Livre du Prophète Zacharie
Chapitres 10 et 11 — Les
bergers et les troupeaux
Au moment d’aborder ces chapitres,
nous désirons insister sur un caractère des prophéties de Zacharie, qui, s’il
est bien compris, dissipe plus d’une obscurité dans l’étude de ce prophète. Il
est de fait qu’il y a, dans cette partie de l’Écriture, «des choses difficiles à
comprendre» (2 Pierre 3:16), mais elles deviennent claires pour la plupart si
l’on se souvient que Zacharie joint habituellement dans sa prophétie,
sans aucune transition, la première venue de Christ
sur la terre, avec son apparition future pour Israël. Toute la parenthèse de
l’Église, qui du reste n’entre jamais dans le cadre des prophètes de l’Ancien
Testament, est absolument passée sous silence. Nous ne rencontrons aucune
indication qui nous avertisse d’un intervalle quelconque entre la première et la
seconde apparition du Messie. Le chapitre 9, dont nous avons déjà parlé, est
remarquable sous ce rapport: il parle du Roi qui vient se présenter en Sion
comme cela eut lieu d’après les récits évangéliques; mais, immédiatement après,
le Seigneur a été rejeté, et le prophète ne présente pas trace de cette
réjection; il est impossible de distinguer, en le lisant, que ce passage a trait
à deux événements séparés par des siècles. Immédiatement après ce fait, nous
trouvons la bénédiction qui en découle pour Israël, car l’apparition de Christ
comme roi en Sion est le signal de son règne.
Dans les chap. 10 et 11, le
ministère passé du Seigneur et sa présence future au milieu d’Israël sont de
nouveau comme soudés l’un à l’autre. Au commencement du chap. 10, la bénédiction
est à la porte: «Demandez à l’Éternel de la pluie, au temps de la pluie de la
dernière saison. L’Éternel fera des éclairs, et il
leur donnera des ondées de pluie: à chacun de l’herbe dans son champ» (v. 1). La
pluie de la première saison, lors de l’effusion du Saint Esprit à la Pentecôte,
est entièrement passée sous silence. Mais, avant que la seconde pluie, annoncée
par Joël (2:23-30), ait lieu, l’état de Juda nous est décrit: «Car les
théraphim ont dit des paroles de vanité, et les devins ont vu un mensonge, et
ils ont prononcé des songes trompeurs; ils consolent en vain. C’est pourquoi ils
sont partis comme le menu bétail; ils sont opprimés, parce qu’il
n’y a point de berger. Ma colère s’est embrasée contre les bergers, et je
punirai les boucs; car l’Éternel des armées a visité son
troupeau, la maison de Juda» (v. 2-3). Ces versets sont une preuve
éclatante de ce que nous avons avancé. Le prophète remonte à l’idolâtrie
d’Israël, et nous en présente la conséquence; ils sont partis comme le menu
bétail, les nations les ont opprimés, et ils n’ont point de berger pour les
conduire. C’était exactement la condition du peuple à la première venue du
Seigneur, qui venait se présenter comme le Berger d’Israël: Voyant les foules,
il était ému de compassion pour elles, car ils étaient las et dispersés comme
des brebis qui n’ont pas de Berger (Marc 6:34).
Alors il dit: «Ma colère s’est embrasée contre les bergers, et je punirai les
boucs». Quand il visite son troupeau, la maison de Juda, il dit, sans doute:
«Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites!» en les regardant tout à
l’entour avec colère. Mais, comme nous le verrons au chap. 11, ces mêmes
circonstances se répéteront à la fin des temps, en sorte que ce passage qui fait
allusion à la première venue de Christ, se joint, sans aucune transition, à la
scène à venir où sa colère sera embrasée contre les bergers.
C’est alors seulement qu’il fera
de la maison de Juda «son cheval de gloire dans la bataille» (v. 3).
Il faut en conclure que les
premières relations de Christ avec son troupeau seront suivies, à la fin des
temps, d’une reprise de ces mêmes relations avec Juda, interrompues brusquement
par la réjection et la crucifixion du Messie. Alors seulement se dérouleront les
événements dont la fin de ce chapitre nous entretient. Ce passage est donc un
exemple de la difficulté dont nous avons parlé plus haut; question des plus
instructives, en ce qu’elle nous montre que rien ne peut interrompre
l’accomplissement des conseils de Dieu. Les voies qui les accompliront suivent
leur cours immuable. Il en est de ces voies comme du soleil qu’un nuage vient
cacher à nos yeux: quelques heures après nous le voyons reparaître, sa course
s’est continuée sans interruption, il est le même qu’auparavant, tout en
occupant un autre point du ciel. Pas d’arrêt dans sa marche, il est resté le
même, il n’a pas changé de direction. La lacune n’existe que pour les yeux des
hommes qui voient le nuage tandis que le soleil leur est caché.
«De lui est la pierre angulaire,
de lui le clou, de lui l’arc de guerre, de lui sortent tous les dominateurs
ensemble. Et ils seront dans la bataille comme des hommes forts qui foulent aux
pieds la boue des rues; et ils combattront, car l’Éternel sera avec eux; et ceux
qui montent les chevaux seront couverts de honte» (v. 4, 5). Le Résidu de Juda
qui, comme nous l’avons vu au chapitre précédent, s’enfuit lors de la grande
tribulation, rentrera dans son pays et le Seigneur le reconnaîtra comme le
troupeau dont il sera le Berger. Juda aura désormais la prééminence dans le
royaume. C’est de lui que sort le Christ, la pierre angulaire, le Christ, clou
fixé dans un lieu sûr, auquel sera suspendue toute la gloire de la maison de
David (v. 4; És. 22:23-24). «L’arc de guerre et tous ceux qui dominent en
Israël» sortiront de Juda, selon la prophétie de Jacob: «Le sceptre ne se
retirera point de Juda, ni un législateur d’entre ses pieds, jusqu’à ce que
Shilo vienne; et à lui sera l’obéissance des peuples» (Gen. 49:10). Dans ce
temps-là, Juda sera appelé par le Seigneur à tenir tête à l’Assyrien qui, après
avoir envahi la Palestine, puis conquis l’Égypte, sera tenu en échec par le
Résidu qui, sous les princes de Juda, sans force apparente, courra de victoire
en victoire (Michée 5:5-6).
Dans la dernière partie de ce
chapitre (v. 7-12.), nous trouvons non plus Juda, mais Éphraïm, «la maison de
Joseph», rassemblée d’entre les peuples (particulièrement l’Assyrie et
l’Égypte), pour être ramenée dans la terre d’Israël et ne plus former désormais
qu’un peuple, le peuple de l’Éternel. (Cf. És. 11:12-16; 27:12-13.)
Le chapitre 11:1-3 nous présente
le jugement d’Israël, la dévastation par le feu de tous ceux qui dominent sur le
peuple, des nobles et des puissants. Ce jugement atteint particulièrement
les bergers, les conducteurs du peuple, sur lesquels
la colère du Christ s’exécutera (chap. 10:3). Déjà ces conducteurs, en la
personne des rois, avaient été supprimés, parce qu’au lieu de paître le
troupeau, ils se paissaient eux-mêmes (Ézéch. 34:1-10). Aux jours du Seigneur,
tous les conducteurs du peuple avaient montré le même caractère. Enfin, dans les
derniers jours, lors de l’invasion de Juda par les nations, les bergers du
peuple, sous l’Antichrist, subiront le même sort.
Aux v. 4-6 nous voyons
l’apparition d’un berger nouveau, représenté par le
prophète Zacharie en personne. Ce passage est une nouvelle illustration du fait
que la prophétie de Zacharie relie, sans aucune transition, la première venue de
Christ avec sa venue pour la délivrance de Juda et le jugement de ses
adversaires. Ce fait est plus frappant encore, si l’on met notre passage en
regard du chapitre 34 d’Ézéchiel, qui traite tout entier de la destruction des
mauvais pasteurs et de l’apparition du Seigneur, l’Éternel, fils de David, comme
Berger des brebis. En Ézéchiel, cette apparition n’a trait
qu’au temps futur où le Seigneur sera reconnu comme Conducteur de son
peuple; ici nous trouvons tout autre chose:
«Ainsi dit l’Éternel, mon Dieu:
Pais le troupeau de la tuerie, que leurs possesseurs tuent, sans passer pour
coupables, et dont les vendeurs disent: Béni soit l’Éternel, je me suis enrichi!
Et leurs bergers ne les épargnent pas. Car je n’épargnerai plus les habitants du
pays, dit l’Éternel. Et voici, je ferai tomber les hommes dans les mains l’un de
l’autre et dans la main de son roi; et ils écraseront le pays, et je ne
délivrerai pas de leur main» (v. 4-6). Le prophète est ici le type de Christ,
le Berger, comme auparavant Joshua et Zorobabel
avaient été ses représentants comme sacrificateur et roi. Ce Berger qui apparaît
si abruptement, quand le sort définitif de tous les bergers d’Israël est déjà
fixé, ce Berger, dis-je, a une mission spéciale. Il doit paître le
troupeau de la tuerie. Ce troupeau a trois
caractères: ses possesseurs, les nations qui l’oppriment, le tuent pour profiter
de sa chair et ne passent pas pour coupables; ses vendeurs, les chefs du peuple,
ont accepté le joug des nations dans leur propre intérêt; enfin ses bergers, ses
conducteurs politiques ou religieux, ne l’épargnent pas. Tous ces traits
caractérisent le peuple, tel que l’a trouvé le Christ à sa première venue.
Je ne crois nullement, pour mon
compte, que ce troupeau de la tuerie soit, comme on l’a prétendu, le Résidu de
Juda: j’y vois le peuple juif tel qu’il était au temps du Seigneur. Jésus a été
envoyé à Israël comme son Berger, alors qu’il était sous le triple joug des
Romains, d’Hérode et de ses propres chefs. Christ est entré par la porte dans la
bergerie, répondant à toutes les qualités qui sont exigées d’un bon berger; il
est venu en grâce au milieu de ce peuple, pour lequel ses entrailles étaient
émues de compassion. Ce qu’il y a rencontré, — l’indifférence, puis l’hostilité
et la haine, puis la révolte ouverte qui l’a mis à mort — attirera sur le peuple
un jugement final: «Je n’épargnerai plus les habitants du pays». Ils se
dévoreront les uns les autres, ils tomberont enfin dans la
main de leur roi, l’Antichrist, souvent appelé «le roi» dans les
prophètes, et le Berger qu’ils ont rejeté ne tournera plus sa face vers eux.
«Et je me mis à paître le
troupeau... voire même les pauvres du troupeau»
(v. 7). Au milieu de ce troupeau de la tuerie qu’Il venait paître en vain,
quelques-uns, les pauvres du troupeau, se sont groupés autour de lui et ont
entendu la voix du bon Berger. Ce sont ceux-là qu’il déclare bienheureux:
«Bienheureux les pauvres en esprit, car c’est à eux qu’est le royaume des
cieux... bienheureux les débonnaires, car c’est eux qui hériteront de la terre»
(Matt. 5:3-5). Tels étaient les disciples qui entouraient le Seigneur pendant
sa carrière ici-bas.
«Et je pris deux bâtons; Je nommai
l’un Beauté, et je nommai l’autre Liens, et je me mis à paître le troupeau» (v.
7). Ces deux bâtons, attributs d’autorité, mais
aussi instruments du Berger, ont une signification, comme on le voit dans les
versets suivants. Si le peuple avait alors reçu son Messie, le royaume aurait
été établi; les nations se seraient rassemblées autour du roi, et Juda et Israël
réunis auraient retrouvé l’ancienne unité du peuple sous son sceptre. C’est avec
ce caractère que le Seigneur se mit à paître le troupeau. Mais l’hostilité des
conducteurs, de ceux qui avaient la prétention d’être les bergers du peuple, et
n’étaient de fait que «des voleurs et des larrons», ne cessa de poursuivre le
Seigneur. Aussi est-il dit: «Et je détruisis trois des bergers en un mois, et
mon âme fut ennuyée d’eux, et leur âme aussi se dégoûta de moi» (v. 8). À quoi
cette destruction des trois bergers fait-elle allusion? On l’a assimilée à la
défaite des pharisiens, des sadducéens et des hérodiens dans le mois de la vie
du Sauveur qui a précédé la croix (Matt. 22:15-16). Quoi qu’il en soit, nous
sommes tenus d’accepter ce fait, même sans l’expliquer, sur la foi de la parole
de Dieu.
«Et je dis: Je ne vous paîtrai
pas: que ce qui meurt, meure; et que ce qui périt, périsse; et quant à ce qui
reste, qu’ils se dévorent l’un l’autre» (v. 9). Devant l’inimitié du peuple, le
Seigneur quitte son caractère de Berger et les abandonne à la ruine et à la
destruction. Il renonce pour le moment à sa prérogative: «À lui sera
l’obéissance (ou le rassemblement) des peuples» (Gen. 49:10). Il rompt son
bâton Beauté, l’alliance avec toutes les nations, il brise son bâton Liens, la
fraternité entre Juda et Israël (v. 10, 14). Le rassemblement général est remis
à un temps futur, comme nous le voyons en Ézéchiel 37:15-28, mais «les pauvres
du troupeau, qui prenaient garde à moi, connurent ainsi que c’était la parole de
l’Éternel» (v. 11). Au milieu de cet état de choses, les pauvres étaient les
intelligents, parce que la personne du Seigneur avait de la valeur pour eux; ils
comprirent que leurs espérances juives ne pouvaient se réaliser quand le Roi
était répété; ils reçurent l’instruction de Celui en qui ils avaient mis leur
confiance, quand il répondit à leur question: «Est-ce en ce temps-ci que tu
rétablis le royaume pour Israël?» (Actes 1:6). Leur Maître était rejeté, un
nouvel ordre de choses allait être introduit, mille fois supérieur à tout ce que
ces pauvres disciples avaient osé espérer, tant que leur Maître était avec eux.
Jusque-là, ils avaient espéré qu’il était «Celui qui doit délivrer Israël» (Luc
24:21); maintenant, par la mort et la résurrection du Sauveur, ils étaient
introduits dans la partie céleste du royaume, et ils connaissaient «que c’était
la parole de l’Éternel».
«Et je leur dis: Si cela est bon à
vos yeux, donnez-moi mon salaire; sinon, laissez-le. Et ils pesèrent mon
salaire, trente pièces d’argent. Et l’Éternel me dit: Jette-le au potier, ce
prix magnifique auquel j’ai été estimé par eux. Et je pris les trente pièces
d’argent, et je les jetai au potier, dans la maison de l’Éternel» (v. 12-13).
C’est ainsi qu’ils ont estimé le Berger d’Israël! Trente pièces d’argent étaient
la valeur d’un esclave (Ex. 21:32). Les sacrificateurs qui connaissaient si
bien la loi et les prophètes, accomplirent ce que les Écritures disaient d’eux;
Judas l’accomplit de même (Matt. 26:15-16). La parole de Dieu les condamnera au
dernier jour.
Maintenant Zacharie est appelé à
représenter un autre berger: «Et l’Éternel me dit: Prends encore les instruments
d’un berger insensé. Car voici, je suscite un berger
dans le pays, qui ne visitera pas ce qui va périr, qui ne cherchera pas ce qui
est dispersé, qui ne pansera pas ce qui est blessé, et ne nourrira pas ce qui
est en bon état; mais il mangera la chair de ce qui est gras, et rompra la corne
de leurs pieds. Malheur au pasteur de néant qui
abandonne le troupeau! L’épée tombera sur son bras et sur son œil droit. Son
bras sera entièrement desséché, et son œil droit sera entièrement obscurci» (v.
15-17).
Telle sera la conséquence du rejet
du bon Berger. Le peuple sera livré aux mains du berger insensé, du pasteur de
néant. Toute la miséricorde du Seigneur envers ceux qui périssent, qui sont
dispersés ou blessés, trouvera sa contrepartie dans l’oppression terrible que
l’Antichrist fera peser sur le troupeau de la tuerie, sur le peuple qui aura
choisi cet homme satanique pour son Roi. Mais lui-même, le pasteur de néant,
tombera sous le jugement de Dieu. Sa puissance sera détruite, en même temps
qu’il sera entièrement aveuglé pour ne pas voir le sort qui subitement
l’atteindra.
Insistons de nouveau, en terminant
ce chapitre, sur le fait que le Seigneur est présenté ici comme Berger en Juda,
ne trouve que les pauvres du troupeau qui prennent garde à lui, est rejeté,
livré pour trente pièces d’argent, et qu’en suite de ce rejet un berger insensé
paraît subitement sur la scène, sans que toute la période qui sépare ces deux
événements soit même mentionnée.