Livre de
Job
Chapitre
42
Considérons maintenant brièvement le tableau du résultat final de l’épreuve. «Et
Job répondit à l’Éternel et dit: Je sais que tu peux tout, et qu’aucun dessein
n’est trop difficile pour toi. Qui est celui-ci qui, sans connaissance, voile le
conseil? J’ai donc parlé, et sans comprendre, de choses trop merveilleuses pour
moi, que je ne connaissais pas». Il répète les paroles humiliantes que Dieu lui
avait adressées, afin de se les appliquer à lui-même. C’était juste; il
reconnaît que c’étaient des «choses trop merveilleuses» pour lui et «qu’il ne
connaissait pas». «Écoute, je te prie, et je parlerai; je t’interrogerai, et
toi, instruis-moi». C’est ce que l’Éternel lui avait dit auparavant (chap. 40:2)
et Job redit les mêmes paroles, en s’humiliant devant Lui. «Mon oreille avait
entendu parler de toi, maintenant mon œil t’a vu: c’est pourquoi j’ai horreur de
moi, et je me repens dans la poussière et dans la cendre». Il n’y avait plus
rien de superficiel chez lui; il ne s’agissait plus d’une rumeur éloignée.
Pensez-vous qu’en sondant l’organisme et les habitudes du béhémoth et du
léviathan, Job serait arrivé à une conclusion semblable? Assurément pas. Il
avait à faire avec Dieu lui-même qui s’était servi de ces œuvres de sa puissance
dans le but exprès d’amener Job à ses pieds, et l’avait détourné ensuite de
toutes ces choses, par leur moyen même, pour qu’il fût entièrement occupé de
Lui. «C’est pourquoi j’ai horreur de moi, et je me repens dans la poussière et
dans la cendre». C’est ainsi que dans le Nouveau Testament, le Seigneur s’est
servi du chant d’un coq pour convaincre de péché le grand apôtre de la
circoncision.
«Et il arriva, après que l’Éternel eut dit ces paroles à Job, que l’Éternel dit
à Éliphaz, le Thémanite: Ma colère s’est enflammée contre toi et contre tes deux
compagnons, car vous n’avez pas parlé de moi comme il convient, comme mon
serviteur Job». Dieu s’adresse au plus âgé des trois amis qui, après tout, était
celui qui avait parlé avec le moins d’acrimonie, mais cependant d’une manière
coupable, car étant le plus ancien, il aurait dû être plus avisé que ses
compagnons. Qu’y avait-il dans ce que Job avait dit que Dieu pût signaler comme
étant «ce qui convient»? Car, en examinant le débat superficiellement, on
pourrait penser que Job avait dit autant de paroles erronées relativement à Dieu
que ses amis. Et même pour un tel lecteur, il pourrait sembler que Job avait
parlé de Lui d’une manière plus téméraire que ces derniers. Mais le fait est que
la grâce de Dieu supporte beaucoup plus tendrement que les hommes ne le
supposent, les paroles inconsidérées que peuvent proférer des affligés sous
l’empire d’une épreuve aussi terrible que celle-là.
Ne pensons pas cependant que ce fait diminue en quoi que ce soit la culpabilité
de Job. Je répète qu’il y avait toute la différence imaginable entre ces trois
hommes qui n’étaient pas dans le creuset et celui qui s’y trouvait. Il est très
facile pour ceux qui ne souffrent pas de juger les paroles amères de quelqu’un
qui est plongé dans une telle fournaise. Mais Dieu ressentait vivement la
manière d’agir d’hommes qui, tout en ayant la prétention de parler selon Lui,
avaient complètement failli, malgré leur apparence de gravité, dans
l’application de la vérité divine à l’âme de leur ami. C’est là un point d’une
grande importance, car cette œuvre ne peut se faire que par l’Esprit.
La vérité abstraite est tout à fait vaine pour les saints de Dieu. Il peut
résulter, d’affirmations vraies en elles-mêmes, mais mal comprises et mal
appliquées, un dommage plus grand que de celles qui sont positivement erronées,
parce qu’une vérité faussée dans son application paraît donner l’autorité de
Dieu à une erreur qui a d’autant plus de poids qu’elle est présentée comme une
chose vraie. Si une parole insensée ou manifestement fausse est prononcée,
chacun la rejette, mais aucun croyant ne peut mépriser la vérité de Dieu. Si
donc cette dernière est mal appliquée, et en particulier pour écraser quelqu’un
qui, au moment même, est l’objet de la sollicitude la plus grande de la part de
Dieu, combien une telle manière d’agir est étrangère et offensante à Celui-ci.
Combien Il a en horreur que son nom soit ainsi dénaturé! C’est ce dont les trois
amis de Job étaient coupables. Combien souvent la vérité de Dieu est maintenant
employée à l’exaltation du moi; et pourtant combien une telle manière d’agir est
contraire à son caractère et à sa volonté! Les trois amis n’avaient-ils pas fait
ces deux écarts?
Les erreurs de Job sont parfaitement évidentes. En quoi donc consistait la
vérité convenable qu’il avait prononcée? Il y en avait une que nous pouvons
facilement discerner. Il avait assurément parlé selon la justice, lorsqu’il
s’était complètement humilié devant Dieu. Je ne veux pas dire que ce fût la
seule chose juste qui fût en Job, mais personne ne peut hésiter à accepter et à
appuyer la confession qui sortit de ses lèvres. Il avait dit ce qui convenait
dans ses dernières paroles en réponse à l’appel de Dieu. C’est alors qu’il fut
amené en sa présence. Il parla comme devait le faire un homme qui avait des
sentiments convenables au fond de son cœur; mais, à la surface, que de pensées
erronées! Mais maintenant l’Éternel met au jour les profondeurs de son âme. Il
est amené enfin dans la lumière. Tout le reste, tout ce qui n’était que
superficiel avait été jugé. Aussi, nous pouvons être assurés qu’il y avait
maintenant en Job ce dont Dieu pouvait dire qu’il y trouvait son plaisir; il ne
voyait rien d’autre en lui, car Job justifiait Dieu à ses propres dépens. Il
confessait désormais, non sa propre justice, mais son néant dans la poussière et
la cendre, et sa souillure devant un Dieu qu’il déclarait sans réserve
parfaitement juste dans toutes ses voies.
Ensuite Dieu commande à Éliphaz de prendre pour lui et ses deux amis «sept
taureaux et sept béliers» et allez, dit-il, «vers mon serviteur Job et offrez un
holocauste pour vous». Il ne paraît pas qu’il y eût encore, en ce temps-là, des
sacrifices pour le péché. Ce fait est une indication importante relativement à
l’époque extrêmement reculée de laquelle date ce livre ou plutôt les
circonstances qui y sont relatées. Elles doivent avoir été avant la loi. Dans
les jours du Lévitique, il y aurait eu naturellement un sacrifice pour le péché
pour les amis de Job. En revanche, avant que la loi eût promulgué les
prescriptions sévères et minutieuses relativement à ce qui était requis quand le
péché avait été commis, c’étaient des holocaustes qui étaient offerts
régulièrement. C’est ainsi qu’au commencement, nous trouvons dans le temps de
Noé, pour lui comme pour d’autres, ces mêmes holocaustes. Il les ordonne comme
devant être la confession solennelle de leur péché: «Afin que je n’agisse pas
avec vous selon votre folie; car vous n’avez pas parlé de moi, comme il
convient, comme mon serviteur Job». Ainsi fut fait, selon les directions
divines.
«Et l’Éternel rétablit l’ancien état de Job, quand il eut prié pour ses amis».
C’est là une touchante manifestation de l’œuvre de la grâce. Non seulement Dieu
les délivra de leur punition, lorsque Job eut prié pour eux, mais «il rétablit
l’ancien état de Job» (ou littéralement Il «ramena sa captivité»), lorsque son
cœur s’ouvrit en faveur de ses amis. Job lui-même avait maintenant la conscience
qu’il était délivré. Jusqu’alors, il s’était senti comme serré, pour ainsi dire,
dans un étau, mais l’Éternel le délivra de sa captivité, lorsqu’il eut prié pour
ses amis. Son cœur pouvait agir en grâce; il en avait fait l’expérience pour
lui-même et maintenant il l’exprime, et cela envers ceux qui l’avaient le plus
profondément blessé. Job n’avait jamais été plus vivement froissé par personne
au monde que par ses trois amis, et cependant ils étaient maintenant les objets
de sa sollicitude et ceux pour lesquels il priait. Dieu trouvait ses délices en
cela et il rétablit son ancien état en réponse à sa prière pour eux.
De plus, l’Éternel donna aussi à Job deux fois plus de biens qu’il n’en avait
auparavant, car le livre ne pouvait se terminer sans un témoignage de la bonté
de Dieu même quant aux circonstances extérieures. Bien que le temps ne fût pas
encore arrivé pour un redressement complet de tout ce qui est tortueux ici-bas,
ou pour rappeler en mémoire toutes les actions bonnes et justes, l’Éternel ne
permet cependant pas que son bien-aimé quitte la scène sans avoir des preuves de
son intérêt et de sa bénédiction. C’est pourquoi Job reçut alors ce témoignage
de ce qu’est Dieu. L’Éternel n’oubliait pas l’homme qui avait passé par une
telle tourmente de tribulations et qui s’était attaché à lui, lorsqu’Il semblait
être contre son serviteur. Ce dernier dut toutefois apprendre ce qu’il était
lui-même, lorsque le diable se fut retiré, et que la première question eut été
résolue à la confusion de l’Ennemi. Mais si Job s’était attaché fermement à
Dieu, c’est parce que ce dernier l’avait tenu par la main droite. Tel était le
véritable secret de toute cette épreuve. C’est la grâce seule après tout qui
donne l’intégrité et qui y garde l’âme. Mais Dieu n’était pas injuste pour
oublier Job. Il lui montre l’appréciation qu’Il faisait de toute sa piété, même
avant que vînt le jour de la rémunération. Job reçut les témoignages les plus
complets de respect et de confiance de la part de tous ses parents et même de
ses connaissances. «Et tous ses frères, et toutes ses sœurs, et tous ceux qui
l’avaient connu auparavant vinrent à lui, et mangèrent le pain avec lui dans sa
maison; et ils sympathisèrent avec lui et le consolèrent de tout le mal que
l’Éternel avait fait venir sur lui, et lui donnèrent chacun un késita, et chacun
un anneau d’or».
«Et l’Éternel bénit la fin de Job plus que son commencement: et il eut quatorze
mille brebis, et six mille chameaux et mille paires de bœufs, et mille ânesses;
et il eut sept fils et trois filles; et il appela le nom de la première Jémima,
et le nom de la seconde Ketsia, et le nom de la troisième Kéren-Happuc. Et, dans
tout le pays, il ne se trouvait point de femmes belles comme les filles de Job;
et leur père leur donna un héritage parmi leurs frères. Et, après cela, Job
vécut cent quarante ans, et il vit ses fils, et les fils de ses fils, quatre
générations. Et Job mourut vieux et rassasié de jours».
Je termine. Que le Seigneur veuille bénir sa bonne Parole et accorder à ses
saints la grâce de s’attacher profondément à ce saint Livre dont ils ont tant
besoin dans ces jours de confusion et d’incrédulité croissante.