Livre du Prophète Malachie
Henri
Rossier
Introduction
Malachie est le dernier en date des prophètes envoyés à Juda après le retour de
la captivité. Aggée et Zacharie prophétisaient au milieu des événements
rapportés au livre d’Esdras; Malachie est d’un temps postérieur, car il
mentionne des circonstances analogues à celles du chap. 13 de Néhémie; mais tout
porte à penser que sa prophétie a été prononcée après cette période. Quoi qu’il
en soit, sa portée dépasse infiniment ce cadre plus
ou moins restreint, car Malachie décrit l’état moral du peuple, tel qu’il
existait encore en partie sous Jean-Baptiste, dernier prophète de l’ancienne
alliance, alors que Jésus, le Messie promis à Israël, était près de paraître sur
la scène.
Beaucoup d’événements, d’une haute importance, eurent lieu pendant les quatre
siècles et demi qui s’écoulèrent entre Néhémie, dernier historien de l’Ancien
Testament 1, et le ministère du Christ. Malachie ne fait
aucune allusion prophétique aux événements qui remplirent cette période, tandis
que Zacharie, en cela semblable à Daniel, les mentionne distinctement 2.
Le fait est que Malachie n’a en vue que l’état moral du peuple, appelé à
recevoir le Messie, et les jugements qui tomberont sur lui, si sa conscience
oblitérée ne se réveille pas devant cette visitation; en même temps qu’un vrai
résidu attendra la venue du Seigneur.
1
Le livre d’Esther est d’une date antérieure à celui de Néhémie.
2
Voir: «Le livre de Zacharie le Prophète», par H. R.
Comme on le voit dans les trois derniers prophètes, Dieu avait fait remonter
Juda de la captivité de Babylone, pour établir le règne du Christ, si le peuple
le recevait; mais, s’il mettait le comble à son incrédulité en rejetant son Roi,
Dieu avait en vue d’accomplir un salut merveilleux qui serait offert à toutes
les nations.
Malachie ne nous parle donc prophétiquement ni de l’empire d’Alexandre, ni des
temps héroïques des Maccabées, ni de la conquête romaine; mais il fait le
tableau moral très sombre de l’état du peuple, et met en relief, sur ce fond
obscur, l’existence d’un petit résidu préparé, par l’épreuve, à saluer la venue
du Libérateur.
Tout cela est d’un grand intérêt, et bien digne de fixer notre attention,
puisqu’il s’agit de l’avenir d’Israël et de la venue du Christ, mais, comme nous
le verrons dans la suite, le livre de Malachie a de plus pour nous une portée
immédiate et considérable, si nous l’appliquons à l’état actuel de la chrétienté
dans ses rapports avec la seconde venue du Seigneur. Nous ne voulons pas dire
que Malachie fasse, en aucune manière, allusion à ce sujet: toute la période de
l’Église et l’histoire de la chrétienté sont réservées au Nouveau Testament et à
ses prophètes, tandis que l’Ancien Testament les passe absolument sous silence;
mais n’oublions pas que l’histoire d’Israël offre au chrétien un enseignement
qu’il serait très coupable de n’en pas tirer. Les choses qui arrivaient à ce
peuple lui arrivaient
en type
et ont été écrites
pour notre instruction,
à nous que les fins des siècles ont atteints (1 Cor. 10:11).
Nous considérerons donc, tout du long de cette étude, d’une part, la condition
d’Israël en rapport avec la première venue de Christ, d’autre part, celle de la
chrétienté en rapport avec Sa seconde venue, quand il viendra du ciel pour
recueillir les saints auprès de lui. Ce sujet nous frappera d’autant plus, qu’il
est plus restreint. À l’encontre d’autres prophètes, Malachie ne nous dit pas un
mot de la réjection de Christ et de ses souffrances expiatoires. Il annonce
Sa venue,
et qui la supportera, si le Messie ne trouve pas un peuple bien disposé à le
recevoir?
Les restes de Juda avaient été préparés d’avance pour cet accueil. La grâce de
Dieu avait fait remonter cette tribu de Babylone. Elle aurait été le vrai
résidu, si son cœur avait été changé. Jean-Baptiste l’y appelle d’une manière
instante par le baptême de la repentance. Le gros de la nation, sous la conduite
de ses chefs, est sourd à la mission du plus grand de ses prophètes.
Quelques-uns l’écoutent, reçoivent le Messie venant au milieu d’eux, et
deviennent le noyau auquel se rattachera plus tard l’Israël prophétique. À la
suite de la résurrection du Sauveur, ces mêmes disciples forment, il est vrai,
le noyau de l’Église, parenthèse céleste entre l’apparition du Messie juif
ici-bas et son apparition en gloire pour prendre en mains le gouvernement
d’Israël et du monde, mais cela n’empêche nullement que, comme disciples juifs
ayant reçu le Messie, ils ne soient le premier chaînon auquel viendront se
souder les fidèles du résidu juif de la fin.
La première question qui se pose devant nous est donc celle-ci: Dans quel état
moral se trouvait le peuple, remonté de Babylone, pour attendre la première
venue du Christ? Dans quel état moral se trouve aujourd’hui la chrétienté pour
attendre sa seconde venue?