Livre
des Nombres
Chapitre
9
«Et l’Éternel parla à Moïse, dans le désert de Sinaï, le premier mois de la
seconde année après leur sortie du pays d’Égypte, disant: Que les fils d’Israël
fassent aussi la Pâque au temps fixé. Vous la ferez au temps fixé, le
quatorzième jour de ce mois, entre les deux soirs; vous la ferez selon tous ses
statuts et selon toutes ses ordonnances. — Et Moïse dit aux fils d’Israël de
faire la Pâque. Et ils firent la Pâque, le premier mois, le quatorzième jour du
mois, entre les deux soirs, au désert de Sinaï: selon tout ce que l’Éternel
avait commandé à Moïse, ainsi firent les fils d’Israël» (vers. 1-5).
Il y a trois endroits distincts où nous voyons célébrer cette grande fête de
rédemption; savoir: en Égypte (Exode 12); dans le désert (Nombres 9); et dans la
terre de Canaan (Josué 5). La rédemption se trouve à la base de tout ce qui a
rapport à l’histoire du peuple de Dieu. Doit-il être délivré de la servitude, de
la mort et des ténèbres de l’Égypte? C’est par la rédemption. Doit-il être porté
à travers toutes les difficultés et tous les dangers du désert? C’est sur le
principe de la rédemption. Doit-il marcher à travers les ruines des murs
menaçants de Jéricho et mettre ses pieds sur le cou des rois de Canaan? C’est en
vertu de la rédemption.
Ainsi le sang de l’agneau pascal rencontra l’Israël de Dieu au milieu de la
profonde dégradation du pays d’Égypte, et l’en délivra. Il le trouva dans le
désert aride, au travers duquel il le conduisit. Il fut avec lui son entrée dans
la terre de Canaan et l’y établit.
En un mot, le sang de l’agneau rencontra le peuple en Égypte, l’accompagna à
travers le désert, et le fixa Canaan. Il était le fondement béni de toutes les
voies de Dieu envers eux, en eux, et avec eux. Était-il question du jugement de
Dieu contre l’Égypte? Le sang de l’agneau les en mettait à couvert. Était-il
question des besoins sans nombre du désert? Le sang de l’agneau était le gage
sûr et certain d’une victoire complète et glorieuse. Du moment que nous
contemplons l'Éternel venant agir en faveur de son peuple, en vertu du sang de
l’agneau, tout est infailliblement garanti du commencement à la fin. Toute la
durée de ce mystérieux et merveilleux voyage, depuis les fours à briques de
l’Égypte jusqu’aux collines couvertes de vignes et aux riches plaines de la
Palestine, ne servit qu’à prouver et qu’à montrer les vertus variées du sang de
l’agneau.
Cependant, ce chapitre-ci nous présente la pâque entièrement au point de vue du
désert; et cela expliquera au lecteur pourquoi il y est fait mention de la
circonstance suivante: Et il y eut des hommes qui étaient impurs à cause du
corps mort d’un homme, et qui ne pouvaient pas faire la Pâque ce jour-là; et ils
se présentèrent ce jour-là devant Moïse et devant Aaron (vers. 6).
Il y avait là une difficulté pratique — quelque chose d’anormal, comme on dit —
un cas imprévu; c’est pourquoi la question fut soumise à Moïse et à Aaron. «Ils
se présentèrent devant Moïse» — le représentant des droits de Dieu — «et devant
Aaron» — le représentant des ressources de la grâce de Dieu. Il semble y avoir
quelque chose de particulier et de grave dans la manière dont il est fait
allusion à ces deux fonctionnaires. Les deux éléments, dont ils étaient
l’expression, apparaissent comme très importants pour la solution d’une
difficulté telle que celle qui s’offrait ici.
«Et ces hommes lui dirent: Nous sommes impurs à cause du corps mort d’un homme;
pourquoi serions-nous exclus de présenter l’offrande de l’Éternel au temps fixé,
au milieu des fils d’Israël?» (vers. 7). La souillure était entièrement avouée,
et la question soulevée était celle-ci: Devaient-ils être absolument privés du
saint privilège de venir devant l’Éternel? N’y avait-il aucune — ressource pour
un pareil cas et ne pouvait-on pas y pourvoir?
Question extrêmement intéressante, assurément, mais à laquelle cependant aucune
réponse n’avait été donnée. Nous n’avons pas de cas semblable, prévu dans
l’institution originelle en Exode 12;
quoique nous y trouvions un exposé complet de tous les rites et de toutes les
cérémonies de la fête. C’était pour le désert que le développement de cette
question avait été réservé. C’était dans la marche, alors actuelle, du peuple —
dans les détails réels et pratiques de la vie du désert, que se présentait la
difficulté à résoudre. Voilà pourquoi le récit de toute cette affaire est fort à
propos donné dans les Nombres qui sont le Livre du désert.
«Et Moïse leur dit: Tenez-vous là, et j’entendrai ce que l’Éternel commandera à
votre égard» (verset 8). Belle attitude Moïse n’avait pas de réponse à donner;
mais il savait qui pouvait le faire, et c’est à Lui qu’il s’adresse. C’était la
chose la meilleure et la plus sage que Moïse eût à faire. Il ne prétendait pas
pouvoir répondre. Il n’avait pas honte de dire: «Je
ne
sais
pas».
Malgré toute sa sagesse et toute sa connaissance, il n’hésitait pas à déclarer
son ignorance. C’est la vraie connaissance, la vraie sagesse. Il pouvait être
humiliant pour un homme dans la position de Moïse, de paraître, aux yeux de la
congrégation ou de quelques-uns de ses membres, ignorant sur un sujet
quelconque. Lui qui avait mené le peuple hors d’Égypte, qui l’avait conduit à
travers la mer Rouge, qui avait conversé avec l'Éternel, et qui avait reçu sa
mission du grand «Je suis», serait-il possible qu’il fût incapable de répondre à
une difficulté surgissant d’un cas aussi simple que celui qu’il avait alors
devant lui? Était-il donc vrai qu’un homme tel que Moïse ignorât la juste marche
à suivre vis-à-vis de personnes qui avaient été souillées pour un mort?
Combien il en est peu qui, n’occupant pourtant point la position élevée de
Moïse, n’eussent pas essayé de résoudre d’une manière ou d’une autre une telle
question. Mais Moïse était l’homme le plus doux de toute la terre. Il savait
très bien qu’il ne devait pas avoir la présomption de parler quand il n’avait
rien à dire. Si nous suivions plus fidèlement son exemple en cela, nous
éviterions beaucoup d’affirmations hasardées, bien des méprises ou des erreurs.
En outre, cela nous rendrait beaucoup plus vrais, plus simples et plus naturels.
Nous sommes souvent assez insensés pour avoir honte de montrer notre ignorance.
Nous nous imaginons follement que nous portons atteinte à notre réputation de
sagesse et d’intelligence, quand nous prononçons ce beau jugement, qui exprime
si bien une vraie grandeur morale «Je ne sais pas». C’est une complète erreur.
Nous attacherons toujours beaucoup plus de poids et d’importance aux paroles
d’un homme qui ne prétend jamais à une connaissance qu’il ne possède point;
tandis que nous ne serons pas disposés à écouter un homme toujours prompt à
parler avec une frivole confiance en lui-même. Oh! marchons en tout temps selon
l’esprit de ces belles paroles: «Tenez-vous là, et j’entendrai ce que l’Éternel
commandera».
«Et l’Éternel parla à Moïse, disant: Parle aux fils d’Israël, en disant: Si un
homme d’entre vous ou de votre postérité est impur à cause d’un corps mort, ou
est en voyage au loin, il fera la Pâque à l’Éternel. Ils la feront
le
second
mois,
le quatorzième jour, entre les deux soirs; ils la mangeront avec des pains sans
levain et des herbes amères» (vers. 9-11).
Deux grandes vérités fondamentales sont exposées dans la pâque, savoir la
rédemption et l’unité du peuple de Dieu. Ces vérités sont invariables. Rien ne
saurait les détruire. Il peut y avoir chute et infidélité, sous des formes
variées, mais ces glorieuses vérités de la rédemption éternelle et de la
parfaite unité du peuple de Dieu conservent toute leur force et toute leur
valeur. Voilà pourquoi cette ordonnance qui représentait si vivement ces
vérités, était continuellement obligatoire. Les circonstances ne devaient pas en
empêcher l’exécution. La mort ou la distance ne devaient pas l’interrompre. «Si
un homme d’entre vous ou de votre postérité est impur à cause d’un corps mort,
ou est en voyage au loin, il fera la Pâque à l’Éternel.» Il était en effet si
urgent pour chaque membre de la congrégation de célébrer cette fête, qu’une
mesure spéciale dans ce but est prise dans le chapitre 9 des Nombres pour ceux
qui n’étaient pas en état de l’observer selon l’ordre prescrit. Ces personnes
devaient l’observer le quatorzième jour du
second
mois. Ainsi à grâce pourvoyait aux cas inévitables de mort d’éloignement.
Si veut chercher le chapitre 30 du 2e livre des Chroniques, il verra qu’Ézéchias
et la congrégation avec lui profitèrent de cette miséricordieuse ressource. «Il
s’assembla à Jérusalem une grande multitude de peuple pour célébrer la fête des
pains sans levain, au
second
mois, une très grande congrégation… Et on égorgea la pâque, le quatorzième jour
du second mois» (vers. 13-15).
La grâce de Dieu peut nous rencontrer dans la plus grande faiblesse, pourvu que
nous la sentions et que nous la confessions 1. Mais que cette
vérité très précieuse ne nous fasse pas traiter légèrement le péché ou la
souillure. Quoique la grâce permit le second mois au lieu du premier, elle ne
tolérait, pour cela, aucun relâchement dans les ordonnances et dans les
cérémonies de la fête. «Les pains sans levain et les herbes amères» devaient
toujours avoir leur place; la chair d’aucun sacrifice ne devait être conservée
jusqu’au matin et pas un os de la victime ne devait être brisé. Dieu ne peut
nullement tolérer l’abaissement de la règle de la vérité ou de la sainteté.
L’homme, par la faiblesse, le manquement ou l’influence des circonstances,
pourrait être en retard; mais il ne doit pas rester au-dessous de la règle
divine. La grâce permet le premier cas, la sainteté défend le second; et si
quelqu’un eût trop présumé de la grâce pour se dispenser de la sainteté, il
aurait été retranché de l’assemblée.
1
Le lecteur remarquera avec intérêt et profit le contraste qui existe entre la
manière d’agir d’Ézéchias en 2 Chroniques 30, et celle de Jéroboam en 1 Rois
12:32. Le premier usa de la ressource fournie par la grâce divine; le second
suivit son propre dessein. Le second mois était permis par Dieu le huitième fut
inventé par l’homme. Les prévoyances divines, satisfaisant aux besoins de
l’homme, et les inventions humaines, s’opposant à la parole de Dieu, sont des
choses totalement différentes.
Cela ne nous dit-il rien? Nous devons toujours nous rappeler, en lisant les
pages de ce merveilleux livre des Nombres, que les choses qui arrivaient à
Israël sont des types pour nous, et que c’est pour nous, à la fois, un devoir et
un privilège de nous attacher à ces types et de chercher à comprendre les leçons
qu’ils sont destinés à nous enseigner de la part de Dieu.
Qu’est-ce donc que nous apprennent les règlements relatifs à la célébration de
la pâque au second mois? Pourquoi était-il spécialement enjoint à Israël de
n’omettre aucune cérémonie dans cette occasion particulière? Pourquoi est-ce
dans ce chapitre 9 des Nombres, que les directions pour le second mois se
trouvent beaucoup plus détaillées que celles pour le premier? Ce n’est
certainement pas que l’ordonnance fût plus importante dans un cas que dans
l’autre, car son importance, au jugement de Dieu, était toujours la même. Ce
n’est pas non plus qu’il y eût, en aucun cas, une ombre de différence dans
l’ordre, vu qu’il était aussi toujours le même. Néanmoins le lecteur qui
méditera sur ce chapitre sera frappé du fait que, lorsqu’il est question de la
célébration de la pâque au premier mois, nous lisons simplement ces mots «Vous
la ferez selon tous ses statuts et selon toutes ses ordonnances». Mais, d’un
autre côté, quand il s’agit du second mois, nous avons un énoncé plus détaillé
de ce qu’étaient ces ordonnances et ces cérémonies: «Ils la mangeront avec des
pains sans levain et des herbes amères; ils n’en laisseront rien jusqu’au matin
et n’en casseront pas un os; ils la feront selon tous les statuts de la Pâque.»
(Comp vers. 3, avec 11-12.)
Que nous enseigne donc ce simple fait, demandons-nous? Nous croyons qu’il nous
enseigne très clairement que nous ne devons jamais abaisser la règle, dans les
choses de Dieu, à cause de la chute et de la faiblesse du peuple de Dieu; mais
que plutôt, pour cette raison même, nous devons prendre un soin particulier de
tenir élevée la bannière, dans toute sa divine intégrité. Sans doute, il devrait
y avoir le sentiment profond de la chute — et plus il serait profond, mieux cela
serait; mais on ne doit pas sacrifier la vérité de Dieu. Nous pouvons toujours
compter avec assurance sur les ressources de la grâce divine, tout en cherchant
à maintenir, avec une fermeté inébranlable, l’étendard de la vérité de Dieu.
Cherchons à en garder toujours le souvenir dans nos pensées et dans nos cœurs.
D’un côté, nous sommes en danger d’oublier que la chute a eu lieu — oui, une
grande chute, l’infidélité et le péché. Et d’un autre côté, nous risquons
d’oublier l’infaillible fidélité de Dieu, en vue de cette chute, et en dépit de
tout. L’Église professante est tombée, elle est dans une ruine complète; et non
seulement elle, mais nous-mêmes, individuellement, nous avons failli et
contribué à la ruine. Nous devrions sentir tout cela — le sentir profondément —
le sentir constamment. Nous devrions avoir toujours dans notre esprit, devant
notre Dieu, la conscience intime et humiliante de la manière triste et honteuse
dont nous nous mes conduits dans la maison de Dieu. Nous ne ferions qu’ajouter
extrêmement à notre chute, si nous oubliions jamais que nous sommes tombés. Ce
qu’il nous convient d’avoir, c’est une profonde humilité et un esprit vraiment
brisé, en nous souvenant de toutes ces choses; ces sentiments et ces exercices
intérieurs s’exprimeront nécessairement par une marche et une conduite humbles
au milieu de la scène où nous vivons.
«Toutefois le solide fondement de Dieu demeure, ayant ce sceau: Le Seigneur
connaît ceux qui sont siens, et: Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque
prononce le nom du Seigneur» (2 Tim. 2:19). Voilà la ressource du fidèle, en
présence des ruines de la chrétienté. Dieu ne fait jamais défaut, il ne change
pas, et nous avons simplement à nous retirer de l’iniquité et à nous tenir
collés à Lui. Nous devons faire ce qui est droit, le poursuivre diligemment et
Lui abandonner les conséquences.
Nous conjurons le lecteur de donner toute son attention aux pensées qui
précèdent. Nous désirons qu’il s’arrête quelques instants et qu’il considère
tout ce sujet avec un esprit de prière. Nous sommes convaincu que le sérieux
examen que nous ferions de ses deux faces nous aiderait grandement à trouver
notre chemin au milieu des ruines qui nous entourent. Le souvenir de la
condition de l’Église, et de notre infidélité individuelle, nous garderait dans
l’humilité; tandis qu’en même temps, la connaissance de la règle invariable de
Dieu, et de son immuable fidélité, nous détacherait du mal qui nous environne et
nous maintiendrait fermes dans le sentier de la séparation. Les deux choses
réunies nous préserveraient efficacement d’une vaine prétention, d’un côté, du
relâchement et de l’indifférence, de l’autre. Nous devons toujours nous souvenir
de ce fait humiliant, que nous sommes déchus, tout en nous attachant à cette
grande vérité, que Dieu est fidèle.
Ce sont les leçons par excellence du désert — leçons pour les jours actuels —
leçons pour
nous.
Elles sont suggérées très fortement par le récit particulier au livre des
Nombres — le grand Livre du désert. C’est dans le désert que la chute de
l’humanité se manifeste si pleinement; c’est dans le désert aussi que les
ressources infinies de la grâce divine sont déployées. Mais répétons encore
cette assertion — et puisse-t-elle être gravée en caractères ineffaçables dans
nos cœurs — les plus riches provisions de la grâce et de la miséricorde divines
ne donnent aucun motif quelconque pour abaisser la règle de la vérité de Dieu.
Si quelqu’un avait allégué, comme excuse, la souillure ou l’absence, pour ne pas
célébrer la pâque, ou pour le faire d’une manière autre que Dieu ne l’avait
ordonnée, il eût assurément été retranché de la congrégation. Et de même pour
nous, si nous consentons à abandonner une vérité quelconque de Dieu, parce que
la chute s’est produite — si, par pure incrédulité du cœur, nous faisons des
concessions aux dépens de la vérité de Dieu, nous abandonnons le terrain de Dieu
— si nous prenons l’état des choses qui nous entourent comme excuse pour secouer
l’autorité de la vérité de Dieu de dessus notre conscience, ou pour nous
soustraire à son influence sur notre conduite et sur notre caractère — il est
très évident que notre communion sera interrompue 1.
1
Que l’on note ici, une fois pour toutes, que le retranchement d’un membre de la
congrégation d’Israël répond aujourd’hui au retranchement d’un croyant de la
communion, à cause d’un péché non jugé.
Nous poursuivrions volontiers ce grand courant pratique de vérités, mais nous
devons nous en abstenir, et clore cette partie de notre sujet en citant pour le
lecteur le reste de cet exposé sur la pâque pour le désert.
«Mais l’homme qui est pur et qui n’est pas en voyage, qui s’abstient de faire la
Pâque, cette âme sera retranchée de ses peuples; car il n’a pas présenté
l’offrande de l’Éternel au temps fixé cet homme portera son péché. Et si un
étranger séjourne chez vous, et veut faire la Pâque à l’Éternel, il la fera
ainsi, selon le statut de la Pâque et selon son ordonnance. Il y aura un même
statut pour vous, tant pour l’étranger que pour l’Israélite de naissance» (vers.
13-14).
L’oubli volontaire de la pâque aurait dénoté, de la part des Israélites, un
manque total d’estime pour les avantages et les bénédictions qui découlaient de
la rédemption et de la délivrance du pays d’Égypte. Plus quelqu’un réalisait
profondément ce qui avait été accompli dans cette nuit mémorable, où l’assemblée
d’Israël trouva son refuge et son repos à l’abri du sang, plus aussi il
soupirait ardemment après le retour du «quatorzième jour du premier mois», dans
lequel il pouvait faire la commémoration de cette glorieuse circonstance; et si
quoi que ce soit l’eût empêché de jouir de cette ordonnance du «premier mois»,
il profitait avec d’autant plus de bonheur et de reconnaissance du «second
mois». Mais l’homme qui se serait contenté de continuer d’année en année à ne
pas célébrer la pâque, eût montré que son cœur était bien éloigné du Dieu
d’Israël. Il eût été plus qu’inutile de lui parler d’aimer le Dieu de ses pères,
et de jouir des bénédictions de la rédemption, quand l’ordonnance même que Dieu
avait établie pour représenter cette rédemption était négligée d’année en année.
Et ne pouvons-nous pas, jusqu’à un certain point, nous appliquer tout cela, en
rapport avec la Cène du Seigneur? Sans doute, nous le pouvons, et même avec un
très grand profit pour nos âmes. Il y a cette connexion entre la pâque et la
Cène, savoir que la première était le type et la seconde le mémorial de la mort
du Christ. Ainsi nous lisons dans 1 Cor. 5:7: «Notre pâque, Christ, a été
sacrifiée». Cette phrase établit le rapport. La pâque était le mémorial du
rachat d’Israël de l’esclavage d’Égypte, et la Cène du Seigneur est le mémorial
de la rédemption de l’Église, de l’esclavage, plus lourd et plus ténébreux, du
péché et de Satan. Aussi, comme on aurait sûrement vu chaque vrai et fidèle
Israélite faire la pâque, à l’époque fixée, selon toutes les ordonnances et les
cérémonies de cette fête, de même, on verra chaque vrai et fidèle chrétien,
célébrer la Cène du Seigneur, au jour déterminé, et selon tous les principes qui
s’y rapportent et qui sont exposés dans le Nouveau Testament. Si un Israélite
avait négligé la pâque, même dans une seule occasion, il aurait été retranché de
la congrégation. Une telle négligence ne devait pas être tolérée dans
l’assemblée d’Israël. Elle aurait immédiatement attiré le jugement de Dieu.
Or, en face de ce fait solennel, ne pouvons-nous pas demander: N’est-ce rien
maintenant — est-ce une affaire de peu d’importance pour des chrétiens que de
négliger de semaine en semaine et de mois en mois la Cène de leur Seigneur?
Pouvons-nous supposer que Celui qui, en Nombres 9, déclarait que l’Israélite qui
négligerait la pâque serait retranché, ne tient pas compte de la négligence du
chrétien pour la table du Seigneur? Assurément non. Car quoiqu’il ne s’agisse
pas d’être retranché de l’Église de Dieu, du corps de Christ, cela autorise-t-il
notre négligence? Loin de nous cette pensée. Ce fait devrait plutôt avoir pour
effet béni de nous animer d’une plus grande diligence dans la célébration de
cette précieuse fête, dans laquelle «nous annonçons la mort du Seigneur jusqu’à
ce qu’il vienne» (1 Cor. 11:26).
Pour un pieux Israélite, il n’y avait rien de plus beau que la pâque, parce
qu’elle était le mémorial de sa rédemption. Et pour un chrétien pieux, il n’y a
rien de plus beau que la Cène, parce qu’elle est le mémorial de sa rédemption et
de la mort de son Seigneur. De tous les services auxquels le chrétien peut se
livrer, il n’est rien de plus précieux, rien de plus expressif, rien qui place
Christ d’une manière plus touchante et plus solennelle devant son cœur, que la
Cène du Seigneur. Il peut chanter la mort du Seigneur, il peut prier à son
sujet, il peut en lire le récit, il peut en entendre parler, mais c’est
seulement dans la Cène qu’il l’«annonce».
«Et ayant pris un pain, et ayant tendu grâces, il le rompit, et le leur donna,
en disant: Ceci est mon corps, qui est donné pour vous; faites ceci en mémoire
de moi; de même la coupe aussi, après le souper, en disant: Cette coupe est la
nouvelle alliance en mon sang, qui est versé pour vous» (Luc 22:19-20).
Ici nous avons
l’institution
de la fête; et quand nous en venons aux Actes des Apôtres, nous lisons: «le
premier jour de la semaine, lorsque nous étions assemblés pour rompre le pain…»
(Actes 20:7).
Là nous avons la
célébration
de la fête; et enfin quand nous ouvrons les Épîtres, nous lisons: «La coupe de
bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion du sang du Christ?
Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion du corps du Christ? Car nous
qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons
tous à un seul et même pain» (1 Cor. 10:16-17). Et encore: «Car moi, j’ai reçu
du Seigneur ce qu’aussi je vous ai enseigné: c’est que le Seigneur Jésus, là
nuit qu’il fut livré, prit du pain, et après avoir rendu grâces, il le rompit et
dit: Ceci est mon corps, qui est pour vous; faites ceci en mémoire de moi. De
même il prit la coupe aussi, après le souper, en disant: Cette coupe est la
nouvelle alliance en mon sang: faites ceci, toutes les fois que vous la boirez,
en mémoire de moi. Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez
la coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne» (1 Cor.
11:23-26).
Nous avons ici la fête
expliquée.
Et ne pouvons-nous pas dire que dans l’institution, la célébration, et
l’explication, nous avons, pour lier nos âmes à cette précieuse fête, une corde
triple qui ne se rompt pas vite? (Ecc. 4:12).
Comment se peut-il donc qu’en face de toute cette sainte autorité, on trouve
quelque chrétien qui néglige la table du Seigneur? Ou bien, en envisageant ce
fait sous un autre aspect, d’où vient que des membres de Christ peuvent passer
des semaines et des mois, ou même toute leur vie sans jamais se souvenir de leur
Seigneur, conformément à son vœu direct et positif? Nous savons que quelques
chrétiens professants considèrent la Cène comme un retour aux ordonnances
judaïques et comme une déchéance de la position élevée de l’Église. Ils
envisagent la Cène et le baptême comme des mystères spirituels intérieurs, et
ils croient que nous nous écartons de la vraie spiritualité en insistant sur
l’observation littérale de ces ordonnances.
A tout cela nous répondons tout simplement que Dieu est plus sage que nous. Si
Christ a institué la Cène, si le Saint Esprit a conduit l’Église primitive à la
célébrer, et s’il nous l’a aussi expliquée, qui sommes-nous pour mettre nos
idées en opposition avec Dieu? Sans doute la Cène du Seigneur devrait être un
mystère spirituel intérieur pour tous ceux qui y participent; mais elle est
aussi un acte extérieur, littéral, palpable. Il y a littéralement du pain et du
vin — une manducation littérale et une boisson littérale. Si l’on nie cela,
autant vaudrait nier aussi qu’il y ait littéralement une assemblée réunie. Nous
n’avons pas le droit d’expliquer l’Écriture d’une telle façon. C’est pour nous
un devoir saint et béni de nous soumettre à l’Écriture, de nous incliner
absolument et implicitement sous sa divine autorité.
Ce n’est d’ailleurs pas seulement une question de soumission à l’autorité de
l’Écriture; ce dernier point nous l’avons certes abondamment prouvé par de
nombreuses citations du livre divin; ce qui seul est amplement suffisant pour
tout esprit pieux. Mais il y a plus que cela. Il y a dans le cœur du chrétien
une réponse d’amour correspondant à l’amour du cœur de Christ. N’est-ce rien
cela? Ne devrions-nous pas chercher au moins en quelque mesure, à répondre à
l’amour d’un tel cœur? Si notre adorable Seigneur a réellement institué le pain
et le vin dans la cène, comme mémorial de son corps rompu et de son sang
répandu; s’il a ordonné que nous mangions de ce pain et que nous buvions de
cette coupe en mémoire de lui, ne devrions-nous pas, dans la puissance de
l’affection, répondre au désir de son cœur affectueux? Assurément aucun chrétien
sérieux ne le mettra en doute. Ce devrait toujours être une joie pour nos cœurs
que d’entourer la table de notre Seigneur, de nous souvenir de lui, selon son
institution — d’annoncer sa mort jusqu’à ce qu’il vienne. N’est-il pas
merveilleux de penser qu’il ait voulu occuper une place dans le souvenir de
cœurs tels que les nôtres; or il en est ainsi; et ce serait vraiment triste si,
pour un motif quelconque, nous négligions cette fête à laquelle il a attaché son
nom précieux.
Ce n’est naturellement pas ici le lieu d’entrer dans une exposition détaillée de
l’ordonnance de la cène du Seigneur. Ce que nous désirons surtout, c’est
d’insister auprès du lecteur chrétien sur l’immense importance et le profond
intérêt de l’ordonnance, quant au double principe de la soumission à l’autorité
de l’Écriture, et d’un amour correspondant à celui de Christ lui-même. De plus
nous voudrions faire vivement sentir à tous ceux qui peuvent lire ces lignes, la
gravité qu’il y a à négliger de prendre la Cène selon les Écritures. Nous
pouvons être assurés que c’est toujours un principe dangereux de chercher à
mettre de côté cette institution positive de notre Seigneur et Maître. Cela
dénote un bien mauvais état d’âme. Cela prouve que la conscience n’est pas
soumise à l’autorité de la Parole, et que le cœur n’est pas dans une vraie
sympathie avec les affections de Christ. Appliquons-nous donc à nous acquitter
de notre sainte responsabilité vis-à-vis de la table du Seigneur — à ne pas
négliger d’observer la fête — à la célébrer conformément à l’ordre établi par le
Saint Esprit.
Voilà pour ce qui regarde la pâque dans le désert et les leçons frappantes
qu’elle fournit à nos âmes.
Nous nous arrêterons maintenant quelques instants sur le dernier paragraphe de
notre chapitre, qui a son caractère aussi marqué qu’aucune autre portion du
livre. Nous y contemplons une nombreuse troupe d’hommes, de femmes et d’enfants
voyageant à travers un vaste désert, «où il n’y avait pas de chemin» —
franchissant une contrée aride, un immense désert sablonneux, sans boussole et
sans guide humain.
Quelle pensée! Quel spectacle! Il y avait là des millions d’êtres s’avançant
sans aucune connaissance de la route qu’ils devaient suivre, dépendant
entièrement de Dieu pour la conduite, comme pour la nourriture et pour tout le
reste; une armée de pèlerins tout à fait sans ressources. Ils ne pouvaient
former aucun plan pour le lendemain. Quand ils étaient campés, ils ne savaient
pas quand ils devraient marcher; et quand ils étaient en marche, ils ne savaient
pas où ils feraient halte ni quand ils la feraient. Leur vie était une vie de
dépendance journalière et de chaque heure. Ils devaient regarder en haut pour
être guidés. Leurs mouvements étaient réglés par les roues du chariot de
l'Éternel.
C’était vraiment là un merveilleux spectacle. Lisons-en le récit et retenons-en
dans nos âmes les célestes enseignements.
«Et le jour que le tabernacle fut dressé, la nuée couvrit le tabernacle de la
tente du témoignage, et elle était le soir sur le tabernacle comme l’apparence
du feu, jusqu’au matin.
Il
en
fut
ainsi
continuellement:
la nuée le couvrait, et la nuit, elle avait l’apparence du feu. Et selon que la
nuée se levait de dessus la tente, après cela les fils d’Israël partaient; et au
lieu où la nuée demeurait, là les fils d’Israël campaient. Au commandement de
l’Éternel, les fils d’Israël partaient, et au commandement de l’Éternel, ils
campaient; pendant tous les jours que la nuée demeurait sur le tabernacle, ils
campaient. Et si la nuée prolongeait sa demeure sur le tabernacle plusieurs
jours, alors les fils d’Israël gardaient ce que l’Éternel leur avait donné à
garder, et ne partaient pas. Et s’il arrivait que la nuée fût sur le tabernacle
peu de jours, ils campaient au commandement de l’Éternel, et au commandement de
l’Éternel, ils partaient. Et s’il arrivait que la nuée y fût depuis le soir
jusqu’au matin, et que la nuée se levât au matin, alors ils partaient; ou si,
après un jour et une nuit, la nuée se levait, ils partaient; ou si la nuée
prolongeait sa demeure pendant deux jours, ou un mois, ou beaucoup de jours sur
le tabernacle, pour y demeurer, les fils d’Israël campaient et ne partaient pas;
mais quand elle se levait, ils partaient. Au commandement de l’Éternel ils
campaient, et au commandement de l’Éternel ils partaient; ils gardaient ce que
l’Éternel leur avait donné à garder, selon le commandement de l’Éternel par
Moise» (vers. 15-23).
Il serait impossible de concevoir un tableau plus admirable de la dépendance
absolue de la direction divine et de la soumission à cette direction, que celle
qui nous est présentée dans ce paragraphe. Il n’y avait pas une empreinte de pas
ou une borne dans tout ce «grand et affreux désert». Il était donc inutile de
chercher aucune direction auprès de ceux qui y avaient passé précédemment. Les
fils d’Israël devaient compter entièrement sur Dieu pour chaque pas du chemin;
ils devaient continuellement s’attendre à Lui. Ce serait intolérable pour un
esprit insoumis, ou une volonté non brisée; mais pour une âme qui connaît et
aime Dieu, qui se confie et prend son plaisir en lui, rien ne saurait être plus
profondément béni.
Voici la clef de tout le sujet: Dieu est-il connu, aimé, et se confie-t-on en
lui? S’il en est ainsi, le cœur se réjouira dans la dépendance la plus absolue
de lui. Sinon, une telle dépendance serait absolument insupportable. L’homme non
régénéré aime à se dire indépendant — il aime à se figurer qu’il est libre — il
aime à croire qu’il peut faire ce qui lui convient, aller où il veut, dire ce
qui lui plaît. Hélas c’est là une pure illusion! L’homme n’est pas libre. Il est
l’esclave de Satan. Il y a maintenant près de six mille ans qu’il s’est livré
lui-même entre les mains de ce grand propriétaire d’esclaves, qui l’a toujours
tenu dès lors et qui le tient encore. Oui Satan tient l’homme naturel —
l’inconverti — l’impénitent, dans une terrible servitude. Il lui a lié les pieds
et les mains de chaînes et de fers qui ne sont pas vus sous leur véritable
aspect, à cause de la dorure dont il les a artificiellement recouverts. Satan
gouverne l’homme au moyen de ses convoitises, de ses passions et de ses
plaisirs. Il produit dans le cœur des désirs qu’il satisfait ensuite par les
choses qui sont dans le monde, et l’homme s’imagine vainement être libre parce
qu’il peut satisfaire ses désirs. Mais c’est une déplorable erreur, qui tôt ou
tard sera démontrée telle. Il n’est d’autre liberté que celle dont le Christ
gratifie ses rachetés. C’est lui qui dit: «Vous connaîtrez la vérité, et la
vérité vous affranchira.» Et encore «Si donc le Fils vous affranchit, vous serez
réellement libres» (Jean 8:32, 36).
Voilà la vraie liberté. C’est la liberté que la nouvelle nature trouve en
marchant par l’Esprit, et en faisant ce qui est agréable à Dieu. Le service du
Seigneur est la parfaite liberté. Mais ce service, dans tous ses détails,
implique la plus entière dépendance du Dieu vivant. Il en fut toujours ainsi
chez le seul vrai et parfait Serviteur qui ait foulé cette terre. Il fut
toujours dépendant. Chacun de ses mouvements, chacun de ses actes, chacune de
ses paroles — tout ce qu’il faisait et tout ce qu’il ne faisait pas — tout était
le fruit de la plus absolue dépendance de Dieu, et de la plus entière
soumission. Il marchait quand Dieu voulait qu’il marchât, et il s’arrêtait quand
Dieu le voulait. Il parlait ou gardait le silence selon que Dieu le trouvait
bon.
Tel fut Jésus, quand il vécut dans ce monde, et nous, comme participants de sa
nature, de sa vie, et ayant son Esprit demeurant en nous, nous sommes appelés à
marcher sur ses traces, et à vivre d’une vie de dépendance de Dieu de jour en
jour. Nous avons, à la fin de notre chapitre, un type pittoresque et beau de
cette vie de dépendance dans une de ses phases: L’Israël de Dieu — le camp dans
le désert — cette armée de pèlerins suivant le mouvement de la nuée. Ils
devaient
regarder
en
haut
pour leur direction. C’est là le propre de l’homme. Il fut formé pour tourner sa
face en haut, en contraste avec l’animal qui est formé pour regarder en bas
1, Israël ne pouvait pas faire des plans; il ne pouvait jamais
dire: «Demain nous irons à tel endroit.» Il dépendait entièrement du mouvement
de la nuée.
1
Le mot grec pour
homme
(anthrôpos), signifie un être dont la face est tournée en haut.
Ainsi en était-il pour Israël, et ainsi en doit-il être pour nous. Nous passons
à travers un impraticable désert — un désert moral, où il n’y a absolument pas
de chemin. Nous ne saurions comment marcher, et nous ne saurions pas où aller,
si nous n’avions pas cette expression des plus précieuses, des plus profondes,
des plus compréhensibles, sortie de la bouche de notre bien-aimé Sauveur: «Je
suis
le
chemin».
Voilà la direction divine, infaillible. Nous avons à la suivre. «Je suis la
lumière du monde; celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il
aura la lumière de la vie» (Jean 8:12). C’est la direction vivante. Ce n’est pas
en agissant selon la lettre de certaines ordonnances ou de certaines règles;
c’est en suivant un Christ vivant, — en marchant comme il a marché, en faisant
ce qu’il a fait, en imitant son exemple en toutes choses. Telle est la marche
chrétienne — l’action chrétienne. Elles consistent à tenir les yeux fixés sur
Jésus, à avoir les formes et les traits de son caractère imprimés dans notre
nouvelle nature, et à les refléter ou les reproduire dans notre vie et dans
notre conduite journalière.
Or cela impliquera assurément le complet renoncement à notre volonté propre, à
nos plans, à notre propre direction. Nous devons suivre la nuée; nous devons
nous attendre
toujours
— nous attendre
seulement
à Dieu. Nous ne pouvons pas dire: «Nous irons ici ou là, nous ferons ceci ou
cela, demain ou la semaine prochaine». Tous nos mouvements doivent être placés,
sous la sauvegarde régulatrice de cette seule phrase importante — souvent, hélas
écrite ou proférée légèrement par nous — «si
le
Seigneur
le
veut».
Puissions-nous comprendre mieux toutes ces choses! Plaise à Dieu que nous
connaissions plus exactement le sens de la direction divine! Combien souvent
nous nous imaginons légèrement et nous affirmons avec assurance que la nuée
marche dans la direction même qui s’accorde avec nos inclinations. Voulons-nous
faire une certaine chose, ou suivre une certaine marche? alors nous cherchons à
nous persuader que notre volonté est celle de Dieu. Ainsi, au lieu d’être guidés
par Dieu, nous nous séduisons nous-mêmes. Notre volonté n’est pas brisée, et par
conséquent, nous ne pouvons pas être dirigés droitement; car le vrai secret pour
être guidés droitement — guidés par Dieu — c’est d’avoir notre propre volonté
complètement soumise. «Il fera marcher dans le droit chemin les débonnaires, et
il enseignera sa
voie
aux débonnaires» (Ps. 25:9). Et encore: «Je te conseillerai, ayant mon œil sur
toi». Mais pesons surtout cet avertissement-ci; «Ne soyez pas comme le cheval,
comme le mulet, qui n’ont pas d’intelligence, dont l’ornement est la bride et le
mors, pour les refréner quand ils ne veulent pas s’approcher de toi» (Ps. 32:9).
Si notre face est tournée en haut pour saisir le mouvement de «l’œil» de Dieu,
nous n’aurons pas besoin du «mors et du frein». Mais c’est précisément en ceci
que nous manquons si tristement. Nous ne vivons pas assez près de Dieu pour
discerner le mouvement de son œil. Notre
volonté
est à l’œuvre. Nous voulons suivre notre propre chemin; de là vient que nous
avons à en moissonner les fruits amers. C’est ce qui arriva à Jonas. Il lui
avait été ordonné d’aller à Ninive, mais il voulut aller à Tarsis; et les
circonstances semblaient le favoriser, la providence paraissait lui indiquer la
direction que sa volonté avait choisie. Mais, hélas! il devait trouver sa place
dans le ventre du poisson, oui, dans «le sein du shéol» lui-même, où «les algues
ont enveloppé sa tête». C’est là qu’il apprit l’amertume qu’il y a à suivre sa
volonté. Il dut être instruit dans les profondeurs de la mer, sur le vrai sens
du «mors et de la bride», parce qu’il n’avait pas voulu suivre la direction plus
douce de l’«œil».
Mais notre Dieu est si miséricordieux, si tendre, si patient! Il veut enseigner
et guider ses pauvres enfants faibles et égarés. Il ne s’épargne aucune peine
pour nous, il s’occupe continuellement de nous, afin que nous soyons gardés de
nos propres voies qui sont pleines d’épines et de ronces, et que nous marchions
dans ses voies qui sont agréables et dans ses sentiers qui sont paix (Prov.
3:17).
Il n’est rien dans tout le monde qui soit plus profondément béni que de mener
une vie de dépendance habituelle de Dieu; que de dépendre de lui de moment en
moment, de s’attendre et de s’attacher fortement à lui pour toute chose. Avoir
toutes ses sources en lui, c’est le vrai, secret de la paix et d’une sainte
indépendance chez des créatures. L’âme qui peut dire en vérité: «Toutes
mes sources sont en toi», est élevée au-dessus de toute confiance en la
créature, au-dessus des espérances humaines et des attentes terrestres. Ce n’est
pas que Dieu ne se serve pas des créatures, de mille manières, pour nous
assister. Nous ne voulons pas du tout dire cela. Il emploie la créature; mais si
nous
nous
appuyons
sur elle plutôt que sur lui, nous éprouverons bientôt, dans nos âmes, de la
maigreur et de la stérilité. Il y a une immense différence entre l’usage que
Dieu fait de la créature pour nous bénir, et notre appui sur la créature à
l’exclusion de Dieu. Dans un cas, nous sommes bénis et il est glorifié; dans
l’autre, nous sommes désappointés et il est déshonoré.
Il est bon que l’âme considère sérieusement cette distinction. Nous croyons
qu’elle est constamment négligée. Nous nous imaginons souvent que nous nous
appuyons sur Dieu et que nous regardons à Dieu, tandis que, en réalité, si nous
voulions seulement aller droitement au fond des choses et nous juger dans la
présence immédiate de Dieu, nous trouverions en nous une effrayante quantité du
levain de la confiance en la créature. Combien souvent, nous parlons de vivre
par la foi, et de ne nous confier qu’en Dieu, quand, en même temps, si nous
sondions les profondeurs de nos cœurs, nous y trouverions une mesure abondante
de dépendance des circonstances, de considération des causes secondes, et de
tant de sentiments analogues.
Lecteur chrétien, pensons-y sérieusement; veillons à ce que notre œil soit fixé
sur le seul Dieu vivant et non sur l’homme dont le souffle est en ses narines.
Attendons-nous à lui — attendons patiemment — constamment. Si nous manquons de
quoi que ce soit, adressons-nous directement et simplement à lui. Sentons-nous
le besoin de discerner notre chemin, pour savoir de quel côté nous devons nous
tourner, quel sentier nous devons suivre? Rappelons-nous qu’il a dit «Je suis le
chemin»; suivons-le. Il rendra tout clair, lumineux et certain, Il ne peut y
avoir de ténèbres, de perplexité, d’incertitude, si nous le suivons car il a
dit, et nous sommes tenus de le croire: «Celui qui me suit ne marchera pas dans
les ténèbres». C’est pourquoi si nous sommes dans les ténèbres, il est certain
que nous ne le suivons pas. Aucunes ténèbres ne peuvent jamais s’arrêter sur ce
sentier béni, où Dieu conduit tout du long ceux qui cherchent à suivre Jésus
avec un œil simple.
Mais celui qui scruterait minutieusement ces lignes pourrait dire ou du moins
pourrait être disposé à dire: «Malgré cela, je suis dans l’embarras quant au
chemin que je dois prendre. Je ne sais réellement pas de quel côté me tourner,
ni quelle marche suivre.» Si c’était là le langage du lecteur, nous lui
poserions simplement cette seule question «Suivez-vous Jésus? Si vous le faites,
vous ne pouvez être dans l’embarras. Suivez-vous la nuée? Si vous la suivez,
votre chemin est aussi clairement tracé que Dieu peut le faire». C’est là que se
trouve la clef de toute la difficulté. L’embarras ou l’incertitude est très
souvent le fruit du travail de la
volonté.
Nous sommes entraînés à faire ce que Dieu ne veut pas du tout que nous fassions
— à aller où Dieu ne veut pas que nous allions. Nous le prions à cet effet, et
nous ne recevons point de réponse. Nous prions de nouveau et toujours point de
réponse. D’où vient cela? Du simple fait que Dieu veut que nous nous tenions
tranquilles — que nous demeurions précisément là où nous sommes. C’est pourquoi,
au lieu de nous creuser l’esprit et de nous tourmenter sur ce que nous devrions
faire, attendons-nous simplement à Dieu.
Voilà le secret de la paix et d’une heureuse communion. Si un Israélite, dans le
désert, s’était mis en tête de faire quelque mouvement indépendamment de
l'Éternel; s’il avait pris sur lui de partir quand la nuée était au repos, ou de
s’arrêter quand la nuée était en marche, nous pouvons aisément comprendre quel
en aurait été le résultat. Or il en sera toujours ainsi de nous. Si nous
marchons quand nous devrions demeurer en repos, ou si nous nous reposons quand
nous devrions marcher, nous n’aurons pas avec nous la présence de Dieu. «Au
commandement de l’Éternel les fils d’Israël campaient, et au commandement de
l’Éternel ils partaient». Ils étaient maintenus dans une attente continuelle de
Dieu, position des plus bénies que quelqu’un puisse occuper; mais il faut
l’occuper avant d’en pouvoir savourer la bénédiction. C’est une réalité à
connaître, et non pas une pure théorie dont on parle. Qu’il nous soit donné de
le prouver tout le long de notre voyage!