Livre du
Lévitique
Chapitres 18 à 20
Cette portion du Lévitique nous montre, d’une manière fort remarquable, ce que
l’Éternel attendait, en fait de sainteté personnelle et de pureté morale, de la
part de ceux qu’il avait bien voulu mettre en rapport avec lui-même; et en même
temps, ces chapitres offrent un tableau des plus humiliantes des énormités dont
la nature humaine est capable.
«L’Éternel parla à Moïse, disant: Parle aux fils d’Israël, et dis-leur:
Moi, je
suis l’Éternel, votre Dieu».
Nous avons ici la base de tout l’édifice de conduite morale que présentent ces
chapitres. Les œuvres des Israélites devaient se régler sur le fait que
l’Éternel était
leur
Dieu. Ils étaient appelés à se comporter d’une manière digne d’une si haute et
si sainte position. Dieu avait le droit de prescrire le caractère spécial et la
ligne de conduite qui convenait à un peuple auquel il avait daigné associer son
nom. De là la répétition de ces expressions: «Je suis l’Éternel». «Je suis
l’Éternel, votre Dieu». «Moi, l’Éternel votre Dieu, je suis saint». L’Éternel
était leur Dieu, et il était saint, par conséquent ils étaient aussi appelés à
être saints. Son nom était impliqué dans leur caractère et dans leur conduite.
C’est là le vrai principe de la sainteté pour les enfants de Dieu, dans tous les
temps. Ils doivent être gouvernés et caractérisés par la révélation qu’il a
faite de lui-même. Leur conduite doit dépendre de ce qu’il est, et non de ce
qu’ils sont par eux-mêmes. Cela laisse entièrement de côté le principe exprimé
par ces paroles: «Retire-toi, je suis plus saint que toi»; principe si justement
répudié par toute âme délicate. Ce n’est pas la comparaison d’un homme avec un
autre, mais un simple exposé de la ligne de conduite que Dieu attend de ceux qui
lui appartiennent. «Vous ne ferez pas ce qui se fait dans le pays d’Égypte où
vous avez habité, et vous ne ferez pas ce qui se fait dans le pays de Canaan où
je vous fais entrer, et vous ne marcherez pas selon leurs coutumes». Les
Égyptiens et les Cananéens étaient plongés dans
le mal.
Comment Israël devait-il le savoir? Qui le leur dit? Et comment pouvaient-ils
avoir raison, et tous les autres tort? Ce sont là des questions intéressantes;
et la réponse est aussi simple que les questions sont importantes. La parole de
l’Éternel était la règle par laquelle toutes les questions de bien et de mal
devaient être définitivement résolues au jugement de tout membre de l’Israël de
Dieu. Ce n’était nullement le jugement d’un Israélite, mis en opposition avec le
jugement d’un Égyptien ou d’un Cananéen; mais c’était le jugement de Dieu avant
tout.
L’Égypte et Canaan pouvaient avoir leurs pratiques et leurs opinions, mais
Israël devait avoir les opinions et les pratiques prescrites dans la parole de
Dieu. «Vous pratiquerez mes ordonnances, et vous garderez mes statuts pour y
marcher. Moi je suis l’Éternel, votre Dieu. Et vous garderez mes statuts et mes
ordonnances, par lesquels, s’il les pratique, un homme vivra. Moi, je suis
l’Éternel».
Il est à désirer que mon lecteur ait une intelligence claire, profonde, pleine
et pratique de cette vérité. C’est à la parole de Dieu à décider toute question
morale et à gouverner chaque conscience. Ses décisions solennelles doivent être
sans appel. Quand Dieu parle, tous les cœurs doivent plier. Les hommes peuvent
former et soutenir leurs opinions; ils peuvent adopter et défendre leurs
pratiques; mais l’un des plus beaux traits du caractère de «l’Israël de Dieu»,
c’est un profond respect et une soumission implicite pour «toute parole qui sort
de la bouche du Seigneur». La manifestation de ce trait précieux les exposera
peut-être à être accusés de dogmatisme, de présomption, de suffisance, de la
part de ceux qui n’ont jamais sérieusement pesé ce sujet; mais, en vérité, rien
ne ressemble moins au dogmatisme que la simple sujétion à la claire vérité de
Dieu; rien ne ressemble moins à la présomption que le respect pour les
enseignements de la Parole; rien ne ressemble moins à la suffisance que la
soumission à l’autorité divine des Saintes Écritures.
Il est vrai qu’il y aura toujours besoin de précautions quant à la manière et au
ton dont nous rendons raison de nos convictions et de notre conduite. Il faut
qu’il soit, autant que possible, évident que nous sommes entièrement dirigés,
non par nos propres opinions, mais par la parole de Dieu. Il y a un grand danger
à attacher de l’importance à une opinion, uniquement parce que nous l’avons
adoptée. Il faut prendre bien garde à cela. Le
moi
peut se glisser et déployer sa laideur dans la défense de nos opinions, aussi
bien que dans toute autre chose; mais nous devons le rejeter sous toutes ses
formes et, en toutes choses, être gouvernés par: «Ainsi a dit l’Éternel».
D’un autre côté, nous ne devons pas nous attendre à ce que chacun soit prêt à
admettre toute l’autorité des statuts et jugements divins. C’est en proportion
que l’on marche dans l’intégrité et dans l’énergie de la nature divine, que la
parole de Dieu sera reconnue, appréciée et révérée. Un Égyptien ou un Cananéen
aurait été tout à fait incapable de comprendre le sens ou d’apprécier la valeur
des statuts et des ordonnances qui devaient diriger la conduite du peuple
circoncis de Dieu, mais cela n’affectait en rien la question de l’obéissance
d’Israël. Ils avaient été amenés dans de certaines relations avec l’Éternel, et
ces relations avaient leurs privilèges et leurs responsabilités respectifs. «Je
suis l’Éternel
votre
Dieu». Ce devait être là la base de leur conduite. Ils devaient marcher d’une
manière digne de Celui qui était devenu
leur
Dieu et qui les avait faits son peuple Ce n’est pas qu’ils fussent en rien
meilleurs que les autres peuples. Nullement. Les Égyptiens et les Cananéens
auraient pu croire que les Israélites se posaient comme leur étant supérieurs,
en refusant d’adopter les coutumes de l’une ou de l’autre nation. Mais non; la
raison de leur ligne de conduite et le principe de leur moralité particulière
étaient posés par ces mots: «Je suis l’Éternel
votre
Dieu».
Dans ce grand fait, d’une importance si pratique, l’Éternel plaçait devant son
peuple une base de conduite qui était inébranlable, et une règle de moralité qui
était aussi élevée et aussi durable que le trône éternel lui-même. Du moment
qu’il entrait en relations avec son peuple, il fallait que leurs mœurs
revêtissent un caractère et un ton dignes de lui. Il ne s’agissait plus de ce
qu’ils étaient, soit en eux-mêmes, soit relativement à d’autres, mais de ce que
Dieu était en comparaison de tous. Cela fait une différence essentielle. Faire
du
moi
le principe d’action ou la règle de la morale, c’est non seulement une
présomptueuse folie, mais le sûr moyen de faire descendre un homme sur l’échelle
morale. Si j’ai le
moi
pour objet, je descendrai, nécessairement, chaque jour de plus bas en plus bas;
mais, d’un autre côté, si je place le Seigneur devant moi, je m’élèverai de plus
en plus haut, à mesure que, par la puissance du Saint Esprit, je croîtrai en
conformité avec ce modèle parfait qui se montre aux yeux de la foi dans les
pages sacrées. Je devrai, sans doute, me prosterner dans la poussière, en
sentant à quelle immense distance je suis encore du modèle qui m’est proposé;
mais cependant je ne saurais jamais consentir à accepter une règle moins élevée,
et je ne serai jamais satisfait jusqu’à ce que je sois rendu conforme, en toutes
choses, à Celui qui a été mon Substitut sur la croix, et qui est mon Modèle dans
la gloire.
Tel est le grand principe de la section qui nous occupe, — principe d’une
importance ineffable pour les chrétiens, au point de vue pratique. Il est
inutile d’entrer dans un exposé détaillé de statuts qui s’expliquent eux-mêmes
dans les termes les plus clairs. Je ferai seulement remarquer que ces statuts se
rangent sous deux classes distinctes: ceux qui montrent jusqu’à quelles
honteuses énormités le cœur humain peut se laisser aller, et ceux qui témoignent
de l’exquise tendresse et des soins prévenants du Dieu d’Israël.
Quant aux premiers, il est évident que l’Esprit de Dieu n’aurait jamais donné
des lois dans le but de prévenir des crimes qui n’existent pas. Il ne construit
pas une digue là où il n’y a pas d’inondation à craindre ou à combattre. Il n’a
pas affaire avec des idées abstraites, mais avec de positives réalités. L’homme
est, en effet, capable de commettre chacun des crimes honteux mentionnés dans
cette partie fidèle du Livre du Lévitique. S’il ne l’était pas, pourquoi lui
serait-il dit de s’en garder? Un code semblable ne conviendrait nullement aux
anges, puisqu’ils sont incapables de commettre de tels péchés, mais il convient
à l’homme parce qu’il a, dans sa nature, le germe de ces péchés. C’est
profondément humiliant. C’est une nouvelle déclaration de cette vérité, que
l’homme est dans une complète ruine. Du sommet de sa tête, à la plante de ses
pieds, il n’y a pas même une seule petite place moralement saine, lorsqu’on le
considère à la lumière de la présence divine. L’être pour lequel l’Éternel a
jugé nécessaire de faire écrire les chapitres 18-28 du Lévitique, doit être un
abominable pécheur; mais cet être c’est
l’homme —
celui qui écrit et celui qui lit ces lignes. Comme il est donc évident que «ceux
qui sont dans la chair ne
peuvent
plaire à Dieu!» (Rom. 8). Grâces à Dieu, le croyant n’est «pas dans la chair,
mais dans l’Esprit». Il a été complètement sorti de son état dans la vieille
création, et introduit dans la nouvelle création, où les péchés moraux, dont il
est parlé dans nos chapitres, ne sauraient exister. Il a toujours, il est vrai,
la vieille nature, mais il a l’heureux privilège de la compter comme une chose
morte et de marcher dans la puissance constante de la nouvelle création, où
«toutes choses sont de Dieu». C’est ici la liberté chrétienne — liberté de
marcher en tous sens dans cette belle création, où aucune trace de mal ne
saurait se trouver; liberté sacrée de marcher en sainteté et en pureté devant
Dieu et les hommes; liberté de fouler ces sentiers élevés de la sainteté
personnelle, sur lesquels les rayons de la face divine versent leur brillant
éclat. Voilà, lecteur, ce qu’est la liberté chrétienne. C’est la liberté, non
pas de commettre le péché, mais de goûter les douceurs célestes d’une vie de
véritable sainteté et d’élévation morale. Puissions-nous apprécier, mieux que
nous ne l’avons jamais fait, cette précieuse grâce du ciel — la liberté
chrétienne!
Un mot, maintenant, sur la seconde classe de statuts contenus dans notre
section, savoir ceux qui témoignent, d’une manière si touchante, de la tendresse
et de la sollicitude de Dieu. Prenez les suivants: «Et quand vous ferez la
moisson de votre terre, tu n’achèveras pas de moissonner les coins de ton champ
et tu ne glaneras pas la glanure de ta moisson. Et tu ne grappilleras pas ta
vigne, ni ne recueilleras les grains tombés de ta vigne;
tu les
laisseras pour le pauvre et pour l’étranger.
Moi, je suis l’Éternel, votre Dieu» (Chap. 19:9, 10). Nous retrouverons cette
ordonnance au chapitre 23; mais là, nous la verrons sous son point de vue
dispensationnel. Ici, nous la contemplons au moral, manifestant la grâce
précieuse du Dieu d’Israël. Il pensait au «pauvre et à l’étranger», et il
voulait que son peuple y pensât également. Quand les gerbes dorées étaient
récoltées et les grappes mûres recueillies, l’Israël de Dieu devait se souvenir
«du pauvre et de l’étranger» parce que l’Éternel était le Dieu d’Israël. Le
moissonneur et le vendangeur ne devaient pas être dominés par un esprit d’avare
cupidité, qui aurait dépouillé les coins du champ et les sarments de la vigne,
mais plutôt par un esprit de large et sincère bienfaisance, qui laissait une
gerbe et des grappes «pour le pauvre et pour l’étranger», afin qu’eux aussi
pussent se réjouir de la bonté sans bornes de Celui dont les sentiers distillent
la graisse, et sur la main ouverte duquel tous les pauvres peuvent regarder avec
confiance.
Nous trouvons, dans le livre de Ruth, un bel exemple d’un homme qui pratiquait à
la lettre cette clémente ordonnance. «Et, au temps du repas, Boaz lui dit (à
Ruth): Approche-toi ici, et mange du pain, et trempe ton morceau dans le
vinaigre. Et elle s’assit à côté des moissonneurs, et il lui tendit du grain
rôti; et elle mangea, et fut rassasiée, et en laissa de reste. Et elle se leva
pour glaner; et Boaz commanda à ses jeunes hommes, disant: Qu’elle glane même
entre les gerbes, et ne lui en faites pas de reproche; et vous tirerez aussi
pour elle
quelques épis
des poignées, et vous les laisserez; et elle les glanera, et vous ne l’en
reprendrez pas». (Ruth 2:14-16). Quelle grâce touchante! Il est bon, pour nos
pauvres cœurs égoïstes, d’être mis en contact avec de tels principes et de
telles pratiques. C’était bien le désir de ce noble Israélite, que «l’étrangère»
trouvât abondance de grain, et cela, plutôt comme le fruit de son travail en
glanant que comme résultat de sa bienfaisance à lui. C’était vraiment de la
délicatesse. C’était la mettre en rapport immédiat avec le Dieu d’Israël, et la
faire dépendre de Celui qui avait pourvu aux besoins du «glaneur». Boaz
accomplissait cette loi de miséricorde, dont Ruth recueillait les avantages. La
même grâce qui avait donné le champ à Boaz, donnait les glanures à la jeune
étrangère. Ils étaient, l’un et l’autre, les débiteurs de la grâce. Elle était
l’heureux objet de la bonté de l’Éternel. Il était le très honoré administrateur
de la belle institution de l’Éternel. Tout était dans l’ordre moral le plus
admirable. La créature était bénie et Dieu était glorifié. Qui ne reconnaîtra
qu’il est bon pour nous de pouvoir respirer une semblable atmosphère?
Voyons, maintenant, une autre des lois de notre section: «Tu n’opprimeras pas
ton prochain, et tu ne le pilleras pas. Le salaire de ton homme à gages ne
passera pas la nuit chez toi jusqu’au matin». (Chap. 19:13). Quelle tendre
sollicitude nous trouvons ici! Le Seigneur Tout-Puissant qui habite l’Éternité
peut prendre connaissance des pensées et des sentiments qui s’élèvent dans le
cœur d’un pauvre ouvrier. Il tient compte des espérances d’un tel homme à
l’égard du fruit de sa journée de travail. Il est naturel qu’il attende son
salaire. Le cœur de l’ouvrier y compte; le repas de la famille en dépend! Oh!
qu’on ne le lui retienne pas! Ne renvoyez pas l’ouvrier chez lui le cœur
oppressé, pour assombrir aussi le cœur de sa femme et de ses enfants. En tous
cas, donnez-lui donc ce pour quoi il a travaillé, ce à quoi il a droit, et à
quoi son cœur tient. Il est mari, il est père, et il a supporté le faix et la
chaleur du jour pour que sa femme et ses enfants n’aillent pas se coucher à
jeun. Ne le désappointez pas. Donnez-lui ce qui lui est dû. C’est ainsi que
notre Dieu fait attention même aux battements du cœur du travailleur, et
pourvoit à ce que son attente ne soit point trompée. Quelle grâce! quel amour
tendre, attentif et touchant! La seule contemplation de telles lois suffit pour
nous pousser à la bienveillance. Quelqu’un pourrait-il lire ces passages et ne
pas être touché? Quelqu’un pourrait-il les lire et renvoyer légèrement un pauvre
ouvrier, sans savoir si lui et sa famille ont de quoi satisfaire leur faim?
Rien ne saurait être plus pénible à un cœur tendre, que le manque de
considération affectueuse envers les pauvres, qui se rencontre si souvent chez
les riches. Ces derniers peuvent s’asseoir, pour prendre leurs somptueux repas,
après avoir repoussé de leur porte quelque pauvre laborieux qui était venu
demander le juste paiement de son honnête travail. Ils ne pensent pas au cœur
blessé que cet homme remporte dans sa famille, pour raconter aux siens son
mécompte et le leur. Oh! c’est terrible. Une telle manière de faire est
abominable aux yeux de Dieu et de tous ceux qui se sont, en quelque mesure,
abreuvés de sa grâce. Si nous voulons savoir ce que Dieu en pense, nous n’avons
qu’à prêter l’oreille à ces accents de sainte indignation: «Voici, le salaire
des ouvriers qui ont moissonné vos champs et duquel ils ont été frustrés par
vous, crie, et les cris de ceux qui ont moissonné sont parvenus aux oreilles du
Seigneur Sabaoth» (Jacq. 5:4). «Le Seigneur Sabaoth» entend le cri de l’ouvrier
affligé et déçu dans son attente. Son tendre amour se manifeste dans les
institutions de son gouvernement moral, et lors même que le cœur ne serait pas
fondu par la grâce de ces institutions, leur justice devrait, au moins, diriger
la conduite. Dieu ne veut pas souffrir que les droits des pauvres soient
cruellement jetés de côté par ceux qui sont endurcis par l’influence des
richesses, au point d’être insensibles aux appels de la compassion, étant
eux-mêmes tellement au-dessus du besoin, qu’ils sont incapables de sympathiser
avec ceux qui doivent passer leurs jours au milieu de travaux fatigants et dans
la pauvreté. Les pauvres sont l’objet spécial de la sollicitude de Dieu. Il
s’occupe d’eux maintes et maintes fois, dans les statuts de son administration
morale, et voici ce qui est dit expressément de Celui qui prendra, avant qu’il
soit longtemps, les rênes du gouvernement dans sa gloire manifestée: «Il
délivrera le pauvre qui crie à lui, et l’affligé qui n’a pas de secours. Il aura
compassion du misérable et du pauvre, et il sauvera les âmes des pauvres, Il
rachètera leur âme de l’oppression et de la violence, et leur sang sera précieux
à ses yeux» (Ps. 72:12-14).
Puissions-nous retirer quelque profit de la considération de ces vérités
précieuses et profondément pratiques! Puissent nos cœurs en être touchés et
notre conduite influencée! Nous vivons dans un monde sans cœur, et il y a en
nous beaucoup d’égoïsme. Nous ne sommes pas assez sensibles aux besoins des
autres. Nous sommes enclins à négliger les pauvres au milieu de notre abondance.
Nous oublions souvent que ceux-là mêmes dont le travail contribue à notre
bien-être vivent, peut-être, dans la plus grande pauvreté. Pensons à ces choses.
Prenons garde «de broyer la face des pauvres» (És. 3:15). Si les lois et les
ordonnances de l’économie mosaïque enseignaient aux Juifs à nourrir des
sentiments affectueux envers les pauvres, et à traiter les fils du travail avec
affection et bienveillance, combien plus la morale, bien plus élevée et plus
spirituelle, de la dispensation évangélique devrait-elle produire, dans le cœur
et dans la vie de chaque chrétien, des sentiments de large bienfaisance envers
l’indigence sous toutes ses formes.
Il est vrai qu’il faut beaucoup de prudence et de précaution, de peur que nous
ne fassions sortir un homme de la position honorable qui lui fut assignée et qui
lui convient — position de dépendance du fruit précieux et positif d’un honnête
travail. Ce serait un tort grave, au lieu d’un bienfait. L’exemple de Boaz
devrait nous servir à cet égard. Il permit à Ruth de glaner, mais il prit soin
que son travail lui fût profitable. C’est là un principe très utile et très
simple. Dieu veut que l’homme travaille, d’une manière ou d’une autre, et nous
allons contre sa volonté lorsque nous faisons sortir un de nos semblables de la
dépendance des résultats de son travail, pour le mettre dans celle des résultats
d’une fausse bienveillance. La première est aussi honorable et élevée que la
seconde est démoralisante et méprisable. Il n’y a pas de pain aussi doux que
celui qui est noblement gagné; mais il faudrait que ceux qui gagnent leur pain
en eussent suffisamment. Un homme nourrit et soigne ses chevaux; à combien plus
forte raison devra-t-il faire de même pour son semblable, qui travaille pour lui
depuis le lundi matin jusqu’au samedi soir!
Mais, dira quelqu’un: «Il y a deux côtés à cette question». Sans doute, et il
est vrai qu’on rencontre, parmi les pauvres, beaucoup de choses qui tendent à
endurcir le cœur et à fermer la main; mais une chose est certaine — c’est qu’il
vaut mieux être trompé quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, que de refuser sa
compassion à un seul malheureux qui en serait digne. Notre Père céleste fait
lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il envoie sa pluie sur les
justes et sur les injustes. Les mêmes rayons, qui réjouissent le cœur de quelque
serviteur dévoué de Christ, sont versés aussi sur le sentier de quelque impie
pécheur; et la même ondée, qui tombe sur le champ d’un vrai croyant, enrichit
aussi les sillons de quelque infidèle blasphémateur. Voici quel doit être notre
modèle: «Vous, soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait» (Matt.
5:48). Ce n’est qu’en plaçant le Seigneur devant nous, et en marchant dans la
force de sa grâce, que nous pouvons cheminer, de jour en jour, et rencontrer,
avec un cœur compatissant et une main ouverte, toutes les formes de la misère
humaine. Ce n’est que quand nous nous abreuvons nous-mêmes à la fontaine
inépuisable de l’amour et de la bonté divine, que nous pouvons continuer à
soulager les besoins de nos semblables, sans nous laisser rebuter par les
fréquentes manifestations de la dépravation humaine. Nos pauvres petites sources
seraient bientôt taries, si elles n’étaient maintenues, en rapport non
interrompu, avec la source toujours jaillissante.
Le statut, qui se présente ensuite à notre examen, témoigne encore, d’une
manière touchante, de la tendre sollicitude du Dieu d’Israël. «Tu ne maudiras
pas le sourd, et tu ne mettras pas d’achoppement devant l’aveugle; mais tu
craindras ton Dieu. Moi, je suis l’Éternel» (Vers. 14). Une barrière est élevée
ici, pour arrêter les flots d’impatience qu’une nature indisciplinée ne
manquerait pas d’éprouver pour l’infirmité de la surdité. Comme nous pouvons
bien comprendre cela! L’homme naturel n’aime pas à être appelé à répéter ses
paroles, comme le demande l’infirmité du sourd. L’Éternel avait pensé à cela et
y avait pourvu. Et par quel moyen? «Tu craindras ton Dieu». Quand ta patience
sera mise à l’épreuve par une personne sourde, souviens-toi du Seigneur, et
regarde à lui pour avoir la grâce de pouvoir surmonter ton tempérament.
La seconde partie de ce verset révèle un humiliant degré de méchanceté dans la
nature humaine. Mettre une pierre d’achoppement sur le chemin de l’aveugle est
presque la cruauté la plus lâche qu’on puisse imaginer, et pourtant l’homme en
est capable; sans cela il ne serait pas exhorté de cette sorte. Sans doute que
ceci, de même que beaucoup d’autres statuts, est susceptible d’une application
spirituelle, mais cela n’ôte rien au sens littéral du principe exposé. L’homme
est capable de mettre une pierre d’achoppement devant un de ses semblables,
affligé de cécité. Tel est l’homme! Assurément, le Seigneur savait ce qui était
en l’homme, quand il écrivit les statuts et les jugements du Livre du Lévitique.
Je laisserai mon lecteur méditer seul sur la fin de notre section. Il verra que
chaque ordonnance enseigne une double leçon — leçon sur les mauvaises tendances
de nôtre nature, et aussi leçon sur la tendre sollicitude de l’Éternel 1.
1
Les versets 16 et 17 demandent une attention spéciale: «Tu n’iras point çà et là
médisant parmi ton peuple». C’est une recommandation qui convient aux enfants de
Dieu de tous les temps. Un médisant fait un mal incalculable. On a dit, avec
raison, qu’il fait tort à trois personnes — à lui-même, à celui qui écoute et à
celui dont il dit du mal. C’est ce qu’il fait d’une manière directe; et, quant
aux conséquences indirectes, qui pourra les énumérer? Gardons-nous soigneusement
de cet affreux péché. Ne laissons jamais une médisance s’échapper de nos lèvres,
et ne nous arrêtons jamais pour écouter un médisant. Puissions-nous toujours
savoir repousser avec un visage sévère la langue qui médit en secret, comme le
vent du nord enfante les averses (Prov. 25:23).
Au verset 17, nous voyons ce qui doit prendre la place de la médisance: «Tu ne
manqueras pas à reprendre ton prochain et tu ne porteras pas de péché à cause de
lui». Au lieu de dire du mal de mon prochain à un autre, je suis appelé à aller
à lui directement et à le reprendre, s’il y a lieu. C’est la méthode divine. La
méthode de Satan est d’aller médisant.