Livre
des Nombres
Chapitres 3 et 4
Quel merveilleux spectacle présentait le camp d’Israël, dans ce désert aride, où
il n’y avait que hurlement de désolation. Quel spectacle pour les anges, pour
les hommes et pour les démons! Le regard de Dieu y reposait toujours; sa
présence était là; il habitait au milieu de son peuple militant; c’était là
qu’il avait établi sa demeure. Il ne la trouvait pas, il ne pouvait pas la
trouver au sein des splendeurs de l’Égypte, de l’Assyrie ou de Babylone. Sans
doute ces pays offraient aux yeux de la chair tout ce qui pour eux avait de
l’attrait. Les arts et les sciences y étaient cultivés. La civilisation avait
atteint chez ces nations anciennes un degré beaucoup plus élevé que nous ne
sommes disposés à l’admettre. Le raffinement et le luxe y furent probablement
portés à un point aussi étendu que parmi ceux qui ont aujourd’hui de très hautes
prétentions à cet endroit.
Mais, qu’on se le rappelle, l'Éternel n’était pas connu de ces peuples. Son nom
ne leur avait jamais été révélé. Il n’habitait pas au milieu d’eux. Il est vrai
que là aussi il y avait d’innombrables témoignages de son pouvoir créateur.
D’ailleurs sa providence veillait sur eux. Il leur donnait du ciel des pluies et
des saisons fertiles, remplissant leurs cœurs de nourriture et de joie. De jour
en jour et d’année en année, il répandait sur eux, d’une main libérale, ses
bénédictions et ses bienfaits. Ses pluies fertilisaient leurs champs, et les
rayons de son soleil réjouissaient leurs cœurs. Mais ils ne le connaissaient pas
et ne le cherchaient pas. Il n’habitait pas au milieu d’eux. Aucune de ces
nations ne pouvait dire: «Jah est ma force et mon cantique, et il a été mon
salut. Il est mon Dieu, et je lui préparerai une habitation; le Dieu de mon
père, et je l’exalterai» (Exode 15:2).
L'Éternel avait fixé sa demeure au sein de son peuple racheté, et nulle part
ailleurs. La Rédemption était la base essentielle de l’habitation de Dieu au
milieu des hommes. En dehors de la rédemption, la présence divine ne pouvait
amener que la destruction de l’homme; mais, la rédemption étant connue, cette
présence procure au racheté le plus haut, privilège et la plus éclatante gloire.
Dieu avait élu domicile au milieu de son peuple d’Israël. Il descendit du ciel
non seulement pour le racheter de la terre d’Égypte, mais pour être son
compagnon de voyage à travers le désert. Quelle pensée! Le Dieu Très-Haut
établissant sa demeure sur le sable du désert, et au sein même de son assemblée
rachetée! En vérité, il n’y avait rien de pareil dans tout le vaste monde. C’est
là qu’était cette armée de six cent mille hommes, outre les femmes et les
enfants, dans un désert stérile, où il n’y avait pas un brin d’herbe, pas une
goutte d’eau, pas un moyen visible de subsistance. Comment devaient-ils être
nourris? Dieu était là! Comment l’ordre devait-il être maintenu au milieu d’eux?
Dieu était là! Comment trouver leur chemin à travers un désert sauvage, où il
n’y avait aucun chemin? Dieu était là!
En un mot, la présence de Dieu garantissait tout. L’incrédulité pouvait dire:
«Comment trois millions d’hommes doivent-ils vivre d’air seulement? Qui a la
charge de l’intendance militaire? Où se trouvent le matériel de guerre, les
bagages, les magasins?» La foi seule peut répondre; et sa réponse est simple,
brève et concluante: «Dieu était là!» Et c’était tout à fait suffisant. Tout est
compris dans cette seule phrase. Dans l’arithmétique de la foi, Dieu est le seul
facteur essentiel, et quand on a cette unité on peut y ajouter autant de
chiffres qu’on veut. Si toutes les ressources sont dans le Dieu vivant, il ne
s’agit plus de nos besoins; cela se résout en une question de Sa parfaite
suffisance.
Qu’étaient six cent mille hommes de pied pour le Dieu Tout-Puissant? Qu’étaient
les besoins variés de leurs femmes et de leurs enfants? Au jugement de l’homme,
c’étaient là des charges écrasantes. Que l’Angleterre envoie une armée de dix
mille hommes seulement en Abyssinie; réfléchissez aux énormes dépenses et aux
travaux que cela nécessite, au nombre de bâtiments exigés pour transporter les
munitions et les autres choses nécessaires à cette petite armée. Mais
figurez-vous une armée qui, sans compter les femmes et les enfants, était
soixante fois plus grande. Représentez-vous cette immense armée, commençant une
marche qui devait se prolonger durant l’espace de quarante ans, à travers «un
grand et terrible désert», dans lequel il n’y avait ni blé, ni herbe, ni source
d’eau. Comment devaient-ils être sustentés? Ils n’avaient pas de vivres avec
eux, — ils n’avaient pas fait de convention avec des nations alliées pour
qu’elles leur en fournissent, — ils n’avaient aucun convoi de provisions à
rencontrer dans les différentes étapes de leur route, — en un mot, ils n’avaient
pas un seul moyen visible de subvenir à leurs besoins, rien de tout ce que la
nature pût envisager comme utile et nécessaire.
Tout cela vaut la peine d’être sérieusement pesé. Mais il faut que nous
l’examinions en la présence de Dieu. Il n’est d’aucun profit possible pour la
raison de s’asseoir et d’essayer de résoudre par le calcul humain Cet important
problème. Non, lecteur; ce n’est que la foi qui peut le résoudre, et cela
seulement par la parole du Dieu vivant. C’est là que se trouve la précieuse
solution. Introduisez Dieu, et vous n’aurez besoin d’aucun autre facteur pour
obtenir une réponse. Mettez-le de côté et, quelque puissante que soit votre
raison, quelque profonds que soient vos calculs, votre embarras n’en sera que
plus désespérant.
C’est ainsi que la foi résout la question. Dieu était au milieu de son peuple.
Il était là dans toute la plénitude de sa grâce et de sa miséricorde, — là, dans
sa parfaite connaissance de leurs besoins et des difficultés de leur chemin, —
là, dans son pouvoir suprême et ses ressources sans bornes, pour faire face à
ces difficultés et pour subvenir à ces besoins. Et il était entré si pleinement
dans toutes ces choses, qu’il pouvait, à la fin de leurs longues pérégrinations
dans le désert, en appeler à leurs cœurs dans des paroles aussi touchantes que
celles-ci «Car l’Éternel, ton Dieu, t’a béni dans toute l’œuvre de ta main; il a
connu ta marche par ce grand désert; pendant ces quarante ans, l’Éternel, ton
Dieu, a été avec toi;
tu n’as manqué de rien».
Et encore: «Ton vêtement ne s’est point usé sur toi, et ton pied ne s’est point
enflé, pendant ces quarante ans» (Deut. 2:7; 8:4).
Or, dans toutes ces choses, le camp d’Israël était un type, un type frappant et
remarquable. Un type de quoi? De l’Église de Dieu passant à travers ce monde. Le
témoignage de l’Écriture est si formel sur ce point, qu’il ne laisse aucune
place au travail de l’imagination: «Or toutes ces choses leur arrivèrent comme
types, et elles ont été écrites pour nous servir d’avertissement, à nous que les
fins des siècles ont atteints» (1 Cor. 10:11).
Nous pouvons donc nous approcher, et contempler avec un vif intérêt ce
merveilleux spectacle, et chercher à recueillir les précieuses leçons qu’il est
si éminemment propre à nous donner. Et quelles leçons? Qui peut convenablement
les apprécier? Voyez ce mystérieux camp dans le désert, composé, comme nous
l’avons dit, de guerriers, d’ouvriers, et d’adorateurs! Quelle séparation d’avec
toutes les nations du monde! Quel total dénuement! Quelle situation! Quelle
absolue dépendance de Dieu! Ils n’avaient rien, ne pouvaient rien, ne savaient
rien! Ils n’avaient pas un seul fragment de nourriture, pas une seule goutte
d’eau, que ce qu’ils recevaient de jour en jour de la main même de Dieu.
Lorsqu’ils se retiraient pour se reposer la nuit, ils n’avaient pas un seul
atome de provision pour le lendemain. Il n’y avait ni magasin, ni garde-manger,
ni aucune ressource visible, rien sur quoi la nature pût compter.
Mais Dieu était là, et au jugement de la foi il n’en fallait pas davantage. Ils
étaient obligés de dépendre entièrement de Dieu. C’était l’unique et grande
réalité. La foi ne reconnaît rien de réel, rien de solide, rien de vrai que le
seul Dieu vivant, véritable, éternel. La nature pouvait jeter en arrière un
regard de convoitise sur les greniers de l’Égypte, et y voir quelque chose de
palpable et de substantiel. La foi regarde au ciel et y trouve
toutes
ses ressources.
Ainsi en était-il du camp dans le désert; comme il en est de l’Église dans le
monde. Il n’y avait pas une seule nécessité, pas un seul cas imprévu, pas un
seul besoin de quelque nature qu’il pût être, pour lequel la présence de Dieu ne
fût pas une réponse entièrement suffisante. Les nations des incirconcis
pouvaient regarder et s’étonner. Elles pouvaient, dans l’égarement de l’aveugle
incrédulité, soulever mainte question et chercher à savoir comment une pareille
armée pouvait être nourrie, vêtue et maintenue en ordre. Très certainement elles
n’avaient pas d’yeux pour
voir
comment cela pouvait se faire. Elles ne connaissaient pas l'Éternel, l’Éternel,
le Dieu des Hébreux; et, par conséquent, leur dire qu’il allait se charger de
cette immense assemblée n’eût été pour elles que comme des contes frivoles.
Il en est maintenant ainsi de l’assemblée de Dieu, dans ce monde que l’on peut
vraiment appeler un désert moral. Considérée au point de vue de Dieu, cette
assemblée n’est pas du monde; elle en est entièrement séparée. Elle est aussi
complètement en dehors du monde que le camp d’Israël était en dehors de
l’Égypte. Les flots de la mer Rouge coulaient entre ce camp et l’Égypte, et les
eaux plus profondes et plus sombres de la mort du Christ coulent entre l’Église
de Dieu et ce présent siècle mauvais. Il est impossible de concevoir une plus
absolue séparation. «Ils ne sont pas du monde, dit le Seigneur, comme moi je ne
suis pas du monde» (Jean 17:16).
Ensuite, quant à l’entière dépendance; qu’y a-t-il de plus dépendant que
l’Église de Dieu dans ce monde? Elle n’a rien en elle-même ou par elle-même.
Elle est placée au milieu d’un désert moral, désert, aride, sombre et vaste;
d’un désert où il n’y a que hurlements de désolation, où il n’y a littéralement
rien qui puisse la faire vivre. Il n’y a pas une seule goutte d’eau pas un seul
aliment qui puissent convenir à L’Église de Dieu, dans toute l’étendue de ce
monde.
De même encore, quant à ce qui est de la manière dont elle est exposée à toutes
sortes d’influences hostiles elle ne saurait l’être davantage. Il n’y a pas même
ici-bas d’influence amie, tout lui est contraire. Elle est au milieu de ce monde
comme une plante exotique, une plante d’un climat étranger, placée dans une
région où le sol et l’atmosphère lui sont également contraires.
Telle est l’église de Dieu dans le monde; une chose séparée, dépendante, sans
défense, entièrement rejetée sur le Dieu vivant. Cela est propre à donner à nos
pensées sur l’Église beaucoup de réalité, de force, et de clarté; à nous la
faire envisager comme l’antitype du camp dans le désert. Ce n’est pas un vain y
caprice de l’imagination, ni une idée étrange que de la considérer ainsi; 1
Corinthiens 10:11 le prouve de la manière la plus évidente. Nous sommes
pleinement autorisé à dire que ce que le camp d’Israël était extérieurement,
l’Église l’est moralement et spirituellement. Et encore, ce que le désert était
littéralement pour Israël, le monde l’est moralement et spirituellement pour
l’Église de Dieu. Comme le désert n’était pas pour Israël un lieu de ressources
et de jouissances, mais de dangers et de fatigues, de même aussi le monde ne
présente pas à l’Église des ressources ou des jouissances, mais des fatigues et
des dangers.
Il est bon de saisir ce fait dans toute sa puissance morale. L’assemblée de Dieu
dans le monde, comme «la congrégation dans le désert», est entièrement remise
aux soins du Dieu vivant. Qu’on se rappelle que nous parlons au point de vue
divin — de ce qu’est l’Église aux yeux de Dieu. Considérée au point de vue de
l’homme, telle qu’elle est, dans son véritable état actuel, hélas c’est autre
chose. Nous ne nous occupons maintenant que de l’idée normale, vraie, divine de
l’assemblée de Dieu dans le monde.
Qu’on n’oublie pas un seul instant que, comme il est vrai qu’il y avait
autrefois un camp, une congrégation dans le désert, il est tout aussi vrai qu’il
y a maintenant dans le monde l’Église de Dieu, le corps de Christ. Sans doute
les nations du monde ne connaissaient guère cette congrégation de jadis, et s’en
souciaient moins encore; mais cela n’affaiblissait, ni même n’affectait le grand
fait de son existence. De même aujourd’hui, les hommes du monde ne connaissent
guère l’assemblée de Dieu, le corps de Christ, et s’en soucient moins encore;
mais cela n’affecte, en aucune façon, cette grande vérité qu’il y a une pareille
chose réellement présente dans le monde, et qui y a toujours été depuis que le
Saint Esprit est descendu au jour de la Pentecôte. Il est vrai que la
congrégation d’Israël avait ses épreuves, ses combats, ses peines, ses
tentations, ses contestations, ses controverses, ses commotions intérieures, ses
difficultés innombrables et sans nom, réclamant les ressources variées qui
étaient en l'Éternel — le précieux ministère du prophète, du sacrificateur et du
roi que Dieu avait donnés; car, ainsi que nous le savons, Moïse était là comme
«roi en Jeshurun», et comme le prophète suscité de Dieu, et Aaron était là pour
exercer toutes les fonctions sacerdotales.
Mais, malgré toutes ces choses que nous avons énumérées, malgré la faiblesse, la
chute, le péché, la rébellion, la contestation, — toujours est-il qu’il y avait
un fait frappant, qui devait être connu des hommes, des démons et des anges,
savoir une vaste assemblée s’élevant à quelque chose comme trois millions d’âmes
(selon l’usage habituel de supputation) voyageant dans un désert; dépendant
entièrement d’un bras invisible, guidée et soignée par le Dieu éternel dont
l’œil n’était jamais un seul instant détourné de cette mystérieuse et symbolique
armée. Dieu habitait véritablement au milieu de son peuple et ne l’abandonnait
jamais, malgré son incrédulité, son oubli, son ingratitude et sa rébellion. Il
était là pour le soutenir et le conduire, le garder et le conserver jour et
nuit. Il le nourrissait du pain du ciel, chaque jour, et il faisait pour lui
jaillir l’eau du rocher de granit.
C’était, assurément, un fait prodigieux, un profond mystère. Dieu avait une
congrégation dans le désert — tenue à part de toutes les nations environnantes,
séparée pour être à Lui. Il se peut que les nations du monde ne connussent rien,
ne s’inquiétassent de rien, ne pensassent rien de cette assemblée. Il est
certain que le désert ne produisait rien pour la subsistance ou pour le
rafraîchissement. On y trouvait des serpents et des scorpions, — des dangers et
des pièges, — la sécheresse, la stérilité et la désolation. Mais il y avait
aussi cette merveilleuse assemblée soutenue d’une manière qui déjouait et
confondait la raison humaine.
Or, lecteur, souvenez-vous que c’était un type. Et de quoi? D’une chose qui a
existé durant dix-neuf siècles; qui existe encore, et qui existera jusqu’au
moment où le Seigneur se lèvera de sa place actuelle, et descendra dans les
airs. En un mot, c’est un type de l’Église de Dieu dans le monde. Il importe
beaucoup de reconnaître ce fait, qui malheureusement a trop été perdu de vue, et
qui est si peu compris, même de nos jours. Cependant chaque chrétien est
sérieusement responsable de le reconnaître et de le confesser en pratique. On ne
peut l’éviter. Est-il vrai qu’il y ait dans ce monde, actuellement, quelque
chose qui réponde au camp dans le désert? Oui, en vérité; il y a l’Église dans
le désert. Il y a une assemblée, qui passe dans ce monde, comme Israël passait
au travers du désert. De plus, le monde est, moralement et spirituellement, à
cette Église ce que le désert était, littéralement et pratiquement, à Israël.
Israël ne trouvait point de ressources dans le désert, et l’Église de Dieu ne
trouve point de ressources dans le monde. Si elle en trouve, elle dément son
Seigneur et ne marche pas droitement avec lui. Israël n’était pas du désert,
mais il le traversait; l’Église de Dieu n’est pas du monde, mais elle le
traverse. Si le lecteur est bien pénétré de cette vérité, elle lui montrera la
place de complète séparation qui convient à l’Église
de Dieu comme corps, et à chacun de ses membres en particulier. L’Église,
selon
que Dieu la voit,
est aussi complètement mise à part de ce monde que le camp d’Israël l’était du
désert environnant. Il n’est rien de commun entre l’Église et le monde, comme il
n’y avait rien de commun entre Israël et le sable du désert. Les plus brillants
attraits et les plus séduisantes fascinations du monde sont à l’Église de Dieu
ce qu’étaient à Israël les serpents, les scorpions et les dix mille autres
dangers du désert.
Telle est la notion divine de l’Église, et c’est de cette notion que nous nous
occupons maintenant. Hélas! combien elle est différente de ce qui se dit
l’Eglise! Mais nous désirons que le lecteur fixe, pour le moment, son attention
sur le véritable état des choses. Nous voudrions le placer, par la foi, au point
de vue de Dieu, et de là lui faire considérer l’Eglise. Ce n’est qu’en la voyant
ainsi qu’il peut se former une idée juste de ce qu’est l’Église, et de sa
responsabilité personnelle relativement à cette Église. Dieu a une Église dans
le monde. Il y a maintenant sur la terre un corps, habité par l’Esprit, et uni à
Christ, la Tête. Cette Église — ce corps — est composée de tous ceux qui croient
vraiment au Fils de Dieu, et qui sont unis en vertu du grand fait de la présence
du Saint Esprit.
Qu’on observe d’ailleurs que ce n’est pas ici une affaire d’opinion, une
certaine idée qu’on puisse prendre ou laisser à son gré. C’est un fait divin.
Qu’on veuille écouter ou qu’on ne le veuille pas, c’est une grande vérité.
L’Église est un corps existant, et nous en sommes membres si nous sommes
croyants. Nous ne pouvons pas éviter d’en être. Nous ne pouvons pas l’ignorer.
Nous sommes actuellement dans cette relation — ayant été baptisés pour cela par
le Saint Esprit. C’est une chose aussi réelle et aussi positive que la naissance
d’un enfant dans une famille. La naissance a eu lieu, la relation est formée, et
nous n’avons qu’à la reconnaître, et à nous conduire en conséquence, de jour en
jour. Dès le moment qu’une âme est née de nouveau — qu’elle est née d’en haut et
scellée du Saint Esprit, — elle fait partie du corps de Christ. Elle ne peut pas
se considérer plus longtemps comme un individu solitaire, une personne
indépendante, un atome isolé; elle est membre d’un corps, précisément comme la
main ou le pied est un membre du corps humain. Le croyant est membre de l’Église
de Dieu, et ne peut proprement ni réellement être membre de quoi que ce soit
d’autre. Comment mon bras pourrait-il être membre d’un autre corps? Selon ce
même principe, nous pouvons demander: Comment un membre du corps de Christ
pourrait-il être membre d’un autre corps quelconque?
Quelle glorieuse vérité quant à l’Église de Dieu, que son antitype du camp dans
le désert, «la congrégation dans le désert!»
Qu’il est bon d’être placé sous l’influence d’une semblable vérité! Il y a une
chose telle que l’Église de Dieu, au milieu de la ruine et du naufrage, de la
lutte et de la discorde, de la confusion et des divisions, des sectes et des
partis. C’est assurément une vérité des plus précieuses, et en même temps des
plus pratiques et des plus efficaces. Nous sommes tout aussi tenus de
reconnaître, par la foi, cette Église dans le monde, que les Israélites étaient
tenus de reconnaître, par la vue, le camp dans le désert. Il y
avait
un camp, une assemblée, et le vrai Israélite y appartenait; il y a une Église,
un corps, et le vrai chrétien eu fait partie.
Mais comment ce corps est-il organisé? Par le Saint Esprit, ainsi qu’il est
écrit: «Nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps»
(1 Cor. 12:13). Comment est-il soutenu? Par sa tête vivante; par le moyen de
l’Esprit et par la Parole, selon ce que nous lisons: «Personne n’a jamais haï sa
propre chair, mais il la nourrit et la chérit, comme aussi le Christ
l’assemblée» (Éph. 5:29). N’est-ce pas assez? Christ n’est-Il pas suffisant? Le
Saint Esprit ne suffit-il pas? Avons-nous besoin d’autre, chose que des vertus
sans nombre qui se trouvent dans le nom de Jésus? Les dons de l’Esprit éternel
ne sont-ils pas entièrement suffisants pour l’accroissement et le maintien de
l’Église de Dieu? Le fait de la Présence de Dieu dans l’Église ne lui
assure-t-il pas tout ce dont elle peut avoir besoin? Ne répond-il pas à ce que
chaque heure peut exiger? La foi dit: «Oui!» et le dit avec énergie et
assurance. L’incrédulité, la raison humaine dit: «Non nous avons en outre besoin
d’un grand nombre de choses.» Que répondre à cela? Simplement ceci: «Si Dieu
n’est pas suffisant, nous ne savons pas de quel côté nous tourner. Si le nom de
Jésus ne suffit pas, nous ne savons que faire. Si le Saint Esprit ne peut pas
satisfaire à tous les besoins de la communion, du ministère et du culte, nous ne
savons que dire.»
Cependant on peut objecter que les «choses ne sont pas ce qu’elles étaient au
temps des apôtres; que l’Église professante est tombée; que les dons de la
Pentecôte ont cessé; que les glorieux jours du premier amour de l’Église ont
disparu, et qu’il nous faut par conséquent adopter les meilleurs moyens qui sont
en notre pouvoir pour l’organisation et le maintien de nos églises.» A tout cela
nous répondons: «Dieu, ni Christ la Tête de l’Église, ni le Saint Esprit n’ont
failli». «Ni un iota, ni un trait de lettre de la parole de Dieu ne sont
tombés.» Le vrai fondement de la foi est celui-ci: «Jésus Christ est le même
hier, aujourd’hui, et éternellement». Il a dit: «Voici, je suis avec vous».
Combien de temps? Est-ce seulement durant les jours du premier amour, durant les
temps apostoliques? aussi longtemps que l’Église continuera d’être fidèle? Non:
«Je suis avec vous
tous les jours,
jusqu’à la consommation du siècle» (Matthieu 28:20). De même lorsque,
antérieurement et pour la première fois dans tout le canon de l’Écriture,
l’Église proprement dite est mentionnée, nous avons ces paroles mémorables: «Sur
ce roc (le Fils du Dieu vivant) je bâtirai mon assemblée, et les portes du hadès
ne prévaudront pas contre elle» (Matthieu 16:18).
Or, la question est: «Cette Église est-elle actuellement sur la terre?» Très
certainement. Il y a maintenant une Église ici-bas aussi réellement qu’il y
avait autrefois un camp dans le désert. Et comme Dieu était dans ce camp pour
subvenir à tous les besoins du peuple, de même aussi il est maintenant dans
l’Église pour la gouverner, pour la diriger en toutes choses, ainsi qu’il est
écrit: «Vous êtes édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par
l’Esprit» (Éph. 2:22). Cela est entièrement suffisant. Tout ce qu’il nous faut,
c’est de saisir, par la simple foi, cette grande réalité. Le nom de Jésus répond
à tous les besoins de l’Église de Dieu, aussi bien qu’il répond au salut de
l’âme. L’un est aussi vrai que l’autre. «Où deux ou trois sont assemblés en mon
nom, je suis là au milieu d’eux» (Matt. 18:20). Cela a-t-il cessé d’être vrai?
Sinon, la présence de Christ ne suffit-elle pas entièrement à son Église?
Avons-nous besoin de faire des plans et toute espèce de travaux, venant de
nous-mêmes, en affaires d’Église? Pas plus que pour le salut de l’âme. Que
disons-nous au pécheur? Confiez-vous en Christ. Que disons-nous au saint?
Confiez-vous en Christ. Que disons-nous à une assemblée de saints, petite ou
nombreuse? Confiez-vous en Christ. Y a-t-il quoi que ce soit qu’il ne puisse
faire? «Y a-t-il quelque chose de trop difficile pour lui?» Le trésor de ses
dons et de sa grâce est-il épuisé? Ne peut-il pas fournir des dons pour le
ministère? Ne peut-il pas susciter des évangélistes, des pasteurs, des docteurs?
Ne peut-il pas faire parfaitement face à tous les divers besoins de son Église
dans le désert? S’il ne le peut, où en sommes-nous? Que ferons-nous? De quel
côté nous tournerons-nous? Qu’est-ce que la congrégation d’Israël avait à faire?
Regarder à l'Éternel. Pour tout? Oui, pour tout; pour la nourriture, pour l’eau,
pour le vêtement, pour la direction, pour la protection, pour tout. Toutes leurs
sources étaient en Lui. Faut-il avoir recours à un autre? Jamais! Christ notre
Seigneur est amplement suffisant, en dépit de toutes nos chutes, de toute notre
ruine, de nos péchés et de notre infidélité. Il a envoyé le Saint Esprit, le
Paraclet béni, pour habiter avec et dans ses rachetés, pour en former un seul
corps, et pour les unir à leur Tête vivante dans les cieux. Cet Esprit est la
puissance de l’unité, de la communion, du ministère et du culte. Il ne nous a
pas abandonnés, et il ne nous abandonnera jamais. Seulement confions-nous en
lui; usons de lui, laissons-le agir. Mettons-nous soigneusement en garde contre
tout ce qui pourrait tendre à l’éteindre, à l’entraver, ou à le contrister.
Reconnaissons-lui sa propre place dans l’assemblée, et abandonnons-nous en
toutes choses à sa direction et à son autorité.
Ici, nous en sommes persuadés, se trouve le vrai secret de la puissance et de la
bénédiction. Nions-nous la ruine? Comment le pourrions-nous? Hélas! elle se
présente comme un fait trop palpable et trop manifeste! Cherchons-nous à nier
notre part dans la ruine, notre folie et notre péché? Plût à Dieu que nous les
sentissions plus profondément! Mais ajouterons-nous à notre péché la négation
que la grâce et le pouvoir de notre Seigneur puissent nous atteindre dans notre
folie et notre ruine? L’abandonnerons-nous, Lui, la source des eaux vives, et
nous creuserons-nous des citernes crevassées qui ne peuvent point contenir
d’eau? Nous détournerons-nous du Rocher des siècles pour nous appuyer sur le
roseau cassé de notre propre imagination? À Dieu ne plaise! Que le langage de
nos cœurs, lorsque nous pensons au nom de Jésus, soit plutôt celui-ci:
«Je trouve dans ce nom le salut, le pardon,
Un remède aux soucis, aux peines de la terre,
Et pour chaque blessure un baume salutaire
Tout ce dont j’ai besoin, tout est dans ce beau nom.»
Mais que le lecteur ne suppose pas que nous voulions donner la moindre
approbation aux prétentions ecclésiastiques. Nous en avons plutôt horreur; nous
les regardons comme fort méprisables. Nous croyons que nous ne saurions prendre
une place assez humble. Une position et un esprit humbles sont ce qui seul nous
convient en vue de notre honte et de notre péché communs. Tout ce que nous
cherchons à maintenir, c’est la toute-suffisance du nom de Jésus pour tous les
besoins de l’Église de Dieu, dans tous les temps et dans toutes les
circonstances. Aux jours apostoliques ce nom avait un pouvoir suprême; pourquoi
ne l’aurait-il plus maintenant? Ce nom glorieux aurait-il subi quelque
changement? Non, béni soit Dieu! Eh bien donc, il est suffisant pour nous en ce
moment, et tout ce que nous avons à faire, c’est de nous confier pleinement en
lui, et par conséquent de nous détourner complètement de tout autre objet de
confiance, pour nous abriter avec une franche décision sous ce nom précieux et
sans pareil. Que son nom soit béni, il est descendu au milieu de la plus petite
forme de l’assemblée — du plus petit nombre, attendu qu’il a dit: «Où
deux
ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux». Cette parole
est-elle encore vraie pour nous? A-t-elle perdu son pouvoir? Ne peut-elle plus
s’appliquer? Où a-t-elle été révoquée?
O lecteur chrétien, nous vous conjurons par tous les arguments qui doivent avoir
de l’influence sur votre cœur, de donner votre cordial assentiment à cette
vérité éternelle, savoir:
La toute-suffisance du nom du
Seigneur Jésus Christ pour l’assemblée de Dieu, dans toute condition possible où
elle puisse se trouver, durant tout le cours de son histoire
1.
Nous vous conjurons de ne pas envisager ceci simplement comme une théorie vraie,
mais de le confesser en pratique; et alors, assurément, vous goûterez la
profonde bénédiction de la présence de Jésus ici-bas — bénédiction qui doit être
goûtée pour être connue; mais qui, étant une fois réellement goûtée, ne peut
jamais être oubliée ou mise de côté pour quoi que ce soit.
1
En employant l’expression: La toute-suffisance du nom du Seigneur Jésus Christ,
nous comprenons par là tout ce qui est garanti à son peuple dans ce nom — vie,
justice, acceptation, présence du Saint Esprit avec tous ses dons variés, centre
divin, ou foyer de rassemblement. En un mot nous croyons que tout ce dont
l’Église peut avoir besoin, pour le temps et pour l’éternité, est compris dans
ce seul nom glorieux: «le Seigneur Jésus Christ».
Mais nous n’avions nullement l’intention de suivre aussi longuement le courant
de pensée que nous venons d’émettre, ou d’écrire une introduction aussi
prolongée à la division du Livre qui est ouvert devant nous, et pour lequel nous
demanderons maintenant l’attention toute spéciale du lecteur.
En considérant «l’assemblée au désert» (Actes 7:38), nous la voyons composée de
trois éléments distincts, savoir:
des guerriers, des ouvriers
et
des adorateurs.
Il y avait un
peuple
de guerriers, une
tribu
d’ouvriers, une
famille
d’adorateurs ou sacrificateurs. Nous avons jeté un coup d’œil sur les premiers
et nous avons vu chacun d’eux, selon sa «généalogie», prenant sa place sous sa
«bannière», conformément à l’ordre direct de l'Éternel; nous nous arrêterons
quelques instants sur les seconds et nous les suivrons dans leur œuvre et dans
leur service, selon la même ordonnance. Nous avons considéré les guerriers;
méditons sur les ouvriers.
Les Lévites étaient distinctement désignés, entre toutes les autres tribus, et
appelés à une place et à un service très particuliers. Voici ce que nous lisons
à leur sujet: «Mais les Lévites, selon la tribu de leurs pères, ne furent pas
dénombrés parmi eux. Car l’Éternel avait parlé à Moïse, disant: Seulement, tu ne
dénombreras pas la tribu de Lévi et tu n’en relèveras pas la somme parmi les
fils d’Israël. Et toi, tu préposeras les Lévites sur le tabernacle du
témoignage, et sur tous les ustensiles, et sur tout ce qui lui appartient: ce
seront eux qui porteront le tabernacle et tous ses ustensiles; ils en feront le
service, et camperont autour du tabernacle; et quand le tabernacle partira, les
Lévites le démonteront, et quand le tabernacle campera, les Lévites le
dresseront; et l’étranger qui en approchera sera mis à mort. Et les fils
d’Israël camperont chacun dans son camp, et chacun près de sa bannière, selon
leurs armées. Et les Lévites camperont autour du tabernacle du témoignage, afin
qu’il n’y ait point de colère suer l’assemblée des fils d’Israël; et les Lévites
auront la garde du tabernacle du témoignage» (chap. 1:47-53). Nous lisons encore
«Mais les Lévites ne furent pas dénombrés parmi les fils d’Israël, ainsi que
l’Éternel l’avait commandé à Moïse» (chap. 2:33).
Mais pourquoi les Lévites? pourquoi cette tribu était-elle spécialement désignée
entre toutes les autres, et mise à part pour un service aussi saint et aussi
relevé? Y avait-il en eux quelque sainteté ou quelque bien particulier pour
motiver une telle distinction? Non certainement, pas plus par nature que dans la
pratique, comme nous pouvons le voir par les paroles suivantes «Siméon et Lévi
sont frères. Leurs glaives ont été des instruments de violence. Mon âme, n’entre
pas dans leur conseil secret; ma gloire, ne t’unis pas à leur assemblée! Car
dans leur colère ils ont tué des hommes, et pour leur plaisir ils ont coupé les
jarrets du taureau. Maudite soit leur colère, car elle a été violente; et leur
furie, car elle a été cruelle! Je les diviserai en Jacob, et les disperserai en
Israël» (Gen. 49:5-7).
Tel était Lévi par nature et dans la pratique — volontaire, violent et cruel.
Qu’il est remarquable qu’un tel homme soit choisi seul et élevé à une position
si privilégiée et si sainte. Nous pouvons bien dire que c’était la grâce du
commencement à la fin. C’est là la voie ordinaire de la grâce d’élever ceux qui
sont dans le pire état. Elle descend dans les plus profonds abîmes et y
recueille ses plus éclatants trophées. «Cette parole est certaine et digne de
toute acceptation, que le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les
pécheurs, dont moi je suis le premier» (1 Tim. 1:15). «À moi, qui suis moins que
le moindre de tous les saints, cette grâce a été donnée d’annoncer parmi les
nations les richesses insondables du Christ» (Éph. 3:8).
Comme ce langage est frappant: «Mon âme, n’entre pas dans leur conseil secret;
ma gloire, ne t’unis pas à leur assemblée». Dieu a les yeux trop purs pour voir
le mal, et il ne peut pas regarder l’iniquité. Dieu ne pouvait entrer dans le
conseil secret de Lévi, et il ne pouvait être joint à sa compagnie. C’était
impossible. Dieu ne pouvait rien avoir à faire avec la propre volonté, la
violence et la cruauté. Mais il pouvait cependant introduire Lévi dans son
conseil à Lui, et le joindre à son assemblée. Il pouvait le faire sortir de sa
demeure où il n’y avait que des instruments de cruauté, et l’amener dans le
tabernacle pour y être occupé des instruments sacrés et des vaisseaux qui s’y
trouvaient. C’était la grâce — la libre et souveraine grâce; c’est dans cette
grâce qu’il faut chercher la base de tout le service supérieur et béni de Lévi.
Tant qu’il n’était question que de lui personnellement, il y avait une immense
distance qui le séparait du Dieu saint — un abîme sur lequel aucun art ou
pouvoir humain ne pouvait mettre un pont. Un Dieu saint ne pouvait rien avoir à
faire avec la propre volonté, la violence et la cruauté; mais un Dieu de grâce
avait à faire avec Lévi. Il pouvait, dans sa souveraine miséricorde, visiter un
tel être, le retirer des profondeurs de sa dégradation morale, et l’amener dans
sa proximité.
Quel merveilleux contraste entre la position de Lévi par nature et sa position
par grâce, entre les instruments de cruauté et les vaisseaux du sanctuaire,
entre le Lévi du chapitre 34 de la Genèse et celui des chapitres 3 et 4 des
Nombres!
Mais examinons la manière dont Dieu agit avec Lévi, le principe suivant lequel
il fut amené dans une telle position de bénédiction. Pour le faire, il nous sera
nécessaire de nous reporter au chapitre 3 de notre livre, et là nous serons
initiés au secret de tout le sujet. Nous y verrons que rien de ce qui concernait
Lévi n’était et ne pouvait être toléré, et qu’aucune de ses voies ne pouvait
être approuvée; et cependant nous trouvons là le plus complet déploiement de la
grâce, — de la grâce régnant par la justice. Nous parlons du type et de sa
signification; et nous le faisons d’après ces paroles déjà citées: «Or toutes
ces choses leur arrivèrent comme types». Il ne s’agit pas de savoir jusqu’à quel
point les Lévites comprenaient ces choses; ce n’est point là du tout
l’essentiel. Nous n’avons pas à demander: Qu’est-ce que les Lévites voyaient
dans les dispensations de Dieu envers eux? mais: Qu’apprenons-nous par là?
«Et l’Éternel parla à Moïse, disant: Prends les Lévites du milieu des fils
d’Israël, et purifie-les. Et tu leur feras ainsi pour les purifier: tu feras
aspersion sur eux de l’eau de purification du péché; et ils feront passer le
rasoir sur toute leur chair, et ils laveront leurs vêtements, et se purifieront»
(chap. 8:5-7).
Ici nous avons en type le seul principe divin de purification. C’est
l’application de la mort à la nature et à tous ses penchants. C’est la parole de
Dieu agissant sur le cœur et sur la conscience d’une manière vivante. Rien ne
peut être plus expressif que la double action présentée dans le passage que nous
venons de citer. Moïse devait faire aspersion sur eux de l’eau de purification,
et ensuite ils devaient se raser tout le corps et laver leurs vêtements. Il y a
là une grande beauté et une grande précision. Moïse, comme représentant des
droits de Dieu, purifie les Lévites conformément à ces droits; et eux, étant
purifiés, sont capables de faire passer le rasoir sur tout ce qui n’était qu’un
développement de la nature, et ils peuvent laver leurs vêtements, ce qui
représente, sous une forme symbolique, la purification de leurs habitudes
extérieures, selon la parole de Dieu. C’était ainsi que Dieu satisfaisait à tout
ce que demandait l’état naturel de Lévi — la volonté propre, la violence et la
cruauté. L’eau pure et le rasoir tranchant étaient mis en usage, et leur action
devait se continuer jusqu’à ce que Lévi fût rendu propre à s’approcher des
vaisseaux du sanctuaire.
Il en est ainsi dans tous les cas. Il n’y a, et il ne peut y avoir aucune place
pour la nature parmi les ouvriers de Dieu. Il n’y eut jamais de plus fatale
erreur que de chercher à engager la nature au service de Dieu, n’importe comment
on peut essayer de l’améliorer ou de la régler. Ce n’est pas l’amélioration,
mais la mort qui servira. Il est de la plus haute importance, pour le lecteur,
de saisir avec force et netteté cette grande vérité pratique. L’homme a été pesé
à la balance, et il a été trouvé léger. Le niveau a été appliqué à ses sentiers,
et ils ont été trouvés tortueux. Il est tout à fait inutile de chercher à le
réformer. Rien autre que
l’eau
et le
rasoir
ne peut le faire. Dieu a clos l’histoire de l’homme. Il y a mis fin dans la mort
de Christ. Le premier grand fait que le Saint Esprit met sur la conscience
humaine, c’est que Dieu a prononcé son verdict solennel contre la nature de
l’homme, et qu’il faut que chacun accepte ce verdict contre lui-même
personnellement. Ce n’est pas une manière de voir ou de sentir. On peut y dire:
Je ne vois pas ou je ne sens pas que je sois si mauvais que vous paraissez
l’établir. Nous répondons: Cela ne touche pas le moins du monde à la question.
Dieu a prononcé son jugement sur tous, et le premier devoir de l’homme est de
s’incliner devant ce jugement et d’y adhérer. À quoi eût servi à Lévi de dire
qu’il n’était pas d’accord avec ce que la parole de Dieu avait dit de Lui? Cela
aurait-il pu changer l’état des choses à son égard? En aucune façon. Que Lévi le
sentît ou non, l’appréciation divine restait la même; mais il est clair que
c’est un premier pas fait dans le sentier de la sagesse que de se soumettre à
cette appréciation. Tout cela est représenté en type, par l’eau» et le «rasoir»
— le «lavage» et le «fait de passer le
rasoir sur le corps». Rien ne saurait être plus significatif et plus frappant.
Ces actions font ressortir la solennelle vérité de la sentence de mort prononcée
contre la nature, et l’exécution du jugement sur tout ce qu’elle produit.
Et quelle est, demandons-nous, la signification de cet acte initiateur du
christianisme, le baptême? Est-ce qu’il ne représente pas le fait béni que notre
vieil homme, notre nature déchue, est complètement mis de côté et que nous
sommes introduits dans une position entièrement nouvelle? Il en est vraiment
ainsi. Et qu’est-ce pour nous que cet acte de se raser tout le corps? C’est un
sévère jugement journalier de soi-même; c’est l’impitoyable dépouillement de
tout ce qui provient de la nature. C’est là le vrai chemin qu’ont à suivre tous
les ouvriers de Dieu dans le désert. Quand nous voyons la conduite de Lévi à
Sichem en Genèse 34, et ce qui est dit de lui en Genèse 49, nous pouvons bien
demander comment il se faisait que les Lévites pussent être admis à porter les
vaisseaux du sanctuaire. La réponse est: la Grâce brille dans l’appel de Lévi,
et la sainteté dans sa purification. Il fut appelé à l’œuvre selon les richesses
de la grâce divine; mais il fut approprié à l’œuvre selon les droits de la
sainteté de Dieu.
Il doit en être ainsi de tous les ouvriers de Dieu. Nous sommes profondément
convaincu que nous ne devenons capables d’accomplir l’œuvre de Dieu qu’autant
que la nature est placée sous la puissance de la croix et du jugement de
soi-même. La volonté propre ne peut jamais être utile au service de Dieu; non,
jamais; il faut qu’elle soit mise de côté, si nous voulons savoir ce qu’est le
vrai service. Combien n’y a-t-il pas, hélas! de choses qui passent pour être le
service, et qui, jugées à la lumière de la présence de Dieu, seraient reconnues
pour n’être que le fruit d’une volonté inquiète. Ceci est très solennel et
réclame notre plus sérieuse attention. Nous ne pouvons exercer une censure trop
sévère sur nous-mêmes, à cet endroit. Le cœur est si trompeur que nous pouvons
nous imaginer que nous faisons l’œuvre de Dieu, quand, en réalité, nous ne
faisons que nous complaire à nous-mêmes. Mais si nous voulons marcher dans le
sentier du vrai service, il faut que nous cherchions à être de plus en plus
sevrés de tout ce qui tient à la nature. Il faut que le volontaire Lévi passe
par l’action symbolique de l’eau et du rasoir, avant de pouvoir être employé au
glorieux service qui lui est assigné par le décret immédiat du Dieu d’Israël.
Mais avant de continuer à examiner en détail l’œuvre et le service des Lévites,
il faut que nous contemplions un instant la scène présentée en Exode 32,
et dans laquelle ils remplissent un rôle très
distingué et très remarquable. Nous voulons parler du veau d’or, comme le
lecteur s’en apercevra dès l’abord. Pendant l’absence de Moïse, le peuple perdit
si complètement de vue Dieu et ses ordonnances, qu’il éleva un veau de fonte et
se prosterna devant lui. Cette horrible action demandait un jugement sommaire.
«Et Moïse vit que le peuple était dans le désordre; car Aaron l’avait livré au
désordre, pour être leur honte parmi leurs adversaires. Et Moïse se tint à la
porte du camp, et dit: A moi, quiconque est pour l’Éternel! Et tous les fils de
Lévi se rassemblèrent vers lui. Et il leur dit: Ainsi dit l’Éternel, le Dieu
d’Israël: Que chacun mette son épée sur sa cuisse; passez et revenez d’une porte
à l’autre dans le camp, et que chacun de vous tue son frère, et chacun son
compagnon, et chacun son intime ami. Et les fils de Lévi firent selon la parole
de Moise; et il tomba d’entre le peuple, ce jour-là, environ trois mille hommes.
Et Moïse dit: Consacrez-vous aujourd’hui à l’Éternel, chacun dans son fils et
dans son frère, afin de faire venir aujourd’hui sur vous une bénédiction» (Exode
32:25-29).
C’était un moment d’épreuve. Il ne pouvait pas en être autrement, lorsque cette
grande question était adressée au cœur et à la conscience «Quiconque
est pour l’Éternel?»
Rien ne saurait être plus propre à sonder le cœur. La question n’était pas «Qui
est-ce qui veut travailler?» Non, elle était beaucoup plus sérieuse et beaucoup
plus pressante. Il ne s’agissait pas de savoir qui irait ici ou là, qui ferait
ceci ou cela. Il pouvait y avoir un grand nombre d’actions et de mouvements et,
cependant, tout cela aurait pu procéder seulement de l’impulsion d’une volonté
non brisée, qui, agissant sur la nature religieuse, eût donné une apparence de
dévouement et de piété éminemment propre à se tromper soi-même et à tromper les
autres.
Mais «être pour l’Éternel» suppose le renoncement à sa propre volonté, le
complet abandon de soi-même, ce qui est essentiel au fidèle serviteur, au
véritable ouvrier. Saul de Tarse était sur ce terrain quand il s’écriait:
«Seigneur, que veux-tu
que
je
fasse?» Quelle parole dans la bouche du volontaire, du violent et du cruel
persécuteur de l’Église de Dieu!
«Quiconque est pour l’Éternel?» Lecteur, êtes-vous pour l’Éternel? Cherchez et
voyez. Examinez-vous attentivement. Souvenez-vous que la question n’est pas du
tout: Que faites-vous? Non, elle est beaucoup plus profonde. Si vous êtes pour
le Seigneur, vous êtes prêt à tout. Vous êtes prêt à vous arrêter ou à marcher
en avant, prêt à aller à droite ou à gauche, prêt à être actif ou à demeurer
tranquille, prêt à vous tenir debout ou à vous tenir couché. La grande chose est
celle-ci: l’abandon de soi-même aux droits d’un autre; et cet autre, c’est le
Seigneur.
C’est là un sujet d’une immense portée. En vérité, nous ne connaissons rien de
plus important pour le moment actuel, que cette question scrutatrice: «Quiconque
est pour l’Éternel?» Nous vivons en des jours où la volonté propre est
extrêmement active. L’homme se glorifie de sa liberté; et cela apparaît, d’une
manière très marquée, dans les matières religieuses. Il en était justement ainsi
dans le chapitre 32 de l’Exode, — aux jours du veau d’or. Moïse était hors de
vue et la volonté de l’homme était à l’œuvre; on fit travailler le burin. Et
quel fut le résultat? Un veau de fonte; et quand Moïse revint, il trouva le
peuple dans l’idolâtrie et dans le dénuement. Alors surgit, pour sonder ce
peuple, cette solennelle question: «Quiconque est pour l’Éternel?» ce qui amena
les choses à une issue, ou plutôt mit les Israélites à l’épreuve. Or il n’en est
pas autrement de nos jours.
La volonté de l’homme règne, et cela surtout en matière religieuse. L’homme se
glorifie de ses droits, de sa liberté, de sa volonté, et de la liberté de son
jugement. C’est là une négation de la Seigneurie du Christ; et par conséquent il
nous convient de nous tenir sur nos gardes, et de veiller à ce que nous prenions
réellement le parti du Seigneur contre notre propre nature. Il nous convient de
nous tenir dans l’attitude d’une simple soumission à son autorité. Nous ne
serons plus alors occupés de la valeur ou du caractère de notre service; notre
seul objet sera de faire la volonté de notre Seigneur.
En un mot donc, la question s’appliquant soit au camp d’Israël aux jours du veau
d’or, soit à l’Église, en ces temps de la volonté humaine, est celle-ci
«Quiconque est pour le Seigneur!» Importante question. Ce n’est pas: Qui est
pour la religion, pour la philanthropie ou pour la réforme morale? Nous pouvons
mettre un grand zèle à encourager, à soutenir les divers projets de
philanthropie, de religion et de réforme morale, tout en ne faisant en cela que
servir notre moi et entretenir notre propre volonté. Nous passons par une phase
où la volonté de l’homme est flattée avec un incomparable empressement. Nous
croyons très fermement que le vrai remède à ce mal se trouvera dans cette unique
et grave question:
«Quiconque est pour l’Éternel!» Elle renferme une immense puissance pratique.
Être réellement pour
le Seigneur,
c’est être prêt à faire absolument tout ce à quoi il trouve bon de nous appeler.
Si l’âme est amenée à
dire
en vérité: «Seigneur,
que veux-tu que je fasse?» «Parle,
Seigneur,
car
ton serviteur écoute»,
alors elle est prête à tout faire. Ainsi, dans le cas des Lévites, ils étaient
appelés à «tuer chacun son frère, et chacun son compagnon, et chacun son intime
ami.» C’était une horrible tâche pour la chair et le sang. Mais la circonstance
le réclamait. Les droits de Dieu avaient été ouvertement et grossièrement foulés
aux pieds. L’invention humaine avait été à l’œuvre, on avait employé le burin et
l’on avait élevé un veau. On avait changé la gloire de Dieu en la figure d’un
bœuf
qui
broute l’herbe; et voilà pourquoi tous ceux
qui
étaient pour l’Éternel furent appelés à ceindre l’épée. La chair pouvait dire:
«Non, soyons indulgents, compatissants et miséricordieux. Nous obtiendrons plus
par la douceur que par la sévérité. On ne peut pas faire du bien aux gens en les
frappant. L’amour a bien plus de puissance que la rigueur. Aimons-nous l’un
l’autre». Telles sont les pensées, vraies à leur place, que la nature pouvait
suggérer; c’est ainsi qu’elle pouvait raisonner. Mais le commandement était
clair et décisif: «Que chacun mette son épée sur sa cuisse». L’épée était la
seule chose qui put
servir
lorsque le veau d’or était là. Parler d’amour dans un pareil moment, c’eût été
jeter
par-dessus bord les justes droits du Dieu d’Israël. Il convient au véritable
esprit d’obéissance de faire le service même qui est en rapport avec la
circonstance. Un serviteur n’a pas à raisonner, il doit simplement faire ce
qu’on lui ordonne. Soulever une question, ou avancer une objection, c’est
abandonner la place de serviteur. Il pouvait sembler que ce fût la plus affreuse
tâche que d’avoir à tuer son frère, son ami et son voisin; mais la parole de
l’Éternel était impérative. Elle ne pouvait être éludée; et les Lévites, par
grâce, montrèrent une pleine et prompte obéissance. «Les fils de Lévi firent
selon la parole, de Moïse.»
C’est là l’unique et vrai sentier de ceux qui veulent être les ouvriers de Dieu,
et les serviteurs du Christ dans ce monde où la propre volonté domine. Il est de
la dernière importance d’avoir profondément gravée dans le cœur la vérité de la
Seigneurie du Christ. C’est le seul régulateur de la marche et de la conduite.
Cela résout une foule de questions. Si le cœur est réellement soumis à
l’autorité du Christ, il est en état de faire tout ce qu’il nous demande: de
demeurer en repos ou d’aller en avant, de faire peu ou beaucoup, d’être actif ou
passif. Pour un cœur vraiment obéissant, la question n’est point du tout: «Que
fais-je?» ou bien «où vais-je?» Elle est simplement ceci: «Est-ce que je fais la
volonté de mon Seigneur?»
Tel était le terrain qu’occupait Lévi. Or, remarquez le divin commentaire qui
nous en est donné par Malachie: «Et vous saurez que je vous ai envoyé ce
commandement, afin que mon alliance subsiste avec Lévi, dit l’Éternel des
armées. Mon alliance avec lui était la vie et la paix, et je les lui donnai pour
qu’il craignît; et il me craignit et trembla devant mon nom. La loi de vérité
était dans sa bouche, et l’iniquité ne se trouva pas sur ses lèvres; il marcha
avec moi dans la paix et dans la droiture, et il détourna de l’iniquité beaucoup
de gens» (Mal. 2:4-6). Remarquez encore la bénédiction que prononça Moïse: «Et
de Lévi il dit: Tes thummim et tes urim sont à l’homme de ta bonté, que tu as
éprouvé à Massa, et avec lequel tu as contesté aux eaux de Meriba; qui dit de
son père et de sa mère: Je ne l’ai point vu; et qui n’a pas reconnu ses frères,
et n’a pas connu ses fils. Car ils ont gardé tes paroles et observé ton
alliance; ils enseigneront tes ordonnances à Jacob et ta loi à Israël; ils
mettront l’encens sous tes narines et l’holocauste sur ton autel. Éternel bénis
sa force; et que l’œuvre de ses mains te soit agréable! Brise les reins de ceux
qui s’élèvent contre lui, et de ceux qui le haïssent, en sorte qu’ils ne
puissent plus se relever» (Deut. 33:8-11).
Il aurait pu paraître inexcusable, dur et sévère de la part de Lévi, de n’avoir
pas vu ses parents, connu ou reconnu ses frères. Mais les droits de Dieu sont
souverains; et Christ, notre Seigneur, a prononcé ces solennelles paroles: «Si
quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père, et sa mère, et sa femme, et ses
enfants, et ses frères, et ses sœurs, et même aussi sa propre vie, il ne peut
être mon disciple» (Luc 14:26).
Ce sont des paroles simples, et elles nous font pénétrer dans le secret de ce
qui se trouve à la base de tout vrai service. Que personne ne s’imagine que nous
devions être sans affection. Loin de nous une telle pensée. Être sans affection
naturelle, ce serait nous joindre moralement à l’apostasie des derniers jours.
(Voyez 2 Tim. 3:3.) Mais quand on laisse les droits de l’affection naturelle
intervenir comme obstacle dans le chemin de notre intègre et cordial service de
Christ, et quand le soi-disant amour de nos frères occupe une place plus élevée
que la fidélité à Christ, alors nous sommes peu propres au service du Seigneur
et indignes d’être appelés ses serviteurs. Que l’on observe avec soin que le
principe
moral
qui donnait à Lévi un titre à être employé au service de l’Éternel, c’était le
fait qu’il ne
voyait
pas ses parents, ne
reconnaissait
pas ses frères, ou ne
connaissait
pas ses enfants. En un mot, il était rendu capable de mettre complètement de
côté les droits de la nature, et de donner en son cœur une place souveraine aux
droits de l'Éternel. Ceci, nous le répétons, est la seule vraie base du
caractère du serviteur.
Encore une fois, que le lecteur chrétien y fasse bien attention. Il peut y avoir
une foule de choses qui passent pour être le service — beaucoup d’activité,
d’allées et de venues, d’actions et de paroles — et avec tout cela il peut n’y
avoir pas un seul atome de vrai service de Lévite, et, selon l’appréciation de
Dieu, ce ne peut être que l’inquiète activité de la volonté. Comment, dira-t-on,
la volonté peut-elle se montrer dans le service de Dieu en matière religieuse?
Hélas! elle le peut et le fait. Et très souvent l’apparente énergie et
l’abondance du travail et du service sont justement en proportion de l’énergie
de la volonté. Ceci est particulièrement solennel et exige le plus sévère
jugement de soi-même, dans la lumière de la présence de Dieu. Le vrai service ne
consiste pas dans une grande activité, mais dans une profonde soumission à la
volonté de notre Seigneur; et si cette soumission existe, il y aura promptitude
à rabaisser les droits des parents, des frères et des enfants pour accomplir la
volonté de Celui que nous reconnaissons comme Seigneur. Il est vrai que nous
devons aimer nos parents, nos frères et nos enfants. Il ne s’agit pas de les
aimer moins, mais d’aimer Christ davantage.
Il faut que le Seigneur Lui-même et ses droits aient toujours la première place
dans le cœur, si nous voulons être de vrais ouvriers de Dieu, de vrais
serviteurs de Christ, de vrais Lévites, au milieu du désert. C’était là ce qui
caractérisait les actes de Lévi, dans la circonstance que nous rappelons. Les
droits de Dieu étaient en question, et par conséquent on ne devait pas avoir
égard aux droits de la nature. Les parents, les frères et les enfants, quelque
chers qu’ils fussent, ne devaient pas être en opposition avec la gloire du Dieu
d’Israël qui avait été changée en la figure d’un bœuf qui broute l’herbe.
Ici gît toute la question dans toute son importance et sa grandeur. Les liens
des relations naturelles, et tous les droits, les devoirs et les responsabilités
qui naissent de tels liens, auront toujours leur propre place et leur légitime
estimation chez ceux dont le cœur, l’esprit et la conscience ont été placés sous
le pouvoir régulateur de la vérité de Dieu. On ne doit jamais permettre que rien
enfreigne ces droits fondés sur la parenté naturelle, si ce n’est ce qui est
réellement dû à Dieu et à son Christ. C’est une considération des plus
nécessaires et des plus utiles, et sur laquelle nous voulons insister
particulièrement auprès du jeune lecteur chrétien. Nous avons toujours à nous
garder d’un esprit de volonté propre et qui se complaît à soi-même, esprit qui
n’est jamais plus dangereux que lorsqu’il revêt l’apparence d’un service et d’un
travail soi-disant religieux. Il nous convient d’être
très
sûrs
que nous avons bien et uniquement à cœur les droits de Dieu, quand nous ne
tenons pas compte des droits de la parenté naturelle. Dans le cas de Lévi, la
chose était aussi claire que le soleil; voilà pourquoi «l’épée»
du jugement, et non un baiser d’affection, convenait à ce moment critique. Il en
est de même dans notre histoire; il y a des circonstances où ce serait une
infidélité ouverte à notre Seigneur, que d’écouter un seul instant la voix des
relations naturelles.
Les remarques précédentes peuvent aider le lecteur à comprendre les actes des
Lévites en Exode 32, et les paroles de notre Seigneur en Luc 14:26. Que l’Esprit
de Dieu nous rende capable de réaliser et de montrer le pouvoir et les devoirs
de la vérité!
Nous nous arrêterons maintenant, pendant quelques instants, sur la consécration
des Lévites, en
Nombres 8, afin de pouvoir envisager le
sujet dans son entier: C’est une véritable source d’instruction pour tous ceux
qui désirent être des ouvriers du Seigneur.
Après l’acte cérémoniel de «se laver» et de «se raser», dont nous avons déjà
parlé, nous lisons «Et ils (c’est-à-dire les Lévites) prendront un jeune
taureau, et son offrande de gâteau de fleur de farine pétrie à l’huile; et tu
prendras un second jeune taureau, pour sacrifice pour le péché. Et tu feras
approcher les Lévites devant la tente d’assignation, et tu réuniras toute
l’assemblée des fils d’Israël et tu feras approcher les Lévites devant
l’Éternel, et les fils d’Israël poseront leurs mains sur les Lévites; et Aaron
offrira les Lévites en offrande tournoyée devant l’Éternel, de la part des fils
d’Israël, et ils seront employés au service de l’Éternel. Et les Lévites
poseront leurs mains sur la tête des taureaux; et tu offriras l’un en sacrifice
pour le péché, et l’autre en holocauste à l’Éternel, afin de faire propitiation
pour les Lévites» (Nombres 8:8-12).
Ici nous sont présentés les deux grands aspects de la mort du Christ. L’un de
ces aspects nous est fourni par l’offrande pour le péché; l’autre par
l’holocauste. Nous n’entrerons pas dans le détail de ces offrandes, ayant essayé
de le faire précédemment dans les premiers chapitres de nos «Notes sur le
Lévitique». Nous voulons seulement faire observer ici que, dans l’offrande pour
le péché, nous voyons Christ portant le péché en son corps sur le bois, et
subissant la colère de Dieu contre le péché. Dans l’holocauste, nous voyons
Christ glorifiant Dieu, même en faisant la propitiation pour le péché. Dans les
deux cas l’expiation se fait; mais dans le premier, c’est une expiation en
rapport avec la profondeur des besoins du pécheur; dans le second, c’est une
expiation selon la mesure du dévouement de Christ à Dieu. Dans celui-là, nous
voyons la nature odieuse du péché; dans celui-ci la valeur suprême du Christ.
C’est, nous n’avons guère besoin de le dire, la même mort expiatoire du Christ,
mais présentée sous deux aspects différents 1.
1
Pour plus de détails sur la doctrine de l’offrande pour le péché et de
l’holocauste, nous renvoyons le lecteur aux chapitres 1 et 4 des Notes sur le
Lévitique.
Or les Lévites posaient leurs mains sur la victime pour le péché, et sur
l’holocauste; et cet acte d’imposition des mains exprimait simplement le fait de
l’identification. Mais combien le résultat était différent dans chaque cas!
Lorsque Lévi posait ses mains sur la tête de l’offrande pour le péché, cela
signifiait la translation sur la victime, de tous ses péchés, de toute sa
culpabilité, de toute sa cruauté, sa violence et sa propre volonté. Et d’un
autre côté, lorsqu’il posait ses mains sur la tête de l’holocauste, cela
impliquait la translation sur Lévi de toute l’acceptation et de toute la
perfection du sacrifice. Naturellement, nous parlons de ce que le type exprime.
Nous n’avons pas à nous prononcer sur la question de savoir si Lévi avait
l’intelligence de ces choses; nous cherchons simplement à expliquer le sens du
symbole cérémoniel; et très certainement aucun symbole ne saurait être plus
significatif que l’imposition des mains, considérée soit dans le cas de
l’offrande pour le péché, soit dans celui de l’holocauste. La doctrine de tout
cela est renfermée dans ce passage très important de la fin du chapitre 5 de la
deuxième épître aux Corinthiens «Celui qui n’a pas connu le péché, il l’a fait
péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en lui!»
«Et tu feras tenir les Lévites devant Aaron et devant ses fils, et tu les
offriras en offrande tournoyée à l’Éternel. Et tu sépareras les Lévites du
milieu des fils d’Israël, et les Lévites seront à moi. — Après cela les Lévites
viendront pour faire le service de la tente d’assignation, et tu les purifieras,
et tu les offriras en offrande tournoyée; car ils me sont entièrement donnés du
milieu des fils d’Israël: je les ai pris pour moi à la place de tous ceux qui
ouvrent la matrice, de tous les premiers-nés d’entre les fils d’Israël. Car tout
premier-né parmi les fils d’Israël est à moi, tant les hommes que les bêtes; je
me les suis sanctifiés le jour que je frappai tout premier-né dans le pays
d’Égypte. Et j’ai pris les Lévites à la place de tous les premiers-nés parmi les
fils d’Israël. Et j’ai donné les Lévites en don à Aaron et à ses fils, du milieu
des fils d’Israël, pour s’employer au service des fils d’Israël à la tente
d’assignation, et pour faire propitiation pour les fils d’Israël, afin qu’il n’y
ait pas de plaie au milieu des fils d’Israël quand les fils d’Israël
s’approcheraient du lieu saint. — Et Moïse et Aaron, et toute l’assemblée des
fils d’Israël, firent à l’égard des Lévites tout ce que l’Éternel avait commandé
à Moïse touchant les Lévites; les fils d’Israël firent ainsi à leur égard»
(Nombres 8:13-20).
Comme ce passage nous rappelle vivement les paroles de notre Seigneur en Jean
17: «J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu m’as donnés du monde; ils étaient
à toi, et tu me les as donnés; et ils ont gardé ta parole… Je fais des demandes
pour eux; je ne fais pas des demandes pour le monde, mais pour eux que tu m’as
donnés, parce qu’ils sont à toi (et tout ce qui est à moi, est à toi; et ce qui
est à toi est à moi), et je suis glorifié en eux.» (Vers. 6-10.)
Les Lévites formaient un peuple séparé, ils étaient la possession spéciale de
Dieu. Ils prenaient la place de tous les premiers-nés en Israël, de ceux qui
avaient été sauvés de l’épée du destructeur par le sang de l’agneau. Ils
étaient, en type, un peuple mort et ressuscité, mis à part pour Dieu, et que
Dieu offrait comme un don au souverain sacrificateur Aaron, pour faire le
service du tabernacle.
Quelle position pour le volontaire, le violent, le cruel Lévi! Quel triomphe de
la grâce! Quel exemple de l’efficacité du sang de propitiation et de l’eau de
purification! Ils étaient, par leur nature et par leurs œuvres, éloignés de
Dieu.; mais le «sang» expiatoire, l’«eau» de purification et le «rasoir» du
jugement personnel avaient fait leur œuvre bénie. En conséquence, les Lévites
étaient en état d’être offerts comme un don à Aaron et à ses fils, et de leur
être associés dans les saints services du tabernacle d’assignation.
En tout ceci, les Lévites étaient un type frappant du peuple actuel de Dieu.
Ceux qui formaient ce peuple ont été élevés et retirés des profondeurs de leur
dégradation et de leur ruine comme pécheurs. Ils sont blanchis dans le sang
précieux du Christ, purifiés par l’application de la parole, et appelés à
l’exercice d’un jugement de soi-même habituel et sévère. Ils sont ainsi rendus
aptes au saint service auquel ils sont appelés. Dieu les a donnés à son Fils
pour qu’ils puissent être ses ouvriers dans ce monde. «Ils étaient à toi et tu
me les as donnés.» Chose merveilleuse! Penser qu’il soit là question de
personnes telles que nous! Penser que nous appartenons à Dieu et qu’il nous a
donnés à son Fils! Nous pouvons bien dire que cela surpasse toute conception
humaine. Nous ne sommes pas seulement sauvés de l’enfer, ce qui est vrai; nous
ne sommes pas seulement pardonnés, justifiés, acceptés, tout cela est vrai; mais
nous sommes encore appelés à la charge suprême et sainte de porter dans ce monde
le Nom, le témoignage et la gloire de notre Seigneur Jésus Christ. C’est là
notre œuvre de vrais et fidèles Lévites. Comme guerriers, nous sommes appelés à
combattre; comme sacrificateurs, nous avons le privilège de rendre un culte;
mais comme Lévites, nous sommes responsables de servir; et notre service
consiste à porter, à travers la scène d’un aride désert, l’antitype du
tabernacle, qui était la figure du Christ. C’est la ligne distincte de notre
service. C’est à cela que nous sommes appelés — c’est pour cela que nous sommes
mis à part.
Le lecteur remarquera avec intérêt, nous n’en doutons pas, le fait que c’est
dans ce livre des Nombres et là seulement, que nous sont donnés tous les détails
précieux et profondément instructifs sur les Lévites. Ce fait nous offre une
nouvelle explication du caractère de notre livre. C’est en nous plaçant dans le
désert que nous avons une vue exacte et complète des ouvriers de Dieu, comme de
ses guerriers.
Examinons un peu maintenant le service des Lévites, qui nous est détaillé aux
chapitres 3 et 4 des Nombres. «Et l’Éternel parla à Moïse, disant: Fais
approcher la tribu de Lévi, et fais-la se tenir devant Aaron, le sacrificateur,
afin qu’ils le servent, et qu’ils accomplissent ce qui appartient à son service,
et au service de toute l’assemblée, devant la tente d’assignation, pour faire le
service du tabernacle; et ils auront la charge de tous les ustensiles de la
tente d’assignation, et de ce qui se rapporte au service des fils d’Israël, pour
faire le service du tabernacle. Et tu donneras les Lévites à Aaron et à ses
fils; ils lui sont absolument donnés d’entre les fils d’Israël.» (Chap. 3:5-9.)
Les Lévites représentaient
l’assemblée entière des Israélites, et agissaient en leur faveur. Ceci ressort
du fait que les fils d’Israël posaient leurs mains sur la tête des Lévites,
comme ceux-ci posaient les leurs sur la tête des sacrifices. (Chap. 8:10.)
L’acte de l’imposition exprimait l’identification, de sorte que les Lévites
offrent un aspect tout spécial du peuple de Dieu dans le désert. Ils nous le
présentent comme une troupe de zélés ouvriers, et non pas, qu’on le remarque
bien, comme de simples travailleurs inconstants et irréguliers, courant çà et
là, et faisant chacun ce qui lui semble bon. Rien de pareil ici. Si les hommes
de guerre avaient à montrer leur généalogie et à demeurer fidèles à leur
bannière, les Lévites avaient à se réunir autour de leur centre et à accomplir
leur tâche. Tout était aussi clair, aussi distinct et aussi déterminé que
possible et, de plus, tout était sous l’autorité et la direction immédiates du
souverain sacrificateur.
Il est très nécessaire, pour tous ceux qui veulent être de vrais Lévites, des
ouvriers fidèles et des serviteurs intelligents, de peser bien sérieusement ce
sujet. Le service des Lévites devait être réglé par les directions du
sacrificateur. Il n’y avait pas plus lieu à l’exercice de la propre volonté dans
le service des Lévites, qu’il n’y en avait dans la position des hommes de
guerre. Tout était divinement établi, et c’était une grâce particulière pour
tous ceux dont les cœurs étaient dans un bon état. Pour celui dont la volonté
n’était pas brisée, il pouvait sembler que ce fût une tâche pénible et des plus
fastidieuses, que d’être obligé d’occuper la même position, ou d’être
invariablement engagé dans la même série de travaux. Un tel homme pouvait
soupirer après quelque chose de nouveau, quelque variété dans son œuvre. Mais,
au contraire, quand la volonté était soumise et le cœur réglé, chacun pouvait
dire: «Mon sentier est parfaitement tracé; je n’ai qu’à obéir». C’est toujours
l’affaire du vrai serviteur; et c’est ce qui a été supérieurement accompli par
Celui qui fut le seul parfait serviteur qui ait passé sur la terre. Il pouvait
dire: «Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de
celui qui m’a envoyé» (Jean 6:38). Et encore: «Ma viande est de faire la volonté
de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre» (Jean 4:34).
Mais il est un autre fait, digne d’attention, relativement aux Lévites; c’est
que leur service avait exclusivement rapport au tabernacle et à ce qui en
dépendait. Ils n’avaient rien d’autre à faire. Penser à mettre la main à quoi
que ce fût d’autre eût été, pour un Lévite, renier son appel, abandonner son
œuvre divinement fixée, et se soustraire aux commandements de Dieu.
Il en est ainsi des chrétiens de nos jours. Leur affaire exclusive, — leur seule
grande œuvre, — leur essentiel service, c’est Christ et ce qui le concerne. Ils
n’ont rien d’autre à faire. Pour un chrétien, penser à mettre la main à autre
chose, c’est renier sa vocation abandonner son œuvre divinement fixée, et se
soustraire aux commandements de Dieu. Un vrai Lévite de l’ancienne alliance
pouvait dire: «Pour moi vivre, c’est le tabernacle»; et maintenant un vrai
chrétien peut dire: «Pour moi vivre, c’est Christ». La grande question, dans
tout ce qui peut se présenter au chrétien, est celle-ci: «Puis-je joindre Christ
à telle ou telle chose?» Si je ne le puis, je n’ai absolument rien à faire avec
elle.
C’est la vraie manière de considérer les choses. Il ne s’agit pas là de savoir
si ceci ou cela est bien ou mal. Non, il s’agit simplement de savoir jusqu’à
quel point cela se rattache au nom et à la gloire du Christ. Cela simplifie tout
étonnamment, répond à mille questions, résout mille difficultés, et rend le
chemin du chrétien sérieux et fidèle, aussi clair qu’un rayon de soleil. Un
Lévite n’avait pas de difficultés au sujet de son œuvre; elle lui était
déterminée avec une précision divine. Le fardeau que chacun avait à porter, et
l’œuvre que chacun avait à faire étaient indiqués avec une clarté qui ne
laissait aucun lieu aux questions du cœur. Chacun pouvait connaître son ouvrage
et le faire; et ajoutons qu’il n’était fait que par ceux qui s’acquittaient de
leurs fonctions spéciales. Ce n’était pas en courant çà et là, et en faisant
ceci ou cela, que le service du tabernacle s’accomplissait dûment; mais c’était
par le soin assidu avec lequel chacun s’attachait à sa vocation particulière.
Il est bon de ne pas oublier cela. Nous sommes très disposés, comme chrétiens, à
rivaliser les uns avec les autres, et ainsi à nous entraver mutuellement; et
nous sommes sûrs d’agir ainsi, si chacun de nous ne suit pas sa propre ligne de
conduite divinement tracée. Nous disons: «divinement
tracée», et nous insistons sur le mot. Nous n’avons nul droit de choisir notre
propre œuvre. Si le Seigneur a fait d’un homme un évangéliste, d’un autre un
docteur, d’un autre un pasteur; s’il en a doué un autre pour l’exhortation,
comment l’œuvre doit-elle se faire? Assurément ce n’est point par l’évangéliste
essayant d’enseigner, et par le docteur essayant d’exhorter, ou par quelqu’un
qui, n’étant qualifié ni pour l’un ni pour l’autre de ces dons, essaie de les
exercer tous deux. Non; c’est par chacun exerçant le don qui lui a été
divinement conféré. Sans doute, le Seigneur peut, quand il lui plaît; revêtir un
même individu d’une variété de dons; mais cela ne touche en aucune façon au
principe sur lequel nous insistons, qui est simplement celui-ci: Chacun de nous
est tenu de connaître sa propre direction de marche et d’action, et de la
poursuivre. Si nous perdons cela de vue, nous tomberons dans une désespérante
confusion. Dieu a ses carriers, ses tailleurs de pierre et ses maçons. L’œuvre
avance par le travail de chaque ouvrier s’attachant diligemment à son propre
ouvrage. Si tous étaient carriers, où seraient les tailleurs de pierre? Si tous
étaient tailleurs de pierre, où seraient les maçons? Celui qui aspire à un autre
ordre de choses, ou qui cherche à imiter le don d’un autre, fait le plus grand
tort possible à la cause de Christ et à l’œuvre de Dieu dans le monde. C’est une
grave erreur contre laquelle nous voudrions sérieusement prémunir le lecteur.
Rien ne peut être plus insensé. Dieu ne se répète jamais. Il n’existe pas deux
figures pareilles, et il n’y a pas dans une forêt deux feuilles ni deux brins
d’herbe exactement semblables. Pourquoi donc quelqu’un aspirerait-il à la ligne
de travaux d’un autre, ou affecterait-il de posséder le don d’un autre? Que
chacun soit content d’être précisément ce que son maître l’a fait. C’est le
secret d’une vraie paix et du progrès.
Tout ceci trouve une illustration éclatante dans le résumé inspiré de ce qui a
trait au service des trois classes distinctes des Lévites, que nous allons citer
tout au long pour faciliter les choses au lecteur. Il n’est rien en définitive
qui puisse être comparé au véritable langage des Saintes Écritures.
«Et l’Éternel, parla à Moïse, dans le désert de Sinaï, disant: Dénombre les fils
de Lévi selon leurs maisons de pères, selon leurs familles, tu dénombreras tous
les mâles depuis l’âge d’un mois et au-dessus. Et Moïse les dénombra selon le
commandement de l’Éternel, comme il lui avait été commandé. Ce sont ici les fils
de Lévi, selon leurs noms Guershon, et Kehath, et Merari. Et ce sont ici les
noms des fils de Guershon, selon leurs familles Libni et Shimhi. Et les fils de
Kehath, selon leurs familles Amram, et Jitsehar, Hébron, et Uziel. Et les fils
de Merari, selon leurs familles Makhli et Mushi. Ce sont là les familles de
Lévi, selon leurs maisons de pères. De Guershon, la famille des Libnites et la
famille des Shimhites; ce sont là les familles des Guershonites: ceux d’entre
eux qui furent dénombrés, en comptant tous les mâles depuis l’âge d’un mois et
au-dessus, ceux qui furent dénombrés furent sept mille cinq cents. Les familles
des Guershonites campèrent derrière le tabernacle, vers l’occident; et le prince
de la maison de père des Guershonites était Éliasaph, fils de Laël. Et la charge
des fils de Guershon, à la tente d’assignation, était le tabernacle et la tente,
sa couverture, et le rideau de l’entrée de la tente d’assignation, et les
tentures du parvis, et le rideau de l’entrée du parvis qui entoure le tabernacle
et l’autel, et ses cordages pour tout son service.» (Chap. 3:14-26.) Ailleurs
nous lisons: «Et l’Éternel parla à Moïse, disant: Relève aussi la somme des fils
de Guershon, selon leurs maisons de pères, selon leurs familles; tu les
dénombreras depuis l’âge de trente ans et au-dessus, jusqu’à l’âge de cinquante
ans: tous ceux qui entrent en service pour s’employer au service, à la tente
d’assignation. C’est ici le service des familles des Guershonites, pour servir
et pour porter: ils porteront les tapis du tabernacle et la tente d’assignation;
sa couverture, et la couverture de peaux de taissons qui est sur elle
par-dessus, et le rideau de l’entrée de la tente d’assignation, et les tentures
du parvis, et le rideau de l’entrée de la porte du parvis qui entoure le
tabernacle et l’autel, et leurs cordages, et tous les ustensiles de leur
service; tout ce qui doit être fait avec eux constituera leur service. Tout le
service des fils des Guershonites, dans tout ce qu’ils portent et dans tout leur
service, sera selon les ordres d’Aaron et de ses fils; et vous leur donnerez en
charge tout ce qu’ils doivent porter. C’est là le service des familles des fils
des Guershonites à la tente d’assignation; et leur charge sera sous la main
d’Ithamar, fils d’Aaron, le sacrificateur.» (Chap. 4:21-28.)
Voilà pour ce qui regarde Guershon et son œuvre. Lui et son frère Merari avaient
à porter «le tabernacle», tandis que Kehath était appelé à porter «le sanctuaire»,
ainsi que nous lisons au chap. 10: «Et le tabernacle fut démonté; puis les fils
de Guershon et les fils de Merari partirent, portant le tabernacle… Puis les
Kehathites partirent, portant
le sanctuaire;
et on (c’est-à-dire les Guershonites et les Merarites) dressa le tabernacle, en
attendant leur arrivée» (vers. 17-21). Il y avait un fort lien moral qui
unissait Guershon et Merari dans leur service, quoique leur œuvre fût
parfaitement différente, comme nous le verrons par le passage suivant.
«Quant aux fils de Merari, tu les dénombreras selon leurs familles, selon leurs
maisons de pères. Tu les dénombreras depuis l’âge de trente ans et au-dessus,
jusqu’à l’âge de cinquante ans, tous ceux qui entrent en service pour s’employer
au service de la tente d’assignation. Et c’est ici la charge de ce qu’ils auront
à porter, selon tout leur service à la tente d’assignation: les ais du
tabernacle, et ses traverses, et ses piliers, et ses bases, et les piliers du
parvis tout autour, et leurs bases, et leurs pieux, et leurs cordages, tous
leurs ustensiles, selon tout leur service et vous leur compterez, en les
désignant par nom, les objets qu’ils auront charge de porter. C’est là le
service des familles des fils de Merari, pour tout leur service à la tente
d’assignation, sous la main d’Ithamar, fils d’Aaron, le sacrificateur.» (Chap.
4:29-33.)
Tout cela était clair et distinct. Guershon n’avait rien à faire avec les ais et
les piquets; et Merari n’avait rien à faire avec les tentures ou les
couvertures. Et cependant ils étaient très intimement unis, comme ils étaient
dans une mutuelle dépendance. «Les ais et les bases» n’auraient servi à rien
sans les «tentures»; et celles-ci auraient été inutiles sans les ais et les
soubassements. Et quant aux «pieux», quoiqu’ils parussent si insignifiants, qui
pourrait apprécier l’importance qu’ils avaient en reliant entre eux les objets,
et en maintenant la visible unité du tout? Ainsi tous travaillaient ensemble à
une fin commune, et cette fin était atteinte par chaque individu restant occupé
de sa propre ligne spéciale de travail. Si un Guershonite s’était mis dans la
tête d’abandonner les «tentures» pour s’occuper des «pieux», il aurait laissé
son œuvre propre inexécutée et se serait mêlé de l’œuvre des Merarites. Cela
n’aurait jamais pu aller. Tout eût été jeté dans une fâcheuse confusion, tandis
qu’en s’attachant à la règle divine, tout était maintenu dans l’ordre le plus,
admirable.
Il devait être extrêmement beau de voir les ouvriers, de Dieu dans le désert.
Chacun était à son poste, et agissait dans la sphère qui lui était divinement
assignée. C’est pourquoi dès que la nuée s’était levée, et que l’ordre de
démonter le tabernacle était donné, chacun savait ce qu’il avait à faire, et ne
faisait rien d’autre. Nul n’avait le droit de suivre ses propres pensées.
L'Éternel pensait pour tous. Les Lévites s’étaient déclarés «pour l’Éternel»;
ils s’étaient soumis à son autorité; et ce fait était à la base même de toute
leur œuvre et de leur service dans le désert. Cette œuvre étant considérée sous
ce jour, il était tout à fait indifférent qu’un homme eût à s’occuper d’un clou,
d’une tenture ou d’un chandelier d’or. La grande question pour chacun et pour
tous était seulement «Est-ce là mon ouvrage? Est-ce là ce que le Seigneur m’a
donné à faire?»
Ceci fixe tout. Si les choses avaient été laissées à l’estimation ou au choix de
l’homme, tel individu eût aimé ceci, tel autre cela, et un troisième quelque
autre chose. Comment alors le tabernacle aurait-il jamais été porté à travers le
désert ou dressé à sa place? Impossible! Il ne pouvait y avoir qu’une autorité
suprême, savoir l'Éternel lui-même. Il disposait de tout et tous avaient à se
soumettre à lui. Il ne restait nulle place pour l’exercice de la volonté
humaine. C’était une grâce remarquable. Elle écartait une foule de luttes et de
confusions. Il faut de la soumission, il faut une volonté brisée, il faut une
cordiale adhésion à l’autorité de Dieu, autrement on en viendrait à l’état dont
il est question dans le livre des Juges: «Chacun faisait ce qui était bon à ses
yeux.» Un Merarites pouvait dire, ou le penser s’il ne le disait pas: «Quoi!
dois-je dépenser la meilleure partie de ma vie ici-bas — les jours de ma force
et de ma vigueur — à prendre soin de quelques pieux? Était-ce pour cela que
j’étais né? Ne dois-je pas avoir dans ma vie un but plus élevé que celui-là?
Serait-ce ma seule occupation de l’âge de trente ans à celui de cinquante?»
Il y avait une double réponse à de telles questions. En premier lieu, c’était
assez pour le Merarites de savoir que l'Éternel lui avait assigné son ouvrage.
Cela suffisait pour donner de la dignité à ce que la nature pouvait regarder
comme l’affaire la plus infime et la plus vile. Ce que nous faisons importe peu,
pourvu que nous accomplissions toujours notre travail ordonné de Dieu. Un homme
peut poursuivre une carrière que ses semblables jugeraient être fort brillante;
il peut dépenser son énergie, son temps, ses talents, sa fortune à la poursuite
de ce que les hommes de ce monde estiment grand et glorieux, et avec tout cela,
sa vie peut n’être qu’une brillante bagatelle. Mais, d’un autre côté, l’homme
qui fait simplement la volonté de Dieu, quelle qu’elle puisse être — l’homme qui
exécute les commandements du Seigneur, quoi que ce soit que ces commandements
lui prescrivent — cet homme-là marchera dans un sentier éclairé par les rayons
de l’approbation de Dieu, et son œuvre sera rappelée lorsque les plus splendides
projets des enfants de ce siècle seront tombés dans l’éternel oubli.
Mais, outre la valeur morale toujours liée à l’accomplissement du devoir qu’on
est appelé à remplir, il y avait aussi une dignité particulière, se rattachant à
l’œuvre d’un Merarites, alors même que cette œuvre ne consistait qu’à prendre
soin de quelques «pieux» ou de quelques «bases». Tout ce qui se rapportait au
tabernacle offrait le plus profond intérêt et possédait la plus haute valeur. Il
n’y avait rien, dans le monde entier, qui pût être comparé avec ce tabernacle
fait de planches et toutes ses dépendances mystiques. C’était une sainte dignité
et un saint privilège que d’être admis à toucher le moindre piquet qui formait
une partie de ce merveilleux tabernacle dans le désert. Il était infiniment plus
glorieux d’être un Merarites, veillant aux piquets du tabernacle, que de porter
le sceptre de l’Égypte ou de l’Assyrie. Il est vrai, ce Merarites, selon le sens
de son nom, pouvait paraître un pauvre homme «affligé» et fatigué; mais son
labeur était lié à la demeure du Dieu Très-Haut, possesseur des cieux et de la
terre. Ses mains maniaient des objets qui étaient les modèles des choses qui
sont au ciel. Chaque pieu, chaque socle, chaque tenture, chaque couverture,
étaient une ombre des grandes choses à venir — une figure symbolique du Christ.
Nous ne prétendons pas affirmer que le pauvre Merarites ou Guershonite, ainsi
occupé, comprit ces choses. Ce n’est nullement la question à traiter ici.
Nous
pouvons comprendre ces choses. C’est notre privilège de les placer toutes — le
tabernacle et ses meubles mystiques — sous la brillante lumière du Nouveau
Testament, et d’y découvrir Christ en tout.
Toutefois, tout en ne préjugeant rien sur la mesure d’intelligence que
possédaient les Lévites, dans leur œuvre respective, nous pouvons pourtant dire,
avec assurance, que c’était un privilège très précieux que celui d’être admis à
toucher, à manier, et à porter à travers le désert, l’ombre terrestre des
célestes réalités. De plus, c’était une grâce spéciale d’avoir l’autorité d’un
«Ainsi a dit l’Éternel» pour toutes les choses auxquelles ils mettaient leurs
mains. Qui peut apprécier une telle grâce, un tel privilège? Chaque membre de
cette merveilleuse tribu d’ouvriers avait sa ligne particulière — de travaux,
tracée de la main de Dieu même, et surveillée par le sacrificateur de Dieu. Il
ne s’agissait pas que chacun fît ce qu’il trouvait bon ou marchât sur les
brisées d’un autre, mais que tous se soumissent à l’autorité de Dieu et fissent
précisément ce qu’ils étaient appelés à faire. C’était là le secret de l’ordre
pour tous ces huit mille cinq cent quatre-vingts ouvriers. (Chap. 4:48.) Et nous
pouvons dire, avec toute l’assurance possible, que c’est encore le seul vrai
secret de l’ordre. Pourquoi trouvons-nous tant de confusion dans l’Église
professante? Pourquoi tant de conflits de pensées, d’opinions, de sentiments?
Pourquoi tant d’oppositions des uns aux autres? Pourquoi tant d’empiétements sur
le chemin du prochain? Simplement parce qu’on manque d’une soumission entière et
absolue à la parole de Dieu. Notre
volonté
est à l’œuvre. Nous choisissons nos propres voies au lieu de laisser à Dieu le
soin de les choisir pour nous. Il nous faut cette attitude et cet état d’âme, où
toutes
les pensées humaines, et les nôtres en particulier, sont mises à la place qui
leur convient réellement; et où les pensées de Dieu s’élèvent jusqu’à une
souveraineté pleine et complète.
Ceci, nous en sommes convaincu, est le grand desideratum, ou ce qui nous manque
surtout; c’est l’urgent besoin des jours où nous vivons. La volonté de l’homme
prend partout toujours plus d’ascendant. «Rompons, disent-ils, leurs liens, et
jetons loin de nous leurs cordes!» (Psaume 2:3.)
Tel est plus que jamais l’esprit de ce siècle. Quel en est l’antidote?
La
soumission!
La soumission à quoi? Est-ce à ce qu’on appelle l’autorité de l’Église? Est-ce à
la voix de la tradition, aux commandements et aux doctrines des hommes? Non,
béni soit Dieu, ce n’est ni à l’une de ces choses, ni à toutes ensemble. À quoi
donc? À la voix du Dieu vivant, à la voix de l’Écriture Sainte. C’est là le
grand remède contre la propre volonté, d’un côté, et la soumission à l’autorité
humaine, de l’autre. «Nous devons
obéir.»
Telle est la réponse à la volonté propre. «Nous devons obéir à
Dieu.»
Telle est la réponse à un lâche assujettissement à l’autorité humaine en matière
de foi. Nous avons toujours affaire à ces deux éléments. Le premier, la volonté
propre, se résout en infidélité. Le second, la soumission à l’homme, se résout
en superstition. Ces deux tendances exerceront leur influence sur tout le monde
civilisé. Elles entraîneront tout, sauf ceux qui sont enseignés de Dieu à dire,
à sentir et à agir d’après cette immortelle maxime «Nous devons obéir à Dieu
plutôt qu’aux hommes».
C’était ce qui, dans le désert, rendait le Guershonite capable de veiller à ces
«peaux de taissons», rudes et d’un aspect peu agréable; c’était ce qui rendait
le Merarites capable de prendre soin de ces «pieux», si insignifiants en
apparence. Oui, et c’est aussi ce qui, de nos jours, rendra le chrétien capable
de s’appliquer à la ligne spéciale de service, auquel son Seigneur peut trouver
bon de l’appeler. Quoique, aux yeux des hommes, tel genre de service puisse
paraître rude et sans attrait, vil et insignifiant, il nous suffit que notre
Seigneur nous ait assigné notre poste et nous ait donné notre travail, et que ce
travail ait un rapport immédiat à la Personne et à la gloire de Celui qui est le
porte enseigne entre dix mille, et dans lequel tout est aimable. Nous aussi,
nous pouvons nous borner à l’antitype de la peau de taissons grossière et
disgracieuse, ou du pieu insignifiant. Mais souvenons-nous que tout ce qui se
rapporte à Christ, à son Nom, — à sa Personne — à sa Cause — ici-bas, est
indiciblement précieux à Dieu. Cela peut être très petit au jugement de l’homme,
mais qu’importe? Nous devons considérer les choses au point de vue de Dieu, nous
devons les mesurer à Sa mesure qui est Christ, Dieu mesure tout par Christ. Tout
ce qui a le moindre rapport avec Christ est intéressant et important au jugement
de Dieu; tandis que les desseins les plus éclatants, les projets les plus
gigantesques, les entreprises les plus étonnantes des hommes du monde, tout
s’évanouit comme les brouillards de l’aube du jour et la rosée du matin. L’homme
fait de
son moi
son propre centre, son propre objet, sa propre règle. Il estime les choses selon
la mesure dont elles l’exaltent et favorisent ses intérêts. Il se sert même de
la religion dans le même but, et il en fait un piédestal pour s’élever lui-même.
En un mot, tout est employé à former un capital pour le
moi,
et est utilisé comme réflecteur pour porter la lumière et appeler l’attention
sur le
moi.
Il y a ainsi un immense abîme entre les pensées de Dieu et celles de l’homme; et
les bords de cet abîme sont aussi éloignés l’un de l’autre que
Christ
l’est de l’égoïsme de l’homme. Tout ce qui appartient à Christ est d’une
importance et d’un intérêt éternels. Tout ce qui tient au
moi
disparaîtra et sera oublié. Par conséquent, la plus fatale erreur où puisse
tomber un homme, c’est de faire du
moi
son unique objet; le résultat en sera un éternel mécompte. Mais, d’un autre
côté, la chose la plus sage, la plus sûre et la meilleure que puisse faire
l’homme, c’est de prendre Christ pour son unique objet; car cela le conduira
infailliblement à une gloire et à une bénédiction éternelles.
Bien-aimé lecteur, arrêtez-vous un instant et interrogez votre cœur et votre
conscience. Il nous semble qu’en ce moment nous avons à nous acquitter d’une
sainte responsabilité vis-à-vis de votre âme. Nous écrivons ces lignes dans la
solitude de notre cabinet à Bristol, et peut-être les lirez-vous dans la
solitude du vôtre à la Nouvelle-Zélande, en Australie ou dans quelque autre
contrée lointaine. Nous voudrions donc rappeler que notre but n’est pas d’écrire
un livre, ni même simplement d’expliquer l’Écriture. Nous désirons être employé
de Dieu à agir sur le fond de votre âme. Permettez-nous donc de vous poser cette
question solennelle et pressante
Quel est votre objet?
Est-ce Christ, ou le moi? Soyez sincère devant le Scrutateur des cœurs,
Tout-Puissant et qui voit tout. Portez sur vous-même un sévère jugement comme
étant dans la lumière de la présence de Dieu. Ne vous laissez pas tromper par
quelque apparence brillante ou fausse. Le regard de Dieu pénètre à travers la
surface des choses, et il voudrait que vous fissiez de même. Il vous présente
Christ en contraste avec tout le reste. L’avez-vous reçu? Est-il votre sagesse,
votre justice, votre sainteté et votre rédemption? Pouvez-vous dire sans
hésitation: «Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui»? Sondez et voyez. Est-ce
là pour vous un point parfaitement réglé, enraciné bien avant dans les
profondeurs mêmes de votre âme. S’il en est ainsi, faites-vous de Christ votre
unique objet? Mesurez-vous toute chose par Lui?
Ah! cher ami, ce sont des questions propres à sonder le cœur. Soyez assuré que
nous ne vous les posons pas sans en avoir senti, pour nous-même, l’énergie et le
pouvoir. Dieu nous est témoin que nous sentons, quoique bien faiblement, — leur
importance et leur gravité. Nous sommes profondément et parfaitement convaincu
que rien ne demeurera sauf ce qui se rattache à Christ, et de plus, que la plus
infime affaire qui, fût-ce de loin, se rapporte à Lui, est d’un haut intérêt au
jugement du Ciel. S’il nous est donné d’éveiller le sentiment de ces vérités
dans quelque cœur, ou d’affermir ce sentiment-là où il a déjà été éveillé, nous
estimerons n’avoir pas écrit ce volume en vain.
Maintenant, avant de clore cette longue section, jetons un coup d’œil sur les
Kehathites et leur œuvre.
«Et l’Éternel parla à Moïse et à Aaron, disant: Relève la somme des fils de
Kehath d’entre les fils de Lévi, selon leurs familles, selon leurs maisons de
pères, depuis l’âge de trente ans et au-dessus, jusqu’à l’âge de cinquante ans,
tous ceux qui entrent en service pour faire l’œuvre dans la tente d’assignation.
C’est ici le service des fils de Kehath, dans la tente d’assignation: c’est une
chose très sainte. Et lorsque le camp partira, Aaron et ses fils entreront, et
ils démonteront le voile qui sert de rideau, et en couvriront
l’arche
du témoignage; et ils mettront dessus une couverture de peaux de taissons, et
étendront par-dessus un drap tout de bleu; et ils y placeront les barres. Et ils
étendront un drap de bleu sur la
table
des pains de proposition, et mettront sur elle les plats, et les coupes, et les
vases, et les gobelets de libation; et le pain continuel sera sur elle. Et ils
étendront sur ces choses un drap d’écarlate, et ils le couvriront d’une
couverture de peaux de taissons, et ils y placeront les barres. Et ils prendront
un drap de bleu, et en couvriront le chandelier du luminaire, et ses lampes, et
ses mouchettes, et ses vases à cendre, et tous ses vases à huile, dont on fait
usage pour son service; et ils le mettront, avec tous ses ustensiles, dans une
couverture de peaux de taissons, et le mettront sur une perche. Et sur
l’autel
d’or
ils étendront un drap de bleu, et le couvriront d’une couverture de peaux de
taissons, et y placeront les barres. Et ils prendront tous les ustensiles du
service avec lesquels on sert dans le lieu saint, et ils les mettront dans un
drap de bleu, et les couvriront d’une couverture de peaux de taissons, et les
mettront sur une perche. Et ils ôteront les cendres de
l’autel,
et ils étendront sur lui un drap de pourpre. Et ils mettront dessus tous ses
ustensiles dont on fait usage pour son service les brasiers, les fourchettes, et
les pelles, et les bassins, tous les ustensiles de l’autel; et ils étendront
dessus une couverture de peaux de taissons, et y placeront les barres. — Et
lorsque Aaron et ses fils auront achevé de couvrir le lieu saint et tous les
ustensiles du lieu saint, lors du départ du camp, après cela les fils de Kehath
viendront pour les porter, afin qu’ils ne touchent pas les choses saintes, et ne
meurent pas. C’est là ce que les fils de Kehath porteront de la tente
d’assignation.» (Chap. 4:1-15.)
Nous voyons ici quelles fonctions sacrées étaient confiées à la charge des
Kehathites. L’arche, la table d’or, le chandelier d’or, l’autel d’or et l’autel
des holocaustes — tout cela était les ombres des biens à venir, les modèles de
ce qui est dans les cieux, les figures des choses vraies, les types du Christ,
dans sa Personne, son œuvre et ses offices, comme nous avons essayé de le
montrer dans les «Notes sur l’Exode», aux chapitres 24-30. Ces choses nous sont
ici présentées au désert, dans leur vêtement de voyage, s’il nous est permis de
nous servir de cette expression. À l’exception de l’arche de l’alliance, toutes
ces choses avaient alors la même apparence aux yeux de l’homme, savoir la
grossière couverture de peaux de taissons. L’arche présentait cette différence
que par-dessus les peaux de laissons, il y avait «un drap de bleu», qui
désignait, sans doute, le caractère entièrement céleste du Seigneur Jésus
Christ, dans sa Personne divine. Ce qui était essentiellement céleste en Lui se
manifestait toujours au dehors pendant son séjour ici-bas. Il fut constamment
l’homme céleste, «le Seigneur du ciel». Au-dessous du drap bleu se trouvaient
les peaux de taissons, qui peuvent être regardées comme l’expression de ce qui
garantit du mal. L’arche était le seul objet qui fût couvert de cette manière
particulière.
Quant à «la table des pains de proposition», qui était un type de notre Seigneur
Jésus Christ, dans sa relation avec les douze tribus d’Israël, il y avait
d’abord «un drap de
bleu»,
ensuite un «drap
d’écarlate»;
et par-dessus tout, les peaux de taissons. En d’autres termes, il y avait ce qui
était essentiellement céleste; puis ce qui représentait la splendeur humaine; et
sur le tout, ce qui préservait du mal. Le but de Dieu est que les douze tribus
d’Israël aient la suprématie sur la terre, qu’en elles soit réalisé le type le
plus élevé de la splendeur de l’homme. De là, la convenance du drap d’écarlate
sur la table des pains de proposition. Les douze pains représentaient évidemment
les douze tribus; et quant à la couleur écarlate, le lecteur n’a qu’à parcourir
l’Écriture pour voir qu’elle représente ce que l’homme considère comme
somptueux.
Les couvertures du chandelier et de l’autel d’or étaient identiques, savoir,
d’abord la couverture céleste, et ensuite à l’extérieur, les peaux de laissons.
Dans le chandelier; nous voyons Christ, en rapport avec l’œuvre du Saint Esprit
en lumière et en témoignage. L’autel d’or nous montre Christ et la valeur de son
intercession, le parfum et la haute importance de ce qu’Il est devant Dieu. Ces
deux objets, en traversant les sables du désert, étaient enveloppés de ce qui
était céleste, et protégés au-dessus par les peaux de taissons.
Enfin, dans l’autel d’airain, nous observons une distinction marquée. Il était
couvert de «pourpre» au lieu de «bleu» ou d’«écarlate». Pourquoi cela? Sans
doute parce que l’autel d’airain préfigure Christ comme Celui qui
«a
souffert
pour les péchés», et qui doit, par conséquent, porter le sceptre de la royauté.
Le «pourpre» est la couleur royale. Celui qui a souffert dans ce monde, régnera.
Celui qui a porté la couronne d’épines, portera la couronne de gloire. Voilà
pourquoi la couverture de «pourpre» convenait à l’autel d’airain, car on y
offrait la victime. Nous savons qu’il n’est rien dans l’Écriture qui n’ait sa
signification divine, et c’est notre privilège, aussi bien que notre devoir, de
chercher à comprendre, le sens de tout ce que notre Dieu a écrit, selon sa
grâce, pour notre instruction. C’est à quoi, croyons-nous, on ne peut parvenir
qu’en s’attendant à Dieu avec humilité, patience et prière. Celui qui a inspiré
le Livre connaît parfaitement le but et l’objet du Livre dans son ensemble et de
chacune de ses divisions en particulier. Cette conviction doit avoir pour effet
de réprimer les profanes écarts de l’imagination. L’Esprit de Dieu peut seul
ouvrir les Écritures à nos âmes. Dieu est son propre interprète dans la
Révélation aussi bien que dans la Providence, et plus nous nous appuyons sur
Lui, dans le sentiment vrai de notre néant, plus nous acquérons une connaissance
approfondie de sa Parole et de ses voies.
Nous voudrions donc vous inviter, lecteur chrétien, à chercher les quinze
premiers versets du chapitre 4 des Nombres, et à les lire en la présence de
Dieu. Demandez-lui de vous expliquer le sens de chaque phrase, la signification
de l’arche et pourquoi seule elle était couverte d’un «drap entièrement bleu».
Et de même pour le reste. Nous nous sommes hasardé, avec humilité, nous
l’espérons, à indiquer le sens de ces choses; mais nous désirons vivement que
vous l’appreniez directement de Dieu, et que vous ne l’acceptiez pas seulement
de l’homme. Nous confessons que nous redoutons extrêmement le travail de
l’imagination, et nous croyons pouvoir dire que nous ne nous sommes jamais mis à
écrire sur les Saintes Écritures, sans être profondément convaincu que nul autre
que le Saint Esprit ne saurait réellement les expliquer.
Mais vous direz peut-être: «Pourquoi donc écrivez-vous?» Eh bien c’est avec la
vive espérance de pouvoir, en quelque faible mesure, aider celui qui étudie
sérieusement l’Écriture, à découvrir les exquises pierres précieuses, répandues
dans les pages inspirées, de façon qu’il puisse les recueillir pour lui-même.
Des milliers de lecteurs pourraient lire sans cesse le chapitre 4 des Nombres,
et ne pas même remarquer le fait que l’arche était la seule partie de
l’ameublement mystique du tabernacle, qui ne laissât point voir là peau de
laissons. Or, si l’on n’a pas même saisi le simple fait, comment pourra-t-on en
concevoir la portée? Il en est de même pour l’autel d’airain; combien de
lecteurs n’ont pas même observé que seul il était revêtu de «pourpre»?
Or, nous pouvons être assurés que ces deux faits ont un sens pleinement
spirituel. L’arche était la suprême manifestation de Dieu; nous pouvons donc
comprendre pourquoi elle devait, à première vue, montrer ce qui était purement
céleste. L’autel d’airain était la place où se jugeait le péché, il était un
type de Christ dans son œuvre, comme Celui qui porte le péché; il représentait
jusqu’à quel point Il s’est abaissé pour nous, et cependant cet autel d’airain
était le seul objet qui fût enveloppé d’une couverture
royale.
Peut-on rien imaginer de plus exquis que cet enseignement? Quelle sagesse
infinie dans toutes ces belles distinctions. L’arche nous conduit à la place la
plus élevée dans les cieux, et l’autel d’airain à la plus basse sur la terre.
Ils occupaient les extrémités du tabernacle. Dans la première nous voyons Celui
qui a glorifié la loi, et dans le second Celui qui a été fait péché. Dans
l’arche on voyait d’abord ce qui était céleste, et ce n’était qu’en cherchant
plus profondément qu’on apercevait la peau de laissons, et plus profondément
encore ce voile mystérieux, type de la chair du Christ. Mais dans l’autel
d’airain, la première chose qui frappait le regard, c’était la peau de taissons,
et puis au-dessous la couverture royale. Christ nous apparaît dans chacun de ces
objets, mais sous un aspect différent. Dans l’arche nous avons Christ,
maintenant la gloire de Dieu. Dans l’autel d’airain nous le voyons répondant aux
besoins du pécheur. Combinaison bénie pour nous!
Mais le lecteur a-t-il, en outre, observé que dans tout ce merveilleux passage,
sur lequel nous avons attiré son attention particulière, il n’est pas fait
mention d’une certaine pièce de l’ameublement qui, nous le savons d’après Exode
30 et d’autres parties des Écritures, occupait une place importante dans le
tabernacle? Nous voulons parler de la cuve d’airain. Pourquoi est-elle omise au
chapitre 4 des Nombres? Il est plus que probable que quelques-uns de nos
clairvoyants rationalistes trouveraient en cela ce qu’ils appelleraient une
omission, un défaut, une contradiction. Or en est-il ainsi? Non, grâce à Dieu!
Le lecteur chrétien sait parfaitement bien que de pareilles choses sont
entièrement incompatibles avec le Livre de Dieu. Il le sait et le confesse,
alors même qu’il ne pourrait pas motiver l’absence ou la présence de tel ou tel
détail particulier dans un passage donné. Mais justement, pour autant que nous
pouvons, par la grâce de Dieu, discerner la raison spirituelle des choses, nous
trouvons toujours que là où le rationaliste découvre ou prétend découvrir des
défauts, le lecteur pieux reconnaît de brillantes perles.
Il en est ainsi, nous n’en doutons pas, de l’omission de la cuve d’airain dans
la liste du chapitre 4 des Nombres. Ce n’est là qu’une des dix mille
démonstrations de la beauté et de la perfection du livre inspiré.
Mais le lecteur peut demander: «Pourquoi cette omission de la cuve?» La raison
peut en être fondée sur ce double fait la matière dont était faite la cuve, et
l’usage pour lequel elle était construite. Nous avons ce double fait exposé dans
l’Exode. La cuve avait été faite avec les miroirs des femmes qui s’assemblaient
à la porte de la tente d’assignation (Exode 38:8). C’était sa substance. Et
quant à son objet, elle était préparée comme un moyen de purification pour
l’homme. Or, dans toutes les choses qui composaient les fonctions et les charges
spéciales des Kehathites, nous voyons seulement les manifestations variées de
Dieu en Christ depuis l’arche qui était dans le lieu très saint, jusqu’à l’autel
d’airain placé dans le parvis du tabernacle. Et comme la cuve n’était pas une
manifestation de Dieu, puis une purification pour l’homme, on ne la voit point,
par conséquent, confiée à la surveillance et à la charge des Kehathites.
Mais il faut que nous laissions maintenant le lecteur méditer seul sur cette
partie des plus profondes de notre livre. (Chap. 3-4.) Elle est réellement
inépuisable. Nous pourrions continuer à nous y étendre jusqu’à remplir, non pas
des pages, mais des volumes entiers; et après tout, nous sentirions que nous
avons à peine pénétré à la surface d’une mine dont la profondeur ne peut jamais
être sondée, dont les trésors ne sauraient jamais être épuisés. Qu’est-ce qu’une
plume humaine peut exprimer de l’instruction merveilleuse contenue dans le récit
inspiré qui nous est fait sur la tribu de Lévi? Qui peut essayer de développer
cette grâce souveraine qui brille dans le fait, que le volontaire Lévi pouvait
être le premier à répondre à cet appel si émouvant: «Quiconque est pour
l’Éternel?» Qui peut judicieusement parler de la miséricorde riche, abondante et
supérieure, révélée dans ce fait, que ceux dont les mains avaient trempé dans le
sang fussent autorisés à manier les vaisseaux du sanctuaire; et que ceux dans
l’assemblée desquels l’Esprit de Dieu ne pouvait pas entrer fussent menés au
milieu même de l’assemblée de Dieu, pour y être occupés de ce qui lui était si
précieux?
Or ces trois divisions d’ouvriers, les Merarites, les Guershonites et les
Kehathites, quelle instruction ils nous donnent! Quel type des divers membres de
l’Église de Dieu dans leur service varié! Quelle profondeur de mystérieuse
sagesse en tout ceci! Est-ce parler trop fortement, est-ce trop de dire que,
dans ce moment, rien ne nous impressionne plus profondément que le sentiment de
l’entière faiblesse et de la complète pauvreté de tout ce que nous avons exposé
sur l’une des plus riches divisions du volume inspiré? Toutefois, nous avons
conduit le lecteur à une mine dont la profondeur et la richesse sont infinies,
et il faut que nous le laissions y pénétrer par le secours de Celui auquel la
mine appartient et qui seul peut en dérouler les trésors. Tout ce que l’homme
peut écrire ou dire sur quelque portion que ce soit de la Parole de Dieu ne peut
tout au plus que suggérer des idées; et parler de cette Parole comme d’un sujet
qu’on épuiserait, ce serait manquer de respect pour le canon sacré.
Puissions-nous fouler le saint lieu avec des pieds déchaussés, et être
semblables à ceux qui consultaient Dieu dans le temple et dont les méditations
sont imprégnées de l’esprit du culte 1.
1
Pour de plus amples détails sur les sujets traités dans la section qui précède,
nous renvoyons le lecteur aux Notes sur l’Exode (chapitres 24-30).