Livre du Prophète Ézéchiel
Chapitre 39
Ce chapitre reprend l’accusation
publique que Dieu fait contre le grand ennemi du Nord. Sa multitude et ses
ressources formidables sont exposées, mais leur immensité avec la destruction
complète à laquelle elles aboutissent, ne feront que rehausser la victoire de
l’Éternel en faveur de Son peuple.
«Et toi, fils d’homme, prophétise
contre Gog, et dis: Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel: Voici, j’en veux à toi,
Gog, prince de Rosh, de Méshec et de Tubal; et je te ferai retourner, et je te
mènerai 1, et je te ferai monter du fond du nord, et je te
ferai venir sur les montagnes d’Israël. Et j’abattrai ton arc de ta main gauche,
et je ferai tomber tes flèches de ta main droite; tu tomberas sur les montagnes
d’Israël, toi et toutes tes bandes, et les peuples qui seront avec toi; je te
donnerai en pâture aux oiseaux de proie de toute aile, et aux bêtes des champs;
tu tomberas sur la face des champs; car moi, j’ai parlé, dit le Seigneur,
l’Éternel» (39:1-5).
1
La version autorisée du roi Jacques a traduit ici le mot hébreu par «Je
laisserai la sixième partie de toi». Certes la liaison de ce mot hébreu rare
avec le mot hébreu signifiant «six» est tentante. Mais les Septante donnent
kaqodhghsw
se
(ou kataxw
se
selon les éditeurs de la Bible polyglotte Complutum). Le Targum donne le sens de
«Je te conduirai à l’écart». Les versions anciennes n’expriment en général guère
plus que l’Éternel conduisant Gog.
Les jugements de Dieu sont comme
d’habitude en rapport avec le péché du peuple tombé sous Son déplaisir. Le sort
de la bête et du faux-prophète est ainsi effrayant au-delà de toute expression,
quand ils sont jetés dans l’étang de feu sans autre forme de procès. Il semble
qu’il doive en être de même de la petite corne de Daniel 8 (ou roi du nord de
Daniel 11). Ils se sont mêlés de ce que Dieu avait contre Son peuple, au mépris
teinté d’apostasie à l’égard de Sa vérité, la pervertissant à des fins
destructrices. Gog est jugé comme un agresseur plus vulgaire, animé du désir
avide d’acquérir de nouveaux territoires en ne s’appuyant que la force brutale.
Mais il a à faire face à une puissance plus grande que la sienne, qui l’abat
ignominieusement et sans pardon.
Mais ce n’est pas tout. Dieu agira
contre le pays d’où Gog est venu, aussi bien que contre les îles qui ont fourni
des contingents à son armée. «Et j’enverrai un feu en Magog, et parmi ceux qui
habitent les îles en sécurité; et ils sauront que je suis l’Éternel. Et je ferai
connaître mon saint nom au milieu de mon peuple Israël, et je ne profanerai plus
mon saint nom; et les nations sauront que je suis l’Éternel, le Saint en Israël»
(39:6-7). Ni la distance, ni l’isolement ne mettront à l’abri du jugement
consumant en ce jour-là, car le Seigneur se réveille pour appeler les vivante à
rendre compte, comme quelqu’un qui sort de son sommeil, comme un homme puissant
qui crie, poussé par le vin (Ps. 78:65). Les habitants du monde apprendront
enfin la justice (És. 26:9). Le croyant manquerait-il de raisons pour prouver
que ces jugements à la fois si solennels et si bénis dans leurs résultats n’ont
encore jamais été accomplis? Magog n’est pas Rome, ni un Édom spirituel, mais la
Scythie des anciens.
«Voici, cela vient et s’accomplit,
dit le Seigneur, l’Éternel: C’est ici le jour dont j’ai parlé. Et les habitants
des villes d’Israël sortiront et allumeront du feu, et brûleront les armes, et
les écus, et les boucliers avec les arcs, et les flèches, et les épieux, et les
piques; et ils en feront du feu pendant sept ans. Et ils n’apporteront point de
bois des champs et ils n’en couperont point des forêts, car ils feront du feu
avec des armes; et ils butineront ceux qui les ont butinés, et ils pilleront
ceux qui les ont pillés, dit le Seigneur, l’Éternel» (39:8-10). Ce n’est pas là
un avertissement vague adressé à l’ennemi pour un temps et un lieu indéterminés;
ce n’est pas davantage un principe général de providence divine susceptible de
se répéter souvent. Le Saint-Esprit prend ici la peine de montrer un jugement
précis et spécifique d’un ennemi bien déterminé, — jugement longtemps suspendu
et tombant comme le dernier coup de l’Éternel sur la puissance la plus écrasante
qui se soit jamais concentrée contre Israël; cela aura lieu immédiatement avant
que Sa gloire revienne dans toute sa splendeur primitive et dans la paix pour
habiter au milieu de Son peuple dans leur pays. D’où la description minutieuse
et vivante de ceux qui sortent des villes de Palestine pour brûler les armes
défensives et offensives de leur ennemi; ce ne sera pas seulement un témoignage
à leur destruction totale, mais ce sera une provision de bois pour le feu au
point de leur éviter de faire des réserves pendant sept ans.
Il y a encore un autre résultat
plus durable comme trophée de cette grande victoire. «Et il arrivera, en ce
jour-là, que je donnerai là à Gog un lieu pour sépulcre en Israël, la vallée des
passants, à l’orient de la mer; et le chemin sera ainsi fermé aux passants, et
on enterrera là Gog et toute la multitude; et on l’appellera la vallée de la
multitude de Gog. Et la maison d’Israël les enterrera pendant sept mois, pour
purifier le pays; et tout le peuple du pays les enterrera; et ce sera un renom
pour eux, le jour où je me glorifierai, dit le Seigneur, l’Éternel. Et ils
mettront à part, pour un service continuel, des hommes qui parcourront le pays
et qui, avec les passants, enterreront ceux qui seront demeurés sur la face du
pays, pour le purifier: au bout de sept mois ils en chercheront. Et les passants
passeront par le pays, et s’ils voient un ossement d’homme, ils élèveront à côté
de lui un signal, jusqu’à ce que les enterreurs l’aient enterré dans la vallée
de Hamon-Gog; et le nom de la ville aussi sera Hamona. Ainsi on purifiera le
pays» (39:11-16).
Si Gog avait pensé prendre
possession du pays, l’Éternel va le lui donner pour tombeau, à la vue de tous,
non pas dans un coin obscur, mais directement sur le chemin de nombreux
passants. L’idée que présente ce texte n’est pas celle des traducteurs de la
version autorisée du roi Jacques selon laquelle les gens se boucheraient le nez
à cause de la mauvaise odeur, mais que les brouettes de tant de corps enterrés
feraient s’arrêter tous ceux qui passeraient par le chemin, et les amèneraient à
penser à la vengeance qui a été déversée sur eux. Les Septante semblent confus
ici («le lieu d’enterrement de tous ceux qui approchent la mer»). Il n’y pas
d’appui à ces notions. Les chrétiens n’ont pas à se trouver embarrassés par les
calculs de croyants incrédules qui voudraient faire disparaître la prédiction.
L’Éternel parlerait-il sans accomplir ce qu’Il a dit?
Ce souci de purifier le pays de la
vue même d’un ossement d’homme est remarquable, mais bien naturel quand on pense
que la gloire doit y demeurer. Les gens qui passeront par là devront aider ceux
auxquels incombera formellement, comme service continuel, ce travail d’enterrer
tous les restes de ce massacre prodigieux d’ennemis; tous les habitants du pays
y prendront part. Cette multitude de tués donnera son nom à une ville du pays
(39:15). Il y aura enfin un jour où toute impureté aura disparu du pays que
l’Éternel reconnaît comme le Sien, et où Il sera effectivement glorifié, en ce
lieu et en ce jour. Peut-il y avoir aucun doute légitime quant à l’époque où ces
conditions se rencontreront? Il est clair qu’il s’agit du jugement de Dieu sur
le dernier chef de toutes les Russies en Terre Sainte, après qu’Israël aura été
ramené des pays de sa dispersion. Si l’on est trop préoccupé de notre position
comme chrétien, cela nous empêche de voir, ici comme ailleurs, non seulement la
fidélité et la miséricorde de Dieu envers Israël, mais aussi la bénédiction
particulière à l’Église. Pour les apprécier toutes les deux, il faut bien les
distinguer, et voir le rapport de chacune d’elles avec Christ. Une
interprétation mystique ne donne la place qui lui revient ni à l’une ni à
l’autre, et enveloppe tout dans du brouillard.
Le message suivant a une force
remarquable; il est transmis par le prophète aux oiseaux et aux bêtes des
champs. C’est pour eux un temps de fête et de sacrifice à manger — un temps sans
pareil ni avant ni après. D’immenses armées ont été décimées, et ce qui en
restait a été dispersé ou pris, quand il n’a pas pu fuir. Le monde a-t-il jamais
vu un pareil massacre? Il est sûrement futur.
«Et toi, fils d’homme, ainsi dit
le Seigneur, l’Éternel: Dis aux oiseaux de toute aile, et à toutes les bêtes des
champs: Assemblez-vous et venez, réunissez-vous de toutes parts vers mon
sacrifice que je sacrifie pour vous, un grand sacrifice sur les montagnes
d’Israël, et mangez de la chair et buvez du sang. Vous mangerez la chair des
forts, et vous boirez le sang des princes de la terre, — des béliers, des
agneaux, des boucs, des bœufs, tous, bêtes grasses de Basan. Vous mangerez de la
graisse à satiété, et vous boirez du sang à en être enivrés, du sacrifice que
j’ai sacrifié pour vous. Et à ma table vous serez rassasiés de chevaux et
d’attelages, d’hommes forts et de toute sorte d’hommes de guerre, dit le
Seigneur, l’Éternel» (39:17-20).
Si l’Éternel invite à un grand
sacrifice les bêtes de proie, n’exécutera-t-Il pas sa parole? Nous trouvons un
appel semblable en Apocalypse 19:17-18, mais adressé seulement à tous les
oiseaux qui volent par le milieu du ciel. Cela a lieu en vue du carnage qui doit
frapper les armées d’occident à la fin de notre ère. Je suppose que les oiseaux
sont les seuls à être nommés (Apoc. 19:17), car c’est en rapport avec le
jugement de ceux qui ont apostasié par rapport au témoignage céleste du
christianisme. Ici cela va plus loin, car les jugements de Dieu tombent sur les
hordes innombrables de l’orient, qui ont non seulement méprisé l’évangile, mais
ont cherché à s’emparer du pays quand Son peuple terrestre y était établi en
paix. Quelle erreur patente que de nier ces jugements des vivants avant le règne
du Seigneur ici-bas comme le vrai Salomon! De toute évidence selon la parole de
Dieu, l’évangile ne supprime pas toute règle, toute autorité et toute puissance,
mais Christ le fera quand Il viendra en gloire. Toutes choses ont été mises sous
ses pieds pendant qu’il siège sur le trône de Dieu, mais le processus par lequel
tous Ses ennemis seront mis sous ses pieds n’a pas encore commencé. Christ
s’occupe d’une autre tâche maintenant. Il fait sortir les co-héritiers qui
doivent être glorifiés, ressuscités ou transmués à Sa venue, et qui régneront
alors avec Lui dans Son royaume. Le fait de positivement s’assujettir tous et
tout n’est pas l’œuvre de la grâce céleste, mais de la puissance manifestée sur
la terre, non pas toujours en destruction bien sûr, quoique le royaume commence
et se termine par des destructions à grande échelle, comme nous le voyons ici et
en Apocalypse 20:8, 9.
Nous trouvons ensuite l’effet
moral du jugement exécuté sur Gog et ses armées: «Et je mettrai ma gloire parmi
les nations; et toutes les nations verront mon jugement, que j’aurai exécuté, et
ma main, que j’aurai mise sur eux. Et la maison d’Israël saura que je suis
l’Éternel, leur Dieu, dès ce jour-là et dans la suite. Et les nations sauront
que la maison d’Israël est allée en captivité à cause de son iniquité, parce
qu’ils ont été infidèles envers moi, et que je leur avais caché ma face, et que
je les avais livrés en la main de leurs ennemis, et ils sont tous tombés par
l’épée. Je leur ai fait selon leur impureté et selon leurs transgressions, et je
leur ai caché ma face» (39:21-24). L’évangile, s’il est cru, place les âmes en
association avec Christ pour le ciel. La vue des jugements servira au Seigneur à
enseigner aux nations la justice sur la terre. Israël lui aussi, a besoin de
l’apprendre, et ils apprendront que Celui qui agit ainsi est l’Éternel leur
Dieu, «dès ce jour-là et dans la suite». Il sera clair et incontestable en ce
jour-là qu’Israël n’est pas allé pour rien en captivité, mais à cause de son
iniquité, et que c’est la seule cause pour laquelle l’Éternel leur a retiré Sa
faveur et les a livrés à l’épée de leurs ennemis. C’est Sa rétribution qui
explique leur histoire passée avec toutes ses afflictions.
Israël a la perspective d’un
brillant avenir: je ne parle pas de l’évangile ni de l’Église, où il n’y a ni
Juif ni Grec, mais du royaume sur la terre, lorsqu’Israël sera restauré dans
leur pays, et occupera la première place parmi les nations en faveur, en paix et
en justice, la puissance et la gloire de l’Éternel étant manifestées pour eux.
«C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel: Maintenant je rétablirai les
captifs de Jacob et j’aurai compassion de toute la maison d’Israël, et je serai
jaloux de mon saint nom, et ils porteront en eux leur confusion, et toutes leurs
infidélités par lesquelles ils ont été infidèles envers moi, alors qu’ils
habiteront en sécurité dans leur terre et qu’il n’y aura personne qui les
effraye, quand je les aurai ramenés d’entre les peuples et que je les aurai
rassemblés des pays de leurs ennemis, et que je serai sanctifié en eux aux yeux
de beaucoup de nations. Et ils sauront que je suis l’Éternel, leur Dieu, parce
que je les ai emmenés captifs parmi les nations, et que je les aurai rassemblés
dans leur terre, et que je n’en aurai laissé là aucun de reste. Et je ne leur
cacherai plus ma face, parce que j’aurai répandu mon Esprit sur la maison
d’Israël, dit le Seigneur, l’Éternel (39:25-29).
Une remarque pratique de grande
importance pour nos âmes: Si l’on croit le Nouveau Testament, Dieu ne cache
jamais Sa face au chrétien; la raison en est que, le croyant possédant la vie
éternelle en Christ, il est maintenant introduit dans la pleine efficacité de
Son sacrifice, et il possède le Saint-Esprit habitant en lui comme un témoin
permanent. Nous anticipons donc ce qui sera vrai bientôt d’Israël, et nous ne
nous trouvons pas sur le terrain de mise à l’épreuve comme Israël autrefois. Or
l’incrédulité traditionnelle de la chrétienté voile pour les âmes la vraie grâce
de Dieu dans laquelle nous sommes; cela est vrai pour les protestants comme pour
les catholiques, ces derniers ajoutant encore l’erreur de s’approprier comme
église, et avant le temps, la place d’honneur et de repos terrestres réservée à
Israël sous le Messie. Ce n’est qu’alors que la montagne de la maison de
l’Éternel sera établie sur le sommet des montagnes, exaltée au-dessus des
collines, et que toutes les nations y afflueront (És. 2:2). Il est vrai que
l’ignorance de certains protestants est telle qu’ils suivent les catholiques
dans cette erreur, quoiqu’en général, ils en fassent une espérance pour le
millénium, plutôt qu’une prétention actuelle. Mais de toute manière, l’effet de
cette erreur est de dégrader l’Église du ciel vers la terre, et en rapport avec
Israël, soit de nier leurs espérances, soit de rendre incohérents ceux qu’on
reconnaît tenir ces espérances.
Ajoutons que, si l’Esprit doit
être répandu sur Israël quand l’ère nouvelle commencera, ce ne sera pas alors un
baptême des saints en un seul corps. Par un seul Esprit,
nous avons tous été baptisés en un seul corps, Juifs ou Gentils, esclaves
ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés pour l’unité d’un seul Esprit
(1 Cor. 12:13). Colossiens 3 établit que Christ est tout en tous; en Éphésiens 2
le mur mitoyen de clôture a été détruit, afin qu’il créât les deux en Lui-même
pour être un seul homme nouveau. Mais au millénium il n’en sera pas ainsi
ici-bas; au contraire, les saints Juifs seront dans une position de meilleure
proximité et plus honorée que les Gentils sur la terre. C’est un état de choses
qui fait contraste avec l’état actuel de l’assemblée où la croix a mis fin à ces
distinctions pour le ciel.