Livre du Prophète Zacharie
Deuxième Section — Chapitres
9 à 11: Christ Roi et Berger
Chapitre 9 — But final de la
prophétie. Le Roi
Nous avons vu que la première
section du Livre des Oracles (chap. 7-8) est caractérisée par ces mots: «La
parole de l’Éternel des armées vint à moi.» La seconde section qui va nous
occuper (chap. 9-11) commence par ces mots: «L’oracle de la parole de l’Éternel»
(9:1), et de même la troisième section (12:1). Cette division, plutôt
extérieure, n’atteint sans doute pas le fond des sujets présentés, mais elle
n’en a pas moins son importance et doit être retenue.
Nous trouvons dans ce chapitre 9
un exemple très remarquable des rapports entre la prophétie accomplie et la
prophétie non accomplie, et je crois important de dire quelques mots sur ce
sujet.
Les v. 1 à 8 de notre chapitre ont
trait à des événements encore futurs quand Zacharie les annonçait, car ils
eurent lieu 174 ans après la quatrième année de Darius. (Cf. 6:1.) Ces
prédictions se réalisèrent à la lettre, quand la troisième monarchie, sous
Alexandre le Grand, détruisit l’empire des Perses. La bataille d’Issus (an 333)
ouvrit à ce monarque le pays de Hadrac 1, probablement la
Syrie.
1
C’est la seule fois que ce nom est employé.
La ville de Damas, en premier
lieu, devint le «lieu du repos» de l’oracle de l’Éternel, c’est-à-dire que la
parole prononcée contre Damas eut son accomplissement définitif. Hamath et Sidon
furent subjuguées. Tyr résista de toutes ses forces, mais fut à la fin conquise,
détruite et brûlée. Ensuite, avant de s’emparer de l’Égypte, Alexandre conquit
l’une après l’autre les villes de la Philistie, notamment Gaza, Askalon et
Asdod. La Palestine fut épargnée et en particulier Jérusalem 1,
aussi est-il dit: «Je camperai à côté de ma maison, à cause de l’armée, à cause
des allants et des venants.» Mais si ces choses s’accomplirent littéralement
alors, le prophète ajoute un seul détail qui ne l’a été en aucune manière: «Et
l’exacteur 2 ne passera plus sur eux». Après Alexandre,
l’exacteur n’a cessé de passer sur Jérusalem, depuis l’empire romain jusqu’aux
maîtres d’aujourd’hui. Cette ville est toujours foulée aux pieds des nations, et
il faut encore attendre un jour futur pour qu’elle soit délivrée du joug de
l’oppresseur. «Car maintenant j’ai vu de mes yeux» (v. 8), dit l’Éternel. Cette
parole est corroborée par le chapitre 18 d’Ésaïe, où la nation incrédule est
ramenée dans son pays, pour tomber sous le joug de l’Antichrist. Pendant ce
temps, l’Éternel «restera tranquille» et regardera en avant, vers le temps futur
de la moisson. À ce moment-là, il «verra de ses yeux» et délivrera Jérusalem. Ce
moment de la délivrance définitive est décrit à la fin de notre prophète et dans
beaucoup d’autres passages.
1
Le récit qui fait monter Alexandre à Jérusalem pour y offrir des sacrifices dans
le temple, est pour le moins douteux.
2
Traduit dans les autres passages: «l’oppresseur».
Les v. 1 à 8 sont suivis
immédiatement d’une autre parole encore plus remarquable, au point de vue des
rapports entre la prophétie accomplie et non accomplie: «Réjouis-toi avec
transports, fille de Sion; pousse des cris de joie, fille de Jérusalem! Voici,
ton roi vient à toi; il est juste et ayant le salut, humble et monté sur un âne,
et sur un poulain, le petit d’une ânesse.» La délivrance dont le v. 8 nous parle
aura lieu à la venue du Messie. Mais déjà ce fait s’est accompli. Le roi est
entré à Jérusalem, humble et monté sur un âne et sur le poulain d’une ânesse.
Cette entrée de Jésus à Jérusalem est racontée dans les quatre évangiles. Deux
d’entre eux citent le passage de Zacharie comme accompli par ce qui avait lieu
alors. Nous trouvons, en Matthieu 21:4: «Et tout cela arriva, afin que fût
accompli ce qui avait été dit par le prophète, disant: «Dites à la fille de
Sion: Voici, ton roi vient à toi, débonnaire et monté sur une ânesse et sur un
ânon, le petit d’une ânesse.» Dans ce passage, les transports de réjouissance de
Jérusalem sont omis et remplacés par ces simples mots: «Dites à la fille de
Sion». Nous ne trouvons pas non plus les mots: «Il est juste et ayant le salut»
(ou délivrance). Son caractère d’humilité ou de débonnaireté est mis tout seul
en relief; car à ce moment-là, rejeté des Juifs, il ne se montrait ni comme roi
de justice, ce qui aurait été leur destruction, ni comme ayant le salut, car la
délivrance ne pouvait avoir lieu qu’en vertu de son œuvre, accomplie à la croix.
Son entrée à Jérusalem, dans les évangiles, n’était qu’une dernière présentation
du Messie à la nation, afin qu’elle reçût Celui dont tous les prophètes avaient
parlé, et elle ne l’a pas voulu. Dans l’évangile de
Jean (12:15), le passage de Zacharie est cité d’une manière plus brève encore:
«Selon qu’il est écrit: Ne crains point, fille de Sion; voici, ton roi vient,
assis sur l’ânon d’une ânesse.» La joie de Jérusalem est omise, ainsi que le
caractère de Christ comme libérateur, et même son humilité; car, dans cet
évangile, il est le fils de Dieu, à la royauté duquel son Père rend témoignage
au moment où de lui-même il va laisser sa vie. La prophétie de l’entrée de
Christ à Jérusalem a donc été accomplie partiellement dans le passé, mais elle
ne le sera dans son vrai caractère et sa complète étendue que dans un jour
futur. Ce n’est qu’alors que Jérusalem, délivrée du joug de l’oppresseur, pourra
se réjouir avec transports, quand son Roi, roi de justice et roi de paix, y fera
son entrée triomphale. Ses deux caractères seront, en effet, la justice et la
paix, car il retranchera la guerre d’Éphraïm et de Jérusalem (Michée 5:10- 11),
et «il annoncera la paix aux nations» (v. 10). Il sera le vrai Melchisédec. Bien
plus, «il dominera d’une mer à l’autre, et depuis le fleuve jusqu’aux bouts de
la terre» (v. 10), ce qui n’avait jamais eu lieu sous le règne glorieux de
Salomon (1 Rois 4:21-24). Ainsi la prophétie accomplie n’est qu’un indicateur
pour montrer le chemin des gloires futures de Christ.
Le prophète ajoute, en parlant de
Jérusalem: «Quant à toi aussi, à cause du sang de ton alliance, je renverrai tes
prisonniers hors de la fosse où il n’y avait point d’eau. Revenez à la place
forte, prisonniers de l’espérance!» (v. 11, 12). Ici encore, nous trouvons des
détails très intimes sur ce qui arrivera au Résidu, au moment où le Roi de
gloire viendra pour régner. Le prophète fait allusion à ce qui arriva à Jérémie
quand il eut engagé le peuple à se rendre aux Chaldéens: Il fut jeté dans la
fosse, «laquelle était dans la cour de la prison... et il n’y avait point d’eau
dans la fosse» (Jér. 38:6). Quand le Christ apparaîtra il délivrera ces
prisonniers, faible Résidu demeurant à Jérusalem, et dont une partie aura
souffert le martyre. Les fidèles du Résidu de Juda qui se seront enfuis lorsque
l’idole aura été placée dans le temple de Dieu, seront invités à ce moment-là à
«retourner à la place forte», c’est-à-dire à Jérusalem. Tout ceci est donc
encore à venir.
Dans les v. 13 à 17, nous
rencontrons de nouveau les principes énoncés plus haut: «J’ai bandé pour moi
Juda; d’Éphraïm j’ai rempli mon arc, et je réveillerai tes fils, ô Sion, contre
tes fils, ô Javan, et je te rendrai telle que l’épée d’un homme fort. Et
l’Éternel sera vu au-dessus d’eux, et sa flèche sortira comme l’éclair; et le
Seigneur, l’Éternel, sonnera de la trompette, et marchera avec les tourbillons
du midi. L’Éternel des armées les protégera, et ils dévoreront, et ils fouleront
les pierres de fronde, et ils boiront et bruiront comme par le vin, et ils
seront remplis comme un bassin, comme les coins de l’autel» (v. 13-15). Nous
reconnaissons, dans ce passage, l’histoire des Macchabées, en lutte avec Javan
ou les successeurs d’Alexandre. Nous voyons ici leurs combats, leurs victoires,
leur résistance à Jérusalem, leur fidélité, au moins celle des premiers d’entre
eux; les secours marqués et la protection dont Dieu les favorisa; comme d’autre
part nous trouvons en Daniel 11:29-35, leurs souffrances pour le témoignage et
la manière dont ils furent purifiés par l’épreuve. Nous avons donc sous les yeux
une prophétie qui s’est accomplie environ trois siècles et demi après avoir été
prononcée. Mais elle n’est qu’un avant-coureur de ce que nous trouverons au
chap. 10, sur les temps de la fin, et sur les combats des princes de Juda contre
l’Assyrien de la prophétie. Déjà la fin de notre chapitre (v. 16-17), après
avoir mentionné les Macchabées, nous reporte au temps où «le roi de Sion ayant
le salut» apparaîtra à son peuple et le reconnaîtra désormais comme son
troupeau. «L’Éternel leur Dieu les sauvera, en ce
jour-là, comme le troupeau de son peuple, car ils
seront des pierres de couronne élevées sur sa terre.» Cette gloire d’Israël
formant la couronne du Messie est réservée pour l’avenir, car dans toute la
période comprise entre la captivité de Babylone et la venue future et glorieuse
du Christ, Lo-Ammi («pas mon peuple») est prononcé sur Israël.
Les trois grands événements de ce
chapitre: la conquête d’Alexandre, l’entrée du Seigneur à Jérusalem et les
victoires des Macchabées, confirment donc, d’une manière éclatante, ce qui nous
est dit dans la seconde épître de Pierre: «Sachant ceci premièrement, qu’aucune
prophétie de l’Écriture ne s’interprète elle-même.»