Livre de
l’Exode
Chapitre
20
Il est de la plus haute importance que l’on comprenne le véritable caractère et
l’objet de la loi morale, telle qu’elle est présentée dans ce chapitre. Il y a
chez l’homme une tendance à confondre les principes de la loi avec ceux de la
grâce, de manière que ni la loi, ni la grâce, ne puissent être bien comprises:
la loi est dépouillée de son austère et inflexible majesté, et la grâce, de ses
divins attraits. Les saintes exigences de Dieu demeurent sans réponse; et le
système anormal, créé par ceux qui entreprennent ainsi de mélanger la loi et la
grâce, n’atteint ni ne satisfait les divers et profonds besoins du pécheur. Dans
le fait, la loi et la grâce ne peuvent pas s’unir, car elles sont aussi
distinctes l’une de l’autre qu’il est possible à deux choses de l’être. La loi
est l’expression de ce que l’homme devrait être, la grâce montre ce que Dieu
est. Comment pourraient-elles former ensemble un seul système? Comment le
pécheur pourrait-il être sauvé en partie par la loi, en partie par la grâce?
C’est impossible: il faut qu’il soit sauvé ou par l’une ou par l’autre.
La loi a été appelée quelquefois «l’expression de la pensée de Dieu». Cette
définition est tout à fait fautive. Si nous disions que la loi est l’expression
de la pensée de Dieu au sujet de ce que l’homme devrait être, nous serions plus
près de la vérité. À qui voudrait envisager les dix commandements comme étant
l’expression de la pensée de Dieu, je demande s’il n’y a donc, dans la pensée de
Dieu, rien que: «tu feras», et «tu ne feras pas»? N’y a-t-il point de grâce,
point de miséricorde, point de bonté? Dieu ne manifestera-t-il pas ce qu’il est;
ne révélera-t-il pas les profonds secrets de cet amour dont son cœur est plein?
N’y a-t-il, dans le caractère de Dieu, que de rigides exigences et de sévères
défenses? S’il en était ainsi, il faudrait dire que «Dieu est loi», au lieu de
dire que «Dieu est amour!» Mais, que son nom en soit béni, il y a dans le cœur
de Dieu plus que ne pourraient jamais exprimer les «dix paroles» prononcées sur
la montagne en feu. Si je veux savoir ce que Dieu est, je n’ai qu’à regarder à
Christ, «car en lui habite toute la plénitude de la déité corporellement» (Col.
2:9). «La loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité vinrent par Jésus
Christ». Il y avait, nécessairement, une mesure de vérité dans la loi; elle
contenait la vérité quant à ce que l’homme devait être. Comme tout ce qui émane
de Dieu, elle était parfaite dans sa mesure, parfaite pour le but en vue duquel
elle avait été donnée; mais ce but n’était pas, en aucune manière, de révéler la
nature et le caractère de Dieu devant des pécheurs coupables.
Il n’y avait dans la loi ni grâce, ni miséricorde. «Si quelqu’un a méprisé la
loi de Moïse, il meurt sans miséricorde». (Héb. 10:28). «L’homme qui aura
pratiqué ces choses vivra par elles». (Lév. 18:5; Rom. 10:5). «Maudit qui
n’accomplit pas les paroles de cette loi, en les pratiquant». (Deut. 27:26;
comp. Gal. 3:10). Ce n’était pas là la grâce; la montagne de Sinaï n’est pas le
lieu où il faille la chercher. L’Éternel s’y révèle environné d’une majesté
terrible, au milieu de l’obscurité, des ténèbres, de la tempête, des tonnerres
et des éclairs. Ces circonstances ne sont pas celles qui accompagnent une
économie de grâce et de miséricorde; mais elles convenaient parfaitement à une
économie de vérité et de justice: et la loi était cela, et pas autre chose!
Dans la loi, Dieu déclare ce que l’homme devrait être, et le maudit, s’il ne
l’est pas. Or, quand l’homme s’examine à la lumière de la loi, il voit qu’il
est
précisément ce qu’elle condamne. Comment donc pourrait-il, par la loi, obtenir
la vie? La loi propose la vie et la justice comme buts à ceux qui l’auront
gardée; mais elle nous montre, dès le premier moment, que nous sommes dans un
état de mort et d’iniquité, et que dès le début nous avons besoin des choses que
la loi nous propose d’atteindre. Que faire donc? Pour
accomplir
ce que la loi exige, il faut que j’aie la vie; et pour être ce que la loi veut
que je sois, il faut que je possède la justice; et si je ne les ai pas l’une et
l’autre, je suis «maudit»; et le fait est que je n’ai ni l’une ni l’autre. Mais
que faire? — voilà la question? Que ceux qui «veulent être docteurs de la loi»
(1 Tim. 1:7) répondent; qu’ils répondent de manière à satisfaire une conscience
droite, courbée sous le double sentiment de la spiritualité et de
l’inflexibilité de la loi, et de leur propre nature charnelle impossible à
corriger.
La vérité, comme l’apôtre nous l’apprend, c’est que «la loi est intervenue afin
que la faute abondât» (Rom. 5:20): tel est le but véritable de la loi. Elle est
entrée afin de démontrer que le pécheur est excessivement pécheur (Rom. 7:13),
Elle était, dans un certain sens, comme un miroir parfait, envoyé du ciel sur la
terre, pour révéler à l’homme l’altération morale qu’il avait subie. Si je me
place devant un miroir, avec les habits en désordre, le miroir me fait voir le
désordre, mais ne le redresse pas. Si je laisse tomber un plomb parfaitement
juste le long d’un tronc tortueux, le plomb me montre les déviations de l’arbre,
mais ne le redresse pas. Si je sors, pendant une nuit sombre, avec une lumière,
celle-ci me révèle tous les obstacles et toutes les difficultés qui se trouvent
sur mon chemin, mais elle ne les ôte pas. En outre, ni le miroir, ni le plomb,
ni la lampe, ne créent les maux que chacun d’eux révèle; ils ne les créent, ni
ne les ôtent, ils ne font que les
manifester.
Il en est de même de la loi: elle ne crée pas le mal dans le cœur de l’homme, et
elle ne l’ôte pas non plus; seulement elle le met à nu, avec une infaillible
exactitude.
«Que dirons-nous donc? La loi est-elle péché? Qu’ainsi n’advienne! Mais je
n’eusse pas connu le péché, si ce n’eût été par la loi, car je n’eusse pas eu
conscience de la convoitise, si la loi n’eût dit: Tu ne convoiteras point».
(Rom. 7:7). L’apôtre ne dit pas que l’homme n’eût pas eu de «convoitise». Non il
dit qu’il n’eût pas eu «conscience» de la convoitise. La convoitise était en
lui, mais il l’ignorait jusqu’à ce que «la lampe du Tout-Puissant» (Job 29:3),
éclairant les chambres ténébreuses de son cœur, eût manifesté le mal qui s’y
trouvait. Ainsi un homme, dans une chambre obscure, peut être tout entouré de
poussière et de confusion, sans qu’il puisse s’en apercevoir, à cause de
l’obscurité dans laquelle il est plongé; mais qu’un rayon de soleil entre, et
aussitôt il distinguera tout. Les rayons du soleil créent-ils la poussière? Non,
assurément; la poussière est là, le soleil ne fait que la découvrir et la
manifester: tel est l’effet que produit la loi. Elle juge le caractère et la
condition de l’homme; elle prouve qu’il est pécheur et le renferme sous la
malédiction; elle vient pour juger de ce qu’il est, et le maudit s’il n’est pas
ce qu’elle lui dit qu’il doit être.
Il y a donc une impossibilité manifeste à ce qu’un homme obtienne la vie et la
justice par une chose qui ne peut que le maudire; et à moins que la condition du
pécheur et le caractère de la loi ne soient complètement changés, la loi ne peut
que maudire le pécheur. Elle est sans indulgence pour les infirmités, et n’est
pas satisfaite par une obéissance sincère, mais imparfaite; si elle le devait
être, elle cesserait d’être ce qu’elle est: «sainte, juste, et bonne» (Rom.
7:12). C’est précisément parce que la loi est telle que le pécheur ne peut pas
obtenir la vie par son moyen. S’il pouvait obtenir la vie par elle, elle ne
serait pas parfaite, ou autrement lui ne serait pas pécheur. Il est impossible
qu’un pécheur acquière la vie par une loi parfaite; car par cela même qu’elle
est parfaite, il faut qu’elle le condamne.
Sa perfection absolue manifeste la ruine et la condamnation absolues de l’homme,
et y met le sceau. «C’est pourquoi nulle chair ne sera justifiée devant lui par
des œuvres de loi, car par la loi est la connaissance du péché». (Rom. 3:20).
L’apôtre ne dit pas: «par la loi est le péché», mais il dit: «par la loi est la
connaissance du péché». «Car jusqu’à la loi, le péché était dans le monde, mais
le péché n’est pas mis en compte quand il n’y a pas de loi». (Rom. 5:13). Le
péché était là, et il ne manquait que la loi pour le développer sous forme de
«transgression». Si je dis à mon enfant: «tu ne toucheras pas à ce couteau», ma
défense même révèle la tendance de son cœur à faire sa propre volonté. Ma
défense ne crée pas la tendance, elle ne fait que la révéler.
L’apôtre Jean dit que «le péché est l’iniquité» (état ou marche sans loi) (1
Jean 3:4). L’expression de «transgression de la loi», que nous trouvons dans
certaines versions de ce passage, ne rend pas la vraie pensée de l’Esprit. Pour
qu’il y ait «transgression», il faut qu’une règle ou une ligne définie de
conduite ait été posée; car
transgresser,
c’est franchir une ligne défendue. Telles sont les défenses de la loi: «tu ne
tueras point», «tu ne commettras point adultère», «tu ne déroberas point». — Une
loi ou règle est placée devant moi, mais je découvre que j’ai en moi-même les
principes mêmes contre lesquels ces défenses ont été expressément dirigées; bien
plus, le fait même qu’il m’est défendu de tuer, montre que le meurtre est dans
ma nature. (Comp. Rom. 3:15). Il serait inutile de me défendre de faire une
chose, si je n’avais aucun penchant à la faire; mais la révélation de la volonté
de Dieu, quant à ce que je devrais être, rend manifeste la tendance de ma
volonté à être ce que je ne devrais pas être. Ceci est clair, et est
parfaitement conforme avec tout l’enseignement de l’apôtre sur ce sujet.
Beaucoup de personnes, cependant, tout en admettant bien que nous ne pouvons pas
obtenir la vie par la loi, soutiennent en même temps que la loi est la règle de
notre vie. Mais l’apôtre déclare que «tous ceux qui sont sur le principe des
œuvres de loi sont sous malédiction» (Gal. 3:10). Peu importe leur condition
individuelle: s’ils sont sur le terrain de la loi, ils sont nécessairement sous
la malédiction. Quelqu’un dira peut-être: «Je suis régénéré, je ne suis donc pas
exposé à la malédiction»; mais si la régénération ne transporte pas un homme
hors du terrain de la loi, elle ne peut le placer au-delà des limites de la
malédiction. Si le chrétien est sous la loi, il est exposé nécessairement à la
malédiction de la loi. Mais qu’est-ce que la loi a à faire avec la régénération?
Où trouvons-nous qu’il soit question de la régénération dans ce chapitre 20 du
livre de l’Exode? La loi n’a qu’une seule question à adresser à l’homme,
question courte, sérieuse et directe, savoir: «Es-tu ce que tu devrais être?» Si
la réponse est négative, la loi ne peut que lancer ses terribles anathèmes et
tuer l’homme. Et qui reconnaîtra plus promptement et plus profondément qu’il
n’est, en lui-même, rien moins que ce qu’il devrait être, sinon l’homme vraiment
régénéré? Ainsi, s’il est sous la loi, il est inévitablement sous la
malédiction. Il n’est pas possible que la loi rabatte de ses exigences, ni
qu’elle se mêle avec la grâce. Les hommes, sentant qu’ils ne peuvent parvenir à
s’élever jusqu’à la mesure de la loi, cherchent toujours à rabaisser celle-ci
jusqu’à eux; mais c’est en vain. La loi demeure ce qu’elle est, dans toute sa
pureté, sa majesté et son austère inflexibilité; et elle n’accepte rien moins
qu’une obéissance absolument parfaite; et quel est l’homme, régénéré ou
irrégénéré, qui puisse entreprendre d’obéir ainsi? On dira: «Nous avons la
perfection en Christ». Cela est vrai; mais ce n’est pas par la loi, c’est par la
grâce, et nous ne pouvons pas absolument confondre les deux économies.
L’Écriture nous enseigne longuement et clairement que nous ne sommes pas
justifiés par la loi; mais la loi n’est pas non plus la règle de notre vie. Ce
qui ne peut que maudire ne peut jamais justifier, et ce qui ne peut que tuer ne
peut pas être ce qui règle et gouverne la vie. Un homme pourrait tout aussi bien
essayer de faire fortune par le bilan qui le constitue en faillite.
La lecture du chapitre 15 des Actes nous apprend comment le Saint Esprit répond
à toute tentative qu’on voudrait faire de placer les croyants gentils sous la
loi, comme règle de vie. «Et quelques-uns de la secte des pharisiens, qui
avaient cru, s’élevèrent, disant qu’il faut les circoncire et leur enjoindre de
garder la loi de Moïse». (Vers. 5). L’insinuation ténébreuse et accablante de
ces légalistes des premiers temps n’était pas autre chose que le sifflement du
serpent ancien. Mais la puissante énergie du Saint Esprit, et la voix unanime
des douze apôtres et de l’Église tout entière, y répondirent comme nous lisons
aux versets 7, 8: «Et une grande discussion ayant eu lieu, Pierre se leva et
leur dit: Hommes frères, vous savez vous-mêmes que, dès les jours anciens, Dieu
m’a choisi entre vous, afin que par ma bouche les nations
entendent.»
—
Quoi? Les exigences et les malédictions de
la loi
de Moïse? Non, béni soit Dieu! tel n’était pas le message qu’il voulait faire
entendre à l’oreille de pauvres pécheurs privés de toute force; — mais qu’elles
«entendent
la parole de l’Évangile et qu’elles croient».
Voilà ce qui convenait au caractère et à la nature de Dieu, et ces pharisiens
qui s’élevaient contre Barnabas et Saul, n’étaient pas envoyés par lui, loin de
là; ils n’apportaient pas de bonnes nouvelles, et ne publiaient pas la paix;
leurs «pieds» n’étaient donc rien moins que «beaux» aux yeux de Celui qui ne se
plaît qu’à la miséricorde.
«Maintenant donc, continue l’apôtre, pourquoi
tentez-vous Dieu,
en mettant sur le cou des disciples un joug que ni nos pères, ni nous, n’avons
pu porter?» (Vers. 10). Ce langage est grave et sérieux. Dieu ne voulait pas
qu’on «mît au joug sur le cou» de ceux dont les cœurs avaient été affranchis par
l’évangile de paix; il voulait plutôt les exhorter à se tenir fermes dans la
liberté de Christ et à ne pas être «de nouveau retenus sous un joug de
servitude» (Gal. 5:1). Il ne voulait pas envoyer ceux qu’il avait reçus dans son
sein, à «la montagne qui peut être touchée», pour y être terrifiés par
«l’obscurité, les ténèbres et la tempête» (Héb. 12). Comment pourrions-nous
jamais admettre la pensée, que Dieu voulût gouverner par la loi ceux qu’il a
reçus en grâce? «Nous croyons, dit Pierre, être sauvés par la
grâce du
Seigneur Jésus,
de la même manière qu’eux aussi». (Act. 15:11). Les Juifs qui avaient reçu la
loi, et les gentils qui ne l’avaient pas reçue, devaient tous désormais être «sauvés
par grâce».
Et non seulement ils devaient être «sauvés par grâce», mais ils devaient «se
tenir fermes dans la grâce», et «croître dans la grâce» (Rom. 5:1, 2; Gal. 5:1.
2 Pierre 3:18). Enseigner autre chose, c’était tenter Dieu. Ces pharisiens
renversaient les fondements mêmes de la foi du chrétien; et c’est ce que font
tous ceux qui cherchent à mettre les croyants sous la loi. Il n’y a pas de mal
ou d’erreur plus abominable aux yeux du Seigneur que le légalisme. Écoutez le
langage énergique et les accents de juste indignation dont le Saint Esprit se
sert, à l’égard de ces docteurs de la loi: «Je voudrais que ceux qui vous
bouleversent se retranchassent même» (Gal. 5:12).
Les pensées du Saint Esprit sont-elles changées ait sujet de cette question?
N’est-ce plus «tenter Dieu» que de mettre le joug de la loi sur le cou d’un
pécheur? Est-ce selon sa volonté de grâce que la loi soit lue tout au long aux
pécheurs, comme une expression de la pensée de Dieu à leur égard? Que le lecteur
réponde à ces questions, à la lumière du chapitre 15 du livre des Actes et de
l’épître aux Galates. Ces deux passages de l’Écriture suffiraient à eux seuls,
s’il n’y en avait point d’autres, pour prouver que l’intention de Dieu n’a
jamais été que «les nations dussent ouïr la parole» de la loi. Si telle eût été
son intention, il aurait assurément fait choix de quelqu’un pour la leur faire
entendre. Mais non; lorsque l’Éternel proclame sa «loi terrible», il ne parla
que dans
une seule
langue; «ce que la loi dit, elle le dit
à ceux qui sont sous la loi»
(Rom. 3:19); mais quand il publia la bonne nouvelle du salut par le sang de
l’Agneau, il parla la langue «de
toute nation d’entre ceux qui sont sous le ciel».
Il parla de telle manière que «chacun,
dans son propre langage»,
pût entendre le doux récit de la grâce. (Act. 2:1-11).
Lorsque Dieu proclama, du haut du Sinaï, les dures exigences de l’alliance des
œuvres, il ne s’adressa qu’à un
seul
peuple, exclusivement; sa voix ne fut entendue que dans les étroites limites du
peuple juif. Mais quand le Christ ressuscité envoya ses messagers de salut, il
leur dit: «Allez dans tout le monde, et prêchez l’Évangile
à toute
la création»
(Marc 16:15; comp. Luc 3:6). Le puissant fleuve de la grâce de Dieu, dont le lit
avait été ouvert par le sang de l’Agneau, devait, par l’énergie irrésistible du
Saint Esprit, déborder bien au-delà de l’étroite enceinte d’Israël, et se
répandre au large sur un monde souillé par le péché. Il faut que «toute créature
entende, dans sa propre langue», le message de paix, la parole de l’Évangile, la
nouvelle du salut par le sang de la croix. Enfin, et pour que rien ne manque
pour donner à nos pauvres cœurs légaux la preuve que le mont Sinaï n’était
nullement le lieu où les secrets de Dieu furent révélés, le Saint Esprit a dit
par la bouche d’un prophète et par celle d’un apôtre: «Combien sont beaux les
pieds de ceux qui annoncent de bonnes choses». (És. 52:7; Rom. 10:15). Mais le
même Esprit dit de ceux qui voulaient être docteurs de la loi: «Je voudrais que
ceux qui vous bouleversent se retranchassent même».
Il est donc évident que la loi n’est ni le fondement de la vie pour le pécheur,
ni la règle de la vie pour le chrétien. Christ est tous les deux. Il est notre
vie et la règle de notre vie. La loi ne peut que maudire et tuer. Christ est
notre vie et notre justice; il a été fait malédiction pour nous en étant pendu
au bois. Il descendit dans le lieu où le pécheur gisait, dans la mort et le
jugement; et nous ayant, par sa mort, déchargés de tout ce qui était, ou pouvait
être contre nous, il est devenu, en résurrection, la source de la vie et le
fondement de la justice pour tous ceux qui croient en son nom. Possédant ainsi
la vie et la justice en lui, nous sommes appelés à marcher, non pas seulement
comme la loi l’ordonne, mais à «marcher comme lui a marché» (1 Jean 2:6). Il
paraîtra presque superflu d’affirmer que tuer, commettre adultère, dérober, sont
des actes directement opposés à la morale chrétienne. Mais si un chrétien
réglait sa voie d’après ces commandements-là, ou d’après le décalogue tout
entier, produirait-il ces fruits précieux et délicats dont nous parle l’épître
aux Éphésiens? Les dix commandements amèneraient-ils un voleur à ne plus voler,
mais à travailler afin d’avoir de quoi donner? Transformeraient-ils jamais un
voleur en un homme laborieux et honorable? Non, assurément. La loi dit: «Tu ne
déroberas point»; mais dit-elle aussi: «Va, et donne à celui qui est dans le
besoin; va, donne à manger à ton ennemi, habille-le et bénis-le? Va, et réjouis
par ta bienveillance, par tes actes de bonté, le cœur de celui qui n’a jamais
cherché qu’à te nuire?» Non, certainement! et cependant si j’étais sous la loi
comme règle, elle ne pourrait que me maudire et me tuer. Comment cela se fait-il
si la sainteté chrétienne est tellement plus élevée? Parce que je suis faible,
et que la loi ne me donne aucune force, ne me témoigne aucune miséricorde. La
loi exige de la
force
de quelqu’un qui n’en a aucune, et elle le maudit s’il n’en peut montrer.
L’Évangile
donne
de la force à celui qui n’en a pas, et le
bénit
dans la manifestation de cette force. La loi présente la vie comme
but
de l’obéissance; l’Évangile donne la vie comme le seul
fondement
véritable d’obéissance.
Mais pour ne pas fatiguer le lecteur à force d’arguments, je demande dans quelle
partie du Nouveau Testament il a trouvé la loi présentée comme règle de vie?
Évidemment l’apôtre n’avait pas cette pensée lorsqu’il disait: «Car ni la
circoncision, ni l’incirconcision ne sont rien, mais une nouvelle création. Et à
l’égard de tous ceux qui marcheront selon
cette règle,
paix et miséricorde sur eux et sur l’Israël de Dieu!» (Gal. 6:15, 16). Quelle
«règle»? La loi? Non, mais la «nouvelle création». Or, dans le chapitre 20 de
l’Exode, il n’est pas question d’une «nouvelle création»: au contraire, ce
chapitre s’adresse à l’homme tel qu’il est, dans son état naturel qui est de la
vieille création, et le met à l’épreuve pour savoir ce qu’il est véritablement
en état de faire. Or, si la loi était la règle d’après laquelle les croyants
doivent marcher, d’où vient que l’apôtre prononce une bénédiction sur ceux qui
marchent selon une règle tout à fait différente? Pourquoi ne dit-il pas: «à
l’égard de tous ceux qui marchent selon la règle des dix commandements?»
N’est-il pas évident, d’après ce passage encore, que l’Église de Dieu a une
règle plus élevée d’après laquelle elle doit marcher? Sans aucun doute. Bien que
les dix commandements fassent incontestablement partie du canon des livres
inspirés, ils ne pouvaient jamais être la règle de vie pour celui qui, par une
grâce infinie, a été introduit dans une nouvelle création et a reçu une vie
nouvelle en Christ.
Mais, demandera-t-on, «la loi n’est-elle pas parfaite?» Et si elle est parfaite,
que voulez-vous de plus? La loi est divinement parfaite. Bien plus, c’est à
cause de sa perfection même que la loi maudit et tue ceux qui ne sont pas
parfaits en essayant de subsister devant elle. «La loi est spirituelle, mais moi
je suis charnel». (Rom. 7:14). Il est entièrement impossible de se faire une
idée juste de la perfection et de la spiritualité de la loi. Mais alors, cette
loi parfaite étant mise en contact avec l’humanité déchue, cette loi spirituelle
rencontrant «la pensée de la chair», ne peut «produire» que la «colère» et
«l’inimitié» (Rom. 4:15; 8:7). Pourquoi? Est-ce parce que la loi n’est pas
parfaite? Au contraire, c’est parce qu’elle l’est, et que l’homme est pécheur.
Si l’homme était parfait, il accomplirait la loi selon toute sa perfection
spirituelle; et même l’apôtre nous enseigne que, quant aux vrais croyants, bien
qu’ils portent encore en eux une nature corrompue, «la juste exigence de la loi
est accomplie en nous qui ne marchons pas selon la chair, mais selon l’Esprit»
(Rom. 8:4). «Celui qui aime les autres, a accompli la loi… L’amour ne fait point
de mal au prochain; l’amour donc est la somme de la loi». (Rom. 13:8-10; comp.
Gal. 5:14, 22, 23). Si j’aime quelqu’un, je ne lui déroberai pas ce qui lui
appartient, loin de là, je chercherai à lui faire tout le bien que je pourrai.
Tout cela est clair et facile à comprendre pour une âme spirituelle, et confond
ceux qui veulent faire de la loi le principe de la vie pour le pécheur, ou la
règle de la vie pour le croyant.
Si nous considérons la loi, dans ses deux grands commandements, nous voyons
qu’elle ordonne à l’homme d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de
toute sa pensée, et son prochain comme lui-même. Telle est la somme de la loi.
Voilà ce que la loi veut, et rien de moins. Mais quel est l’enfant déchu d’Adam
qui ait jamais répondu à cette double exigence de la loi? Quel est l’homme qui
pourrait dire qu’il aime Dieu et son prochain ainsi? «La pensée de la chair
(c’est-à-dire la pensée que nous avons par nature) est inimitié contre Dieu, car
elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, car aussi elle ne le peut pas». (Rom.
8:7). L’homme hait Dieu et les voies de Dieu. Dieu est venu, dans la personne de
Christ; il s’est manifesté à l’homme, non pas dans la splendeur accablante de sa
majesté, mais avec tout le charme et la douceur d’une grâce et d’une
condescendance parfaites. Quel en fut le résultat? L’homme hait Dieu.
«Maintenant ils ont et vu, et haï, et moi et mon Père». (Jean 15:24). Mais,
dira-t-on: «l’homme devait aimer Dieu». Sans doute; et s’il ne l’aime pas, il
mérite la mort et la perdition éternelle. Mais la loi peut-elle produire cet
amour dans le cœur de l’homme? Était-ce là son but? Nullement; «car la loi
produit la colère»; «elle a été ajoutée à cause des transgressions»; «par la loi
est la connaissance du péché» (Rom. 4:15; 3:20; Gal. 3:19). La loi trouve
l’homme dans un état d’inimitié contre Dieu; et sans changer rien à cet état,
car ce n’est pas son affaire, elle lui commande d’aimer Dieu de tout son cœur,
et le maudit s’il ne le fait pas. Il n’était pas du ressort de la loi de changer
ou d’améliorer la nature de l’homme, elle ne pouvait pas davantage lui donner le
pouvoir de répondre à ses justes exigences. Elle dit: «Fais cela, et tu vivras».
Elle ordonnait à l’homme d’aimer Dieu. Elle ne révélait pas ce que Dieu était
pour l’homme, même dans sa culpabilité et sa ruine; mais elle disait à l’homme
ce qu’il devait être pour Dieu. C’était là un terrible ministère! Ce n’était pas
le déploiement des attraits puissants du caractère de Dieu, produisant chez
l’homme une vraie repentance envers Dieu, faisant fondre son cœur de glace, et
élevant son âme à une affection et une adoration sincères. Non; la loi était un
commandement péremptoire d’aimer Dieu; et au lieu de créer cet amour, la loi
«produisait la colère», non pas parce que Dieu ne devait pas être aimé, mais
parce que l’homme était un pécheur.
Ensuite, «tu aimeras ton prochain comme toi-même». L’homme naturel aime-t-il son
prochain comme lui-même? Est-ce là le principe qui prévaut dans les chambres de
commerce, à la bourse, dans les banques, dans les marchés, et aux foires de ce
monde? Hélas! non. L’homme n’aime pas son prochain comme il s’aime lui-même. Il
le devrait sans doute; et si sa condition était bonne, il le ferait. Mais il est
dans une condition totalement mauvaise, et à moins qu’il ne soit «né de nouveau»
(Jean 3:3, 5), par la Parole et par l’Esprit de Dieu, il ne peut ni «voir le
royaume de Dieu, ni y entrer». La loi ne peut pas produire cette nouvelle
naissance. Elle tue le «vieil homme», mais elle ne crée pas et ne peut pas créer
le «nouvel homme». Nous savons que le Seigneur Jésus réunit à la fois, dans sa
personne glorieuse, Dieu et notre prochain; attendu qu’il était, selon la vérité
fondamentale de la doctrine chrétienne, «Dieu manifesté en chair» (1 Tim. 3:16).
Comment l’homme a-t-il traité Jésus? L’a-t-il aimé de tout son cœur et comme
lui-même? Tout au contraire. Il le crucifia entre deux brigands, après avoir
préféré un voleur et un meurtrier à cet Être béni, qui avait passé de lieu en
lieu en faisant le bien (Act. 10:38); qui était descendu des demeures éternelles
de la lumière et de l’amour, étant lui-même la personnification vivante de cet
amour et de cette lumière; et dont le cœur était plein de la plus pure sympathie
pour les besoins de l’humanité et dont la main avait toujours été prête à
essuyer les larmes du pécheur, à soulager ses souffrances. Ainsi, en contemplant
la croix de Christ, nous y voyons la démonstration irrécusable du fait, qu’il
n’est pas au pouvoir de la nature humaine de garder la loi.
Après tout ce que nous venons de voir, il y a un intérêt particulier pour
l’homme spirituel à observer la position relative de Dieu et du pécheur, à la
fin de ce mémorable chapitre. «Et l’Éternel dit à Moïse: Tu diras ainsi aux fils
d’Israël:… Tu me feras un autel de terre, et tu sacrifieras dessus tes
holocaustes et tes sacrifices de prospérités, ton menu et ton gros bétail. En
tout lieu où je mettrai la mémoire de mon nom,
je viendrai à toi, et je te
bénirai.
Et si tu me fais un autel de pierres, tu ne le bâtiras point de pierres
taillées; car si tu lèves ton ciseau dessus, tu le profaneras. Et tu ne monteras
point à mon autel par des degrés, afin que ta nudité n’y soit pas découverte».
(Vers. 22-26).
Nous ne voyons pas ici l’homme dans la position de quelqu’un qui
fait des
œuvres,
mais dans celle d’un
adorateur;
et cela, à la fin de notre chapitre. Combien il est évident, d’après ce fait,
que l’atmosphère du mont Sinaï n’est pas celle que Dieu veut faire respirer au
pécheur, et que Sinaï n’est pas le lieu où Dieu et l’homme puissent se
rencontrer. «En tout lieu où je mettrai la mémoire de
mon nom,
je viendrai à toi; et je te bénirai».
Et ce lieu, où l’Éternel met la mémoire de
son nom,
où il «vient» pour «bénir» son peuple d’adorateurs, combien il est différent des
terreurs de la montagne en feu!
Mais en outre, Dieu veut rencontrer le pécheur un autel de pierres non taillées
et qui n’ait point de degrés, — à un lieu de culte, dont l’érection ne demande
de l’homme aucun travail et dont l’approche n’exige de lui aucun effort. Les
pierres taillées par le travail de l’homme auraient souillé l’autel; les degrés
auraient découvert la «nudité» humaine. Quel type admirable du centre de réunion
auquel Dieu se rencontre maintenant avec le pécheur, savoir la personne et
l’œuvre de son Fils Jésus-Christ, en qui toutes les exigences de la loi, de la
justice et de la conscience trouvent leur entière satisfaction! De tout temps,
et en tous lieux, l’homme a toujours été enclin à prendre son outil pour ériger
son autel, et à s’en approcher par des degrés de sa propre fabrication. Mais le
résultat de toutes ces tentatives a été la «souillure» et la «nudité». «Et tous
nous sommes devenus comme une chose impure, et toutes nos justices sont comme un
vêtement souillé; et nous sommes tous fanés comme une feuille». (És. 64:6). Qui
oserait s’approcher de Dieu dans un vêtement «souillé»? — ou se présenter pour
adorer dans sa «nudité»? Qu’y a-t-il de plus déplacé que de penser à s’approcher
de Dieu d’une manière qui implique nécessairement soit la souillure, soit la
nudité? Et néanmoins, c’est ce qui a lieu chaque fois que le pécheur, par ses
propres efforts, veut se frayer un chemin auprès de Dieu. Non seulement cet
effort est inutile, mais il porte le sceau de la souillure et de la nudité. Dieu
s’est tellement approché du pécheur, et jusque dans les profondeurs mêmes de sa
ruine, qu’il n’y a nulle nécessité à employer l’outil de la légalité, ni à
monter les degrés de la propre justice; bien plus, c’est manifester sa souillure
et sa nudité que de le faire.
Tels sont les principes par lesquels le Saint Esprit termine cette partie
remarquable du livre inspiré. Puissent-ils être écrits, d’une manière
ineffaçable, dans nos cœurs, afin que nous comprenions plus clairement et plus
complètement la différence essentielle qui existe entre la
loi
et la
grâce!