Livre du Prophète Joël
Chapitre 3 — Le jour de
l’Éternel ou le jugement des nations
Le chap. 3 nous montre un nouvel aspect du
jour de l’Éternel.
Ce jour était déjà signalé par anticipation comme étant
proche,
lors de l’invasion des sauterelles (1:15). Le chap. 2 nous l’a montré comme
venant et étant proche
lors de l’invasion de l’Assyrien, dont l’armée des sauterelles au chap. 1
n’était qu’une figure (2:1), et comme précédé par des signes au v. 31 du même
chapitre; puis enfin comme étant
là,
lorsque l’attaque de l’Assyrien s’effectue (2:11).
Nous avons vu qu’à la suite de la repentance de Juda et de Jérusalem, l’Assyrien
sera anéanti et que l’Esprit Saint sera répandu sur le Résidu et sur toute
chair, mais il reste encore à nous présenter d’autres ennemis, qui devront être
détruits, c’est-à-dire
toutes les nations
assemblées contre Jérusalem. Le jour de leur jugement est le
jour de
l’Éternel,
tout comme celui de la défaite de l’Assyrien. En effet, les événements des chap.
2 et 3 ont lieu concurremment et ne sont séparés, dans Joël, que pour faire
ressortir le sujet principal de ce prophète, l’attaque et l’anéantissement de
l’Assyrien. De fait l’Assyrien, j’ai lieu de le croire, est compris au chap. 3
dans le jugement de toutes les nations, mais il n’y est pas mentionné, son sort
particulier ayant été traité en détail au chap. 2. Nous savons même d’après
Daniel et l’Apocalypse que son jugement ne précédera pas celui des nations
apostates représentées par la Bête romaine et le faux prophète, mais le suivra
de très près, ce qui,
chronologiquement,
placerait en quelque manière le chap. 3 avant le chap. 2. Les mêmes termes sont
employés dans ces deux chapitres pour définir le jour de l’Éternel, montrant
qu’il s’agit bien du même jour:
«Le jour de l’Éternel est
proche
dans la vallée de jugement» (3:14; cf. 2:1). Ce que nous venons de présenter
quant à la concordance de ces événements est confirmé par le fait que la
bénédiction millénaire est aussi bien mentionnée après la vallée de Josaphat
qu’après la défaite de l’Assyrien (2:23-27; 3:4-7).
Les différents actes du drame final sont donc appelés de ce nom:
le jour
de l’Éternel,
mais le chap. 3 nous entretient de
l’ensemble
du dernier acte.
Un Résidu s’est formé à la suite de la repentance de Juda et de Jérusalem, et le
Saint Esprit est tombé sur lui. Il y a délivrance pour les réchappés que
l’Éternel a appelés. Ce sont les jours où Dieu
rétablit les captifs de Juda
et de Jérusalem
(3:1), car, comme nous l’avons fait observer plus haut, il ne s’agit dans Joël
que du Résidu vu sous cet angle restreint, et non pas de la «captivité» tout
entière, c’est-à-dire du Résidu d’Israël
et
de Juda. Pour procurer à son peuple une entière délivrance, il faut que, dans le
jour de l’Éternel, toutes les nations (goïm) qui ont «foulé aux pieds» Juda et
Jérusalem tombent sous le même jugement que l’Assyrien: «Je rassemblerai toutes
les nations, et je les ferai descendre dans la
vallée de Josaphat»
(3:2).
On a beaucoup écrit et discuté sur la «vallée de Josaphat». Une tradition, sans
aucune racine dans la parole de Dieu, la localise dans la vallée du Cédron qui
sépare Jérusalem de la montagne des Oliviers. Cette tradition qui subsiste
encore de nos jours parmi les juifs et les mahométans, ne date guère que des
premiers siècles de notre ère. Tous y placent le lieu du
jugement
dernier,
car ils ignorent
le jugement des nations
vivantes
dont la prophétie nous entretient si souvent et ici en particulier. Cette
légende peut être née du fait que Jérusalem (3:16; Zacharie 14:4) est en
rapport avec la scène du jugement. Mais la scène elle-même ne doit ni ne peut
être localisée. Même le mot employé pour «vallée» (Emeq en hébreu) ne s’applique
jamais à une vallée resserrée comme celle qui sépare Jérusalem de la montagne
des Oliviers.
En tout premier lieu il faut se rappeler que le mot
Josaphat,
signifiant:
l’Éternel juge,
a un rapport direct avec notre chapitre qui nous présente le jugement de
l’Éternel sur les nations, et le lieu où il aura lieu comme
la
vallée de jugement
(ou
plutôt de «ce qui est décrété», comp. Ésaïe 10:22). Ce nom a donc un sens
symbolique. D’autre part je ne doute pas, Pour mon compte, qu’il fasse
allusion
à l’histoire du roi Josaphat, rapportée en 2 Chron. 20, car, il ne faut pas
l’oublier, il s’agit dans notre chapitre du jugement des nations pour introduire
la bénédiction du Résidu de Juda repentant. Or, l’histoire de Josaphat nous
donne précisément l’histoire de la délivrance du Résidu amenée par le jugement
de Dieu sur ses ennemis. Ce fut au bout de la montée de Tsits et de la vallée
(vallée encaissée, hébreu Nachal) qui s’ouvre sur le désert de Jeruel et vers
celui de Thekoa, que fut remportée la victoire de Josaphat sur la
grande
multitude
des nations montées contre Jérusalem (v. 12, 15).
Josaphat avait été infidèle à son Dieu, en s’alliant avec l’impie Achab, roi
d’Israël (2 Chron. 18). Pressé par l’ennemi, il avait crié au milieu de la
bataille et l’Éternel l’avait secouru (18:31). Infidèle une seconde fois, il
s’était allié avec Joram, fils d’Achab, et avec le roi d’Édom contre Moab.
C’était une honte pour son témoignage comme serviteur de l’Éternel (2 Rois 3).
La défaite de Moab suscita chez ce peuple orgueilleux une haine violente contre
Juda. En compagnie des fils d’Ammon et des Maonites de Séhir (Édom) il envahit
le territoire du peuple de Dieu, en contournant la mer Morte et campa à
En-Guédi. Tout cela, conséquence de l’infidélité du roi, est aussi en petit
l’histoire de l’infidélité de Juda et de Jérusalem. Josaphat en convient; avant
d’aborder l’ennemi, il proclame
un jeûne
et
assemble
le peuple, et «tout Juda se tenait devant l’Éternel, avec leurs petits enfants,
leurs femmes et leurs fils» (2 Chron. 20:3, 13). Ce jeûne rappelle forcément
celui de Joël 2:15. Puis, dans son extrême faiblesse, Josaphat invoque le nom
de l’Éternel afin d’être sauvé: «Ô notre Dieu, ne les jugeras-tu pas? car il n’y
a point de force en nous devant cette grande multitude... mais nos Yeux sont sur
toi» (2 Chron. 20:9 12). On assiste à la même demande, du sein de l’humiliation
en Joël 2:17. Alors l’Éternel déclare que cette guerre n’est pas la leur, mais
celle de Dieu (2 Chron. 20:15). L’Esprit
de l’Éternel se
tient au milieu de cette congrégation (v. 14), comme il est en Joël la part
bénie du Résidu (Joël 2:28). Les hommes de Josaphat descendent au-devant de ces
multitudes, vers le désert de Thekoa, en troupes équipées,
non pour
combattre,
mais pour voir la délivrance de l’Éternel qui est avec eux (v. 17, 21). Ils
rencontrent l’ennemi dans la vallée (hébreu Emeq, le même mot qu’en Joël 3:2,
12, 14). Cette vallée de jugement devient pour Josaphat et son peuple la vallée
de Beraca, c’est-à-dire la
vallée de bénédiction.
Après la victoire, ils entonnent le célèbre cantique millénaire: «Célébrez
l’Éternel, car sa bonté demeure à toujours» (20:21).
Tout ceci, répétons-le, nous reporte d’une manière frappante à la scène décrite
en Joël. À la suite de l’infidélité d’Israël et en présence des jugements qui en
sont la conséquence, la congrégation est rassemblée, le jeûne et la repentance
proclamés, Juda et Jérusalem rendus attentifs, le Saint Esprit donné. Les
nations montent en grande multitude contre Jérusalem dans la vallée où le
jugement est décrété, et elles y sont anéanties. Le jugement est exécuté par
l’Éternel lui-même et non par ceux qui l’accompagnent. Il en sera de même
lorsque le Roi des rois sortira du ciel avec ses armées et qu’il frappera les
nations avec l’épée à deux tranchants qui sort de sa bouche (Apoc. 19). En ce
jour-là, et à la suite de cette scène, considérée ici en Joël
au point
de vue juif,
la vallée de Josaphat deviendra la vallée de Beraca, c’est-à-dire de la
bénédiction millénaire sous le règne de Christ (Joël 3:18-21).
Quoique l’allusion à la victoire de Josaphat nous semble claire, il n’est du
reste nullement besoin de
localiser
cette scène. Le sens de la vallée de Josaphat, c’est, nous l’avons dit, que
«l’Éternel juge» comme il le fit en 2 Chron. 20. Que le lieu soit le même en
Joël et dans les Chroniques, cela n’importe en aucune manière, bien que cela
soit possible; mais il est souvent dangereux de vouloir localiser les événements
prophétiques quand leur sens symbolique est évident.
La vallée de Josaphat fait partie d’un ensemble d’événements qui se rapportent
tous au «jour grand et terrible de l’Éternel», et se relient à un fait capital:
l’apparition du Seigneur.
Cette apparition aura lieu lorsque les cieux seront ouverts et que le Christ,
comme nous venons de le voir, en sortira avec ses armées célestes. À ce grand
fait se rattachent les
différents actes
de sa venue en jugement pour établir son royaume. Ces actes, comme nous l’avons
montré ailleurs 1, ne se passent pas
simultanément,
c’est-à-dire n’ont pas lieu au même moment, chose impossible, mais forment un
événement
ininterrompu
avec ses manifestations diverses. Ils appartiennent tous à son «apparition» et
font partie du jour de l’Éternel.
1
Voyez le livre de Zacharie le Prophète. par H. R.
L’apparition du Seigneur ou «apparition de sa venue» est le second acte de sa
venue. Au premier acte, invisible au monde, il viendra chercher les saints pour
les introduire avec Lui, dans la gloire. Au second acte, accompagné de ses
saints pour exercer le jugement sur les nations, il sera visible à tous, car il
est dit: «Voici, il vient avec les nuées, et
tout œil le verra,
et ceux qui l’ont percé». C’est de ce second acte, jamais du premier, que nous
parle la prophétie de l’Ancien Testament, car sa venue pour les saints est un
mystère
qui n’est révélé que dans le Nouveau.
Mais ce second acte, l’apparition du Seigneur, a lui-même deux caractères, l’un
céleste et l’autre terrestre. Le
céleste
appartient au Nouveau Testament, le
terrestre
à l’Ancien. En faisant cette remarque, nous ne pouvons assez insister sur la
différence entre les points de vue de l’Ancien et du Nouveau Testament qui, sans
toutefois jamais se contredire, ne doivent pas être mélangés l’un avec l’autre.
Cette remarque est très importante dans le cas qui nous occupe. Dans le Nouveau
Testament les passages prophétiques au sujet de l’apparition du Seigneur nous
montrent, en 2 Thess. 1 et Apoc. 19, sa
révélation du ciel
avec les anges de sa puissance et tous les saints célestes pour exercer la
vengeance sur les nations christianisées faisant partie du domaine occidental de
la Bête, c’est-à-dire de l’empire romain qui sera ressuscité au temps de la fin.
Aussi le jugement de l’Assyrien n’y est-il pas mentionné. C’est la
Bête et
le faux prophète
qui sont jugés et jetés dans l’étang de feu. La prophétie de l’Ancien Testament
ne nous présente pas les choses sous cet aspect. Le Seigneur y est
révélé
sur la terre.
Sans doute, il vient du ciel, mais de la même manière que jadis ses disciples
l’ont vu s’en allant au ciel (Actes 1:11), ses pieds se poseront sur la
montagne des Oliviers. Il ne vient pas, comme dans l’Apocalypse, revendiquer ses
droits au royaume universel et prendre possession de la terre en anéantissant
tous ses ennemis; il vient établir son royaume sur Israël, être oint Roi sur
Sion, la montagne sainte de l’Éternel (Ps. 2:6). Mais pour que cela puisse
avoir lieu, le jugement doit être exécuté sur
toutes les nations qui ont
asservi Israël.
L’Éternel les rassemble et les fait descendre dans la vallée de Josaphat. Il
entre en jugement avec elles au sujet de son peuple, de son héritage qu’elles
ont dispersé parmi les nations. Le sujet du jugement est
uniquement
le traitement qu’elles ont fait subir à Israël, au peuple de Dieu. «Elles ont
partagé
mon pays,
et elles ont jeté le sort sur
mon peuple,
et ont donné le jeune garçon pour une prostituée, et ont vendu la jeune fille
pour du vin, et elles l’ont bu» (v. 2, 3). Tyr, Sidon et la Philistie (plus tard
l’Égypte et Édom, v. 19) sont distinguées dans le jugement, car nous avons ici
le jugement
général de toutes les nations
qui se sont partagé le pays et ont «foulé Jérusalem aux pieds» (Luc 21:24). «Et
vous aussi, que me voulez-vous, Tyr et Sidon, et tous les districts de la
Philistie? Est-ce une récompense que vous me donnez? Et si vous me récompensez,
je ferai retomber votre récompense vite et promptement sur votre tête; parce que
vous avez pris
mon
argent et
mon
or, et que vous avez porté dans vos temples
mes
belles choses désirables, et que vous avez vendu aux fils de Javan
les fils
de Juda et les fils
de Jérusalem,
afin de les éloigner de leurs confins» (v. 4-6).
Les peuples susnommés avaient pillé, volé
l’héritage de Dieu,
vendu les fils de Juda à la Grèce 1, pour s’emparer de leur
pays, de ce qui appartenait à l’Éternel. Ils subiront un sort différent des
autres peuples: les fils de Juda les vendront aux Sabéens.
1
Voyez aussi la vente des fils d’Israël à Édom, par Tyr et les Philistins (Amos
1:6, 9).
Il est intéressant de rapprocher de ce passage celui d’un livre qui n’a rien à
faire avec les écrits inspirés, quoiqu’il ait la valeur d’un document
historique. On lit au premier livre des Macchabées (3:38-41): «Lysias choisit
Ptolémée, fils de Dorimène, Nicanor et Gorgias, habiles capitaines et amis du
roi; et il envoya avec eux 40 000 hommes de pied et 7000 cavaliers, pour envahir
le pays de Juda et le ruiner selon l’ordre du roi. lis se mirent en marche avec
toutes leurs troupes, et étant entrés en Judée, ils campèrent près d’Emmaüs,
dans la plaine. Quand les marchands du pays apprirent leur arrivée, ils prirent
avec eux beaucoup d’argent et d’or, ainsi que des entraves, et vinrent au camp
des Syriens pour acheter comme esclaves les enfants d’Israël. À cette armée se
joignirent les troupes de Syrie et celles du pays des Philistins.»
Le jugement est un jugement guerrier d’un caractère particulier et rappelle,
comme nous l’avons dit plus haut, la victoire de Josaphat. Comme l’Éternel avait
fait entendre sa voix devant
son armée,
devant l’Assyrien quand il s’agissait de châtier son peuple (2:11), il fait
maintenant entendre sa voix aux oreilles des nations pour anéantir toute leur
puissance. Il oblige les nations à se présenter en armes. Elles croient
poursuivre leurs desseins et leurs buts politiques et ne soupçonnent pas
qu’elles courent au-devant du jugement final. Tous les travaux de la paix sont
abandonnés et les instruments aratoires sont convertis en armes de guerre:
«Proclamez ceci parmi les nations, préparez la guerre, réveillez les hommes
forts; qu’ils approchent, qu’ils montent, tous les hommes de guerre! De vos
socs, forgez des épées, et de vos serpes, des javelines. Que le faible dise: Je
suis fort! Accourez et venez, vous, toutes les nations, de toute part, et
rassemblez-vous!» (v. 9-11.) Elles montent pour le combat, pour se disputer le
faible Résidu de Juda et, de fait, contre son Roi qui a manifesté sa gloire à
ses saints en se montrant à eux sur la montagne des Oliviers. C’est, en effet,
la scène finale. Quels que soient les motifs politiques des peuples, tous, les
armées de l’empire romain d’Occident et les armées du Nord et de l’Orient se
rassemblent pour la possession de Jérusalem. C’est le conflit suprême produit
par la «Question d’Orient». Que va-t-il en résulter? «Là, Éternel, fais
descendre
tes
hommes forts!» (v. 11.) On a voulu voir dans ces hommes forts de l’Éternel, les
armées célestes. Encore une fois, c’est introduire les scènes de l’Apocalypse
(chapitre 19) dans la prophétie de l’Ancien Testament, tandis qu’il s’agit ici,
je n’en doute pas, du faible Résidu de Juda entourant son roi, comme jadis les
«hommes forts» de David, ou comme la poignée d’hommes forts qui entourait
Josaphat au jour de la bataille. Ésaïe 13, 3, nous renseigne sur ce qu’ils sont
et sur leur caractère. «J’ai donné commandement à
mes saints,
j’ai appelé aussi pour ma colère
mes hommes forts, ceux qui se
réjouissent en ma grandeur».
Mais, pas plus que Josaphat et les siens, ils ne sont appelés à combattre. Ils
assistent au jugement que l’Éternel va accomplir. Il en sera de même en Apoc. 19
pour les armées célestes; cependant les hommes forts du Fils de David pilleront
les nations et leur enlèveront leur butin (2 Chron. 20:25), ou, selon Ésaïe 11:14: «Ils voleront sur l’épaule des Philistins vers l’ouest, ils pilleront
ensemble les fils de l’orient: Édom et Moab seront la proie de leurs mains, et
les fils d’Ammon leur obéiront.» Ces nations avaient échappé à l’Assyrien en
Dan. 11:11. La même chose est dite d’Édom en Ézéchiel 25:14: «J’exercerai ma
vengeance sur Édom par la main de mon peuple Israël.» Et encore, en Abdias, v.
15: «Car le jour de l’Éternel est proche,
contre toutes les nations:
comme tu (Édom) as fait, il te sera fait; ta récompense retombera sur ta tête.»
Le jugement, s’il a un caractère guerrier, n’est pas proprement un combat: «Que
les nations se réveillent et montent à la vallée de Josaphat, car là
je
m’assiérai
pour juger toutes les nations, de toute part» (v. 12); cette scène est bien
différente comme
aspect
de la sortie du Seigneur, sur un cheval blanc, avec les armées qui sont dans le
ciel, jugeant et combattant en justice (Apoc. 19:11-14).
Le siège de ce jugement, le lieu où l’Éternel est
assis,
c’est Jérusalem et Sion: «L’Éternel rugira de Sion, et de Jérusalem il fera
entendre sa voix, et les cieux et la terre trembleront» (v. 16).
Malgré certaines analogies, le tableau qui nous est fait ici n’a rien de commun
avec celui du jugement de Matt. 25:31-46 qui lui est postérieur. Là «le fils de
l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui alors il
s’assiéra sur le trône de sa gloire,
et toutes les nations seront assemblées devant lui.» Il fera comparaître et
assemblera toutes les nations, mais non pas pour exécuter sur elles un jugement
national.
Ce sera un jugement
individuel,
séparant parmi les nations les bons d’avec les méchants. Ils seront déclarés
bons ou méchants selon la manière dont ils auront reçu et traité les frères du
Fils de l’homme, les messagers juifs envoyés par lui pour proclamer l’Évangile
du royaume et engager les nations à se soumettre au sceptre du vrai David. À la
suite de la sentence prononcée, les uns s’en iront dans les tourments éternels,
les autres dans la vie éternelle.
Tout autre est la scène de Joël. Elle se termine par la moisson et la vendange:
«Mettez la faucille, car la moisson est mûre; venez, descendez, car le pressoir
est plein, les cuves regorgent; car leur iniquité est grande» (v. 13). Ces
images sont employées en beaucoup d’autres endroits des Écritures. Le chap. 14:14-20 de l’Apocalypse a beaucoup d’analogie avec ce qui nous est dit ici, mais a
une portée beaucoup plus vaste. Nous y voyons quelqu’un de semblable au fils de
l’homme, assis, mais sur la nuée, et faisant la moisson au moment voulu de Dieu,
seulement la moisson comprend la population de la terre tout entière. Ici, nous
le voyons assis à Jérusalem où il a son trône et faisant affluer les multitudes
dans la vallée de jugement (hébreu: Charuts), dans la vallée, dont la sentence
était
décrétée
d’avance. Les nations viennent combattre et montrent ainsi ce qu’il y a dans
leurs cœurs contre Christ et contre son peuple, car ce qui touche à son peuple
touche à Lui-même. Il faut, pour qu’elles soient saisies sur le fait, qu’elles
soient trouvées en armes devant le jugement inexorable, elles qui ont employé
tous les outils de la paix, de la prospérité des peuples, pour préparer la
guerre. N’assistons-nous pas déjà de nos jours, à ce gaspillage effréné qui
sacrifie tout à l’équipement guerrier des multitudes?
En Apoc. 14 la moisson et la vendange sont très distinctes l’une de l’autre; la
première a les nations, la seconde Israël apostat pour objet. Ici rien de
semblable, quoique je ne doute pas que les juifs apostats, le peuple de
l’Antichrist, s’étant solidarisé avec les nations, ne soit compris dans leur
jugement. La moisson et la vendange sont réunies dans notre passage («la moisson
est mûre.... les cuves regorgent») parce que cette scène s’occupe non pas du
rapport des peuples avec les juifs incrédules, mais avec le Résidu de Juda et de
Jérusalem quand leurs captifs sont rétablis. La moisson devient ici le jugement
des ennemis d’Israël, séparant l’ivraie du bon grain, la vendange leur
extermination sans merci.
Ajoutons encore deux ou trois passages qui ont trait au même événement. Le Ps.
18:30-45 célèbre le jugement des nations confié au Fils de l’homme. Il se
termine par leur soumission
apparente
à l’autorité de son sceptre de fer. Le Ps. 78:65, 66 décrit aussi cette scène:
Celui qui a choisi la tribu de Juda et la montagne de Sion comme siège de sa
puissance, y «frappa ses ennemis par derrière, il les livra à un opprobre
éternel», Zach. 14:3, semble comprendre, outre le jugement de l’Assyrien, celui
des nations qui ont été de connivence pour opprimer Israël, car le combat y est
différencié du «jour de la bataille». On pourrait multiplier ces citations; nous
nous bornerons à celles-ci.
En résumant tous les passages dont nous venons de nous occuper, nous pouvons
noter quatre événements faisant partie de ce grand tout: le jour de l’Éternel et
l’apparition du Seigneur, ou l’apparition de sa venue. Ces événements sont:
1° La destruction des armées de la Bête et du faux prophète par l’apparition du
Fils de l’homme, sortant du ciel avec ses armées (Apoc. 19).
2° Comme conséquence du n° 1, l’apparition du Christ à Jérusalem, sur la
montagne des Oliviers pour délivrer le Résidu juif et anéantir l’Assyrien (Ésaïe
31:4-9; Zach. 14:3, 4).
3° Le jugement guerrier et
collectif
des nations qui, environnant le territoire d’Israël, ont été les oppresseurs du
peuple de Dieu. Le Résidu de Juda est associé à ce jugement guerrier. (Étant
général, il englobe aussi toutes les nations mentionnées sous les n° 1 et 2,
mais le tout est considéré au point de vue juif.) (Joël 3, Abdias, etc.)
4° Le jugement des nations, ayant un caractère
individuel,
quand le Fils de l’homme, entouré de ses anges, vient s’asseoir sur le trône de
sa gloire. Ce jugement n’atteint parmi les nations que ceux qui ont rejeté les
messages du Seigneur, quand ils leur annonçaient l’Évangile du royaume.
Comme le jour de l’Éternel était
précédé
de signes terribles (2:30, 31), des signes semblables
accompagnent
ce jour dans la vallée de Josaphat. «Le soleil et la lune seront obscurcis, et
les étoiles retireront leur splendeur» (v. 15).
Après le jugement, «l’Éternel sera l’abri de son peuple et le refuge des fils
d’Israël». Alors ils le connaîtront selon les bénédictions de la nouvelle
alliance: «Vous saurez que moi, l’Éternel, je suis
votre
Dieu.» Il demeurera désormais au milieu d’eux: Je «demeure en Sion, ma montagne
sainte». «Jérusalem sera sainte», purifiée désormais de toute souillure et
consacrée à l’Éternel, et les étrangers qui avaient été les instruments du
jugement de Dieu contre son peuple infidèle ne fouleront plus aux pieds la cité
bien-aimée (v. 16, 17).
«Et il arrivera, en ce jour-là, que les montagnes ruisselleront de moût, et les
collines découleront de lait, et tous les torrents de Juda découleront d’eau»
(v. 18). Maintenant un libre cours peut être donné à la bénédiction. La vallée
de Josaphat est devenue la vallée de Beraca (2 Chroniques 20:26). Partout, dans
le pays d’Israël, la joie, le rassasiement, les bénédictions spirituelles sont
répandues. Désormais rien ne manque au peuple de l’Éternel. Le pays est redevenu
ce qu’il devait être dans les pensées de Dieu au moment où la grâce en ouvrait
les frontières aux douze tribus (Deut. 8:7-10).
«Une source sortira de la maison de l’Éternel, et arrosera la vallée de Sittim»
(v. 18). C’est un fait naturel, en même temps qu’un symbole. (Voyez Ézéch. 47:1-12; Zach. 14:8; Apoc. 22:1, 2.) La bénédiction divine répand la vie partout
où elle passe.
Sittim
est situé près du Jourdain de Jéricho dans les plaines de Moab (Nombres 26:3;
31:12; 33:48, 49). C’est là qu’Israël habitait quand il commit fornication
avec les filles de Moab (Nombres 25:1). C’est de là que Josué envoya des
espions pour reconnaître Jéricho (Josué 2:1); de là aussi que le peuple partit
pour passer le Jourdain. Les eaux descendront de Jérusalem dans l’Arabah, ou
vallée de Sittim où coule aussi le Jourdain, et parviendront jusqu’à la mer
Morte. En Zacharie, la source sort de Jérusalem pour aller à la Méditerranée
d’un côté, à la mer Morte de l’autre. Ici, elle sort du temple, établi sur la
montagne de Sion et arrose la vallée qui s’étend au-delà du Jourdain. En
Ézéchiel, les eaux descendent dans la plaine (de Sittim) vers l’Orient, et
parviennent jusqu’à la mer Morte pour la rendre saine. Le territoire d’Édom, la
montagne de Séhir qui domine toute cette scène autrefois désolée, sera le témoin
de l’abondance des bénédictions répandues sur ce peuple dont Édom a versé le
sang dans sa haine violente et sa rage de destruction. Tous les prophètes nous
annoncent qu’Édom n’obtiendra aucune rémission au jour de la vengeance (voyez
Abdias).
Désormais, la scène de la bénédiction est établie pour toujours, mais
n’embrasse, dans notre prophète, comme nous l’avons maintes fois remarqué au
cours de cette étude, que Juda et Jérusalem. «Juda (en contraste avec Édom qui
sera «un désert désolé») sera habité à toujours, et Jérusalem de génération en
génération.» Et Dieu ajoute: «Je les purifierai du sang dont je ne les avais pas
purifiés: et l’Éternel demeure en Sion» (v. 21).
C’est sans doute parce que cette scène est restreinte à Juda et à Jérusalem que
la «purification du sang» est mentionnée, car je pense qu’il s’agit ici du sang
du Christ, dont la coulpe tombe sur Jérusalem et Juda, comme le sang innocent du
peuple tombait sur Édom qui l’avait versé (v. 19). Le peuple de Dieu en est
désormais purifié et l’Éternel peut demeurer en paix au milieu d’eux sur la
montagne de la grâce royale. Le sang dont Jérusalem S’est rendue coupable en
immolant le Saint et le Juste est devenu le sang de propitiation par lequel leur
faute est expiée à toujours, par lequel ils sont réconciliés avec Dieu, en vertu
duquel ils habiteront de génération en génération autour de leur Roi glorieux
qui, Lui-même, a choisi Sion, et l’a désirée pour être son habitation. «C’est
ici, dira-t-il, mon repos à perpétuité; ici j’habiterai, car je l’ai désirée!»
(Ps. 132:13, 14).
N’est-il pas remarquable de voir comment, au dernier mot du livre, le motif de
toutes les voies de Dieu envers son peuple se dévoile? L’outrage à son Fils
unique, descendu ici-bas pour ôter le péché du monde, la crucifixion de leur
Roi, a été la cause des terribles jugements que Dieu leur a infligés — mais leur
péché même, le crime par lequel ils ont répandu le sang de l’Agneau de Dieu, est
le moyen employé pour les purifier et les racheter, pour réconcilier toutes
choses avec Dieu et pour établir sur la terre un règne de justice et de paix.
Merveilleuse grâce! Dieu se sert de la haine de Satan et du crime de l’homme
pour introduire le règne de Christ et notre bénédiction éternelle! À Lui la
gloire aux siècles des siècles!