Livre du
Lévitique
Chapitre
2
Nous devons maintenant examiner «l’offrande de gâteau», qui représente, d’une
manière très précise, «l’Homme Christ Jésus». L’holocauste figure Christ dans sa
mort,
l’offrande de gâteau le figure dans sa
vie.
Ni dans l’une, ni dans l’autre, il n’est question de l’acte de porter le péché.
Dans l’holocauste, nous voyons la propitiation, mais point de péché porté —
point d’imputation de péché — point d’effusion de colère à cause du péché. Ce
qui nous le démontre, c’est que tout était consumé sur l’autel. S’il y avait eu
là le moindre péché à expier, la victime aurait dû être brûlée hors du camp
(Comp. Lév. 4:11-12, avec Héb. 13:11).
Mais dans l’offrande de gâteau, il n’est pas même question d’aspersion du sang.
Nous y voyons simplement un beau type de Christ, vivant, marchant et servant
ici-bas, sur la terre. Ce seul fait suffit déjà, par lui-même, à engager tout
chrétien spirituel à considérer cette offrande avec une sérieuse attention et
dans un esprit de prière. La pure et parfaite humanité de notre Seigneur est un
sujet qui s’impose à l’examen consciencieux de tout vrai chrétien. Il est à
craindre que des pensées fort relâchées ne soient entretenues par plusieurs,
relativement à ce saint mystère. Les expressions qu’on entend ou qu’on lit
quelquefois suffisent pour prouver que la doctrine fondamentale de l’incarnation
n’est pas comprise ou retenue, telle que la Parole la présente. De semblables
expressions peuvent très probablement procéder d’une inexacte appréciation de la
nature réelle des relations de Christ et du vrai caractère de ses souffrances;
mais, quelle qu’en soit l’origine, elles doivent être jugées à la lumière des
Saintes Écritures, et, par conséquent, rejetées. Sans doute, plusieurs de ceux
qui emploient ces termes reculeraient d’horreur et d’indignation devant la
doctrine qu’elles supposent ou qu’elles appuient, si on l’exposait devant eux
telle qu’elle est en réalité: aussi gardons-nous d’accuser d’infidélité quant à
une vérité fondamentale tel ou tel chrétien, en qui il n’y a peut-être que de
l’inexactitude de langage.
Il est, pourtant, une considération qui doit être d’un poids immense sur les
appréciations morales de tout chrétien, je veux parler du caractère vital de la
doctrine de l’humanité du Christ: elle gît au fondement même du christianisme,
et c’est bien là pourquoi Satan a toujours, dès le commencement, pris tant de
peine à induire les âmes en erreur à ce sujet. Presque toutes les hérésies
capitales, qui ont pénétré dans l’église professante, trahissent l’intention
satanique de saper la vérité quant à la personne du Christ. Il est aussi souvent
arrivé que des hommes pieux, tout en voulant combattre ces erreurs, sont tombés
eux-mêmes dans des erreurs opposées. Cela nous montre le besoin que nous avons
de nous en tenir étroitement aux termes mêmes dont le Saint Esprit a fait usage
pour développer un mystère à la fois si sacré et si profond. En effet, je crois
que, dans tous les cas, la soumission à l’autorité des Saintes Écritures et
l’énergie de la vie divine dans l’âme se montreront comme la meilleure
sauvegarde contre toute espèce d’erreur. Pour être rendue capable de se
préserver d’erreur relativement à la doctrine de Christ, l’âme n’a pas besoin de
profondes connaissances théologiques; si seulement la parole du Christ habite
richement en elle et que l’Esprit du Christ y développe son efficace, Satan n’y
trouvera point de place où il puisse faire pénétrer ses sombres et horribles
suggestions. Si le cœur prend son plaisir dans le Christ que les Écritures
révèlent, il repoussera, assurément, tous les faux Christ que Satan voudrait
introduire. Si nous nous nourrissons des réalités de Dieu, nous rejetterons sans
hésitation les contrefaçons de Satan. C’est le meilleur moyen possible
d’échapper aux pièges de l’erreur, sous quelque forme qu’elle se présente. «Les
brebis
écoutent sa voix,
et… elles le suivent; car
elles connaissent sa voix;
mais elles ne suivront point un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui,
parce qu’elles
ne connaissent pas la voix des étrangers»
(Jean 10:4, 5, 27). Il n’est nullement nécessaire de connaître la voix des
étrangers pour se détourner d’eux, il suffit pour cela de connaître la voix «du
bon Berger». C’est ce qui nous préservera de l’influence séductrice de toute
voix étrangère. Aussi, tout en me sentant appelé à prémunir mes lecteurs contre
toute voix étrangère, relativement au divin mystère de l’humanité de Christ, il
ne me paraît point nécessaire de discuter leurs assertions hasardées ou fausses;
j’aime mieux chercher, avec la grâce de Dieu, à donner à mes frères des armes
contre elles, en développant la doctrine de l’Écriture sur ce sujet.
Le maintien d’une énergique communion avec la parfaite humanité de notre
Seigneur Jésus Christ est un des côtés les plus faibles et les plus imparfaits
de notre christianisme. De là vient que nous montrons tant de lacunes, de
sécheresse, d’agitations et d’égarements dans notre marche. Ah! si nous étions
pénétrés, grâce à une foi plus simple, de cette vérité, que c’est un Homme réel,
qui est assis à la droite de la Majesté dans les cieux, — un Homme dont la
sympathie est parfaite, dont l’amour est incompréhensible, dont la puissance est
sans bornes, dont la sagesse est infinie, dont les ressources sont inépuisables,
dont les richesses sont insondables, dont l’oreille est ouverte à tous nos
soupirs, dont la main est ouverte à tous nos besoins, dont le cœur est rempli
pour nous d’une tendresse ineffable — comme nous serions, à la fois, plus
heureux et plus élevés au-dessus des choses visibles, comme nous serions plus
indépendants de tout ce qui découle de la création, quel que fût le canal qui
nous le communique! Tout ce que le cœur peut ambitionner, nous le possédons en
Jésus. Soupire-t-il après une sincère sympathie? où pourrait-il la trouver
ailleurs qu’en Celui qui mêlait ses larmes aux larmes des sœurs en deuil de
Béthanie? Aspire-t-il à la jouissance d’une vraie affection? il ne peut la
trouver complètement que dans ce cœur qui exprima son amour par des grumeaux de
sang en Gethsémané. Recherche-t-il la protection d’un pouvoir efficace? il n’a
qu’à regarder à Celui qui a créé les mondes. Sent-il le besoin d’une sagesse
infaillible pour le guider? qu’il s’approche de Celui qui est la sagesse
personnifiée, et «qui nous a été fait sagesse de la part de Dieu». — En un mot,
nous avons tout en Christ. La pensée divine et les affections divines ont trouvé
un objet parfait dans «l’Homme Christ Jésus» (1 Tim. 2:5), et assurément, s’il y
a dans la personne de Christ ce qui peut parfaitement satisfaire Dieu, il y a
donc en elle ce qui devrait nous satisfaire, et ce qui nous satisfait à
proportion que, par la grâce du Saint Esprit, nous marchons dans la communion
avec Dieu.
Le Seigneur Jésus Christ a été le seul homme parfait qui ait jamais foulé cette
terre. Il était parfait en tout — parfait en pensées, parfait en paroles,
parfait en œuvres. En lui toutes les qualités morales se rencontraient et
s’harmonisaient dans une divine et, par conséquent, parfaite proportion. Aucun
trait de son caractère ne prédominait aux dépens des autres. En Lui s’unissaient
admirablement une majesté qui inspirait une crainte respectueuse, et une douceur
qui mettait complètement à l’aise en sa présence. Les Scribes et les Pharisiens
durent entendre ses accablants reproches, tandis que la pauvre Samaritaine et la
femme, «qui était une pécheresse», se sentaient, sans pouvoir s’en rendre
compte, irrésistiblement attirées à Lui. Oui, tout était en Lui dans une belle
harmonie. C’est ce qu’on peut remarquer dans toutes les scènes de sa vie
ici-bas. Il pouvait dire, par exemple, à ses disciples en présence des cinq
mille hommes affamés: «Vous, donnez-leur à manger»; puis encore, quand ils
furent rassasiés «Amassez les morceaux qui sont de reste, afin que rien ne soit
perdu» (Jean 6:12). La bienveillance et l’économie sont ici parfaites, sans que
l’une nuise à l’autre; chacune brille dans sa propre sphère. Il ne pouvait pas
renvoyer à jeun les multitudes qui avaient faim en le suivant, et, d’un autre
côté, il ne pouvait pas permettre qu’un seul fragment des «créatures de Dieu» (1
Tim. 4:4) fût dissipé. La même main, toujours largement ouverte pour subvenir à
tous les besoins de l’homme, était, strictement fermée pour toute prodigalité.
C’est une leçon pour nous, chez qui, fréquemment, la bienveillance dégénère en
une profusion inexcusable. Et, d’un autre côté, combien souvent notre économie
manifeste un esprit d’avarice! Parfois aussi, nos cœurs parcimonieux refusent de
s’ouvrir largement à la vue des besoins qui s’offrent à nous, tandis que,
d’autres fois, nous dissipons, par vanité ou par extravagance, ce qui aurait pu
soulager plusieurs de nos semblables dans la nécessité. Cher lecteur, étudions
avec soin le divin tableau que nous offre la vie de «l’Homme Christ Jésus».
Qu’il est rafraîchissant et fortifiant pour «l’homme intérieur», de s’occuper de
Celui qui fut parfait dans toutes ses voies, et qui, «en toutes choses, doit
tenir la première place».
Voyez-le dans le jardin de Gethsémané. Il se prosterne dans une profondeur
d’humilité dont lui seul pouvait donner l’exemple; mais, en présence de la bande
du traître, il montre un calme et une majesté qui les fait reculer et tomber par
terre. Devant Dieu, son attitude est la prostration; devant ses juges et ses
accusateurs, une dignité inébranlable. Là encore, tout est parfait, tout est
divin.
La même perfection se fait aussi remarquer dans la manière admirable, dont se
concilient en Lui ses relations avec Dieu et ses relations humaines. Il pouvait
dire: «Pourquoi me cherchiez-vous? Ne saviez-vous, pas qu’il me faut être aux
affaires de mon Père?» — et en même temps il pouvait descendre avec eux à
Nazareth, où il fut un modèle, de parfaite soumission à l’autorité de ses
parents (Voir Luc 2:4951). Il pouvait dire à sa mère: «Qu’y a-t-il entre moi et
toi, femme?» et cependant sur la croix, au milieu de son inexprimable agonie, il
montrait la tendre affection qu’il avait pour sa mère, en la confiant aux soins
de son disciple bien-aimé. Dans le premier cas, Christ, dans l’esprit d’un
parfait nazaréat, se séparait de tout pour accomplir la volonté de son Père;
tandis que, dans le dernier, il donnait essor aux sentiments affectueux d’un
cœur humain parfait. Le dévouement du Nazaréen, ainsi que l’affection de
l’homme, étaient parfaits; l’un ne pouvait pas porter préjudice à l’autre, tous
deux brillaient d’un lumineux éclat, chacun dans sa propre sphère.
Or l’ombre de cet homme parfait s’offre à nous sous la figure de la «fleur de
farine», qui formait la base de l’offrande de gâteau. Il n’y avait là rien de
raboteux, rien d’inégal, rien de rude au toucher. Quelle que fût la pression
survenant du dehors, la surface en était toujours unie. Ainsi le Christ n’était
jamais troublé par les circonstances; il n’était jamais embarrassé, jamais
hésitant, ou dans l’agitation, jamais déçu dans son attente. Quels que fussent
les événements qui survinssent, il les rencontrait toujours avec cette parfaite
égalité, si remarquablement figurée par la «fleur de farine».
Dans toutes ces choses, cela va sans dire, Christ présente un contraste signalé
avec ses serviteurs les plus honorés et les plus dévoués. Moïse, par exemple,
était «très doux, plus que tous les hommes qui étaient sur la face de la terre»
(Nom. 12:3); cependant, dans un mouvement de colère, «il parla légèrement de ses
lèvres» (Ps. 106:33). En Pierre, nous voyons un zèle et une énergie qui,
parfois, dépassaient la mesure; mais aussi, d’autres fois, une lâcheté qui lui
faisait abandonner la place du témoignage par crainte de l’opprobre. Il était
prompt à faire des protestations d’un dévouement qui, quand le moment de
l’action était arrivé, avait disparu. Jean qui, plus que tout autre, respirait
l’atmosphère de la présence immédiate de Christ, manifesta, plus d’une fois, un
esprit sectaire, intolérant, ambitieux (Luc 9:49, 52-55; Marc 10:35-37). En
Paul, le plus dévoué des serviteurs, nous découvrons aussi de grandes
inégalités. Il adresse au souverain sacrificateur des paroles injurieuses qu’il
doit ensuite rétracter (Actes 23). Il écrit aux Corinthiens une lettre, dont il
se repent d’abord et dont plus tard il ne se repent plus (2 Cor. 7:8). En tous,
nous voyons quelque défaut, excepté en Celui qui est «un porte-bannière entre
dix mille».
En étudiant l’offrande de gâteau, pour donner à nos pensées plus de simplicité
et de clarté, il sera bon de considérer, d’abord, les matières dont elle se
composait; en second lieu, les diverses formes sous lesquelles elle était
présentée; et enfin, les personnes qui y avaient part.
1.
Quant aux matières, la «fleur de farine» peut être regardée comme la base de
l’offrande, et en elle, comme nous l’avons vu, nous avons un type de l’humanité
de Christ, en qui se rencontraient toutes les perfections. Le Saint Esprit prend
plaisir à développer les gloires de la Personne de Christ — à le présenter dans
son excellence incomparable — à le placer devant nous en contraste avec tout le
reste. Il le met en opposition avec Adam, même dans l’état d’innocence et
d’honneur de celui-ci, car il est écrit: «Le premier homme est [tiré] de la
terre, — poussière; le second homme est [venu] du ciel» (1 Cor. 15:47). Le
premier Adam, même avant la chute, était «de la terre», mais le second Homme
était «venu du ciel».
Dans l’offrande de gâteau, l’huile est un type du Saint Esprit. Mais l’huile,
employée de deux manières, nous présente le Saint Esprit sous un double aspect,
en
connexion
avec
l’incarnation
du Fils. La fleur de farine était «pétrie»
avec l’huile, et l’on
versait
de l’huile sur elle. Tel était le type; et dans l’antitype, nous voyons le
Seigneur Jésus Christ d’abord «conçu»
par le Saint Esprit, puis «oint»
du Saint Esprit (Comp. Matt. 1:18, 23, avec 3:16). L’exactitude, qui est ici si
palpable, est vraiment merveilleuse. C’est un seul et même Esprit qui enregistre
les ingrédients du type et qui rapporte les faits dans l’antitype. Celui qui
nous a donné, avec une si étonnante précision, les types et les ombres du livre
du Lévitique, nous a aussi décrit le glorieux sujet de ces types, dans les
récits de l’Évangile. C’est le même Esprit qui souffle à travers les pages de
l’Ancien et celles du Nouveau Testament, et qui nous rend capables de voir avec
quelle exactitude l’un correspond à l’autre.
La conception du corps de Christ, par le Saint Esprit, dans le sein de la
Vierge, est un des plus profonds mystères qui puisse être présenté à l’attention
de l’entendement renouvelé. Il est pleinement révélé dans l’évangile de Luc, et
cela est bien caractéristique, parce que, d’un bout à l’autre de cet évangile,
le but spécial du Saint Esprit paraît être de nous montrer, sous toutes ses
faces et d’une manière divinement impressive, «l’Homme Christ Jésus». En
Matthieu, nous avons «le Fils d’Abraham — le Fils de David». En Marc, nous avons
le divin Serviteur — le céleste Ouvrier. En Jean, nous avons «le Fils de Dieu» —
la Parole éternelle — la Vie — la Lumière, Celui par qui toutes choses ont été
faites. Mais le grand sujet du Saint Esprit en Luc, c’est «le Fils de l’homme».
Quand l’ange Gabriel eut annoncé à Marie la faveur qui allait lui être conférée,
relativement à la grande œuvre de l’incarnation, Marie, dans un esprit d’honnête
ignorance plutôt que de doute, demanda: «Comment ceci arrivera-t-il puisque je
ne connais pas d’homme?» Évidemment, elle pensait donc que la naissance du
glorieux Personnage, qui était sur le point d’apparaître, devait avoir lieu
selon le cours ordinaire de la nature; et c’est cette pensée qui, dans la grande
bonté de Dieu, donne occasion au messager céleste d’ajouter quelques paroles,
qui jettent une lumière des plus précieuses sur la vérité fondamentale de
l’incarnation. Aussi la réponse de l’ange à la question de la Vierge est du plus
grand intérêt et ne peut être trop soigneusement méditée. «Et l’ange répondant,
lui dit: L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te
couvrira de son ombre;
c’est pourquoi
aussi la sainte chose qui naîtra, sera appelée Fils de Dieu» (Luc 1:35).
Ce beau passage nous apprend que le corps humain, que revêtit le Fils éternel de
Dieu, fut formé par «la puissance du Très-Haut». «Tu m’as formé un corps» (Héb.
10:5). C’était un vrai corps humain — réellement «chair et sang». Il n’y a
absolument rien ici, qui puisse prêter un fondement quelconque aux vaines et
dégoûtantes théories du gnosticisme ou du mysticisme — non, rien qui autorise
les froides abstractions du premier, ni les fables du dernier. Tout est ici
profondément, solidement, divinement réel. Cela même dont nos cœurs avaient
besoin, c’est cela même que Dieu a donné. La plus ancienne promesse avait
déclaré que la semence de la femme briserait la tête du serpent, et cette
prédiction ne pouvait être accomplie que par un homme réel, — un être dont la
nature humaine fût aussi réelle qu’elle serait pure et incorruptible. «Tu
concevras dans ton ventre, dit l’ange Gabriel, et tu enfanteras un fils»
1. Puis, pour ne laisser aucune place à l’erreur, relativement au
mode de cette conception, il ajoute quelques mots qui prouvent sans réplique,
que «la chair et le sang», auxquels le Fils éternel «a participé», tout en étant
absolument réels, étaient absolument incapables de contracter, ou de communiquer
la moindre souillure. L’humanité du Seigneur Jésus était, dans toute la force du
terme, cette «sainte
chose»,
ou cet «Être
saint».
Et comme il était entièrement sans tache, il était, par conséquent, entièrement
sans aucun principe de mortalité en lui. Nous ne pouvons concevoir la mortalité
autrement qu’en connexion avec le péché, et l’humanité de Christ n’avait rien de
commun avec le péché, soit personnellement, soit relativement. Le péché lui fut
imputé sur la croix, où il fut «fait péché pour nous». Mais l’offrande de gâteau
n’est pas le type de Christ comme portant le péché. Elle le préfigure dans sa
vie parfaite ici-bas — vie dans laquelle il souffrit sans doute, mais non pas
comme portant le péché, — non pas comme un substitut, — non pas de la part de
Dieu. Il importe de bien discerner ce point. Ni l’holocauste, ni l’offrande de
gâteau ne nous présentent Christ comme chargé de nos péchés. Dans celle-ci, nous
le voyons
vivant;
dans celui-là, nous le voyons
mourant;
mais ni dans l’une, ni dans l’autre, il ne s’agit de l’imputation du péché, ni
d’encourir la colère de Dieu à cause du péché. En un mot, présenter Christ comme
le substitut des pécheurs ailleurs que sur la croix, c’est dépouiller sa vie de
toute sa beauté et son excellence divines, c’est ôter à la croix son caractère
et sa place. En outre cela jetterait une confusion inextricable sur les types du
Lévitique.
1
«Mais quand l’accomplissement du temps est venu. Dieu a envoyé son Fils, né de
femme, né sous la loi» (Gal. 4:4). C’est un passage des plus importants, attendu
qu’il présente notre Seigneur comme Fils de Dieu et Fils de l’Homme: «Dieu a
envoyé
son
Fils,
né de femme».
Précieux témoignage!
À ce sujet, je voudrais pouvoir persuader tous mes lecteurs, qu’ils ne sauraient
avoir une trop sainte jalousie relativement à la vérité vitale de la Personne et
des relations du Seigneur Jésus Christ. Si l’on est dans l’erreur là-dessus,
tout le reste du christianisme en est compromis. Dieu ne peut donner la sanction
de sa présence à quoi que ce soit qui n’a pas cette vérité pour base. La
Personne de Christ est le centre vivant — le centre divin, autour duquel le
Saint Esprit accomplit toutes ses opérations. Si vous abandonnez la vérité quant
à Christ, vous êtes comme un vaisseau, chassant sur ses ancres, emporté, sans
gouvernail et sans boussole, sur l’immense et orageux océan, et dans un danger
imminent de se briser sur les écueils de l’arianisme, de l’infidélité ou de
l’athéisme. Mettez en question l’éternité de Christ comme Fils de Dieu — mettez
en question sa divinité — mettez en question son humanité immaculée, et vous
ouvrez l’écluse aux flots destructeurs et aux erreurs mortelles. Que personne ne
se figure qu’il s’agisse d’un point propre seulement à servir de sujet de
discussion à des théologiens érudits — ou d’une question curieuse — d’un mystère
abstrus — d’un dogme sur lequel il nous est loisible d’avoir des vues diverses.
Non, c’est une vérité vitale, fondamentale, qu’il faut retenir avec la puissance
du Saint Esprit, qu’il faut sauvegarder, fût-ce aux dépens de tout le reste —
qu’il faut confesser, dans tous les temps et dans tous les cas, quelles que
puissent en être les conséquences.
Nous devons donc recevoir simplement dans nos cœurs, par la grâce du Saint
Esprit, la révélation que le Père nous fait du Fils; alors nos âmes seront
efficacement préservées des pièges de l’ennemi, sous quelque forme qu’ils se
présentent. Il peut recouvrir les leurres de l’arianisme ou du socinianisme, de
l’herbe et des feuilles d’un système d’interprétation à la fois spécieux,
plausible et séduisant; mais le cœur vraiment pieux découvre bientôt que ce
système tend à déshonorer le Sauveur auquel il doit tout, et, sans hésitation,
il le repousse et le renvoie à la source impure dont il procède manifestement.
Nous pouvons bien nous passer de théories humaines; mais nous ne pouvons
absolument pas nous passer de Christ — du Christ de Dieu — du Christ des
affections de Dieu — du Christ des conseils de Dieu — du Christ de la parole de
Dieu.
Le Seigneur Jésus Christ, Fils éternel de Dieu, Dieu manifesté en chair, Dieu
sur toutes choses béni éternellement, a pris un corps qui était intrinsèquement
et divinement pur, incapable de contracter aucune tache, entièrement exempt de
tout principe de péché et de mortalité. L’humanité du Christ était telle que,
s’il lui eût été possible (ce qui ne l’était pas, cela va sans dire) de ne
consulter que son intérêt personnel, il aurait constamment pu retourner au ciel,
d’où il était venu et auquel il appartenait. En disant cela, je fais abstraction
des décrets éternels de l’amour rédempteur, ou de l’amour invariable du cœur de
Jésus — de son amour pour Dieu — de son amour pour les élus de Dieu, ou de
l’œuvre qui était nécessaire pour ratifier l’alliance éternelle de Dieu avec la
semence d’Abraham et avec la création tout entière. Christ lui-même nous apprend
qu’il «fallait qu’il souffrît et qu’il ressuscitât d’entre les morts le
troisième jour» (Luc 24:46). Il était nécessaire qu’il souffrît, pour la
manifestation et le parfait accomplissement du grand mystère de la rédemption.
Ce miséricordieux Rédempteur voulait «amener plusieurs fils à la gloire». Il ne
voulait pas «demeurer seul», c’est pourquoi, comme «le grain de blé», il voulut
«tomber dans la terre et mourir». Mieux nous concevons la
vérité
quant à la Personne du Christ, et plus aussi nous comprenons et apprécions son
œuvre de
grâce.
Quand l’apôtre parle du Christ, comme ayant été «consommé par les souffrances»,
c’est comme «Chef de notre salut» qu’il le considère, et non point comme le Fils
éternel qui, quant à ce qui regarde sa personnalité et sa nature, était
divinement pur, sans qu’il fût possible d’y ajouter quoi que ce soit. De même,
quand Jésus Christ dit encore: «Voici, je chasse des démons et j’accomplis des
guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour je suis consommé» (Luc
13:32), il fait allusion au fait de sa résurrection, en puissance, par lequel il
serait manifesté comme le consommateur de l’œuvre tout entière de la rédemption.
Quant à ce qui le concernait personnellement, il pouvait dire, même en sortant
du jardin de Gethsémané: «Penses-tu que je ne puisse pas maintenant prier mon
Père, et il me fournira plus de douze légions d’anges? Comment donc seraient
accomplies les écritures, [qui disent] qu’il faut qu’il en arrive ainsi?» (Matt.
26:53, 54).
Il est bon que l’âme soit au clair là-dessus il est bon de sentir selon Dieu
l’harmonie qui existe entre les passages qui nous présentent Christ dans la
dignité essentielle de sa Personne et dans la divine pureté de sa nature, et
ceux qui nous le présentent dans ses relations avec son peuple et comme
accomplissant le grand œuvre de la rédemption. Parfois nous trouvons ces deux
aspects différents, rapprochés et combinés dans le même passage, par exemple en
Héb. 5:8, 9: Christ «quoiqu’il
fût Fils,
a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes; et ayant été consommé,
il est devenu, pour tous ceux qui lui obéissent, l’auteur du salut éternel». Ne
perdons pourtant pas de vue qu’aucune de ces relations, dans lesquelles Christ
entra volontairement — soit pour manifester l’amour de Dieu envers un monde
perdu, soit comme serviteur des conseils divins — non, aucune ne pouvait, à
quelque degré que ce fût, avoir rien à faire avec la pureté essentielle,
l’excellence et la gloire de son Être. «Le Saint Esprit vint» sur la Vierge, et
«la puissance du Très-Haut la couvrit de son ombre; c’est pourquoi aussi la
sainte chose qui naquit d’elle fut appelée Fils de Dieu». Quelle magnifique
révélation du profond mystère de la pure et parfaite humanité du Christ — le
grand Antitype de «la
fleur de farine pétrie à l’huile!»
Remarquons ici l’impossibilité de toute union entre l’humanité, telle qu’elle
apparaît dans le Seigneur Jésus Christ, et l’humanité, telle qu’elle est en
nous. Ce qui est pur ne peut jamais se joindre à ce qui est impur. Il y a
incompatibilité absolue entre ce qui est incorruptible et ce qui est
corruptible. Le spirituel et le charnel — le céleste et le terrestre — ne
pourraient jamais se combiner ensemble. Il en résulte donc que l’incarnation
n’était pas, comme quelques-uns ont osé le prétendre, Christ prenant notre
nature déchue en union avec Lui-même. S’il eût fait cela, la mort de la croix
n’eût pas été nécessaire. Dans ce cas, on ne voit pas pourquoi le Sauveur se
serait senti «à l’étroit» jusqu’à ce que ce baptême sanglant fût accompli; — on
ne voit pas pourquoi «le grain de blé» eût dû tomber en terre et mourir. Ceci
est de toute importance, que tout chrétien spirituel le comprenne bien: Il était
entièrement impossible que Christ s’unît à notre humanité pécheresse. Écoutez ce
que l’ange dit à Joseph dans le premier chapitre de l’évangile de Matthieu:
«Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre auprès de toi Marie, ta femme,
car
ce qui a été conçu en elle
est de l’Esprit Saint».
Ainsi la susceptibilité naturelle de Joseph, de même que la pieuse ignorance de
Marie, donne lieu à un plus ample développement du saint mystère de l’humanité
de Christ, et devient, en même temps, l’occasion de sauvegarder cette humanité
contre toutes les attaques blasphématoires de l’ennemi.
Comment se fait-il donc que les croyants soient unis à Christ? Est-ce à Christ
dans son incarnation ou à Christ dans sa résurrection? Dans sa résurrection,
sans aucun doute, comme le prouve ce passage: «À moins que le grain de blé
tombant en terre ne meure,
il demeure seul»
(Jean 12:24). Avant la mort de Christ, point d’union possible entre Lui et son
peuple. C’est dans la puissance d’une nouvelle vie que les croyants sont unis au
Seigneur. Ils étaient morts
dans le péché,
et Lui, dans sa parfaite grâce, est descendu du ciel et, quoique étant lui-même
pur et sans péché, il a été «fait péché — il est mort
au
péché», —
il l’a aboli — il est ressuscité triomphant du péché et de tout ce qui s’y
rattache — et, en résurrection, il est devenu le chef d’une nouvelle race. Adam
était le chef de l’ancienne création qui tomba avec lui. Christ, en mourant,
s’est placé lui-même sous le fardeau qui pesait sur les siens, et ayant
parfaitement répondu à tout ce qui était contre eux, victorieux de tout, il est
ressuscité, et les a introduits avec Lui dans la nouvelle création, dont il est
le centre et le glorieux Chef. C’est pourquoi nous lisons: «Celui qui est uni au
Seigneur est un seul esprit [avec lui]». (1 Cor. 6:17). «Mais Dieu, qui est
riche en miséricorde, à cause de son grand amour dont il nous a aimés, alors
même que nous étions
morts dans nos fautes,
nous a vivifiés ensemble
avec le Christ
(vous êtes sauvés par [la] grâce), et nous a ressuscités ensemble, et nous a
fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus» (Éph.
2:4-6). «Car nous sommes membres de son corps, de sa chair et de ses os» (Éph.
5:30). «Et vous, lorsque vous étiez
morts dans vos fautes
et dans l’incirconcision de votre chair,
il vous a vivifiés ensemble
avec lui,
nous ayant pardonné toutes nos fautes» (Col. 2:13).
Nous pourrions multiplier les passages, mais ceux qui précèdent suffisent
amplement pour démontrer que c’était non dans l’incarnation, mais dans la mort,
que Christ a pris, une position dans laquelle les croyants pouvaient «être
vivifiés avec Lui». Cette question paraîtrait-elle de peu d’importance à mon
lecteur? Dans ce cas, qu’il veuille bien l’examiner à la lumière des Écritures,
et dans sa portée sur la Personne du Christ, sur sa vie, sur sa mort, sur notre
état naturel dans la vieille création, et sur notre place, par grâce, dans la
nouvelle. Qu’il pèse bien toutes ces faces du sujet, et j’aime à me persuader
qu’il ne l’envisagera plus comme peu important. Il peut, tout au moins, être
assuré d’une chose, c’est que celui qui écrit ces pages n’aurait pas tracé une
seule ligne à l’appui de cette doctrine, s’il ne la considérait pas comme
portant avec elle les conséquences les plus graves. La révélation divine est un
tout tellement uni, si bien ajusté par la main de Dieu pour faire un ensemble —
si harmonique dans toutes ses parties, que si une seule vérité en est déplacée,
tout le reste en souffre. Cette considération devrait suffire pour prémunir le
chrétien contre toute atteinte, par laquelle il pourrait endommager ce
magnifique édifice, où chaque pierre doit être laissée à la place que Dieu lui a
fixée. Or, incontestablement, la vérité relative à la Personne de Christ en est
la clef de voûte.
Ayant ainsi essayé de développer la vérité, figurée en type par la «fleur de
farine
pétrie
à l’huile», nous en venons à un autre point d’un grand intérêt, qui se rattache
à ces mots: «Il
versera
de l’huile sur elle». Ici, nous avons un type de l’onction du Seigneur Jésus
Christ par le Saint Esprit. Non seulement le corps du Seigneur Jésus fut formé,
mystérieusement, par l’Esprit Saint, mais encore ce vase pur et saint fut oint
pour le service, par la même puissance. «Et il arriva que, comme tout le peuple
était baptisé, Jésus aussi, étant baptisé et priant, le ciel s’ouvrit; et
l’Esprit Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe;
et il y eut une voix qui venait du ciel: Tu es mon Fils bien-aimé; en toi j’ai
trouvé mon plaisir» (Luc 3:21, 22).
L’onction du Seigneur Jésus par le Saint Esprit, avant qu’il entrât dans son
ministère public, est d’une grande importance pratique pour tous ceux qui
désirent sincèrement être de fidèles et bénis serviteurs de Dieu. Quoiqu’il eût
été, quant à son humanité, conçu par le Saint Esprit, quoiqu’il fût, dans sa
propre personnalité, «Dieu manifesté en chair», quoique toute la plénitude de la
divinité habitât en lui corporellement, cependant il est à remarquer que,
lorsqu’il se présenta, comme homme, pour faire, sur la terre, la volonté de
Dieu, quelle qu’elle pût être: annoncer la bonne nouvelle, enseigner dans les
synagogues, guérir les malades, purifier les lépreux, chasser les démons,
nourrir ceux qui avaient faim, ou ressusciter les morts, — il faisait tout par
le Saint Esprit. Ce vaisseau saint et céleste, dans lequel le Fils de Dieu se
plut à paraître ici-bas, était formé, rempli, oint et conduit par le Saint
Esprit.
C’est là pour nous une leçon à la fois sainte et profonde, indispensable et
salutaire. Nous sommes enclins à courir sans être envoyés, à agir par la seule
énergie de la chair. Souvent un ministère apparent n’est que l’activité inquiète
et non sanctifiée d’une nature qui n’a jamais été discernée et jugée en la
présence de Dieu. Certes, nous avons bien besoin d’étudier soigneusement notre
divine «offrande du gâteau» — afin de comprendre plus exactement la
signification de la «fleur de farine ointe d’huile». Nous avons besoin de
méditer davantage sur Christ qui, quoique possédant en Lui-même la puissance
divine, fît, néanmoins, toutes ses œuvres, opéra tous ses miracles, et
finalement, par l’Esprit éternel, s’offrit «lui-même à Dieu sans tache» (Héb.
9:14). Il pouvait dire: «Moi, je chasse les démons par l’Esprit de Dieu» (Matt.
12:28).
Rien n’a une valeur réelle, si ce n’est ce qui est accompli par la puissance du
Saint Esprit. Un homme peut écrire; mais si sa plume n’est pas guidée par le
Saint Esprit, ses ouvrages ne produiront aucun résultat durable. Un homme peut
parler avec éloquence; mais si ses lèvres n’ont pas reçu l’onction du Saint
Esprit, sa parole ne prendra pas racine dans les cœurs. C’est là une pensée bien
sérieuse qui, si elle était sérieusement pesée, nous conduirait à veiller
davantage sur nous-mêmes, et à vivre dans une plus habituelle dépendance du
Saint Esprit. Ce qu’il nous faut, c’est d’être entièrement vidés de nous-mêmes,
afin que la place soit laissée au Saint Esprit pour agir sur nous et par nous.
Il est impossible qu’un homme, plein de lui-même, puisse être le vase du Saint
Esprit. Quand nous contemplons le ministère du Seigneur Jésus, nous voyons que,
dans toutes les circonstances, il agissait par la puissance immédiate du Saint
Esprit. Ayant pris place, comme homme, ici-bas, il montra que l’homme devait non
seulement vivre de la Parole, mais aussi agir par l’Esprit de Dieu. Alors même
que, comme homme, sa volonté fût parfaite, — que ses pensées, ses paroles, ses
œuvres, tout fût parfait en Lui, cependant il n’aurait jamais agi que par
l’autorité de la Parole, et par la puissance de l’Esprit Saint. Oh!
Puissions-nous en cela, comme en tout le reste, suivre de plus près et plus
fidèlement ses traces. Alors, assurément, notre ministère serait plus efficace,
notre témoignage serait plus fécond en bons fruits, notre marche serait plus
complètement à la gloire de Dieu.
Un autre ingrédient de l’offrande de gâteau appelle maintenant notre attention,
c’est «l’encens». Nous avons vu que la «fleur de farine» était la base de
l’offrande; l’huile et l’encens en étaient les principaux accessoires: la
connexion, qui existe entre ces deux dernières choses, est fort instructive.
«L’huile» figure la
puissance
du ministère de Christ; «l’encens» en représente
l’objet.
La première nous apprend qu’il faisait tout par l’esprit de Dieu; le dernier
qu’il faisait tout à la gloire de Dieu. L’encens nous offre ce qui, dans la vie
de Christ, était exclusivement pour Dieu. C’est là ce qu’indique clairement le
deuxième verset: «Et il l’apportera [l’offrande de gâteau] aux fils d’Aaron, les
sacrificateurs; et le sacrificateur prendra une pleine poignée de la fleur de
farine et de l’huile, avec
tout l’encens,
et il en fera fumer le mémorial sur l’autel: c’est un sacrifice par feu, une
odeur agréable à l’Éternel». Il en fut ainsi de la vraie offrande de gâteau —
l’Homme Christ Jésus. Dans sa vie sainte, il y eut toujours ce qui était
exclusivement pour Dieu. Toutes ses pensées, toutes ses paroles, tous ses
regards, tous ses actes exhalaient un parfum qui s’élevait directement à Dieu.
Et comme, dans le type, c’était le «feu de l’autel» qui faisait sortir la suave
odeur de l’encens; ainsi, dans l’Antitype, plus il était «éprouvé», dans toutes
les circonstances de sa vie, plus aussi il était manifeste que, dans son
humanité, il n’y avait rien qui ne pût monter en parfum d’agréable odeur
jusqu’au trône de Dieu. Si, dans l’holocauste, nous contemplons Christ
«s’offrant lui-même sans tache à Dieu», dans l’offrande de gâteau, nous le
voyons présentant à Dieu toute l’excellence intrinsèque de sa nature humaine et
de ses actes. Un homme parfait et obéissant, sur la terre, faisant la volonté de
Dieu, agissant par l’autorité de la Parole et par la puissance de l’Esprit,
voilà ce qui était comme une suave odeur qui devait nécessairement être agréable
à Dieu. Le fait que «tout l’encens» était consumé sur l’autel en détermine bien
la portée et le sens.
Il nous reste seulement à considérer un dernier accessoire, inséparable de
l’offrande de gâteau, savoir «le
sel».
«Et toute offrande de ton offrande de gâteau, tu la saleras de sel, et tu ne
laisseras point manquer sur ton offrande de gâteau le sel de l’alliance de ton
Dieu; sur toutes tes offrandes tu présenteras du sel». L’expression de «sel de
l’alliance» exprime le caractère permanent de cette alliance. Dieu lui-même l’a
ordonnée, à tous égards, de telle manière que rien ne peut jamais l’altérer —
qu’aucune influence quelconque ne peut jamais la corrompre. Au point de vue
spirituel et pratique, on ne saurait trop apprécier un pareil ingrédient. «Que
votre parole soit toujours, dans [un esprit de] grâce, assaisonnée de
sel»
(Col. 4:6). Toutes les paroles de l’Homme parfait manifestaient la puissance de
ce principe; elles étaient non seulement des paroles de grâce, mais aussi des
paroles d’une efficacité pénétrante — des paroles divinement propres à préserver
de toute souillure et de toute influence corruptrice. Il ne prononça jamais un
mot qui ne fût pas pénétré de l’odeur de «l’encens», et, en même temps,
«assaisonné de sel». Le premier était des plus agréable à Dieu, le dernier était
des plus utile à l’homme.
Souvent, hélas! le cœur corrompu et le goût vicié de l’homme ne pourraient pas
supporter l’âcreté de l’offrande de gâteau divinement salée. Preuve en soit, par
exemple, la scène qui se passa dans la synagogue de Nazareth (Luc 4:16-29). Là,
tous pouvaient «lui rendre témoignage, et s’étonner des paroles de
grâce
qui sortaient de sa bouche»; mais quand il en vint à assaisonner ces paroles du
sel,
si nécessaire pour préserver ses auditeurs de l’influence délétère de leur
orgueil national, ils furent tous remplis de colère et voulurent le précipiter
du bord escarpé de la montagne, sur laquelle leur ville était bâtie.
De même encore, en Luc 14, ses paroles de «grâce» avaient attiré «de grandes
foules» après lui; alors il y mêle le «sel», en exposant, avec une sainte
fidélité, ce qui attendait ici-bas ceux qui le suivraient. «Venez, car déjà tout
est prêt», voilà ce qui était la «grâce». Mais ensuite: «Quiconque d’entre vous
ne renonce pas à tout ce qu’il a, ne peut être mon disciple», voilà ce qui était
le «sel». La grâce est attrayante, mais «le sel est bon». Des discours
présentant la grâce peuvent être populaires; des discours pleins de sel ne le
seront jamais. À certaines époques et dans certaines circonstances, le pur
évangile de la grâce de Dieu peut être, pour un temps, recherché par la
multitude; mais quand le «sel», d’une application faite avec zèle et fidélité,
apparaît, les rangs s’éclaircissent bientôt, et il n’y reste guère que ceux qui
ont été touchés par la puissance de la Parole.
Après avoir ainsi examiné les ingrédients qui constituaient l’offrande de
gâteau, nous dirons quelques mots sur ceux qui en étaient exclus.
Le premier était «le levain». Quelque gâteau que vous offriez à l’Éternel, il ne
sera point fait avec du «levain». D’un bout à l’autre du volume inspiré, sans
une seule exception, le «levain» est toujours présenté comme le symbole du
mal.
Au chapitre 7:13, de ce Livre, ainsi que nous le verrons ci-après, du pain levé
fait partie de l’offrande qui accompagne le sacrifice de prospérités; puis, au
chap. 23, nous trouvons encore le levain dans les deux pains offerts, le jour de
la Pentecôte; mais quant à l’offrande du gâteau, le levain en était
soigneusement exclu. Il ne devait rien y avoir d’acide, rien qui fît enfler,
rien qui exprimât le mal dans, ce qui typifiait «l’Homme Christ Jésus». En Lui,
il n’y avait ni aigreur, ni enflure morale; tout était pur, solide, sincère.
Parfois, sa parole pouvait trancher jusqu’au vif, mais elle n’était jamais aigre
ni orgueilleuse. Ses démarches témoignaient toujours qu’en réalité il marchait
en la présence de Dieu.
Chez ceux qui, par la foi, appartiennent à Christ, nous savons trop bien, hélas!
combien souvent le levain se montre dans toutes ses propriétés et tous ses
effets. Il n’y a jamais eu, sur la terre, qu’un seul Être qui ait réalisé
l’offrande de gâteau parfaitement sans levain; et, Dieu soit béni, cette
offrande réalisée est à nous, — à nous pour nous en nourrir dans le sanctuaire
de la présence divine, en communion avec Dieu. Nul exercice ne peut être plus
réellement édifiant et rafraîchissant pour l’entendement renouvelé, que de
méditer sur la perfection sans levain de l’humanité du Christ — que de
contempler la vie et le ministère de Celui qui fut absolument et essentiellement
sans levain, dans ses pensées, dans ses affections, dans ses désirs. Il fut
constamment l’Homme parfait, sans péché, sans tache. Et plus nous serons en
état, par la puissance de l’Esprit, de comprendre ces choses, plus aussi sera
profonde et bénie l’expérience que nous ferons de la grâce qui porta cet Être
parfait à se mettre lui-même sous toutes les conséquences des péchés de son
peuple, comme il le fit à la croix. Mais cette dernière considération se
rattache tout à fait au point de vue sous lequel le sacrifice pour le péché nous
présente notre Seigneur. Dans l’offrande de gâteau, il n’est pas question du
péché. C’est, non pas le type d’une victime pour le péché, mais d’un Homme réel,
parfait, sans tache, conçu et oint du Saint Esprit, possédant une nature sans
levain, ayant vécu d’une vie sans levain ici-bas; faisant toujours monter vers
Dieu le parfum de sa propre et personnelle excellence, et conservant, parmi les
hommes, une marche caractérisée par «la grâce assaisonnée de sel».
Mais il y avait un autre ingrédient, tout aussi positivement exclu de l’offrande
de gâteau que le levain; c’était «le miel»: «Car du levain
et du
miel,
vous n’en ferez point fumer comme sacrifice par feu à l’Éternel» (vers. 11). Or,
comme le levain est l’expression de ce qui est positivement
mauvais,
dans sa nature, nous pouvons considérer «le miel» comme le symbole significatif
de ce qui, en apparence, est
doux
et attrayant. Ni l’un ni l’autre ne sont agréés par Dieu; — tous deux aussi
étaient incompatibles avec l’autel. Les hommes peuvent bien, à l’exemple de
Saül, faire des distinctions entre ce qui, à leurs yeux, est «misérable et
chétif» (1 Sam. 15:9) et ce qui est précieux; mais le jugement de Dieu met le
sémillant et gracieux Agag sur le même rang que le dernier des enfants d’Amalek.
Sans doute, il y a souvent dans l’homme de bonnes qualités morales, dont on doit
tenir compte selon ce qu’elles valent. «As-tu trouvé du
miel,
manges-en ce qu’il t’en faut» (Prov. 25:16); mais souviens-toi qu’il n’y avait
point de place pour lui ni dans l’offrande de gâteau, ni dans son Antitype. Ici,
il y avait la plénitude du Saint Esprit, il y avait la bonne odeur de l’encens,
il y avait l’action préservatrice du «sel de l’alliance», Toutes ces choses
accompagnaient «la fleur de farine» dans la Personne de la vraie «offrande de
gâteau», mais non pas «le miel».
Quelle leçon pour nos cœurs, quel volume de saines instructions nous avons là!
Le Seigneur Jésus savait donner à la nature et aux relations naturelles la place
qui leur convient. Il savait quelle était la quantité de «miel qui suffisait».
Il pouvait dire à sa mère: «Ne saviez-vous pas qu’il me faut être aux affaires
de mon Père?» et cependant il pouvait dire aussi au disciple bien aimé: «Voilà
ta mère». En, d’autres termes, les droits de la nature ne devaient jamais
empiéter sur le dévouement à Dieu de toutes les énergies de l’humanité parfaite
de Christ. Marie, et d’autres avec elle, auraient pu se figurer que leurs
relations humaines avec le Sauveur leur donnaient quelque droit ou quelque
influence, fondés sur des motifs purement naturels. «Ses frères (selon la chair)
et sa mère donc viennent; et, se tenant dehors, ils l’envoyèrent appeler et la
foule était assise autour de lui. Et on lui dit Voici ta mère et tes frères, là
dehors, te cherchent». Quelle fut la réponse de Celui qui réalisait en
perfection l’offrande de gâteau? Sacrifie-t-il sur le champ son œuvre aux appels
de la nature? Nullement. S’il l’eût fait, c’eût été mêler du «miel» à
l’offrande, ce qui ne pouvait avoir lieu. Le miel fut fidèlement repoussé, dans
cette occasion et dans toutes les autres où les droits de Dieu devaient, tout
d’abord, être sauvegardés, et en échange, la puissance de l’Esprit, la bonne
odeur de
l’encens
et les vertus énergiques du
sel
ressortirent d’une manière bénie. «Et il leur répondit, disant: Qui est ma mère,
ou [qui sont] mes frères? Et regardant tout à l’entour ceux qui étaient assis
autour de lui, il dit: Voici ma mère et mes frères; car quiconque fera la
volonté de Dieu, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère 1»
(Marc 3:31-35).
1
Il importe de comprendre que, dans ce beau passage, la volonté de Dieu amène
l’âme et la met en relation avec Christ: c’est ce que ses frères selon la chair
ne connaissaient pas, du moins alors; ils ne venaient à lui que par des motifs
purement naturels. Il était vrai, relativement à ses frères, tout comme
relativement à tout autre, que «si quelqu’un n’est né de nouveau, il ne peut
voir le royaume de Dieu». Le seul fait d’être la mère de Jésus ne l’aurait pas
sauvée. Il lui fallait une foi personnelle en Christ, aussi bien qu’à tout autre
membre de la famille déchue d’Adam. Elle devait, en naissant de nouveau, passer
de la vieille création dans la nouvelle. C’est en conservant les paroles de
Christ dans son cœur, que cette bienheureuse femme fut sauvée. Sans doute, elle
fut honorée d’une grande «faveur de Dieu», en étant choisie comme un vase pour
cet office salutaire; mais, ensuite, comme une pécheresse perdue, elle dut «se
réjouir en Dieu, son Sauveur», de même que toute autre âme. Elle est sur le même
terrain, lavée dans le même sang, revêtue de la même justice, et elle chantera
le même cantique de délivrance que tous les autres rachetés du Seigneur.
Ce simple fait donnera plus de force et de clarté à une considération que nous
avons déjà exprimée, savoir que l’incarnation ne consistait pas, pour Christ, à
prendre notre nature, en union avec Lui-même. Cette vérité vaut la peine d’être
sérieusement pesée; elle ressort pleinement de 2 Cor. 5:14-17: «Car l’amour du
Christ nous étreint, en ce que nous avons jugé ceci, que si un est mort pour
tous, tous donc sont morts, et qu’il est mort pour tous, afin que ceux qui
vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui pour eux est mort et a
été ressuscité. En sorte que nous, désormais, nous ne connaissons personne selon
la chair; et,
si même nous avons connu
Christ selon la chair, toutefois maintenant nous ne le connaissons plus ainsi.
En sorte que si quelqu’un est
en Christ,
c’est une nouvelle création: les choses vieilles sont passées; voici, toutes
choses sont faites nouvelles».
Il est peu de choses que le serviteur de Dieu trouve plus difficiles dans la
pratique, que l’exactitude spirituelle, nécessaire pour régler les droits des
relations naturelles, de telle sorte qu’elles n’empiètent pas sur les droits du
Maître. Chez notre Seigneur, nous le savons, cela se conciliait d’une façon
divine. Quant à nous, il nous arrive souvent que des devoirs vraiment selon Dieu
sont ouvertement sacrifiés à ce que nous nous imaginons être le service de
Christ. La Doctrine de Dieu est souvent négligée en vue d’une apparente œuvre
évangélique. Or, il ne faut jamais perdre de vue que le point de départ de la
vraie dévotion est toujours placé de manière à sauvegarder pleinement tous les
droits de la piété. Si j’occupe une place, qui exige mes services depuis dix
heures du matin jusqu’à quatre heures après midi, je n’ai pas le droit, durant
ces heures, de sortir pour faire une visite chrétienne ou pour prêcher
l’Évangile. Si je suis dans le commerce, je suis tenu de m’y employer fidèlement
et pieusement. Je ne puis ni ne dois courir çà et là pour évangéliser, tandis
que mon affaire au bureau, est d’aligner des chiffres; ce serait exposer à
l’opprobre la sainte doctrine de mon Dieu. «Je me sens, dira quelqu’un, appelé à
prêcher l’Évangile, et je trouve que mon emploi ou mon commerce est un fardeau
et un obstacle». Eh! bien,
si vous
êtes appelé et qualifié de Dieu
pour l’œuvre de l’Évangile, et que vous ne puissiez pas concilier les deux
choses, alors renoncez à votre emploi, réduisez ou laissez votre commerce, d’une
manière vraiment pieuse, et allez au nom du Seigneur. Voilà le dévouement, voilà
la dévotion selon Dieu. En dehors de cela, même avec de bonnes intentions, il
n’y a que confusion en réalité. Grâces à Dieu, nous avons un exemple parfait
devant nous dans la vie du Seigneur Jésus, tout comme nous avons amplement de
directions pour le nouvel homme, dans la parole de Dieu; en sorte que nous
pouvons marcher, sans nous égarer, dans les diverses positions que la Providence
divine peut nous appeler à occuper, et dans les diverses obligations que le
gouvernement moral de Dieu a liées à ces relations.
2.
Le second point que nous avons à considérer, c’est la manière dont l’offrande de
gâteau était préparée. Cette préparation, comme nous le lisons, avait lieu par
l’action du feu. Le gâteau était «cuit au four — cuit sur la plaque — ou cuit
dans la poêle». L’acte de cuire suggère l’idée de souffrance. Mais, attendu que
l’offrande de gâteau est dite «en odeur agréable», — terme qui n’est jamais
employé pour le sacrifice du péché ou du délit — il est évident qu’il ne s’agit
nullement ici de l’idée de souffrir pour le péché — de souffrir sous la colère
de Dieu à cause du péché — de souffrir de la part de la Justice infinie, comme
le substitut des pécheurs. Ces deux idées — «en odeur agréable» et souffrance
pour le péché sont absolument incompatibles, selon l’économie lévitique. Ce
serait détruire complètement le type de l’offrande de gâteau, que d’y introduire
l’idée de souffrance pour le péché.
En méditant sur la
vie
du Seigneur Jésus qui, comme nous l’avons déjà dit, est le sujet spécial
préfiguré dans l’offrande de gâteau, nous pouvons y remarquer trois genres
distincts de souffrance, savoir: souffrance pour la justice, souffrance en vertu
de la sympathie, et souffrance par anticipation.
Comme le Serviteur Juste de Dieu, il souffrit au milieu d’une scène où tout lui
était contraire; mais c’était là précisément l’opposé de souffrir pour le péché.
Il importe extrêmement de bien distinguer ces deux sortes de souffrances; de
graves erreurs résultent de leur confusion. Souffrir comme un Juste, vivant au
milieu des hommes, pour l’amour de Dieu, est une chose; et souffrir à la place
des hommes, de la part de Dieu, est une tout autre chose. Le Seigneur Jésus a
souffert pour la justice, pendant sa
vie;
il a souffert pour le péché, à sa
mort.
Durant sa vie, les hommes de Satan firent tous leurs efforts contre lui; et,
même à la croix, ils déployèrent toutes leurs forces; mais quand ils eurent fait
tout ce qui était en leur pouvoir — quand, dans leur mortelle inimitié, ils
eurent atteint l’extrême limite de l’opposition humaine et diabolique — au-delà
de tout cela, il y avait encore une région d’impénétrable obscurité et
d’horreur, que le Porteur du péché dut traverser, pour l’accomplissement de son
œuvre. Durant sa vie, il marcha toujours dans la lumière sans nuage de la face
de Dieu; mais sur le bois maudit, les sombres ténèbres du péché survenant lui
cachèrent cette lumière, et firent sortir de sa bouche ce cri mystérieux: «Mon
Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» C’est là un moment, absolument
exceptionnel dans les annales de l’éternité. De temps en temps, pendant la vie
du Christ ici-bas, le ciel s’ouvrit pour donner passage à l’expression du bon
plaisir de Dieu en lui; mais sur la croix Dieu l’abandonna, parce qu’il avait
livré son âme en sacrifice pour le péché. Si Christ eût porté le péché toute sa
vie durant, alors il n’y eût point eu de différence entre la croix et son
existence précédente sur la terre. Pourquoi ne fut-il jamais abandonné de Dieu
avant la croix? Quelle différence n’y avait-il pas entre Christ sur la croix et
Christ sur la sainte montagne de la transfiguration? Était-il abandonné de Dieu
sur la montagne? — Portait-il alors les péchés? Ce sont là de bien simples
questions, auxquelles devraient répondre ceux qui soutiennent que, pendant toute
sa vie, le Christ a été chargé de nos péchés.
Le fait est simplement que rien, absolument rien, soit dans l’humanité du
Christ, soit dans ses relations diverses, ne pouvait le mettre en union avec le
péché, ou avec la colère de Dieu, ou avec la mort. Il fut fait péché sur la
croix, où il endura la colère de Dieu, en laissant sa vie comme une expiation,
pleinement suffisante, du péché; mais il n’est pas question de cela dans le type
de l’offrande de gâteau. Nous y avons, il est vrai, l’action de cuire — l’action
du feu; mais ce n’est pas ici la colère de Dieu. L’offrande de gâteau n’était
pas une oblation pour le péché, mais une offrande «d’une odeur agréable». Ainsi
la signification en est bien déterminée, et, en outre, une saine et correcte
interprétation de ce type contribuera à nous faire retenir constamment, avec une
sainte jalousie, la précieuse vérité de l’humanité sans tache du Christ. Faire
de Lui, uniquement à cause de sa naissance, un porteur du péché, toujours placé,
par cela même, sous la malédiction de la loi et sous la colère de Dieu, c’est se
mettre en contradiction avec la vérité divine, tout entière, relative à
l’incarnation — vérité annoncée par l’ange, et fréquemment répétée par l’apôtre
inspiré. En outre, c’est détruire le caractère et le but de la vie du Christ,
c’est dépouiller la croix de sa gloire distinctive; c’est rabaisser la notion du
péché et celle de l’expiation. En un mot, c’est enlever la clef de voûte à
l’arche de la révélation, et laisser tout ce qui nous entoure dans une ruine et
une confusion irrémédiables.
Puis aussi, le Seigneur Jésus a souffert par sympathie; et ce genre de
souffrances nous fait pénétrer dans l’intimité de son cœur plein de tendresse.
Les douleurs et les misères humaines faisaient toujours vibrer une corde dans
les profondeurs de son amour. Il était impossible qu’un cœur humain parfait ne
compatît pas, selon sa divine capacité, aux misères que le péché avait léguées à
la postérité d’Adam. Bien que personnellement exempt et de la cause et de
l’effet, — bien qu’appartenant au ciel, et vivant d’une vie céleste sur la
terre, il n’en descend pas moins par la puissance d’une vive sympathie, dans les
plus profonds abîmes de la souffrance humaine; oui, il sentait la souffrance
beaucoup plus vivement que ceux qui l’enduraient, et cela précisément parce que
son humanité était parfaite. De plus, il était capable d’envisager et la
souffrance et sa cause, exactement selon leur nature et leur degré, en la
présence de Dieu. Il sentait comme personne autre n’a senti. Ses sentiments, ses
affections, ses sympathies — tout son Être moral et mental — étaient parfaits;
aussi, nul homme ne peut dire ni même concevoir ce qu’un tel Être doit avoir
souffert, en traversant un monde tel que le nôtre. Il voyait la famille humaine
luttant sous le poids accablant de la culpabilité et de la misère; il voyait
toute la création gémissant sous le joug; le cri des captifs arrivait à son
oreille; les larmes des veuves s’offraient à ses regards; le dénuement et la
pauvreté touchaient son cœur sensible; la maladie et la mort le faisaient
«frémir en son esprit»; ses souffrances par sympathie dépassaient toute
intelligence humaine.
Voici un passage qui me paraît propre à faire ressortir ce caractère de
souffrances dont nous parlons: «Et le soir étant venu, on lui apporta beaucoup
de démoniaques; et il chassa les esprits par [une] parole, et guérit tous ceux
qui se portaient mal; en sorte que fût accompli ce qui a été dit par Ésaïe le
prophète, disant: Lui-même
a pris nos langueurs, et a
porté nos maladies»
(Matt. 8:16-17). C’était là purement sympathique — c’était la capacité de
compatir, qui en Lui était parfaite. Il n’avait lui-même ni maladies, ni
infirmités. Mais par sympathie — parfaite sympathie — «Lui-même a
pris
nos langueurs, et a
porté
nos maladies». C’est ce que personne autre qu’un homme parfait n’eût pu faire.
Nous pouvons sympathiser les uns avec les autres; mais Jésus Christ seul a pu
s’approprier les infirmités et les maladies humaines.
Or, s’il eût porté ces douleurs en vertu de sa naissance ou de ses relations
avec Israël et avec les hommes, en général, nous perdrions toute la beauté et la
valeur de ses sympathies volontaires. Il n’y aurait plus lieu à une action
volontaire, s’il était placé sous une nécessité absolue. Mais, d’un autre côté,
quand nous le voyons complètement exempt, soit personnellement, soit
relativement, de toute misère humaine et de ce qui en est la cause, nous pouvons
comprendre en quelque mesure du moins, cette grâce et cette compassion parfaites
qui l’amenèrent à prendre nos infirmités et à porter nos maladies, par une vraie
et puissante sympathie. Il y a donc une bien évidente différence entre Christ
souffrant, parce qu’il sympathisait volontairement aux misères humaines, et
Christ souffrant comme le substitut des pécheurs. Les souffrances du premier
genre apparaissent à travers la
vie
tout entière du Rédempteur; celles du dernier genre sont limitées à sa
mort.
Considérons enfin les souffrances du Christ par anticipation. Nous voyons la
croix projetant son ombre funèbre sur toute sa carrière et produisant un genre
de bien vives souffrances, qui, pourtant, doivent être distinguées de ses
souffrances expiatoires, tout aussi bien que de ses souffrances pour la justice
ou de ses souffrances par sympathie. Citons un passage à l’appui de cette
assertion: «Et sortant, il s’en alla, selon sa coutume, à la montagne des
Oliviers, et les disciples aussi le suivirent. Et quand il fut en ce lieu-là, il
leur dit: Priez que vous n’entriez pas en tentation. Et il s’éloigna d’eux
lui-même environ d’un jet de pierre, et s’étant mis à genoux, il priait, disant:
Père, si tu voulais faire passer cette coupe loin de moi! Toutefois, que ce ne
soit pas ma volonté, mais la tienne qui soit faite. Et un ange du ciel lui
apparut, le fortifiant. Et étant dans l’angoisse du combat, il priait plus
instamment; et sa sueur devint comme des grumeaux de sang découlant sur la
terre» (Luc 22:39-44). Ailleurs nous lisons encore: «Et ayant pris Pierre et les
deux fils de Zébédée, il commença à être attristé et fort angoissé. Alors il
leur dit: Mon âme est saisie de tristesse jusqu’à la mort; demeurez ici et
veillez avec moi… Il s’en alla de nouveau, une seconde fois, et il pria, disant:
Mon Père, s’il n’est pas possible que ceci passe loin de moi, sans que je le
boive, que ta volonté soit faite» (Matt. 26:37-42).
Il est évident, d’après ces passages, que le Seigneur avait alors en perspective
quelque chose qu’il n’avait pas rencontré auparavant. Il y avait pour Lui une
«coupe» toute pleine, dont il n’avait pas encore bu. S’il eût été, pendant toute
sa vie, chargé de nos péchés, d’où pourrait venir cette affreuse «agonie»,
produite par la pensée d’être mis en contact avec le péché et d’avoir à endurer
la colère de Dieu à cause du péché? Quelle différence y avait-il entre Christ en
Gethsémané et Christ sur le Calvaire, s’il fut toute sa vie un porteur du péché?
Il y avait, certes, entre ces deux positions une différence essentielle,
provenant justement de ce que Christ n’a pas porté le péché durant sa vie
entière. Cette différence, la voici: En Gethsémané, il
anticipait
la croix; au Calvaire, il
souffrait
réellement la croix. En Gethsémané «un ange du ciel lui apparut, pour le
fortifier»; au Calvaire, il fut abandonné de tous. Là, il n’y avait point de
ministère d’anges. En Gethsémané, il s’adresse à Dieu comme à son «Père»,
jouissant ainsi pleinement de la communion de cette relation ineffable; mais au
Calvaire, il crie: «Mon
Dieu,
mon
Dieu,
pourquoi m’as-tu abandonné?» Ici, celui qui portait nos péchés regarde en haut,
et voit le trône de la Justice éternelle enveloppé de profondes ténèbres, et la
face de la Sainteté éternelle détournée de lui, parce qu’il était «fait péché
pour nous».
J’espère que les lecteurs comprendront sans peine ce dont nous parlons, en
étudiant ce sujet par eux-mêmes. Ils pourront suivre, en détail, les, trois
genres de souffrances de la
vie
de notre Seigneur, et les distinguer de ses souffrances de
mort —
ou de ses souffrances pour le péché. Ils se convaincront que, même après que les
hommes et Satan eurent fait leurs derniers efforts contre le Christ, il restait
encore un genre de souffrance absolument unique, savoir, de, souffrir de la part
de Dieu, à cause du péché — de souffrir comme le représentant des pécheurs.
Avant la croix, il peut toujours regarder au ciel et jouir de la clarté de la
face du Père. Dans ses heures les plus sombres, il trouvait toujours des forces
et des consolations en haut. Son chemin ici-bas était rude et pénible. Comment
pouvait-il en être autrement, dans un monde où tout était en opposition à sa
pure et sainte nature? Il eut à «endurer une telle contradiction de la part des
pécheurs contre lui-même». Il dut voir tomber sur lui «les outrages de ceux qui
outrageaient» Dieu. Que n’eut-il pas à souffrir? Il n’était pas compris, on
interprétait mal ses paroles et ses actes, on abusait de lui, on le trompait, on
l’enviait, on l’accusait d’être un insensé, d’avoir un démon. Il fut trahi,
renié, abandonné, raillé, outragé, souffleté, conspué, couronné d’épines,
rejeté, condamné et cloué sur un gibet entre deux malfaiteurs. Toutes ces
choses, il les endura de la part des hommes, conjointement avec toutes les
indicibles terreurs dont Satan cherchait à accabler son âme; mais, disons-le
encore une fois, avec la plus ferme assurance, quand l’homme et Satan eurent
épuisé tout ce qu’ils avaient de puissance et de haine, notre Seigneur et
Sauveur dut passer par une souffrance, au prix de laquelle tout le reste n’était
rien — souffrance qui consistait en ce que la face de Dieu lui était cachée — en
ce que, durant trois heures de ténèbres et d’affreuse obscurité, il eut à
endurer ce que nul autre que Dieu ne peut connaître.
Or, quand l’Écriture parle de notre communion avec les souffrances de Christ,
cela se rapporte uniquement à ses souffrances pour la justice — à ses
souffrances de la part des hommes. Christ a souffert pour le péché, afin que
nous n’eussions pas à souffrir pour le péché. Il a supporté la colère de Dieu,
afin que nous n’eussions pas à la supporter. C’est là le fondement de notre
paix. Mais relativement aux souffrances de la part des hommes, nous éprouverons
toujours que plus nous marcherons fidèlement sur les traces de Christ, plus
aussi nous aurons à souffrir sous ce rapport; mais c’est là, pour le chrétien,
un don, un privilège, une faveur, une dignité (voir Phil. 1:29-30). Suivre les
traces de Christ — avoir la même part qu’il a eue — être placé de manière à
sympathiser avec lui, ce sont là des privilèges de l’ordre le plus élevé. Plût à
Dieu que nous y fussions tous plus intimement initiés! Mais, hélas! nous sommes
trop aisément contents de nous en passer — ou, comme Pierre, de «suivre de loin»
le Seigneur — de nous tenir à distance d’un Christ méprisé et souffrant. Cette
tiédeur est incontestablement une grande perte pour nous. Si la communion des
souffrances du Sauveur nous était plus familière, la couronne paraîtrait d’un
éclat beaucoup plus splendide devant les yeux de notre âme. Quand nous évitons
cette communion de souffrance avec Christ, nous nous privons de la joie vive et
profonde, partage de ceux qui le suivent, en même temps que de la force morale
de l’espérance de sa prochaine gloire.
3.
Ayant examiné les ingrédients qui composaient l’offrande de gâteau, et les
diverses formes sous lesquelles on pouvait l’offrir, il ne nous reste plus qu’à
nous occuper des personnes qui y avaient part. C’étaient le chef et les membres
de la famille sacerdotale, «Et le reste de l’offrande de gâteau sera pour Aaron
et pour ses fils: c’est une chose très sainte entre les sacrifices de l’Éternel
faits par feu» (vers. 10). De même que, dans l’holocauste, nous avons vu que les
fils d’Aaron sont présentés comme types de tous les vrais croyants, non comme
des pécheurs travaillés, mais comme des sacrificateurs qui adorent, de même,
dans l’offrande de gâteau, nous les voyons se nourrissant des restes de ce qui
avait été, pour ainsi dire, servi sur la table du Dieu d’Israël (Mal. 1:7).
C’était un privilège aussi distingué que saint, dont les seuls sacrificateurs
pouvaient jouir, comme cela est très positivement déclaré dans «la loi de
l’offrande de gâteau», que je citerai en entier: «Et c’est ici la loi de
l’offrande de gâteau: l’un des fils d’Aaron la présentera devant l’Éternel,
devant l’autel. Et il lèvera une poignée de la fleur de farine du gâteau et de
son huile, et
tout l’encens
qui est sur le gâteau, et il fera fumer cela sur l’autel, une odeur agréable,
son mémorial à l’Éternel. Et ce qui en restera, Aaron et ses fils le mangeront;
on le mangera sans
levain, dans un lieu saint;
ils le mangeront dans le parvis de la tente d’assignation. On ne le cuira pas
avec du levain. C’est leur portion, que je leur ai donnée de mes sacrifices
faits par feu. C’est une chose très sainte, comme le sacrifice pour le péché et
comme le sacrifice pour le délit. Tout mâle d’entre les enfants d’Aaron en
mangera; [c’est] un statut perpétuel en vos générations, [leur part] des
sacrifices faits par feu à l’Éternel:
quiconque les touchera sera saint»
(Lév. 6:7-11).
Ici donc nous est offerte une belle figure de l’Église se nourrissant, «dans le
saint lieu», des perfections de l’Homme Christ Jésus avec la puissance de la
sainteté pratique. C’est là notre portion par la grâce de Dieu; mais
rappelons-nous qu’elle doit être mangée
«sans levain».
Nous ne pouvons nous nourrir de Christ si nous nous complaisons dans un péché
quelconque: «Quiconque les touchera sera saint». Ensuite cela doit se faire
«dans le lieu saint». Notre position, notre marche, notre conduite, nos
personnes, nos relations, nos pensées doivent être saintes, si nous voulons
pouvoir nous nourrir de l’offrande du gâteau. Enfin, c’est «tout mâle d’entre
les enfants d’Aaron qui en mangera», c’est-à-dire qu’une vraie énergie
sacerdotale, selon la Parole, est nécessaire pour jouir de cette sainte portion.
Les
fils
d’Aaron, expriment l’idée
d’énergie
dans l’action sacerdotale; tandis que ses
filles
en représentent la
faiblesse
(comp. Nombres 18:8-13). Il y avait des choses que les fils pouvaient manger,
tandis que les filles ne le pouvaient pas. Nos cœurs devraient ardemment désirer
la plus haute mesure d’énergie sacerdotale, afin que nous fussions en état de
remplir les fonctions les plus élevées, et de participer à l’ordre le plus élevé
de la nourriture sacerdotale.
En conclusion, j’ajouterai que, comme, par la grâce, nous sommes faits
«participants de la nature divine», nous pouvons, si nous vivons dans, l’énergie
de cette nature, marcher sur les traces de Celui qui est préfiguré dans
l’offrande de gâteau. Si seulement nous renonçons à nous-mêmes, si nous sommes
dépouillés du
moi,
chacun de nos actes peut exhaler une odeur agréable à Dieu. C’est ainsi que Paul
envisageait la libéralité des Philippiens à son égard (Phil. 4:18). Les plus
obscurs, aussi bien que les plus grands services, peuvent, par la puissance du
Saint Esprit, présenter l’odeur de Christ. Faire une visite, écrire une lettre,
exercer le ministère public de la Parole, donner une coupe d’eau froide à un
disciple, ou un sou à un pauvre, même les actes tout ordinaires de manger et de
boire — tout peut exhaler le suave parfum du nom et de la grâce de Jésus Christ.
Ainsi encore si la nature ou la chair est tenue à l’état de mort, nous sommes
capables de manifester des principes et des éléments incorruptibles, comme, par
exemple, des paroles assaisonnées du
sel,
d’une communion habituelle avec Dieu. Mais dans toutes ces choses nous bronchons
et nous manquons. Nous contristons le Saint Esprit de Dieu par notre marche.
Nous sommes enclins à nous rechercher nous-mêmes ou à rechercher l’approbation
des hommes, même dans nos meilleurs services, et nous négligerons
d’«assaisonner» notre conversation. De là vient que nous manquons constamment de
l’huile,
de
l’encens
et du
sel;
tandis que, en même temps, se montre en nous la tendance à laisser apparaître et
agir le
levain
ou le
miel
de la nature. Il n’y a eu qu’une seule parfaite «offrande de gâteau»; mais, béni
soit Dieu, nous sommes acceptés et rendus agréables en Celui qui l’a
parfaitement réalisée. Nous sommes la famille du vrai Aaron; notre place est
dans le sanctuaire, où nous pouvons jouir de notre sainte portion. Heureuse
place! Heureuse portion! Puissions-nous nous en prévaloir beaucoup plus que nous
l’avons jamais fait! Puissions-nous avoir des cœurs plus profondément détournés
du monde et attachés à Christ! Puissions-nous tenir si habituellement nos
regards fixés sur Lui, que les vanités qui nous entourent n’aient plus
d’attraits pour nous, et que nous ne nous laissions plus préoccuper ou agiter
par la multitude de circonstances journalières que nous avons à traverser.
Puissions-nous nous réjouir dans le Seigneur en tout temps, soit dans les jours
de soleil, soit dans les jours d’obscurité; quand les douces brises de l’été
viennent nous rafraîchir, et quand les tempêtes de l’hiver se déchaînent autour
de nous; quand nous voguons sur la surface d’un lac paisible, et quand nous
sommes ballottés sur une mer orageuse. Grâces à Dieu, «nous avons trouvé Celui»
qui est et sera éternellement notre portion pleinement suffisante pour
satisfaire à tous nos besoins. Nous passerons l’éternité à contempler les
divines perfections du Seigneur Jésus. Nos yeux ne se détourneront plus jamais
de Lui, dès qu’une fois nous l’aurons vu tel qu’il est.
Que l’Esprit de Dieu opère puissamment en nous, pour nous fortifier «dans
l’homme intérieur». Qu’il nous rende capables de nous nourrir de cette parfaite
offrande de gâteau, dont le mémorial a satisfait Dieu lui-même! C’est là notre
saint, notre heureux privilège. Puissions-nous le réaliser toujours plus,
toujours mieux!