Livre du Prophète Malachie
Chapitres 1 à 2 (v. 9)
«L’oracle de la parole de l’Éternel à Israël par Malachie» (v. 1).
Bien qu’il prophétise au milieu des faibles restes de Juda et de Benjamin,
revenus de la captivité, Malachie embrasse en pensée
Israël,
c’est-à-dire l’ensemble du peuple. Il diffère en cela de Zacharie qui n’envisage
que Juda et Jérusalem. L’état moral que notre prophète va décrire comprend donc
la nation comme un tout, et le jugement qui doit l’atteindre sera général; de
même aussi la première venue du Messie embrasse, dans sa portée, le peuple tout
entier (Luc 1:54; 2:10, 25, 32).
«Je vous ai aimés, dit l’Éternel; et vous dites: En quoi nous as-tu aimés? Ésaü
n’était-il pas frère de Jacob? dit l’Éternel; et j’ai aimé Jacob, et j’ai haï
Ésaü» (v. 2). «Je vous ai aimés: quelle parole touchante! C’est par elle que
Dieu commence; elle est à l’origine de toutes ses relations avec les hommes, de
toutes ses voies envers son peuple. Dès l’éternité, les délices de la Sagesse
étaient dans les fils des hommes (Prov. 8:31); et, quant à Israël, Dieu ne lui
avait-il pas, dès le commencement, prouvé son amour, à commencer par son
élection de grâce: «J’ai aimé Jacob»? Ensuite l’Éternel avait délivré Israël de
l’Égypte, l’avait pris sur des ailes d’aigle pour l’amener à Lui; l’avait
conduit par la nuée dans le désert, pour l’introduire enfin dans le pays de la
promesse. Et lorsque ses jugements, preuve de son caractère infaillible de
justice et de sainteté, avaient dû s’abattre sur ce peuple infidèle, l’amour de
Dieu ne l’avait-il pas enfin restauré et fait remonter dans son pays? Israël
pouvait-il douter un instant d’un amour qui s’était employé de tant de manières
en sa faveur?
Cette même parole, Dieu la prononce encore aujourd’hui: la chrétienté, malgré sa
marche rapide vers l’apostasie finale, peut l’entendre journellement: «Je vous
ai aimés, dit l’Éternel». La croix de Christ n’est-elle pas la preuve
incontestable de cet amour?
Sans doute cette parole va trouver un écho dans le cœur ému du peuple, touché
d’une telle grâce imméritée... Écoutez ce qu’il répond: «En quoi nous as-tu
aimés?»
Peut-on concevoir un pareil endurcissement? Après avoir fait, pendant 60 années,
l’amère expérience des suites de son infidélité, et dans le moment même où les
voies imméritées de la grâce sont reprises à son égard, ce peuple a l’audace de
dire: «En quoi nous as-tu aimés?» Ils ne connaissent pas le Dieu auquel ils ont
affaire, et ne se connaissent pas davantage eux-mêmes. Ils ne savent pas que
Dieu ne change jamais et que, si ses jugements sont immuables, son amour est
aussi immuable que sa justice. Tel est le premier caractère de ce peuple.
L’état de la chrétienté diffère-t-il de celui-là? Il y a peu de temps que Dieu a
frappé le monde par des tremblements de terre, des inondations, tels que la
mémoire des hommes ne saurait en enregistrer de semblables. Ceux qui professent
croire en Dieu ont dit, au lieu de se repentir: Où est son amour? Et cependant,
les jugements passés et actuels de Dieu, tout en prouvant son horreur du mal,
ont pour but d’attirer les âmes à Lui et de leur prouver que, malgré leurs
péchés, il s’occupe d’elles et veut leur bien. Son amour envers elles n’a pas
changé, car il reste établi une fois pour toutes à la croix de Christ, et, par
ses jugements, il voudrait atteindre les consciences et diriger les yeux, comme
jadis ceux des Israélites vers le serpent d’airain, vers l’unique moyen de
salut. Il y a, sans doute, un juste gouvernement de Dieu dans le monde, et il
faut que l’homme le comprenne et en fasse l’expérience, afin qu’il apprenne que
sa seule ressource est dans l’amour immuable de Dieu.
Au lieu de cela, les pécheurs trouvent, dans ces justes jugements, une occasion
de mettre en doute le caractère de Celui qui les appelle. Rien n’émeut le cœur
de l’homme; il n’estime pas qu’il ne mérite que le jugement et, au lieu de
recourir à la grâce, il dit, comme le mauvais serviteur: «Je te connaissais, que
tu es un homme dur, moissonnant où tu n’as pas semé, et recueillant où tu n’as
pas répandu, (Matt. 25:24). «En quoi nous as-tu aimés?»
Comme c’était le cas pour Israël, le premier trait de la chrétienté professante
est donc l’indifférence à l’amour de Dieu et, de plus, l’ignorance du caractère
de Dieu et de son propre caractère à elle.
À cette question insolente: En quoi nous as-tu aimés? l’Éternel répond en
retraçant les origines du peuple: «Ésaü n’était-il pas frère de Jacob? Et j’ai
aimé Jacob, et j’ai haï Ésaü» (v. 2). Sur quoi donc était basée l’élection de
Jacob? Quand l’Éternel disait: «Le plus grand sera asservi au plus petit» (Gen.
25:23), qu’est-ce qui déterminait son choix? Ni l’un, ni l’autre de ces deux
frères n’avaient, à ce moment-là, rien fait de bon ou de mauvais; ce qui faisait
entre eux la différence, c’était le propos arrêté, le libre choix de Dieu, selon
l’élection de grâce (Rom. 9). Et pourquoi disait-il maintenant: «J’ai aimé
Jacob»? Y avait-il quelque chose dans la
conduite
de Jacob qui pût le faire aimer? Certes, le caractère de Jacob n’a rien
d’attirant pour nous, et combien moins pour Dieu, car jamais homme n’eut une foi
plus mélangée de fourberie. Étaient-ce peut-être les œuvres de Jacob qui, en
dépit de son caractère, avaient attiré l’amour de Dieu? Nullement. Il en est
peu, parmi les patriarches, qui aient eu une vie plus pauvre en bonnes œuvres;
et Malachie va nous montrer ce qu’étaient les œuvres de ses descendants. D’où
venait donc cet amour de l’Éternel pour un homme, puis pour un peuple aussi
misérable? Il venait du besoin du cœur de Dieu de se faire connaître, de montrer
aux pécheurs ce qu’Il est. Israël avait bénéficié de ce que Dieu voulait se
révéler lui-même, c’est-à-dire sa nature et son cœur, à de misérables êtres
comme nous.
Mais l’Éternel ajoute: «Et j’ai haï Ésaü». Y avait-il peut-être de l’injustice
et de la partialité en Dieu, parce qu’il avait haï celui-ci? En aucune manière.
Le libre choix du Dieu souverain n’est pas de la haine. Dans la Genèse, nous
trouvons ce choix: «Le plus grand sera asservi au plus petit» (Gen. 25:23),
mais nous n’y voyons pas sa haine à l’égard d’Ésaü. Dieu n’y prononce pas de
jugement sur ce dernier; il nous faut arriver à Malachie, au dernier livre
prophétique de l’Ancien Testament pour l’apprendre. C’est que la haine de Dieu
contre Ésaü est le résultat de la
conduite
d’Ésaü. L’Éternel lui avait accordé, ainsi qu’à sa descendance, des milliers
d’années pour prouver, par ses œuvres, s’il était digne d’être aimé de Lui; mais
Édom s’était montré, en toute occasion, l’ennemi juré de Dieu et de son peuple,
et avait enfin comblé la mesure de ses iniquités par sa conduite envers
Jérusalem et ses frères dans leur calamité (Abd. 10-14). Aussi, Dieu fait de
lui, sur le pied de ses œuvres, l’exemple d’un jugement sans merci, où, selon
Malachie, Édom est «le peuple contre lequel l’Éternel est indigné à toujours»
(1:3-5); où, selon le prophète Abdias, il «sera retranché à toujours»; le seul
peuple «de la maison duquel il n’y aura pas de reste» (Abd. 10, 18).
Après avoir établi ces deux principes: d’un côté son amour et son élection de
grâce, de l’autre sa justice et sa sainteté qui ne peuvent laisser le mal
impuni, Dieu passe à la condition actuelle de ce peuple qu’il avait aimé. Israël
s’était-il montré digne de tant d’amour, ou bien avait-il mérité de tomber sous
le jugement? C’est ce que vont nous montrer les chap. 1:6 à 2.
La seule différence, en faveur d’Israël, comparé à Édom, c’est qu’il y aura,
parmi ce peuple, un résidu, des réchappés selon l’élection de grâce. Ce résidu
sera un exemple de la manière dont Dieu sait concilier sa haine du péché et son
amour pour le pécheur. Or, nous le savons, la croix de Christ est le lieu unique
où la justice de Dieu se manifeste, en justifiant le pécheur au lieu de le
condamner.
Reprenons maintenant le cours de la prophétie, et examinons, en premier lieu,
l’état moral d’Israël, possesseur de tant de privilèges.
Tout ce passage décrit (1:6-2:9) la condition de la
sacrificature,
puis (2:10-17), celle du
peuple.
Le sacrificateur était à la fois l’intermédiaire entre Dieu et la nation, et le
représentant de la nation devant Dieu; mais ici, il a plutôt le caractère de
celui qui rend culte à Dieu.
Si le peuple avait écouté attentivement la voix de l’Éternel, il aurait été,
tout entier, un «royaume de sacrificateurs et une nation sainte» (Ex. 19:6).
Livré à sa responsabilité au pied du Sinaï, Israël a, dès son premier acte,
perdu, en faisant le veau d’or, tout droit à remplir cet office. Après de longs
essais de sa patience envers son peuple, pour voir si ce dernier ne pourrait
reconquérir, par sa conduite, les privilèges qu’il avait perdus, Dieu a suscité
une nouvelle sacrificature universelle, en mettant à part son Église. Cette
dernière s’est-elle montrée digne de la sacrificature qui lui était confiée?
L’histoire de la chrétienté professante répond négativement à cette question,
quoiqu’elle prétende être en rapport avec Dieu pour le culte. Elle a le nom de
culte
à la bouche, mais en a totalement oublié la portée. Même les croyants, au milieu
d’elle, font preuve d’une ignorance pareille. Sans doute, ils sont tous, de
fait, sacrificateurs aux yeux de Dieu, mais n’en remplissent plus les fonctions.
Israël n’est donc pas le seul exemple d’ignorance quant à l’hommage que Dieu est
en droit d’attendre de son peuple.
«Un fils honore son père, et un serviteur, son maître. Si donc je suis père, où
est mon honneur? et si je suis maître, où est la crainte qui m’est due? dit
l’Éternel des armées, à vous, sacrificateurs, qui méprisez mon nom» (1:6).
Bien que les relations de famille dont ce passage nous parle, allassent en
s’affaiblissant alors, comme cela arrive de nos jours avec les progrès de
l’apostasie, il restait encore admis que le fils honore son père et que le
serviteur craint son maître. Or Dieu était père et maître à la fois, et les
sacrificateurs méprisaient son nom; mais ils disaient: «En quoi avons-nous
méprisé ton nom?» Dieu leur répond: «Vous présentez sur mon autel du pain
souillé, et vous dites: En quoi t’avons-nous profané? En ce que vous dites: La
table de l’Éternel est méprisable». Leur question dénotait cette ignorance dont
nous avons parlé: ignorance du caractère de Dieu, de ce qui lui est dû, et de la
culpabilité de leurs propres actes.
Appliquons ces paroles à ce qui se passe dans la chrétienté professante qui
prétend rendre culte à Dieu, s’approcher de sa Table, prendre part au mémorial
du sacrifice de Christ... Qu’y apporte-t-elle? La pureté ou la souillure?
Sont-ce des êtres chargés de leurs péchés, ou des saints purifiés de leurs
iniquités qui s’y présentent? Et l’on dit: En quoi avons-nous méprisé ton nom,
ou t’avons-nous profané? Avons-nous mal fait en cela? N’avons-nous pas accompli
ponctuellement nos devoirs religieux? «En ce que vous dites», répond l’Éternel:
«La table de l’Éternel est méprisable!» Cela ne signifie point que ces paroles
soient dans leurs bouches, mais elles sont dans leurs
actes,
qui montrent comment ils estiment l’Éternel et sa table. «Et si vous présentez
une bête aveugle en sacrifice, n’est-ce pas mal? et si vous en présentez une
boiteuse et malade, n’est-ce pas mal? Offre-la donc à ton gouverneur:
t’agréera-t-il, ou te recevra-t-il avec faveur? dit l’Éternel des armées» (v.
8). Qu’est-ce que l’homme religieux de tous les temps donne à Dieu et que
fait-il pour Lui? Il accomplit en public des actes qui le rendent honorable aux
yeux des autres hommes. Le pharisaïsme, qu’il soit juif ou chrétien, n’a pas
d’autre mobile. Ses œuvres charitables font parler de lui parmi les hommes, mais
dans le secret, que peut-il offrir à un Dieu qu’il ne connaît pas, sinon «une
bête malade»?
Que devons-nous donc faire pour être, agréables à Dieu? s’écrieront ces mêmes
hommes. Voici: «Et maintenant, implorez donc Dieu, afin qu’il
use de grâce
envers nous. C’est par vos mains que cela a eu lieu: vous recevra-t-il avec
faveur? dit l’Éternel des armées» (v. 9).
Repentez-vous; abandonnez vos voies; implorez Dieu; faites appel à sa
grâce.
C’est votre seule ressource, le seul moyen pour vous, de recevoir les faveurs de
Dieu. Vous ne
pouvez pas
faire de bonnes œuvres, et votre conduite le prouve; les meilleures à vos yeux,
ne sont pour Dieu que des œuvres mortes dont votre conscience a besoin d’être
purifiée (Héb. 9:14).
«Qui même d’entre vous fermerait les portes? et vous n’allumeriez pas le feu sur
mon autel pour rien! Je ne prends pas plaisir en vous, dit l’Éternel des armées,
et l’offrande, je ne l’agréerai pas de vos mains» (v. 10).
Nous trouvons ici un autre caractère moral de la sacrificature dégénérée:
l’intérêt
qui dirige l’homme dans le service de Dieu. Il ne peut faire autrement, parce
qu’il ne connaît pas Dieu. C’est pourquoi Dieu prononce le jugement le plus
complet sur cette profession sans vie, et déclare qu’il n’y a aucun lien moral
entre elle et Lui: «Je ne prends pas plaisir en vous; je n’agréerai pas
l’offrande de vos mains!»
«Car, du soleil levant jusqu’au soleil couchant, mon nom sera grand parmi les
nations, et, en tout lieu, l’encens sera brûlé à mon nom, et une offrande pure
sera présentée, car mon nom sera grand parmi les nations, dit l’Éternel des
armées» (v. 11).
Le prophète déclare ici que Dieu va se tourner vers les
nations.
C’est, en effet, ce qui eut lieu. L’Éternel abandonna son peuple au jugement, et
l’Évangile fut annoncé aux gentils. Une grande multitude d’entre eux fut
convertie pour servir le Dieu vivant et vrai, et mettre son espérance en Christ.
Cette parole du prophète peut donc s’appliquer immédiatement à la bénédiction
des gentils par la foi chrétienne, mais elle va plus loin: l’Esprit porte nos
pensées vers un temps encore futur, où une offrande pure sera présentée par les
nations au Dieu d’Israël. Ce fait qui remplit la prophétie de l’Ancien
Testament, n’aura lieu qu’après le jugement définitif exécuté sur le peuple
rebelle et sur ses oppresseurs. Alors une foule innombrable d’entre les gentils
se tiendra devant le trône et devant l’Agneau (Apoc. 7), et en tout lieu, non
pas seulement dans le temple de Jérusalem, l’encens sera brûlé au grand nom de
l’Éternel.
«Mais vous, vous le profanez, en ce que vous dites: La table du Seigneur est
souillée; et ce qu’elle fournit, sa nourriture, est méprisable. Et vous dites:
Voilà, quel ennui!» (v. 12, 13). Dieu voyait ce qu’il y avait au fond du cœur
des sacrificateurs en Israël. La chrétienté professante offre le même spectacle.
La joie de la présence de Dieu, la communion avec Lui, l’appréciation du
sacrifice de Christ, lui sont inconnues et n’amènent qu’une parole sur ses
lèvres: Quel ennui! Peut-elle comprendre le bonheur que trouvent les croyants
dans la communion avec le Père et avec le Fils? Peut-elle trouver ses délices
dans la Parole dont le Saint Esprit seul donne l’intelligence?
«Et vous soufflez dessus, dit l’Éternel des armées». La révélation de Dieu et de
Christ est pour l’homme une poussière importune dont il cherche à se
débarrasser; elle n’apporte rien à son cœur et à sa conscience, parce qu’il n’a
ni cœur ni conscience pour Dieu. Le monde estime que les distractions et les
plaisirs sont préférables au vrai culte. Le Seigneur peut-il agréer des
sacrifices offerts dans de telles conditions? Même dans ce que l’on nommait «un
vœu»,
c’est-à-dire un service volontaire, ils sacrifiaient «ce qui est corrompu»,
l’apparence du zèle leur suffisant (v. 14).
Si maintenant nous récapitulons les caractères de la sacrificature dégénérée
dans ce premier chapitre, nous y trouverons l’ignorance complète de l’amour de
Dieu; l’ignorance de sa sainteté et l’absence de crainte de Dieu. La souillure
est apportée à sa table; des dons sans valeur sont présentés pour l’apparence;
l’intérêt règle les actions et, sans lui, rien ne se fait pour le service de
l’Éternel. Ce manque de réalité dans la vie religieuse produit l’ennui et le
dégoût des choses divines.
Que Dieu nous garde de cet esprit et de ces tendances auxquels nos cœurs
naturels n’ont que trop de disposition à se laisser entraîner! Dieu ne nous
demande pas de vaines apparences, mais la vérité dans le cœur, des actes
correspondant à nos paroles, des paroles correspondant à l’état de nos âmes.
Heureux celui dont Jésus peut dire: «Voici un vrai Israélite, en qui il n’y a
pas de fraude!»
Le chapitre 2:1-9, appartient proprement à celui qui précède. Il ne fait, pas
plus que le chap. 1, une description complète de l’apostasie finale, mais
dépeint le caractère moral de la sacrificature, livrée à sa propre
responsabilité. Nous sommes ainsi en mesure de jeter un regard dans le cœur de
l’homme religieux, afin d’apprendre à éviter, pour nous-mêmes, les traits qui le
caractérisent. Dans ce but, le croyant n’a qu’à retenir la première parole du
prophète: «Je vous ai aimés». Notre sauvegarde est la connaissance de l’amour de
Christ. Revenons toujours boire à cette source, car nous n’avons pas d’autre
moyen de rendre un témoignage fidèle. Le Seigneur ne dit pas à Philadelphie: Ils
connaîtront que tu m’as aimé, mais: «Ils connaîtront que moi je t’ai aimé»
(Apoc. 3:9). Si nous nous appuyons sur le sein de Jésus, nous n’y sentons
battre que l’amour. C’est là que nous apprenons à le connaître, et à ne pas le
chercher dans la manière, toujours imparfaite, dont nous nous acquittons de
notre service.
«Et maintenant, sacrificateurs, ce commandement est pour vous. Si vous n’écoutez
pas, et si vous ne prenez pas à cœur de donner gloire à mon nom, dit l’Éternel
des armées, j’enverrai parmi vous la malédiction, et je maudirai vos
bénédictions, et même je les ai maudites, parce que vous ne le prenez pas à
cœur. Voici, je vais flétrir vos semences, et je répandrai de la fiente sur vos
visages, la fiente de vos fêtes, et on vous emportera avec elle» (v. 1-3). Les
hommes qui, par leurs privilèges, sont le plus près de Dieu, sont jugés le plus
sévèrement. Ceux-ci se vantaient de leurs prérogatives, mais avaient oublié
Dieu, devenu pour eux ce qu’on appelle une quantité négligeable.
Pourquoi existaient-ils, si ce n’était «pour glorifier son nom?» Autrement, Dieu
maudirait leurs bénédictions, et leurs privilèges se changeraient en malédiction
pour eux. Cette menace était déjà une chose actuelle, au temps du prophète
Malachie.
«Et vous saurez que je vous ai envoyé ce commandement, afin que mon alliance
subsiste avec Lévi, dit l’Éternel des armées» (verset 4). Nous trouvons ici une
confusion intentionnelle, très fréquente dans l’Ancien Testament, entre les
sacrificateurs et les Lévites. La sacrificature proprement dite avait déjà
failli, au pied du Sinaï, lorsqu’Aaron, souverain sacrificateur, avait «livré le
peuple au désordre», en lui faisant le veau d’or (Ex. 33:25). Elle avait failli
de nouveau, quand Nadab et Abihu, fils d’Aaron, présentèrent un feu étranger
devant l’Éternel (Lév. 10:1), et furent consumés. Elle avait encore failli,
quand Éli, de la descendance d’Ithamar, ayant honoré ses fils plus que
l’Éternel, Dieu lui annonça qu’il susciterait à sa place un sacrificateur fidèle
qui marcherait toujours devant son Oint (1 Sam. 2:29, 35). Tsadok, de la
famille d’Éléazar, fut alors suscité, et cette famille occupa, dès lors, le
premier rang dans la sacrificature (1 Chron. 6:50-53; 24:1-6); mais nous
voyons, à la fin de Néhémie, ce que cette famille était devenue: ils étaient
«des profanateurs de la sacrificature, et de l’alliance de la sacrificature et
des lévites» (Néh. 13:29). De même, dans notre prophète, «ils avaient corrompu
l’alliance de Lévi, (2:8). Cela n’anéantissait point, sans doute, le dessein
arrêté de l’Éternel de conserver, pour l’avenir, dans cette famille, une
sacrificature fidèle qui, mieux même que Tsadok, sous la royauté de David,
«marcherait toujours devant son Oint». Mais l’infidélité présente de la
sacrificature a pour résultat que l’Éternel insiste sur son alliance avec Lévi.
Cette malédiction prononcée ici sur la sacrificature juive, atteindra de même la
profession chrétienne. Faisant allusion au chapitre 19:6, de l’Exode, l’apôtre
Pierre dit aux chrétiens: «Vous êtes une sainte sacrificature». «Vous êtes une
race élue, une sacrificature royale, une nation sainte, (1 Pierre 2:5, 9).
Comme profession, elle est devenue infidèle et ne pourra subsister; mais les
conseils de Dieu sont sans repentance et demeureront malgré tout. Si l’ensemble
tombe sous le jugement, et si, punissant les mauvais serviteurs, Dieu est obligé
de dire: «Le maître de cet esclave-là viendra en un jour qu’il n’attend pas, et
à une heure qu’il ne sait pas, et il le coupera en deux et lui donnera sa part
avec les hypocrites: là seront les pleurs et les grincements de dents» (Matt.
24:50, 51); — il n’en est pas moins vrai que «son alliance subsiste avec Lévi».
Les fils de Lévi avaient fait preuve de zèle pour l’Éternel en deux occasions
mémorables. Après l’érection du veau d’or et le péché d’Aaron, Moïse se tint à
la porte du camp et dit: «À moi, quiconque est pour l’Éternel! Et tous les fils
de Lévi se rassemblèrent vers lui. Et il leur dit: Ainsi dit l’Éternel, le Dieu
d’Israël: Que chacun mette son épée sur sa cuisse; passez et revenez d’une porte
à l’autre dans le camp, et que chacun de vous tue son frère, et chacun son
compagnon, et chacun son intime ami. Et les fils de Lévi firent selon la parole
de Moïse; et il tomba d’entre le peuple, ce jour-là, environ trois mille hommes.
Et Moise dit: Consacrez-vous aujourd’hui à l’Éternel, chacun dans son fils et
dans son frère, afin de faire venir aujourd’hui sur vous une bénédiction» (Exode
32:26-29). Le zèle des Lévites pour l’Éternel. était leur consécration, en
contraste avec la consécration officielle des sacrificateurs (Ex. 29).
Ce zèle s’était montré une seconde fois lors de l’alliance d’Israël avec les
filles de Moab, pour adorer Baal-Péor. Phinées, fils l’Éléazar, dans sa jalousie
pour l’Éternel, avait transpercé les coupables. Cet événement forme le sujet de
notre passage: «Mon alliance avec lui était la vie et la paix» (v. 5): c’est, en
effet, ce que l’Éternel avait dit à Moise: «Phinées, fils d’Éléazar, fils
d’Aaron, a détourné mon courroux de dessus les fils d’Israël, étant jaloux de ma
jalousie au milieu d’eux, de sorte que je ne consumasse pas les fils d’Israël
dans ma jalousie. C’est pourquoi dis: Voici, je lui donne
mon
alliance de paix;
et ce sera
une alliance de sacrificature
perpétuelle,
pour lui et pour sa semence après lui, parce qu’il a été jaloux pour son Dieu,
et a fait propitiation pour les fils d’Israël» (Nomb. 25:10-13). En vertu de la
fidélité de Phinées, la sacrificature perpétuelle devait rester dans la famille
d’Éléazar, dont ce Lévite était fils.
C’est en effet ce qui aura lieu à la fin des temps. On voit, en Ézéch. 48:11,
que la famille de sacrificateurs, dont les fils de Tsadok sont devenus les
titulaires sous le règne de David, subsistera pendant le règne millénaire de
Christ: «L’offrande», est-il dit, «sera pour les sacrificateurs qui sont
sanctifiés d’entre les fils de Tsadok, qui ont fait l’acquit de la charge que je
leur ai confiée, qui ne se sont pas égarés dans les égarements des fils
d’Israël, comme les Lévites se sont égarés». Nous avons ici l’un des exemples de
la confusion intentionnelle mentionnée plus haut, entre les sacrificateurs et
les Lévites, car c’étaient les sacrificateurs qui avaient «corrompu l’alliance
de Lévi» (v. 8).
«Mon alliance avec lui était la vie et la paix, et je les lui donnai pour qu’il
craignît; et il me craignit et trembla devant mon nom. La loi de vérité était
dans sa bouche, et l’iniquité ne se trouva pas sur ses lèvres; il marcha avec
moi dans la paix et dans la droiture, et il détourna de l’iniquité beaucoup de
gens. Car les lèvres du sacrificateur gardent la connaissance, et c’est de sa
bouche qu’on recherche la loi, car il est le messager de l’Éternel des armées»
(v. 5-7).
Lévi avait cinq caractères: 1° Quant à son
cœur:
il craignait l’Éternel; il différait de ces sacrificateurs profanes, dont Dieu
disait: Où est la crainte qui m’est due? (1:6). 2° Quant à ses
paroles:
la loi de vérité était dans sa bouche et l’iniquité ne s’était pas trouvée sur
ses lèvres. 3° Quant à sa
marche:
elle était avec l’Éternel dans la paix et dans la droiture. 4° Quant à son
ministère:
il avait détourné de l’iniquité beaucoup de gens. 5° Quant à son
message:
il était l’envoyé de Dieu.
La Parole considère ici le faible service des Lévites à la lumière de celui du
fils d’Éléazar. Il apprécie ce service selon son origine, de même qu’il
considère le nôtre à la lumière de celui de Christ. Tout ce passage, en effet,
nous parle de
Lui,
et nous offre une image admirable de Son activité comme homme. Sur la terre,
Jésus n’était pas sacrificateur; il ne l’est devenu qu’en vertu de sa
résurrection d’entre les morts (Ps. 110). Mais toute sa carrière ici-bas
correspondait à celle du Lévite fidèle. Il était le parfait serviteur, et de
l’Éternel, et de l’homme déchu; aussi Dieu lui a-t-il confié une sacrificature
qui ne se transmet point. Il pouvait être désormais dans le ciel, devant Dieu
pour les hommes, parce qu’il avait été sur la terre pour Dieu devant les hommes.
Un passage du Deutéronome nous présente de nouveau Lévi sous le caractère
typique de Christ: «Et de Lévi il dit: Tes thummim et tes urim sont à l’homme de
ta bonté... Éternel! bénis sa force et que l’œuvre de ses mains te soit
agréable» (Deut. 33:8-11).
Dans ce magnifique chapitre, deux personnages ont la prééminence sur tous les
autres: Joseph et Lévi. Tous deux sont caractérisés par la
séparation pour Dieu.
D’une part, les bénédictions sont sur Joseph, parce qu’il avait été séparé de
ses frères. Son caractère était celui du Nazaréen, d’une séparation
ordonnée
de Dieu.
Dans cette position, il avait été fidèle; aussi la faveur de Dieu vient-elle
«sur la tête de Joseph, sur le sommet de la tête de celui qui a été mis à part
de ses frères» (v. 16). Quant à Lévi, sa séparation avait été
volontaire:
le fruit de sa fidélité. Aussi l’Éternel «bénit sa force, et l’œuvre de ses
mains lui est agréable». C’est pourquoi, selon la demande de Moise, la
sacrificature perpétuelle lui est assignée: les urim et les thummim, attributs
de la sacrificature, par lesquels on consultait l’Éternel (1 Sam. 28:6; 23:9;
cf. Nomb. 27:21; Esd. 2:63; Néh. 7:65), sont «à l’homme de sa bonté».
Historiquement, cette promesse s’est réalisée dans la famille d’Éléazar, père de
Phinées, mais ici, Lévi est un personnage,
un seul homme.
La conduite de Lévi (Phinées), comme celle de Christ, dont il était le type, est
à la base de toute sacrificature.
«Mais vous vous êtes écartés du chemin, vous avez fait broncher beaucoup de gens
à l’égard de la loi; vous avez corrompu l’alliance de Lévi, dit l’Éternel des
armées. Et moi aussi, je vous ai rendus méprisables et vils devant tout le
peuple, parce que vous n’avez pas gardé mes voies, et avez fait acception des
personnes, dans ce qui concerne la loi» (v. 8, 9). Le prophète revient ici aux
sacrificateurs qui n’en ont que l’apparence et la profession. Au lieu de marcher
dans les voies du vrai serviteur, qui aurait dû être leur modèle dès le
commencement, ils avaient suivi, tout en portant son nom, des voies de
corruption, donnant ainsi l’exemple à beaucoup de gens d’abandonner la loi, ou
bien l’appliquant différemment, selon qu’il s’agissait de pauvres ou de gens
considérés. Aussi Dieu allait-il les couvrir de mépris aux yeux de tous.