silas devant les magistrats et formulent leur
accusation de manière à dresser les Romains contre eux. La foule se soulève
et pousse les magistrats à des actes incontrôlés et contraires à la loi
romaine. Il n’y a pas de véritable jugement: ils sont fouettés et jetés en
prison.
Dans ces circonstances, même le geôlier use d’une sévérité extrême; et la
nuit tombe sur eux dans cette triste condition. Ont-ils alors été assaillis
par le découragement et les doutes et se sont-ils demandé si la vision de
l’homme macédonien n’avait pas été un peu trop forcée? Peut-être, car ils
étaient des hommes soumis aux mêmes faiblesses que nous. Quoi qu’il en ait
été, leur foi ne tarde pas à triompher, et à l’heure la plus sombre, non
seulement ils prient, mais ils chantent les louanges de Dieu. Soudain Dieu
intervient, et pas uniquement par le tremblement de terre. Normalement les
tremblements de terre ont pour conséquence de coincer complètement les
portes au lieu de les ouvrir, et aucun d’entre eux, à moins de sortir tout à
fait de l’ordinaire, n’a jamais libéré des prisonniers de leurs liens.
Lorsque la voix de Paul parvient à ses oreilles, le geôlier, connaissant la
sévérité des lois romaines à l’égard de la garde des prisonniers, était sur
le point de se suicider. Le fait qu’il ait «demandé de la lumière» (v. 29)
prouve qu’ils étaient tous dans l’obscurité. Comment Paul savait-il ce que
le geôlier allait faire? Le cri soudain de Paul était évidemment inspiré par
l’Esprit de Dieu, et pour le gardien, il est comme la voix de Dieu. L’homme
macédonien se manifeste enfin! Il est tout tremblant: il tombe sur sa face
devant ses prisonniers! Et bientôt il pose la grande question qui depuis
lors a été celle de millions de pécheurs convaincus. Il reçoit la réponse
immuable qui a apporté la lumière et le salut à d’innombrables âmes.
Nous citons souvent Actes 16:31, mais trop fréquemment nous en omettons les
trois derniers mots. Dieu se plaît à identifier l’homme et sa maison et à
inclure celle-ci dans son offre de bénédiction. Pourquoi notre foi ne
s’empare-t-elle pas plus souvent de ce fait? Nous avons déjà trouvé dans
notre chapitre une femme convertie mentionnée avec sa maison; maintenant il
est question d’un homme converti avec sa maison. Quel encouragement pour
tout chef de famille que la grâce de Dieu atteint; il n’y a pas d’acception
de personnes pour Dieu, et ce qu’il est pour un,
il l’est pour tous.
Le geôlier croit et, sans aucun délai, manifeste sa foi par ses œuvres.
Puis, bien qu’il soit encore nuit, «lui et tous les siens» sont baptisés
sur-le-champ. Cela montre très clairement que le baptême n’est pas une
ordonnance censée être une
confession de foi et qui doit se faire en public. Si tel avait été le cas,
une occasion importante aurait été perdue ici. Combien facilement cela
aurait pu avoir lieu le lendemain lorsque l’opinion publique aurait été un
peu plus favorable à Paul! Après le tremblement de terre, une grande
confusion devait régner dans toute la ville; mais pour le centurion et sa
maison, les liens avec leur vie précédente avaient été rompus immédiatement.
Car le baptême signifie une dissociation,
par la mort de Christ.
Lorsque le jour suivant les magistrats reviennent en arrière, Paul saisit
l’occasion pour leur montrer qu’eux-mêmes ont été des transgresseurs, vu que
lui et Silas sont des citoyens romains. Il ne va pas plus loin ni ne réclame
de réparation. Ils sont pourtant relâchés, et ils ont le temps de voir les
frères et de les exhorter avant de partir. L’épître aux Philippiens nous
permet de voir le développement de l’œuvre après leur départ.
Chapitre 17
Luc ne donne pas de détails sur leur passage à Amphipolis et Apollonie, mais
va parler de ce qui a eu lieu à Thessalonique. Remarquons que dans ce
chapitre nous ne trouvons pas le pronom «nous»; il est donc possible que
Luc, n’ayant pas été aussi impliqué que Paul et Silas dans les troubles
survenus à Philippes, soit resté dans cette ville pour aider les croyants.
Selon sa coutume, Paul s’adresse d’abord aux Juifs dans leur synagogue. Le
verset 3 nous montre comment il les aborde. Il leur explique, d’après leurs
propres Écritures, qu’il fallait que le Messie, lorsqu’il viendrait, souffre
et meure, et qu’il ressuscite d’entre les morts. Ceci établi, il était
simple de leur prouver que Jésus était bien le Messie. Ainsi en un seul
verset, en peu de mots, toute la vérité nous est résumée. Quelle qu’ait été
la durée des discours, le problème entier est résumé dans ces quelques
paroles; elles peuvent servir de guide à tous ceux qui, aujourd’hui,
s’adressent à des Juifs. Tous ne crurent pas, mais quelques-uns furent
persuadés, de même qu’une grande multitude de Grecs qui servaient Dieu et un
assez grand nombre de femmes de premier rang.
À Philippes, l’émeute avait été suscitée par des Gentils déçus d’avoir perdu
l’espérance de leur gain; à Thessalonique, des Juifs incrédules sont à
l’origine d’une opposition et d’un désordre pires encore. En traitant Paul
et Silas de «gens qui ont bouleversé la terre habitée», ils rendent un
tribut involontaire à la grande puissance de l’évangile prêché avec le Saint
Esprit descendu du ciel. Ils pouvaient s’opposer à la prédication, mais il
leur était impossible d’en arrêter la progression.
Cette émeute met fin au service de Paul à Thessalonique, car il servait dans
l’esprit de l’instruction du Seigneur, rapportée en Matthieu 10:23. Aussi se
rendent-ils maintenant à Bérée, où les Juifs manifestent des dispositions
très différentes. Ils font preuve d’ouverture d’esprit et sont caractérisés
comme étant «plus nobles»; après avoir entendu par Paul ce que les Écritures
annonçaient, ils se mirent à les examiner diligemment, et plusieurs d’entre
eux crurent. Un esprit bien disposé, libre de tout préjugé, et qui reçoit
avec bonne volonté la Parole, peut bien être qualifié de
noble.
Mais l’hostilité des Juifs de Thessalonique à l’égard de la parole de Dieu
est telle qu’ils pourchassent Paul à Bérée; et face à ces nouveaux troubles,
il fuit à Athènes, échappant à ses persécuteurs par une simple ruse. Silas
et Timothée restent à Bérée, car alors il est évident que Paul est le
principal objet d’animosité. C’est ainsi que pour sa visite à Athènes, le
grand centre de la culture et de la sagesse grecques, Paul est tout seul, en
ce qui concerne son service.
Athènes était le centre par excellence de la science et de la philosophie
grecques; la ville était aussi remplie d’idoles. La culture humaine la plus
élevée et l’idolâtrie la plus grossière peuvent cohabiter tout à fait
amicalement. Paul arrive au milieu de cet état de choses, et ce spectacle
excite son esprit au-dedans de lui. Bien que ses compagnons ne l’aient pas
encore rejoint, il ne peut rester inactif et il commence à rendre témoignage
tant aux Juifs qu’aux Gentils. Il attire ainsi sur lui l’attention de
certains philosophes, et ces hommes, qui se rattachaient pourtant à des
écoles différentes et le traitaient avec mépris, sont suffisamment intrigués
pour désirer en entendre davantage. C’est ainsi que Paul a l’occasion de
parler devant les intellectuels les plus cultivés de cette époque.
Les versets 18 à 21 nous donnent un aperçu des conditions qui prévalaient à
Athènes. Il y régnait une activité mentale intense et une recherche
insatiable d’idées nouvelles. Ils «ne passaient leur temps à autre chose
qu’à dire ou à entendre quelque nouvelle»,
naturellement pas des simples commérages ou bavardages, mais les notions
philosophiques les plus évoluées. Aussi lorsque Paul leur annonce «Jésus et
la résurrection», ils reçoivent sa prédication comme une grande nouveauté
liée à des divinités dont ils n’avaient jamais entendu parler jusque-là. Les
épicuriens croyaient qu’on parvenait au bien le plus élevé en satisfaisant
ses propres désirs, et les stoïciens qu’on l’atteignait en les réprimant;
mais qu’en était-il de ces nouvelles idées?
Paul commence son discours sur la colline de Mars (ou Aréopage) en leur
reprochant d’être trop superstitieux, d’être «voués au culte des démons».
Parmi leurs innombrables sanctuaires, ils avaient même un autel dédié «au
dieu inconnu», pour qu’il n’y ait pas un démon, inconnu d’eux, qui doive
encore être apaisé. L’apôtre relève ce point et en fait le thème de sa
prédication, car il était parfaitement vrai que le Dieu vivant leur était
tout à fait inconnu. Paul leur annonce le Dieu qu’ils ne connaissaient pas;
et l’examen du bref compte rendu de son discours nous indique de quelle
manière il place Dieu devant eux. Pour ce qui en était des choses de Dieu,
ces Athéniens cultivés étaient tout simplement des païens; aussi nous est-il
montré ici comment l’évangile devrait être présenté à des païens.
Paul commence par parler de Lui comme le Dieu
créateur. En tant que tel, Il est à la base de tout. Si nous ne
le connaissons pas ainsi, nous ne le connaissons pas du tout. Cela explique
pourquoi la théorie de l’évolution opère tant de ravages. Sa principale
attraction pour plusieurs est qu’elle leur permet de se passer entièrement
de Dieu, ou du moins de le repousser dans un arrière-plan si lointain qu’il
ne vaut pas la peine de penser à lui. Paul le met au premier plan du tableau
qu’il dresse: non seulement Il a fait le monde, mais aussi toutes les choses
qui y sont. Il ne peut pas habiter dans les temples érigés par les hommes ni
être adoré comme s’il dépendait de leurs mains. Il est, Lui, le Dispensateur
de la vie et de toutes choses. Tous les hommes sont Ses créatures; Il a fait
d’un seul sang toutes les races, et Il a déterminé les temps ordonnés et les
bornes de leur habitation.
Ils avaient conservé quelques lueurs de cette vérité, et Paul peut leur
citer certains de leurs propres poètes qui ont parlé de l’humanité comme
étant la race de Dieu. En cela ils avaient raison. Nous ne devenons
enfants de Dieu que par la foi dans le
Christ Jésus, mais tous les hommes sont sa race,
étant ses créatures. Ainsi, nous ne devons pas concevoir Dieu comme nous
étant inférieur ou comme étant une œuvre de nos mains; et nous devons être
ceux qui le recherchent. Son immanence
est reconnue dans les paroles: «En lui nous vivons et nous nous mouvons
et nous sommes»; pourtant Paul l’annonce comme Celui qui est
transcendant, Celui qui est le Seigneur
du ciel et de la terre.
Mais ce Dieu créateur est aussi un Dieu de
patience. Les hommes n’ont pas voulu retenir Dieu dans leur
connaissance, et les nations sont ainsi tombées dans l’ignorance de Dieu.
Pendant un certain nombre de siècles, les Athéniens se sont glorifiés de
leur culture et de leur science, et pourtant tout au long de cette période,
ils étaient dans «les temps de l’ignorance»
— l’ignorance de Dieu — et Paul le leur dit clairement. Mais Dieu a «fermé
les yeux sur» ou «passé par-dessus» leur ignorance, usant de patience en vue
de ce qu’il allait faire par Christ.
Maintenant Christ est venu, et Dieu se proclame comme
un Dieu de juste jugement. Il a établi
le jour auquel il prendra les rênes du gouvernement par l’homme qu’il a
destiné à cela; la terre tout entière sera alors jugée et administrée en
justice. En vue de ce jour, la repentance est la seule chose qui convient à
des hommes injustes, en tous lieux. C’est l’unique échappatoire, c’est
pourquoi Dieu l’ordonne.
La preuve de la venue de ce jour du juste jugement a été donnée par la
résurrection de l’Homme que Dieu a destiné à cela. Ainsi Paul termine en
présentant Dieu comme le Dieu de résurrection.
Un événement échappant entièrement à tous les calculs humains s’était
produit. Jésus avait été tiré hors de la mort à laquelle l’homme l’avait
livré! Paul avait commencé son service à Athènes en annonçant Jésus et la
résurrection parmi les ouvriers sur
la place publique; il le termine avec le même sujet lorsqu’il s’adresse aux
philosophes sur l’Aréopage.
Les cerveaux actifs de ces penseurs étaient occupés du monde de l’homme,
aussi la résurrection était-elle tout à fait hors de leur champ visuel.
C’était une absurdité pour la plupart d’entre eux, et ils s’en moquent.
D’autres manifestent un peu d’intérêt, mais remettent à plus tard un examen
approfondi, ne voyant aucune urgence en la matière. Mais quelques-uns,
hommes et femmes, croient et ceux-ci unissent leur destin à celui de Paul.
Ces trois classes apparaissent généralement là où l’évangile est annoncé: il
y a les moqueurs, ceux qui remettent à plus tard et ceux qui croient.
Le séjour de Paul à Athènes est de courte durée: il n’attend pas plus
longtemps l’arrivée de ses compagnons, mais se rend à Corinthe. Il est donc
probable que ceux qui ont dit: «Nous t’entendrons encore sur ce sujet» n’en
ont pas eu l’occasion.
Chapitre 18
Au début de ce chapitre, Paul est à Corinthe, où il rencontre Aquilas et
Priscilla. Le décret sévère de Claude a eu pour effet de les placer sur le
chemin de Paul, et de cette rencontre sont résultés leur conversion et
ensuite leur service qui leur a valu la belle appréciation de Romains 16:3,
4. Dieu a fait tourner pour le bien le décret d’expulsion, faisant en sorte
que la colère de l’homme soit à Sa louange; et nous espérons et prions qu’il
opérera de la même manière à l’égard des décrets modernes édictés contre les
Juifs. C’est avec ce couple que Paul demeure, et il commence son travail
dans la synagogue. Silas et Timothée le rejoignent alors, et le témoignage
de Paul devient plus puissant et plus direct. Puis, les Juifs s’opposant, il
se tourne vers les Gentils.
«Étant parti de là» (v. 7), c’est-à-dire de la synagogue, il poursuit son
témoignage dans la maison attenante d’un nommé Juste. Une œuvre de Dieu très
marquée et importante s’opère, puisque même le chef de la synagogue se
convertit. Dans une vision, le Seigneur encourage Paul à parler avec
hardiesse; il lui donne l’assurance que personne ne mettra les mains sur lui
ici, contrairement à ce qui s’était passé ailleurs. Ainsi son service se
poursuit pendant dix-huit mois. Il y a bien une tentative de soulèvement
contre lui, mais celle-ci reste sans suite, grâce à Dieu, du fait de la
froide indifférence de Gallion, le proconsul romain, qui traite toute
l’affaire comme une simple dispute de mots et de noms et refuse d’être juge
de ces questions. Ainsi Dieu peut utiliser le tempérament d’un gouverneur,
aussi bien que le décret d’un empereur, pour servir Ses fins. Paul ne
quittera Corinthe qu’un peu plus tard.
Ce long séjour à Corinthe marque la fin du deuxième voyage de Paul. Il part
pour Jérusalem et Antioche par Éphèse où il ne s’arrête que courtement,
promettant de revenir «si Dieu le veut». Le chapitre suivant nous montre que
Dieu l’a voulu. Au verset 18, nous voyons que Paul observait encore des
coutumes juives, en relation ici avec un vœu qu’il avait fait.
À Antioche, il séjourne «quelque temps», expression indiquant une période
limitée. Puis il part pour son troisième voyage et se rend d’abord sur le
champ de ses travaux précédents pour fortifier les disciples. C’est toujours
un service très nécessaire, car il y a tant d’influences qui tendent à
affaiblir les croyants. L’histoire de Paul se poursuit dans le premier
verset du chapitre suivant; les versets 24 à 28 sont une parenthèse dans
laquelle il est parlé d’Apollos: du plein enseignement qu’il a reçu et de
son service béni; nous y voyons que si Paul est resté très peu de temps à
Éphèse, Aquilas et Priscilla y sont demeurés; et par leur moyen le Seigneur
donne à Apollos exactement ce dont il avait besoin.
Apollos avait un don naturel d’éloquence — il parlait avec facilité. Grâce à
une étude diligente, il était devenu «puissant dans les Écritures».
Pourtant, à son arrivée à Éphèse il ne connaissait pas exactement ce que
Dieu avait fait en Christ. Ses connaissances s’arrêtaient à l’introduction
de Jésus par le baptême de Jean. Il enseignait diligemment ce qu’il savait
dans la synagogue. En l’entendant, Aquilas et Priscilla voient tout de suite
ce qui lui manque; ils exercent alors à son égard le merveilleux service de
l’hospitalité pour lui expliquer plus exactement ce qui s’était produit par
Christ. Ainsi Dieu s’est servi de ces saints qui n’avaient pas de don public
particulier, pour préparer un instrument très doué à sa carrière de
serviteur. D’Éphèse, Apollos se rend à Corinthe, où non seulement il
convainc de nombreux Juifs, leur démontrant qui est le Christ, mais où aussi
il contribue beaucoup à l’avancement des croyants. Qui peut dire quelle part
de la récompense attribuée à son service fécond sera portée au crédit
d’Aquilas et Priscilla?
Chapitre 19
Le début de ce chapitre nous montre Paul arrivant à Éphèse après le départ
d’Apollos; il y trouve certains disciples dans le même état d’ignorance
quant au plein message de l’évangile. Ils étaient de vrais «disciples», et
ils avaient reçu les faits concernant Christ dans la mesure où ils leur
avaient été rapportés. Le Saint Esprit est donné à ceux qui croient «la
parole de la vérité, l’évangile de votre salut» (Éph. 1:13). Ils ne
l’avaient pas cru, parce qu’ils ne l’avaient pas entendu et, par conséquent,
ils n’avaient pas reçu l’Esprit. Comme Apollos, ils n’avaient eu
connaissance que des tout premiers éléments, en relation avec Jean le
Baptiseur, et ils avaient été baptisés de son baptême. Paul les instruit,
ils sont baptisés pour le nom du Seigneur Jésus, l’apôtre leur impose les
mains, et alors l’Esprit Saint vient sur eux et ils se mettent à parler en
langues et à prophétiser. Une preuve visible est ainsi donnée qu’ils sont
maintenant entrés dans l’état chrétien complet.
Paul ne blâme pas ces douze hommes. La transition à la pleine lumière de
l’évangile s’effectuait graduellement à cette époque où les communications
étaient lentes. Au début du chapitre 6 de l’épître aux Hébreux, le retour à
certaines coutumes est condamné. Il est reproché à quelques croyants d’entre
les Juifs de n’avoir pas laissé la parole du
commencement du Christ pour avancer
vers la perfection du plein évangile. Jean, dans son ministère,
avait beaucoup à dire sur «la repentance des œuvres mortes», sur les
«ablutions» et sur «le jugement éternel», mais lorsque cette épître a été
écrite, la pleine vérité quant à Christ avait été répandue et ces croyants
auraient dû la recevoir, même si elle ne coïncidait pas avec bon nombre de
leurs conceptions judaïques. Nous n’avons
aucune excuse pour ne pas avancer vers la perfection.
Maintenant que ces hommes ont reçu la bénédiction, Paul peut tourner son
attention vers la synagogue où il avait brièvement rendu témoignage lors de
son voyage précédent; et pendant trois mois il va discourir avec les Juifs
pour les persuader de l’évangile. Puis vient le moment où il sent que son
œuvre dans cet endroit est terminée. Le résidu selon l’élection de la grâce
était manifesté, les autres s’endurcissaient et l’apôtre scelle la
séparation en se retirant de la synagogue et en emmenant les disciples avec
lui pour poursuivre son service dans l’école de Tyrannus — tout comme à
Corinthe il avait quitté la synagogue pour la maison de Juste. Dieu
indiquait ainsi clairement qu’il n’établissait pas un nouveau groupe de
croyants éclairés parmi les Juifs, mais constituait quelque chose de tout à
fait nouveau, embrassant à la fois des Juifs et des Gentils.
Une œuvre évidente et puissante s’opère là, de sorte que Paul reste deux
années à travailler dans cette ville. Dieu le soutient par des
manifestations miraculeuses de nature particulière, et toute la province est
évangélisée. Comme toujours lorsque Dieu opère avec puissance, les œuvres de
Satan sont démasquées et de l’opposition surgit. La fin de ce chapitre
montre comment cela s’est passé à Éphèse.
La première réaction prend la forme de l’imitation. Les sept fils de Scéva
se jugent eux aussi capables de chasser des démons en invoquant le nom du
Seigneur Jésus. Mais ils ne le connaissent pas. Il n’est pas leur Seigneur:
ils ne peuvent parler de lui que comme «Jésus que Paul prêche», sans lui
donner son titre de Seigneur. Le démon montre tout de suite qu’il ne les
connaît pas; il ne se laisse pas abuser par l’usage occasionnel qu’ils font
du nom de Jésus. Les sept hommes sont défaits: leur honte est manifestée
devant tout le monde et le nom du Seigneur Jésus est magnifié.
Un grand triomphe public a été remporté sur Satan et sur la magie noire par
laquelle les hommes cherchent à maintenir le contact avec lui. Beaucoup de
ceux qui ont cru sont amenés à confesser qu’ils s’étaient autrefois adonnés
à ces pratiques et avaient commis le mal. Plusieurs se détournent de cette
mauvaise voie et brûlent, devant tous, les livres qui traitent de ces
choses, malgré leur valeur marchande. La parole de Dieu croît et montre sa
force, tandis que les agissements sataniques diminuent et sont anéantis.
Qu’il est affligeant pour nous de constater aujourd’hui l’attention pour la
Parole diminuer et celle pour le spiritisme augmenter!
Dans ces pratiques, Satan aborde les hommes avec toutes les ruses du
serpent. À Éphèse, ayant subi une défaite sur ce plan, il recourt à d’autres
moyens et se manifeste comme le lion rugissant. Il opère par la cupidité des
hommes. Le succès de l’évangile a fait du tort au commerce des orfèvres, et
il n’est pas difficile d’essayer de le relancer sous le couvert de zèle pour
la réputation de la déesse Diane. Pouvait-on discréditer sa grandeur et
anéantir sa magnificence? Leur souci réel, celui de s’enrichir, était ainsi
bien camouflé.
Satan avait réuni les éléments inflammables; et le cri «Grande est la Diane
des Éphésiens!» est l’étincelle qui va embraser toute la ville. Une terrible
émeute éclate; l’apôtre y fait allusion dans sa seconde épître aux
Corinthiens, lorsque parlant de lui et de ses compagnons il dit: «Nous avons
été excessivement chargés, au-delà de notre force, de sorte que nous avons
désespéré même de vivre» (chap. 1:8). Les Éphésiens excités étaient prêts à
exécuter la sentence de mort sur Paul, mais comme il le mentionne dans le
verset suivant: «Nous-mêmes nous avions en
nous-mêmes la sentence de mort, afin que nous n’eussions pas
confiance en nous-mêmes, mais en Dieu qui ressuscite les morts». Dieu l’a
délivré «d’une si grande mort», mais le danger avait évidemment été si
pressant que Paul compare sa délivrance à une résurrection d’entre les
morts.
Le récit des Actes nous montre comment Dieu se sert des uns ou des autres
pour opérer la délivrance: quelques-uns des magistrats de la province
d’Asie, Alexandre qui détourne de Paul l’attention, le secrétaire de la
ville par son discours diplomatique. La plupart des émeutiers déchaînés ne
savaient même pas exactement pourquoi ils s’étaient soulevés, et le
secrétaire de la ville leur rappelle que les autorités romaines pourraient
retourner la situation contre eux et les accuser de sédition. Il est bien
remarquable qu’il puisse dire de Paul et de ses compagnons: ces hommes «ne
sont ni des voleurs, ni des blasphémateurs de votre déesse»; cela montre
qu’ils avaient soigneusement évité tout ce qui aurait pu offenser. Ils
s’occupaient de prêcher positivement
l’évangile plutôt que de travailler négativement
à exposer les folies de l’idolâtrie.
Cette grande émeute met fin au service de Paul à Éphèse; il s’en va alors en
Macédoine, comme l’indique le premier verset du chapitre 20. Il vaut la
peine de lire ici les chapitres 2, versets 12 et 13, et 7, versets 5 à 7 de
la seconde épître aux Corinthiens. Ces passages nous montrent que Paul, en
route pour la Macédoine, s’est arrêté courtement à Troas, mais que, malgré
la porte ouverte pour le service, il a poursuivi son chemin dans sa hâte de
retrouver Tite et d’avoir des nouvelles des saints à Corinthe. Il arrive en
Macédoine, toujours en proie à l’inquiétude et à l’affliction; mais là Tite
le rejoint et le console. Il est ainsi clair que les peines qu’il a connues
à Éphèse ont été suivies d’autres peines à Troas et en Macédoine. Cependant,
tout cet aspect est passé sous silence dans les Actes. Luc pouvait
difficilement parler de ces détails intimes des expériences de l’apôtre;
nous les apprenons par les écrits de Paul lui-même.
Chapitre 20
Dans les Actes il nous est simplement dit que Paul a beaucoup exhorté les
disciples en Macédoine, qu’il est allé en Grèce et que, pour éviter les
embûches des Juifs, il est retourné en Asie en passant par la Macédoine. Le
verset 4 nous donne les noms de ses compagnons de voyage, bien que ceux-ci
aient pris les devants et l’aient attendu à Troas. Dès le verset 5, Luc
emploie de nouveau le pronom «nous»: à ce moment, il a donc rejoint le
groupe. Une traversée de cinq jours ramène Paul, Luc et les autres à Troas
où peu de temps auparavant le Seigneur avait ouvert une porte. Les versets
qui suivent montrent qu’ils rencontrent cette fois encore un grand intérêt
pour les choses de Dieu dans cette ville.
Paul ne passe à Troas qu’une semaine; c’est au cours de celle-ci qu’a lieu
la réunion mémorable dont nous parlent les versets 7 à 12; ils nous donnent
une image très belle de la simplicité et du zèle qui caractérisaient cette
époque. Les disciples avaient l’habitude de se réunir pour la fraction du
pain — la cène du Seigneur — le premier jour de la semaine. Ce n’est pas le
sabbat qui avait été choisi, mais le lendemain, le jour de la résurrection
du Seigneur, bien que ce n’ait pas été un jour férié comme l’aurait été la
veille pour les croyants d’entre les Juifs. Aussi les chrétiens se
rassemblaient-ils le soir, une fois la journée de travail achevée. Ils se
réunissaient dans une chambre haute: on ne connaissait pas les «églises».
Disposant de très peu de temps, Paul saisit l’occasion pour leur faire un
discours; leur intérêt est si grand qu’ils passent toute la nuit à écouter
ses paroles.
Nous pouvons facilement nous représenter la scène: la chambre haute remplie
d’auditeurs; les jeunes assis sur le rebord de la fenêtre; les nombreuses
lampes allumées ajoutant à l’atmosphère oppressante de l’air raréfié de la
pièce, la brusque interruption causée par le sommeil et la chute d’Eutyche.
Pourtant la puissance de Dieu est si manifestement à l’œuvre que cet
incident, au lieu d’interrompre la réunion et de distraire les esprits du
message de Paul, touche et affermit les cœurs des auditeurs qui restent
jusqu’à l’aube pour écouter. L’apôtre allait maintenant entreprendre son
dernier voyage à Jérusalem. La question de savoir si c’était la bonne chose
reste ouverte. Mais il est évident que l’Esprit de Dieu agissait par lui
comme autrefois. Paul n’a fait aucun miracle plus remarquable que celui-ci.
Le récit est marqué par l’absence de tout cérémonial et de toute
officialité, mais il est empreint de puissance. Aujourd’hui, dans la
chrétienté, le cérémonial prend toute la place et la puissance est absente.
Quel sujet de tristesse!
Le jour venu, Paul quitte Troas à pied; Luc et ses autres compagnons partent
par mer et le prennent à Assos. Arrivé à Milet, il fait venir les anciens de
l’assemblée d’Éphèse; sachant qu’il ne les reverrait plus, il veut leur
délivrer un message. Cet appel touchant semble se diviser naturellement en
trois parties.
Dans la première partie, qui couvre les versets 18 à 27, il passe en revue
son propre ministère parmi eux. Il commence par ces paroles: «Vous savez de
quelle manière je me suis conduit envers vous tout le temps, depuis le
premier jour». Puis après avoir montré comment
il a servi, il continue en disant en
quoi avait consisté son service. Dans l’un des aspects comme dans
l’autre, il peut bien nous servir de modèle.
D’abord son travail était de servir.
Il n’était pas un grand dignitaire ecclésiastique dominant le troupeau de
Dieu, mais un serviteur; il servait certes les saints, mais en le faisant,
c’est premièrement le Seigneur qu’il servait, et cela depuis le premier jour
et jusqu’au dernier. En outre, il servait en
toute humilité; les chapitres précédents nous l’ont montré. Il
n’était pas le genre d’homme qui attend que tout le monde lui fasse place ou
le serve: il aidait les autres en travaillant de ses propres mains. Et tout
cela, avec des larmes, et au milieu
de beaucoup d’épreuves suscitées par
les Juifs. Les larmes parlent d’une profonde sensibilité et d’exercices de
cœur, tandis que les épreuves évoquent la confrontation perpétuelle aux
difficultés et à l’opposition.
Paul, était aussi caractérisé par la fidélité
avec laquelle il déclarait la vérité et l’appliquait aux saints.
Il ne recherchait pas la popularité facile qu’on acquiert en taisant les
choses peu agréables à entendre, mais avait toujours leur profit en vue. En
outre, il ne se limitait pas à annoncer
publiquement l’évangile, mais il remplissait ce service
de maison en maison, un travail
beaucoup plus discret, mais souvent combien plus efficace! Tout ceci montre
de quelle «manière» il s’était conduit envers eux. Mais il y a aussi ce dont
il parle au verset 24: sa consécration
totale au ministère qui lui avait été confié et à Celui duquel il
l’avait reçu. Il avait voué sa vie à ce service et rien ne pouvait l’en
détourner, ni la perspective des difficultés ni même celle de la mort.
Lorsqu’un serviteur de Dieu allie à sa fidélité une consécration qui ne
fléchit pas devant la mort, son ministère sera immanquablement accompagné de
puissance.
Il mentionne ensuite trois sujets qui ont marqué son ministère. D’abord,
l’évangile qui lui avait été confié: il était appelé à rendre témoignage
partout et à tout le monde de «la repentance envers Dieu et la foi en notre
Seigneur Jésus Christ». L’évangile proclame «la grâce de Dieu» qui a été
révélée en Christ, dans sa mort pour nos péchés et sa résurrection pour
notre justification; de notre côté, il demande la repentance et la foi.
Voilà le sujet constant de sa prédication.
Il avait aussi prêché «le royaume de Dieu», cela non pas parmi «tous», mais
parmi «vous tous». C’est-à-dire que
partout il avait prêché le royaume parmi les
disciples. Évidemment cela a une portée actuelle. Lorsqu’il
annonçait les choses à venir, il parlait sans doute du royaume qui sera
établi publiquement; mais il leur rappelait aussi qu’en recevant Christ
comme leur Seigneur, ils étaient déjà placés sous l’autorité de Dieu, et il
leur montrait la signification pratique de la soumission à la sainte volonté
de Dieu. On peut remarquer que, dans ses épîtres, Paul ne se contente jamais
de présenter la vérité abstraitement;
il met toujours l’accent sur la conduite qui, selon la vérité, répond à la
volonté de Dieu pour eux.
Puis troisièmement, il leur avait annoncé «tout le conseil de Dieu». Il les
avait amenés dans la lumière de tout ce que Dieu s’est proposé, pour Christ,
pour l’Église et pour le monde à venir. Ils ont ainsi eu connaissance de ce
qui jusqu’alors avait été gardé secret, et ont vu que Dieu avait des pensées
plus élevées que ses propos révélés antérieurement à l’égard d’Israël. C’est
ce troisième point de son ministère qui avait soulevé l’opposition furieuse
d’un grand nombre de ses auditeurs juifs et qui aboutira finalement à son
emprisonnement. Il peut ainsi dire: «Je n’ai mis
aucune réserve à vous annoncer». Si
seulement il avait usé d’un peu de retenue en abordant ce sujet de son
ministère, son service se serait déroulé beaucoup plus paisiblement et il se
serait évité bien des troubles. Car l’introduction des Gentils, selon la
vérité de l’Église, fait partie du conseil de Dieu. Il le savait et
néanmoins il n’a pas reculé.
Le ministère complet de la parole de Dieu, aujourd’hui, doit embrasser ces
trois sujets: l’évangile de Dieu, le royaume de Dieu et le conseil de Dieu.
Dans la seconde partie de son discours (v. 28-31), il exhorte et avertit les
anciens d’Éphèse. L’Esprit Saint les avait établis surveillants au milieu du
troupeau, qui est l’assemblée de Dieu. Ce troupeau n’était pas le leur, mais
celui de Dieu par droit d’achat; ils devaient le nourrir ou le paître. Mais
avant tout, ils avaient à prendre garde à eux-mêmes, car comment celui qui
ne veille pas d’abord sur lui-même pourrait-il prendre soin du troupeau? En
outre, ils devaient user de vigilance à l’égard des adversaires, se
souvenant que pendant trois ans Paul n’avait cessé de les avertir avec
larmes. Est-ce que, faute d’être exercé, ce ministère d’avertissement n’a
pas presque complètement disparu?
Paul met ici les anciens en garde contre deux sources principales de mal:
d’abord, les loups redoutables venant de l’extérieur, puis les hommes
pervers qui se lèveront d’entre eux-mêmes. Par «loups», l’apôtre entend sans
doute ceux qui agissent comme véritables agents du diable, ceux qui, selon
les paroles de Pierre, introduisent «des sectes de perdition». Cette
prédiction s’est pleinement réalisée: l’histoire de l’Église en témoigne;
comme aussi du mal opéré par ceux qui se sont levés du milieu des anciens
eux-mêmes pour annoncer des doctrines «perverses» ou «perverties».
Ces hommes sont très probablement de vrais croyants, mais qui
tordent ce qu’ils annoncent et par là
pervertissent la vérité. Ils se présentent comme chefs de partis et centres
d’attraction à ceux qu’ils entraînent. Au lieu de conduire à Christ, ils
attirent à eux. N’avons-nous pas dans ces paroles de Paul une esquisse de ce
que la chrétienté est devenue aujourd’hui?
C’est pour cette raison sans doute que nous ne trouvons dans les Écritures
aucune instruction relative au maintien de la fonction d’ancien d’une
manière officielle après le départ de l’apôtre. Si c’est d’entre eux que
doivent se lever ces ouvriers d’iniquité, autant reconnaître et accepter
avec gratitude ceux que Dieu se plaît à susciter, sans qu’ils soient
désignés officiellement. Quant aux hommes qui disent des choses perverses,
leur investiture ne ferait que ratifier ce qui est faux.
Dans la troisième partie de son message, Paul indique les ressources qui
demeurent malgré tout. Il prononce peu de
paroles: elles sont contenues dans un seul verset; mais leur
portée est d’un poids et d’une
importance immenses. Notre grande ressource est en Dieu, et non pas dans
l’homme. Il ne les recommande pas aux autres apôtres; il ne pouvait pas les
recommander aux anciens puisque c’est à des anciens qu’il s’adresse et que
c’est d’entre eux que se lèveraient des ouvriers d’iniquité. Dieu, et Dieu
seul, est la ressource des siens. Il a donné sa Parole dans laquelle il se
révèle. Autrefois il parlait par Moïse, comme l’Ancien Testament nous le
rapporte: il s’agissait là de la Parole de ses
exigences envers les hommes. Maintenant, il parle en Christ, dans
le Nouveau Testament: et c’est la Parole de sa
grâce. C’est à cette Parole que nous sommes spécialement
recommandés, car elle a la puissance de nous édifier dans la foi et de nous
donner, en puissance et en jouissance spirituelles avec tous les sanctifiés,
cet héritage qui nous appartient. L’héritage est à nous par la foi en Christ
(voir Actes 26:18), mais il nous est annoncé en puissance par la Parole de
sa grâce.
On ne saurait surestimer l’importance de ce verset 32 pour nous aujourd’hui.
Dieu et sa Parole demeurent, quoi qu’il arrive. Nulle puissance de mal ne
peut toucher Dieu. Il reste et nous pouvons être en relation avec lui par la
prière, dans la communion, dans les actions de grâce et dans l’adoration. Sa
Parole demeure, car dans sa providence il a veillé sur elle et nous l’a
conservée. Elle est certes l’objet d’attaques incessantes de la part de
l’ennemi. Trop vite elle a été plus ou moins étouffée par les traditions des
Pères; puis elle a été ensevelie sous une langue étrangère et soustraite au
peuple; maintenant qu’elle est accessible à tout le monde, elle est
violemment critiquée et on cherche par tous les moyens à détruire son
autorité. Imitant Judas, des hommes éminents l’honorent par un baiser et de
belles paroles: «Je te salue, maître dont le langage est sublime!» mais
c’est pour mieux la livrer à ceux qui la dépouilleront de tout vestige
d’autorité divine. Et néanmoins elle reste la ressource de tout cœur croyant
et obéissant.
Paul termine son discours en mentionnant une nouvelle fois la droiture et la
sincérité qui l’avaient caractérisé. Il n’avait pas cherché à s’enrichir,
loin de là! il avait plutôt donné aux autres. Il cite une parole du Seigneur
Jésus qui ne se trouve pas dans les évangiles, une parole qu’il avait mise
en pratique. Il leur a déjà dit plus haut qu’il ne leur avait rien caché et
qu’il les avait enseignés (v. 20), et il leur répète qu’il leur a tout
montré. Il mettait en pratique devant eux ce qu’il leur prêchait. Et
l’exemple parle avec puissance.
Paul a été appelé à nous servir de modèle à la fois comme saint et comme
serviteur. Aussi le discours dans lequel il passe en revue son service nous
a-t-il été conservé dans cet écrit inspiré; et si nous nous mesurons à lui,
nous avons bien lieu d’être profondément humiliés. Ayant dit aux anciens
tout ce qu’il avait à leur dire, il se met à genoux et prie avec eux; et ils
versent tous beaucoup de larmes. Quelle scène profondément émouvante!
L’expression «couvrir de baisers» employée ici est celle que l’on trouve
aussi en Luc 15, lorsque le père court au-devant du fils prodigue et se
jette à son cou. Pourtant ne peut-on pas voir un élément de faiblesse dans
le fait que ce qui les peinait le plus c’était qu’ils ne le reverraient
plus? N’auraient-ils pas dû être affligés avant tout par la pensée que
l’Assemblée de Dieu allait être ravagée par des loups et corrompue par des
hommes pervers?
Chapitre 21
Le début de ce chapitre nous montre que Luc est toujours avec Paul et ses
autres compagnons. Nous allons les suivre dans le voyage qui doit les amener
à Jérusalem. À leur arrivée à Tyr, ils cherchent tout naturellement s’il y a
des disciples et ils en trouvent quelques-uns. Par ces hommes dont le nom
n’est pas mentionné, l’Esprit donne un message à Paul, lui disant de ne pas
monter à Jérusalem. Aux Éphésiens, il avait déclaré qu’étant lié dans son
esprit, il s’en allait à Jérusalem. Et il est si profondément convaincu en
lui-même, qu’il ne reçoit pas l’avertissement qui lui est donné par ces
humbles Tyriens. C’est un cas, semble-t-il, où il a laissé ses convictions
intimes prendre le pas sur la voix de l’Esprit qui lui venait de
l’extérieur. Mais restons-en là; remarquons seulement, dans la suite du
récit, comment Dieu a fait tourner en bien cette erreur — si cela en était
une; toutefois que de difficultés Paul s’est-il attirées ainsi!
À leur départ de Tyr, nous assistons de nouveau à une de ces réunions de
prières impromptues et si belles; et à leur arrivée à Césarée, nous voyons
comment s’exerçait l’hospitalité chrétienne à cette époque. C’est Philippe,
l’évangéliste du chapitre 8, qui les reçoit. Ses filles avaient un don
prophétique; elles l’exerçaient sans doute selon les instructions
scripturaires relatives au service des femmes, et elles nous sont données
ici en exemple.
Dans cette ville, le prophète Agabus rend encore une fois témoignage de ce
qui attendait Paul à Jérusalem. Nous voyons à nouveau une touchante
manifestation de l’affection que les compagnons de Paul et les saints à
Césarée lui portaient ainsi que du désir de Paul de laisser sa vie pour le
nom du Seigneur Jésus. Incidemment, la manière de procéder lorsqu’il y a une
divergence d’opinion qu’on ne peut pas empêcher nous est indiquée. Il
convient à tous de se taire, avec le
seul désir que la volonté du Seigneur soit
faite, quelle qu’elle soit.
Arrivé à Jérusalem, Paul raconte à Jacques et aux anciens «une à une les
choses que Dieu avait faites parmi les nations par son service». L’ayant
entendu, ils glorifient le Seigneur, car ils étaient prêts à reconnaître les
Gentils en Christ, conformément à ce qui avait été décidé lors de la
conférence mentionnée au chapitre 15. Les Gentils ne devaient pas être
placés sous le joug de la loi. Mais les croyants d’entre les Juifs
devaient-ils observer leurs anciennes coutumes? C’est une autre question.
Les frères à Jérusalem pressent Paul de s’associer avec quatre hommes qui
avaient fait un vœu, et cela parce qu’on lui reprochait d’avoir enseigné aux
Juifs qu’ils devaient renoncer à leurs coutumes. À leur avis, il convenait
qu’il fasse ainsi taire ces rumeurs.
Un autre élément n’était pas étranger à cette suggestion: c’est qu’il y
avait alors des milliers de Juifs qui avaient cru en Christ, et ils étaient
tous zélés pour la loi. Nous nous serions attendus à ce qu’ils soient zélés
pour l’évangile et ses espérances célestes, mais apparemment ils n’avaient
pas encore compris le vrai caractère de ce en quoi ils avaient été
introduits. C’est à des chrétiens d’entre les Juifs comme ceux-ci que
l’épître aux Hébreux a été écrite. Ils étaient «paresseux à écouter» et il
fallait qu’on leur enseigne «quels sont les premiers rudiments des oracles
de Dieu»; ils avaient besoin «de lait et non de nourriture solide». Ils sont
par conséquent exhortés à avancer «vers l’état d’hommes faits» (Héb. 5:11 à
6:2).
Le conseil donné à Paul, et qu’il suivit, n’était pas particulièrement fait
pour les conduire à l’état d’hommes faits. C’était un expédient pour éviter
des troubles, et comme bien souvent, il n’a pas atteint le but proposé. Il a
entraîné Paul dans le temple, là où il était le plus probable qu’il trouve
ses adversaires. Il est allé au-devant des difficultés au lieu de les
éviter. L’émeute soulevée contre lui était fomentée par des Juifs d’Asie,
des hommes qui sans doute avaient été impliqués dans le soulèvement qui
s’était produit à Éphèse. Ils agissaient ainsi car ils pensaient que Paul
avait profané le temple en y introduisant un Éphésien d’entre les Gentils.
Leur supposition était évidemment fausse. Non seulement il ne l’avait pas
fait, mais lui-même n’était entré dans le temple que parce qu’il pensait
désarmer ainsi leurs préjugés; or cette supposition s’est aussi révélée
fausse.
Néanmoins c’est Dieu qui avait la haute main sur tout ce qui se passait. La
prophétie d’Agabus s’accomplit. Paul perd sa liberté. Mais le chiliarque
romain le met à l’abri de la violence du peuple. Les jours où il pouvait
annoncer librement l’évangile sont terminés — sauf peut-être pour une courte
période tout à la fin. Nous avons là le début de la période où il devait
rendre un témoignage puissant devant la population de Jérusalem; puis devant
des gouverneurs et des rois, et même devant Néron en personne. Dieu sait
comment faire tourner la colère de l’homme à sa louange et comment arrêter
le reste de la colère (voir Ps. 76:10). Il sait aussi maîtriser les erreurs
que ses serviteurs peuvent être amenés à commettre, et s’il ferme devant eux
certaines voies de service, c’est pour en ouvrir d’autres qui, par la suite,
seront manifestées plus importantes encore. C’est parce qu’il était
emprisonné que Paul a écrit ces épîtres inspirées qui depuis près de vingt
siècles édifient l’Église.
Chapitre 22
Dans tout ce qui arrive à Paul à Jérusalem, il n’est pas difficile de
discerner la main de Dieu agissant derrière la scène. Bien que la ville ait
été agitée, il s’écoule suffisamment de temps pour que le chiliarque puisse
intervenir avant qu’aucun coup fatal ne soit porté. Puis le fait que Paul
s’adresse à lui en langue grecque crée une impression favorable: il lui est
accordé de parler à la foule en tumulte depuis les degrés de la forteresse.
Enfin le choix de Paul de s’exprimer en hébreu pour son apologie lui vaut
d’être écouté dans un silence complet et avec attention.
Il est bien remarquable que nous ayons deux récits détaillés de la
conversion de Corneille dans les Actes. Au chapitre 10, Luc en parle comme
historien; au chapitre 11, il donne la version de Pierre. Et une troisième
mention dans le chapitre 15 relate très courtement ce que Pierre en dit au
concile de Jérusalem. De même, nous avons trois récits de la conversion de
Paul. Au chapitre 9, Luc s’exprime en historien; puis il rapporte comment
Paul la raconte: au chapitre 22, à ceux de son peuple, et au chapitre 26,
aux dignitaires d’entre les Gentils. Les deux conversions ont fait époque et
ont une très grande signification. Dans le premier cas, il s’agit de l’appel
clair et formel des Gentils, par l’évangile, aux mêmes bénédictions que les
Juifs et dans les mêmes termes; dans le second, c’est l’appel de celui qui
avait été le persécuteur-type pour être l’instrument principal de la
diffusion de l’évangile parmi les nations dans le monde.
Lorsque nous lisons ce récit du chapitre 22, nous sommes frappés par
l’habileté avec laquelle Dieu donne à Paul de s’exprimer. Il commence par
retracer ce qu’il avait été dans sa jeunesse, lorsque son mode de vie
répondait entièrement à leurs pensées. Il était irréprochable quant à sa
généalogie, son éducation, son zèle et la haine qu’il portait aux chrétiens.
C’est alors qu’il y avait eu une intervention du ciel, qui manifestement
venait de Dieu. Certes toute vraie conversion résulte d’un acte de Dieu,
mais généralement par l’intermédiaire d’un instrument humain; et seule la
foi discerne l’acte divin. Dans le cas de Paul, il n’y a pas eu d’instrument
humain, mais plutôt quelque chose de tout à fait surnaturel, faisant appel à
la fois à la vue et à l’ouïe — une grande lumière et une voix puissante —
qui l’a fait tomber sur le sol. Il rapporte ce fait de manière à faire
comprendre à ses auditeurs que le changement qui s’était produit en lui, ce
changement qui les offensait tant, avait été opéré par Dieu.
La voix qui l’avait arrêté était celle de Jésus; et c’est dans ce passage
que nous est révélé le contenu exact du message adressé par cette voix venue
du ciel: «Je suis Jésus
le Nazaréen
que tu persécutes». Cette expression n’apparaît ni au chapitre 9, ni
lorsqu’il parle à des Gentils au chapitre 26; mais elle prend toute sa
signification ici où il est en face de Juifs. Ces derniers l’avaient ajoutée
à son nom comme marque de mépris et d’opprobre: et maintenant ce Jésus
le Nazaréen est dans le ciel!
Que cela nous serve d’avertissement: ne disséquons pas avec rigueur et
légèreté les noms et les titres de notre Seigneur — bien qu’il soit très
utile de discerner la signification de chacun d’entre eux. Nous nous serions
attendus à ce qu’il dise: «Je suis celui qui, dans les jours de ma chair,
étais Jésus le Nazaréen», attachant ce
nom exclusivement au moment où il était ici-bas. Or il ne dit pas:
«J’étais», mais «Je suis». Il ne se
dépouille pas de ses noms, car Il est un et indivisible.
Paul présente sa conversion comme ayant été opérée par Dieu seul, et
pourtant il rapporte comment Dieu s’est servi d’Ananias pour lui rendre la
vue, et pour lui communiquer l’appel à être un témoin et à être baptisé. Il
met aussi l’accent sur le fait que cet Ananias était un membre engagé et
très respecté de la communauté juive à Damas. Remarquons que Paul devait à
la fois voir le Sauveur glorifié et entendre sa voix. Et c’est de ce qu’il
avait vu et entendu qu’il était appelé à rendre témoignage. Aussi lorsqu’il
parle de l’évangile qu’il annonce, il le nomme: «l’évangile de la gloire du
Christ».
Relevons aussi que le lavage et la purification des péchés sont liés ici,
comme ils l’ont été au chapitre 2:38, et comme ils l’étaient dans le baptême
de Jean. Ananias ajoute: «invoquant son nom», pour montrer qu’il parle du
baptême chrétien et non pas de celui de Jean. Le baptême revêt une
signification toute particulière en relation avec les Juifs; et cela
explique la place prédominante qu’il a eue le jour de la Pentecôte et dans
le cas de Paul. Ceux qui rejetaient Christ doivent courber la tête et
descendre symboliquement dans la mort, confessant Son nom. Ils montraient
par là qu’ils se soumettaient à Celui dont ils ne voulaient pas; c’est
seulement ainsi qu’ils pouvaient être lavés de leurs péchés.
Paul relate ensuite ce qui s’était passé pendant leur première courte visite
à Jérusalem, mentionnée au chapitre 9:26. Ni ce chapitre 9 ni Galates 1 ne
font allusion à cette vision; il n’en est parlé qu’ici. Il est remarquable
que tant l’apôtre Pierre que l’apôtre Paul aient été en extase ou aient eu
une vision quant à leur service envers les Gentils: Pierre, afin d’être
amené à passer par-dessus les coutumes juives et à ouvrir le royaume aux
Gentils; Paul, pour qu’il fasse de l’évangélisation l’œuvre de sa vie. Il
était ainsi doublement établi que l’introduction des Gentils était selon la
volonté et le propos délibérés de Dieu.
En raison de son passé, Paul se sentait particulièrement appelé à
évangéliser sa propre nation; il le dit même au Seigneur, mais seulement
pour s’entendre répondre que les Juifs ne recevraient pas le témoignage de
ses lèvres et qu’il serait envoyé au loin vers les nations. Il rapporte tout
cela au peuple; et à la lecture de ce récit, nous sentons la persuasion qui
se dégageait de ses paroles. Estimait-il qu’au moins
quelques-uns de ceux de sa nation
devaient être convaincus? Pourtant la parole du Seigneur prononcée quelque
vingt et un ans auparavant demeurait: «Ils ne
recevront pas ton témoignage à mon égard». Et cela avait été
confirmé par un message particulier du Saint Esprit lui disant de ne pas
monter à Jérusalem. Les paroles du Seigneur étaient en train de se vérifier.
La mention que les Gentils étaient devenus les objets de la grâce divine
soulève la fureur de ses auditeurs. Ils ne
veulent pas recevoir ses paroles. Ils réclament sa mort avec une
violence presque incontrôlée. Lorsque Paul accomplit la mission que Dieu lui
a confiée envers les Gentils, il a la joie d’être employé pour atteindre le
«résidu selon l’élection de la grâce» d’entre son propre peuple; lorsqu’il
se détourne de ce service et concentre son attention sur sa nation, ses
paroles ne portent pas de fruit en bénédiction.
La fureur de la foule, et ceci malgré l’emploi de la langue hébreue,
déconcerte le chiliarque; et à cette époque, la mise à la question par le
fouet était le moyen reconnu pour apprendre la vérité. Paul y échappe en
mentionnant qu’il est citoyen romain et, sous la main de Dieu, il a ainsi
l’occasion d’étendre son témoignage aux principaux de sa nation. Le
chiliarque ordonne que le sanhédrin soit convoqué le lendemain.
Chapitre 23
Au début de ce chapitre, nous trouvons Paul devant cette auguste cour; nous
nous serions attendus à ce qu’il prononce le discours le plus éloquent et le
plus persuasif de sa vie. Mais nous ne trouvons qu’un témoignage réduit à
son minimum et une confusion maximale. La première remarque de Paul est mal
accueillie, bien qu’elle ait été vraie. Nous acquérons et gardons une
«bonne» conscience en exécutant sincèrement et rigoureusement tout ce que
cette conscience nous dicte. Le zélateur à la conscience obscurcie ou
pervertie commettra les actes les plus outrageants pour préserver sa «bonne»
conscience. C’est ainsi que Paul agissait avant sa conversion; depuis
celle-ci, il avait suivi avec sincérité les avertissements de sa conscience,
maintenant éclairée et redressée. Cela nous montre très clairement que la
conscience n’est pas en elle-même un
guide sûr: elle doit être éclairée par la parole de Dieu. Elle n’aura de
valeur que dans la mesure où elle sera contrôlée totalement par la Parole.
Irrité par cette déclaration franche, le souverain sacrificateur commande
qu’on frappe Paul sur la bouche; il transgresse ainsi la loi qui stipule
qu’un accusé ne devait pas être frappé avant qu’un jugement juste ait été
rendu, et alors encore la manière de procéder était indiquée (Deut. 25:1-3).
Paul réagit vivement à cette injustice manifeste; il agissait à bon droit,
toutefois il n’était pas admissible de s’adresser en ces termes au souverain
sacrificateur. Le sanhédrin avait été convoqué précipitamment et d’une façon
informelle; aussi probablement rien dans son habillement ne permettait-il de
le distinguer; mais Paul reconnaît immédiatement son erreur lorsqu’elle lui
est signalée, et il cite le passage qui la condamne. Il ne pouvait pas
imiter son Seigneur en demandant comme lui avec une pleine assurance: «Qui
d’entre vous me convainc de péché?»
Paul recourt alors immédiatement à un stratagème très astucieux. Il se
présente comme un pharisien, mis en jugement pour l’espérance de la
résurrection. Il était sans aucun doute pharisien de naissance et par la
première éducation qu’il avait reçue, et la résurrection, sans aucun doute
également, est à la base même de l’évangile. Sa déclaration produit l’effet
attendu: les pharisiens sont gagnés à sa cause, alors que les sadducéens
s’opposent violemment. Ils étaient les uns et les autres des fanatiques,
jugeant de toute chose selon le point de vue de leur parti respectif. Les
pharisiens, supposant qu’il était l’un des leurs, basculent en sa faveur.
Ils n’ont que faire de la vérité et de la justice, seul leur parti compte.
N’est-ce pas une pratique très courante aujourd’hui? Les chrétiens n’en sont
pas épargnés. Ne méprisons donc pas l’avertissement qui nous est donné ici.
Tout au long du livre des Actes, les sadducéens se manifestent comme les
principaux opposants de l’évangile. Leurs vues matérialistes, qui les
amènent à nier la résurrection, n’y sont pas pour rien. C’est ici la
dernière fois que nous les trouvons: la tournure subite des événements en
faveur des pharisiens les remplit d’une telle fureur qu’ils se livrent à des
actes de violence physique, et Paul est presque mis en pièces. Leurs excès
se retournent contre eux, car ils forcent le chiliarque à intervenir; et
pour la seconde fois Paul est soustrait au déchaînement de sa propre nation.
Le verset 11 est de toute beauté! Il ne nous est rien dit des sentiments de
Paul, mais le message du Seigneur: «Aie bon courage», laisse supposer qu’il
était découragé. Il semble bien que cet épisode de Jérusalem dans son
ensemble se situe au-dessous du niveau élevé qui avait caractérisé tout le
service de l’apôtre précédemment; et pourtant il avait certainement rendu
témoignage de son Seigneur. Son Maître plein de grâce s’arrête sur ce fait,
le reconnaît et lui dit que maintenant il fallait qu’il rende témoignage à
Rome - Jérusalem: le centre religieux, Rome: le centre impérial et
gouvernemental de la terre à cette époque. Quel rafraîchissement pour
l’esprit de Paul!
Le lendemain, plus de quarante hommes trament un complot pour tuer Paul. La
nature du serment par lequel ils s’obligent atteste de la férocité de leur
haine et laisse supposer qu’ils étaient d’entre les sadducéens qui avaient
été privés de leur proie la veille. Les souverains sacrificateurs se
rattachaient aussi à ce parti et ils sont tout disposés à tremper dans cette
affaire. Ils doivent prétendre vouloir s’informer plus exactement de lui et
les quarante hommes sont prêts à le tuer.
Une fois encore la main de Dieu les contrecarre dans leur dessein. Comme
toujours dans les Écritures, le récit qui nous est donné est bref et modéré.
Nous apprenons que Paul avait une sœur et un neveu à Jérusalem, mais nous ne
savons pas comment le jeune homme a eu vent du complot. Dieu a permis qu’il
ait connaissance de cette machination bien qu’elle n’ait été ourdie que
quelques heures auparavant; et il lui a aussi donné le courage de la
révéler. C’est à Dieu qu’il faut attribuer le fait qu’il ait eu un accès si
facile auprès de son oncle, et que la demande de Paul au chiliarque de
recevoir son neveu ait été accordée avec tant de courtoisie. Mais il est
fort probable que la conduite outrageuse des Juifs a opéré en faveur de Paul
dans l’esprit du chiliarque. Ainsi non seulement il écoute le jeune homme,
mais il le croit sans hésitation et prend immédiatement des mesures pour
faire échouer le complot.
La fin du chapitre nous donne un aperçu de l’efficacité du système militaire
romain. Le chiliarque agit avec la plus grande rapidité en décidant
d’envoyer Paul au gouverneur civil à Césarée. Il veille aussi à ne prendre
aucun risque. Il connaissait la fureur vindicative des Juifs lorsque des
affaires touchant leur religion étaient en jeu. Il ne commet ainsi pas
l’erreur de sous-estimer le danger. La troupe qui prend Paul en charge
devait pratiquement compter cinq cents hommes, une proportion de douze
soldats pour un assassin présumé. Le prisonnier est traité avec tous les
égards, puisque même des montures sont mises à sa disposition.
Chapitre 24
La lettre écrite par Claude Lysias est un document tout à fait
caractéristique dans lequel il présente ce qu’il a fait sous la lumière la
plus favorable; mais d’un autre côté elle blanchit totalement Paul de tout
mal condamnable ou digne de mort. La seule faute dont il est accusé est
«touchant des questions de leur loi». Ainsi, le premier dignitaire romain
devant qui il est traduit est vite convaincu que les accusations portées
contre lui concernent sa foi et qu’il n’est coupable en rien quant à sa
conduite. Dieu a évidemment veillé à ce que cela soit très clairement
établi.
C’est ainsi que malgré leur serment d’exécration, les quarante hommes sont
empêchés de mener à bien leur complot. Paul était en sécurité sous la
protection puissante de Rome; et le moment venu, il pourrait défendre sa
cause dans une atmosphère plus calme et porter le nom de son Maître devant
«les nations et les rois», et aussi devant les fils d’Israël, comme cela
avait été prédit à Ananias. Mais il doit d’abord comparaître devant le
gouverneur Félix.
L’acte d’accusation de Paul laisse transparaître un amer ressentiment et des
préjugés. Le fait que non seulement les anciens mais Ananias lui-même, le
souverain sacrificateur, aient jugé nécessaire de descendre pour porter
plainte contre lui, montre l’importance de ce cas à leurs yeux. Et puis, ils
font appel à un avocat qui, à en juger par son nom, était romain et non pas
juif. Ils pensaient sans doute que Tertulle saurait mieux qu’eux comment
s’adresser à des Romains et serait plus à même d’obtenir une condamnation.
En effet, Tertulle sait s’y prendre
et commence par d’abondantes flatteries: ce que l’histoire nous rapporte de
l’administration de Félix dément absolument ses paroles. Ensuite il dresse
une quadruple accusation contre Paul. Les quatre charges sont vagues,
surtout les deux premières: «cet homme est une peste», et «il excite des
séditions». Il préfère les accusations vagues, sachant qu’elles sont souvent
beaucoup plus difficiles à réfuter que celles qui sont claires.
La troisième et la quatrième accusations sont un peu plus précises. La
quatrième: «il a même tenté de profaner le temple» est fausse; le chapitre
précédent l’a montré. La troisième est la seule à présenter quelque
apparence de vérité. Il s’était manifesté comme meneur parmi les chrétiens,
connus par les Juifs comme la secte des Nazaréens. Ils étaient effectivement
des disciples du Nazaréen méprisé, mais ils ne constituaient pas à
proprement parler une simple nouvelle secte parmi les Juifs. Le livre des
Actes a été écrit pour prouver qu’ils n’étaient pas cela, mais plutôt
quelque chose de tout à fait nouveau. Le monde ne comprendra jamais une
œuvre authentique de Dieu.
Tertulle s’arrange à présenter la démarche de Lysias sous une lumière
défavorable, puisqu’il avait déjoué la violence des Juifs; et les Juifs
soutiennent les affirmations de leur avocat. Ils fournissent la substance et
se servent comme instruments des Gentils, comme ils l’ont fait dans le cas
du Seigneur.
La réponse de Paul est en contraste absolu avec la harangue de Tertulle. Il
reconnaît que Félix avait plusieurs années d’expérience en tant que juge
parmi les Juifs, mais s’abstient de toute flatterie. Il évite les
déclarations vagues, nie explicitement avoir été impliqué dans des disputes
ou des émeutes, et fait remarquer qu’il ne s’est pas passé plus de douze
jours depuis son arrivée à Jérusalem. Il montre que si ses adversaires ont
prononcé de nombreuses accusations, ils n’ont fourni aucune preuve et qu’ils
seraient bien incapables de le faire. Puis par une confession simple et
claire de ce qui l’avait caractérisé et de ce qui, en fait, était à la base
de leur hostilité, il fait ressortir le fondement de l’évangile qu’il
prêchait. Pour eux, c’est une hérésie, mais c’est le fondement même de la
vérité.
Paul proclame ainsi avec habileté sa foi dans tout ce qui a été écrit dans
l’Ancien Testament et montre que toutes les espérances chrétiennes sont
basées sur la résurrection, qui a été prouvée en Christ. Et il est tout
aussi certain qu’il y aura une résurrection pour les injustes. C’était
évidemment une flèche décochée à la conscience de Félix et de tous les
auditeurs présents. Personne ne pourra rester au fond du sépulcre pour
échapper à la main puissante de Dieu en jugement.
Après avoir exprimé sa foi dans les Écritures et dans la résurrection, Paul
affirme que sa conduite a été conforme à ce qu’il croit. Sa conscience est
sans reproche; il n’est monté à Jérusalem que pour remplir une mission de
grâce; et dans le temple, il s’était comporté d’une manière parfaitement
ordonnée et correcte. C’étaient les Juifs d’Asie qui étaient à l’origine de
l’émeute, et non pas lui; et maintenant qu’ils avaient l’occasion de
présenter leurs accusations contre lui, ils n’étaient pas venus pour le
faire.
Pourtant il y avait là des Juifs qui l’avaient vu comparaître devant le
sanhédrin; et Paul savait que ceux-ci n’avaient rien à lui reprocher, sinon
sa foi en la résurrection. Il était bien conscient que c’était le parti des
sadducéens qui s’acharnait tellement contre lui et l’accusait; aussi
prend-il soin d’établir très clairement devant Félix que le vrai enjeu était
sa foi dans la résurrection des morts, résurrection attestée par celle de
Christ. Il se peut aussi que Paul ait voulu reconnaître que le cri qu’il
avait fait monter devant le sanhédrin n’était pas dépourvu de tout blâme.
Le verset 24 nous apprend que Félix avait une femme juive; il était par
conséquent bien informé et réalise tout de suite que Paul n’avait rien fait
de mal. Il ajourne la cour, sous prétexte d’attendre le chiliarque Lysias;
ainsi une nouvelle fois les accusateurs sont frustrés, d’autant plus que,
comme nos cours de justice l’exprimeraient, l’ajournement est
sine die. En attendant, Paul se voit
accorder une mesure de liberté extraordinaire, dans laquelle nous pouvons
encore discerner la main de Dieu.
Le récit ne nous montre pas que Lysias soit venu; en revanche nous voyons
Félix et sa femme Drusille convoquer Paul pour une audience privée au cours
de laquelle il rend témoignage de la foi en Christ. C’était une occasion
exceptionnelle et Paul, connaissant le caractère faible et pervers du
gouverneur, met l’accent sur la justice, la tempérance et le jugement à
venir. Les versets 16 et 17 de Romains 1 nous montrent très clairement que
la justice peut être considérée
comme étant un résumé du message de l’évangile. La tempérance ou
le contrôle de soi est le résultat
produit dans la vie de celui qui le reçoit; et
le jugement à venir est ce qui attend ceux qui le refusent.
Ainsi, malgré l’extrême brièveté du rapport qui nous a été conservé du
discours de Paul, les trois expressions employées couvrent les faits
saillants de l’évangile.
Le message est très puissant et fait trembler Félix; celui-ci remet pourtant
la décision à ce «moment convenable» qui, si souvent, ne se présente jamais.
C’est bien ce qui arriva. Deux années se sont écoulées avant que Festus
succède à Félix et pendant cette période ils se sont souvent rencontrés,
mais rien ne se passe et Félix laisse Paul prisonnier pour gagner la faveur
des Juifs. Le véritable obstacle dans le cœur de Félix était son amour de
l’argent. Ce cas illustre d’une manière frappante que l’Esprit peut agir
avec puissance sur un homme par l’évangile
depuis l’extérieur, mais qu’un travail dans le cœur et la
conscience à l’intérieur peut être
étouffé par l’activité d’une convoitise, tel l’amour de l’argent. Une vraie
conversion a lieu lorsque l’œuvre de l’Esprit depuis l’extérieur est
accompagnée et reçue par l’œuvre de l’Esprit à l’intérieur.
Chapitre 25
Festus arrive et monte trois jours après à Jérusalem. L’hostilité contre
Paul est si forte que le souverain sacrificateur et les principaux d’entre
les Juifs l’accusent aussitôt et demandent à Festus de faire venir Paul à
Jérusalem. Malgré les années qui se sont écoulées, ils sont toujours prêts à
accomplir leur serment et à exécuter leur vengeance. Telle est la rancœur
religieuse! Mais Festus refuse et une nouvelle fois les accusateurs de Paul
doivent descendre à Césarée. Cette seconde comparution est pratiquement la
répétition de la première, comme le montrent les versets 7 et 8. Paul a
simplement à rejeter de nombreuses accusations non prouvées. Or le chapitre
suivant nous apprend que Festus n’était pas familier avec les coutumes des
Juifs. Mais sachant qu’ils étaient un peuple difficile à tenir, il veut
gagner leur faveur et suggère que Paul soit envoyé à Jérusalem pour le
jugement final.
Nous pouvons discerner la main de Dieu dans ce changement subit de la part
de Festus. Au cours de la nuit qui avait suivi l’émeute dans le sanhédrin,
le Seigneur était apparu à Paul et lui avait dit qu’il fallait qu’il rende
témoignage à Rome; maintenant il dirige les circonstances de manière à ce
que cela se réalise. La suggestion de Festus amène Paul à en appeler à
César, un privilège qui lui appartenait en tant que citoyen romain. Paul
était conscient que le transfert proposé équivalait à le livrer entre les
mains de ses ennemis; et pourtant Festus savait très bien qu’il n’avait rien
fait de mal. Si, pour apaiser les Juifs, Festus commençait à céder à leurs
réclamations, il finirait par tout lâcher. L’appel de Paul règle la
question. Comme il a fait appel à César, il doit aller à Rome. C’est la
troisième occasion où nous voyons Paul revendiquer sa citoyenneté romaine et
ici, bien évidemment, cela devait servir à l’accomplissement du propos de
Dieu.
La venue d’Agrippa et de Bérénice pour saluer Festus donne à Paul une
troisième occasion de rendre témoignage devant des gouverneurs et des rois;
et cette fois nous voyons beaucoup mieux la puissance avec laquelle il
présentait la vérité. Même devant Festus précédemment, il n’avait pas omis
de mentionner ce qui était au cœur de toute l’affaire; car lorsque Festus
parle à Agrippa de son cas, il déclare que l’objet de la controverse était
«un certain Jésus mort, que Paul affirmait être vivant». Cela montre qu’il
avait compris le fait central de l’évangile, bien qu’il ait été un païen
n’ayant pas la véritable connaissance. La mort et la résurrection de Christ
sont à la base de toute bénédiction, ainsi que la pleine déclaration de
l’amour de Dieu. Nous en connaissons quelque chose, alors que lui n’en
savait rien. Et pourtant Paul en avait parlé clairement.
Les paroles que Festus adresse à Agrippa, après la convocation de la cour,
montrent bien que, pour lui, tout cela demeurait un mystère; et pourtant il
avait compris de quoi il s’agissait. Paul est alors amené et l’audience
commence. Festus n’avait rien de certain à écrire à son supérieur,
l’empereur à Rome. Il espérait qu’Agrippa, plus familier avec la religion
juive, serait capable de l’aider à mieux comprendre ce qui était en jeu, et
saurait ce qu’il convenait de dire.
Chapitre 26
Cette fois, il n’y a pas de longs préliminaires. Agrippa accorde
immédiatement la permission à Paul de parler pour lui-même. Paul peut alors
se dispenser de tous les détails d’une défense et en venir directement au
message que Dieu lui avait confié, après avoir reconnu qu’Agrippa était
expert en la matière, et l’avoir prié de l’écouter avec patience.
Il commence par établir qu’il avait été élevé selon la forme la plus stricte
du judaïsme, parmi les pharisiens. Ce dont il était accusé maintenant était
en relation avec l’espérance qui avait soutenu Israël depuis les jours où
Dieu avait donné sa promesse. Les Juifs gardaient toujours cette espérance,
mais Paul soutenait qu’elle avait eu un accomplissement en Christ, et en
particulier dans sa résurrection. Ainsi dès le début de son apologie, il
donne la première place à la résurrection, celle-ci étant le principal objet
du débat. Mais la résurrection dépasse les pensées des hommes, qu’ils soient
juifs ou païens; d’où sa question: «Pourquoi, parmi vous, juge-t-on
incroyable que Dieu ressuscite des morts?» Ce serait
tout à fait incroyable s’il s’agissait
simplement des hommes; introduisez Dieu — le Dieu vivant et vrai — et
le contraire est incroyable.
Dans ce troisième récit de sa conversion, nous voyons l’apôtre mettre
l’accent principalement sur l’opposition obstinée et féroce qui l’avait
caractérisé au début. Il était certes «un blasphémateur, et un persécuteur,
et un outrageux», comme il le dit à Timothée; il a été jusqu’à être
«transporté de fureur» contre les disciples, et il les persécutait même
jusque dans les villes étrangères. Il agissait ainsi, car il était persuadé
«qu’il fallait faire beaucoup contre le nom de Jésus le Nazaréen». C’est en
plein midi, alors que le soleil brille de son éclat le plus vif, qu’il fut
arrêté sur la route de Damas par une lumière plus éclatante que le soleil et
qu’il entendit la voix du Seigneur. La lumière non créée éclipse la lumière
créée.
Plusieurs détails intéressants qui n’ont pas été mentionnés dans les récits
précédents sont relevés ici. La lumière du ciel fait tomber à terre dans la
poussière, non pas seulement Paul, mais tout le groupe. Et puis la voix
s’exprime en langue hébraïque. C’est remarquable, car nous avons vu
auparavant que les compagnons de Paul, bien qu’ils aient entendu la voix, ne
l’avaient pas comprise. C’était dans leur propre langue, et pourtant ils ne
comprennent pas. Ils ont été touchés
physiquement, mais seul Paul l’a été
spirituellement. L’élément essentiel
d’une conversion réside non pas dans de grandes visions ou des sons
mystérieux, mais dans l’opération vivifiante du Saint Esprit. Jésus n’a été
manifesté qu’à Paul, et cela d’une manière telle qu’il le reconnaît comme
son Seigneur.
Une fois qu’il eut confessé Jésus comme son Seigneur, il lui fut clairement
dit ce qu’il devait faire pour son salut personnel. Les récits précédents
nous l’ont appris. Ici seulement nous voyons qu’à ce même moment, le
Seigneur lui avait dit tout aussi clairement qu’il l’avait choisi pour faire
de lui le serviteur de Sa volonté d’une manière très particulière. Il devait
être témoin auprès de tous de ce qui venait de lui être révélé, et d’autres
choses qui lui seraient communiquées par le Seigneur. Nous ne trouvons
qu’ici le mandat que le Seigneur lui a confié dès le début, et les termes de
ce mandat. Ils sont très remarquables et expliquent pleinement la carrière
extraordinaire qui a été placée devant nous dans les chapitres précédents.
Selon le propos du Seigneur, il devait être «délivré» ou «retiré»
du milieu du peuple et des nations; c’est-à-dire qu’il devait être séparé à
la fois de son propre peuple, les Juifs, et des Gentils, de manière à avoir
une place distincte de l’un et des autres. On a souvent dit que les paroles
du Seigneur: «Je suis Jésus que tu persécutes» étaient la première mention
des saints comme étant Son corps. On nous permettra peut-être d’ajouter que
ces paroles sont la première allusion à la place distincte de l’Église,
appelée tant d’entre les Juifs que d’entre les Gentils. Paul a commencé par
être mis lui-même dans la position où seraient amenés tous ceux qui
recevraient l’évangile qu’il était appelé à annoncer.
Mais la fin du verset 17 montre que c’est vers les nations qu’il était
spécialement envoyé. Comme nous l’avons relevé plus haut, il a été en
bénédiction à de nombreux Juifs tant qu’il a rempli son mandat dans le monde
des nations; ce n’est que quand il s’est détourné de cette mission pour
s’adresser à ses frères juifs en particulier qu’il a échoué. Quel
avertissement pour nous: notre Maître doit avoir la première place et notre
sagesse doit se ranger à son plan pour notre vie et notre service. C’est
vers les Gentils qu’il devait aller, «pour ouvrir leurs yeux».
C’était un tournant dans les voies de Dieu, car jusque-là ils avaient été
laissés à eux-mêmes. Ils avaient été dans les ténèbres et l’ignorance, mais
maintenant leurs yeux devaient être ouverts.
S’ils avaient effectivement les yeux ouverts par les travaux de Paul, ils se
tourneraient des ténèbres et du pouvoir de Satan à la lumière et à Dieu.
C’est ce que nous entendons par conversion. Elle doit nécessairement inclure
la conviction de péché, car personne ne peut venir dans la lumière de Dieu
sans que cette conviction soit produite en lui. La réception du pardon
résulte alors de ce «tournant». Nous pouvons nous réjouir dans le pardon de
Dieu et plus encore, nous recevons un héritage que nous partageons avec tous
ceux qui sont mis à part pour Dieu. Le pardon est la bénédiction
négative de l’évangile, si nous pouvons
nous exprimer ainsi, et l’héritage, la bénédiction
positive. Le pardon est une perte
plutôt qu’un gain: la perte de nos péchés, de la satisfaction en eux, mais
aussi du châtiment qu’ils encourent. L’héritage, c’est ce que nous gagnons.
Et tout cela est «par la foi en Moi». Nous voyons ici comment on parvient à
la bénédiction. Non pas par des œuvres, mais par la foi; et Christ est
l’Objet de cette foi. La valeur n’est pas dans la foi, mais dans l’Objet en
qui la foi repose. Ainsi dès le moment même de sa conversion, la marche et
le ministère à venir de Paul avaient été tracés pour lui; et une révélation
du Seigneur lui avait donné le message qu’il devait annoncer. Ainsi nous
avons dans le verset 18 un résumé complet des bénédictions que l’évangile
apporte à celui qui le reçoit par la foi. Les yeux de son cœur et de son
esprit sont ouverts à la vérité; il est amené des ténèbres à la lumière, et
de la puissance de Satan à Dieu; ses péchés sont pardonnés et il le sait; il
a une part à l’héritage commun à ceux qui comme lui sont mis à part pour
Dieu.
Après avoir reçu ces instructions, Paul avait rempli fidèlement son mandat.
Commençant par l’endroit où il se trouvait, puis sortant vers les nations,
partout il avait montré aux hommes comment il fallait répondre à l’évangile.
Ils devaient se repentir; ils devaient se tourner vers Dieu; ils devaient
faire des œuvres convenables à la repentance qu’ils professaient. La
repentance implique cette introduction dans la lumière qui nous rend
capables de voir et de juger notre état de péché, et ensuite de le confesser
devant Dieu. Or plus nous sommes conscients de notre péché, moins nous avons
confiance en nous-mêmes; et moins nous avons confiance en nous-mêmes, plus
nous apprenons à nous confier en Dieu; par conséquent, pour nous tourner
vers Dieu, il faut d’abord nous détourner de nous-mêmes. Tout ceci est un
exercice profond d’esprit et de cœur, de nature plus ou moins secrète, mais
s’il est réel, il ne tardera pas à produire les actes et les œuvres qui
conviennent. Si ces «œuvres convenables à la repentance» font défaut, nous
pouvons être certains que la repentance professée n’est pas réelle. Paul
insiste sur ces trois points; il savait évidemment qu’ils ne sont pas
seulement la voie tracée par Dieu pour recevoir les bénédictions de
l’évangile, mais qu’ils sont produits par l’évangile quand il est reçu par
la foi.
Or c’est précisément cela qui avait suscité une telle animosité de la part
des Juifs, car si c’était là le moyen d’entrer dans la faveur de Dieu, les
Gentils y avaient accès aussi bien que les Juifs. Mais il montre très
clairement à Agrippa que la base de ce qu’il avait prêché était ce qui avait
été annoncé par Moïse et les prophètes. Il proclamait les souffrances de
Christ, sa résurrection et le fait que, comme Ressuscité, Il apporterait la
lumière de Dieu à toute l’humanité: non seulement aux Juifs, mais aussi aux
Gentils. Avec quelle clarté le chapitre 49 d’Ésaïe n’établit-il pas ce
dernier point, tout comme le chapitre 53 prédit la mort et la résurrection
de Christ!
Puis au verset 23, un témoignage éclatant est rendu devant Agrippa, Festus
et tous ceux qui sont présents, aux faits
glorieux qui sont à la base de l’évangile. Nous pouvons dire en
effet que primordialement la prédication de l’évangile est la déclaration de
ces faits. Donnons-leur donc la première place lorsque nous annonçons
l’évangile; c’est aussi important aujourd’hui qu’aux jours de Paul. Ensuite,
comme nous l’avons vu, le verset 18 indique les
bénédictions que l’évangile apporte; et le verset 20,
la manière selon laquelle les bénédictions de
l’évangile sont reçues.
Pour le Romain, un païen, la notion de la résurrection était tout simplement
incroyable — Paul d’ailleurs en était conscient, comme le montre le début de
son discours; aussi la mention de Christ ressuscité d’entre les morts
arrache-t-elle une puissante exclamation à Festus. Combien souvent au cours
des siècles n’a-t-on pas accusé les chrétiens de folie! Nous trouvons ici
pour la première fois cette insulte dans la bouche d’un homme du monde. Et
pourtant ce n’était pas une vulgaire injure, car Festus était un Romain
éduqué. Il attribue la «folie» de Paul à un excès d’étude et de savoir. Mais
il ne le tient pas moins pour fou!
La réponse de Paul est émouvante par sa simplicité et sa dignité. Il
s’adresse à Festus de la manière qui convient à son rang élevé, puis affirme
qu’au contraire il a prononcé «des paroles de vérité et de sens rassis».
Pour Festus ce n’étaient que les élucubrations d’un esprit dérangé, car les
dieux qu’il vénérait n’avaient pas de puissance au-delà de la tombe. L’homme
faible peut tuer et faire descendre dans le sépulcre — c’est chose facile;
ce n’est que du Dieu vivant qu’il peut être dit: «L’Éternel fait mourir
et fait vivre; il fait descendre au
shéol et en fait monter» (1 Sam.
2:6). Efforçons-nous tous d’annoncer l’évangile de telle manière que nos
auditeurs puissent reconnaître que nous annonçons
des paroles de sobre vérité.
Après avoir répondu à Festus, Paul adresse un appel à Agrippa, qui
prétendait croire aux écrits prophétiques et devait donc savoir qu’ils
prédisaient effectivement ce que lui, Paul, annonçait. L’appel atteint son
but. Il est à craindre, hélas! que la réponse d’Agrippa n’est pas la
confession qu’il était presque convaincu de la vérité de l’évangile, mais
plutôt une tentative de rejeter l’effet de l’appel sous le couvert d’une
plaisanterie. En effet il dit: «Tu me persuaderas bientôt d’être chrétien».
Ses paroles montrent clairement que le terme «chrétien», attribué pour la
première fois à Antioche, était maintenant employé couramment. Il décrivait
d’une façon très précise les disciples.
L’élévation morale qui se dégage de la réplique de Paul est très
remarquable. Un pauvre prisonnier au milieu de toute la pompe et la
magnificence d’une cour souhaite à ses juges de devenir de toutes manières
tel qu’il est, hormis ses liens! Les anges qui contemplaient cette scène ont
vu un héritier de la gloire éternelle et céleste comparaître devant les
misérables de la terre faisant parade pour un bref moment de toute leur
prétention. Paul savait cela, comme il savait aussi que pour personne il n’y
avait rien de mieux que d’être réellement et complètement tel qu’il était.
Ces paroles mettent un point final à l’audience. Paul a eu le dernier mot;
et nous pouvons nous réjouir en constatant comment, rempli de l’Esprit
Saint, il se trouve au plein niveau du grand appel qui lui avait été adressé
— l’appel qui nous est adressé à nous aussi.
Une fois encore, son innocence est proclamée par l’autorité compétente. S’il
n’en avait pas appelé à César, il aurait été libre.
Chapitre 27
Alors qu’il était à Éphèse, Paul s’était
proposé dans son esprit d’aller voir Rome aussi, et il l’avait
dit (chap. 19:21), mais plus important encore, c’était la volonté du
Seigneur pour lui: «Il faut que tu rendes témoignage aussi à Rome» (chap.
23:11). Nous venons de voir comment Dieu est intervenu derrière la scène
pour que la décision soit prise de faire voile pour l’Italie. Ici de nouveau
Luc emploie le pronom «nous», indiquant qu’il est une fois encore au nombre
des compagnons de Paul pour ce voyage qui allait être si désastreux, mais
qui devait se terminer d’une manière si miraculeuse.
En entendant Agrippa dire que sans cet appel, il aurait pu être relâché,
Paul, s’il s’était arrêté aux causes secondaires, aurait pu regretter
amèrement d’en avoir appelé à César. Si l’on regarde à Dieu, tout est clair;
et Paul et quelques autres prisonniers commencent leur voyage. Mais bien que
ce déplacement ait été selon la pensée de Dieu, cela ne signifie pas pour
autant que tout se soit passé facilement et sans heurts. Au contraire, nous
voyons dès le début que «les vents étaient contraires» (v. 4). Le fait que
les circonstances sont contre nous n’est pas une preuve que nous ne marchons
pas selon la volonté de Dieu; et les circonstances favorables ne veulent pas
non plus dire que nous sommes dans le chemin de Sa volonté. Nous ne pouvons
pas nous appuyer sur les circonstances pour dire avec certitude quelle est
ou quelle n’est pas la volonté de Dieu pour nous.
Les éléments restent contraires et la navigation est laborieuse, «le vent ne
nous permettant pas d’avancer» (v. 7); la mauvaise saison de l’année était
arrivée, et les voyageurs avaient l’habitude de s’arrêter dans les ports
hospitaliers. Ils arrivent en un lieu appelé Beaux-Ports, qui en dépit de
son nom n’était pas un endroit clément; et là les opinions divergent. Le
patron du navire désire atteindre Phénice, tandis que Paul les avertit
qu’ils vont au-devant de revers et de dommage, non seulement pour le navire
et son chargement, mais aussi quant à leurs vies. Le centurion romain,
responsable des prisonniers, doit décider et, après avoir entendu la voix de
la sagesse humaine et de l’expérience nautique d’une part, et celle de
l’intelligence spirituelle d’autre part, il tranche en faveur de l’avis du
patron du navire.
Sans doute, tout le monde serait parvenu à la même conclusion que le
centurion. Et lorsque le vent tourne et se met à souffler doucement du midi,
il semble que Dieu cautionne cette décision. Mais de nouveau, nous voyons
que les circonstances ne sont pas un guide fiable. Car s’ils lèvent l’ancre,
ce n’est que pour être pris dans un vent orageux, le redouté Euroclydon, qui
contrecarre tous leurs plans. Ils ont agi par la vue et non par la foi, et
il en résulte un désastre. Ils prennent toutes les mesures possibles pour
travailler à leur propre salut, mais en vain, de sorte que finalement tout
espoir d’être sauvés leur est ôté. Ce récit peut bien être pris comme une
sorte d’allégorie, représentant les luttes de l’âme pour la délivrance de la
culpabilité ou de la puissance du péché. Tout est inutile jusqu’à ce que
Dieu intervienne, d’abord par Sa parole
communiquée par Paul, puis par Sa puissance
lors du naufrage.
Les navigateurs sont presque morts de faim et tout à fait désespérés quand
l’ange de Dieu apparaît à Paul. Une quinzaine de jours se sont écoulés
depuis le début de la tempête, et jusque-là Paul n’a pas parlé avec
autorité. Mais maintenant, il a reçu un message de Dieu, lui disant qu’il
devait comparaître devant César, et que lui et tous ceux qui naviguaient
avec lui seraient sauvés. Puisque Dieu a parlé, Paul peut s’exprimer avec
autorité et avec l’assurance la plus complète. Après deux semaines de luttes
sur une mer démontée, tous ces hommes devaient être déprimés et dans un état
d’esprit lamentable. Mais qu’est-ce que les sentiments ont affaire ici?
Dieu avait parlé
et par son attitude, Paul proclame: «Je crois Dieu», en dépit de
tous les sentiments du monde.
Dans la situation du moment, toutes les apparences aussi étaient contre le
message de l’ange. Qu’un petit navire, avec 276 personnes à bord, fasse
naufrage et soit détruit, à une époque où les bateaux de sauvetage bienvenus
n’existaient pas, et que néanmoins chacun des 276 passagers soit sauvé,
paraît incroyable au point d’être déclaré impossible. Mais Dieu a parlé, et
Paul fait fi de l’impossibilité; il peut dire «Cela sera». En outre sa foi
est telle que non seulement il parle dans son cœur, mais qu’il rend
témoignage à haute voix devant les 275 autres occupants du navire. Les
paroles exactes qu’il prononce sont les suivantes: «La chose arrivera comme
il m’a été dit». Leur délivrance n’avait pas encore eu lieu, mais pour lui,
elle était aussi sûre que si elle s’était déjà produite.
On a défini la foi d’une manière très simple: c’est «croire ce que Dieu dit,
parce que Dieu le dit», et les paroles de Paul: «Je crois Dieu» le
vérifient. Dans le cas présent, les sentiments,
la raison, l’expérience, les apparences, tout s’opposait à la
déclaration divine, mais la foi accepte ce que Dieu dit, en dépit de toutes
les contradictions. La foi dans notre cœur emploie le même langage. Le
témoignage de Dieu à notre égard a affaire avec un objet infiniment plus
grand qu’un salut seulement temporel; et il nous est communiqué non par la
bouche d’un ange, mais par les saints écrits inspirés qui sont maintenant à
notre disposition dans notre propre langue; à nous de les recevoir de la
manière qui convient. Nous croyons simplement Dieu et scellons par là que
Dieu est vrai.
Les versets 34 à 36 montrent que l’attitude et les actions de Paul sont en
accord avec sa courageuse déclaration de foi. Nous le voyons ainsi mettre en
pratique ce sur quoi Jacques met si fortement l’accent dans son épître,
savoir que la foi, si elle est vivante, doit s’exprimer par des œuvres. Si,
après avoir proclamé sa foi, il était resté déprimé et abattu comme les
autres, personne n’aurait prêté beaucoup d’attention à ses paroles. Au
contraire, après avoir donné un message de réconfort, il est lui-même très
évidemment plein de courage. Il rend grâces à Dieu, il mange et exhorte ses
compagnons à faire de même. Ses œuvres confirment la réalité de sa foi et
les autres en sont impressionnés. Eux aussi prennent courage et mangent. Les
circonstances n’ont pas encore changé, mais eux sont transformés par la
confiance de la foi qui remplit leurs cœurs; elle leur a donné «l’assurance
des choses qu’on espère, et la conviction de celles qu’on ne voit pas» (Héb.
11:1). Tout cet épisode illustre d’une manière très belle ce que la foi est
et comment elle agit.
Nous voyons aussi de quelle façon la foi est justifiée. Dieu est fidèle à sa
parole et tous sont sauvés. Sa promesse s’est réalisée littéralement et
exactement et non pas, comme cela arrive si souvent parmi les hommes, d’une
façon approximative et avec une précision plus ou moins grande. Nous pouvons
le prendre au mot, avec une certitude absolue. Cependant cela ne signifie
pas qu’il nous faille être fatalistes et ignorer les mesures de prudence
élémentaires. Ce point est aussi illustré dans notre récit. Paul a annoncé
que tous seraient sauvés, mais il ne permet pas aux matelots de s’enfuir du
navire: leur présence était nécessaire; et plus tard, lorsqu’ils eurent tous
pris suffisamment de nourriture, ils allègent encore davantage le navire en
jetant le froment dans la mer. Ils ne restent pas sans rien faire, les bras
croisés, comme le fatalisme le réclamerait, mais ils prennent les mesures de
prudence qui conviennent, tout en se confiant dans la parole de Dieu. La fin
est miraculeuse. Tous sont sauvés, d’une manière ou d’une autre.
Chapitre 28
Nous voyons encore la main de Dieu étendue sur Paul et sur ses compagnons,
après leur arrivée sur l’île de Malte. Bien que les habitants soient des
«barbares» aux yeux des Romains, ils usent d’une bonté exceptionnelle à
l’égard des naufragés; ils sont bientôt amenés à découvrir, par la tournure
que prennent les circonstances, que l’un des nouveaux venus n’est pas une
personne ordinaire. Paul travaille activement, faisant ce qu’il peut pour se
rendre utile, lorsqu’une vipère s’attache à sa main. Les indigènes,
superstitieux, interprètent à leur manière l’incident, mais constatant que
le résultat attendu ne se produit pas, ils changent d’avis et optent pour la
solution opposée. Les conclusions de la superstition ne sont jamais bonnes.
Pour Paul, c’était sans doute un bien petit désagrément, en comparaison de
tout ce qu’il avait traversé: il en dresse la liste en 2 Corinthiens
11:23-28. Et l’énumération n’était pas complète au moment où il écrivait. Il
n’avait, par exemple, pas encore vécu le naufrage dont il est parlé dans
notre chapitre. Mais il en avait déjà connu trois auparavant. Il n’y a sans
doute pas beaucoup de personnes qui ont survécu à quatre naufrages, même
parmi les matelots expérimentés, et Paul n’en était pas un.
Le chef de l’île manifeste de l’intérêt et de la bonté pour les naufragés et
leurs besoins; et Paul peut le récompenser en priant pour son père et en le
guérissant. Nous ne voyons pas Paul rendre témoignage, mais par sa prière,
tous sont amenés à reconnaître que la puissance en guérison qu’il détient ne
lui appartient pas: elle est liée à Dieu. Constatant que la puissance de
Dieu est au milieu d’eux, les indigènes n’hésitent pas longtemps à la
rechercher pour leurs corps; et la cherchant, ils la trouvent. Dans la
providence de Dieu, après les quinze jours de terrible épreuve, ils
connaissent ainsi une période de réconfort pour eux, et même d’honneurs, une
période qui dure trois mois. L’apôtre a écrit: «Je sais être abaissé, je
sais aussi être dans l’abondance» (Phil. 4:12). Ces trois mois furent un
temps d’abondance.
On peut dire la même chose de la fin de leur voyage, lorsqu’ils le
poursuivent. Tout se passe favorablement; à leur arrivée à Pouzzoles, ils
trouvent des frères qui prient Paul de demeurer avec eux une semaine, il en
résulte une heureuse visite. Il est clair que le centurion responsable a
maintenant appris à connaître ses prisonniers; et il est disposé à accorder
à Paul une liberté remarquable. Pendant le reste du trajet sur terre, des
frères, ayant entendu dire qu’il arrivait, viennent à sa rencontre; c’est un
grand encouragement pour Paul. Il était un homme spirituel, en communion
étroite avec Dieu et dépendant de Lui, mais malgré cela, il ne néglige pas
de rendre grâces à Dieu; et l’amour et la communion de saints, dont la
stature spirituelle était probablement de beaucoup inférieure à la sienne,
lui font prendre courage. C’est frappant et très encourageant pour nous.
Veillons à ne pas mépriser, et à ne pas sous-estimer non plus, la valeur de
la communion des saints.
Ainsi Paul arrive à Rome. Ses circonstances sont très différentes de celles
qu’il s’était imaginées lorsqu’il avait écrit à l’avance ce qu’il se
proposait de faire (voir Rom. 15:22-32), mais par la volonté de Dieu, il
est venu avec une certaine mesure de
joie, et a connu «la plénitude de la
bénédiction de Christ». La main de Dieu repose encore sur lui, car bien que
prisonnier, il lui est accordé d’être dans son propre logement, sous garde,
et cela lui donne de la liberté pour servir et rendre témoignage.
Trois jours seulement après son arrivée, il peut convoquer ceux qui étaient
les principaux de la colonie juive à Rome et leur parler un peu de son cas.
Il dit clairement qu’il ne veut pas porter d’accusation contre sa nation,
mais que son seul crime aux yeux des Juifs est en rapport avec «l’espérance
d’Israël»; c’est-à-dire le Messie promis depuis longtemps. Les Juifs de leur
côté avouent ignorer tout de ce qui le concerne, mais connaître le Christ
que Paul prêche. Pour eux, être chrétien signifie appartenir à une «secte...
que partout on... contredit». Remarquons le
partout; pas seulement parmi les Juifs, mais aussi parmi les
Gentils. Le vrai christianisme n’a jamais été populaire et il ne le sera
jamais. Il atteint trop profondément les fibres de la nature humaine.
Ils déclarent pourtant vouloir entendre ce que Paul désire leur dire; et un
jour ayant été fixé, plusieurs viennent. Pendant une journée entière, il
leur expose la vérité, rend témoignage et cherche à les persuader. Son sujet
est le royaume de Dieu et Jésus, celui qui est le centre et le fondement de
ce royaume; et tout ce qu’il expose est fondé sur la loi de Moïse et les
prophètes, car ils en avaient parlé en type et l’avaient annoncé. Relevons
les trois verbes employés ici.
D’abord il expose les saintes
Écritures, montrant ce qu’elles ont à dire et révélant leur puissance. Puis
il rend témoignage de Jésus: il leur
parle sans doute de ce que lui-même savait personnellement de Sa gloire dans
le ciel, et leur montre l’exactitude avec laquelle Il avait accompli tout ce
que les Écritures avaient annoncé concernant Sa venue dans l’humiliation.
Enfin il cherche à persuader ses
auditeurs que tout ce qu’il a dit est la vérité. Paul ne leur annonce pas un
évangile «à prendre ou à laisser», comme on l’entend dire; il laboure avec
amour et zèle pour toucher les cœurs de ceux qui l’écoutent, et obtenir
d’eux une réponse de foi. Veillons à l’imiter en cela, car souvenons-nous
que si seule l’opération du Saint Esprit dans le cœur des hommes est
effective, souvent l’Esprit se plaît à utiliser la persuasion des serviteurs
de Dieu remplis d’amour et de zèle.
C’est ce qui se produisit. Nous voyons ici que si certains ne crurent pas,
d’autres «furent persuadés par les choses qu’il disait». Il en est presque
toujours ainsi lorsque la Parole est annoncée. Ce n’est que dans le livre
des Actes, lorsque Pierre prêcha à Corneille, que nous voyons tout le monde
se convertir; mais ce n’est pas habituel, car dans le temps actuel Dieu
appelle des élus tant d’entre les Juifs que d’entre les Gentils.
Avant que les Juifs incrédules partent, Paul leur adresse une dernière
parole: il leur rappelle le passage d’Ésaïe 6, cité par le Seigneur lui-même
en Matthieu 13, et par Jean dans le chapitre 12 de son évangile. Ce triste
et terrible processus d’endurcissement et de mort spirituelle avait commencé
déjà du temps d’Ésaïe, quelque sept siècles avant Christ. Il était beaucoup
plus avancé lorsque Christ était sur la terre; et maintenant l’étape finale
était atteinte. Paul prononce ces paroles réalisant que pendant la période
de l’évangile, celle d’Israël comme nation est terminée. En tant que nation,
ils sont aveugles et sans intelligence dans les choses de Dieu, mais très
engagés quant à celles du monde. Cela n’est évidemment pas en contradiction
avec le fait que Dieu appelle encore un résidu selon l’élection de la grâce,
comme le dit Romains 11.
Relevons qu’en citant ce passage, Paul dit: «L’Esprit
Saint a bien parlé». Si nous comparons avec Ésaïe 6, nous
entendons le prophète dire à l’égard de ce message, en parlant de l’Éternel
des armées: «Et j’entendis la voix du Seigneur»; si nous prenons Jean 12,
nous trouvons le commentaire suivant: «Ésaïe dit ces choses parce qu’il vit
sa gloire et qu’il parla de lui», et
il suffit de lire les versets précédents pour voir que «sa» et «lui» se
réfèrent à Jésus. De toute évidence,
l’Éternel des armées doit donc être identifié à la fois avec Jésus et avec
le Saint Esprit: trois Personnes et cependant un Dieu.
Le verset 28 nous donne les dernières paroles de Paul, d’après le récit des
Actes. Elles sont très significatives en ce qu’elles indiquent le point où
ce livre nous a conduits. L’apôtre transmet un ultime message de Dieu:
savoir qu’en conséquence de l’aveuglement et de la dureté des Juifs, Son
salut avait été maintenant envoyé aux Gentils; et il ajoute: «Eux
écouteront». Cela ne signifie pas que tous le recevront, mais plutôt que,
contrairement aux Juifs, il y aura là des oreilles attentives. Grâces à
Dieu, cela s’est vérifié au cours des siècles.
Lorsque le Seigneur, s’adressant à la femme syrophénicienne, mentionne les
enfants et les chiens, la pauvre femme, comprenant l’allusion, admet n’être
qu’un chien d’entre les Gentils, et pourtant elle se réclame de la bonté de
Dieu, bonté suffisante pour lui accorder quelques miettes de grâce. Elle a
raison: le Seigneur qualifie de grande sa foi et il l’honore en répondant à
son désir. Mais ici nous avons quelque chose de plus merveilleux encore. Les
enfants ont méprisé et rejeté les bonnes choses qui leur ont été offertes;
et alors non seulement les miettes, mais toute la nourriture est donnée aux
chiens. Selon les paroles de Paul en Romains 11, «leur chute est la richesse
du monde, et leur diminution, la richesse des nations... leur réjection est
la réconciliation du monde». Cela ne veut pas dire que tout le monde est
définitivement réconcilié, mais que Dieu manifeste maintenant sa faveur
envers le monde, en offrant son salut à tous les hommes.
Paul est toujours prisonnier, mais il lui est accordé de louer un logement,
d’y demeurer et d’y recevoir tous ceux qui désirent le voir. Il a ainsi des
occasions de rendre témoignage, et la parole de Dieu n’est pas liée. Pour ce
qui en est du livre des Actes, nous laissons Paul ici: il y passe deux ans
entiers, prêchant le royaume de Dieu et enseignant les choses qui regardent
le Seigneur Jésus Christ, sans empêchement. Dans la providence de Dieu, son
jugement est remis à plus tard et ainsi une porte lui est ouverte. Pendant
cette période, Onésime s’est converti et d’autres sans doute aussi; et
certaines des épîtres de l’apôtre ont été écrites alors.
L’histoire
apostolique se termine avec la fin des Actes des apôtres; la
doctrine apostolique commence avec
l’épître aux Romains. Or c’est la doctrine qui nous permet de comprendre la
signification de l’histoire; tandis
que celle-ci nous rend capables d’apprécier
l’autorité et le poids de
la doctrine.