Livre de
la Genèse
C. H.
Mackintosh
«Des
choses nouvelles et des choses vieilles.»
Chapitre
1er
L’Esprit saint ouvre ce livre d’une manière particulièrement frappante. Il nous
amène sans préambule devant Dieu, dans la plénitude essentielle de son être, et
nous le montre au milieu de cette scène où Lui seul est à l’œuvre et opère. Nous
entendons Dieu rompre le silence de la terre, nous le voyons luire dans les
ténèbres qui la couvrent, afin de créer pour Lui-même une sphère dans laquelle
il puisse manifester sa puissance éternelle et sa divinité.
Il n’y a rien ici qui satisfasse une vaine curiosité, rien sur quoi l’esprit de
l’homme soit appelé à spéculer; c’est la sublimité et la réalité de la
vérité
divine,
dans sa puissance morale, agissant sur le cœur et sur l’intelligence. L’Esprit
de Dieu ne veut pas fournir des aliments à la curiosité de l’homme ou la
satisfaire par de subtiles théories. Les géologues peuvent sonder les entrailles
de la terre, et en tirer des matériaux par le moyen desquels ils prétendent
compléter ou contredire les écrits divins; ils peuvent étendre leurs
spéculations sur les débris fossiles mais le disciple docile s’attache aux pages
inspirées il lit, il croit, il adore. Que ce soit dans cet esprit que nous
poursuivions l’étude de ce livre, et puissions-nous réaliser ainsi ce que c’est
que de «s’enquérir diligemment de l’Éternel dans son temple!» (Psaume 27:4).
«Au commencement Dieu créa les cieux et la terre.» Les premières paroles du
livre sacré nous placent dans la présence de Celui qui est la source infinie de
toute vraie bénédiction. L’Esprit saint ne raisonne pas laborieusement pour nous
prouver l’existence de Dieu; il n’entre point dans cette voie: Dieu se révèle,
il se fait connaître par ses œuvres. «Les cieux racontent la gloire du Dieu fort
et l’étendue annonce l’ouvrage de ses mains.» «Toutes tes œuvres te célébreront,
ô Éternel!» Il n’y a que l’incrédule ou l’athée qui cherchent des preuves
raisonnées de l’existence de Celui qui, par la parole de ses lèvres, appela les
mondes à l’existence, et se révéla Lui-même comme le Dieu souverainement sage,
le Tout-puissant, le Dieu éternel. Quel autre que Dieu a pu créer quoi que ce
soit? «C’est lui qui fait sortir par nombre leur armée; il les appelle toutes
par nom. Par la grandeur de son pouvoir et de sa force puissante, pas une ne
manque!» (Ésaïe 40:26). «Les dieux des peuples sont des idoles, mais l’Éternel a
fait les cieux». Dans le livre de Job, chapitres 38 à 41, Jéhovah lui-même en
appelle à la création comme preuve irrécusable de sa souveraineté. Cet appel,
tout en présentant à l’intelligence la démonstration la plus claire et la plus
convaincante de la toute-puissance de Dieu, touche en même temps le cœur par son
étonnante condescendance. Tout y est divin: la majesté et l’amour, la puissance
et la tendresse!
«Et la terre était désolation et vide, et il y avait des ténèbres sur la face de
l’abîme.» Voilà assurément un champ dans lequel Dieu seul pouvait agir. L’homme,
sans doute, dans l’orgueil de son cœur, ne s’est montré que trop disposé à
intervenir dans l’œuvre de Dieu, dans des sphères d’action d’un ordre bien
supérieur; mais, ici, l’homme n’a aucune place jusqu’au moment où, comme toute
chose, il devient l’objet de la puissance créatrice. Dieu est seul dans l’œuvre
de la création. Il regarde de la lumière éternelle de sa demeure, et considère
cette sphère sans forme et vide, sur laquelle il déploiera et exécutera ses
plans et ses conseils merveilleux, et où la seconde personne de la Trinité
vivrai travaillera et mourra, afin de manifester, à la vue des mondes étonnés,
les glorieuses perfections de la Divinité. Tout était ténèbres et chaos; mais
Dieu est un Dieu de lumière et d’ordre. «Dieu est lumière et il n’y a en lui
aucunes ténèbres.» Les ténèbres ne peuvent subsister en sa présence, à quelque
point de vue que ce soit, physique, moral, intellectuel ou spirituel. «L’Esprit
de Dieu planait sur la face des eaux.» Il couvait en quelque sorte la scène de
ses opérations futures; scène bien sombre et qui offrait un vaste champ d’action
au Dieu de lumière et de vie: Dieu seul pouvait en éclairer les ténèbres et y
faire jaillir la vie; substituer l’ordre au chaos, et mettre une étendue entre
les eaux, afin que la vie pût s’y développer sans crainte de la mort. C’était là
des opérations dignes de Dieu. «Dieu dit: que la lumière soit, et la lumière
fut.» «Il a parlé, et la chose a été; il a commandé, et elle s’est tenue là.»
L’incrédule veut savoir: comment? où? quand? — mais l’Esprit dit: «Par la foi,
nous comprenons que les mondes ont été formés par la Parole de Dieu, de sorte
que ce qui se voit n’a pas été fait de choses qui paraissent» (Héb. 11:3). En
dépit du sourire dédaigneux du philosophe, cette réponse satisfait celui qui est
à l’école de Dieu.
Dieu ne veut pas faire de nous des astronomes ou des géologues, ni nous
entretenir des détails que le musée ou le télescope mettent sous les yeux de
chacun. Le but de Dieu est de nous introduire en sa présence, comme adorateurs,
avec des cœurs et des entendements enseignés et conduits par sa sainte Parole.
Le philosophe peut mépriser ce qu’il appelle les préjugés vulgaires et étroits
du pieux disciple de la Parole; il peut se glorifier de son télescope avec
lequel il mesure l’étendue des cieux, ou se vanter des découvertes qu’il fait
dans les profondeurs de la terre; — quant à nous, nous n’avons que faire «de
l’opposition de la connaissance faussement ainsi nommée» (1 Tim. 6:20). Nous
tenons pour parfaitement certain que toutes les découvertes vraies, soit «dans
les cieux en haut, soit sur la terre en bas, ou dans les eaux qui sont sous la
terre», sont en harmonie avec ce qui est écrit dans la Parole de Dieu; toutes
autres prétendues découvertes ne sont dignes que d’être entièrement rejetées. Il
faut que le cœur soit parfaitement assuré de la plénitude, de l’autorité, de la
perfection, de la majesté et de l’inspiration pleine et entière du volume sacré.
Ce sera la seule sauvegarde efficace contre le rationalisme et la superstition.
Une connaissance exacte de la Parole et une soumission entière à son contenu,
sont les deux grands objets désirables au jour actuel. Que Dieu, dans sa grâce,
augmente abondamment au milieu de nous et cette connaissance et cette
soumission!
«Et Dieu vit la lumière, qu’elle était bonne; et Dieu sépara la lumière d’avec
les ténèbres. Et Dieu appela la lumière Jour, et les ténèbres, il les appela
Nuit.» Nous avons ici les deux grands symboles si souvent employés dans la
Parole. La présence de la lumière constitue le jour; l’absence de la lumière
constitue la nuit. Il en est de même dans l’histoire des âmes. Il y a «les
enfants de lumière», et «les enfants de ténèbres»; la différence est tranchée et
solennelle. Tous ceux sur lesquels la lumière de la vie a lui, tous ceux que
«l’Orient d’en haut» a visités à salut, tous ceux qui ont reçu la lumière de la
connaissance de la gloire de Dieu en la face de Jésus Christ, quels qu’ils
soient, appartiennent à la première catégorie et sont des enfants «de la lumière
et du jour». D’un autre côté, tous ceux qui sont dans les ténèbres, dans
l’aveuglement et l’incrédulité de la nature, et dont les cœurs n’ont pas été,
par la foi, illuminés des rayons du soleil de justice, sont encore ensevelis
dans l’obscurité de la nuit spirituelle et sont des fils de ténèbres, des fils
de la nuit.
Lecteur, arrêtez-vous ici et demandez-vous, dans la présence de Celui qui sonde
les cœurs, à laquelle de ces deux classes de personnes vous appartenez. Ne vous
décevez pas vous-même, il s’agit pour vous de la vie ou de la mort. Vous pouvez
être pauvre, méprisé, ignorant; mais si, par l’Esprit, vous êtes uni au Fils de
Dieu, qui est «la lumière du monde» (Jean 8:12), vous êtes un enfant de lumière,
destiné à reluire bientôt dans cette sphère céleste dont «l’Agneau immolé» sera
le centre et le soleil pour toujours. Cela ne vient pas de vous: c’est le
résultat des conseils et des opérations de Dieu Lui-même, qui vous a donné
lumière, vie, joie et paix en Jésus et par son sacrifice. Mais si vous êtes
étranger à l’action et à l’influence sanctifiante de la lumière divine, si vos
yeux n’ont pas été ouverts pour voir quelque beauté en Jésus, Fils de Dieu,
alors, quand bien même vous posséderiez toute la science d’un Newton et tous les
trésors de la philosophie humaine; quand vous seriez décoré de tous les titres
que peuvent conférer les écoles de ce monde, vous êtes un enfant «de la nuit et
des ténèbres» (1 Thess. 5:5), et si vous mourez dans cet état, vous serez pour
toujours enveloppé dans les ténèbres et les terreurs d’une nuit éternelle! Ne
poursuivez donc pas, avant de vous être assuré si vous êtes «du jour» ou «de la
nuit».
«Et Dieu dit: qu’il y ait des luminaires dans l’étendue des cieux pour séparer
le jour d’avec la nuit, et qu’ils soient pour signes et pour saisons déterminées
et pour jours et pour années; et qu’ils soient pour luminaires dans l’étendue
des cieux pour donner de la lumière sur la terre. Et il fut ainsi. Et Dieu fit
les deux grands luminaires, le grand luminaire pour dominer sur le jour, et le
petit luminaire pour dominer sur la nuit; et les étoiles.» Le soleil est à la
fois le centre de la lumière et le centre de notre système. C’est autour de cet
astre que les globes inférieurs se meuvent; et c’est de lui qu’ils reçoivent la
lumière. Le soleil peut donc être considéré comme une figure de Celui qui, pour
réjouir le cœur de ceux qui craignent le Seigneur, se lèvera bientôt, apportant
la guérison dans ses ailes (Mal. 4:2). La beauté de ce symbole sera évidente
pour quiconque, après les veilles de la nuit, a pu voir le soleil se lever et
dorer l’orient de ses étincelants rayons; les brouillards et les ombres de la
nuit se dispersent, et toute la création semble saluer le retour de l’astre du
jour. Bientôt aussi le soleil de Justice se lèvera, les ombres de la nuit
s’enfuiront, et toute la création se réjouira en voyant paraître l’aurore d’un
matin sans nuages, commencement d’un jour éternel de gloire.
La lune, obscure par elle-même, tire toute sa lumière du soleil et reflète
incessamment cette lumière, à moins que la terre et ses influences
n’interviennent. Le soleil n’a pas plus tôt disparu à l’horizon que la lune se
présente pour en recevoir les rayons et les refléter sur un monde enveloppé de
ténèbres; si, au contraire, c’est de jour qu’elle apparaît, on l’aperçoit à
peine à cause de l’éclat du soleil. Le monde aussi, comme nous l’avons déjà dit,
empêche quelquefois que cette lumière ne paraisse; de sombres nuages, d’épais
brouillards, de froides vapeurs s’élèvent de la surface de la terre et dérobent
à notre vue la lumière argentée de cette «lune» qui nous rappelle l’Église,
comme le soleil est une belle image de Christ. Christ, la source de la lumière,
est invisible maintenant: «la nuit est fort avancée»; le monde ne voit pas
Jésus, mais l’Église le voit et elle est responsable de refléter sa lumière sur
un monde plongé dans les ténèbres. L’Église est le seul canal pour la
communication au monde de la connaissance de Christ: «Vous êtes, vous, notre
lettre, écrite dans nos cœurs, connue et lue de tous les hommes», dit l’apôtre;
et encore: «Vous êtes manifestés comme étant la lettre de Christ» (2 Cor. 3:2,
3). Quelle responsabilité pour l’Église! Ne devrait-elle pas se tenir
sérieusement en éveil contre tout ce qui peut l’empêcher de refléter la lumière
céleste de Christ, dans toutes ses voies? Mais comment pourra-t-elle refléter
cette lumière? C’est en la laissant luire sur elle-même dans tout son éclat. Si
l’Église marchait dans la lumière de Christ, certainement elle refléterait cette
lumière, et ainsi elle serait gardée dans la position qui lui convient. La lune
n’a point de lumière propre. Il en est de même de l’Église. Elle n’est pas
appelée à éclairer le monde de sa propre gloire; elle est simplement appelée à
refléter la lumière qu’elle reçoit. Son devoir est d’étudier soigneusement la
voie dans laquelle son Seigneur a marché pendant qu’il était sur la terre, et de
suivre ses traces par la puissance du Saint Esprit qui habite en elle.
Mais, hélas! la terre avec ses nuages, ses brouillards et ses vapeurs,
intervient; elle cache la lumière et ternit l’épître, et le monde voit à peine
quelques traits du caractère de Christ dans ceux qui s’appellent de son nom;
souvent même il découvre en eux plutôt un humiliant contraste, qu’une
ressemblance avec Jésus. Étudions Christ davantage dans un esprit de prière,
afin qu’aussi nous soyons capables de l’imiter plus fidèlement!
Les étoiles sont des luminaires éloignés qui brillent dans d’autres sphères;
nous voyons leurs scintillations; du reste, elles n’ont guère de rapport avec
notre système. «Une étoile diffère d’une autre étoile en gloire.» Ainsi en
sera-t-il dans le royaume à venir du Fils: Soleil de gloire, il brillera
lui-même d’un éclat vivant et éternel; et l’Église reflétera fidèlement ses
rayons tout alentour, tandis que les saints, chacun individuellement, reluiront
dans la gloire spéciale que le juste Juge distribuera à chacun en récompense de
son service fidèle durant la sombre nuit de son absence. Cette pensée devrait
nous encourager à marcher avec plus d’ardeur et d’énergie sur les traces de
notre Seigneur absent (voyez Luc 19:12-19).
Les parties inférieures de la création viennent ensuite: la mer et la terre
produisent en abondance des êtres vivants. Quelques personnes se croient
autorisées à considérer les opérations de chacun des six jours, comme des types
des diverses dispensations et des grands principes d’action qui les régissent et
les caractérisent; mais, quoi qu’il en soit à cet égard, nous avons, en nous
occupant des Saintes Écritures, à nous mettre en garde contre tout ce qui est le
produit de l’imagination et de la spéculation des hommes; et, quant à moi, je ne
me sens pas la liberté d’entrer dans cette voie d’interprétation, et je me
bornerai à donner ce que je crois être l’enseignement clair et direct du texte
sacré.
Toutes choses ayant été mises en ordre maintenant, il ne manquait plus qu’un
chef: «Et Dieu dit: Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et
qu’ils dominent sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur
le bétail, et sur toute la terre, et sur tout animal rampant qui rampe sur la
terre. Et Dieu créa l’homme à son image; il le créa à l’image de Dieu; il les
créa mâle et femelle. Et Dieu les bénit; et Dieu leur dit: Fructifiez, et
multipliez, et remplissez la terre et l’assujettissez; et dominez sur les
poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur tout être vivant qui se
meut sur la terre.» Le lecteur remarquera qu’après avoir parlé de l’homme au
singulier, l’Écriture en parle au pluriel; après avoir dit: «il
le
créa», elle dit «il
les
créa», et: «Dieu
les
bénit» (vers. 27-28).
La formation de la femme n’est introduite de fait que dans le chapitre suivant,
bien que, déjà ici, Dieu «les» bénisse et «leur» remette le gouvernement
universel. Tous les ordres inférieurs de la création sont placés sous leur
commune domination: Ève est bénie de toutes bénédictions en Adam, et c’est aussi
de lui qu’elle tire toute sa dignité. Quoique non encore appelée de fait à
l’existence, elle est, dans les desseins de Dieu, considérée comme une partie de
l’homme: «Tes yeux ont vu ma substance informe, et dans ton livre mes membres
étaient tous écrits; de jour en jour ils se formaient, lorsqu’il n’y en avait
encore aucun» (Psaume 139:16). Il en est de même de l’Église, l’épouse du second
Adam. De toute éternité elle était vue en Christ, son chef et son Seigneur,
comme il est écrit au chap. 1 de l’épître aux Éphésiens: «Selon qu’il nous a
élus en lui avant la fondation du monde, pour que nous fussions saints et
irréprochables devant lui en amour.» Avant qu’un seul des membres de l’Église
eût respiré le souffle de la vie, ils étaient tous, dans la pensée éternelle de
Dieu, «prédestinés à être conformes à l’image de son Fils». Les conseils de Dieu
ont fait de l’Église une partie nécessaire de l’homme mystique; c’est pourquoi
l’assemblée est appelée «la plénitude de celui qui remplit tout en tous» (Éph.
1:23), et ce titre, d’une immense portée, révèle la dignité, l’importance et la
gloire de l’assemblée.
On n’est que trop habitué à considérer la rédemption comme n’ayant d’autre objet
que la bénédiction et la sécurité des âmes, individuellement; ce point de vue
est beaucoup trop bas. Il est parfaitement vrai que ce qui est, en quelque
manière, la part de l’individu, est en pleine sécurité, Dieu en soit béni; mais
c’est la partie la moins grande de la rédemption. Une vérité infiniment
supérieure à celle-ci, c’est que la gloire de Christ est unie et liée à
l’existence de l’assemblée. Si, sur l’autorité des saintes Écritures, j’ai droit
à me considérer comme partie constituante de ce qui, de fait, est nécessaire à
Christ, je ne puis douter qu’il n’y ait en lui abondamment de tout ce dont je
puis avoir personnellement besoin. Or, l’assemblée est nécessaire à Christ. «Il
n’est pas bon que l’homme soit seul; je lui ferai une aide qui lui corresponde»
(Gen. 2:18), et encore: «Car l’homme ne procède pas de la femme, mais la femme
de l’homme; car aussi l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la
femme à cause de l’homme. Toutefois, ni la femme n’est sans l’homme, ni l’homme
sans la femme, dans le Seigneur; car comme la femme procède de l’homme, ainsi
aussi l’homme est par la femme; mais toutes choses procèdent de Dieu» (1 Cor.
11:8-12). Il ne s’agit donc plus seulement de savoir si Dieu peut sauver un
pauvre pécheur, privé de toute force; de savoir si Dieu peut effacer les péchés
et recevoir le pécheur à lui en vertu de la Justice divine; Dieu a dit: «Il
n’est pas bon que l’homme soit seul», et il n’a pas laissé «le premier homme»,
sans «une aide qui lui corresponde»; — il ne laissera pas non plus le second
homme sans une aide qui lui convienne. Sans Ève, il y aurait eu une lacune dans
la première création; et sans l’Église, l’Épouse, il y aurait une lacune dans la
nouvelle création.
Considérons maintenant de quelle manière Ève fut appelée à l’existence, bien que
nous anticipions ainsi sur le chapitre suivant. Il ne se trouvait point dans
toute la création, pour Adam, d’aide qui fût semblable à lui: il faut qu’un
profond sommeil tombe sur lui, et que d’une partie de lui-même soit formée la
compagne qui partagera avec lui sa domination et sa bénédiction. «Et l’Éternel
Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme, et il dormit; et il prit une de
ses côtes, et il en ferma la place avec de la chair. Et l’Éternel Dieu forma
1 une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et l’amena
vers l’homme. Et l’homme dit: Cette fois, celle-ci est os de mes os et chair de
ma chair; celle-ci sera appelée
femme
(Isha), parce qu’elle a été prise de
l’homme
(Ish)».
1
On pourrait traduire le mot hébreu
vajiben
par «il bâtit», comme l’ont fait les Septante par
okodomêsen,
la Vulgate par «aedificavit», et par un verbe analogue, toutes les versions
allemandes, la version hollandaise, la marge de l’anglaise, et la version
française de Diodati, qui traduit ainsi le commencement de Genèse 2:22: «Et Dieu
bastit une femme de la coste qu’il avait prise d’Adam». Or, il n’est certes pas
sans intérêt de se convaincre, en consultant l’original de Éph. 2:20, 22, que
les mots rendus par: «ayant été édifiés», et «vous êtes édifiés ensemble», sont
des dérivés du même verbe que celui que nous venons de voir employé par les
Septante.
En considérant selon l’Écriture Adam et Ève comme un type de Christ, nous voyons
que la mort de Christ a dû être un fait accompli avant que l’assemblée fût vue
et élue en Christ dès avant la fondation du monde. Il y a une grande différence
entre les secrets desseins de Dieu et la révélation et l’accomplissement de ces
mêmes desseins. Pour que l’intention de Dieu à l’égard de parties constituantes
de l’Église pût être réalisée de fait, il fallait que premièrement le Fils fût
rejeté et crucifié, qu’il s’assît dans les hauts lieux, et que le Saint Esprit,
envoyé par lui, descendît pour unir en un seul corps tous les croyants par son
baptême. Ce n’est pas à dire qu’il n’y ait pas eu des âmes vivifiées et sauvées
antérieurement à la mort de Christ: Adam a été sauvé, nous n’en doutons pas, et
des milliers d’autres hommes après lui l’ont été pareillement, en vertu du
sacrifice de Christ, avant que ce sacrifice ne fût accompli. Mais le salut des
âmes, prises chacune en particulier, et la formation de l’assemblée par le Saint
Esprit comme corps distinct, sont deux choses bien différentes; on en tient trop
peu de compte dans la pratique. La place unique qui appartient à l’Église, sa
relation spéciale avec le «second Homme, le Seigneur venu du ciel», les
privilèges qui la distinguent, et la dignité dont elle est revêtue, s’ils
étaient réellement connus et réalisés par la puissance du Saint Esprit,
produiraient les plus beaux fruits (Éph. 5:23-33).
Le type que nous avons ici devant nous, nous donne lui-même quelque idée des
résultats qui accompagneraient une véritable intelligence de la position de
l’Église et de ses relations avec Christ. Quelle affection Ève ne devait-elle
pas à Adam! Dans quelle proximité n’était-elle pas de lui; dans quelle intimité
de communion? En dignité et en gloire, elle était parfaitement une avec lui. Il
ne dominait pas
sur
elle, mais
avec
elle. Il était seigneur de toute la création; Ève était une avec lui. Bien plus,
comme nous l’avons déjà dit: elle était vue et bénie
en
lui. «L’homme» était l’objet des desseins de Dieu, et «la femme» était
nécessaire à l’homme, c’est pourquoi elle a été créée. L’homme paraît le premier
et la femme est vue en lui; ensuite elle est formée
de
lui. Nul type n’est plus intéressant ni plus instructif dans son caractère; non
pas qu’une doctrine puisse jamais être fondée sur un type, mais quand la
doctrine se trouve pleinement et clairement exposée dans d’autres portions de
l’Écriture, alors nous sommes préparés pour comprendre, pour apprécier et
admirer le type.
Nous trouvons, dans le Psaume 8, une belle description de l’homme dominant sur
les œuvres de Dieu: «Quand je regarde tes cieux, l’ouvrage de tes doigts, la
lune et les étoiles que tu as disposées: qu’est-ce que l’homme, que tu te
souviennes de lui, et le fils de l’homme, que tu le visites? Tu l’as fait de peu
inférieur aux anges, et tu l’as couronné de gloire et d’honneur; tu l’as fait
dominer sur les œuvres de tes mains; tu as mis toutes choses sous ses pieds: les
brebis et les bœufs, tous ensemble, et aussi les bêtes des champs, l’oiseau des
cieux, et les poissons de la mer, ce qui passe par les sentiers des mers.» Ici
l’homme paraît sans qu’il soit fait mention de la femme, parce que la femme est
vue dans l’homme.
Il n’y a aucune révélation directe du mystère de l’Église dans les livres de
l’Ancien Testament; l’apôtre dit expressément, en parlant de ce mystère:
«Lequel, en d’autres générations, n’a pas été donné à connaître aux fils des
hommes, comme il a été maintenant révélé à ses saints apôtres et prophètes (du
Nouveau Testament) par l’Esprit» (Éph. 3:1-11). C’est pourquoi le Psaume 8 ne
parle que de l’homme; mais nous savons que l’homme et la femme sont considérés
ensemble sous un seul chef. Tout ceci aura son parfait antitype dans les siècles
à venir; alors le second Homme, le Seigneur venu du ciel, siégera sur son trône
et, avec l’Église son épouse, il régnera sur la création renouvelée. Cette
Église est née de la tombe du Christ, elle fait partie «de son corps», «de sa
chair et de ses os». Lui, la Tête; elle, le corps, ne font ensemble qu’un
Homme.
L’Église, faisant ainsi partie de Christ, occupera dans la gloire une place
unique. Aucune créature n’était unie à Adam comme l’était Ève, parce que nulle
autre qu’elle n’était une partie de lui-même. Ainsi aussi l’Église occupera la
place la plus rapprochée de Christ dans la gloire à venir.
Ce n’est pas seulement ce que l’Église
sera,
mais ce qu’elle
est
qui mérite notre admiration. Elle est maintenant le corps dont Christ est la
tête, «le chef»; elle est le temple dans lequel Dieu habite. Que ne
devrions-nous pas être, si telles sont la dignité actuelle et la gloire future
de ce dont, par la grâce de Dieu, nous faisons partie! Ce qui nous convient
assurément, c’est une marche sainte, une vie de dévouement à Dieu, de séparation
pour Dieu et de sainte élévation. Puissions-nous donc saisir ces choses avec
puissance par le Saint Esprit, afin que nous sentions plus profondément quels
sont le caractère et la conduite qui conviennent à la haute vocation à laquelle
nous sommes appelés; afin que les yeux de notre cœur étant éclairés, nous
sachions quelle est l’espérance de son appel, et quelles sont les richesses de
la gloire de son héritage dans les saints, et quelle est l’excellente grandeur
de sa puissance envers nous qui croyons, selon l’opération de la puissance de sa
force, qu’il a opérée dans le Christ, en le ressuscitant d’entre les morts; et
il l’a fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes, au-dessus de toute
principauté, et autorité, et puissance, et domination, et de tout nom qui se
nomme, non seulement dans ce siècle, mais aussi dans celui qui est à venir; et
il a assujetti toutes choses sous ses pieds, et l’a donné pour être chef sur
toutes choses à l’assemblée, qui est son corps, la plénitude de Celui qui
remplit tout en tous (Éph. 1:18-23).