Les
lamentations de Jérémie
Chapitre 5
Par sa construction même — car
tout en conservant le nombre des versets, il n’a pas l’ordre alphabétique — ce
chapitre se sépare nettement des chapitres précédents. Il est comme
l’Appendice du livre tout en s’y reliant intimement;
il est la récapitulation de l’état du peuple après
qu’il a reçu l’assurance de son entière délivrance (4:22). Cette délivrance,
tout en étant promise et assurée, n’a pas encore eu lieu. Il faut que Jérusalem
attende un jour futur pour être introduite dans la jouissance des choses
promises. Sa désolation dure encore et se continue de nos jours; elle se
renouvellera dans toute son horreur en un jour futur. Ce jour prophétique est en
vue dans notre chapitre qui se compose de deux divisions dont nous allons
examiner le contenu.
Première division — versets 1-18
«Souviens-toi,
ô Éternel! de ce qui nous est
arrivé. Regarde, et vois notre opprobre» (v. 1).
La peine de l’iniquité de la fille
de Sion ayant pris fin (4:22) elle a désormais une pleine liberté pour dire à
l’Éternel: «Souviens-toi». Jusqu’ici nous n’avons trouvé ce mot que dans la
bouche du prophète intercesseur, et représentant de Christ (3:19); nous le
trouvons maintenant dans la bouche de Jérusalem. Elle n’aurait pu prononcer
elle-même ces paroles auparavant sans remettre ses iniquités en mémoire devant
Dieu. Celles-ci ayant pris fin, elle ne présente plus devant Lui que son épreuve
et son affliction. Elle peut dire: «Regarde» d’une tout autre manière
qu’auparavant (1:9, 11, 20; 2:20; 3:63). Elle sait que, lorsque l’Éternel
regardera et verra des cieux (3:50), il n’apercevra plus désormais les
souffrances de Jérusalem comme conséquence de ses transgressions. Sa culpabilité
ayant pris fin, la captivité ne se renouvellera plus.
Cependant, lorsque le Résidu
prophétique parlera ainsi, ses circonstances n’auront pas encore changé.
Jérusalem sera encore foulée aux pieds des nations. Les fidèles ont
la certitude; ils n’ont
pas encore la délivrance. Ils en sont encore à dire comme Ézéchias: «J’irai
doucement. toutes mes années, dans l’amertume de mon âme» (És. 38:15).
Jérusalem récapitule toute son épreuve sous les yeux de Celui qui «regarde» et
auquel rien n’échappe: «Notre héritage, dit-elle, est dévolu à des étrangers,
nos maisons, à des forains. Nous sommes des orphelins, sans père; nos mères sont
comme des veuves» (v. 2, 3). Les pères avaient péché; ils ne sont plus; et le
joug pèse encore sur leurs fils (v. 7)! Pourtant l’Éternel avait dit que les
fils vivraient après que les pères seraient morts dans leur iniquité (Éz. 18:17, 18). La position des fils ne semblait-elle pas contredire cette parole? «Ils
ne sont plus, et nous portons la peine de leurs iniquités!» Dieu pourrait-il
tromper? Tous ces sentiments seront ceux du Résidu intègre de la fin, tels
qu’ils nous sont décrits dans les Psaumes, car il ne faut jamais oublier que les
Lamentations, tout en décrivant l’agonie présente du peuple, sont aussi un
tableau prophétique du travail d’âme et de conscience qui s’opérera chez le
Résidu juif fidèle des derniers jours. Cet état est, dans un sens, la condition
actuelle de Juda et de Jérusalem, opprimé et dispersé, mais la Jérusalem
d’aujourd’hui n’a pas le pardon comme le Résidu de la fin; elle est dans
l’incrédulité et court au-devant de jugements plus terribles.
Pour les croyants du Résidu
prophétique, les temps qui précéderont la restauration seront ceux où Dieu les
estimera «bienheureux» (voyez ce mot dans les Psaumes), mais ce ne seront pas
des temps de réjouissance, quand même leurs relations avec Dieu seront
rétablies. C’est pourquoi ils disent ici: «Notre cœur a cessé de se réjouir;
notre danse est changée en deuil. La couronne de notre tête est tombée. Malheur
à nous, car nous avons péché» (v. 15, 16). Et, en effet, Dieu ne leur avait pas
encore dit: Réjouissez-vous! (voyez 4:22, comparé à 21). Leur cœur est abattu;
la désolation de la montagne de Sion n’a pas encore pris fin (v. 18). Leur
douleur principale est même de voir cette Sion que Dieu avait établie jadis sur
un fondement inébranlable, paraissant rejetée à toujours à cause de leur péché.
Le moment n’est pas encore dont il est dit «Ceux que l’Éternel a délivrés
retourneront et viendront à Sion avec des chants de triomphe et une joie
éternelle sera sur leur tête; ils obtiendront l’allégresse et la joie; le
chagrin et le gémissement s’enfuiront» (És. 51:11). «Lève-toi, resplendis, car
ta lumière est venue, et la gloire de l’Éternel s’est levée sur toi!» (És. 60:1).
Seconde division — versets 19-22
Mais pour le moment, quelle que
soit la souffrance, une chose suffit pleinement à l’âme: «Toi, Ô Éternel! tu
demeures à toujours, ton trône est de génération en génération» (v. 19).
Il faut que la patience ait son
œuvre parfaite. Même rentré dans son pays et mêlé au peuple incrédule, le
croyant ne pourra pas encore proclamer qu’il a retrouvé les bénédictions
d’autrefois. Il devra dire: «Pourquoi nous oublies-tu à jamais, nous
abandonnes-tu pour de longs jours?» (v. 20). Cependant son âme est en paix. Les
circonstances n’ont pas changé, mais il se sait pardonné. La pleine confession
du péché des pères, mais aussi du péché du Résidu lui-même est faite (v. 16).
Tout orgueil a disparu; la couronne est tombée; la honte infligée à la montagne
de Dieu par le péché du peuple reste encore le sentiment dominant. On en a fini
avec l’homme; on est humilié, on ne relèvera plus la tête; mais une chose est
certaine: l’Éternel demeure à toujours (v. 19).
Au v. 21, nous trouvons comme
conséquence de tout le chapitre la demande d’une restauration finale, du
rétablissement dans les bénédictions premières dont la folie de Jérusalem
l’avait privée: «Fais-nous revenir à toi, ô Éternel! et nous reviendrons;
renouvelle nos jours comme ils étaient autrefois». L’âme est désormais en
liberté avec Lui et en pleine confiance, sans pouvoir dire encore que cette
restauration soit un fait accompli. Jérusalem s’est retournée, comme Dieu le dit
en Jérémie 15:19: «Si tu te retournes, je te ramènerai», mais elle n’est pas
encore ramenée.
Le verset 22 termine le livre. Le
pardon est accordé, l’heure de la délivrance n’a pas encore sonné. L’âme en
reste à la requête du verset 21. Cette restauration, cette «régénération» ne
peut venir que de Dieu. «Ou bien, nous aurais-tu entièrement rejetés? Serais-tu
extrêmement courroucé contre nous?» Il ne reste donc que cette alternative: ou
la restauration définitive, ou le rejet définitif, mais en parlant ainsi, l’âme
n’hésite nullement; elle reconnaît seulement à Dieu le
droit de la rejeter entièrement. C’est l’humilité , c’est la soumission à
la volonté de Dieu; c’est le jugement complet de soi-même; c’est l’appréciation
de la grâce qui ne peut rester en chemin et faire les choses à moitié après
avoir pardonné et déclaré que, dans l’avenir, il n’y aurait plus de captivité.
Ainsi se termine dignement ce
Cantique de l’humiliation et de la douleur, éclairé par les rayons de la grâce
et de la rédemption. Le présent reste sombre au-dehors, mais non pas pour le
cœur que ces rayons ont illuminé. Les chrétiens peuvent s’appliquer toutes ces
choses au cours de l’épreuve actuelle et sous le châtiment de Dieu, mais d’une
manière bien autrement bénie que ne pourra le faire le Résidu de Jérusalem; car
déjà nous connaissons le Père et sommes introduits dans le royaume du Fils de
son amour!
Vous tous, chrétiens, sur lesquels
pèsent les angoisses de l’heure présente, avez-vous traversé les exercices de
cœur et de conscience qui nous sont décrits dans ces pages? Avez-vous reconnu
votre péché, vos fautes et la nécessité des jugements qui se sont abattus sur
vous? Avez-vous confessé que ces jugements pouvaient entraîner la perte
définitive de votre témoignage, si le Seigneur Lui-même ne sauvait ce dernier de
la ruine? Avez-vous compris, sans perdre confiance en Lui, que si de votre côté
tout s’est effondré, Lui, le Dieu Tout-puissant, le Père, demeure à toujours et
que vous pouvez compter sur sa grâce? Puis, au milieu de tous ces exercices
d’âme, avez-vous, sans haine et n’ayant horreur que de vous-même, regardé vers
le Dieu juste qui voit tout, qui punit l’iniquité des hommes, de leurs chefs et
de leurs princes, l’oppression, la cruauté, la trahison et le mensonge — vers le
Dieu dont le gouvernement ne tient pas le coupable pour innocent et qui est «le
Dieu des rétributions»? Êtes-vous arrivés à conclure selon Lui sur toutes ces
questions vitales, sur votre propre état, comme sur celui d’un monde qui gît
tout entier dans le mal?
Et vous tous aussi, pécheurs que
Dieu appelle par les pertes, les deuils, les persécutions, l’oppression de
l’ennemi, les angoisses qui souvent confinent au désespoir, avez-vous dit, comme
le prophète: «Ce sont les bontés de l’Éternel que nous ne sommes pas consumés,
car ses compassions ne cessent pas... L’Éternel est ma portion, dit mon âme;
c’est pourquoi j’espérerai en Lui»? Avez-vous, de la fosse des abîmes, «invoqué
le nom du Seigneur»? Ah! s’il en est ainsi, soyez certains qu’il vous donnera
cette réponse bénie «La peine de ton iniquité a pris fin!»